Adhyaya 69
Varaha PuranaAdhyaya 6943 Shlokas

Adhyaya 69: Agastya’s Vision of Varuṇa as Nārāyaṇa in Ilāvṛta

Agastya–Varuṇa (Nārāyaṇa) Darśanaṃ Ilāvṛte

Mythic-Theology and Sacred Geography (Otherworld Vision Narrative)

Dans le cadre d’enseignement Varāha–Pṛthivī, la question de Pṛthivī amène Varāha à rappeler un récit exemplaire sur la perception, les mondes cachés et l’ordre cosmique, en lien avec la structure de la Terre. Dans l’histoire enchâssée, Bhadrāśva interroge Agastya au sujet d’un événement prodigieux touchant son corps et son vécu. Agastya raconte qu’il se rendit à Ilāvṛta près du Meru, rencontra au bord d’un lac un tapasvin d’austérité rigoureuse, et fut accueilli par des serviteurs merveilleux, comme venus de régions souterraines. Un vase de bain devient un seuil vers un royaume « invisible » et prospère, avec lacs, palais et récitation rituelle. Le tapasvin se révèle être Nārāyaṇa sous forme aqueuse, identifié à Varuṇa, et explique que cette vision fut une grâce obtenue par une dévotion antérieure. L’épisode ramène Agastya au sommet terrestre du Meru, le laissant méditer sur la manière d’atteindre à nouveau ce domaine.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivīBhadrāśvaAgastyaTapasvin (Varuṇa/Nārāyaṇa)

Key Concepts

darśana (revelatory vision) mediated through water (jala)Ilāvṛta and Meru as cosmographic centersatithi-satkāra (hospitality) as a ritualized ethichidden/parallel lokas and the limits of ordinary perceptionVaruṇa–Nārāyaṇa identification (theology of watery sovereignty)karmic continuity across births (sapta janmāni) and divine favor

Shlokas in Adhyaya 69

Verse 1

भद्राश्व उवाच । भगवन् त्वच्छरीरे तु यद्वृत्तं द्विजसत्तम । चिरजीवी भवांस्तन्मे वक्तुमर्हसि सत्तम ॥ ६९.१ ॥

Bhadrāśva dit : « Ô Bienheureux, ô le meilleur parmi les dvija, daigne me dire ce qui s’est produit dans ton propre corps. Toi qui es de longue vie, tu es apte, ô excellent, à me l’expliquer. »

Verse 2

अगस्त्य उवाच । मच्छरीरमिदं राजन् बहुकौतूहलान्वितम् । अनेककल्पसंस्थायि वेदविद्याविशोधितम् ॥ ६९.२ ॥

Agastya dit : « Ô roi, ce corps qui est le mien est empreint de bien des merveilles ; il a subsisté à travers de nombreux kalpa et a été épuré par la science védique. »

Verse 3

अथन् महीमहं सर्वां गतवानस्मि पार्थिव । इलावृतं महावर्षं मेरोः पार्श्वे व्यवस्थितम् ॥ ६९.३ ॥

Puis, ô roi, j’ai parcouru toute la terre ; et j’ai vu la grande contrée nommée Ilāvṛta, établie sur le flanc du mont Meru.

Verse 4

तत्र रम्यं सरो दृष्टं तस्य तीरे महाकुटी । तत्रोपवासशिथिलं दृष्टवानस्मि तापसम् । अस्थिचर्मावशेषं तु चीरवल्कलधारिणम् ॥ ६९.४ ॥

Là, je vis un lac charmant, et sur sa rive une grande hutte. Là, j’aperçus un ascète, affaibli par le jeûne, vêtu de haillons et d’étoffe d’écorce, n’ayant plus que la peau sur les os.

Verse 5

तं दृष्ट्वाहं नृपश्रेष्ठ क एष नृपसत्तम । विश्वास्य प्रतिपत्त्यर्थं विधेयं मे नरोत्तम ॥ ६९.५ ॥

L’ayant vu, je demandai : «Ô le meilleur des rois, qui est celui-ci—ô le plus éminent des souverains ? Afin d’établir la confiance et une compréhension claire, ô le meilleur des hommes, fais pour moi ce qu’il convient de faire.»

Verse 6

एवं चित्तयतो मह्यं स मां प्राह महामुनिः । स्थीयतां स्थीयतां ब्रह्मन्नातिथ्यं करवाणि ते ॥ ६९.६ ॥

Tandis que je méditais ainsi, le grand sage me dit : «Reste, reste, ô brāhmane ; laisse-moi t’offrir l’hospitalité due à l’hôte.»

