
Arthālaṅkāras (Ornaments of Meaning): Definitions, Taxonomy, and the Centrality of Upamā
Après avoir achevé l’exposé des śabdālaṅkāras (ornements du verbe), le Seigneur Agni entreprend une présentation méthodique des arthālaṅkāras (ornements du sens), affirmant que la beauté des mots sans ornement de signification demeure sans charme, telle Sarasvatī privée de parure. Le chapitre pose d’abord ‘svarūpa/svabhāva’ (nature intrinsèque) comme perspective fondamentale et distingue un mode naturel (sāṃsiddhika) et un mode circonstanciel (naimittika). Il met ensuite au premier plan le sādṛśya (ressemblance) et déploie une vaste typologie de l’upamā (comparaison) : marqueurs de la comparaison, formes composées et non composées, et expansion analytique menant à de nombreux sous-types, jusqu’à une clarté en 18 catégories. Sont énumérées des comparaisons spécialisées—réciproques, inversées, restreintes/non restreintes, contrastives, multiples, en guirlande, transformatrices, merveilleuses, illusoires, douteuses/certaines, de sens phrastique, auto-comparatives et progressives (gagana-upamā)—ainsi que cinq modes d’usage (éloge, blâme, imaginé, réel, partiel). Le chapitre définit ensuite rūpaka (métaphore) et sahokti (co-énoncé), explique arthāntaranyāsa (appui par une proposition analogue ultérieure), utprekṣā (supposition poétique dans les limites de l’expérience), atiśaya (hyperbole possible/impossible), viśeṣokti (cause inattendue), vibhāvanā et saṅgatīkaraṇa (naturalité inférée et conciliation rationnelle), virodha (raison contradictoire) et hetu (cause) comme kāraka/jñāpaka, avec des notes sur vyāpti (concomitance invariable).
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे अलङ्कारे शब्दालङ्कारनिरूपणं नाम द्विचत्वारिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ त्रिचत्वारिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अर्थालङ्काराः अग्निर् उवाच अलङ्करणमर्थानामर्थालङ्कार इष्यते तं विना शब्दसौन्दर्यमपि नास्ति मनोहरम्
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, s’achève le chapitre intitulé « Exposé des ornements verbaux (Śabdālaṅkāra) », le 342e. Commence maintenant le 343e chapitre : « Ornements du sens (Arthālaṅkāra) ». Agni déclara : « L’embellissement des significations est tenu pour “ornement du sens” ; sans lui, même la beauté des mots n’est point charmante. »
Verse 2
अर्थालङ्काररहिता विधवेव सरस्वती स्वरूपमथ सादृश्यमुत्प्रेक्षातिशयावपि
La parole (Sarasvatī), dépourvue d’ornements du sens (arthālaṅkāra), est telle une veuve. On décrit maintenant sa nature propre (svarūpa), ainsi que la ressemblance (sādṛśya), la fiction poétique (utprekṣā) et l’hyperbole (atiśaya) également.
Verse 3
विभावना विरोधश् च हेतुश् च सममष्टधा स्वभाव एव भावानां स्वरूपमभिधीयते
L’appréhension (vibhāvanā), l’opposition (virodha) et la cause (hetu) — ainsi, selon une division en huit — : c’est bien la nature propre (svabhāva) qui est déclarée être le svarūpa, l’essence définissante des bhāva (états/êtres).
Verse 4
निजमागन्तुकञ्चेति द्विविधं तदुदाहृतम् सांसिद्धिकं नियं नैमित्तिकमागन्तुकं तथा
On le déclare de deux sortes : intrinsèque (nija) et adventice/acquise (āgantuka). L’intrinsèque est l’observance naturelle ou innée (sāṃsiddhika) ; l’adventice (āgantuka) est celle qui est entreprise pour une circonstance déterminée (naimittika).
Verse 5
विधुरेवेति ख , ट च सादृश्यं धर्मसामान्यमुपमा रूपकं तथा महोक्त्यर्थान्तरन्यासाविति स्यात्तु चतुर्विधम्
L’upamā (la comparaison) est de quatre sortes : (1) sādṛśya, la ressemblance ; (2) dharma-sāmānya, la généralité d’un attribut commun ; (3) rūpaka, la métaphore ; et (4) le couple : mahokti, l’énoncé hyperbolique, et arthāntaranyāsa, l’étayage par une proposition différente.
