
Utpāta-śānti (Pacification of Portents)
Ce chapitre passe des enseignements d’Atharva-vidhāna à un manuel consacré à l’utpāta-śānti, les rites destinés à neutraliser les présages funestes troublant la royauté, la société et le bien-être individuel. Puṣkara enseigne que prospérité et stabilité se nourrissent de l’hymnologie védique : le Śrīsūkta (avec prativeda) est présenté comme Lakṣmī-vivardhana, complété par des invocations à Śrī issues du Yajurveda et du Sāmaveda. Il prescrit ensuite des formes rituelles concrètes—japa, homa, bains purificatoires, aumône et offrandes à Viṣṇu—en mettant en avant le Pauruṣa Sūkta comme dispensateur et purificateur universel, y compris pour les grands péchés. Le texte introduit des taxonomies de śānti et trois pacifications nommées Amṛtā, Abhayā, Saumyā, avec des amulettes de gemmes (maṇi) liées aux divinités et leur consécration par mantra. Enfin, il classe les présages en domaines céleste, atmosphérique et terrestre (météores, halos, pluies anormales, séismes, phénomènes d’icônes, anomalies du feu, signes des arbres, corruption des eaux, naissances étranges, inversions animales, éclipses) et assigne des remèdes ciblés—culte de Prajāpati/Agni/Śiva/Parjanya-Varuṇa—concluant que la vénération des brahmanes et des dieux, le japa et le homa sont les apaisements essentiels.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे अथर्वविधानं नामैकषष्ट्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः क्रुद्धं भूपं प्रसादयेदिति घ , ज , झ च अथ द्विषष्ठ्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः उत्पातशान्तिः पुष्कर उवाच श्रीसूक्तं प्रतिवेदञ्च ज्ञेयं लक्ष्मीविवर्धनं हिरण्यवर्णा हरिणीमृचः पञ्चदश श्रियः
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre nommé «Atharva-vidhāna» est le deux cent soixante et unième ; et il existe aussi des sections marquées par les lettres gha, ja et jha, disant : «il faut apaiser un roi courroucé». Commence maintenant le chapitre deux cent soixante-deux, «Utpāta-śānti (apaisement des présages)». Puṣkara dit : «Le Śrīsūkta, avec la récitation védique complémentaire (prativeda), doit être reconnu comme ce qui accroît Lakṣmī ; les quinze vers ṛk commençant par “hiraṇyavarṇā” constituent l’hymne de Śrī».
Verse 2
रथेष्वक्षेषु वाजेति चतस्रो यजुषि श्रियः स्रावन्तीयं तथा साम श्रीसूक्तं सामवेदके
Dans le Yajurveda, les quatre invocations de Śrī (la Prospérité) se trouvent dans les formules commençant par «ratheṣu», «akṣeṣu» et «vājeti» ; de même, dans le Sāmaveda se trouve le sāman nommé «Srāvantīya», ainsi que le Śrī-sūkta dans la recension sāmavédique.
Verse 3
श्रियं धातर्मयि धेहि प्राक्तमाथर्वणे तथा श्रीसूक्तं यो जपेद्भक्त्या हुत्वा श्रीस्तस्य वै भवेत्
«Ô Dhātṛ, le Soutien, dépose en moi Śrī (la prospérité).» De même, selon l’antique tradition atharvanique : quiconque, avec dévotion, récite le Śrī-sūkta et accomplit des oblations (homa), la prospérité devient assurément sienne.
Verse 4
पद्मानि चाथ विल्वानि हुत्वाज्यं वा तिलान् श्रियः एकन्तु पौरुषं सूक्तं प्रतिवेदन्तु सर्वदं
Après avoir offert des lotus et des feuilles de bilva—ou après avoir fait des oblations de ghee ou de sésame—en vue d’obtenir Śrī (la prospérité), on doit tout particulièrement réciter le Pauruṣa-sūkta ; il est proclamé dispensateur de tout (fruit désiré) en tout temps.
Verse 5
सूक्तेन द्दद्यान्निष्पापो ह्य् एकैकया जलाञ्जलिं स्नात एकैकया पुष्पं विष्णोर्दत्वाघहा भवेत्
En faisant l’offrande accompagnée d’un sūkta (hymne), on devient exempt de péché. Après le bain rituel, en offrant l’eau en libations d’une seule main, une à une, et de même des fleurs une à une à Viṣṇu, on devient destructeur du péché.
