Adhyaya 241
Raja-dharmaAdhyaya 24173 Verses

Adhyaya 241

Rājanīti (Statecraft): Ṣaḍvidha-bala, Vyūha-vidhāna, and Strategic Warfare

Ce chapitre ouvre la section de Rājanīti en définissant la puissance royale comme une synthèse disciplinée du mantra (conseil et délibération), du kośa (trésor) et des quatre armes de l’armée. Rāma enseigne que la guerre doit commencer par le culte divin et par la compréhension de la force en six composantes : troupes permanentes, levées, alliés, déserteurs/éléments hostiles, et contingents forestiers ou tribaux, classés selon leur importance et leur vulnérabilité. Il expose ensuite la doctrine d’opérations : progression des commandants en terrain dangereux, protection du roi, de la maison royale et du trésor, et disposition de flancs en couches (cavalerie–chars–éléphants–troupes de forêt). Le texte énumère les grandes formations (makara, śyena, sūcī, vīravaktrā, śakaṭa, vajra, sarvatobhadra) et indique quand préférer la bataille ouverte ou la guerre secrète/trompeuse, en soulignant le moment, le terrain, la fatigue, la tension des approvisionnements et la faiblesse psychologique. Enfin, il codifie les mesures d’unités, l’anatomie des formations (uras, kakṣā, pakṣa, madhya, pṛṣṭha, pratigraha) et une taxonomie des dispositifs daṇḍa/maṇḍala/bhoga, présentant l’art de la guerre comme une science dharmique visant la victoire avec ordre, protection et clarté stratégique.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे सामादिर्नाम चत्वारिंशदध्कद्विशततमो ऽध्यायः अथ एकचत्वारिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः राजनीतिः राम उवाच षड्विधन्तु बलं व्यूह्य देवान् प्रार्च्य रिपुं व्रजेत् मौलं भूतं श्रोणिसुहृद्द्विषदाटविकं बलं

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, s’achève le deux-cent-quarantième chapitre nommé « Sāmādi ». Commence maintenant le deux-cent-quarante-et-unième chapitre : « Rājanīti » (l’art du gouvernement). Rāma dit : « Après avoir rangé l’armée selon sa composition en six parties et, après avoir honoré comme il se doit les dieux, qu’on marche contre l’ennemi : troupes héréditaires ou permanentes, levées, alliés et contingents amis, transfuges du camp adverse, et forces des tribus forestières ; telle est la puissance militaire en six formes. »

Verse 2

पूर्वं पूर्वं गरीयस्तु बलानां व्यसनं तथा षडङ्गं मन्त्रकोषाभ्यां पदात्यश्वरथद्विपैः

Chaque élément qui précède est plus déterminant que celui qui suit ; de même faut-il comprendre les vulnérabilités des armées. La puissance en six membres (royale) se compose du conseil et du trésor, avec l’infanterie, la cavalerie, les chars et les éléphants.

Verse 3

नद्यद्रवनदुर्गेषु यत्र यत्र भयं भवेत् सेनापतिस्तत्र तत्र गच्छेद्व्यूहीकृतैर् बलैः

Aux passages de rivières, dans les terrains marécageux et dans les forteresses—partout où le danger se manifeste—le commandant en chef doit se rendre en ce lieu même, avec des troupes rangées en formation de combat.

Verse 4

नायकः पुरतो यायात् प्रवीरपुरुषावृतः मध्ये कलत्रं स्वामी च कोषः फल्गु च यद्बलं

Le commandant doit marcher en tête, entouré de héros éprouvés; au centre doivent se tenir la maisonnée (les épouses), le seigneur (roi/maître) et le trésor; et tout ce qui est faible en puissance doit aussi y être placé, afin d’être protégé.

Verse 5

पार्श्वयोरुभयोरश्वा वाजिनां पार्श्वयो रथाः रथानां पार्श्वयोर्नागा नागानां चाटवीबलं

Sur les deux flancs on place les chevaux; sur les flancs de la cavalerie se tiennent les chars; sur les flancs des chars se tiennent les éléphants; et sur les flancs des éléphants se dispose la troupe des forêts (āṭavī-bala).

Verse 6

पश्चात् सेनापतिः सर्वं पुरस्कृत्य कृती स्वयं यायात्सन्नद्धसैन्यौघः खिन्नानाश्वासयञ्च्छनैः

Ensuite, le général en chef, homme accompli, après avoir tout disposé selon l’ordre convenable et l’avoir placé en avant, doit lui-même avancer — avec la masse des troupes entièrement armées — en allant lentement, pour encourager et rassurer ceux qui sont las.

