
Somavaṁśa-varṇanam (Description of the Lunar Dynasty)
Le Seigneur Agni entame une récitation purificatrice du Somavaṁśa, retraçant la lignée lunaire depuis l’origine cosmique de Brahmā (né du nombril de Viṣṇu) à travers Atri et les premiers descendants. Le sacre royal (rājasūya) de Soma établit sa souveraineté, mais le désir trouble l’ordre : des femmes divines, frappées par Kāma, prennent des époux mortels, et l’élan transgressif de Soma culmine dans l’enlèvement de Tārā, épouse de Bṛhaspati. S’ensuit la guerre catastrophique de Tārakāmaya, arrêtée seulement par l’intervention de Brahmā ; puis naît de Soma l’enfant lumineux, Budha. La généalogie se poursuit dans l’histoire des rois : Budha engendre Purūravas, dont l’union avec Urvāśī donne plusieurs héritiers royaux. D’Āyu naît Nahuṣa et ses fils, dont Yayāti ; les mariages de Yayāti avec Devayānī et Śarmiṣṭhā font surgir les grandes lignées—Yadu, Turvasu, Druhyu, Anu et Pūru—plaçant Yadu et Pūru parmi les principaux propagateurs de la tradition dynastique. Le chapitre unit ainsi rituel royal, causalité morale et transmission du lignage en un seul récit dharmique.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे सुर्यवंशकीर्तनं नाम द्विसप्तत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः सकर्माभूदिति ख , छ , च अथ त्रिसप्तत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः सोमवंशवर्णनं अग्निर् उवाच सोमवंशं प्रवक्ष्यामि पठितं पापनाशनम् विष्णुनाभ्यब्जजो ब्रह्मा ब्रह्मपुत्रो ऽत्रिरत्रितः नीलाञ्जको रधुः क्रोष्टुः शतजिच्च सहस्रजित्
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre deux-cent-soixante-douze est intitulé « Récit de la dynastie solaire » (dans certaines recensions : « devenu un acte/rite »). Commence maintenant le chapitre deux-cent-soixante-treize, « Description de la dynastie lunaire ». Agni dit : « J’exposerai la dynastie lunaire ; sa récitation détruit le péché. Du lotus né du nombril de Viṣṇu surgit Brahmā ; son fils ici fut Atri (Atratī). De lui vinrent Nīlāñjaka, Radhu, Kroṣṭu, Śatajit et Sahasrajit. »
Verse 2
सोमश् चक्रे राजसूयं त्रैलोक्यं दक्षिणान्ददौ समाप्ते ऽवभृथे सोमं तद्रूपालोकनेच्छवः शतजिद्धैहयो रेणुहयो हय इति त्रयः
Soma accomplit le Rājasūya (consécration royale). À titre de dakṣiṇā (rétribution sacrificielle), il accorda les trois mondes. Lorsque le bain conclusif de l’avabhṛtha fut achevé, trois êtres, désireux de contempler Soma sous cette forme même, apparurent : Śatajīt, le Haihaya ; Reṇuhaya ; et un nommé Haya — ainsi furent-ils trois.
Verse 3
कामवाणाभितप्ताङ्ग्यो नरदेव्यः सिषेविरे लक्ष्मीर् नरायणं त्यक्त्वा सिनीवाली च कर्दमम
Tourmentées dans leur corps par les flèches de Kāma (dieu du désir), ces femmes divines eurent recours à des hommes mortels comme époux. Lakṣmī, abandonnant Nārāyaṇa, alla vers Kardama ; et Sinīvālī aussi (alla) vers Kardama.
Verse 4
द्युतिं विभावसुन्त्यक्त्वा पुष्टिर्धातारमव्ययम् प्रभा प्रभाकरन्त्यक्त्वा हविष्मन्तं कुहूः स्वयम्
En abandonnant l’appellation « Dyuti » et en prenant « Vibhāvasu », il faut comprendre que Puṣṭi est Dhātṛ, l’impérissable. Et en abandonnant l’appellation « Prabhā » et en prenant « Prabhākara », il faut comprendre que Kuhū elle-même est Haviṣmant.