Verse 6
स्नात एकैकया दत्वा फलं स्यात् सर्वकामभाक् महापापोपपान्तो भवेज्जप्त्वा तु पौरुषं
Après le bain rituel, si l’on fait l’aumône à chaque fois, fût-ce d’une seule (unité/pièce), on obtient le fruit de cet acte et l’on devient accomplisseur de tous les désirs. Et en récitant le Pauruṣa (mantra/hymne), on est purifié des grands péchés.
Verse 7
कृच्छ्रैर् विशुद्धो जप्त्वा च हुत्वा स्नात्वाथ सर्वभाक् अष्टादशभ्यः शान्तिभ्यस्तिस्रो ऽन्याः शान्तयो वराः
Purifié par l’accomplissement du kṛcchra (austérité/expiation), puis ayant fait le japa, offert les oblations et pris le bain, il devient ayant droit à tous les rites et bienfaits. Au-delà des dix-huit rites de śānti, il existe trois autres apaisements excellents.
Verse 8
अमृता चाभयवा सौम्या सर्वोत्पातविमर्दनाः अमृता सर्वदवत्या अभया ब्रह्मदैवता
« Amṛtā » et aussi « Abhayā », « Saumyā » : elles détruisent tout mauvais présage. Amṛtā protège en tout temps ; Abhayā a Brahmā pour divinité présidente.
Verse 9
सौम्या च सर्वदैवत्या एका स्यात्सर्वकामदा ह्य् एकैकश इति क , घ , छ , ञ च अभयाया मणिः कार्यो वरुणस्य भृगूत्तम
Saumyā (gemme/amulette) est liée à toutes les divinités ; elle est unique et l’on dit qu’elle accorde tous les buts désirés. « Individuellement, un par un » : cela est assigné par les lettres ka, gha, cha et ña. Ô le meilleur des Bhṛgu, qu’on façonne pour Varuṇa une gemme protectrice (maṇi) d’Abhayā.
Verse 10
शतकाण्डो ऽमृतायाश् च सौम्यायाः शङ्कजो मणिः तद्दैवत्यास् तथा मन्त्राः सिद्धौ स्यान्मणिबन्धनं
Pour Amṛtā, la gemme est Śatakāṇḍa ; et pour Saumyā, la gemme est le joyau né de la conque (śaṅkaja). Avec les mantras relevant de ces mêmes divinités—lorsqu’ils sont accomplis selon la règle—la ligature (consécration et port) de la gemme devient efficace.
Verse 11
दिव्यान्तरीक्षभौमादिसमुत्पातार्दना इमाः दिव्यान्तरीक्षभौमन्तु अद्भुतं त्रिविधं शृणु
Tels sont les présages porteurs de calamité, surgissant dans les domaines céleste, atmosphérique et terrestre. Écoute maintenant la triple classification des prodiges/augures : célestes, atmosphériques et terrestres.
Verse 12
ग्रहर्क्षवैकृतं दिव्यमान्तरीक्षन्निबोध मे उल्कापातश् च दिग्दाहः परिवेशस्तथैव च
Apprends de moi les présages célestes et atmosphériques issus des perturbations des planètes et des étoiles : la chute des météores (ulkā), l’embrasement ou le rougissement des directions du ciel, et l’apparition des halos (pariveśa).
Verse 13
गन्धर्वनगरञ्चैव वृष्टिश् च विकृता च या चरस्थिरभवं भूमौ भूकम्पमपि भूमिजं
Et aussi l’apparition d’une « cité des Gandharva » (ville illusoire semblable à un mirage), ainsi que des pluies anormales. Sur la terre, il y a encore le tremblement de terre—trouble né du sol—qui atteint à la fois le mobile et l’immobile.
Verse 14
सप्ताहाभ्यनतरे वृष्टावद्भुतं भयकृद्भवेत् शान्तिं विना त्रिभिर्वषैर् अद्भुतं भयकृद्भवेत्
Si une pluie extraordinaire (hors saison ou contre nature) survient dans l’espace d’une semaine, elle devient un présage générateur de crainte. De même, si aucun rite d’apaisement (śānti) n’est accompli, alors dans les trois ans ce présage devient redoutable, c’est-à-dire qu’il produit son effet nuisible.
Verse 15
देवतार्चाः प्रनृत्यन्ति वेपन्ते प्रज्वलन्ति च आरठन्ति च रोदन्ति प्रस्विद्यन्ते हसन्ति च
Les images divines, en cours d’adoration, dansent, frémissent et s’embrasent; elles poussent aussi des cris, pleurent, transpirent et rient.
