
Raivata and Cākṣuṣa Manvantaras; Brahmā’s Prayers at Śvetadvīpa (Prelude to Samudra-manthana)
Śukadeva relie le récit précédent de la délivrance de Gajendra (Gajendra-mokṣaṇa) à la chronologie des manvantaras, en décrivant d’abord le cinquième Manu, Raivata : ses fils, l’Indra Vibhu, la troupe des devas Bhūtarayas et les saptarṣis. Dans ce manvantara, le Seigneur apparaît comme Vaikuṇṭha, né de Śubhra et Vikuṇṭhā, et—à la demande de Lakṣmī—manifeste encore une planète Vaikuṇṭha supplémentaire, soulignant Ses qualités incommensurables. Le récit avance ensuite vers le sixième Manu, Cākṣuṣa, en nommant ses fils, l’Indra Mantradruma, les devas Āpyas et les sages (dont Haviṣmān et Vīraka). Le Seigneur se manifeste comme Ajita, qui permettra plus tard le barattage de l’Océan de Lait et soutiendra le Mandara en tant que Kūrma. La question ardente de Parīkṣit fait le pont vers l’unité suivante : pourquoi les devas devinrent impuissants (malédiction de Durvāsā, perte de prospérité et de yajña), leur appel à Brahmā sur le Sumeru, et l’instruction de Brahmā de chercher Viṣṇu à Śvetadvīpa. Le chapitre culmine dans les prières védiques de Brahmā, décrivant le Seigneur comme transcendant, omniprésent Paramātmā, source des fonctions cosmiques et refuge ultime—posant le fondement théologique et narratif du Samudra-manthana à venir.
Verse 1
श्रीशुक उवाच राजन्नुदितमेतत् ते हरे: कर्माघनाशनम् । गजेन्द्रमोक्षणं पुण्यं रैवतं त्वन्तरं शृणु ॥ १ ॥
Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Ô Roi, je t’ai déjà décrit le très saint épisode de la délivrance de Gajendra, un acte de Hari qui anéantit le péché. En entendant de telles œuvres du Seigneur, toutes les réactions fautives s’évanouissent. Écoute maintenant le manvantara de Raivata Manu.
Verse 2
पञ्चमो रैवतो नाम मनुस्तामससोदर: । बलिविन्ध्यादयस्तस्य सुता हार्जुनपूर्वका: ॥ २ ॥
Le cinquième Manu, nommé Raivata, était le frère de Tāmasa Manu. Ses fils, menés par Hārjuna, comptaient Arjuna, Bali, Vindhya et d’autres.
Verse 3
विभुरिन्द्र: सुरगणा राजन्भूतरयादय: । हिरण्यरोमा वेदशिरा ऊर्ध्वबाह्वादयो द्विजा: ॥ ३ ॥
Ô Roi, durant le manvantara de Raivata, le roi du ciel (Indra) était connu sous le nom de Vibhu. Parmi les devas se trouvaient les Bhūtarayas et d’autres; et parmi les sept brāhmaṇa présidant aux sept mondes figuraient Hiraṇyaromā, Vedaśirā, Ūrdhvabāhu, etc.
Verse 4
पत्नी विकुण्ठा शुभ्रस्य वैकुण्ठै: सुरसत्तमै: । तयो: स्वकलया जज्ञे वैकुण्ठो भगवान्स्वयम् ॥ ४ ॥
De l’union de Śubhra et de son épouse Vikuṇṭhā apparut Bhagavān Vaikuṇṭha Lui-même, accompagné de devas sublimes, expansions plénières personnelles du Seigneur.
Verse 5
वैकुण्ठ: कल्पितो येन लोको लोकनमस्कृत: । रमया प्रार्थ्यमानेन देव्या तत्प्रियकाम्यया ॥ ५ ॥
Pour satisfaire la déesse Ramā, la Fortune, et à sa prière, Bhagavān Vaikuṇṭha créa un autre monde de Vaikuṇṭha, honoré et vénéré par tous.
