Adhyaya 338
Sahitya-shastraAdhyaya 33854 Verses

Adhyaya 338

Chapter 338 — शृङ्गारादिरसनिरूपणम् (Exposition of the Rasas beginning with Śṛṅgāra)

Le Seigneur Agni ouvre ce chapitre en fondant l’esthétique sur la métaphysique : le Brahman impérissable est une unique lumière de conscience, et sa béatitude innée se manifeste comme rasa (saveur esthétique). De la transformation primordiale (ahaṅkāra et abhimāna), la semence affective rati mûrit en Śṛṅgāra lorsqu’elle est soutenue par des états transitoires et des facteurs d’expression. Le texte dresse ensuite une carte générative des rasas—Śṛṅgāra, Hāsya, Raudra, Vīra, Karuṇa, Adbhuta, Bhayānaka, Vībhatsa—et situe Śānta, en soulignant qu’une poésie sans rasa est fade et que le poète agit en créateur façonnant l’univers poétique. Il affirme l’inséparabilité de rasa et bhāva, puis classe les états durables (sthāyin) et de nombreux états transitoires (vyabhicārin) avec définitions brèves et signes corporels/mentaux. Enfin, il présente l’outillage technique de la dramaturgie : vibhāva (ālambana/uddīpana), anubhāva, types de héros (classifications de nāyaka) et auxiliaires, et conclut par une taxinomie des initiatives de parole (vāgārambha) ainsi que la triade rīti, vṛtti, pravṛtti comme divisions de la communication poétique efficace.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे अलङ्कारे नाटकनिरूपणं नाम सप्तत्रिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथाष्टत्रिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः शृङ्गारादिरसनिरूपणम् अग्निर् उवाच अक्षरं परमं ब्रह्म सनातनमजं विभुं वेदान्तेषु वदन्त्येकं चैतन्यं ज्योतिरीश्वरम्

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, au sein de la section sur l’alaṅkāra (poétique), s’achève le chapitre 337 intitulé « Exposé du Nāṭaka (drame) ». Commence maintenant le chapitre 338, « Exposé des rasa à partir de Śṛṅgāra ». Agni dit : « L’Impérissable—le Brahman suprême—éternel, non né, omniprésent—désigné dans les Vedānta comme l’Unique : Conscience (caitanya), Lumière, le Seigneur. »

Verse 2

आनन्दः सहजस्तस्य व्यज्यते स कदाचन व्यक्तिः सा तस्य चैतन्यचमत्काररसाह्वया

Sa béatitude (ānanda) est innée ; et, par moments, elle se manifeste. Cette manifestation de lui est appelée « rasa »—la saveur née de l’éclair merveilleux de la conscience (caitanya).

Verse 3

आद्यस्तस्य विकारो यः सो ऽहङ्कार इति स्मृतः ततो ऽभिमानस्तत्रेदं समाप्तं भुवनत्रयं

La première modification de cette (Prakṛti, principe primordial) est tenue pour « ahaṅkāra », le faiseur du “je”. De là naît « abhimāna », l’identification à soi; et en cela est comprise la triade entière des mondes, en tant que cosmos manifesté.

Verse 4

अभिमानाद्रतिः सा च परिपोषमुपेयुषी व्यभिचार्यादिसामान्यात् शृङ्गार इति गीयते

Ce rati (amour érotique), né d’abhimāna (attachement possessif au moi) et parvenu à pleine maturation, lorsqu’il est accompagné de la présence commune des émotions passagères et autres éléments, est célébré comme Śṛṅgāra, le Sentiment érotique.

Verse 5

तद्भेदाः काममितरे हास्याद्या अप्यनेकशः स्वस्वस्थादिविशेषोत्थपरिघोषस्वलक्षणाः

Ses subdivisions, selon le besoin, sont nombreuses—telles les autres formes commençant par Hāsya (le comique) et ainsi de suite—; chacune porte sa marque propre, née de conditions particulières comme l’état intérieur, et se manifeste par des éclats de voix caractéristiques.

