Varaha Purana - Adhyaya 96
Varaha PuranaAdhyaya 9676 Shlokas

Adhyaya 96: The Threefold Power: The Raudrī Observance and the Manifestation of Chāmuṇḍā

Triśakti–Raudrīvrata–Chāmuṇḍā–māhātmya

Ritual-Manual and Devī-Māhātmya (theology of śakti; protective/appeasement rites)

Varāha expose à Pṛthivī le récit de la triśakti (triple śakti) et du vœu de Raudrī. Une puissance raudrī de nature tamasique accomplit de rudes tapas sur le Nīlagiri. Survient alors Ruru, roi asura d’une cité océanique riche en joyaux, qui marche avec une immense armée en quatre corps et vainc les devas, lesquels se réfugient sur la même montagne. La Devī les rassure et, par son rire, fait apparaître de nombreuses déesses auxiliaires qui anéantissent rapidement les forces dānava. Ruru déchaîne une māyā terrifiante qui stupéfie les devas, mais la Devī la neutralise et est reconnue comme Chāmuṇḍā lors de l’épisode où elle ôte le « charmamuṇḍa ». Le récit passe ensuite à l’hymne de Rudra, aux grâces accordées et aux bienfaits prescrits de la récitation, de l’écriture et du culte, avec des rites de restauration royale à des tithi déterminés. Le chapitre s’achève en systématisant la śakti en blanche/sattvique (brāhmique), rouge/rajassique (vaiṣṇavī) et noire/tamasique (raudrī), décrivant une triade de puissance qui maintient et protège le cosmos.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivī

Key Concepts

triśakti (sattva–rajas–tamas triad of śakti)Raudrīvrata (ritual observance linked to protective power)Chāmuṇḍā and Kālārātrī (tamasic protective/destructive Devī-form)asura Ruru and the devas’ flight (cosmic conflict motif)māyā as delusive force and its ritual/theological neutralizationstotra-phala (benefits of hymn-recitation, copying, and worship)tithi-based royal restoration (navamī, aṣṭamī, caturdaśī fasts)protective household manuscript-culture (likhita/pustaka in the home)

Shlokas in Adhyaya 96

Verse 1

अथ त्रिशक्तिरहरये रौद्रीव्रतम् ॥ श्रीवराह उवाच ॥ या सा नीलगिरि याता तपसे धृतमानसा । रौद्री तमोद्भवा शक्तिस्तस्याः शृणु धरे व्रतम् ॥

Voici maintenant l’observance de Raudrī, pour le destructeur des ennemis, dans le récit des Trois Śakti. Śrī Varāha dit : Celle qui se rendit au mont Nīla pour l’ascèse, l’esprit ferme—Raudrī, la Puissance née des ténèbres—écoute, ô Terre, son vœu.

Verse 2

तपः कृत्वा चिरं कालं पालयाम्यखलं जगत् । एवमुद्दिश्य पञ्चाग्निं साधयामास भामिनी ॥

Après avoir pratiqué l’ascèse durant longtemps, elle résolut : «Je soutiendrai et préserverai l’univers entier.» Dans cette intention, la femme rayonnante entreprit la discipline des cinq feux (pañcāgni).

Verse 3

तत्पर्याः कालान्तरे देव्यास्तपन्त्यास्तप उत्तमम् । रुरुनाम महातेजाः ब्रह्मदत्तवरोऽसुरः ॥

Au fil du temps, tandis que la Déesse accomplissait l’ascèse suprême, parut un Asura nommé Ruru—d’une grande splendeur, pourvu d’une grâce accordée par Brahmā.

Verse 4

समुद्रमध्ये रत्नाढ्यं पुरमस्ति महावनम् । तत्र राजा स दैत्येन्द्रः सर्वदेवभयङ्करः ॥

Au milieu de l’océan se trouve une cité riche en joyaux, entourée d’une vaste forêt. Là règne en roi ce seigneur des Daitya, objet de crainte pour tous les dieux.

Verse 5

अनेकशतसाहस्रकेटित्युत्तरॊत्तरैः ॥ असुरैरन्वितः श्रीमान्द्रतीयो नमुचिर्यथा

Accompagné d’Asura en multitudes toujours croissantes—centaines, milliers et même crores—il apparut splendide, tel Namuci au combat.

