
Chapter 306 — त्रैलोक्यमोहनमन्त्राः (Mantras for Enchanting the Three Worlds)
Agni présente le mantra Trailokya-mohana (qui envoûte les trois mondes), réputé conférer la réussite dans les quatre puruṣārtha. Le chapitre décrit ensuite un déroulement rituel tantrique structuré : culte préliminaire, quota fixe de japa, abhiṣeka et homa avec substances et nombres prescrits, puis repas offerts aux brāhmaṇa et hommage à l’ācārya. Le pratiquant poursuit par la purification du corps et la « technologie » rituelle intérieure : padmāsana, assèchement et discipline du corps, nyāsa protecteur des directions (Sudarśana), méditations sur les bīja chassant l’impureté, visualisation du nectar dans la suṣumnā, prāṇāyāma et śakti-nyāsa sur tout le corps. L’installation divine culmine avec la contemplation de Viṣṇu (avec des motifs de Kāma/Smara), de Lakṣmī, de Garuḍa, et le culte des armes au moyen d’astra-mantra distincts. La conclusion donne le mantra principal « oṃ śrīṃ krīṃ hrīṃ hūṃ… », les règles de tarpana, des objectifs plus élevés de japa/homa pour la longévité, et une formule additionnelle de Varāha visant souveraineté et longue vie, montrant le mantra-śāstra comme purification intérieure et rite orienté vers des effets.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे नारसिंहादिमन्त्रा नाम पञ्चाधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ षष्ठाधिकत्रिशततमो ऽध्यायः त्रैलोक्यमोहनमन्त्राः अग्निर् उवाच वक्ष्ये मन्त्रं चतुर्वर्गसिद्ध्यै त्रैलिक्यमोहनम् ः ॐ पुरुषोत्तम त्रिभुवनमदोन्मादकर हूं फट् हृदयाय नमः कर्षय महाबल हूं फट् अस्त्राय त्रिभुवनेश्वर सर्वजनमनांसि हन दारय मम वशमानय हूं फट् नेत्राय त्रैलोक्यमोहन हृषीकेशाप्रतिरूप सर्वस्त्रीहृदयाकर्षण आगच्छ नमः सङ्गाक्षिण्यायकेन न्यासं मूलवदीरितं
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le chapitre trois-cent-cinq, intitulé « Mantras de Narasiṃha et autres ». Commence maintenant le chapitre trois-cent-six : « Mantras pour enchanter les trois mondes ». Agni dit : « Je vais proclamer le mantra Trailokya-mohana, qui procure l’accomplissement des quatre buts humains (dharma, artha, kāma, mokṣa) : “Oṃ, ô Puruṣottama, toi qui enivres et rends délirants les trois mondes—hūṃ phaṭ—hommage au Cœur. Attire (les êtres), ô Très-Puissant—hūṃ phaṭ—(ceci) pour l’Arme (astrā). Ô Seigneur des trois mondes, frappe les esprits de tous; fends (leur résolution); amène-les sous mon pouvoir—hūṃ phaṭ—hommage à l’Œil. Ô Enchanteur des trois mondes, ô forme correspondante de Hṛṣīkeśa, attire le cœur de toutes les femmes; viens—hommage.” Avec « Saṅgākṣiṇī » et les autres, on doit accomplir le nyāsa comme il est énoncé pour le mantra racine.
Verse 2
इष्ट्वा सञ्जप्य पञ्चाशत्सहस्रमभिषिच्य च कुण्डेग्नौ देविके वह्नौ कृत्वा शतं हुनेत्
Après avoir accompli le culte, puis achevé le japa prescrit de cinquante mille récitations, et effectué aussi l’abhiṣeka, on doit établir le feu sacré dans la fosse rituelle (kuṇḍa)—ô Déesse, dans ce feu—puis offrir cent oblations (āhuti).
Verse 3
पृथग्दधि घृतं क्षीरं चरुं साज्यं पयः शृतं द्वादशाहुतिमूलेन सहस्रञ्चाक्षतांस्तिलान्
Qu’on offre séparément : le caillé (dadhi), le ghee, le lait, le caru (oblations de riz) et le lait cuit mêlé de ghee; puis, en prenant pour unité l’ensemble fondamental de douze oblations, qu’on offre mille (oblations) de riz entier (akṣata) et de graines de sésame.
Verse 4
यवं मधुत्रयं पुष्पं फलं दधि समिच्छतं हुत्वा पूर्णाहुतिं शिष्टं प्राशयेत्सघृतं चरुं
Après avoir offert l’orge, les trois sortes de miel, des fleurs, des fruits et du caillé (dadhi), avec les baguettes de bois de feu appropriées, et après avoir accompli l’oblation finale (pūrṇāhuti), on doit consommer le reste (śiṣṭa), à savoir le caru, nourriture d’offrande cuite, mêlée de ghee.