Verse 16
अर्चाविकारोपशमो ऽभ्यर्च्य हुत्वा प्रजापतेः अनग्निर्दीप्यते यत्र राष्ट्रे च भृशनिस्वनं
Après avoir rendu le culte selon la règle et offert des oblations à Prajāpati, les troubles ou défauts qui affectent l’adoration des images sont apaisés; et dans ce royaume, même un lieu sans feu paraît s’embraser, et l’on entend un grand grondement—signes tenus pour puissants de l’efficacité du rite.
Verse 17
न दीप्यते चेन्धनवांस्तद्राष्ट्रं पाड्यते नृपैः अग्निवैकृत्यशमनमग्निमन्त्रैश् च भार्गव
Si, même pourvu de combustible, le feu ne s’embrase pas, ce royaume est affligé ou harcelé par des rois. L’apaisement de telles anomalies du feu doit être accompli au moyen des mantras d’Agni, ô Bhārgava.
Verse 18
अकाले फलिता वृक्षाः क्षीरं रक्तं स्रवन्ति च वृक्षोत्पातप्रशमनं शिवं पूज्य च कारयेत्
Lorsque les arbres portent des fruits hors saison et qu’ils suintent du lait, voire du sang, il convient de faire accomplir une Śiva-pūjā, en adorant Śiva comme l’apaisant de tels présages des arbres, afin d’écarter le prodige funeste.
Verse 19
अतिवृष्टिरनावृष्टिर्दुर्भिक्षायोभयं मतं सिद्ध्या इति घ , ञ च देवताश्चेति ख , छ च आवटन्तीति ख , घ , छ , ञ च अनृतौ त्रिदिनारब्धवृष्टिर्ज्ञेया भयाय हि
L’excès de pluie comme l’absence de pluie sont tous deux tenus pour causes de famine. Et la pluie qui, hors saison, commence et se poursuit durant trois jours doit assurément être comprise comme un présage de danger.
Verse 20
वृष्टिवैकृत्यनाशः स्यात्पर्जण्येन्द्वर्कपूजनात् नगरादपसर्पन्ते समीपमुपयान्ति च
La suppression des anomalies de la pluie s’obtient par le culte rendu à Parjanya, à la Lune et au Soleil. Ainsi, les forces nuisibles se retirent de la cité et reviennent s’approcher dans une proximité favorable et maîtrisée.
Verse 21
नद्यो ह्रदप्रश्रवणा विरसाश् च भवन्ति च शलिलाशयवैकृत्ये जप्तव्यो वारुणो मनुः
Les rivières, les lacs et les sources deviennent fades, privées de leur qualité propre. Lorsqu’il y a altération ou anomalie dans les réservoirs d’eau, il faut réciter le mantra de Varuṇa.
Verse 22
अकालप्रसवा नार्यः कालतो वाप्रजास् तथा विकृतप्रसवाश् चैव युग्मप्रसवनादिकं
Les femmes peuvent accoucher hors saison; de même, il peut y avoir des enfants nés au temps requis. Il existe aussi des naissances anormales, telles que les naissances gémellaires et autres cas semblables.
Verse 23
स्त्रीणां प्रसववैकृत्ये स्त्रीविप्रादिं प्रपूजयेत् वडवा हस्तिनी गौर्वा यदि युग्मं प्रसूयते
Lorsqu’il y a une anomalie dans l’accouchement d’une femme, il convient d’honorer dûment—par culte et dons—une brāhmaṇa femme (brāhmaṇī) et d’autres personnes selon le rite. De même, si une jument, une éléphante ou une vache met bas des jumeaux, on doit accomplir la même honorification propitiatoire.
Verse 24
विजात्यं विकृतं वापि षड्भिर्मासैर् म्रियेत वै विकृतं वा प्रसूयन्ते परचक्रभयं भवेत्
Si la progéniture est d’une espèce étrangère (vijātya) ou difforme, elle meurt en vérité dans les six mois. Ou bien, si des petits difformes naissent, s’élève la crainte d’une armée ennemie.
Verse 25
होमः प्रसूतिवैकृत्ये जपो विप्रादिपूजनं यानि यानान्ययुक्तानि युक्तानि न वहन्ति च
En cas de complications ou d’anomalies lors de l’accouchement, il convient d’accomplir le homa (offrande au feu), de pratiquer le japa (récitation de mantras) et de vénérer les brahmanes et autres personnes dignes. De même, des véhicules mal ajustés ne portent pas la charge, même s’ils sont ensuite ajustés.
