
Caturdiśaḥ Śailendrāḥ Sarasāṃś ca Nāmāni (Rudroktā Bhūgolīya-Vistṛtiḥ)
Ancient-Geography
Dans le cadre pédagogique plus vaste entre Varāha et Pṛthivī, cet adhyāya présente un catalogue didactique de géographie sacrée exposé par Rudra. Il décrit quatre grands śailendra (seigneurs-rois des montagnes) alignés sur les directions cardinales—Caitraratha à l’est, Gandhamādana au sud, et d’autres régions montagneuses directionnelles—avec leurs saras (lacs) associés : Aruṇoda à l’est, Mānasa au sud, Asitoda à l’ouest et Mahābhadra au nord. Le texte souligne l’abondance de la nature : chants d’oiseaux, brises fraîches et parfumées, eaux remplies de lotus, et bosquets forestiers où les divinités et les femmes célestes sont dites se divertir. Il énumère ensuite de nombreuses montagnes secondaires dans chaque direction, formant une carte mnémotechnique des terres et des eaux, reliant l’ordre terrestre, la sainteté et la sauvegarde des eaux nourricières de la Terre.
Verse 1
रुद्र उवाच । तथा चतुर्णां वक्ष्यामि शैलेन्द्राणां यथाक्रमम् । अनुविध्यानि रम्याणि विहङ्गैः कूजितानि च ॥ ७८.१ ॥
Rudra dit : «Ainsi, je décrirai, dans l’ordre convenable, les quatre seigneurs parmi les montagnes : des chaînes et des contrées charmantes, et aussi celles qui résonnent des cris des oiseaux.»
Verse 2
अनेकपक्षियुक्तात्मशृङ्गाणि सुबाहूनि च । देवानां दिव्यनारीभिः समं क्रीडामयानि च ॥ ७८.२ ॥
«Il est des contrées pourvues d’innombrables oiseaux, aux sommets élevés, et dotées de saillies bien formées, telles d’excellents “bras” ; ce sont des lieux de jeu et de délice, en compagnie des dieux et des femmes célestes.»
Verse 3
किन्नरोद्गीतघुष्टानि शीतमन्दसुगन्धिभिः । पवनैः सेव्यमानानि रमणीयतराणि च ॥ ७८.३ ॥
«Elles retentissent des chants des Kinnaras, et sont servies par des brises fraîches, douces et parfumées ; ainsi deviennent-elles plus ravissantes encore.»
Verse 4
चतुर्द्दिक्षु विराजन्ते नामतः शृणुतानघाः । पूर्वे चैत्ररथं नाम दक्षिणे गन्धमादनम् । प्रभावेण सुतोयानि नवखण्डयुतानि च ॥ ७८.४ ॥
«Ils resplendissent aux quatre directions — écoutez leurs noms, ô vous qui êtes sans faute. À l’est se trouve celui nommé Caitraratha ; au sud, Gandhamādana. Par leur puissance, il existe aussi des eaux belles et pures, ainsi que des régions pourvues de neuf divisions.»
Verse 5
वनषण्डांस्तथाक्रम्य देवता ललनायुताः । यत्र क्रीडन्ति चोद्देशे मुदा परमया युताः ॥ ७८.५ ॥
Ayant ainsi traversé, l’une après l’autre, des touffes de bosquets forestiers, les divinités—accompagnées de jeunes filles—se divertissent en ce lieu, comblées d’une joie suprême.
Verse 6
अनुबन्धानि रम्याणि विहगैः कूजितानि च । रत्नोपकीर्णतीर्थानि महापुण्यजलानि च ॥ ७८.६ ॥
Là se trouvent d’agréables étendues qui se succèdent, emplies du chant des oiseaux; et l’on y voit des tīrtha, gués sacrés parsemés de joyaux, ainsi que des eaux d’un grand mérite, puissamment sanctifiantes.
Verse 7
अनेकजलयन्त्रैश्च नादितानि महान्ति च । शाखाभिर्लम्बमानाभी रुवत्पक्षिकुलालिभिः ॥ ७८.७ ॥
Et l’on y trouve de nombreux grands dispositifs d’eau, retentissant puissamment; des branches y pendent, tandis que des nuées d’oiseaux et des essaims d’abeilles font entendre leurs cris et leurs bourdonnements.