Verse 5
कीर्तिर्जयन्तम्भर्तारं वसुर्मारीचकश्ययम् धृतिस्त्यक्त्वा पतिं नन्दीं सोममेवाभजत्तदा
Kīrti eut Jayanta pour époux ; Vasu (eut) Mārīcakaśyaya. Dhṛti, ayant abandonné son mari Nandī, se voua alors à Soma seul.
Verse 6
स्वकीया इव सोमो ऽपि कामयामास तास्तदा एवं कृतापचारस्य तासां भर्तृगणस्तदा
Alors Soma aussi les désira, comme si elles lui appartenaient; et pour avoir ainsi commis une faute, en ce temps-là les époux de ces femmes s’irritèrent et se rangèrent contre lui.
Verse 7
न शशाकापचाराय शापैः शस्त्रादिभिः पुनः सप्तलोकैकनाथत्वमवाप्तस्तपसा ह्य् उत
Il ne pouvait plus être réduit à néant pour quelque faute que ce soit—ni par des malédictions, ni par des armes et autres moyens—car, par l’austérité (tapas), il avait obtenu la dignité d’unique seigneur des sept mondes.
Verse 8
विवभ्राम मतिस्तस्य विनयादनया हता वृहस्पतेः स वै भार्यां तारां नाम यशस्विनीम्
Son esprit devint vacillant; sa pudeur fut détruite par une conduite dévoyée. En vérité, il se tourna vers Tārā, l’illustre épouse de Bṛhaspati.
Verse 9
जहार तरसा सोमो ह्य् अवमन्याङ्गिरःसुतम् ततस्तद्युद्धमभवत् प्रख्यातं तारकामयम्
Soma, dans un élan de force, l’enleva, méprisant le fils d’Aṅgiras; et de là naquit le combat fameux appelé la guerre de Tārakāmaya.
Verse 10
न शशाकापकारायेति ञ देवानां दानवानाञ्च लोकक्षयकरं महत् ब्रह्मा निवार्योशनसन्तारामङ्गिरसे ददौ
Ne pouvant le contrecarrer afin de prévenir le mal—car cette puissance, immense, pouvait entraîner la ruine des mondes pour les dieux comme pour les Dānavas—Brahmā en retint l’usage et accorda à Aṅgiras le remède/le moyen salvateur lié à Uśanas.
Verse 11
तामन्तःप्रसवां दृष्ट्वा गर्भं त्यजाब्रवीद्गुरुः गर्भस्त्यक्तः प्रदीप्तो ऽथ प्राहाहं सोमसन्भवः
La voyant en travail de l’intérieur, le maître dit : «Rejette l’embryon.» Lorsque l’embryon fut expulsé, il se mit à flamboyer ; puis il déclara : «Je suis Soma, venu à l’existence.»
Verse 12
एवं सोमाद्बुधः पुत्त्रः पुत्त्रस्तस्य पुरूरवाः स्वर्गन्त्यक्त्वोर्वशी सा तं वरयामास चाप्सराः
Ainsi, de Soma naquit Budha, et son fils fut Purūravas. L’Apsaras Urvaśī, ayant quitté le ciel, le choisit (Purūravas) pour époux.
Verse 13
तया सहाचरद्राजा दशवर्षाणि पञ्च च पञ्च षट् सप्त चाष्टौ च दश चाष्टौ महामुने
Ô grand sage, le roi vécut avec elle pendant des années : dix, cinq, cinq, six, sept, huit, dix et huit.
Verse 14
एको ऽग्निरभवत् पूर्वं तेन त्रेता प्रवर्तिता पुरूरवा योगशीलो गान्धर्वलोकमीयिवान्
Au commencement, il n’y avait qu’un seul Feu ; par ce (Feu) l’Âge Tretā fut mis en mouvement. Purūravas, voué à la discipline du yoga, se rendit au monde des Gandharvas.
Verse 15
आयुर्दृढायुरश्वायुर्धनायुर्धृतिमान् वसुः दिविजातः शतायुश् च सुषुवे चोर्वशी नृपान्
La reine Urvaśī enfanta les rois nommés Āyu, Dṛḍhāyu, Aśvāyu, Dhanāyu, Dhṛtimān, Vasu, Divijāta et Śatāyu.