Verse 7

यायाद्व्यूहेन महता मकरेण पुरोभये श्येनेनोद्धृतपक्षेण सूच्या वा वीरवक्त्रया

On doit avancer selon une grande formation de bataille : soit la formation Makara, pour frapper le front des deux côtés; soit la formation Śyena (faucon) aux ailes relevées; soit la formation Sūcī (aiguille); soit la formation Vīravaktrā (visage de héros).

Verse 8

पश्चाद्भये तु शकटं पार्श्वयोर्वज्रसञ्ज्ञितं सर्वतः सर्वतोभद्रं भये व्यूहं प्रकल्पयेत्

Lorsque le danger est attendu par l’arrière, on doit disposer la formation en forme de chariot (śakaṭa) ; sur les flancs, la formation dite « Vajra » ; et lorsque le danger menace de toutes parts, on doit déployer l’ordre de bataille nommé « Sarvatobhadra ».

Verse 9

कन्दरे शैलगहने निम्नगावनसङ्कटे दीर्घाध्वनि परिश्रान्तं क्षुत्पिपासाहितक्लमं

Dans une caverne de montagne, au cœur d’un désert rocheux et dense, dans un ravin bas et périlleux et un défilé forestier—il était épuisé par la longue route, accablé de fatigue avec la faim et la soif.

Verse 10

व्याधिदुर्भिक्षमरकपीडितं दस्युविद्रुतं पङ्कांशुजलस्कन्धं व्यस्तं पुञ्जीकृतं पथि

Une contrée/route frappée par la maladie, la famine et la mort épidémique; jetée dans la panique par des brigands; obstruée par la boue, la poussière et des amas d’eau; et dont la circulation est dispersée puis entassée sur la voie—tels sont les signes de détresse.

Verse 11

प्रसुप्तं भोजनव्यग्रमभूमिष्ठमसुस्थितं चौराग्निभयवित्रस्तं वृष्टिवातसमाहतं

Celui qui dort; celui qui, en mangeant, est distrait; celui qui gît à même le sol; celui qui chancelle; celui que la crainte des voleurs ou du feu épouvante; et celui que la pluie et le vent frappent—de telles personnes doivent être tenues pour sans défense et dignes de protection.

Verse 12

इत्यादौ स्वचमूं रक्षेत् प्रसैन्यं च घतयेत् विशिष्टो देशकालाभ्यां भिन्नविप्रकृतिर्बली

Ainsi, dès l’abord, il faut protéger sa propre formation de bataille et frapper (désorganiser) les forces avancées de l’ennemi. Est fort le commandant qui excelle à s’adapter au lieu et au temps, et dont la disposition tactique varie selon les circonstances.

Verse 13

कुर्यात् प्रकाशयुद्धं हि कूटयुद्धं विपर्यये तेष्ववस्कन्दकालेषु परं हन्यात्समाकुलं

Il faut mener une guerre ouverte et déclarée; mais, dans la situation contraire, recourir à une guerre clandestine et trompeuse. En de tels instants de raid soudain, il convient d’abattre l’ennemi lorsqu’il est plongé dans la confusion.

Verse 14

वज्रसङ्कटमिति ख , छ च अभूमिष्ठं स्वभूमिष्ठं स्वभूमौ चोपजायतः प्रकृतिप्रग्रहाकृष्टं पाशैर् वनचरादिभिः

« Vajrasaṅkaṭa » (péril tel la foudre) : ainsi les syllabes ‘kha’ et ‘cha’. (Cela protège) celui qui n’est pas sur sa propre terre, celui qui est sur sa propre terre, et celui qui naît/est placé sur son sol natal ; et aussi celui que la force des circonstances entraîne et que des gens des forêts et autres saisissent au moyen de lacets.

Verse 15

हन्यात् प्रवीरपुरुषैर् भङ्गदानापकर्षणैः पुरस्ताद्दर्शनं दत्वा तल्लक्षकृतनिश् चयात्

Qu’il frappe (l’ennemi) au moyen de héros d’élite, experts à rompre la ligne adverse, à accorder des concessions (feintes) et à attirer l’ennemi au loin ; après s’être montré au premier rang pour être vu, qu’il agisse avec une décision fondée sur l’observation de leurs signes révélateurs.

Verse 16

हन्यात्पश्चात् प्रवीरेण बलेनोपेत्य वेगिना पश्चाद्वा सङ्कुलीकृत्य हन्याच्छूरेण पूर्वतः

Qu’il frappe par l’arrière, en s’approchant avec un héros puissant, pourvu de force et de vitesse ; ou bien, après avoir jeté l’ennemi dans la confusion par derrière, qu’un guerrier vaillant frappe alors par devant.