Verse 6

सत्त्वादिगुणसन्तानाज्जायन्ते परमात्मनः रागाद्भवति शृङ्गारो रौद्रस्तैक्ष्णात् प्रजायते

De la continuité des guṇa—à commencer par sattva—naissent les états esthétiques fondés dans le Soi suprême. De rāga (la passion) surgit le rasa Śṛṅgāra (érotique), et de taikṣṇya (l’acuité, la rudesse) est engendré le rasa Raudra (furieux).

Verse 7

वीरो ऽवष्टम्भजः सङ्कोचभूर्वीभत्स इष्यते शृङ्गाराज्ज्यायते हासो रौद्रात्तु करुणो रसः

Le sentiment Vīra (héroïque) est tenu pour issu d’avaṣṭambha (assurance ferme). Le Bībhatsa (dégoût) est dit avoir pour base saṅkoca (répulsion, retrait). Le Hāsya (comique) est regardé comme un prolongement de Śṛṅgāra (érotique). Et le rasa Karuṇa (pathétique) naît de Raudra (furieux).

Verse 8

वीराच्चाद्भुतनिष्पत्तिः स्याद्वीभत्साद्भयानकः शृङ्गारहास्यकरुणा रौद्रवीरभयानकाः

Du rasa Vīra (héroïque) naît le rasa Adbhuta (merveilleux) ; du rasa Vībhatsa (répugnant) naît le rasa Bhayānaka (terrifiant). De plus, Śṛṅgāra (amoureux), Hāsya (comique), Karuṇā (pathétique), Raudra (furieux), Vīra (héroïque) et Bhayānaka (terrifiant) sont aussi tenus pour des rasas principaux.

Verse 9

वीभत्साद्भुतशान्ताख्याः स्वभावाच्चतुरो रसाः लक्ष्मीरिव विना त्यागान्न वाणी भाति नीरसा

Par leur nature intrinsèque, quatre rasas sont particulièrement reconnus : ceux nommés Vībhatsa (dégoût), Adbhuta (émerveillement) et Śānta (quiétude) (avec un autre encore, impliqué par la tradition). De même que Lakṣmī (splendeur) ne brille pas sans générosité, ainsi la parole/la poésie, privée de rasa, ne rayonne pas : elle devient fade.

Verse 10

अपारे काव्यसंसारे कविरेव प्रजापतिः यथा वै रोचते विश्वं तथेदं परिवर्तते

Dans l’univers sans bornes de la poésie, le poète seul est tel Prajāpati, le créateur ; car, de la manière dont le monde lui paraît agréable, ainsi ce monde poétique se façonne et se transforme.

Verse 11

शृङ्गारी चेत् कविः काव्ये जातं रसमयं जगत् स चेत् कविर्वीतरागो नीरसं व्यक्तमेव तत्

Si le poète, dans son œuvre, est empreint de Śṛṅgāra (sentiment amoureux), alors tout le monde poétique naît saturé de rasa. Mais si ce poète est vītarāga (détaché des passions), ce monde est manifestement sans rasa : fade, sans saveur.

Verse 12

न भावहीनो ऽस्ति रसो न भावो रसवर्जितः भावयन्ति रसानेभिर्भाव्यन्ते च रसा इति

Il n’est point de rasa dépourvu de bhāva (émotion), ni de bhāva privé de rasa. Les bhāvas font naître les rasas par ces moyens, et les rasas, à leur tour, se manifestent (s’éprouvent) à travers les bhāvas : telle est la doctrine.

Verse 13

स्थायिनो ऽष्टौ रतिमुखाः स्तम्भाद्या व्यभिचारिणः मनो ऽनुकूले ऽनुभवः सुखस्य रतिरिष्यते

Il existe huit états affectifs durables (sthāyin), à commencer par rati (amour/délectation). Les états transitoires (vyabhicārin) commencent par stambha (stupeur). Lorsque l’esprit est disposé favorablement, l’expérience du plaisir est reconnue comme rati (amour/joie).