Verse 16
आयुषो नहुषः पुत्रो वृद्धशर्मा रजिस् तथा दर्भो विपाप्मा पञ्चाग्न्यं रजेः पुत्रशतं ह्य् अभूत्
D’Āyu naquit Nahuṣa. Ses fils furent Vṛddhaśarmā, Raji, Darbha, Vipāpmā et Pañcāgnya. Et de Raji, en vérité, il y eut cent fils.
Verse 17
राजेया इति विख्याता विष्णुदत्तवरो रजिः देवासुरे रणे दैत्यानबधीत्सुरयाचितः
Raji, célèbre sous le nom de Rājeyā et gratifié d’un don accordé par Viṣṇu, tua les Daityas dans la guerre entre Devas et Asuras, à la demande des dieux.
Verse 18
गतायेन्द्राय पुत्रत्वं दत्वा राज्यं दिवङ्गतः रजेः पुत्रैर् हृतं राज्यं शक्रस्याथ सुदुर्मनाः
Après avoir accordé à Indra le statut de fils et lui avoir remis le royaume, il quitta ce monde et monta au ciel. Alors les fils de Raji s’emparèrent du royaume d’Indra, et Śakra (Indra) fut profondément accablé.
Verse 19
ग्रहशान्त्यादिविधिना गुरुरिन्द्राय तद्ददौ मोहयित्वा रजिसुतानासंस्ते निजधर्मगाः
Par les procédés prescrits, à commencer par les rites d’apaisement des astres (graha-śānti) et autres, Bṛhaspati, le Guru, conféra cela à Indra ; puis, ayant abusé les fils de Raji, il les fit demeurer assis en retrait (soumis/retirés), tandis qu’ils restaient dans leur propre dharma.
Verse 20
नहुषस्य सुताः सप्त यतिर्ययातिरुत्तमः उद्भवः पञ्चकश् चैव शर्यातिमेघपालकौ
Nahuṣa eut sept fils : Yati, l’excellent Yayāti, Udbhava, Pañcāka, ainsi que Śaryāti, Megha et Pālaka.
Verse 21
पञ्चाग्न्या इति ज पञ्चाग्न्यमिति ञ यतिः कुमारभावे ऽपि विष्णुं ध्यात्वा हरिं गतः देवयानी शक्रकन्या ययातेः पत्न्य् अभूत् तदा
« (Lire) ‘pañcāgnyā’ — ainsi dans la recension ja ; (ou) ‘pañcāgnyam’ — ainsi dans la recension ña. Yati, bien qu’encore dans l’enfance, médita sur Viṣṇu et parvint à Hari. Alors Devayānī, fille de Śakra (Indra), devint l’épouse de Yayāti. »
Verse 22
वृषपर्वजा शर्मिष्ठा ययातेः पञ्च तत्सुताः यदुञ्च तुर्वसुञ्चैव देवयानी व्यजायत
Śarmiṣṭhā, fille de Vṛṣaparvan, enfanta à Yayāti cinq fils ; et Devayānī mit aussi au monde Yadu et Turvasu.
Verse 23
द्रुह्यञ्चानूञ्च पूरुञ्च शर्मिष्ठा वार्षपर्वणी यदुः पूरुश्चाभवतान्तेषां वंशविवर्धनौ
Śarmiṣṭhā, fille de Vṛṣaparvan, enfanta Druhyu, Anu et Pūru ; et parmi eux, Yadu et Pūru devinrent les principaux propagateurs de leurs lignées respectives.
The pivot is Soma’s transgression—abducting Tārā—which triggers the Tārakāmaya war and leads to the birth of Budha, after which the text resumes structured dynastic transmission through Purūravas, Nahuṣa, and Yayāti.
Soma’s rājasūya signals legitimate sovereignty, yet unchecked desire produces social and cosmic conflict (the Tārakāmaya war), showing that kingship and power remain accountable to dharma, with Brahmā restoring order.