Verse 17

आभ्यां पार्श्वाभिघातौ तु व्याख्यातौ कूटयोधने पुरस्ताद्विषमे देशे पश्चाद्धन्यात्तु वेगवान्

Dans la science du combat trompeur (kūṭa-yodhana), ces deux coups de flanc sont exposés. En terrain accidenté, le combattant rapide doit attaquer d’abord de face, puis frapper avec force par derrière.

Verse 18

पुरः पश्चात्तु विषमे एवमेव तु पार्श्वयोः प्रथमं योधयित्वा तु दूष्यामित्राटवीबलौ

En terrain accidenté, qu’on procède de même : engager d’abord le combat par l’avant et par l’arrière, et de même sur les deux flancs, après avoir d’abord déployé des forces pour contenir l’avant‑garde ennemie et les troupes forestières/guérilleras de l’adversaire.

Verse 19

श्रान्तं मन्दन्निराक्रन्दं हन्यादश्रान्तवाहनं दूष्यामित्रबलैर् वापि भङ्गन्दत्वा प्रयत्नवान्

Le guerrier résolu doit frapper l’ennemi épuisé, alangui et qui ne pousse plus le cri de guerre; et il doit aussi frapper celui dont la monture n’est pas encore lasse—soit après avoir d’abord désorganisé les forces adverses, soit après avoir créé une brèche et rompu leur formation—en agissant avec un effort continu.

Verse 20

जितमित्येव विश्वस्तं हन्यान्मन्त्रव्यपाश्रयः स्कन्धावारपुरग्रामशस्यस्वामिप्रजादिषु

S’appuyant sur le mantra (conseil stratégique et moyens discrets), il doit abattre celui qui, se croyant vainqueur, devient confiant et relâché en se disant : « J’ai gagné »—que ce soit au camp, dans la cité, au village, parmi les récoltes, leurs maîtres, le peuple et les domaines connexes.

Verse 21

विश्रभ्यन्तं परानीकमप्रमत्तो विनाशयेत् अथवा गोग्रहाकृष्टं तल्लक्ष्यं मार्गबन्धनात्

Lorsque la formation adverse se relâche et se trouve sans garde, le commandant vigilant doit la détruire. Ou bien, en barrant les routes, il doit l’attirer au dehors—comme du bétail saisi et tiré—puis frapper cette cible même.

Verse 22

अवस्कन्दभयाद्रात्रिपूजागरकृतश्रमः दिवासुप्तं समाहन्यान्निद्राव्याकुलसैनिकं

Par crainte d’un raid nocturne soudain, les soldats ennemis s’épuisent à veiller la nuit et dorment le jour; il faut donc les frapper pendant leur sommeil—troupes rendues impuissantes et confuses par la torpeur du repos.

Verse 23

निशि विश्रब्धसंसुप्तं नागैर् वा खड्गपाणिभिः प्रयाने पूर्वयायित्वं वनदुर्गप्रवेशनं

La nuit, lorsque la cible est sans méfiance et plongée dans un profond sommeil, on doit avancer avec des éléphants ou avec des hommes l’épée à la main. En marche, on enverra d’abord une avant‑garde, puis l’on pénétrera dans les forts de forêt.

Verse 24

अभिन्नानामनीकानां भेदनं भिन्नसङ्ग्रहः विभीषकाद्वारघातं कोषरक्षेभकर्म च

Les méthodes comprennent : rompre des troupes encore unies ; rassembler et réorganiser celles déjà divisées ; des mesures d’intimidation et le fait de frapper/forcer les portes ; ainsi que les devoirs et opérations de la garde d’éléphants chargée de protéger le trésor.

Verse 25

अभिन्नभेदनं मित्रसन्धानं रथकर्म च वनदिङ्मार्गविचये वीवधासारलक्षणं

Il enseigne la manière de diviser (les forces ennemies) sans provoquer de rupture ouverte, l’art de conclure des alliances, les opérations des chars, et l’examen des directions et des routes en forêt, ainsi que les traits définissant l’essence du meurtre au combat (vīvadhā-sāra).

Verse 26

अनुयानापसरणे शीघ्रकार्योपपादनं दीनानुसरणं घातः कोटीनां जघनस्य च

Il indique (une tendance à) suivre autrui et à se retirer, à accomplir les tâches avec célérité, à fréquenter les gens de basse condition, et aussi la blessure—avec (des signes concernant) les flancs et les fesses.

Verse 27

अश्वकर्माथ पत्तेश् च सर्वदा शस्त्रधारणं शिविरस्य च मार्गादेः शोधनं वस्तिकर्म च

De même, il y a les devoirs relatifs aux chevaux ; et pour le fantassin, le port constant des armes ; aussi le nettoyage du camp et des routes et autres ; et encore le travail de creuser/entretenir des tranchées (ouvrages défensifs de terre).