Verse 14

हर्षादिभिश् च मनसो विकाशो हास उच्यते चित्रादिदर्शनाच्चेतोवैक्लव्यं ब्रुवते भयम्

L’épanouissement de l’esprit né de la joie (harṣa) et de causes semblables est appelé hāsa (rire). Le trouble ou la confusion mentale provoqués par la vue de quelque chose d’étrange et autres choses du même ordre sont nommés bhaya (peur).

Verse 15

जुगुप्सा च पदार्थानां निन्दा दौर्भाग्यवाहिनां विस्मयो ऽतिशयेनार्थदर्शनाच्चित्तविस्तृतिः

Jugupsā (dégoût) est la répulsion envers les objets. Nindā (blâme) vise ceux qui portent le malheur. Vismaya (émerveillement) naît de la perception d’un sens ou d’une chose extraordinaire, et constitue un élargissement de l’esprit.

Verse 16

अष्टौ स्तम्भादयः सत्त्वाद्रजसस्तमसः परम् स्तम्भश्चेष्टाप्रतीघातो भयरागाद्युपाहितः

Il y a huit conditions commençant par stambha (stupeur), issues des guṇa — sattva, rajas et tamas. Stambha est l’entrave à l’activité, accompagnée de facteurs tels que la peur, l’attachement (rāga) et autres semblables.

Verse 17

श्रमरागाद्युपेतान्तःक्षोभजन्म वपुर्जलं स्वेदो हर्षादिभिर्देहोच्छासो ऽन्तःपुलकोद्गमः

Le sveda (sueur) est l’« eau » du corps, produite par un trouble intérieur accompagné de fatigue, de passion/attachement (rāga) et autres semblables. Et de la joie (harṣa) et d’émotions analogues naît l’exaltation du corps : une montée intérieure de pūlaka (horripilation).

Verse 18

हर्षादिजन्मवाक्सङ्गः स्वरभेदो भयादिभिः मनोवैक्लव्यमिच्छन्ति शोकमिष्टक्षयादिभिः

Ils reconnaissent que la parole entravée ou le bégaiement naît de la joie et d’émotions connexes; que l’altération de la voix naît de la peur et d’états semblables; et que le dérèglement de l’esprit naît du chagrin, de la perte de ce qui est cher, et d’autres causes analogues.

Verse 19

क्रोधस्तैक्ष्णप्रबोधश् च प्रतिकूलानुकारिणि पुरुषार्थसमाप्त्यार्थो यः स उत्साह उच्यते

Cet élan intentionnel—marqué par une intensité ardente et une vigilance aiguë, persistant même au milieu de circonstances adverses ou contraires, et visant l’accomplissement des buts de la vie humaine—est appelé utsāha (résolution énergique/entreprise).

Verse 20

चित्तक्षोभभवोत्तम्भो वेपथुः परिकीर्तितः वैवर्ण्यञ्च विषादादिजन्मा कान्तिविपर्ययः

Le tremblement (vepathu) est décrit comme une raideur ou une crispation convulsive née de l’agitation du mental. La décoloration, née de l’abattement et d’états semblables, est une inversion du teint : une modification anormale de l’éclat corporel (kānti).

Verse 21

दुःखानन्दादिजन्नेत्रजलमश्रु च विश्रुतम् इन्द्रयाणामस्तमयः प्रलयो लङ्घनादिभिः

Le terme bien connu « aśru » (larme) est l’eau des yeux produite par la peine, la joie et autres états semblables. Le « pralaya » (dissolution/évanouissement) est le coucher des sens, c’est-à-dire leur cessation, causé par le jeûne et des facteurs analogues.

Verse 22

वैराग्यादिर्मनःखेदो निर्वेद इति कथ्यते मनःपीडादिजन्मा च सादो ग्लानिः शरीरगा

L’abattement du mental, commençant par le détachement (vairāgya) et autres états semblables, est appelé nirveda (désenchantement). Et l’état nommé sāda—né de la torture intérieure et de causes analogues—se manifeste comme glāni, une langueur corporelle qui envahit tout le corps.