Verse 5
सम्भोज्य विप्रानाचार्यं तोषयेत्सिध्यते मनुः स्नात्वा यथावदाचम्य वाग्यतो यागमन्दिरं
Après avoir nourri les brāhmaṇa et satisfait le maître officiant (ācārya), l’agent du rite obtient l’accomplissement; puis, s’étant baigné, ayant fait correctement l’ācamana et maîtrisé la parole, il doit entrer dans la salle sacrificielle (yāga-mandira).
Verse 6
गत्वा पद्मासनं बद्ध्वा शोषयेद्विधिना वपुः रक्षोघ्नविघ्नकृद्दिक्षु न्यसेदादौ सुदर्शनम्
S’étant assis en padmāsana, on doit, selon la méthode prescrite, assécher/discipliner le corps; puis, pour détruire les rākṣasa et écarter les obstacles, on accomplira d’abord le nyāsa, en plaçant Sudarśana dans les directions.
Verse 7
पञ्चबीजं नाभिमध्यस्थं धूम्रं चण्डानिलात्मकम् अशेषं कल्मषं देहात् विश्लेषयदनुस्मरेत्
On doit méditer le « pañcabīja », établi au milieu du nombril, de teinte fumée et de nature de vent farouche, en le remémorant comme ce qui sépare et ôte du corps toute souillure.
Verse 8
रंवीजं हृदयाब्जस्थं स्मृत्वा ज्वालाभिरादहेत् उर्ध्वाधस्तिर्यगाभिस्तु मूर्ध्नि संप्लावयेद्वपुः
Ayant médité la syllabe-semence « raṁ » demeurant dans le lotus du cœur, on doit brûler (les impuretés) par des flammes; et par ces flammes—montant, descendant et se répandant de côté—on doit inonder et pénétrer le corps jusqu’au sommet de la tête.
Verse 9
ध्यात्वामृतैर् वहिश्चान्तःसुषुम्नामार्गगामिभिः एवं शुद्धवपुः प्राणानायम्य मनुना त्रिधा
Après avoir médité sur les courants d’amṛta, allant au-dehors et au-dedans le long de la voie de la Suṣumnā, et ayant ainsi purifié le corps, on doit maîtriser les souffles vitaux (prāṇa), en accomplissant la pratique trois fois avec un mantra.
Verse 10
विन्यसेन्न्यस्तहस्तान्तः शक्तिं मस्तकवक्त्रयोः गुह्ये गले दिक्षु हृदि कक्षौ देहे च सर्वतः
Après avoir accompli le nyāsa par l’imposition des mains, on doit installer la Śakti sur la tête et le visage, sur la partie secrète, sur la gorge, dans les directions, dans le cœur, aux aisselles, et sur tout le corps en totalité.
Verse 11
आवाह्य ब्रह्मरन्ध्रेण हृत्पद्मे सूर्यमण्डलात् तारेण सम्परात्मानं स्मरेत्तं सर्वलक्षणं
Après avoir invoqué le Soi suprême, par le brahmarandhra, dans le lotus du cœur depuis l’orbe solaire, on doit méditer—au moyen de la mystique Tāra—sur cette Âme suprême, pourvue de tous les signes de bon augure.
Verse 12
त्रैलोक्यमोहनाय विद्महे स्मराय धीमहि तन्नो विष्णुः प्रचोदयात् आत्मार्चनात् क्रतुद्रव्यं प्रोक्षयेच्छुद्धपात्रकं कृत्वात्मपूजां विधिना स्थण्डिले तं समर्चयेत्
«Nous le connaissons comme l’Enchanteur des trois mondes; nous méditons sur Smara (Kāma). Que Viṣṇu nous inspire et nous guide.» Après l’auto-adoration, on doit asperger d’eau, au moyen d’un récipient pur, les matières du rite (kratu-dravya) afin de les purifier; puis, ayant accompli selon la règle le culte de soi, on doit ensuite l’adorer correctement sur le sthaṇḍila (aire rituelle préparée).
Verse 13
कर्मादिकल्पिते पीठे पद्मस्थं गरुडोपरि मर्वाङ्गसुन्दरं प्राप्तवयोलावण्ययौवनं
Sur un siège (pīṭha) disposé rituellement selon les prescriptions, on doit visualiser (la divinité) assise sur un lotus, au-dessus de Garuḍa—belle en chacun de ses membres, possédant l’éclat de l’âge accompli, le charme et la vigueur de la jeunesse.
