
Chapter 373 — ध्यानम् (Dhyāna / Meditation)
Le Seigneur Agni définit le dhyāna comme une contemplation ininterrompue, sans distraction : fixer l’esprit, encore et encore, sur Viṣṇu/Hari et, à son sommet, sur Brahman lui-même. La méditation est décrite comme une cognition stabilisée à courant unique (pratyaya), sans pensées intercalaires, praticable en tout lieu et à tout moment (en marchant, debout, dormant ou éveillé). Agni présente une structure quadruple de la pratique—méditant, méditation, objet et finalité—et relie le yoga-abhyāsa à la fois à la délivrance (mukti) et aux huit aiśvarya/pouvoirs (aṇimā et autres). Le chapitre exalte le « dhyāna-yajña » comme sacrifice intérieur supérieur, pur et non violent, surpassant les rites externes ; il purifie le mental et conduit à l’apavarga. Une visualisation graduée est enseignée : séquence de la triade des guṇa, trois maṇḍala colorés, le lotus du cœur avec ses correspondances symboliques (pétales = siddhi ; tige/péricarpes = jñāna–vairāgya), puis l’Oṅkāra de la taille du pouce ou le Seigneur resplendissant assis sur le lotus, au-delà de Pradhāna et Puruṣa. La pratique culmine dans la contemplation iconographique vaiṣṇava et la résolution de type mahāvākya : « Je suis Brahman… je suis Vāsudeva », équilibrée par le japa ; le japa-yajña est loué comme sans égal pour la protection, la prospérité, la libération et la victoire sur la mort.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे आसनप्राणायामप्रत्याहारा नाम द्विसप्तत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ त्रिसप्तत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः ध्यानम् अग्निर् उवाच ध्यै चिन्तायां स्मृतो धातुर्विष्णुचिन्ता मुहूर्मुहुः अनाक्षिप्तेन मनसा ध्यानमित्यभिधीयते
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le chapitre intitulé « Posture (āsana), maîtrise du souffle (prāṇāyāma) et retrait (pratyāhāra) », le 372e. Commence maintenant le 373e chapitre : « Méditation (dhyāna) ». Agni dit : La racine verbale dhyai est retenue au sens de « contemplation ». Penser à Viṣṇu encore et encore, avec un esprit non distrait, voilà ce qu’on appelle dhyāna, la méditation.
Verse 2
आत्मनः समनस्कस्य मुक्ताशेषोपधस्य च ब्रह्मचिन्तासमा शक्तिर्ध्यानं नाम तदुच्यते
On dit que la méditation (dhyāna) est cette puissance du Soi (Ātman) lorsque l’esprit est harmonisé et que tous les upādhi (adjonctions limitantes) ont été rejetés, puissance égale à la contemplation de Brahman.
Verse 3
ध्येयालम्बनसंस्थस्य सदृशप्रत्ययस्य च प्रत्यान्तरनिर्मुक्तः प्रत्ययो ध्यानमुच्यते
On dit que la méditation (dhyāna) est cette cognition mentale établie sur le support (ālambana) de l’objet à contempler, de nature uniforme, et libérée des cognitions intermédiaires qui distraient.
Verse 4
ध्येयावस्थितचित्तस्य प्रदेशे यत्र कुत्रिचित् ध्यानमेतत्समुद्दिष्टं प्रत्ययस्यैकभावना
La méditation est déclarée être ceci : pour celui dont l’esprit demeure établi sur l’objet de contemplation, en quelque lieu que ce soit, la cultivation unipointée d’un seul contenu mental (pratyaya).
Verse 5
एवं ध्यानसमायुक्तः खदेहं यः परित्यजेत् कुलं स्वजनमित्राणि समुद्धृत्य हरिर्भवेत्
Ainsi, celui qui est pleinement uni à la méditation et qui ensuite quitte son corps—ayant relevé et racheté sa lignée, les siens et ses amis—devient Hari (s’identifie à Viṣṇu).
Verse 6
एवं मुहूर्तमर्धं वा ध्यायेद् यः श्रद्धया हरिं सोपि यां गतिमाप्नोति न तां सर्वैर् महामखैः
Ainsi, quiconque médite sur Hari avec foi ne fût-ce que durant un demi-muhūrta atteint cet état ultime, inaccessible même par tous les grands sacrifices védiques.
Verse 7
भोगनद्यभिवेशेनेति ञ ध्याता ध्यानं तथा ध्येयं यच्च ध्यानप्रयोजनं एतच्चतुष्टयं ज्ञात्वा योगं युञ्जीत तत्त्ववित्
Sachant cela—à savoir, par l’absorption dans le « fleuve des jouissances »—le connaisseur doit comprendre le fondement quadruple de la méditation : le méditant, l’acte de méditer, l’objet à méditer et le but de la méditation. Ayant connu ce quadruple ensemble, celui qui connaît la réalité doit s’engager dans le Yoga.