Verse 23

शङ्कानिष्टागमोत्प्रेक्षा स्यादसूया च मत्सरः मदिराद्युपयोगोत्थं मनःसंमोहनं मदः

Le soupçon, l’imagination de l’arrivée de ce qui est indésirable et la conjecture de possibilités néfastes—voilà l’envie (asūyā) et la jalousie/mesquinerie (matsara). L’ivresse (mada) est l’égarement de l’esprit né de l’usage des boissons enivrantes et de semblables substances.

Verse 24

क्रियातिशयजन्मान्तःशरीरोत्थक्लमः श्रमः शृङ्गारादिक्रियाद्वेषश्चित्तस्यालस्यमुच्यते

La fatigue (śrama) est l’épuisement du corps qui naît intérieurement d’une activité excessive ; et la paresse (ālasyam) est dite être l’aversion de l’esprit pour l’action—telles les activités liées à l’amour (śṛṅgāra) et autres du même ordre.

Verse 25

भयरागाद्युपस्थित इति ख दैन्यं सत्त्वादपभ्रंशश्चिन्तार्थपरिभावनं इतिकर्तव्यतोपायाद्रशनं मोह उच्यते

Lorsque surgissent la peur, l’attachement (rāga) et autres états semblables, il y a abattement (dainya) ; il y a déchéance de la fermeté (sattva) ; il y a rumination obsédante sur l’objet de l’inquiétude ; et il y a non-perception de ce qu’il faut faire et des moyens de le faire—cela est appelé égarement/illusion (moha).

Verse 26

स्मृतिः स्यादनुभूतस्य वस्तुनः प्रतिविम्बनं मतिरर्थपरिच्छेदस्तत्त्वज्ञानोपनायितः

La mémoire (smṛti) est le reflet à nouveau d’un objet déjà éprouvé ; et l’intelligence/discernement (mati) est la saisie déterminée d’un sens, conduisant vers la connaissance du réel (tattva-jñāna).

Verse 27

व्रीडानुरागादिभवः सङ्कोचः कोपि चेतसः भवेच्चपलातास्थैर्यं हर्षश्चित्तप्रसन्नता

Saṅkoca (contraction/retrait) est une constriction particulière de l’esprit née de la honte, de l’affection et d’états semblables. Capalatā (inconstance) est l’instabilité, et harṣa (joie) est l’allégresse lumineuse de l’esprit.

Verse 28

आवेशश् च प्रतीकारः शयो वैधुर्यमात्मनः कर्तव्ये प्रतिभाभ्रंशो जडतेत्यभिधीयते

Saisie semblable à une possession, résistance opposée, sommeil excessif, altération de ses propres facultés et—lorsque l’action est requise—perte d’initiative et de discernement : tels sont les traits de l’état nommé « jaḍatā » (torpeur/engourdissement mental).

Verse 29

इष्टप्राप्तेरूपचितः सम्पदाभ्युदयो धृतिः गर्वाः परेष्ववज्ञानमात्मन्युत्कर्षभावना

De l’obtention de ce que l’on désire naît l’accumulation (des gains) ; de la prospérité naît l’élévation du rang ; de la fermeté naît l’orgueil ; de l’orgueil naissent le mépris d’autrui et la présomption de sa propre supériorité.

Verse 30

भवेद्विषादो दैवादेर्विघातो ऽभीष्टवस्तुनि औत्सुक्यमीप्सिताप्राप्तेर्वाञ्छया तरला स्थितिः

Le découragement (viṣāda) naît lorsque, par le destin et autres causes, un obstacle survient à l’égard de l’objet désiré. L’impatience inquiète (autsukya) est l’état instable engendré par le désir quand la chose souhaitée n’a pas été obtenue.