Verse 14
मदाघूर्णितताम्राक्षमुदारं स्मरविह्वलिं दिव्यमाल्याम्वरलेपभूषितं सस्मिताननं
Aux yeux rougeâtres roulant sous l’ivresse, d’allure noble, tourmenté par l’Amour (Kāma), paré d’une guirlande divine et embelli d’onguents exquis, le visage doucement souriant.
Verse 15
विष्णुं नानाविधानेकपरिवारपरिच्छदम् लोकानुग्रहणं सौम्यं सहस्रादित्यतेजसं
Médite sur Viṣṇu—paré de maintes sortes de cortèges et d’assistants, accordant avec bienveillance sa faveur aux mondes, d’aspect doux et serein, rayonnant de l’éclat de mille soleils.
Verse 16
पञ्चवाणधरं प्राप्तकामैक्षं द्विचतुर्भुजम् देवस्त्रीभिर्वृतं देवीमुखासक्तेक्षणं जपेत्
Qu’on accomplisse le japa en méditant sur la divinité porteuse des cinq flèches, dont le regard exauce les désirs, figurée avec deux ou quatre bras, entourée de femmes célestes, les yeux attachés au visage de la Déesse.
Verse 17
चक्रं शङ्खं धनुः खड्गं गदांमुषलमङ्कुशं पाशञ्च विभ्रतं चार्चेदावाहादिविसर्गतः
Qu’on adore (la divinité) qui porte le disque, la conque, l’arc, l’épée, la massue, le pilon, l’aiguillon et le lacet—en accomplissant le culte depuis le rite d’invocation (āvāhana) jusqu’au congé (visarjana).
Verse 18
श्रियं वामोरुजङ्घास्थां श्लिष्यन्तीं पाणिना पतिं साब्जचामरकरां पीनां श्रीवत्सकौस्तुभान्वितां
Qu’on médite sur Śrī (Lakṣmī) assise sur la cuisse et la jambe gauches de son Seigneur, l’enlaçant de la main; tenant un lotus et un cāmara (éventail en queue de yak), au sein opulent; tandis que Lui est orné de la marque Śrīvatsa et du joyau Kaustubha.
Verse 19
मालिनं पीतवस्त्रञ्च चक्राद्याढ्यं हरिं यजेत् वाहा खड्गतीक्ष्ण छिन्द खड्गाय नमः शारङ्गाय सशराय हूं फट् भूतग्रामाय विद्महे चतुर्विधाय धीमहि तन्नो ब्रह्म प्रचोदयात् सम्बर्तक श्वसन पोथय हूं फट् स्वाहा पाश बन्ध आकर्षय हूं फट् अङ्कुशेन कट्ट हूं फट् क्रमाद्भुजेषु मन्त्रैः स्वैर् एभिरस्त्राणि पूजयेत्
On doit adorer Hari (Viṣṇu), paré d’une guirlande, vêtu de jaune, muni du disque et des autres armes. En récitant les mantras des armes : « Vāhā ! Ô épée tranchante—tranche ! Salut à l’épée. À Śārṅga (l’arc) avec la flèche—hūṃ phaṭ. Nous connaissons la multitude des êtres ; nous méditons le quadruple ordre ; que ce Brahman nous inspire. Ô vent Sambartaka—frappe et broie ! hūṃ phaṭ svāhā. Ô lasso—lie ; attire (vers soi)—hūṃ phaṭ. Avec l’aiguillon (aṅkuśa)—frappe—hūṃ phaṭ. » Ainsi, selon l’ordre prescrit, par ces mantras respectifs, on doit honorer les astras (armes divines) sur les bras de la divinité.
Verse 20
ॐ पक्षिराजाय ह्रूं फट् तार्क्ष्यं यजेत् कर्णिकायामङ्गदेवान् यथाविधि शाक्तिरिन्द्रादियन्त्रेषु तार्क्ष्याद्या धृतचामराः
Avec le mantra « Oṃ, au Roi des Oiseaux—hrūṃ phaṭ », on doit adorer Tārkṣya (Garuḍa) dans le péricarpe/centre (karnikā) du yantra, puis les divinités des membres (aṅga-devatā) selon la règle. Dans les yantras d’Indra et des autres dieux, la Śakti (Puissance divine) et le groupe commençant par Tārkṣya doivent être figurés tenant des cāmaras (éventails rituels).
Verse 21
शक्तयो ऽन्ते प्रयोज्यादौ सुरेशाद्याश् च दण्डिना पीते लक्ष्मीसरस्वत्यौ रतिप्रीतिजयाः सिताः
Les Śakti doivent être placées à la fin (du rite) ; et, au commencement, elles doivent être invoquées avec Indra et les autres dieux, ainsi qu’avec le Porteur du bâton (Daṇḍin). Lakṣmī et Sarasvatī sont à visualiser en jaune ; Rati, Prīti et Jayā en blanc.