Verse 6
तस्यानुभाव: कथितो गुणाश्च परमोदया: । भौमान्रेणून्स विममे यो विष्णोर्वर्णयेद् गुणान् ॥ ६ ॥
Bien que les actes sublimes et les qualités transcendantes de Bhagavān soient magnifiquement décrits, il nous arrive de ne pas les saisir pleinement; pourtant, pour Viṣṇu tout est possible. Celui qui compterait les atomes de l’univers compterait aussi les qualités du Seigneur—mais nul ne le peut.
Verse 7
षष्ठश्च चक्षुष: पुत्रश्चाक्षुषो नाम वै मनु: । पूरुपूरुषसुद्युम्नप्रमुखाश्चाक्षुषात्मजा: ॥ ७ ॥
Cākṣuṣa, fils de Cakṣu, fut le sixième Manu. Il eut de nombreux fils, dont Pūru, Pūruṣa et Sudyumna étaient les principaux.
Verse 8
इन्द्रो मन्त्रद्रुमस्तत्र देवा आप्यादयो गणा: । मुनयस्तत्र वै राजन्हविष्मद्वीरकादय: ॥ ८ ॥
Sous le règne de Cākṣuṣa Manu, le roi du ciel (Indra) portait le nom de Mantradruma. Parmi les devas se trouvaient les Āpyas, et parmi les grands sages, Haviṣmān et Vīraka, ô roi.
Verse 9
तत्रापि देवसम्भूत्यां वैराजस्याभवत् सुत: । अजितो नाम भगवानंशेन जगत: पति: ॥ ९ ॥
En ce sixième manvantara, le Seigneur Viṣṇu, maître de l’univers, apparut comme une expansion partielle. Engendré par Vairāja dans le sein de son épouse Devasambhūti, Il porta le nom d’Ajita, l’Invincible.
Verse 10
पयोधिं येन निर्मथ्य सुराणां साधिता सुधा । भ्रममाणोऽम्भसि धृत: कूर्मरूपेण मन्दर: ॥ १० ॥
En barattant l’Océan de Lait, Ajita fit surgir le nectar pour les devas. Sous la forme d’une tortue, Il se mouvait dans les eaux en portant sur Son dos la grande montagne Mandara.
Verse 11
श्रीराजोवाच यथा भगवता ब्रह्मन्मथित: क्षीरसागर: । यदर्थं वा यतश्चाद्रिं दधाराम्बुचरात्मना ॥ ११ ॥ यथामृतं सुरै: प्राप्तं किं चान्यदभवत् तत: । एतद् भगवत: कर्म वदस्व परमाद्भुतम् ॥ १२ ॥
Le roi Parīkṣit demanda : Ô grand brāhmaṇa, comment et dans quel but le Seigneur baratta-t-Il l’Océan de Lait ? Pourquoi demeura-t-Il dans l’eau sous forme de tortue et soutint-Il la montagne Mandara ? Comment les devas obtinrent-ils le nectar, et quelles autres choses surgirent du barattage ? Je t’en prie, décris ces actes suprêmement merveilleux du Seigneur.
Verse 12
श्रीराजोवाच यथा भगवता ब्रह्मन्मथित: क्षीरसागर: । यदर्थं वा यतश्चाद्रिं दधाराम्बुचरात्मना ॥ ११ ॥ यथामृतं सुरै: प्राप्तं किं चान्यदभवत् तत: । एतद् भगवत: कर्म वदस्व परमाद्भुतम् ॥ १२ ॥
Le roi Parīkṣit demanda : Ô grand brāhmaṇa, comment et dans quel but le Seigneur baratta-t-Il l’Océan de Lait ? Pourquoi demeura-t-Il dans l’eau sous forme de tortue et soutint-Il la montagne Mandara ? Comment les devas obtinrent-ils le nectar, et quelles autres choses surgirent du barattage ? Je t’en prie, décris ces actes suprêmement merveilleux du Seigneur.