Verse 6

कालेन महता चासौ लोकपालपुराण्यथ ॥ जिगीषुः सैन्यसंवीतो देवैर्युद्धमरॊचयत्

Et après un long temps, désireux de conquête et entouré d’une armée, il marcha vers les cités des Lokapāla et suscita la guerre contre les Deva.

Verse 7

उत्तिष्ठतस्तस्य महासुरस्य समुद्रतोयं ववृद्धेऽतिमात्रम् ॥ अनेकनकप्रदमीनजुष्टमालावयपर्वतसानुदेशान्

Quand ce grand Asura se dressa, les eaux de l’océan enflèrent à l’excès, inondant des régions—pentes et étendues montagneuses—abondantes en maints métaux précieux et fréquentées par les poissons.

Verse 8

अन्तःस्थितानेकसुरारि सङ्कवद्विचित्रवमायुधचित्रशोभम् ॥ भीमं बलं वर्मितचारुयोधं विनिर्ययौ सिन्धुजलादशालात्

De l’enceinte océanique surgit une troupe redoutable—des guerriers cuirassés et beaux—resplendissant d’armes diverses et merveilleuses, telle une masse compacte d’ennemis des dieux rassemblés au-dedans.

Verse 9

तत्र द्विपा दैत्यवरैरुपेताः समानघण्टायुत किंकिणीकाः ॥ विनिर्ययुः स्वाकृतिभीपणाश्च समत्वमुच्चैः खलु दर्शयन्तः

Là sortirent des éléphants escortés par d’éminents Daitya, munis de cloches assorties et d’ornements tintants—terribles par leur seule apparence—montrant une allure égale et un port altier.

Verse 10

अश्वास्तथा काञ्चनपीठनद्धा रोडैस्तु युक्ताः सितचामरैश्च ॥ व्यवस्थितास्ते सममेव तु विनिर्ययुर्लक्षशः कोटेशश्च

De même, les chevaux, harnachés d’ornements d’or, munis de courroies et de chasse-mouches blancs en queue de yak, se tenaient en ordre et, d’un même élan, s’élancèrent ensemble—par centaines de milliers et par crores.

Verse 11

रथा रविस्यन्दनतुल्यवेगाः सुचक्रदण्डाक्षत्रिवेणुयुक्ताः ॥ सुषखयन्त्राः परपीडताङ्गाश्चलत्यानन्तास्त्वरितं विशक्ताः

Les chars, rapides comme le char du Soleil, pourvus de belles roues, de timons, d’essieux et de triples ligatures, aux mécanismes bien ajustés et aux châssis faits pour écraser l’ennemi, se mirent en mouvement en nombre innombrable—vite et en rangs serrés.

Verse 12

तथैव योधाः स्थगितेतरेतास्ततर्षिको ये वरतूनपणियः ॥ पदे पदे लब्धजयाः प्रहारीणो विरेजुरुचैरसुरानुगा भृशम्

Ainsi encore les guerriers—ceux qui surpassaient les autres et dont l’élan était ardent—s’avancèrent, rudes frappeurs, suivant les Asuras; ils resplendissaient puissamment, remportant la victoire pas à pas.

Verse 13

देवेषु चैव भरेषु विनिर्गत्य जात्ततः ॥ चतुरङ्गबलोपेतः प्रायादिन्द्रपुरं प्रति

Alors, étant sorti pour livrer bataille aux Devas, il se mit en route vers la cité d’Indra, accompagné de l’armée aux quatre corps.

Verse 14

अन्याश्छिद्रेषु वा अज्ञानां गृहीत्वा तत्र वै बालम् ॥ लब्ध्वा भवन्तु सुप्रीता अपि वर्षशता पि

Là, ayant saisi un enfant—que ce soit en d’autres points faibles, parmi les imprudents—et ayant obtenu leur dessein, qu’ils demeurent pleinement satisfaits, fût-ce durant cent ans.

Verse 15

युयोध च सुरैः साढे रुदैत्यपतिस्तथा । सुदूर्मुसलधेरैः शरैर्दण्डायुधैस्तथा ॥

Alors le seigneur des Daityas, semblable à Rudra, combattit avec les dieux, maniant des massues très lourdes, des volées de flèches et des armes semblables à des bâtons.