Verse 6
उपमा नाम सा यस्यामुपमानोपमेययोः सत्ता चान्तरसामान्ययोगित्वेपि विवक्षितं
L’upamā (similitude) est la figure où, à propos de l’upamāna (terme de comparaison) et de l’upameya (objet comparé), on vise leur relation réciproque : la présence d’une propriété commune intérieure (attribut partagé), même si une telle communauté peut, en général, être possible entre eux.
Verse 7
किञ्चिदादाय सारूप्यं लोकयात्रा प्रवर्तते समासेनासमासेन सा द्विधा प्रतियोगिनः
En adoptant un certain degré de ressemblance, l’usage ordinaire de la parole dans le monde (lokayātrā) se déploie—soit au moyen de composés (samāsa), soit sans composés ; ainsi, quant aux termes corrélatifs (pratiyogin), il est de deux sortes.
Verse 8
विग्रहादभिधानस्य ससमासान्यथोत्तरा उपमाद्योतकपदेनोपमेयपदेनच
À partir du déploiement analytique (vigraha), il faut déterminer l’expression (abhidhāna) ; et, dans les composés (samāsa), les membres ultérieurs doivent être compris en conséquence. Dans l’upamā, la relation est indiquée par le mot qui marque la comparaison (upamā-dyotaka) et par le mot désignant l’objet comparé (upameya).
Verse 9
ताभ्याञ्च विग्रहात्त्रेधा ससमासान्तिमात् त्रिधा विशिष्यमाणा उपमा भवन्त्यष्टादश स्फुटाः
Et, à partir de ces deux (types), par l’analyse (vigraha) cela devient triple ; et, à partir du membre final du composé (samāsānta), cela devient aussi triple. Ainsi, dans leurs formes différenciées, les upamā (similitudes) sont clairement au nombre de dix-huit.
Verse 10
यत्र साधारणो धर्मः कथ्यते गम्यते ऽपि वा ते धर्मवस्तुप्राधान्याद्धर्मवस्तूपमे उभे
Là où une propriété commune (dharma) est énoncée—ou même seulement comprise—ces deux cas, parce que l’entité/la chose (vastu) y est primordiale, relèvent de la « dharmavastu-upamā » : une similitude qui prend en compte à la fois l’attribut et l’être.
Verse 11
तुल्यमेवोपमीयेते यत्रान्योन्येन धर्मिणौ परस्परोपमा सा स्यात् प्रसिद्धेरन्यथा तयोः
Lorsque deux substrats dotés d’attributs comparables sont décrits chacun comme semblable à l’autre—se comparant réciproquement—on appelle cela la « comparaison réciproque » (parasparopamā). Sinon, la comparaison se fixe selon celui des deux qui est le plus communément établi comme étalon de référence.
Verse 12
विपरीतोपमा सा स्याद्व्यावृत्तेर् नियमोपमा अन्यत्राप्यनुवृत्तेस्तु भवेदनियमोपमा
On appelle cela la « comparaison inversée » (viparītā-upamā). Lorsque la comparaison est restreinte par exclusion (vyāvṛtti), c’est une « comparaison restreinte » (niyama-upamā) ; mais lorsque la ressemblance énoncée s’étend aussi ailleurs, elle devient une « comparaison non restreinte » (aniyama-upamā).
Verse 13
समुच्चयोपमातो ऽन्यधर्मवाहुल्यकीर्तनात् वहोर्धम्मस्य साम्येपि वैलक्ष्ण्यं विवक्षितं
Ici, on vise la singularité, bien qu’il y ait similitude quant aux deux propriétés communes, car—à la différence de la « comparaison collective » (samuccayopamā)—on y énonce une profusion d’autres attributs (supplémentaires).
Verse 14
यदुच्यते ऽतिरिक्तत्वं व्यतिरेकोपमा तु सा यत्रोपमा स्याद्वहुभिः सदृशैः सा बहूपमा
La figure où l’on exprime une « supériorité / un excès » s’appelle la « comparaison par contraste » (vyatirekopamā). Et lorsque la comparaison est faite au moyen de nombreux comparants semblables, on l’appelle la « comparaison multiple » (bahūpamā).