Verse 13
त्वया सङ्कथ्यमानेन महिम्ना सात्वतां पते: । नातितृप्यति मे चित्तं सुचिरं तापतापितम् ॥ १३ ॥
Même lorsque tu racontes la gloire du Seigneur, maître des dévots, mon cœur, tourmenté par les trois misères de l’existence matérielle, ne se rassasie pas encore de t’entendre.
Verse 14
श्रीसूत उवाच सम्पृष्टो भगवानेवं द्वैपायनसुतो द्विजा: । अभिनन्द्य हरेर्वीर्यमभ्याचष्टुं प्रचक्रमे ॥ १४ ॥
Śrī Sūta dit : Ô brāhmaṇas érudits rassemblés à Naimiṣāraṇya, lorsque Bhagavān Śukadeva Gosvāmī, fils de Dvaipāyana, fut ainsi interrogé par le roi, il le félicita puis entreprit de décrire plus avant les gloires de Śrī Hari, la Personnalité Suprême de Dieu.
Verse 15
श्रीशुक उवाच यदा युद्धेऽसुरैर्देवा बध्यमाना: शितायुधै: । गतासवो निपतिता नोत्तिष्ठेरन्स्म भूरिश: ॥ १५ ॥ यदा दुर्वास: शापेन सेन्द्रा लोकास्त्रयो नृप । नि:श्रीकाश्चाभवंस्तत्र नेशुरिज्यादय: क्रिया: ॥ १६ ॥
Śrī Śukadeva dit : Lorsque, dans la bataille, les asuras tourmentèrent les devas avec des armes tranchantes, beaucoup tombèrent sans vie et ne purent se relever. Alors, ô roi, à cause de la malédiction du sage Durvāsā, les trois mondes avec Indra furent privés de splendeur et de prospérité; ainsi les rites védiques, tels que les yajñas, ne purent être accomplis, et les effets en furent très graves.
Verse 16
श्रीशुक उवाच यदा युद्धेऽसुरैर्देवा बध्यमाना: शितायुधै: । गतासवो निपतिता नोत्तिष्ठेरन्स्म भूरिश: ॥ १५ ॥ यदा दुर्वास: शापेन सेन्द्रा लोकास्त्रयो नृप । नि:श्रीकाश्चाभवंस्तत्र नेशुरिज्यादय: क्रिया: ॥ १६ ॥
Śrī Śukadeva dit : Lorsque, dans la bataille, les asuras tourmentèrent les devas avec des armes tranchantes, beaucoup tombèrent sans vie et ne purent se relever. Alors, ô roi, à cause de la malédiction du sage Durvāsā, les trois mondes avec Indra furent privés de splendeur et de prospérité; ainsi les rites védiques, tels que les yajñas, ne purent être accomplis, et les effets en furent très graves.
Verse 17
निशाम्यैतत् सुरगणा महेन्द्रवरुणादय: । नाध्यगच्छन्स्वयं मन्त्रैर्मन्त्रयन्तो विनिश्चितम् ॥ १७ ॥ ततो ब्रह्मसभां जग्मुर्मेरोर्मूर्धनि सर्वश: । सर्वं विज्ञापयां चक्रु: प्रणता: परमेष्ठिने ॥ १८ ॥
Śrī Śukadeva dit : Voyant cet état de choses, Indra, Varuṇa et les autres devas se consultèrent, mais ne purent, par leurs propres délibérations, trouver une solution certaine. Alors tous les devas se rassemblèrent et se rendirent au sommet du mont Sumeru, dans l’assemblée de Brahmā; là, ils se prosternèrent pour offrir leurs hommages à Paramēṣṭhī Brahmā et lui rapportèrent tous les événements survenus.