Verse 31

चित्तेन्द्रियाणां स्तैमित्यमपस्मारो ऽचला स्थितिः युद्धे बाधादिभीस्त्रासो वीप्सा चित्तचमत्कृतिः

Stupeur de l’esprit et des sens, épilepsie (apasmāra), immobilité rigide ; peur au combat due aux afflictions et autres causes ; dégoût répété ; et étonnement qui déconcerte l’esprit : tels sont des états/symptômes mentionnés.

Verse 32

क्रोधस्याप्रशमो ऽमर्षः प्रबोधश्चेतनोदयः अवहित्थं भवेद्गुप्तिरिङ्गिताकारगोचरा

Colère non apaisée, indignation (amārṣa), éveil soudain et montée de la conscience (agitation intérieure) : cela constitue la dissimulation. Quant au fait de cacher, il se déduit des gestes et des manifestations extérieures.

Verse 33

रोषतो गुरुवाग्दण्डपारुष्यं विदुरुग्रतां ऊहो वितर्कःस्याद्व्याधिर्मनोवपुरवग्रहः

De la colère naît la rudesse : paroles dures et coups punitifs ; les sages y reconnaissent la férocité. D’elle proviennent aussi la conjecture et la rumination anxieuse ; et la maladie surgit comme trouble et affliction du mental et du corps.

Verse 34

अनिबद्धप्रलापादिरुन्मादो मदनादिभिः तत्त्वज्ञानादिना चेतःकषायो परमः शमः

La folie (unmāda) qui commence par un bavardage incohérent et sans retenue naît de Kāma (le désir) et de ce qui lui ressemble ; mais la tranquillité suprême (śama) est la purification des souillures du mental par la connaissance du réel (tattva-jñāna) et les disciplines connexes.

Verse 35

कविभिर्योजनीया वै भावाः काव्यादिके रसाः विभाव्यते हि रत्यादिर्यत्र येन विभाव्यते

Dans la poésie et les compositions apparentées, les poètes doivent assurément employer les bhāva et les rasa ; car dans l’œuvre, rati (l’amour) et les autres états affectifs y sont rendus manifestes — là, par quelque moyen que ce soit, ils sont manifestés.

Verse 36

विभावो नाम सद्वेधालम्बनोद्दीपनात्मकः रत्यादिभाववर्गो ऽयं यमाजीव्योपजायते

On l’appelle vibhāva parce qu’il est de deux sortes : ālambana (déterminant-support) et uddīpana (déterminant excitant). Ce groupe d’états affectifs commençant par rati (l’amour) naît en référence à son support propre (la personne ou l’objet qui en est le lieu).

Verse 37

आलम्बनविभावो ऽसौ नायकादिभवस् तथा धीरोदात्तो धीरोद्धतः स्याद्धीरललितस् तथा

Ceci est appelé ālambana-vibhāva (déterminant fondamental), provenant du nāyaka (le héros) et de ce qui lui est semblable ; et le nāyaka est classé en dhīrodātta, dhīroddhata, ainsi qu’en dhīralalita.

Verse 38

धीरप्रशान्त इत्य् एवं चतुर्धा नायकः स्मृतः अनुकूलो दक्षिणश् च शठो धृष्टः प्रवर्तितः

Ainsi, le nāyaka (héros) est, selon la tradition, distingué en plusieurs types : (1) dhīra-praśānta, ferme et paisible ; (2) anukūla, agréable et accommodant ; (3) dakṣiṇa, courtois et plein de tact ; (4) śaṭha, rusé et retors ; et (5) dhṛṣṭa, hardi et intrépide ; ces catégories sont posées par la convention dramaturgique.

Verse 39

पीठमर्दो विटश् चैव विदूषक इति त्रयः शृङ्गारे नर्मसचिवा नायकस्यानुनायकाः

Dans le sentiment amoureux (śṛṅgāra), trois personnages—le pīṭhamarda, le viṭa et le vidūṣaka—sont les narma-sachivas, aides du héros en badinage spirituel, et servent comme compagnons subalternes (anunāyakas).