Verse 15
धर्माः प्रत्युपमानञ्चेदन्ये मालोपमैव साअप्_३४३०१५अबुपमानविकारेण तुलना विक्रियोपमा
Lorsque les « dharma » (dharmas), c’est-à-dire les traits de comparaison, ainsi que le contre-étalon (pratyupamāna), sont présentés selon d’autres agencements, cela devient la « comparaison en guirlande » (mālopamā). Une comparaison produite en modifiant l’étalon de comparaison (upamāna) s’appelle tulanā ; et la « comparaison de transformation » est vikriyopamā.
Verse 16
त्रिलोक्यासम्भवि किमप्यारोप्य प्रतियोगिनि कविनोपमीयते या प्रथते साद्भुतोपमा
La comparaison qui devient usuelle lorsque le poète, en superposant quelque chose —bien que cela ne se trouve pas dans les trois mondes— au terme comparé (upameya), l’assimile, est appelée « adbhutopamā », la similitude merveilleuse.
Verse 17
प्रतियोगिनमारोप्य तदभेदेन कीर्तनम् उपमेयस्य सा मोहोपमासौ भ्रान्तिमद्वचः
Superposer le terme étalon de comparaison (pratiyogin) et décrire l’objet comparé (upameya) comme non différent de lui : cela s’appelle « mohopamā » ; c’est une parole impliquant une illusion ou une méprise (délibérée).
Verse 18
उभयोर्धर्मिणोस्तथ्यानिश् चयात् संशयोपमा उपमेयस्य संशय्य निश् चयान्निश् चयोपमा
Lorsque, sur la base d’une détermination réelle de l’attribut commun aux deux—le terme comparé (upameya) et le modèle de comparaison—la ressemblance est néanmoins présentée comme douteuse, on l’appelle « saṃśayopamā », la similitude du doute. Mais lorsque le terme comparé lui-même est douteux et que, pourtant, la ressemblance est énoncée avec certitude, on l’appelle « niścayopamā », la similitude de certitude.
Verse 19
वाक्यार्थनैव वाक्यार्थोपमा स्यादुपमानतः आत्मनोपमानादुपमा साधारण्यतिशायिनी
Lorsque l’on compare le sens d’une phrase entière, on l’appelle « vākyārthopamā », la similitude du sens phrastique, en raison du terme de comparaison (upamāna). De la comparaison d’une chose avec elle-même naît une similitude « sādhāraṇī » (commune/partagée) ou « atiśāyinī » (surpassante/superlative).
Verse 20
उपमेयं यद्न्यस्य तद्न्यस्योपमा मता यद्युत्तरोत्तरं याति तदासौ गगनोपमा
Lorsqu’une chose sert de terme comparé pour une autre, et que ce terme devient à son tour terme comparé pour une troisième, une telle similitude est reconnue ; et lorsque la comparaison progresse par degrés successifs et ascendants, on l’appelle « gagana-upamā » (similitude “comme le ciel”, progressive).
Verse 21
प्रशंसा चैव निन्दा च कल्पिता सदृशी तथा किञ्चिच्च सदृशी ज्ञेया उपमा पञ्चधा पुरः
Ici, l’upamā (comparaison) est enseignée comme étant de cinq sortes : (1) élogieuse, (2) blâmante, (3) imaginée ou poétique, (4) fondée sur une ressemblance réelle, et (5) fondée sur une ressemblance partielle ou limitée.
Verse 22
उपमानेन यत्तत्वमुपमेयस्य रूप्यते गुणानां समतां दृष्ट्वा रूपकं नाम तद्विदुः
Lorsque, en percevant l’égalité des qualités, la nature même de l’upamāna (terme de comparaison) est superposée à l’upameya (objet comparé), les savants nomment cette figure rūpaka (métaphore).
Verse 23
उपमैव तिरोभूतभेदा रूपकमेव वा सहोक्तिः सहभावेन कथनं तुल्यधर्मिणां
La sahokti est, en essence, une upamā où la distinction (entre les termes comparés) s’obscurcit, ou bien elle peut être un rūpaka ; c’est l’énoncé conjoint, sous le mode d’une co‑présence simultanée, de choses qui partagent des attributs semblables.