Verse 18
निशाम्यैतत् सुरगणा महेन्द्रवरुणादय: । नाध्यगच्छन्स्वयं मन्त्रैर्मन्त्रयन्तो विनिश्चितम् ॥ १७ ॥ ततो ब्रह्मसभां जग्मुर्मेरोर्मूर्धनि सर्वश: । सर्वं विज्ञापयां चक्रु: प्रणता: परमेष्ठिने ॥ १८ ॥
Śrī Śukadeva dit : Voyant cet état de choses, Indra, Varuṇa et les autres devas se consultèrent, mais ne purent, par leurs propres délibérations, trouver une solution certaine. Alors tous les devas se rassemblèrent et se rendirent au sommet du mont Sumeru, dans l’assemblée de Brahmā; là, ils se prosternèrent pour offrir leurs hommages à Paramēṣṭhī Brahmā et lui rapportèrent tous les événements survenus.
Verse 19
स विलोक्येन्द्रवाय्वादीन् नि:सत्त्वान्विगतप्रभान् । लोकानमङ्गलप्रायानसुरानयथा विभु: ॥ १९ ॥ समाहितेन मनसा संस्मरन्पुरुषं परम् । उवाचोत्फुल्लवदनो देवान्स भगवान्पर: ॥ २० ॥
Voyant Indra, Vāyu et les autres devas privés de force et d’éclat, et les trois mondes presque sans auspice, tandis que les asuras prospéraient et que les devas étaient en détresse, le puissant Brahmā, au-dessus des dieux, recueillit son esprit et se souvint du Purusha suprême, le Seigneur Bhagavān. Le visage illuminé, il s’adressa alors aux devas.
Verse 20
स विलोक्येन्द्रवाय्वादीन् नि:सत्त्वान्विगतप्रभान् । लोकानमङ्गलप्रायानसुरानयथा विभु: ॥ १९ ॥ समाहितेन मनसा संस्मरन्पुरुषं परम् । उवाचोत्फुल्लवदनो देवान्स भगवान्पर: ॥ २० ॥
L’esprit recueilli, se souvenant du Purusha suprême, le visage de Brahmā s’illumina. Il dit alors aux devas : «Écoutez mes paroles».
Verse 21
अहं भवो यूयमथोऽसुरादयो मनुष्यतिर्यग्द्रुमघर्मजातय: । यस्यावतारांशकलाविसर्जिता व्रजाम सर्वे शरणं तमव्ययम् ॥ २१ ॥
Brahmā dit : Moi, Bhava (Śiva), vous tous les devas, les asuras, les hommes, les êtres des espèces animales, les arbres et les plantes, ceux nés de la sueur, de l’œuf et du sein—nous sommes tous manifestés par les parts et expansions des avatāras de ce Seigneur impérissable. Allons donc tous chercher refuge en Lui.
Verse 22
न यस्य वध्यो न च रक्षणीयो नोपेक्षणीयादरणीयपक्ष: । तथापि सर्गस्थितिसंयमार्थं धत्ते रज:सत्त्वतमांसि काले ॥ २२ ॥
Pour la Personne Suprême de Dieu, nul n’est à tuer, nul n’est à protéger, nul n’est à négliger, et nul parti n’est à favoriser comme objet d’adoration. Pourtant, pour la création, le maintien et la dissolution selon le temps, Il assume les modes rajas, sattva et tamas et Se manifeste en diverses formes.
Verse 23
अयं च तस्य स्थितिपालनक्षण: सत्त्वं जुषाणस्य भवाय देहिनाम् । तस्माद् व्रजाम: शरणं जगद्गुरुं स्वानां स नो धास्यति शं सुरप्रिय: ॥ २३ ॥
Voici le moment d’appeler le mode de la bonté pour le bien des êtres incarnés, car en assumant sattva le Seigneur assure la stabilité et la protection du monde. Allons donc chercher refuge auprès du Jagad-gourou, la Personne Suprême de Dieu ; Lui, cher aux devas, nous accordera assurément le bon augure.
Verse 24
श्रीशुक उवाच इत्याभाष्य सुरान्वेधा: सह देवैररिन्दम । अजितस्य पदं साक्षाज्जगाम तमस: परम् ॥ २४ ॥
Śrī Śuka dit : Ô Parīkṣit, dompteur des ennemis, après avoir parlé aux devas, Brahmā les emmena vers la demeure d’Ajita, la Personnalité Suprême de Dieu, au-delà des ténèbres du monde matériel.
