
Chapter 230: शकुनानि (Śakunāni) — Omens
Ce chapitre, enseigné par Puṣkara, ordonne le śakuna (les présages) comme une science de prédiction appliquée au fait de demeurer immobile, de partir en voyage et de poser des questions, et l’étend à la prévision des issues pour les régions et les cités. Il distingue d’abord les signes « dīpta » (ardents/violents) et « śānta » (paisibles), affirmant que le dīpta incline vers des résultats fautifs ou défavorables, tandis que le śānta mène à l’auspice. Les présages sont ensuite interprétés selon six critères—temps, direction, lieu, karaṇa (facteur astronomique), son/cri et espèce—avec une hiérarchie où les premiers critères l’emportent. Le texte définit alors des manifestations dīpta anormales touchant la direction, la localité, la conduite, le son et même l’alimentation, puis dresse le catalogue des créatures de village, de forêt, nocturnes, diurnes et « des deux sphères » utiles à la lecture des signes. Viennent des règles pratiques pour la marche des armées (avant/arrière), le placement à droite ou à gauche, les rencontres au départ, et l’effet des cris entendus à l’intérieur ou au-delà des limites, y compris des schémas numériques d’appels. Un pronostic annuel particulier est donné : la première vision du sāraṅga, en tant que présage, peut annoncer le résultat d’une année entière, soulignant que le gouvernement repose sur une interprétation disciplinée plutôt que sur la superstition.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे माङ्गल्याध्यायो नाम एकोनत्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथ त्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः शकुनानि पुष्कर उवाच तिष्ठतो गमने प्रश्ने पुरुषस्य शुभाशुभं निवेदयन्ति शकुना देशस्य नगरस्य च
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre nommé « Māṅgalya » est le 229e. Commence maintenant le 230e chapitre : « Śakuna (Présages) ». Puṣkara dit : Les présages indiquent à l’homme l’issue favorable ou défavorable—qu’il demeure sur place, qu’il parte en voyage ou qu’il fasse une demande—et ils annoncent aussi le bon ou le mauvais pour une contrée et pour une cité.
Verse 2
सर्वः पापफलो दीप्तो निर्दिष्टो दैवचिन्तिकैः शान्तः शुभफलश् चैव दैवज्ञैः समुदाहृतः
Le phénomène flamboyant, déclarent les interprètes d’augures, donne entièrement des fruits de faute; mais le phénomène paisible, proclament les astrologues-devins, donne des fruits favorables et auspices.
Verse 3
षट्प्रकारा विनिर्दिष्टा शकुनानाञ्च दीप्तयः वेलादिग्देशकरणरुतजातिविभेदतः
Les manifestations des augures (śakuna) sont dites de six sortes, distinguées selon le temps, la direction, le lieu, le karaṇa (facteur astronomique), le son/le cri et l’espèce.
Verse 4
पूर्वा पूर्वा च विज्ञेया सा तेषां बलवत्तरा दिवाचरो रात्रिचरस् तथा रात्रौ दिवाचरः
Parmi elles, chaque élément antérieur doit être compris comme plus puissant que celui qui suit. Ainsi, ce qui se meut le jour devient nocturne, et de même, la nuit, (cela devient) diurne.
Verse 5
क्रूरेषु दीप्ता विज्ञेया ऋक्षलग्नग्रहादिषु धूमिता सा तु विज्ञेया याङ्गमिष्यति भास्करः
Dans les configurations néfastes (quant à la demeure lunaire, l’ascendant, les planètes et autres), si l’aspect du Soleil est flamboyant, il faut le comprendre comme « ardent ». Mais il faut le comprendre comme « enfumé » lorsque le Soleil est sur le point de passer à une autre position ou signe.
Verse 6
यस्यां स्थितः सा ज्वलिता मुक्ता चाङ्गारिणी मता एतास्तिस्रः स्मृता दीप्ताः पञ्च शान्तास् तथापराः
Le feu dans lequel il demeure est appelé « jvalitā » (flamboyant) ; et lorsqu’il est relâché, il est tenu pour « aṅgāriṇī » (braise). Ces trois états sont mémorisés comme des états « dīptāḥ » (lumineux) ; et, de même, il existe cinq autres états « śāntāḥ » (paisibles).
Verse 7
दीप्तायान्दिशि दिग्दीप्तं शकुनं परिकीर्तितं ग्रामो ऽरण्या वने ग्राम्यास् तथा निन्दितपादपः
On déclare que le présage d’oiseau est particulièrement significatif lorsque, dans un quartier embrasé, il apparaît comme « direction en flammes » (semblant luire ou brûler vers ce côté). De même, c’est une anomalie néfaste lorsqu’un village devient semblable à la friche, lorsque la forêt abrite des oiseaux de village, et lorsqu’il se trouve un arbre blâmé, de mauvais augure.