Verse 8
योगाभ्यासाद्भवेन्मूक्तिरैश्वर्यञ्चाष्टधा महत् ज्ञानवैराग्यसम्पन्नः श्रद्दधानः क्षमान्वितः
Par la pratique disciplinée du yoga naît la libération, et naît aussi une grande puissance souveraine en huit formes. (Le yogin doit être) pourvu de connaissance et de détachement, animé de foi et doté de patience.
Verse 9
विष्णुभक्तः सदोत्साही ध्यातेत्थं पुरुषः स्मृतः मूर्तामूर्तं परम्ब्रह्म हरेर्ध्यानं हि चिन्तनम्
Celui qui est dévot de Viṣṇu et toujours plein d’ardeur doit méditer ainsi ; un tel homme est rappelé comme un véritable pratiquant. Car le Brahman suprême est à la fois avec forme et sans forme ; en vérité, la méditation sur Hari est elle-même une réflexion contemplative.
Verse 10
सकलो निष्कलो ज्ञेयः सर्वज्ञः परमो हरिः अणिमादिगुणैश्वर्यं मुक्तिर्ध्यानप्रयोजनम्
Hari, le Suprême, doit être connu comme pourvu de forme (sakala) et comme sans forme (niṣkala) ; Il est omniscient. La maîtrise dotée de qualités telles qu’aṇimā et les autres, ainsi que la délivrance : tels sont les buts de la méditation.
Verse 11
फलेन योजको विष्णुरतो ध्यायेत् परेश्वरं गच्छंस्तिष्ठन् स्वपन् जाग्रदुन्मिषन् निमिषन्नपि
Ainsi, celui qui relie tous ses actes à leur fruit en les offrant à Viṣṇu doit méditer sur le Seigneur suprême — qu’il marche, qu’il se tienne debout, qu’il dorme, qu’il veille, même lorsqu’il ouvre et ferme les yeux.
Verse 12
शुचिर्वाप्यशुचिर्वापि ध्यायेत् शततमीश्वरम् स्वदेहायतनस्यान्ते मनसि स्थाप्य केशवम्
Qu’on soit pur ou impur, il faut méditer sans cesse sur le Seigneur suprême ; en plaçant Keśava dans l’esprit, au plus intime du corps, comme en son sanctuaire.
Verse 13
हृत्पद्मपीठिकामध्ये ध्यानयोगेन पूजयेत् ध्यानयज्ञः परः शुद्धः सर्वदोषविवर्जितः
Il faut adorer, par la discipline du yoga de la méditation, au milieu du siège-piédestal du lotus du cœur. Le sacrifice accompli sous forme de méditation (dhyāna-yajña) est suprême, pur et exempt de tout défaut.
Verse 14
तेनेष्ट्वा मुक्तिमाप्नोति वाह्यशुद्धैश् च नाध्वरैः हिंसादोषविमुक्तित्वाद्विशुद्धिश्चित्तसाधनः
Après avoir accompli ce sacrifice, on obtient la délivrance; non par des rites extérieurement « purs » qui ne sont pas de véritables sacrifices. Parce qu’il est exempt de la faute de violence, il procure une purification authentique et sert de moyen pour discipliner et affiner l’esprit.
Verse 15
ध्यानयज्ञः परस्तस्मादपवर्गफलप्रदः तस्माद्शुद्धं सन्त्यज्य ह्य् अनित्यं वाह्यसाधनं
Le sacrifice fait de méditation est supérieur à ce rite extérieur et confère le fruit de l’apavarga (libération). C’est pourquoi, après avoir renoncé aux moyens extérieurs, bien que « purs » mais impermanents, il faut recourir à la voie intérieure.
Verse 16
यज्ञाद्यं कर्म सन्त्यज्य योगमत्यर्थमभ्यसेत् विकारमुक्तमव्यक्तं भोग्यभोगसमन्वितं
Après avoir renoncé aux actes rituels qui commencent par le sacrifice, qu’on pratique le Yoga avec l’ardeur la plus haute, en contemplant l’Inmanifesté (Avyakta), exempt de modifications, et pourtant associé à la fois aux objets de jouissance et à l’acte/l’expérience de jouir.