Verse 25
तत्रादृष्टस्वरूपाय श्रुतपूर्वाय वै प्रभु: । स्तुतिमब्रूत दैवीभिर्गीर्भिस्त्ववहितेन्द्रिय: ॥ २५ ॥
Là, bien qu’il n’eût jamais vu Sa forme, Brahmā, l’ayant connue par l’écoute des Veda, maîtrisa ses sens et prononça une prière en paroles divines conformes à la révélation.
Verse 26
श्रीब्रह्मोवाच अविक्रियं सत्यमनन्तमाद्यं गुहाशयं निष्कलमप्रतर्क्यम् । मनोऽग्रयानं वचसानिरुक्तं नमामहे देववरं वरेण्यम् ॥ २६ ॥
Le seigneur Brahmā dit : Ô Seigneur Suprême, immuable, Vérité infinie et originelle. Tu demeures dans la caverne du cœur, sans tache et au-delà de tout raisonnement. L’esprit ne Te saisit pas et les mots ne Te décrivent pas. À Toi, le plus grand des dieux, digne d’adoration, nous offrons nos hommages.
Verse 27
विपश्चितं प्राणमनोधियात्मना- मर्थेन्द्रियाभासमनिद्रमव्रणम् । छायातपौ यत्र न गृध्रपक्षौ तमक्षरं खं त्रियुगं व्रजामहे ॥ २७ ॥
Nous prenons refuge aux pieds du Seigneur Suprême, éternel et vaste comme le ciel, qui Se manifeste dans trois yuga. Il connaît, directement et indirectement, l’action du prāṇa, du mental et de l’intelligence; Il illumine tout, ne dort pas, est sans tache, et en Lui n’existent ni ombre de partialité ni chaleur de dualité.
Verse 28
अजस्य चक्रं त्वजयेर्यमाणं मनोमयं पञ्चदशारमाशु । त्रिनाभि विद्युच्चलमष्टनेमि यदक्षमाहुस्तमृतं प्रपद्ये ॥ २८ ॥
Dans le cycle des actes matériels, ce corps ressemble à la roue d’un char mental. Les dix sens et les cinq souffles vitaux en sont les quinze rayons; les trois guṇa, le moyeu; les huit éléments de la nature, la jante; et l’énergie externe la fait tourner vite comme l’électricité. Son axe est le Paramātmā, Ajita, la Vérité ultime; à Lui, l’Immortel, nous nous abandonnons.
Verse 29
य एकवर्णं तमस: परं त- दलोकमव्यक्तमनन्तपारम् । आसांचकारोपसुपर्णमेन- मुपासते योगरथेन धीरा: ॥ २९ ॥
La Suprême Personnalité de Dieu demeure en śuddha-sattva; ainsi Il est eka-varṇa, le praṇava (Oṁ). Au-delà de la manifestation cosmique dite ténèbres, Il est non manifesté et sans limite; ni le temps ni l’espace ne L’éloignent, car Il est partout présent. Assis sur Garuḍa, les yogis au mental apaisé L’adorent par la puissance du yoga; à Lui nos respectueux hommages.
Verse 30
न यस्य कश्चातितितर्ति मायां यया जनो मुह्यति वेद नार्थम् । तं निर्जितात्मात्मगुणं परेशं नमाम भूतेषु समं चरन्तम् ॥ ३० ॥
Nul ne peut franchir Sa māyā, si puissante qu’elle égare tous les êtres et leur fait perdre le sens du but de la vie. Pourtant, cette même māyā est domptée par le Seigneur Suprême, maître de Lui-même, souverain de tous et égal envers chaque être vivant, présent en tous sans partialité. À Lui nos respectueux hommages.