Verse 16

जनुदैरयाः सुरान्संख्य सुराश्चैव तथासुरान् ॥ एवं क्षणमथो युद्ध्वा तदा देवाः सवासवाः ॥

Les troupes frappèrent les dieux en nombre incalculable, et les dieux frappèrent de même les asuras ; ainsi, après avoir combattu un moment, les dieux—avec Indra—poursuivirent la bataille.

Verse 17

असुरैर्निर्जिताः सद्यो दुद्रुवुर्विमुखा भृशम् ॥ देवेषु चैवग्भग्रेषु विद्वतेषु विशेषतः ॥

Vaincus sur-le-champ par les asuras, ils s’enfuirent promptement, se détournant dans une grande détresse ; et cela fut particulièrement manifeste parmi les dieux, même parmi ceux renommés pour leur sagesse.

Verse 18

असुरः सर्वदेवानामन्वधावत वीर्यवान् । ततो देवगणाः सर्वे द्रवन्तो भयावह्वलाः ॥

L’asura, puissant en vaillance, poursuivit tous les dieux ; alors toutes les cohortes divines s’enfuirent, bouleversées par la peur et la confusion.

Verse 19

दृष्ट्वा रुरुच सबमसुरेन्द्र निपातितम् ॥ स्तुतिं चकार भगवान् स्वयं देवस्रिलोचनः ॥

Voyant le roi des asuras terrassé, le Seigneur vénérable—Devaśrīlocana lui-même—composa un hymne de louange.

Verse 20

स राज्यमतुलं लेभे भयेश्य च प्रमुच्यते ॥ यस्येदं लिखितं गेहे सदा तिष्ठति धारितम् ॥

Il obtint une souveraineté sans égale et fut délivré des peurs ; dans la demeure de celui chez qui ceci demeure écrit et constamment conservé.

Verse 21

नीले गिरिवर जग्मुर्यत्र देवी व्यवास्थता ॥ रोदी तपोरता देवी तामसी शक्तिरुत्तमा ॥

Ils se rendirent au noble mont Nīla, où la Devī était établie : la déesse Rodī, vouée à l’ascèse, puissance suprême liée au mode tāmasī.

Verse 22

रुद्र उवाच ॥ जयस्व देवि चामुण्डे जय भूतापहारिणि ॥ जय सर्वगते देवि कालरात्रे नमोऽस्तु ते ॥

Rudra dit : « Sois victorieuse, ô Devī Cāmuṇḍā ; victoire à toi, qui écartes les êtres hostiles. Victoire à toi, déesse omniprésente ; ô Kālarātrī, hommage à toi. »

Verse 23

संहारकारिणी देवी कालरात्रीत तां विदुः ॥ सा दृष्ट्वा तान् तदा देवान् भयत्रस्तान्विचेतसः ॥

Ils savent que cette déesse est Kālarātrī, l’agent de la dissolution ; et elle, voyant alors ces dieux, terrifiés et désemparés, (répondit).

Verse 24

विश्वमुत्ते शुभे शुद्धे विरूपाक्ष त्रिलोचने ॥ भीमरूपे शिवे वेद्ये महामाये महोदयॆ ॥

Ô toi qui t’élèves comme l’univers ; bienfaisante et pure ; ô Virūpākṣī aux trois yeux ; de forme redoutable, pourtant bienveillante (Śivā), connaissable en son principe ; Mahāmāyā, Mahodayā.

Verse 25

मा भेत्य् उच्चकैर्देवी तानुवाच सुरोत्तमान् ॥ देव्युवाच ॥ किमियं व्याकुला देवा गतिर् व उपलक्ष्यते ॥

La Déesse dit d’une voix forte aux plus éminents des dieux : «Ne craignez point. Quelle est cette agitation, ô dieux ? Quel cours des événements discernez-vous parmi vous ?»

Verse 26

कथयध्वं द्रुतं देवाः सर्वथा भयकारणम् ॥ देवा ऊचुः । अयमायाति दैत्येन्द्रो रुरुभीमपराक्रमः ॥

«Dites-le-moi vite, ô dieux, la cause de la crainte en tous ses aspects.» Les dieux dirent : «Voici qu’arrive le seigneur des Daityas, Rurubhīma, à la puissance redoutable.»