Verse 17
चिन्तयेद्धृदये पूर्वं क्रमादादौ गुणत्रयं तमः प्रच्छाद्य रजसा सत्त्वेन च्छादयेद्रजः
D’abord, qu’on contemple dans le cœur, selon l’ordre requis, la triade des guṇa : recouvrir le tamas par le rajas, puis recouvrir le rajas par le sattva.
Verse 18
ध्यानमार्गेणेति ख , ज च ध्यायेत्त्रिमण्डलं पूर्वं कृष्णं रक्तं सितं क्रमात् सत्त्वोपाधिगुणातीतः पुरुषः पञ्चविंशकः
« Par la voie de la méditation » : telle est la leçon des manuscrits Kha et Ja. Qu’on médite d’abord sur les trois cercles, dans l’ordre : noir, rouge, blanc. Au-delà des guṇa, n’ayant pour condition (upādhi) que le sattva, se tient le Puruṣa, compté comme le vingt-cinquième principe.
Verse 19
ध्येयमेतदशुद्धञ्च त्यक्त्वा शुद्धं विचिन्तयेत् ऐश्वर्यं पङ्कजं दिव्यं पुरुशोपरि संस्थितं
Ayant écarté cet objet de méditation impur, qu’on contemple le pur : le lotus divin de la souveraineté (aiśvarya), établi au-dessus de l’Homme cosmique (Puruṣa).
Verse 20
द्वादशाङ्गुलविस्तीर्णं शुद्धं विकशितं सितं नालमष्टाङ्णूलं तस्य नाभिकन्दसमुद्भवं
Il doit avoir douze largeurs de doigt : pur, pleinement épanoui et blanc. Sa tige doit mesurer huit largeurs de doigt, issue du bulbe (kanda) en son centre ombilical.
Verse 21
पद्मपत्राष्टकं ज्ञेयमणिमादिगुणाष्टकम् कर्णिकाकेशरं नालं ज्ञानवैराग्यमुत्तमम्
Les huit pétales du lotus doivent être compris comme les huit qualités commençant par aṇimā (subtilité extrême). Son péricarpe et ses filaments, ainsi que sa tige, sont la connaissance et le détachement suprêmes (jñāna et vairāgya).
Verse 22
विष्णुधर्मश् च तत्कन्दमिति पद्मं विचिन्तयेत् तद्धर्मज्ञानवैराग्यं शिवैश्वर्यमयं परं
Qu’on contemple le lotus en pensant : « Son bulbe (kanda) est Viṣṇu et le Dharma. » De là naissent le dharma, la connaissance et le détachement — le suprême, fait de la puissance souveraine de Śiva (Śiva-aiśvarya).
Verse 23
ज्ञात्वा पद्मासनं सर्वं सर्वदुःखान्तमाप्नुयात् तत्पद्मकर्णिकामध्ये शुद्धदीपशिखाकृतिं
Ayant compris (et maîtrisé) entièrement la posture du lotus, on atteint la cessation de toute souffrance. Au milieu du péricarpe de ce lotus, qu’on visualise une forme pure, semblable à la flamme d’une lampe.
Verse 24
अङ्गुष्ठमात्रममलं ध्यायेदोङ्कारमीश्वरं कदम्बगोलकाकारं तारं रूपमिव स्थितं
Qu’on médite le Seigneur sans tache comme l’Oṅkāra—de la taille d’un pouce—sous la forme de la Tāra sacrée (Praṇava), comme demeurant, pour ainsi dire, dans une sphère semblable à un bouton de kadamba.
Verse 25
ध्यायेद्वा रश्मिजालेन दीप्यमानं समन्ततः प्रधानं पुरुषातीतं स्थितं पद्मस्थमीश्वरं
Ou bien qu’on médite le Seigneur assis sur un lotus—établi comme le Suprême—rayonnant de toutes parts d’un réseau de lumières, transcendant à la fois Pradhāna (la Nature primordiale) et Puruṣa (le principe conscient individuel).
Verse 26
ध्यायेज्जपेच्च सततमोङ्कारं परमक्षरं मनःस्थित्यर्थमिच्छान्ति स्थूलध्यानमनुक्रमात्
Qu’on médite et qu’on répète sans cesse l’Oṃkāra, la syllabe suprême et impérissable. Désirant la stabilité de l’esprit, on progresse graduellement dans la contemplation, en commençant par la méditation du grossier (avec support).
Verse 27
तद्भूतं निश् चलीभूतं लभेत् सूक्ष्मे ऽपि संस्थितं नाभिकन्दे स्थितं नालं दशाङ्गुलसमायतं
Lorsque cela (le principe intérieur, le courant vital) devient immobile, on le saisit bien qu’il demeure dans le corps subtil. C’est le canal tubulaire (nāla) situé dans le bulbe du nombril (nābhi-kanda), s’étendant sur dix largeurs de doigt.