Verse 28

संस्थूलस्थाणुवल्मीकवृक्षगुल्मापकण्टकं सापसारा पदातीनां भूर्नातिविषमा मता

Un terrain qui n’est pas encombré de souches épaisses, de termitières, d’arbres, de fourrés et de petites épines—et où ne se cachent pas de serpents—est tenu pour ne pas être trop accidenté pour l’infanterie.

Verse 29

स्वल्पवृक्षोपला क्षिप्रलङ्घनीयनगा स्थिरा निःशर्करा विपङ्का च सापसारा च वाजिभूः

Une terre où il y a peu d’arbres et de pierres, aisée à parcourir (non accidentée), ferme, sans gravier, non boueuse et dotée d’un écoulement naturel—un tel sol est tenu pour excellent, propre et « porteur de chevaux ».

Verse 30

निस्थाणुवृक्षकेदारा रथभूमिरकर्दमा मर्दनीयतरुच्छेद्यव्रततीपङ्कवर्जिता

Un site convenable est exempt de souches et d’arbres gênants, non entaillé par des levées d’irrigation ou des billons; le sol y est assez ferme pour les chars, non boueux, plat ou compactable, sans arbres à abattre, et dépourvu de termitières, de berges abruptes et de bourbiers.

Verse 31

निर्झरागम्यशैला च विषमा गजमेदिनी उरस्यादीनि भिन्नानि प्रतिगृह्णन् बलानि हि

Il est des terrains tels que des montagnes entaillées par des chutes d’eau et difficiles d’accès, des sols inégaux, et la « terre des éléphants » (propice au corps d’éléphants). De tels terrains reçoivent et influent sur les forces de manières diverses, notamment quant au front de poitrine et à d’autres points ou formations vulnérables.

Verse 32

प्रतिग्रह इति ख्यातो राजकार्यान्तरक्षमः तेन शून्यस्तु यो व्यूहः स भिन्न इव लक्ष्यते

Cette disposition est dite « pratigraha », car elle peut couvrir l’intervalle dans les opérations royales; mais toute formation qui en est dépourvue apparaît comme brisée.

Verse 33

जयार्थी न च युद्ध्येत मतिमानप्रतिग्रहः यत्र राजा तत्र कोषः कोषाधीना हि राजता

Celui qui vise la victoire ne doit pas se ruer au combat; le sage doit demeurer incorruptible, hors d’atteinte des pots-de-vin. Là où se tient le roi, là se trouve le trésor; car la royauté dépend en vérité du trésor.

Verse 34

योधेभ्यस्तु ततो दद्यात् किञ्चिद्दातुं न युज्यते द्रव्यलक्षं राजघाते तदर्धं तत्सुतार्दने

Ensuite, il convient de donner quelque chose aux soldats ; il n’est pas juste de ne rien donner. En cas de meurtre du roi, l’amende pécuniaire est d’un lakh ; pour le meurtre du fils du roi, elle en est la moitié.

Verse 35

सेनापतिबधे तद्वद्दद्याद्धस्त्यादिमर्दने अथवा खलु युध्येरन् प्रत्यश्वरथदन्तिनः

Lorsque le commandant doit être mis à mort, qu’on frappe de la même manière ; de même, qu’on porte des coups pour écraser les éléphants et autres semblables. Sinon, qu’ils combattent en faisant face à la cavalerie, aux chars et aux éléphants de l’ennemi.

Verse 36

निःशर्करा गम्यशैलेति ज किं हि दातुमिति घ , ञ च यथा भवेदसंबाधो व्यायामविनिवर्तने असङ्करेण युद्धेरन् सङ्करः सङ्कुलावहः

« (Le commandant doit donner des ordres codés tels que :) “(Marchez) sur un terrain sans gravier” et “(Avancez) sur une colline praticable”, ainsi que des ordres comme : “Que faut‑il donner (à présent) ?” — afin que, lors des manœuvres et du repli, il n’y ait pas d’encombrement. Qu’ils combattent sans mélange des unités, car le mélange (saṅkara) engendre confusion et désordre. »

Verse 37

महासङ्कुलयुद्धेषु संश्रयेरन्मतङ्गजं अश्वस्य प्रतियोद्धारो भवेयुः पुरुषास्त्रयः

Dans les grandes batailles, denses et confuses, qu’on se mette à l’abri derrière un éléphant ; et pour le contre-combat (la protection) d’un cheval, qu’il y ait trois hommes.

Verse 38

इति कल्प्यास्त्रयश्चाश्वा विधेयाः कुञ्जरस्य तु पादगोपा भवेयुश् च पुरुषा दश पञ्च च

Ainsi, trois chevaux doivent être assignés (comme effectif prescrit) ; et pour un éléphant, il doit y avoir des gardes à pied, à savoir quinze hommes.