Verse 27

एतस्य भातान् रक्षस्व त्वं देवान् परमेश्वर ॥ एवमुक्ता तदा देवी भीमपराक्रमा ॥

«Protège les dieux contre lui, ô Souverain suprême.» Ainsi sollicitée, la Déesse, terrible par sa vaillance, se prépara à agir.

Verse 28

जहास परया प्रीत्या देवानां पुरतः शुभा ॥

Auspice par sa forme, elle rit devant les dieux avec une joie souveraine.

Verse 29

तस्या हसुन्त्या वक्रात्तु बद्ध्यो देव्यः वार्णर्ययुः ॥

De sa bouche, tandis qu’elle riait, jaillirent des formes féminines divines, comme rangées et parées, aux apparences diverses.

Verse 30

भीमाक्षि भीषणे देवि सर्वभूतभयङ्कर । कराले विकराले च महाकाले करालिनि ॥

Ô Déesse aux yeux terrifiants, ô redoutable—qui inspires la crainte à tous les êtres ; ô Karālā, ô Vikarālā, ô Mahākālā, ô Karālinī !

Verse 31

याभिर्विश्वमिदं व्याप्तं विकृताभैरनेकशः ॥ पाशाङ्कुशधराः सर्वाः सर्वाः पीनपयोधराः ॥

Par ces nombreuses formes difformes et terrifiantes, cet univers tout entier fut pénétré. Toutes portaient le lasso (pāśa) et le crochet (aṅkuśa) ; toutes avaient la poitrine pleine (marque iconographique de puissance et de fécondité).

Verse 32

काली कराली विक्रान्ता कालरात्रि नमोऽस्तु ते ॥ इति स्तुता तदा देवी रुद्रेण परमेष्ठिना ॥

«Ô Kālī, ô Karālī, ô Vikrāntā, ô Kālarātri—hommage à Toi.» Ainsi la Déesse fut-elle alors louée par Rudra, le Parameṣṭhin.

Verse 33

सर्वाः शूलधरा भीमाः सर्वाश्चापधराः शुभाः ॥ ताः स कटीशो देव्यस्तदेवेष्टय संस्थिताः ॥

Toutes étaient redoutables, portant des tridents ; et toutes étaient de bon augure, portant des arcs. Ces déesses se tinrent debout, l’entourant au niveau de la taille (lecture incertaine).

Verse 34

युयुधुर्दानवैः सार्धं बद्धतूणा महाबलाः ॥ क्षणेन दानवबलं तत्सर्वं निहतं तु तैः ॥

Les puissants, le carquois attaché, combattirent avec les Dānavas. En un instant, toute cette armée des Dānavas fut abattue par elles.

Verse 35

तत्सर्वं दानवबलमनयद्यामसादनम् ॥ एक एवं महादैत्यो रुरुस्तस्थौ महामृधे ॥

Toute cette armée des Dānava fut menée à la demeure de Yama, c’est-à-dire à la mort. Pourtant, un grand démon, Ruru, demeura inébranlable dans le combat formidable.

Verse 36

यथेमं शृणुया इत्यात्रिशक्यास्तु समुद्भवम् ॥ सर्वपापविनिर्मुक्तो पदं गच्छत्यनामयम् ॥

Quiconque entend ce récit—concernant l’origine de Triśakyā—se trouve délivré de tous les péchés et atteint un état sans trouble, exempt d’affliction.

Verse 37

स च मायां महारौद्रीं रौवीं विससर्ज है ॥ सा माया ववृधे भीमा सर्वदेवप्रमोदिनी ॥

Et il déchaîna une grande māyā, terrifiante, nommée Rauvī. Cette illusion devint redoutable, réjouissant et ranimant tous les dieux.

Verse 38

तया विमोहिता देवाः सर्वे निद्रां तु लेभिरे ॥ देवाश्च त्रिशिखेनाजौ तं दैत्यं समताडयत् ॥

Trompés par cette māyā, tous les dieux furent saisis de sommeil. Pourtant, dans la bataille, les dieux—avec Triśikha—frappèrent ce démon.

