
Pañcāṅga-Rudra-vidhāna (The Fivefold Rudra Rite)
Après le sujet médical précédent sur le traitement des morsures et des piqûres, le Seigneur Agni expose le «Pañcāṅga-Rudra-vidhāna», rite quintuple de Rudra réputé dispenser des fruits universels, mais explicitement orienté vers la protection contre le poison et la maladie. Le chapitre définit les «cinq membres» de Rudra au sens technico-rituel : hṛdaya (hymne/cœur), śiva-saṅkalpa, śiva-mantra, sūkta et pauruṣa, et fonde la pratique sur le nyāsa et un japa successif. Il poursuit par une cartographie savante des éléments du mantra : identification du ṛṣi, des chandas (Triṣṭubh, Anuṣṭubh, Gāyatrī, Jagatī, Paṅkti, Vṛhatī) et des attributions de devatā, incluant le choix de devatā selon le genre (liṅga) et des typologies de Rudra par anuvāka (Eka-Rudra, Rudra/Rudras). La conclusion présente des usages thérapeutiques explicites : le trailokya-mohana comme suppression de l’ennemi/du poison/de la maladie, puis des mantras de Viṣṇu–Narasiṃha de 12 et 8 syllabes proclamés destructeurs de visha-vyādhi. D’autres mantras nommés (Kubjikā, Tripurā, Gaurī, Candrikā, Viṣahāriṇī) ainsi qu’un «Prasāda-mantra» sont donnés pour accroître longévité et santé, prolongeant la dimension ayurvédique par une prophylaxie fondée sur les mantras.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे दष्टचिकित्सा नाम चतुर्णवत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथ पञ्चनवत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः पञ्चाङ्गरुद्रविधानं अग्निर् उवाच वक्ष्ये रुद्रविधानन्तु पञ्चाङ्गं सर्वदं परं हृदयं शिवसङ्कल्पः शिवः सूक्तन्तु पौरुषम्
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, s’achève le deux-cent-quatre-vingt-quatorzième chapitre intitulé « Traitement des morsures/piqûres ». Commence maintenant le deux-cent-quatre-vingt-quinzième chapitre : « Le rite de Rudra Pañcāṅga (quintuple) ». Agni dit : « J’enseignerai le Rudra-vidhāna, la pratique suprême en cinq parties qui accorde tous les fruits : le Hṛdaya, le Śiva-saṅkalpa, le Śiva (mantra), le Sūkta et le Pauruṣa. »
Verse 2
शिखाभ्यः सम्भृतं सूक्तमाशुः कवचमेव च शतरुद्रियमस्त्रञ्च रुद्रस्याङ्गानि पञ्च हि
Des śikhā (chignons du sommet) est rassemblé l’hymne nommé Āśu ; de même (il y a) le Kavaca, et le Śatarudrīya comme Astra — tels sont, en vérité, les cinq membres (aṅga) de Rudra.
Verse 3
पञ्चाङ्गान्न्यस्य तं ध्यात्वा जपेद्रुद्रांस्तः क्रमात् यज्जाग्रत इति सूक्तं यदृचं मानसं विदुः
Après avoir accompli le nyāsa aux cinq membres et médité sur Lui, on doit ensuite réciter, dans l’ordre, les mantras de Rudra. L’hymne commençant par « yaj jāgrata … » et cette ṛc sont tenus pour une récitation mentale (mānasa-japa).
Verse 4
ऋषिः स्याच्छिवमङ्कल्पश्छन्दस्त्रिष्टुवुदाहृतं शिवः सहस्रशीर्षेति तस्य नारायणो ऽप्यृषिः
On dit que le ṛṣi (voyant) est Śivamaṅkalpa ; le mètre est déclaré Triṣṭubh. La divinité est Śiva, loué comme « Celui aux mille têtes » ; et, pour cet hymne, Nārāyaṇa est aussi reconnu comme ṛṣi.
Verse 5
देवता पुरुषो ऽनुष्टुप्छन्दो ज्ञेयञ्च त्रैष्टुभम् अभ्यश्रसम्भृतं सूक्तमृषिरुत्तरगोनरः
La divinité (présidente) doit être connue comme Puruṣa ; le mètre est Anuṣṭubh, et il faut aussi le comprendre comme (relevant de) Triṣṭubh. Le ṛṣi de l’hymne nommé Abhyaśra-sambhṛta est Uttarago-nara.