Verse 39

विधानमिति नागस्य विहितं स्यन्दनस्य च अनीकमिति विज्ञेयमिति कल्प्या नव द्विपाः

«Vidhāna» est le terme technique désigné pour une unité d’éléphants, et de même pour une unité de chars. «Anīka» doit être compris comme le front ou la formation de combat ; ainsi, neuf éléphants doivent être constitués selon la mesure prescrite.

Verse 40

तथानीकस्य रन्ध्रन्तु पञ्चधा च प्रचक्षते इत्यनीकविभगेन स्थापयेद् व्यूहसम्पदः

De même, les « ouvertures » ou intervalles vulnérables (randra) dans l’unité de combat (anīka) sont décrits comme étant au nombre de cinq ; dès lors, en divisant l’anīka selon cette répartition, on doit établir la juste excellence du dispositif (vyūha).

Verse 41

उरस्यकक्षपक्षांस्तु कल्प्यानेतान् प्रचक्षते उरःकक्षौ च पक्षौ च मध्यं पृष्ठं प्रतिग्रहः

Quant à la région de la « poitrine », voici les divisions qu’il convient de délimiter en pensée et de nommer : la poitrine (uras), les aisselles (kakṣā), les flancs/ailes (pakṣa), le milieu (madhya), le dos (pṛṣṭha) et la zone de réception ou de soutien (pratigraha).

Verse 42

कोटी च व्यूहशास्त्रज्ञैः सप्ताङ्गो व्यूह उच्यते उरस्यकक्षपक्षास्तु व्यूहो ऽयं सप्रतिग्रहः

Les maîtres de la science des formations guerrières déclarent que la « koṭī » est un vyūha à sept membres. Cette formation comprend la poitrine centrale, les flancs/aisselles et les ailes ; c’est un vyūha conçu pour recevoir et absorber l’assaut de l’ennemi.

Verse 43

गुरोरेष च शुक्रस्य कक्षाभ्यां परिवर्जितः तिष्ठेयुः सेनापतयः प्रवीरैः पुरुषैर् वृताः

Selon cette règle du Maître et de Śukra, les commandants de l’armée doivent prendre position en laissant les flancs (kakṣā) dégagés, tout en étant entourés de héros d’élite et d’hommes vaillants et capables.

Verse 44

अभेदेन च युध्येरन् रक्षेयुश् च परस्परं मध्यव्यूहे फल्गु सैन्यं युद्धवस्तु जघन्यतः

Ils doivent combattre sans rompre la formation et se protéger mutuellement. Dans le dispositif central (madhya-vyūha), on place le contingent le plus faible, tandis que les principaux moyens de guerre sont disposés à l’arrière.

Verse 45

युद्धं हि नायकप्राणं हन्यते तदनायकं उरसि स्थापयेन्नागान् प्रचण्डान् कक्षयो रथान्

Le combat dépend en vérité de la vie du commandant ; lorsque celui-ci est abattu, l’armée devient sans chef. C’est pourquoi l’on doit placer de puissants éléphants à l’avant comme garde de poitrine, et disposer des chars impétueux sur les flancs.

Verse 46

हयांश् च पक्षयोर्व्यूहो मध्यभेदी प्रकीर्तितः मध्यदेशे हयानीकं रथानीकञ्च कक्षयोः

Lorsque la cavalerie est disposée sur les deux ailes, ce dispositif est appelé « madhyabhedī » (qui fend le centre). Au secteur central on place les divisions de cavalerie, et sur les flancs (kakṣa) on poste les divisions de chars.

Verse 47

पक्षयोश् च गजानीकं व्यूहोन्तर्भेद्ययं स्मृतः रथस्थाने हयान् दद्यात् पदातींश् च हयश्राये

Sur les deux flancs, on doit poster le corps des éléphants ; cela est enseigné comme une sous-division du dispositif, dite « antarbhedya » (pénétration interne/entrelacement). À la place des chars, on met la cavalerie, et à la place de la cavalerie, on met l’infanterie.

Verse 48

रथाभावे तु द्विरदान् व्यूहे सर्वत्र दापयेत् यदि स्याद्दण्डबाहुल्यमाबाधः सम्प्रकीर्तितः

S’il manque des chars, alors dans la formation on doit déployer des éléphants partout à leur place. S’il y a un excès de fantassins, cela est déclaré « ābādha », c’est-à-dire une entrave/un empêchement pour le dispositif.