Verse 26
आकाशे तूर्यनादाश् च महद्भयमुपस्थितं प्रविशन्ति यदा ग्राममारण्या मृगपक्षिणः
Lorsque des sons de tambours et de trompettes retentissent dans le ciel, et lorsque des bêtes sauvages et des oiseaux de la forêt entrent au village, cela indique qu’un grand danger s’est levé et qu’il est tout proche.
Verse 27
अरण्यं यान्ति वा ग्राम्याः जलं यान्ति स्थलोद्भवाः स्थलं वा जलजा यान्ति राजद्वारादिके शिवाः
Les êtres vivant au village peuvent aller vers la forêt ; ceux nés sur la terre ferme peuvent aller vers l’eau ; et ceux nés dans l’eau peuvent gagner la terre. De tels faits, lorsqu’on les voit à la porte du roi et en d’autres lieux publics semblables, sont tenus pour auspices favorables.
Verse 28
प्रदोषे कुक्कुटो वासे शिवा चार्कोदये भवेत् गृहङ्कपोतः प्रविशेत् क्रव्याहा मूर्ध्नि लीयते
Si un coq chante au crépuscule dans la demeure, ou si un chacal hurle au lever du soleil, on y voit des présages. Si un pigeon entre dans la maison, ou si un oiseau carnivore se pose sur la tête de quelqu’un, cela aussi est tenu pour un signe néfaste.
Verse 29
मधुरां मक्षिकां कुर्यात् काको मैथुनगो दृशि प्रासादतोरणोद्यानद्वारप्राकारवेश्मनां
Si une abeille se présente ou se pose d’une manière douce et de bon augure, on doit y voir un signe favorable ; mais si l’on voit un corbeau en train de s’accoupler, c’est un présage concernant les palais, les toranas (arcs d’entrée), les jardins, les portes, les remparts et les demeures.
Verse 30
अनिमित्तन्तु पतनं दृढानां राजमृत्यवे रजसा वाथ धूमेन दिशो यत्र समाकुलाः
Mais lorsque même les êtres fermes tombent sans cause apparente, et lorsque les directions se troublent—remplies de poussière ou de fumée—ce sont là des présages de la mort d’un roi.
Verse 31
केतूदयोपरागौ च छिद्रता शशिसूर्ययोः ग्रहर्क्षविकृतिर्यत्र तत्रापि भयमादिशेत्
Partout où se produisent l’apparition d’une comète, une éclipse, une tache comme si la Lune ou le Soleil étaient « percés », ou quelque altération anormale des planètes et des constellations, là aussi il faut annoncer crainte et péril.
Verse 32
अग्निर्यत्र म दीप्येत स्रवन्ते चोदकम्भकाः मृतिर्भयं शून्यतादिरुत्पातानां फलम्भवेत्
Là où le feu ne flamboie pas et où les jarres d’eau se mettent à fuir, les fruits de tels prodiges sont la mort, la peur et le vide (désolation), et autres semblables.
Verse 33
द्विजदेवादिपूजाभ्यः शान्तिर्जप्यैस्तु होमतः
L’apaisement (śānti) s’obtient par le culte rendu aux brahmanes et aux dieux (ainsi qu’aux êtres vénérables) ; et aussi par les récitations (japa) et les oblations au feu (homa).
It identifies the Śrīsūkta (with prativeda) as Lakṣmī-increasing, notes fifteen ṛks beginning with “hiraṇyavarṇā,” mentions four Yajurvedic Śrī-invocations (ratheṣu/akṣeṣu/vājeti set), and refers to Sāmavedic materials including the Srāvantīya Sāman and the Śrīsūkta in that recension.
The chapter repeatedly centers japa (recitation), homa (oblations), snāna (ritual bathing), dāna (repeated small gifts), and devatā-pūjā (deity worship), with targeted rites to Prajāpati (icon disturbances), Agni (fire anomalies), Śiva (tree-omens), Parjanya–Candra–Sūrya (rain disorders), and Varuṇa (water corruption).
Portents are grouped into divya (celestial), āntarikṣa (atmospheric), and bhauma (terrestrial). This taxonomy guides remedy selection: specific deities and mantras correspond to the domain and symptom (e.g., graha/ṛkṣa disturbances, abnormal rains, earthquakes), making śānti a structured, diagnostic ritual science.
It is presented as especially effective and universally bestowing (sarvada/sarvakāmada): recitation alongside offerings and disciplined acts (bathing, charity) is said to cleanse even great sins and confer broad attainments, functioning as a high-utility mantra within śānti practice.