Verse 6
आद्यानान्तिमृणां त्रिष्टुप्छन्दो ऽनुष्ठुव्द्वयोरपि उत्तरगोनस इति ज , ट च छन्दस्त्रिष्टुभमन्त्यायाः पुरुषो ऽस्यापि देषता
Pour le (groupe de syllabes/gaṇa) commençant par ā et se terminant en mṛ, le mètre est Triṣṭubh ; pour les deux (schémas) en Anuṣṭubh aussi, on dit que c’est l’« uttara-gaṇa ». Les gaṇa sont désignés par les lettres ja et ṭa ; le mètre du dernier (cas) est Triṣṭubh, et sa divinité présidente est également Puruṣa.
Verse 7
आशुरिन्त्रो द्वादशानां छन्दस्त्रिष्टुवुदाहृतं ऋषिः प्रोक्तः प्रतिरथः सूक्ते सप्तदशार्चके
Pour les douze vers, la divinité est dite être Indra ; le mètre est déclaré Triṣṭubh ; et le ṛṣi (voyant) est nommé Pratiratha—cela se trouve dans l’hymne composé de dix-sept vers.
Verse 8
पृथक् पृथक् देवताः स्युः पुरुविदङ्गदेवता अवशिष्टदैवतेषु छन्दो ऽनुष्टुवुदाहृतं
Les divinités (présidant aux différentes parties) doivent être assignées séparément, l’une après l’autre. Dans la section « Puruvid-aṅga », la divinité est précisée ; et pour les attributions restantes, le mètre déclaré est Anuṣṭubh.
Verse 9
असौ यमो भवित्रीन्द्रः पुरुलिङ्गोक्तदेवताः पङ्क्तिच्छन्दो ऽथ मर्माणि त्वपलिङ्गोक्तदेवताः
Pour le mantra commençant par « asau », la divinité présidante est Yama ; pour « bhavitrī », c’est Indra. Là où la divinité est énoncée au masculin (puru-liṅga), le mètre est Paṅkti. Ensuite, pour les points vitaux (marmāṇi) et la peau (tvac), les divinités présidantes sont celles énoncées au neutre (napuṃsaka-liṅga).
Verse 10
रौद्राध्याये च सर्वस्मिन्नार्षं स्यात् परमेष्वपि प्रजापतिर्वा देवानां कुत्सस्य तिसृणाम् पुनः
Et dans tout le chapitre Raudra, (le mantra/l’enseignement) doit être tenu pour « Ārṣa » (révélé par un ṛṣi), même lorsqu’il s’agit de la divinité suprême. Le ṛṣi est Prajāpati ; et, pour les dieux, de nouveau, le ṛṣi est Kutsa—dans le cas des trois formules/vers.
Verse 11
मनोद्वयोरुमैका स्याद्रुद्रो रुद्राश् च देवताः आद्योनुवाको ऽथ पूर्व एकरुद्राख्यदैवतः
Pour le groupe de mantras appelé « les deux Manas », Umā seule doit être prise comme divinité présidante ; (pour la partie suivante) Rudra et les Rudras sont les divinités. Le premier Anuvāka, toutefois, a pour divinité présidante celui qu’on nomme « Eka-Rudra » (le Rudra unique).
Verse 12
छन्दो गायत्र्यमाद्याया अनुष्टुप् तिसृणामृचाम् तिसृणाञ्च तथा पङ्क्तिरनुष्टुवथ संस्मृतम्
Le mètre (chandas) du premier ensemble est le Gāyatrī ; pour trois vers ṛc, c’est l’Anuṣṭubh. Pour trois autres, de même, c’est le Paṅkti ; puis à nouveau l’Anuṣṭubh—ainsi s’en souvient la tradition.
Verse 13
द्वयोश् च जगतीछन्दो रुद्राणामप्यशीतयः हिरण्यवाहवस्तिस्रो नमो वः किरिकाय च
Pour la paire (de vers), le mètre est Jagatī ; et pour les Rudra, il existe aussi quatre‑vingts (formes/recensions). Les Hiraṇyavāha sont au nombre de trois—hommage à vous, et aussi à Kirikā.
Verse 14
पञ्चर्चो रुद्रदेवाः स्युर्मन्त्रे रुद्रानुवाककः विंशके रुद्रदेवास्ताः प्रथमा वृहती स्मृता
Dans le mantra du Rudrānuvāka, les divinités Rudra sont disposées en groupes de cinq vers (pañc‑ṛc). Dans l’ensemble de vingt vers, ces divinités Rudra sont ainsi dénombrées, et le premier mètre est tenu en mémoire comme Vṛhatī.