Verse 8
देशे चैवाशुभे ज्ञेयो देशदीप्तो द्विजोत्तमः क्रियादीप्तो विनिर्दिष्टः स्वजात्यनुचितक्रियः
Même dans une contrée néfaste, ô le meilleur des deux-fois-nés, il faut reconnaître l’homme « brillant par le lieu ». Et l’on est expressément dit « brillant par l’acte/le rite » lorsque ses actions et observances ne conviennent pas, c’est-à-dire ne se conforment pas, à son propre statut de varṇa (caste).
Verse 9
रुतदीप्तश् च कथितो भिन्नभैरवनिस्वनः जातिदीप्तस् तथा ज्ञेयः केवलं मांसभोजनः
On dit que « Rutadīpta » est celui dont la voix est singulière, semblable au rugissement de Bhairava. De même, « Jātidīpta » doit être compris comme celui qui ne subsiste que de la seule consommation de viande.
Verse 10
दीप्ताच्छान्तो विनिर्दिष्टः सर्वैर् भेदैः प्रयत्नतः मिश्रैर् मिश्रो विनिर्दिष्टस्तस्य वाच्यं फलाफलं
Le mode appelé « Dīptācchānta » est défini avec soin, selon toutes ses sous-espèces. Le mode « Miśra » (mixte) est pareillement défini par des variétés mêlées ; pour celui-ci, il convient d’énoncer son fruit favorable et défavorable, son mérite et son démérite.
Verse 11
गोश्वोष्ट्रगर्दभश्वानः सारिका गृहगोधिका चटका भासकूर्माद्याः कथिता ग्रामवासिनः
Vaches, chevaux, chameaux, ânes et chiens ; le mainate ; le lézard des maisons ; le moineau ; le corbeau ; et la tortue et d’autres encore — tels sont, dit-on, les êtres qui demeurent dans les villages (créatures domestiques ou villageoises).
Verse 12
अजाविशुकनागेन्द्राः कोलो महिषवायसौ ग्राम्यारण्या विनिर्दिष्टाः सर्वे ऽन्ये वनगोचराः
Les chèvres, les moutons, les perroquets et le Seigneur des serpents (Nāgendra), ainsi que le sanglier, le buffle et le corbeau, sont expressément indiqués comme relevant des catégories domestique et forestière ; tous les autres sont rangés parmi les êtres errant dans la forêt (sauvages).
Verse 13
मार्जारकुक्कुटौ ग्राम्यौ तौ चैव वनगोचरौ तयोर्भवति विज्ञानं नित्यं वै रूपभेदतः
Le chat et le coq sont, le plus souvent, domestiques ; et pourtant ces mêmes espèces se rencontrent aussi errant dans la forêt. Néanmoins, la connaissance qui les distingue naît toujours de la différence de leurs formes (caractères observables).
Verse 14
गोकर्णशिखिचक्राह्वखरहारीतवायसाः कुलाहकुक्कुभश्येनफेरुखञ्जनवानराः
Gokarṇa, le paon, le cakrāhva (oie rousse), l’âne, le perroquet vert et le corbeau ; de même l’oiseau kulāha, le coq, le faucon, le hibou, la bergeronnette et le singe — tels sont, parmi les êtres, ceux que l’on prend en compte dans la lecture des présages.
Verse 15
शतघ्नचटकश्यामचासश्येनकलिञ्जलाः तित्तिरः शतपत्रञ्च कपोतश् च तथा त्रयः
Sont mentionnés : Śataghnā, Caṭaka, Śyāma, Cāsa, Śyena et Kaliñjala ; ainsi que Tittira, Śatapatra et, de même, trois sortes de Kapota (pigeons/tourterelles).
Verse 16
खञ्जरीटकदात्यूहशुकराजीवकुक्कुटाः भारद्वाजश् च सारङ्ग इति ज्ञेया दिवाचराः
La bergeronnette (khañjarīṭa), l’oiseau d’eau (dātyūha), le perroquet (śuka), le faisan (jīvaka), le coq (kukkuṭa), l’oiseau bharadvāja et le sāraṅga — doivent être compris comme des oiseaux actifs et errants durant le jour.
Verse 17
वागुर्युलूकशरभक्रौञ्चाः शशककच्छपाः लोमासिकाः पिङ्गलिकाः कथिता रात्रिगोचराः
Vāgurī, les hiboux (ulūka), les śarabha, les oiseaux krauñcha, les lièvres et les tortues—ainsi que les êtres nommés Lomāsikā et Piṅgalikā—sont dits errer durant la nuit.