Verse 28
नालेनाष्टदलं पद्मं द्वादशाङ्गुलविस्तृतं सत्त्वोपाधिसमायुक्तः सदा ध्येयश् च केशव इति ख लब्धदीपशिखाकृतिमिति ख , ञ च सकर्णिके केसराले सूर्यसोमाग्निमण्डलं
Qu’on visualise, avec sa tige, un lotus à huit pétales s’étendant sur douze largeurs de doigt. Keśava—associé au conditionnement de sattva (sattva-upādhi)—doit être médité sans cesse. (Certaines recensions ajoutent : «ayant la forme d’une flamme de lampe».) Dans le lotus, pourvu de son péricarpe et de ses filaments, qu’on visualise aussi les mandalas du soleil, de la lune et du feu.
Verse 29
अग्निमण्डलमध्यस्थः शङ्खचक्रगदाधरः पद्मी चतुर्भुजो विष्णुरथ वाष्टभुजो हरिः
Au centre du maṇḍala de feu se tient Viṣṇu : portant le lotus, à quatre bras, tenant la conque, le disque et la massue ; ou bien il doit être contemplé comme Hari aux huit bras.
Verse 30
शार्ङ्गाक्षवलयधरः पाशाङ्कुशधरः परः स्वर्णवर्णः श्वेतवर्णः सश्रोवत्सः सकौस्तुभः
Il porte l’arc Śārṅga et des bracelets; il tient le lacet et l’aiguillon ; il est le Suprême. Son teint est d’or et aussi d’un blanc rayonnant ; il porte le signe du Śrīvatsa et est orné du joyau Kaustubha.
Verse 31
वनमाली स्वर्णहारी स्फुरन्मकरकुण्डलः रत्नोज्ज्वलकिरीटश् च पीताम्बरधरो महान्
Il porte la guirlande de la forêt (vanamālā) et un collier d’or ; ses boucles d’oreilles en forme de makara étincellent ; sa couronne resplendit de joyaux ; et le Grand est vêtu de vêtements jaunes.
Verse 32
सर्वाभरणभूषाढ्यो वितस्तर्वा यथेच्छया अहं ब्रह्म ज्योतिरात्मा वाउदेवो बिमुक्त ॐ
Paré de tous les ornements, et prenant à volonté une forme de la mesure d’un vitasti (un empan), on doit contempler : « Je suis Brahman ; mon essence est lumière ; je suis Vāsudeva — pleinement libéré. » Oṃ.
Verse 33
ध्यानाच्छ्रान्तो जपेन्मन्त्रं जपाच्छ्रान्तश् च चिन्तयेत् जपध्यानादियुक्तस्य विष्णुः शीघ्रं प्रसीदति
Quand on est lassé par la méditation, qu’on récite le mantra ; et quand on est lassé par la récitation, qu’on contemple (son sens et la divinité). Pour celui qui s’adonne à des pratiques telles que la répétition du mantra et la méditation, Viṣṇu s’apaise et se réjouit promptement.
Verse 34
जपयज्ञस्य वै यज्ञाः कलां नार्हन्ति षोडशीं जपिनं नोपसर्पन्ति व्याधयश्चाधयो ग्रहाः भुक्तिर्मुर्क्तिर्मृत्युजयो जपेन प्राप्नुयात् फलं
En vérité, les autres sacrifices n’égalent pas même le seizième de la part du sacrifice du japa (répétition du mantra). Les maladies, les afflictions mentales et les influences planétaires néfastes n’approchent pas le pratiquant du japa. Par le japa, on obtient la jouissance et la prospérité mondaines, la délivrance (mukti) et la victoire sur la mort : tel en est le fruit.
It specifies dhyāna as a single, uniform pratyaya free from intervening cognitions, and gives a stepwise inner-visualization protocol: guṇa sequencing, tri-maṇḍala colors, heart-lotus measurements (e.g., 12-aṅgula lotus; stalk measures), Oṅkāra as thumb-sized, and placement of Viṣṇu within fire/solar/lunar maṇḍalas.
It reframes worship as dhyāna-yajña—an inward, non-violent sacrifice that purifies the mind, replaces reliance on external rites, stabilizes attention through Omkāra and japa, and culminates in realization-oriented contemplation (Hari/Brahman), thereby supporting both disciplined living (bhukti) and liberation (mukti/apavarga).
Liberation (mukti/apavarga) and aṣṭa-aiśvarya—mastery through qualities beginning with aṇimā—are explicitly stated as the purposes of dhyāna, with japa also yielding protection from afflictions and victory over death.