Adhyaya 236
Raja-dharmaAdhyaya 23619 Verses

Adhyaya 236

Adhyaya 236 — श्रीस्तोत्रम् (Śrī-stotra) / Hymn to Śrī (Lakṣmī) for Royal Stability and Victory

Ce chapitre s’ouvre sur une transition signalant des colophons divergents pour l’unité précédente (Kṣā), puis introduit une application du rāja-dharma par la dévotion : Puṣkara enseigne que, pour la stabilité de la rājya-lakṣmī (la fortune royale du royaume) et pour la victoire, le roi doit pratiquer l’hymne par lequel Indra loua jadis Śrī. Dans le stotra d’Indra, Lakṣmī est reconnue comme Mère cosmique et śakti inséparable de Viṣṇu, source d’auspiciosité, de prospérité et des capacités qui soutiennent la civilisation. Elle est célébrée non seulement comme richesse, mais comme l’incarnation des vidyā et des piliers du gouvernement : Ānvīkṣikī (enquête rationnelle), Trayī (révélation védique), Vārtā (économie et moyens d’existence) et Daṇḍanīti (science de l’État et discipline du pouvoir), reliant explicitement l’ordre politique à la puissance divine. L’hymne enseigne une causalité morale et politique : lorsque Śrī se retire, les mondes déclinent et les vertus s’effondrent ; lorsqu’elle accorde son regard, même l’indigne obtient guṇa, lignée et réussite. Le chapitre conclut que la récitation et l’écoute du Śrī-stotra confèrent bhukti (jouissance et prospérité) et mukti (libération), et Puṣkara rapporte que le Seigneur de Śrī accorda à Indra la grâce d’un royaume stable et de la victoire au combat.

Shlokas

Verse 1

क्षा नाम पञ्चत्रिंअशधिकद्विशततमो ऽध्यायः धर्मनिष्ठो जयो नित्य इति ख , छ च देवान् विप्रान् गुरून् यजेदिति घ , ज , ञ च अथ षट्त्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः श्रीस्तोत्रं पुष्कर उवाच राज्यलक्ष्मीस्थिरत्वाय यथेन्द्रेण पुरा श्रियः स्तुतिः कृता तथा राजा जयार्थं स्तुतिमाचरेत्

(Colophon/transition :) « Ainsi s’achève le deux-cent-trente-cinquième chapitre, nommé “Kṣā” — (enseignant que) “la victoire est toujours assurée à qui demeure établi dans le dharma”, et (que) “l’on doit honorer les dieux, les brāhmaṇa et les gurus” », (selon certaines recensions). Commence maintenant le deux-cent-trente-sixième chapitre : l’Hymne à Śrī. Puṣkara dit : « Pour la stabilité de la fortune royale (rājya-lakṣmī), de même qu’Indra jadis composa une louange à Śrī, ainsi le roi doit pratiquer cet hymne en vue de la victoire. »

Verse 2

इन्द्र उवाच नमस्ये सर्वलोकानां जननीमब्धिसम्भवां श्रियमुन्निन्द्रपद्माक्षीं विष्णुवक्षःस्थलस्थितां

Indra dit : Je me prosterne devant Śrī (Lakṣmī), mère de tous les mondes, née de l’océan; aux yeux de lotus surpassant le lotus, et demeurant sur la poitrine de Viṣṇu.

Verse 3

त्वं सिद्धिस्त्वं स्वधा स्वाहा सुधा त्वं लोकपावनि सन्धया रात्रिः प्रभा भूतिर्मेधा श्रद्धा सरस्वती

Tu es Siddhi (l’accomplissement) ; tu es Svadhā ; tu es Svāhā ; tu es l’amṛta, le nectar d’immortalité. Tu es la purificatrice des mondes. Tu es Sandhyā (la prière du seuil sacré), tu es la Nuit, tu es la Clarté ; tu es Bhūti (prospérité), Medhā (intelligence), Śraddhā (foi) et Sarasvatī.

Verse 4

यज्ञविद्या महाविद्या गुह्यविद्या च शोभने आत्मविद्या च देवि त्वं विमुक्तिफलदायिनी

Ô Bienheureuse, tu es la science du yajña (sacrifice), la Grande Science, la science secrète et la science du Soi; ô Déesse, toi qui accordes le fruit de la délivrance (mokṣa).

Verse 5

आन्वीक्षिकी त्रयी वार्ता दण्डनीतिस्त्वमेव च सौम्या सौम्यैर् जगद्रूपैस्त्वयैतद्देवि पूरितं

Ô Déesse douce, toi seule es Ānvīkṣikī (l’enquête rationnelle), la Trayī (les trois Veda), Vārtā (la science des moyens d’existence) et Daṇḍanīti (l’art du gouvernement). Par toi—à travers tes formes auspicieuses, qui sont la forme même du monde—l’univers entier est pénétré et rempli.

Verse 6

का त्वन्या त्वामृते देवि सर्वयज्ञमयं वपुः अध्यास्ते देव देवस्य योगिचिन्त्यं गदाभृतः

Ô Déesse, qui d’autre que toi pourrait être le corps constitué de tous les yajña, demeurant dans le Dieu suprême des dieux, objet de la contemplation des yogin, et portant la massue (gadā) ?

Verse 7

त्वया देवि परित्यक्तं सकलं भुवनत्रयं विनष्टप्रायमभवत् त्वयेदानीं समेधितं

Ô Déesse, lorsque tu t’es retirée, l’ensemble des trois mondes fut presque anéanti; mais par toi, à présent, il a de nouveau été rendu florissant.

Verse 8

दाराः पुत्रास् तथागारं सुहृद्धान्यधनादिकं भवत्येतन्महाभागे नित्यं त्वद्वीक्षणान् नृणां

Épouses, fils, demeure, bons amis, grains, richesses et autres biens—ô Très Fortunée (mahābhāgā)—tout cela est constamment assuré aux hommes par ton regard de grâce.