Verse 49

मण्डलांसंहतो भोगो दण्डास्ते बहुधा शृणु तिर्यग्वृत्तिस्तु दण्डः स्याद् भोगो ऽन्यावृत्तिरेव च

Le « bhoga » est une spire circulaire resserrée et compacte; et le « daṇḍa » possède de nombreuses variétés—écoute. Le mouvement transversal (latéral) est appelé « daṇḍa », tandis que le « bhoga » est l’autre manière de tourner, c’est-à-dire un enroulement circulaire d’un mode différent.

Verse 50

मण्डलः सर्वतोवृत्तिः पृथग्वृत्तिरसंहतः प्रदरो दृढको ऽसह्यः चापो वै कुक्षिरेव च

Un arc est dit « maṇḍala » lorsqu’il est circulaire; « sarvatovṛtti » lorsqu’il est arrondi de tous côtés; « pṛthagvṛtti » lorsqu’il présente des courbures distinctes ou inégales; « asaṃhata » lorsqu’il n’est pas compacté ou correctement assemblé; « pradara » lorsqu’il est fendu ou crevassé; « dṛḍhaka » lorsqu’il est trop rigide; « asahya » lorsqu’il est insupportable à bander (difficile à manier); et « kukṣi » lorsqu’il a un « ventre » bombé au milieu.

Verse 51

प्रतिष्ठः सुप्रतिष्ठश् च श्येनो विजयसञ्जयौ विशालो विजयः शूची स्थूणाकर्णचमूमुखौ

On l’appelle Pratiṣṭha, le Solidement Établi, et Supratiṣṭha, le Parfaitement Établi; Śyena, le Faucon (rapide et clairvoyant); Vijaya et Sañjaya, la Victoire et Celui qui donne la Victoire; Viśāla, le Vaste; Vijaya, la Victoire elle-même; Śūcī, le Pur; Sthūṇākarṇa, aux Oreilles comme des Piliers; et Camūmukha, le Chef à la Tête de l’Armée.

Verse 52

सर्पास्यो वलयश् चैव दण्ड दण्डभेदाश् च दुर्जयाः अतिक्रान्तः प्रतिक्रान्तः कक्षाभ्याञ्चैकक्षपक्षतः

Les armes nommées Sarpāsya et Valaya, ainsi que le bâton (daṇḍa) avec ses diverses formes, sont difficiles à surmonter. (On les distingue encore) en « atikrānta » (avancé) et « pratikrānta » (contre-avancé), et aussi selon les manières de tenir ou de placer aux deux flancs (kakṣābhyām) ou sur un seul flanc (aika-kakṣa-pakṣataḥ).

Verse 53

अतिक्रान्तस्तु पक्षाभ्यां त्रयो ऽन्ये तद्विपर्यये पक्षोरस्यैर् अतिक्रान्तः प्रतिष्ठो ऽन्यो विपर्ययः

Lorsque (la mesure ou la ligne) dépasse les deux flancs (pakṣa), on l’appelle Atikrānta; trois autres variétés s’obtiennent en inversant cette condition. Lorsque (la mesure ou la ligne) dépasse les flancs et la poitrine (uras), on l’appelle Pratiṣṭha; et une autre variété naît de l’inversion (de cette condition).

Verse 54

स्थूणापक्षो धनुःपक्षो द्विस्थूणो दण्ड ऊर्ध्वगः द्विगुणोन्तस्त्वतिक्रान्तपक्षो ऽन्यस्य विपर्ययः

La configuration dite « sthūṇā-pakṣa » est l’aile ou le bras de l’arc ; « dhanuḥ-pakṣa » est aussi une autre appellation du bras de l’arc. Le « daṇḍa » (bâton) est « à deux piliers » (dvi-sthūṇa) et dressé verticalement. « Dviguṇa » désigne ce dont la partie intérieure est doublée ; « atikrānta-pakṣa » ce dont l’aile dépasse la limite. Dans l’autre cas, l’agencement est inversé.

Verse 55

द्विचतुर्दण्ड इत्य् एते ज्ञेया लक्षणतः क्रमात् गोमूत्रिकाहिसञ्चारीशकटो मकरस् तथा

On doit les connaître, dans l’ordre convenable, d’après leurs caractères distinctifs : (les figures) Dvi-daṇḍa et Catur-daṇḍa ; de même Gomūtrikā, Ahi-sañcārī, Śakaṭa et Makara.

Verse 56

भोगभेदाः समाख्यातास् तथा परिप्लवङ्गकः दण्डपक्षौ युगारस्यः शकटस्तद्विपर्यये

Les divisions appelées « Bhoga-bheda » ont été exposées ; de même (les configurations) Pariplavaṅgaka, les deux « Daṇḍa-pakṣa » (ailes du daṇḍa), Yugārasya et Śakaṭa — ainsi que leur agencement inverse.