Verse 40

पीठमर्दः सम्बलकः श्रीमांस्तद्वेशजो विटः विदूषको वैहसिकस्त्वष्टनायकनायिकाः

Les types de personnages sont : le pīṭhamarda (serviteur ou parasite du héros), le sambalaka (pourvoyeur de provisions), le śrīmān (gentilhomme prospère), le viṭa issu de cette allure citadine, le vidūṣaka (bouffon), et le vaihāsika (comique bouffon) ; de même, il existe huit types de nāyaka (héros) et de nāyikā (héroïne).

Verse 41

स्वकीया परकीया च पुनर्भूरिति कौशिकाः सामान्या न पुनर्भूरिरित्याद्या बहुभेदतः

Les Kauśikas (autorités de cette école) exposent de nombreuses subdivisions, telles que « l’épouse propre » (svakīyā), « l’épouse d’autrui » (parakīyā), « la femme remariée » (punarbhū), « la femme commune » (sāmānyā), « celle qui n’est pas punarbhū » (na punarbhū), et ainsi de suite, distinguées de bien des façons.

Verse 42

उद्दिपनविभावास्ते संस्कारैर् विविधैः स्थितैः आलम्बनविभावेषु भावानुद्वीपयन्ति ये

On les appelle uddīpana-vibhāvas : des facteurs établis par diverses saṃskāras (impressions et conditionnements) qui, en relation avec les ālambana-vibhāvas (supports primaires), attisent et intensifient les bhāvas (états affectifs).

Verse 43

चतुःषष्टिकला द्वेधा कर्माद्यैर् गीतिकादिभिः कुहकं स्मृतिरप्येषां प्रायो हासोपहारकः

Les soixante-quatre arts sont de deux sortes : ceux qui commencent par les métiers et les techniques pratiques (karman), et ceux qui commencent par les arts du chant et de la représentation (gītikā et autres). Parmi eux, le « kuhaka » (prestige/illusion) est aussi tenu en mémoire comme étant, le plus souvent, un moyen d’amusement et de divertissement.

Verse 44

आलम्बनविभावस्य भावैर् उद्बुद्धसंस्कृतैः मनोवाग्बुद्धिवपुषां स्मृतीछाद्वेषयत्नतः

Par les bhāvas éveillés et affinés, l’ālambana-vibhāva est amené à se manifester—touchant l’esprit, la parole, l’intellect et le corps—par l’action délibérée du souvenir, de la dissimulation, de l’aversion et de l’effort.

Verse 45

आरम्भ एव विदुषामनुभाव इति स्मृतः स चानुभूयते चात्र भवत्युत निरुच्यते

Le tout début (d’une composition) est tenu en mémoire par les savants comme « anubhāva », l’effet manifesté ; et ici aussi il est éprouvé, il surgit véritablement, et il est expliqué en conséquence.

Verse 46

मनोव्यापारभूयिष्ठो मन आरम्भ उच्यते द्विविधः पौरुषस्त्रैण ईदृशो ऽपि प्रसिध्यति

L’état où l’activité mentale prédomine est appelé l’« ārambha » (initiative) de l’esprit. Il est de deux sortes—masculin et féminin—et l’usage le reconnaît comme étant de cette nature.

Verse 47

शोभा विलासो माधुर्यं स्थैर्यं गाम्भीर्यमेव च ललितञ्च तथौदार्यन्तेजो ऽष्टाविति पौरुषाः

Beauté (śobhā), jeu gracieux (vilāsa), douceur (mādhurya), fermeté (sthairya), profondeur (gāmbhīrya), élégance délicate (lalita), générosité (audārya) et tejas—splendeur et énergie—: ces huit qualités sont appelées pauruṣa, les excellences héroïques masculines.