Verse 9

सर्वभूतानामिति घ , ज , ञ च जवनीमम्बुसम्भवामिति ज शरीरारोग्यमैश्वर्यमरिपक्षक्षयः सुखं देवि त्वद्दृष्टिदृष्टानां पुरुषाणां न दुर्लभं

«(Tu es) de tous les êtres…»—ainsi lisent les manuscrits (gha, ja, ña) ; et «la puissance de voilement, née des eaux»—ainsi lit (ja). Ô Déesse, pour les hommes sur qui s’est posé ton regard, la santé du corps, la souveraineté/prospérité, la ruine du parti ennemi et le bonheur ne sont pas difficiles à obtenir.

Verse 10

त्वमम्बा सर्वभूतानां देवदेवो हरिः पिता त्वयैतद्वोइष्णुना चाम्ब जगद्व्याप्तं चराचरं

Ô Mère, tu es la Mère de tous les êtres ; Hari (Vishnou), le Dieu des dieux, est le Père. Ô Mère, par toi—et par ce Vishnou qui pénètre tout—l’univers entier, le mobile comme l’immobile, est imprégné.

Verse 11

मानं कोषं तथा कोष्ठं मा गृहं मा परिच्छदं मा शरीरं कलत्रञ्च त्यजेथाः सर्वपावनि

Ô Toi qui purifies tout, n’abandonne ni l’honneur, ni la richesse, ni les greniers, ni la maison, ni les biens, ni le corps, ni même l’épouse.

Verse 12

मा पुत्रान्मासुहृद्वर्गान्मा पशून्मा विभूषणं त्यजेथा मम देवस्य विष्णोर्वक्षःस्थलालये

N’abandonne pas tes fils ; n’abandonne pas ton cercle d’amis ; n’abandonne pas ton bétail ; n’abandonne pas tes ornements—car je demeure sur la poitrine de mon Seigneur, Vishnou, comme sa demeure.

Verse 13

सत्त्वेन सत्यशौचाभ्यां तथा शीलादिभिर्गुणैः त्यजन्ते ते नरा सद्यः सन्त्यक्ता ये त्वयामले

Ces hommes que tu as délaissés, ô Sans-Tache, sont aussitôt délaissés par leurs propres vertus—par le sattva (pureté de l’être), par la vérité et la pureté, et par la bonne conduite et les qualités semblables.

Verse 14

त्वयावलोकिताः सद्यः शीलाद्यैर् अखिलैर् गुणैः कुलैश्वर्यैश् च युज्यन्ते पुरुषा निर्गुणा अपि

Même les hommes dépourvus de vertus, dès que tu les regardes, se trouvent aussitôt pourvus de toutes les qualités, à commencer par la bonne conduite, ainsi que d’une noble lignée et de prospérité.

Verse 15

स श्लाघ्यः स गुणी धन्यः स कुलीनः स बुद्धिमान् स शूरः स च विक्रान्तो यस्त्वया देवि वीक्षितः

Celui que tu as regardé, ô Déesse, est digne d’éloge ; il est vertueux et heureux ; il est de noble lignée et intelligent ; il est courageux et aussi vaillant.

Verse 16

सद्यो वैगुण्यमायान्ति शीलाद्याः सकला गुणाः पराङ्मुखी जगद्धात्री यस्य त्वं विष्णुवल्लभे

Ô bien-aimée de Viṣṇu, pour celui de qui tu te détournes—toi, Jagaddhātrī, soutien du monde—toutes les vertus, telle la bonne conduite, deviennent aussitôt défectueuses et déclinent.

Verse 17

न ते वर्णयितुं शक्ता गुणान् जिह्वापि वेधसः प्रसीद देवि पद्माक्षि नास्मांस्त्याक्षीः कदाचन

Même la langue du Créateur (Brahmā) n’est pas capable de décrire tes qualités. Sois favorable, ô Déesse aux yeux de lotus ; ne nous abandonne jamais, à aucun moment.

Verse 18

पुष्कर उवाच एवं स्तुता ददौ श्रीश् च वरमिन्द्राय चेप्सितं सुस्थिरत्वं च राज्यस्य सङ्ग्रामविजयादिकं

Puṣkara dit : Ainsi loué, Śrīśa, le Seigneur de Śrī, accorda à Indra la grâce désirée : une stabilité ferme de son royaume, ainsi que la victoire au combat et autres faveurs semblables.

Verse 19

क्षयः स्वयमिति ख , ग , घ , झ च क्षयः शुभमिति छ देवदेवस्येति ट वक्षःस्थलाश्रये इति ख , ग , घ , ञ च स्वस्तोत्रपाठश्रवणकर्तॄणां भुक्तिमुक्तिदं श्रीस्तोत्रं सततं तस्मात् पठेच्च शृणुयान्नरः

Ainsi, l’homme doit sans cesse réciter et aussi écouter ce Śrī-stotra, qui accorde à ceux qui en font la récitation et l’audition la jouissance mondaine (bhukti) et la délivrance (mukti). (Les manuscrits présentent des leçons variantes telles que : « kṣayaḥ svayam… », « kṣayaḥ śubham… », « devadevasya… » et « vakṣaḥsthalāśraye… ».)

Frequently Asked Questions

It is prescribed for stabilizing rājya-lakṣmī (royal prosperity/legitimacy) and securing victory (jaya), presenting devotion to Śrī as a dharmic support for governance.

Ānvīkṣikī, Trayī, Vārtā, and Daṇḍanīti; this frames rational inquiry, revelation, economy, and statecraft as emanations of divine śakti, sacralizing political order and administrative competence.