Verse 57

मकरो व्यतिकीर्णश् च शेषः कुञ्जरराजिभिः मण्डलव्यूहभेदौ तु सर्वतोभद्रदुर्जयौ

Le « Makara » et le « Vyatikīrṇa », ainsi que le « Śeṣa », sont disposés en rangées d’éléphants. Ce sont des variantes du déploiement guerrier de type Maṇḍala ; et, parmi elles, le « Sarvatobhadra » et le « Durjaya » sont réputés difficiles à surmonter.

Verse 58

अष्टानीको द्वितीयस्तु प्रथमः सर्वतोमुखः अर्धचन्द्रक ऊर्ध्वाङ्गो वज्रभेदास्तु संहतेः

La seconde formation est l’« Aṣṭānīka » (à huit pointes). La première est la « Sarvatomukha » (tournée vers toutes les directions). Il y a encore l’« Ardhacandraka » (demi-lune), l’« Ūrdhvāṅga » (aux membres relevés), et la « Vajrabheda » (qui fend tel le vajra) : telles sont les variétés d’une formation compacte et resserrée (Saṃhati).

Verse 59

तथा कर्कटशृङ्गी च काकपादौ च गोधिका त्रिचतुःसैन्यानां ज्ञेया आकारभेदतः

De même, les formations nommées Karkaṭaśṛṅgī (« corne de crabe »), Kākapāda (« patte de corbeau ») et Godhikā (« lézard ») doivent être comprises—distinguées par leur forme—comme des déploiements de forces à trois et à quatre corps.

Verse 60

दण्डस्य स्युः सप्तदश व्यूहा द्वौ मण्डलस्य च असङ्घातस्य षट् पञ्च भोगस्यैव तु सङ्गरे

Au combat, on dit qu’il existe dix-sept déploiements du type Daṇḍa, deux du type Maṇḍala, six du type Asaṅghāta et cinq du type Bhoga.

Verse 61

पक्षादीनामथैकेन हत्वा शेषैः परिक्षिपेत् उरसा वा समाहत्य कोटिभ्यां परिवेष्टयेत्

Après avoir abattu (l’adversaire) d’un seul coup au moyen du flanc et d’autres prises semblables, on doit ensuite l’encercler avec le reste (des membres ou des saisies). Ou bien, l’ayant repoussé par un choc de la poitrine, on doit l’envelopper et le maîtriser avec les deux hanches (les deux côtés de la taille).

Verse 62

परे कोटी समाक्रम्य पक्षाभ्यामप्रतिग्रहात् कोटिभ्याञ्जघनं हन्यादुरसा च प्रपीडयेत्

S’étant avancé sur le flanc (la hanche) de l’adversaire, sans lui laisser aucune contre-saisie, on doit frapper la région des reins/hanches avec les deux hanches, puis le presser (l’écraser) avec la poitrine.

Verse 63

यतः फल्गु यतो भिन्नं यतश्चान्यैर् अधिष्ठितं ततश्चारिबलं हन्यादात्मनश्चोपवृंहयेत्

Là où l’armée ennemie est faible, là où elle est divisée, et là où elle est tenue par d’autres—en attaquant précisément de ce côté, on doit frapper l’armée adverse et, en même temps, fortifier ses propres forces.

Verse 64

सारं द्विगुणसारेण फल्गुसारेण पीडयेत् संहतञ्च गजानीकैः प्रचण्डैर् दारयेद्बलं

Il faut presser et dominer la formation solide de l’ennemi par une force double; et une formation plus faible doit être écrasée par ses propres troupes compactes et bien rassemblées. De même, une masse ennemie amassée doit être fendue par de farouches divisions d’éléphants, brisant ainsi sa puissance.

Verse 65

स्यात् कक्षपक्षोरस्यश् च वर्तमानस्तु दण्डकः तत्र प्रयोगो डण्डस्य स्थानन्तुर्येण दर्शयेत्

Lorsque la position (de la main/de l’arme) est tenue à l’aisselle et sur le côté de la poitrine, on l’appelle la posture « daṇḍaka ». Dans cette posture, on doit montrer l’usage du bâton en indiquant, dans l’ordre requis, les placements successifs (les changements de position).

Verse 66

स्याद्दण्डसमपक्षाभ्यामतिक्रान्तो दृढः स्मृतः भवेत्स पक्षकक्षाभ्यामतिक्रान्तः प्रदारकः

Si le (pouls/rythme) dépasse les deux mesures dites « daṇḍa » et « samapakṣa », on s’en souvient comme « dṛḍha » (le type ferme). S’il dépasse « pakṣa » et « kakṣā », on le nomme « pradāraka » (le type déchirant/violent).