Verse 31
इमे वयं यत्प्रिययैव तन्वा सत्त्वेन सृष्टा बहिरन्तरावि: । गतिं न सूक्ष्मामृषयश्च विद्महे कुतोऽसुराद्या इतरप्रधाना: ॥ ३१ ॥
Nous, les devas, par la volonté du Seigneur bien-aimé, avons reçu des corps de sattva et demeurons dans la bonté au-dedans comme au-dehors; les grands sages aussi. Pourtant nous ne saisissons pas Sa démarche subtile; que dire alors des asuras et autres, dominés par passion et ignorance? Comment comprendraient-ils le Seigneur? À Lui nos respectueux hommages.
Verse 32
पादौ महीयं स्वकृतैव यस्य चतुर्विधो यत्र हि भूतसर्ग: । स वै महापूरुष आत्मतन्त्र: प्रसीदतां ब्रह्म महाविभूति: ॥ ३२ ॥
Cette terre repose sur Ses pieds de lotus, et par Sa propre puissance se déploient ici quatre catégories d’êtres vivants. Il est le grand Mahāpuruṣa, souverain de Lui-même, plein d’opulence et de puissance. Ô Brahmā, qu’Il soit satisfait de nous.
Verse 33
अम्भस्तु यद्रेत उदारवीर्यं सिध्यन्ति जीवन्त्युत वर्धमाना: । लोकायतोऽथाखिललोकपाला: प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ३३ ॥
Toute la manifestation cosmique est issue de l’eau, et c’est par l’eau que tous les êtres endurent, vivent et croissent. Cette eau est en vérité le vīrya magnanime—la semence (sperme) de la Suprême Personnalité de Dieu. Ainsi, que le Seigneur, d’une si grande puissance, soit satisfait de nous.
Verse 34
सोमं मनो यस्य समामनन्ति दिवौकसां यो बलमन्ध आयु: । ईशो नगानां प्रजन: प्रजानां प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ३४ ॥
Soma, la lune, dispense aux devas les grains nourriciers, la force et la longévité. Il est le maître de la végétation et la source de la génération de tous les êtres. Les sages disent que la lune est le mental du Seigneur Suprême. Que ce Seigneur, riche de toute opulence, soit satisfait de nous.
Verse 35
अग्निर्मुखं यस्य तु जातवेदा जात: क्रियाकाण्डनिमित्तजन्मा । अन्त:समुद्रेऽनुपचन्स्वधातून् प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ३५ ॥
Le feu, Jātaveda, né pour recevoir les oblations des rites, est la bouche du Seigneur Suprême. Ce feu demeure au fond de l’océan pour faire surgir les richesses, et dans l’abdomen comme feu digestif, transformant la nourriture et produisant les sucs qui maintiennent le corps. Que ce Seigneur tout-puissant soit satisfait de nous.
Verse 36
यच्चक्षुरासीत् तरणिर्देवयानं त्रयीमयो ब्रह्मण एष धिष्ण्यम् । द्वारं च मुक्तेरमृतं च मृत्यु: प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ३६ ॥
Le dieu Soleil est l’œil du Seigneur. Il marque la voie de la délivrance appelée arcirādi-vartma; il est la source majeure de la compréhension des Vedas, le lieu où l’on adore la Vérité Absolue, la porte de la moksha, et tout à la fois source de vie immortelle et cause de la mort. Que le Seigneur Suprême, riche d’opulence, soit satisfait de nous.
Verse 37
प्राणादभूद् यस्य चराचराणां प्राण: सहो बलमोजश्च वायु: । अन्वास्म सम्राजमिवानुगा वयं प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ३७ ॥
L’air (Vāyu) est le souffle vital, le courage, la force et l’énergie de tous les êtres, mobiles ou immobiles. Cette puissance vitale de l’air provient du souffle originel du Seigneur Suprême. Nous suivons tous l’air pour vivre, comme des serviteurs suivent un empereur. Que ce Seigneur soit satisfait de nous.
Verse 38
श्रोत्राद् दिशो यस्य हृदश्च खानि प्रजज्ञिरे खं पुरुषस्य नाभ्या: । प्राणेन्द्रियात्मासुशरीरकेत: प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ३८ ॥
Que le Seigneur, suprême en puissance, soit satisfait de nous. Les directions naissent de Ses oreilles, les orifices du corps de Son cœur, et l’ākāśa (éther) de Son nombril. Le prāṇa, les sens, le mental, l’air intérieur du corps et l’éther qui sert d’appui au corps—tout procède de Lui.