Verse 8
कमलोत्पलकह्लारशोभितानि सरांसि च । चतुर्षु तेषु गिरिषु नानागुणयुतेषु च ॥ ७८.८ ॥
Et il y a des lacs ornés de lotus, de lotus bleus (utpala) et de nénuphars blancs (kahlāra); et, parmi ces quatre montagnes aussi—pourvues de qualités nombreuses et variées.
Verse 9
अरुणोदं तु पूर्वेण दक्षिणे मानसṃ स्मृतम् । असितोदं पश्चिमे च महाभद्रं तथोत्तरे । कुमुदैः श्वेतकपिलैः कहलारैर्भूषितानि च ॥ ७८.९ ॥
À l’est se trouve Aruṇoda; au sud, on le rappelle sous le nom de Mānasa. À l’ouest est Asitoda, et au nord, Mahābhadra. Tous sont ornés de lotus kumuda—blancs et fauves—ainsi que de nénuphars kahlāra.
Verse 10
अरुणोदयस्य ये शैलाः प्राच्याः वै नामतः स्मृताः । तान् कीर्त्यमानांस्तत्त्वेन शृणुध्वं गदतो मम ॥ ७८.१० ॥
Écoutez de ma bouche, tandis que je parle, les montagnes de l’Orient que l’on se souvient par leur nom comme relevant d’Aruṇodaya ; comprenez-en la véritable caractérisation, telle qu’elles sont énoncées.
Verse 11
विकङ्को मणिशृङ्गश्च सुपात्रश्चोपलो महान् । महानीलोऽथ कुम्भश्च सुबिन्दुर्मदनस्तथा ॥ ७८.११ ॥
« (Ce sont) Vikaṅka, Maṇiśṛṅga, Supātra et le grand Upala ; puis Mahānīla, ensuite Kumbha, Subindu, et de même Madana. »
Verse 12
वेणुनद्धः सुमेदाश्च निषधो देवपर्वतः । इत्येते पर्वतवराः पुण्याश्च गिरयोऽपरे ॥ ७८.१२ ॥
« Veṇunaddha, Sumedā, Niṣadha et Devaparvata — ceux-ci sont tenus pour des montagnes d’excellence ; et il est encore d’autres sommets, réputés méritoires et saints. »
Verse 13
पूर्वेण मन्दरात् सिद्धाः पर्वताश्च मदायुताः । सरसो मानसस्येह दक्षिणेन महाचलाः ॥ ७८.१३ ॥
À l’est du mont Mandara se trouvent les Siddha et des montagnes foisonnant d’éléphants en rut et enivrés ; et ici, au sud du lac Mānasarovar, s’étendent de grandes chaînes montagneuses.
Verse 14
ये कीर्तिता मया तुभ्यं नामतस्तान्निबोधत । शैलस्त्रिशिराश्चैव शिशिरश्चाचलोत्तमः ॥ ७८.१४ ॥
« Ces noms que je vous ai énoncés — comprenez-les selon leur appellation : (les montagnes) Śaila, Triśiras, et aussi Śiśira, l’excellent parmi les immuables. »
Verse 15
कपिश्च शतमक्षश्च तुरगश्चैव सानुमान् । ताम्राहश्च विषश्चैव तथा श्वेतोदनो गिरिः ॥ ७८.१५ ॥
(Il y a) Kapi, Śatamakṣa, Turaga et aussi Sānumān; de même Tāmrāha et Viṣa; ainsi que la montagne Śvetodana.
Verse 16
समूलश्चैव सरलॊ रत्नकेतुश्च पर्वतः । एकमूलो महाशृङ्गो गजमूलोऽपि शावकः ॥ ७८.१६ ॥
Et (il y a) Sarala nommé «Samūla», ainsi que la montagne Ratnaketu; (il y a) Mahāśṛṅga nommé «Ekamūla», et aussi Śāvaka nommé «Gajamūla».
Verse 17
पञ्चशैलश्च कैलासो हिमवानचलोत्तमः । उत्तराः ये महाशैलास्तान् वक्ष्यामि निबोधत ॥ ७८.१७ ॥
(Il y a) Pañcaśaila, Kailāsa et Himavān, le plus éminent des monts. À présent, quant aux grandes montagnes de la région du Nord, je vais les décrire; écoutez avec attention.