Verse 39

तया तु ताडितस्यास्य दैत्यस्य शुभलोचने ॥ चर्ममुण्डे उभे सम्यक् पृथग्भूते बभूवतुः ॥

Lorsqu’il fut frappé par elle, ô toi aux beaux yeux, la peau et la tête de ce démon se trouvèrent nettement séparées l’une de l’autre.

Verse 40

रुरुस्तु दानवेन्द्रस्य चर्ममुण्डे क्षणाद्यतः ॥ अपहृत्यैर्देवी चामुण्डा तेन सा अभवत् ॥

Alors, en un instant, après avoir enlevé la peau et la tête de Ruru, la Déesse fut, pour cette raison, connue sous le nom de Cāmuṇḍā.

Verse 41

वास्च सर्वसंपन्न युयुधुनिच ॥ स च मायां महा इतं समताडयत् ॥ सर्वभूतमहाराुद्री या देवी परमेश्वरी ॥ संहारिणी तु या चैव कालरात्रिः प्रकीर्तिता ॥

[Le vers transmis est obscur/corrompu.] … Et il frappa cette grande māyā. La Déesse, souveraine suprême, terrible pour tous les êtres, elle qui est aussi la destructrice, est proclamée Kālarātri.

Verse 42

तस्या अनुचरा देव्यॊ बाध्योऽसंख्यातकोटयः ॥ तास्तां देवीं महाभागोॊं परिवर्य व्यवस्थिताः ॥

D’innombrables crores de déesses qui l’assistaient se tinrent en ordre, entourant cette Déesse illustre et fortunée.

Verse 43

एवमुक्ता तदा देवी दध्याः तासां तु भोजनम् ॥ न चाध्यगच्छच्च यदा तासां भोजनमन्तिकात् ॥

Ainsi interpellée, la Déesse prépara de la nourriture pour elles; mais, lorsque le moment vint, elle ne trouva pas leur repas à proximité. (Le passage est transmis avec quelque incertitude.)

Verse 44

ततो दध्यो महादेवं रुद्रं पशुपतिं विभुम् । सॊऽपि ध्यानात्समुत्तस्थौ परमात्मा त्रिलोचनः ॥

Alors Dadhya (Dadhīci) médita sur le grand dieu—Rudra, Paśupati, le Seigneur qui pénètre tout. Et lui aussi se leva de sa méditation : le Soi suprême, le Trilocana aux trois yeux.

Verse 45

याचयामासुरव्यग्रास्तास्तां देवीं बुभुक्षिताः ॥ वयं देवि सुधार्ताः स्मो देहि नो भोजनं शुभे ॥

Affamés et troublés, ils supplièrent la Déesse : « Ô Devī, la faim nous tourmente ; accorde-nous de la nourriture, ô Bienheureuse. »

Verse 46

उवाच च द्रुतं देवीं किं ते कार्य विवक्षितम् ॥ इहि देवि वरारोहे यत्ते मनसि वर्तते ॥

Et il dit promptement à la Déesse : « Quelle affaire veux-tu exprimer ? Viens, ô Devī, toi aux belles hanches ; dis ce qui demeure en ton esprit. »

Verse 47

देव्युवाच ॥ भक्ष्यार्थमासां देवेश किञ्चिद्दातुमिहार्हसि ॥ बलात्कुर्वन्ति मामेता भक्षार्थिन्यो महाबलाः ॥

La Déesse dit : « Ô Seigneur des dieux, pour la nourriture de ces êtres, il te convient d’accorder quelque chose ici. Ces puissants, en quête de nourriture, me contraignent contre ma volonté. »

Verse 48

एवं स्तुत्वा भवो देवी चामुण्डां च सुरेश्वरीम् ॥ क्षणादन्तर्हितो देवस्ते च देवा दिवं ययुः ॥

L’ayant ainsi louée—la Déesse Cāmuṇḍā, Souveraine des dieux—Bhava disparut en un instant ; et ces dieux gagnèrent le ciel.