Verse 39
बलान्महेन्द्रस्त्रिदशा: प्रसादा- न्मन्योर्गिरीशो धिषणाद् विरिञ्च: । खेम्यस्तुछन्दांस्यृषयो मेढ्रत: क: प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ३९ ॥
De la puissance du Seigneur naquit Mahendra; de Sa grâce naquirent les devas; de Sa colère naquit Girīśa, Śiva; et de Son intelligence paisible naquit Virinci, Brahmā. Des ouvertures de Son corps surgirent les mantras védiques, et de Ses organes générateurs naquirent les grands ṛṣi et les prajāpati. Que ce Seigneur à la souveraine puissance soit satisfait de nous.
Verse 40
श्रीर्वक्षस: पितरश्छाययासन् धर्म: स्तनादितर: पृष्ठतोऽभूत् । द्यौर्यस्य शीर्ष्णोऽप्सरसो विहारात् प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ४० ॥
De Sa poitrine surgit Śrī Lakṣmī; de Son ombre, les habitants de Pitṛloka; de Son sein naquit le dharma, et de Son dos, l’adharma. Du sommet de Sa tête se manifestèrent les mondes célestes, et de Son plaisir surgirent les apsarās. Que cette Personne Suprême, pleine de puissance, soit satisfaite de nous.
Verse 41
विप्रो मुखाद् ब्रह्म च यस्य गुह्यं राजन्य आसीद् भुजयोर्बलं च । ऊर्वोर्विडोजोऽङ्घ्रिरवेदशूद्रौ प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ४१ ॥
De la bouche de la Personne Suprême surgirent les brāhmaṇa et la connaissance védique; de Ses bras, les kṣatriya et la force du corps; de Ses cuisses, les vaiśya et leur savoir-faire en production et richesse; et de Ses pieds, les śūdra, hors du savoir védique. Que ce Seigneur, plein de vaillance, soit satisfait de nous.
Verse 42
लोभोऽधरात् प्रीतिरुपर्यभूद् द्युति- र्नस्त: पशव्य: स्पर्शेन काम: । भ्रुवोर्यम: पक्ष्मभवस्तु काल: प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ४२ ॥
De Sa lèvre inférieure naquit l’avidité; de Sa lèvre supérieure, l’affection; de Son nez, l’éclat du corps; et de Son sens du toucher, le désir bestial. De Ses sourcils naquit Yamarāja, et de Ses cils, le temps sans commencement. Que ce Seigneur de souveraine puissance soit satisfait de nous.
Verse 43
द्रव्यं वय: कर्म गुणान्विशेषं यद्योगमायाविहितान्वदन्ति । यद् दुर्विभाव्यं प्रबुधापबाधं प्रसीदतां न: स महाविभूति: ॥ ४३ ॥
Les sages disent que les cinq éléments, le temps, le karma, les trois guṇa de la nature matérielle et les variétés issues de ces guṇa sont des créations ordonnées par la yoga-māyā. Ainsi, ce monde matériel est extrêmement difficile à comprendre, et les plus éclairés l’ont rejeté. Que la Personne Suprême de Dieu, maître de tout, soit satisfaite de nous.
Verse 44
नमोऽस्तु तस्मा उपशान्तशक्तये स्वाराज्यलाभप्रतिपूरितात्मने । गुणेषु मायारचितेषु वृत्तिभि- र्न सज्जमानाय नभस्वदूतये ॥ ४४ ॥
Nous offrons nos hommages au Bhagavān, la Personne Suprême, dont la puissance est paisible et qui est pleinement comblé par Sa propre souveraineté. Il ne s’attache pas aux activités des guṇas façonnés par la māyā; même lorsqu’Il déploie Ses līlās dans ce monde, Il demeure tel l’air, sans attache.