Verse 18
सर्वे ऽन्ये च वनेचरा इति झ हंषाश् च मृगमार्जारनकुलर्क्षभुजङ्गमाः वृकारिसिंहव्याघ्रोष्ट्रग्रामशूकरमानुषाः
Tous les autres encore sont décrits comme habitants de la forêt; et l’on y compte les oiseaux haṃsa, les cerfs, les chats, les mangoustes (nakula), les ours, les serpents, les loups, les bêtes prédatrices ennemies, les lions, les tigres, les chameaux, les animaux du village, les porcs et les êtres humains.
Verse 19
श्वाविद्वृषभगोमायुवृककोकिलसारसाः तुरङ्गकौपीननरा गोधा ह्य् उभयचारिणः
Porcs-épics, taureaux, gomāyu (chacals), loups, oiseaux kokila (coucous) et sārasa (grues); chevaux, hommes portant le kaupīna (pagne), et iguanes (godhā) — ceux-là, en vérité, sont dits “ubhayacārin”, se mouvant dans deux domaines.
Verse 20
बलप्रस्थानयोः सर्वे पुरस्तात्सङ्घचारिणः जयावहा विनिर्दिष्टाः पश्चान्निधनकारिणः
Dans la marche et l’avancée d’une armée, tous ceux qui se meuvent en formation ordonnée à l’avant sont déclarés porteurs de victoire; ceux qui restent en arrière sont dits causer la ruine ou une perte mortelle.
Verse 21
गृहाद्गम्य यदा चासो व्याहरेत् पुरुतः स्थितः नृपावमानं वदति वामः कलहभोजने
Lorsqu’après être sorti de la maison, quelqu’un (se tenant devant) prend la parole et, dans cette parole, profère du mépris envers le roi, c’est un présage néfaste du côté gauche, annonçant querelle et discorde, liées au repas ou à la nourriture.
Verse 22
याने तद्दर्शनं शस्तं सव्यमङ्गस्य वाप्यथ चौरैर् मोषमथाख्याति मयूरो भिन्ननिस्वनः
Au moment de partir en véhicule ou en voyage, la vision de ce présage est louée comme favorable pour celui dont le côté gauche est propice ; mais un paon poussant un cri brisé et dissonant annonce un vol commis par des brigands.
Verse 23
प्रयातस्याग्रतो राम मृगः प्राणहरो भवेत् ऋक्षाखुजम्बुकव्याघ्रसिंहमार्जारगर्दभाः
Ô Rāma, si, au moment de partir, un animal apparaît devant soi comme pour barrer la route, cela devient un présage pouvant ôter la vie ; parmi ces êtres de mauvais augure figurent l’ours, la souris, le chacal, le tigre, le lion, le chat et l’âne.
Verse 24
प्रतिलोमास् तथा राम खरश् च विकृत्रस्वनः वामः कपिञ्जलः श्रेष्ठस् तथा दक्षिणसंस्थितः
De même, ô Rāma, le présage nommé Pratiloma, ainsi que Khara dont le cri est rude et altéré, doivent être tenus pour des signes du côté gauche. En revanche, Kapiñjala est le meilleur présage lorsqu’il se tient du côté droit.
Verse 25
पृष्ठतो निन्दितफलस्तित्तिरिस्तु न शस्यते एणा वराहाः पृषता वामा भूत्वा तु दक्षिणाः
Si le cri ou le signe de la perdrix (tittiri) est entendu de derrière, il donne un résultat blâmé et inauspicieux ; il n’est donc pas recommandé. En revanche, le cerf (eṇa), le sanglier (varāha) et l’antilope tachetée (pṛṣata) apparaissant à gauche doivent être tenus pour des indicateurs de droite, donc favorables.
Verse 26
भवन्त्यर्थकरा नित्यं विपरीता विगर्हिताः वृषाश्वजम्बुकव्याघ्राः सिंहमार्जारगर्दभाः
Ces signes sont toujours porteurs de profit ; mais, lorsqu’ils apparaissent à l’inverse, ils sont blâmés comme inauspicieux : le taureau, le cheval, le chacal, le tigre, le lion, le chat et l’âne.
Verse 27
वाञ्छितार्थकरा ज्ञेया दक्षिणाद्वामतो गताः शिवा श्यामाननाच्छूच्छूः पिङ्गला गृहगोधिका
Il faut savoir que, lorsqu’elles se déplacent de la droite vers la gauche, elles sont réputées accomplir le but désiré : l’auspicieuse (śivā), celle au visage sombre, le cri « chūcchū », la fauve (piṅgalā) et le lézard de la maison (gṛha-godhikā).