Verse 49

अन्यथा मामपि बलाद्भक्षयिष्यन्ति ताः प्रभो ॥ रुद्र उवाच ॥ एतासां शृणु देवेश भक्ष्यमेकं मयोदितम् ॥

« Sinon, ô Seigneur, elles me dévoreront même de force. » Rudra dit : « Ô Seigneur des dieux, écoute : je propose pour elles un unique aliment. »

Verse 50

कथ्यमानं वरारोहे कालरात्रे महाप्रभे ॥ या स्त्री सगर्भा देवेशि वन्यस्त्रीपरिधानकम् ॥

Écoute ce qui est énoncé, ô toi aux hanches gracieuses—ô Kālarātrī, ô Dame au grand éclat. Toute femme enceinte, ô Souveraine des dieux, qui revêt l’habit d’une femme des bois…

Verse 51

परिधत्ते स्पृशेच्चापि पुरुषस्य विशेषतः ॥ स भागोऽस्तु महाभागो कासाञ्चित्पृथिवीतले ॥

…et si elle le revêt, et même touche un homme en particulier—que cela soit la part (portion assignée) pour certains sur la surface de la terre.

Verse 52

अन्याः सूतिगृहे छिद्रं गृह्णीयुस्तत्र पूजिताः ॥ निवसिष्यन्ति देवेश तथान्या जातहारिकाः ॥

D’autres, honorées en ce lieu, doivent prendre demeure dans une fente ou ouverture de la chambre d’accouchement. Ô Seigneur des dieux, de même d’autres sont les jātahārikāḥ, celles qui sont liées à l’enlèvement du nouveau-né.

Verse 53

गृहे क्षेत्रे तडागेषु वाप्युद्यानेषु चैव हि ॥ अन्यचितारुदन्त्य याः स्त्रियास्तिष्ठन्ति नित्यशः ॥

Dans les maisons, dans les champs, aux étangs, aux réservoirs et aussi dans les jardins—ces femmes qui demeurent sans cesse, pleurant auprès du bûcher funéraire d’autrui…

Verse 54

तासां शरीराण्याविश्य कचित्तृप्तिमवाप्स्यथ ॥ एवमुक्त्वा तदा देवी स्वयं रुद्रः प्रतापवान् ॥

« En pénétrant dans leurs corps, vous obtiendrez une satisfaction en quelque mesure. » Ayant ainsi parlé, alors Rudra lui-même, le puissant et resplendissant…

Verse 55

मनोजवे जये जृम्भे भीमाक्ष क्षुभितक्षये ॥ महामारि विचित्राङ्गे जय नृत्यप्रिये शुभे ॥

Victoire à toi, rapide comme la pensée ; victoire, ô Toi qui t’épanouis au vaste ; ô Toi aux yeux terribles, destructrice du trouble et du dépérissement. Ô grande Pestilence, puissance sur les fléaux épidémiques, aux membres merveilleux — victoire à toi, amante de la danse, l’Auspicious.

Verse 56

विकराले महाकालि कालिके पापहारिणि । पाशहस्ते दण्डहस्ते भीमरूपे भयानके ॥

Ô Terrible, ô Mahākālī, ô Kālī, ô ôteuse des péchés ; tenant le lacet, tenant le bâton ; de forme effrayante, inspirant la crainte sacrée.

Verse 57

चामुण्डे ज्वमानास्ये तीक्ष्णदंष्ट्रे महाबले ॥ शतयानस्थिते देवि प्रेतासनगते शिवे ॥

Ô Cāmuṇḍā, à la bouche flamboyante, aux crocs acérés, d’une grande puissance ; ô Déesse assise sur cent montures, ô Śivā assise sur un trône de spectres (preta).

Verse 58

तुतोष परमा देवी वाक्यं चेदमुवाच ह । वरं वृणीष्व देवेश यत्ते मनसि वर्तते ॥

La Déesse suprême fut satisfaite et prononça ces paroles : «Choisis une grâce, ô Seigneur des dieux, tout ce qui demeure en ton esprit».

Verse 59

रुद्र उवाच ॥ स्तोत्रेणानेन ये देवि त्वां स्तुवन्ति वरानने ॥ तेषां त्वं वरदा देवि भव सर्वगता सती ॥

Rudra dit : «Ô Déesse, ceux qui te louent par cet hymne, ô toi au beau visage, sois pour eux dispensatrice de grâces ; ô Déesse, toi qui es partout présente, la vertueuse».