Verse 45
स त्वं नो दर्शयात्मानमस्मत्करणगोचरम् । प्रपन्नानां दिदृक्षूणां सस्मितं ते मुखाम्बुजम् ॥ ४५ ॥
Ô Bhagavān, nous nous sommes abandonnés à Toi, et pourtant nous désirons Te voir. De grâce, rends perceptibles à nos yeux et à nos sens Ta forme originelle et Ton visage de lotus, illuminé d’un sourire.
Verse 46
तैस्तै: स्वेच्छाभूतै रूपै: काले काले स्वयं विभो । कर्म दुर्विषहं यन्नो भगवांस्तत् करोति हि ॥ ४६ ॥
Ô Seigneur, ô Bhagavān, par Ta douce volonté Tu apparais en diverses incarnations, âge après âge. Et les actes merveilleux qui nous seraient insupportables et impossibles, c’est Toi qui les accomplis.
Verse 47
क्लेशभूर्यल्पसाराणि कर्माणि विफलानि वा । देहिनां विषयार्तानां न तथैवार्पितं त्वयि ॥ ४७ ॥
Les actes des karmīs, tourmentés par le désir des objets des sens, engendrent bien des peines, ont peu de substance et parfois n’aboutissent qu’à l’échec. Mais il n’en va pas ainsi des dévots qui ont offert leur vie au service du Seigneur : sans labeur excessif, ils obtiennent de grands fruits, au-delà de toute attente.
Verse 48
नावम: कर्मकल्पोऽपि विफलायेश्वरार्पित: । कल्पते पुरुषस्यैव स ह्यात्मा दयितो हित: ॥ ४८ ॥
Les actes offerts à la Personne Suprême, même en petite mesure, ne sont jamais vains. Le Bhagavān, Père suprême, est l’Âme la plus chère des êtres et demeure toujours prêt à agir pour leur bien.
Verse 49
यथा हि स्कन्धशाखानां तरोर्मूलावसेचनम् । एवमाराधनं विष्णो: सर्वेषामात्मनश्च हि ॥ ४९ ॥
Comme en versant de l’eau à la racine d’un arbre le tronc et les branches sont comblés, ainsi l’adoration de Viṣṇu sert tous les êtres, car Il est le Paramātmā de chacun.
Verse 50
नमस्तुभ्यमनन्ताय दुर्वितर्क्यात्मकर्मणे । निर्गुणाय गुणेशाय सत्त्वस्थाय च साम्प्रतम् ॥ ५० ॥
Ô Seigneur Ananta, je me prosterne devant Toi. Tes actes sont inconcevables. Bien que Tu sois nirguṇa, Tu es le Maître des trois guṇa; et à présent Tu favorises la sattva. Reçois mon hommage.
Raivata is the fifth Manu, brother of Tāmasa Manu. His manvantara is marked by Indra named Vibhu, devas known as Bhūtarayas, and sages such as Hiraṇyaromā, Vedaśirā, and Ūrdhvabāhu. The Lord appears as Vaikuṇṭha (from Śubhra and Vikuṇṭhā), emphasizing that divine governance and transcendental abodes manifest within each cosmic administration to sustain dharma and worship.
The chapter states that the devas were afflicted by Durvāsā Muni’s curse, leading to loss of influence and prosperity across the three worlds. As a result, ritual ceremonies (yajña) could not be properly performed, producing severe downstream effects: devas weakened, asuras flourished, and cosmic auspiciousness diminished—necessitating recourse to Viṣṇu rather than relying on deva-strength alone.
Brahmā praises the Lord as changeless, all-pervading, beyond material qualities, and present in the atom and the heart. He describes prakṛti’s revolving system (senses, prāṇas, guṇas, elements) as moving around the Lord as the hub (Paramātmā), establishing Viṣṇu as the ultimate controller. Devotionally, the prayers affirm that māyā is unconquerable for conditioned beings but is fully under the Lord’s mastery, making surrender the practical and theological solution for both cosmic and personal crises.