Verse 22
कीर्तिकान्त्यौ सिते श्यामे तुष्टिपुष्ट्यौ स्मरोदिते लोकेशान्तं यजेद्देवं विष्णुमिष्टार्थसिद्धये
On doit adorer le Seigneur Viṣṇu—accompagné de Kīrti et Kānti comme épouses, la claire et la sombre ; de Tuṣṭi et Puṣṭi ; et de Smara et Uditi—lui qui apaise le Seigneur des mondes, afin d’obtenir l’accomplissement des buts désirés.
Verse 23
ध्यायेन्मन्त्रं जपित्वैनं जुहुयात्त्वभिशेचयेत् ॐ श्रीं क्रीं ह्रीं हूं त्रैलोक्यमोहनाय विष्णवे नमः एतत्पूजादिना सर्वान् कामानाप्नोति पूर्ववत्
On doit méditer ce mantra ; après l’avoir récité en japa, on offrira des oblations au feu (homa), puis on accomplira l’ablution rituelle (abhiṣeka). « Oṃ śrīṃ krīṃ hrīṃ hūṃ—hommage à Viṣṇu, l’Enchanteur des trois mondes. » Par le culte commençant par ce (mantra), on obtient tous les buts désirés, comme il a été dit précédemment.
Verse 24
तोयैः सम्मोहनी पुष्पैर् नित्यन्तेन च तर्पयेत् ब्रह्मा सशक्रश्रीदण्डी वीजं त्रैलोक्यमोहनम्
On doit accomplir le tarpaṇa (libation) avec de l’eau, avec des fleurs dites « sammohanī », et avec la substance appelée nityanta. En invoquant Brahmā avec Śakra (Indra), Śrī et Daṇḍī, on emploie le bīja-mantra qui ensorcelle les trois mondes.
Verse 25
जप्त्वा त्रिलक्षं हुत्वा च लक्षं बिल्वैश् च साज्यकैः तण्डुलैः फलगन्धाद्यैः दूर्वाभिस्त्वायुराप्नुयात्
Après avoir accompli trois lakhs (300 000) de japa et offert un lakh (100 000) de homa avec des feuilles de bilva mêlées de ghee—ainsi qu’avec des grains de riz, des fruits, des substances odorantes et autres, et avec l’herbe dūrvā—on obtient la longévité.
Verse 26
तयाभिषेकहोमादिक्रियातुष्टो ह्य् अभीष्टदः फलपुष्पाद्यैर् इति ट ॐ नमो भगवते वराहाय भूर्भुवः स्वःपतये भूपतिद्वं मे देहि हृदयाय स्वाह पञ्चाङ्गं नित्यमयुतं जप्त्वायूराज्यमाप्नुयात्
Satisfait par ces rites—tels que l’abhiṣeka (bain de consécration), le homa (offrande au feu) et autres—le Seigneur devient dispensateur des grâces désirées, lorsqu’on l’adore avec fruits, fleurs et ainsi de suite. « Om, hommage au Bienheureux Seigneur Varāha, Maître de Bhūr, Bhuvaḥ et Svaḥ ; accorde-moi la royauté (la seigneurie sur la terre) ; (cette oblation est) pour le cœur—svāhā. » En récitant chaque jour dix mille fois cette formule à cinq membres (pañcāṅga), on obtient longue vie et souveraineté.
It specifies operational ritual metrics—japa totals (e.g., 50,000; later 300,000), homa counts (e.g., 100; later 100,000), substance-lists for oblations (curd, ghee, milk, caru, sesame, akṣata, bilva, dūrvā), and stepwise internal rites (Sudarśana dik-nyāsa, bīja-dhyāna, suṣumnā nectar-visualization, prāṇāyāma, and śakti-nyāsa).
It frames tantric technique as disciplined purification (śodhana of body, breath, and mind) culminating in deity-centered contemplation of Viṣṇu; worldly aims (attraction, influence, longevity, sovereignty) are subordinated to dharma and integrated into a puruṣārtha model that includes mokṣa.
Viṣṇu is central, visualized with Lakṣmī (Śrī), Garuḍa (Tārkṣya), multiple śaktis and attendant deities (including Indra and Daṇḍin), and weapon-forms (astras) worshipped with distinct mantras.
The chapter presents a principal formula: “oṃ śrīṃ krīṃ hrīṃ hūṃ—trैलोक्यमोहनाय विष्णवे नमः,” used with dhyāna, japa, homa, and abhiṣeka to obtain desired aims.