Verse 60

यथेमं त्रिःप्रकारे तु देवि भक्त्या समान्यतः ॥ स पुत्रपौत्रपशुमान् समृद्धिमुपगच्छति ॥

Quiconque, ô Déesse, offre ceci avec dévotion, régulièrement, selon le mode triple prescrit, obtient la prospérité, pourvu de fils, de petits-fils et de bétail.

Verse 61

य एतां वेद वै देव्याः उत्पत्तिं त्रिविधां वरम् ॥ स कर्मपाशनिर्मुक्तः परं निर्वाणभृच्छात् ॥

Quiconque comprend véritablement cet excellent récit triple de l’avènement de la Déesse est délivré des liens du karma et atteint l’état suprême de libération (nirvāṇa).

Verse 62

भ्रष्टराज्यो यदा राजा नवम्यां नियतः शुचिः ॥ अष्टभ्यां च चतुर्दश्यामुपवासीनरोत्तमः ॥

Lorsqu’un roi déchu de son royaume, maîtrisé et purifié, accomplit le rite au neuvième jour lunaire et, au quatorzième, jeûne avec les huit (observances ou assistants prescrits), cet homme d’élite…

Verse 63

संवत्सरेण लभते राज्यं निष्कण्टकं नृपः ॥ एषां त्रिशक्तिरुद्दिष्टा नयसिद्धान्तगामिनी ॥

En l’espace d’une année, le roi obtient un royaume sans épines, c’est-à-dire exempt de troubles et de rivaux. À cet effet, une triade de puissances a été indiquée, conduisant aux principes d’une juste politique et d’une doctrine établie.

Verse 64

एषा श्वेता परा सृष्टिः सात्त्विकी ब्रह्मसंस्थिता ॥ एषैव रक्ता रजसि वैष्णवी परिकीर्तिता ॥

Ceci est la création blanche et suprême : sāttvique, établie en Brahman. Cette même puissance, dans le rajas, est rouge et est proclamée comme Vaiṣṇavī.

Verse 65

एषैत्र कृष्णा तमसि रौद्री देवी प्रकीर्तिता ॥ परमात्मा यथा देव एक एव त्रिधा स्थितः ॥

Ici, dans l’obscurité du tamas, la Déesse est proclamée Raudrī, de sombre couleur ; de même que le Paramātman—unique principe divin—demeure en une triple modalité.

Verse 66

प्रयोजनाक्षाच्छक्तिरैकैव त्रिविधाभवत् ॥ य एतं शृणुयात्सगै त्रिशत्तयाः परमं शिवम् ॥

Du point de vue de la finalité, la śakti est une, et pourtant elle devient triple. Quiconque entend cela—avec la triade et l’ensemble sextuple—atteint le Śiva suprême, l’état le plus propice.

Verse 67

सर्वपापविनिर्मुक्तः परं निर्वाणमाप्नुयात् ॥ यश्चमं शृणुयान्नित्यं नवम्या नियतः स्थितः ॥

Délivré de tous les péchés, on atteint le nirvāṇa suprême. Et celui qui écoute sans cesse, établi dans la discipline au neuvième jour lunaire (navamī), en reçoit le fruit.

Verse 68

न तस्याग्निभयं घोरं सर्पचौरादिनं भवेत् ॥ यश्चमं पूजयेद्भक्त्या पुस्तकेऽपि स्थितं बुधः ॥

Pour cette personne, il n’y aura pas l’effroyable crainte du feu, ni des serpents, des voleurs et autres semblables. Et le sage qui le vénère avec dévotion—même lorsqu’il demeure dans un livre—reçoit une telle sauvegarde.

Verse 69

तेन चेष्टुं भवेत्सर्वं त्रैलोक्यं सचराचरम् ॥ जायन्ते पशवः पुत्रा धनधान्यं वराः स्त्रियः ॥

Par cela, les trois mondes—le mobile et l’immobile—deviennent favorables aux entreprises de l’homme. Naissent bétail et fils ; s’obtiennent richesse et grains, ainsi que des épouses d’excellence.