Verse 15
ऋग्द्वितीया त्रिजगती त्रिष्टुवेव च अनुष्टुभो यजुस्तिस्र आर्यादिज्ञः सुसिद्धिभाक्
Le deuxième mètre est Ṛk ; le troisième est Jagatī ; de même (ensuite) Triṣṭubh et Anuṣṭubh. Ces trois mètres relèvent du Yajus. Celui qui connaît l’Āryā et les autres devient bénéficiaire d’un accomplissement parfait.
Verse 16
त्रैलोक्यमोहनेनापि विषव्याध्यरिमर्दनं भवित्रीति त्रिष्टुब् लिङ्गोक्तदेवतेति ख रुद्रात्मवाचक इति ज , ट च विषव्याधिविमर्दनमिति ज इं श्रीं ह्रीं ह्रौं हूं त्रैलोक्यमोहनाय विष्णवे नमः अगुष्टुभं नृसिंहेन विषव्याधिविनाशनं
Même par le (mantra) de « trailokya‑mohana » (qui envoûte les trois mondes), il y aura l’écrasement des ennemis et la répression du poison et des maladies—cela relève du mètre Triṣṭubh. La divinité se comprend selon le liṅga (genre grammatical) indiqué, et (selon certaines recensions) ce mantra est dit exprimer la nature intérieure de Rudra. (Une autre leçon dit :) « la répression du poison et des maladies ». Puis vient le mantra : « iṃ śrīṃ hrīṃ hrauṃ hūṃ—hommage à Viṣṇu, l’Envoûteur des Trois Mondes ». Il est en mètre Anuṣṭubh ; et, sous la forme de Narasiṃha, il opère la destruction du poison et des maladies.
Verse 17
ॐ इं इं उग्रवीरं मंहाविष्णुं ज्वलन्तंसर्वतोमुखं नृसिंहं भीषणं मृत्युमृत्युम्नमाम्यहं
Oṃ. Iṃ, Iṃ. Je me prosterne devant Narasiṃha—le héros farouche, Mahāviṣṇu—flamboyant, au visage tourné vers toutes les directions, terrifiant, la Mort de la Mort elle-même.
Verse 18
अयमेव तु पञ्चाङ्गो मन्त्रः सर्वार्थसाधकः द्वादशाष्टाक्षरौ मन्त्रौ विषव्याधिविमर्दनौ
Ceci est, en vérité, le mantra à cinq membres, capable d’accomplir tous les buts. Les mantras de douze syllabes et de huit syllabes sont, eux aussi, destructeurs de poison et de maladie.
Verse 19
कुब्जिका त्रिपुरा गौरी चन्द्रिका विषहारिणी प्रसादमन्त्रो विषहृदायुरारोग्यवर्धनः सौरो विनायकस्तद्वद्रुद्रमन्त्राः सदाखिलाः
« Kubjikā », « Tripurā », « Gaurī », « Candrikā » et « Viṣahāriṇī »—tels sont des noms de mantras. Le « Prasāda-mantra » ôte le poison et accroît la vigueur du cœur, la durée de vie et la santé. De même, les mantras de Saura (le Soleil) et de Vināyaka (Gaṇeśa), et pareillement les mantras de Rudra, sont toujours efficaces en toutes circonstances.
Precise mantra-ritual architecture: pañcāṅga nyāsa, sequential japa, and viniyoga metadata (ṛṣi, chandas, devatā), including meter-sets (Gāyatrī/Anuṣṭubh/Paṅkti/Jagatī/Triṣṭubh/Vṛhatī) and section-wise deity assignment (including liṅga-based indications).
It frames healing and protection (bhukti) as dharmic sādhana: disciplined mantra, nyāsa, and devotion to Rudra/Viṣṇu–Narasiṃha cultivate inner alignment (śiva-saṅkalpa) while addressing concrete afflictions like poison and disease, thus integrating practical welfare with spiritual refinement.
The chapter highlights Viṣṇu–Narasiṃha formulae (including the “iṃ śrīṃ hrīṃ hrauṃ hūṃ… trailokya-mohana… viṣṇave namaḥ” line and the Narasiṃha salutation “oṃ iṃ iṃ ugravīraṃ…”) and states that 12-syllabled and 8-syllabled mantras function as visha-vyādhi destroyers.