Verse 28
शूकरी परपुष्टा च पुन्नामानश् च वामतः प्रतिलोमास्तथेत्यादिः, सिंहमार्जारगर्दभा इत्य् अन्तः पाठः ज भ पुस्तकद्वये नास्ति स्त्रीसञ्ज्ञा भासकारूषकपिश्रीकर्णश्छित्कराः
«Śūkarī, Parapuṣṭā et Punnāmāna; et celles du côté gauche sont dites “pratiloma” (inversées/contraires), et ainsi de suite.» La leçon interne «siṃha–mārjāra–gardabhā» ne se trouve pas dans les deux manuscrits marqués Ja et Bha. Ce sont des appellations féminines : Bhāsakā, Ārūṣakā, Piśrīkarṇā et Chitkarā.
Verse 29
कपिश्रीकर्णपिप्यीका रुरुश्येनाश् च दक्षिणाः जातीक्षाहिशशक्रोडगोधानां कीर्तनं शुभं
La vue ou la mention du singe, du śrīkarṇa (petite créature proche du lézard), de la fourmi, du cerf ruru et du faucon—lorsqu’elles se produisent à droite—est de bon augure ; de même, l’énonciation (kīrtana) du jasmin, de l’ichneumon (mangouste), du serpent, du lièvre, du sanglier et de l’iguane est de bon augure.
Verse 30
ततः सन्दर्शनं नेष्टं प्रतीपं वानरर्क्षयोः कार्यकृद्बली शकुनः प्रस्थितस्य हि यो ऽन्वहं
Ensuite, on ne souhaite pas une rencontre défavorable—telle que croiser des singes et des ours venant en face, en opposition. Mais pour celui qui s’est mis en route pour une entreprise, l’oiseau-augure, puissant et efficace, qui suit jour après jour, est tenu pour un pourvoyeur de réussite dans l’action.
Verse 31
भवेत्तस्य फलं वाच्यं तदेव दिवसं बुधैः मता भक्ष्यार्थिनो बाला वैरसक्तास्तथैव च
Les sages déclarent que le résultat (l’augure) de cela doit être énoncé pour ce jour même. De telles personnes sont tenues pour des enfants en quête de nourriture, et de même pour ceux qui s’attachent à l’inimitié.
Verse 32
सीमान्तमभ्यन्तरिता विज्ञेया निष्फला द्विज एकद्वित्रिचतुर्भिस्तु शिवा धन्या रुतैर् भवेत्
Ô deux-fois-né, le cri de l’oiseau entendu depuis l’intérieur de la limite de la maison ou de l’enclos doit être tenu pour « sans fruit » (sans effet). Mais s’il est entendu une, deux, trois ou quatre fois, par ces appels il devient de bon augure et dispensateur de fortune.
Verse 33
पञ्चभिश् च तथा षड्भिरधन्या परिकीर्तिता सप्तभिश् च तथा धन्या निष्फला परतो भवेत्
Un pāda (unité métrique) de cinq syllabes, et de même de six, est déclaré « non prospère » (de mauvais augure) ; mais celui de sept syllabes est déclaré « prospère » (de bon augure). Au-delà, il devient « sans fruit » (sans effet).
Verse 34
नृणां रोमाञ्चजननी वाहनानां भयप्रदा ज्वालानला सूर्यमुखी विज्ञेया भयवर्धनी
Elle est connue comme la cause du frisson (chair de poule) chez les hommes et comme celle qui donne la peur aux montures et aux véhicules ; en tant que Jvālānalā — flamme et feu — et en tant que Sūryamukhī, « au visage solaire », il faut la comprendre comme celle qui accroît la crainte.
Verse 35
प्रथमं सारङ्गे दृष्टे शुभे देशे शुभं वदेत् संवत्सरं मनुष्यस्य अशुभे च शुभं तथा
Lorsque, dès la toute première vision, un sāraṅga (oiseau pris pour présage) est vu en un lieu favorable, on doit annoncer du bien pour l’homme pendant une année entière ; et de même, même en un lieu défavorable, on doit encore le déclarer de bon augure (pour ce présage précis).
Verse 36
तथाविधन्नरः पश्येत्सारङ्गं प्रथमे ऽहनि आत्मनश् च तथात्वेन ज्ञातव्यं वत्सरं फलं
L’homme qui agit selon cette règle, s’il voit un sāraṅga (cerf tacheté) le premier jour, doit comprendre — par ce signe même — le résultat qui lui échoira pour toute l’année.
A structured omen-taxonomy: (1) dīpta vs śānta outcome logic, (2) a sixfold classification by time, direction, place, karaṇa, sound, and species with a stated hierarchy of interpretive strength, and (3) operational rules for journeys and military movement based on right/left positioning and encounter patterns.
By disciplining decision-making under dharma: interpreting signs is framed as restraint, attentiveness, and right action (not panic), supporting social order (Rājadharma) while cultivating personal vigilance and ethical conduct aligned with puruṣārthas.