Verse 24
भवेदर्थान्तरन्यासः सादृश्येनोत्तरेण सः अन्यथोपस्थिता वृत्तिश्चेतनस्येतरस्य च
L’arthāntaranyāsa («introduction d’un autre sens») survient lorsque, par une proposition ultérieure semblable, le sens est étayé et confirmé ; c’est aussi l’attribution, de manière modifiée, d’une fonction ou d’un comportement, à un être animé comme à un inanimé.
Verse 25
अन्यथा मन्यते यत्र तामुत्प्रेक्षां प्रचक्षते लोकसीमान्वृत्तस्य वस्तुधर्मस्य कीर्तनम्
Là où quelque chose est conçu «autrement» que ce qu’il est en vérité, on appelle cela utprekṣā (supposition poétique) ; c’est l’énonciation d’une propriété d’une chose qui demeure néanmoins dans les limites de l’expérience ordinaire.
Verse 26
भवेदतिशयो नाम सम्भवासम्भवाद्द्विधा गुणजातिक्रियादीनां यत्र वैकल्यर्दर्शनं
L’« Atiśaya » (intensification hyperbolique) est de deux sortes, possible et impossible ; il consiste à faire paraître une insuffisance (vaikalya) quant aux qualités, à la classe/nature, aux actions et autres, afin d’en accroître l’effet.
Verse 27
विशेषदर्शनायैव सा विशेषोक्तिरुच्यते पवनोपमेति ख गमनोपमेति क , ट च प्रसिद्धहेतुव्यावृत्या यत् किञ्चित् कारणान्तरम्
Cette tournure est appelée Viśeṣokti (« énoncé distinctif ») afin de rendre manifeste un point particulier : lorsque, écartant la cause communément admise, on avance quelque autre cause (inattendue) ; comme dans « (c’est) comme le vent » (kha), « comme le mouvement/le fait d’aller » (ka) et (ṭa).
Verse 28
यत्र स्वाभाविकत्वं वा विभाव्यं सा विभावना सङ्गतीकरणं युक्त्या यदसंगच्छमानयोः
Lorsque, dans l’expression, le caractère naturel doit être inféré ou établi par l’imagination, on appelle cela Vibhāvanā ; et Saṅgatīkaraṇa est la conciliation rationnelle (mise en lien) de deux choses qui, autrement, ne s’accordent pas.
Verse 29
विरोधपूर्वकत्वेन तद्विरोध इति स्मृतं सिसाधयिषितार्थस्य हेतुर्भवति साधकः
On se souvient de cela comme de « Virodha » (contradiction) lorsque, précédé d’une opposition, il devient une raison opposante ; il fonctionne comme une (prétendue) raison en vue de la conclusion visée, mais en fait en empêche l’établissement.
Verse 30
कारको ज्ञापक इति द्विधा सो ऽप्युपजायते प्रवर्तते कारकाख्यः प्राक् पश्चात् कार्यजन्मनः
Cette cause aussi est de deux sortes : (1) kāraka et (2) jñāpaka. Celle qu’on appelle kāraka naît et opère soit avant, soit après la naissance de l’effet.
Verse 31
पूर्वशेष इति ख्यातस्तयोरेव विशेषयोः कार्यकारणभावाद्वा स्वमावाद्वा नियामकात्
Cette relation est dite «pūrva-śeṣa», spécialement à l’égard de ces deux particularités : soit en raison du rapport cause–effet, soit par la nature intrinsèque, soit du fait d’un principe régulateur (niyāmaka).
Verse 32
ज्ञापकाख्यस्य भेदो ऽस्ति नदीपूरादिदर्शनात् अविनाभावनियमो ह्य् अविनाभावदर्शनात्
Il existe un type distinct de marque inférentielle appelé «jñāpaka» (indicateur), comme on le voit dans des cas tels qu’une rivière en crue et autres. En effet, la détermination de la concomitance invariable (avinābhāva/vyāpti) naît de l’observation de cette concomitance invariable elle-même.
The chapter emphasizes a formal taxonomy of meaning-ornaments, especially the mechanics and sub-classification of upamā—how comparison is marked (upamā-dyotaka), how samāsa vs non-samāsa expressions affect form, and how analytical expansion yields an 18-fold differentiation.
By prioritizing arthālaṅkāra, it frames language as a disciplined vehicle for truthful, affective, and dharmic communication—showing that beauty becomes spiritually and pedagogically effective when meaning is clarified, intensified, and ethically oriented.