Verse 67

कक्षाभ्याञ्च प्रतिक्रान्तव्यूहो ऽसह्यः स्मृतो यथा कक्षपक्षावधः स्थप्योरस्यैः कान्तश् च खातकः

Une formation de combat qui s’est retirée (ou retournée) tout en étant protégée par ses flancs (kakṣā) est tenue pour « imprenable ». Dans cet agencement, on doit poster les gardes des flancs (kakṣa-pakṣa) et les troupes de la poitrine/du noyau; et les officiers nommés Kānta et Khātaka doivent aussi être placés à leurs postes convenables.

Verse 68

द्वौ दण्डौ बलयः प्रोक्तो कान्तश् च खातकः दुर्जयश् चतुर्वलयः शत्रोर्बलविमर्दनः

L’arme à deux bâtons est appelée Balaya; de même, il en est qui se nomment Kānta et Khātaka. Le type à quatre anneaux est appelé Durjaya, celui qui broie la force de l’ennemi.

Verse 69

कक्षपक्षौरस्यैर् भोगो विषयं परिवर्तयन् कोटिभ्यां परिकल्पयेदिति घ , ञ च सर्पचारी गोमूत्रिका शर्कटः शकटाकृतिः

Par les mouvements du flanc (kakṣa), du côté/« aile » (pakṣa) et de la poitrine (uras), on doit exécuter un balayage tournant qui fait pivoter la ligne d’engagement ; on l’ordonne en prenant les deux extrémités (koṭi) pour limites déterminantes. Telles sont, parmi les manœuvres et formations nommées : Sarpa-cārī (marche du serpent), Go-mūtrikā (courbe dite « urine de vache »), Śarkaṭaḥ (à la manière du crabe) et Śakaṭākṛtiḥ (en forme de char).

Verse 70

विपर्ययो ऽमरः प्रोक्तः सर्वशत्रुविमर्दकः स्यात् कक्षपक्षोरस्यानामेकीभावस्तु मण्डलः

On dit que « Viparyaya » est la figure appelée « Amara », tenue pour broyer tous les ennemis. Et la réunion en un seul ensemble des flancs (kakṣa), des ailes (pakṣa) et de la poitrine/avant (uras) est nommée « Maṇḍala », formation circulaire et enveloppante.

Verse 71

चक्रपद्मादयो भेदा मण्डलस्य प्रभेदकाः एवञ्च सर्वतोभद्रो वज्राक्षवरकाकवत्

Les variétés telles que « Cakra » (roue) et « Padma » (lotus) sont des sous-types distinctifs du maṇḍala. De même, le maṇḍala « Sarvatobhadra » (favorable de tous côtés) doit être formé selon les modèles Vajrākṣa et Varakāka.

Verse 72

अर्धचन्द्रश् च शृङ्गाटो ह्य् अचलो नामरूपतः व्यूहा यथासुखं कर्याः शत्रूणां बलवारणाः

Les dispositifs de combat nommés Ardhacandra (Demi-lune), Śṛṅgāṭa (coin triangulaire « cornu ») et Acala (Immobile)—distingués par leurs noms et leurs formes—doivent être ordonnés selon les circonstances, afin de contenir et de repousser les forces ennemies.

Verse 73

अग्निर् उवाचरामस्तु रावणं हत्वा अयोध्यां प्राप्तवान् द्विज रामोक्तनीत्येन्द्रजितं हतवांल्लक्ष्मणः पुरा

Agni dit : Ô deux-fois-né, après avoir tué Rāvaṇa, Rāma revint à Ayodhyā. Auparavant, Lakṣmaṇa avait mis à mort Indrajit en suivant la stratégie (nīti) enseignée par Rāma.

Frequently Asked Questions

It enumerates force as a sixfold aggregate: hereditary/standing troops (maula), levies/raised troops (bhūta), friendly/allied contingents (śroṇi-suhṛt), hostile defectors/deserters (dviṣad), and forest/tribal forces (āṭavika), framed as the operational strength to be arrayed before marching.

It presents a sixfold royal capability anchored in mantra (strategic counsel) and kośa (treasury), supported by the four arms of the army—infantry, cavalry, chariots, and elephants—implying that material force is effective only when guided by policy and funded by stable revenue.

It advises open battle as the norm, but prescribes kūṭa-yuddha in adverse or contrary situations—especially during raids, when exploiting confusion, fatigue, complacency, disrupted routes, or day-sleep after night vigilance.

For forward engagement it lists formations like Makara, Śyena, Sūcī, and Vīravaktrā; for rear-threat it recommends Śakaṭa (cart-shaped); for flank-threat Vajra; and for all-sided threat Sarvatobhadra.