Verse 70

रत्नान्यश्वास्तथा गावो दासा दास्यो भवन्ति हि ॥ यस्येदं तिष्ठते गेहे तस्य संपद्भवेद्ध्रुवम् ॥

Des joyaux, des chevaux, ainsi que des vaches, et des serviteurs—hommes et femmes—adviennent certes pour lui. Dans la maison où ceci demeure, la prospérité naît assurément pour cette personne.

Verse 71

श्रीवराह उवाच ॥ एतदेव रहस्यं ते कीर्तितं भूतधारिणे ॥ रुद्रस्य खलु माहात्म्यं सकलं कीर्तितं मया ॥

Śrī Varāha dit : Ce secret même t’a été proclamé, ô porteur des êtres. En vérité, j’ai exposé en entier la grandeur de Rudra.

Verse 72

नवकोट्यस्तु चामुण्डा भभिन्ना व्यवस्थिताः ॥ या रौद्री तामसी शक्तिः सा चामुण्डा प्रकीर्तिता ॥

Neuf koṭis de Chāmuṇḍā sont établis comme des formes différenciées. La puissance Raudrī, marquée par le tamas, est proclamée être Chāmuṇḍā.

Verse 73

अष्टादश तथा कोट्यो वैष्णव्याः भेदू उच्यते ॥ या विष्णो राजसी शक्तिः पालनī चैव वैष्णवी ॥

Dix-huit koṭis de Vaiṣṇavī sont dits être des formes différenciées. La puissance rājasī de Viṣṇu—marquée par la protection et la gouvernance—est bien Vaiṣṇavī.

Verse 74

कृतवांस्ताश्च भजते पतिरूपेण सर्वदा । यश्चाराधयते तस्य रुद्रस्तुष्टो भविष्यति ॥ सिद्ध्यन्ति तस्य कामाश्चे मनसा चिन्तिता अपि ॥

Les ayant manifestées, il honore et assume toujours ces puissances sous la forme du Seigneur. Et quiconque adore ainsi, Rudra sera satisfait de lui ; même les désirs conçus dans l’esprit s’accompliront pour lui.

Verse 75

या ब्रह्मशाक्तः सत्त्वस्था सा ह्यनन्ता प्रकीर्तिता ॥ एतासां सर्वभेदेषु पृथगेकैकशी धरे ॥

Cette puissance qui est la śakti de Brahmā et qui demeure établie dans le sattva est proclamée ‘Anantā’. Parmi toutes les formes différenciées de ces śaktis, ô Dhara (Terre), chacune est tenue pour distincte selon sa propre manière.

Verse 76

सर्वसः भगवान् रुखः सर्वगश्च पतिर्भवेत् ॥ यावन्त्यस्या महाशक्त्यास्तावद्रूपाणि शङ्करः ॥

En toute manière, le Seigneur Bienheureux devient ‘Rukha’, omniprésent et souverain. Autant il y a de grandes śaktis appartenant à ce principe, autant il y a de formes de Śaṅkara.

Frequently Asked Questions

The chapter frames cosmic order as maintained through a threefold śakti (white/sattvic, red/rajasic, black/tamasic), presenting protection and restoration as functions of differentiated power. It also promotes disciplined observance (vrata), controlled speech through stotra-recitation, and household stewardship of texts (keeping a written hymn) as means of stabilizing social and political life (e.g., restoration of kingship).

The text specifies lunar timing: a disciplined, purified king observes niyama on navamī and undertakes upavāsa on aṣṭamī and caturdaśī; it states that within a year such practice can restore an untroubled kingdom (niṣkaṇṭaka rājya).

Although not describing ecology in modern terms, the narrative models balance as a triadic regulation of creation, preservation, and dissolution through śakti. The devas’ flight to a mountain refuge (Nīlagiri) and the Devī’s intervention portray the stabilization of threatened worlds (jagat-pālana) as a systemic response to destabilizing violence, aligning with the Varāha Purāṇa’s broader Earth-centered concern for sustaining habitable order.

The main figures are mythic-political archetypes rather than genealogical lineages: the asura-king Ruru (daityendra), the devas led by Indra (Indrapura), and Rudra/Paśupati as the hymn-recipient and boon-granter. The chapter also references a normative royal subject (bhrāṣṭa-rājya rājā) as a cultural type for ritual restoration rather than naming a dynastic house.

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