Verse 48

नीचनिन्दोत्तमस्पर्धा शौर्यं दाक्षादिकारणं मनोधर्मे भवेच्छोभा शोभते भवनं यथा

Le blâme de ce qui est bas, l’émulation envers l’excellent, la vaillance et les causes commençant par l’habileté—lorsqu’ils existent comme dispositions de l’esprit, deviennent un ornement de l’expression, de même qu’une demeure bien parée paraît belle.

Verse 49

भावो हावश् च हेला च शोभा कान्तिस्तथैव च दीप्तिर्माधुर्यशौर्ये च प्रागल्भ्यं स्यादुदारता

Bhāva (sentiment expressif), hāva (geste amoureux), helā (coquetterie joueuse), śobhā (beauté), kānti (rayonnement), dīpti (splendeur), mādhurya (douceur), śaurya (vaillance), prāgalbhya (audace assurée) et udāratā (noblesse) sont tenus pour les qualités déterminantes.

Verse 50

स्थैर्यं गम्भीरता स्त्रीणां विभावा द्वादशेरिताः भावो विलासो हावःस्याद्भावः किञ्चिच्च हर्षजः

Pour les femmes, la stabilité et la gravité sont déclarées ici parmi les douze vibhāvas (déterminants). De là naît le bhāva (état affectif) ; sa manifestation enjouée est appelée vilāsa, et l’expression coquette est dite hāva. Le bhāva peut aussi être léger, et il peut naître de la joie.

Verse 51

वाचो युक्तिर्भवेद्वागारम्भो द्वादश एव सः तत्राभाषणमालापः प्रलापो वचनं वहु

La juste ordonnance (yukti) de la parole est appelée « vāgārambha » (entreprise du discours) et elle est de douze sortes. Parmi elles : abhāṣaṇa (ne pas parler), ālāpa (conversation légère), pralāpa (bavardage incohérent) et bahu-vacana (parole abondante).

Verse 52

विलापो दुःखवचनमनुलापो ऽसकृद्वचः संलाप उक्तप्रत्युक्तमपलापो ऽन्यथावचः

« Vilāpa » est une parole qui exprime la peine ; « anulāpa » est une profération répétée ; « saṃlāpa » est un dialogue fait d’énoncé et de réplique ; et « apalāpa » est parler autrement, c’est-à-dire une parole contradictoire ou évasive.

Verse 53

वार्ताप्रयाणं सन्देशो निर्देशः प्रतिपादनम् तत्त्वदेशो ऽतिदेशो ऽयमपदेशो ऽन्यवर्णनम्

« Vārtā-prayāṇa » (récit du départ), « sandeśa » (message), « nirdeśa » (instruction directe), « pratipādana » (exposé systématique), « tattvadeśa » (enseignement du principe vrai), « atideśa » (instruction par extension/analogie), « apadeśa » (admonestation sous couvert d’un exemple ou d’un prétexte), et « anya-varṇana » (description d’autre chose) — tels sont les modes reconnus de présentation.

Verse 54

उपदेशश् च शिक्षावाक् व्याजोक्तिर्व्यपदेशकः बोधाय एष व्यापारःसुबुद्ध्यारम्भ इष्यते तस्य भेदास्त्रयस्ते च रीतिवृत्तिप्रवृत्तयः

« Upadeśa » (instruction), « śikṣā-vāk » (énoncé didactique), « vyājokti » (propos indirect) et « vyapadeśaka » (désignation indicative) — cette opération de la parole est admise comme moyen de faire naître la compréhension et d’initier l’intelligence juste. On dit que ses divisions sont au nombre de trois : rīti (style), vṛtti (mode/diction) et pravṛtti (application selon le contexte, domaine d’usage).

Frequently Asked Questions

Rasa is described as the manifestation of innate bliss—an aesthetic savor arising from the wondrous flash of consciousness (caitanya-chamatkāra) when made experientially present.

By rooting aesthetics in Brahman-consciousness and treating poetic technique (bhāva, vibhāva, anubhāva, style and diction) as a disciplined refinement of mind and speech, it integrates cultural mastery (bhukti) with contemplative orientation toward truth (mukti).