Verse 18
कपिलः पिङ्गलो भद्रः सरसश्च महाचलः । कुमुदो मधुमांश्चैव गर्जनो मर्कटस्तथा ॥ ७८.१८ ॥
(Ils se nomment) Kapila, Piṅgala, Bhadra et Sarasa; ainsi que Mahācala; Kumuda et Madhumāṁś; de même Garjana et Markaṭa.
Verse 19
कृष्णश्च पाण्डवश्चैव सहस्रशिरसस्तथा । पारियात्रश्च शैलेन्द्रः शृङ्गवानचलोत्तमः । इत्येते पर्वतवराः श्रीमन्तः पश्चिमे स्मृताः ॥ ७८.१९ ॥
«Kṛṣṇa» et «Pāṇḍava», ainsi que «Sahasraśiras»; de plus Pāriyātra, seigneur des montagnes, et Śṛṅgavān, le plus noble des sommets : tels sont les monts illustres et éminents, mémorisés pour la région de l’Ouest.
Verse 20
महाभद्रस्य सरस उत्तरॆण द्विजोत्तमाः । ये पर्वताः स्थिताः विप्रास्तान् वक्ष्यामि निबोधत ॥ ७८.२० ॥
Ô le meilleur des dvija (les « deux-fois-nés »), au nord du lac de Mahābhadra se tiennent des montagnes—ô brāhmaṇa—celles-là, je vais les décrire ; écoutez avec une attention recueillie.
Verse 21
हंसकूटो महाशैलो वृषहंसश्च पर्वतः । कपिञ्जलश्च शैलेन्द्र इन्द्रशैलश्च सानुमान् ॥ ७८.२१ ॥
« (On y trouve) Haṃsakūṭa, la grande montagne ; Vṛṣahaṃsa, le mont ; Kapiñjala, seigneur des montagnes ; et Indraśaila, pourvu de crêtes et de sommets. »
Verse 22
नीलः कनकशृङ्गश्च शतशृङ्गश्च पर्वतः । पुष्करो मेघशैलोऽथ विरजाश्चाचलोत्तमः । जारुचिश्चैव शैलेन्द्र इत्येते उत्तराः स्मृताः ॥ ७८.२२ ॥
« (Voici) les montagnes : Nīla, Kanakaśṛṅga et Śataśṛṅga ; Puṣkara ; Meghaśaila ; Virajā, montagne d’excellence ; et Jāruci, seigneur des montagnes — celles-ci sont mémorisées comme les montagnes du Nord. »
Verse 23
इत्येतॆषां तु मुख्यानामुत्तरेषु यथाक्रमम् । स्थलीरन्तरद्रोण्यश्च सरांसि च निबोधत ॥ ७८.२३ ॥
Ainsi, au sujet de ces montagnes principales, apprenez—dans les régions du Nord et selon l’ordre—les plaines, les cuvettes ou vallées encloses, ainsi que les lacs.
Rather than prescribing a direct social rule, the text frames Earth’s stability through ordered geography: named mountains and lakes function as a schematic of terrestrial structure. The implicit instruction is that maintaining the integrity of waters (saras, tīrthas) and forested habitats sustains a balanced world, aligning sacred order with environmental continuity.
No explicit tithi, lunar phase, vrata timing, or seasonal ritual calendar is given in the cited passage. The chapter instead uses ecological descriptors—cool, fragrant breezes and blooming lotus-lakes—as atmospheric markers of a flourishing landscape rather than a dated ritual schedule.
Environmental balance is conveyed through hydrological and habitat imagery: lakes filled with lotuses (kamala, utpala, kahlāra), bird-rich groves, and clean, meritorious waters. By cataloguing lakes and mountains as interlinked systems across the four directions, the narrative presents Earth (Pṛthivī) as upheld by coherent water–forest–mountain networks, a model readily interpretable as early ecological ethics.
The principal cultural figure explicitly speaking is Rudra, who delivers the geographic enumeration. No royal dynasties, administrative lineages, or named human sages are foregrounded in this excerpt beyond the generic address to dvijottamas/vipras; the emphasis remains on place-names and landscape taxonomy.