Verse 7

एतच्छ्रुत्वा वचस्तस्य प्रविष्टोऽहं कुटीं तु ताम् । तावत्पश्याम्यहं विप्रं ज्वलन्तमिव तेजसा ॥ ६९.७ ॥

Ayant entendu ses paroles, j’entrai dans cette hutte ; et, à cet instant, je vis un brāhmane, comme embrasé de splendeur.

Verse 8

भूमौ स्थितं तु मां दृष्ट्वा हुंकारमकरोद् द्विजः । तद्धुंकारात् तु पातालं भित्त्वा पञ्च हि कन्यकाः ॥ ६९.८ ॥

Me voyant debout sur la terre, le deux-fois-né (brāhmane) poussa un puissant « huṃ ». De ce « huṃ », cinq jeunes filles percèrent Pātāla, le monde inférieur, et surgirent.

Verse 9

निर्ययुः काञ्चनं पीठमेकां तासां प्रगृह्य वै । सा मां प्रादात् तदा अन्याऽदात् सलिलं करसंस्थितम् ॥ ६९.९ ॥

Elles sortirent ; l’une d’entre elles prit, en vérité, un siège d’or. Elle me le présenta, tandis qu’une autre offrit de l’eau recueillie dans le creux de sa main.

Verse 10

गृहीत्वा अन्यां तु मे पादौ क्षालितुं चोपचक्रमे । अन्ये द्वे व्यजने गृहीत्वा मत्पक्षाभ्यां व्यवस्थिते ॥ ६९.१० ॥

Mais une autre servante saisit mes pieds et se mit à les laver ; et deux autres, prenant des chasse-mouches (cāmara), se tinrent en place de part et d’autre de mes ailes.

Verse 11

ततो हुंकारमकरोत् पुनरेव महातपाः । तच्छब्दादन्तरं हैमद्रोणीं योजनविस्तृताम् । गृह्याजगाम मकरोत्प्लवं सरसि पार्थिव ॥ ६९.११ ॥

Alors le grand ascète poussa de nouveau un huṅkāra retentissant. De l’intervalle créé par ce son, il saisit une auge d’or, longue d’un yojana, et s’avança ; ô roi, il en fit un flotteur sur le lac.

Verse 12

तस्यां तु कन्याः शतशो हेमकुम्भकराः शुभाः । आययुस्तमथो दृष्ट्वा स मुनिः प्राह मां नृप ॥ ६९.१२ ॥

Là, en vérité, des centaines de jeunes filles de bon augure, portant des cruches d’or, s’avancèrent. Puis, l’ayant vu, ce muni s’adressa à moi, ô roi.

Verse 13

स्नानार्थं कल्पितं ब्रह्मन्निदं ते सर्वमेव तु । द्रोणीं प्रविश्य चेमां त्वं स्नातुमर्हसि सत्तम ॥ ६९.१३ ॥

Ô brahmane, tout ceci a été préparé pour ton bain. Entre dans cette droṇī ; ô le meilleur des hommes, tu es digne de te baigner.

Verse 14

ततोऽहं तस्य वचनात् तस्यां द्रोण्यां नराधिप । विशामि तावत् सरसि सा द्रोणी प्रत्यमज्जत ॥ ६९.१४ ॥

Alors, sur son ordre, ô roi, j’entrai dans ce récipient semblable à une auge ; et dès que je pénétrai dans le lac, cette droṇī s’enfonça.

Verse 15

द्रोण्यां जले निमग्नोऽहमिति मत्वा नरेश्वर । उन्मग्नोऽहं ततो लोकमपूर्वं दृष्टवांस्ततः ॥ ६९.१५ ॥

Pensant : «Je me suis enfoncé dans l’eau à l’intérieur de la droṇī», ô seigneur des hommes, j’émergeai alors ; puis je vis un monde sans précédent.

Verse 16

सुहर्म्यकक्ष्यायतनं विशालं रथ्यापथं शुद्धजनानुकीर्णम् । नीत्युत्तमैः सेवितमात्मविद्भिर् नृभिः पुराणैर्नयमार्गसंस्थैः ॥ ६९.१६ ॥

On y trouve de hauts palais et de vastes demeures ; ses rues et ses voies sont remplies d’êtres à l’esprit pur. Ce lieu est fréquenté par des hommes de conduite éminente—connaisseurs du Soi—d’allure ancienne, établis sur la voie de la juste règle et du bon gouvernement.

Verse 17

संसारचर्यापरिघाभिरुग्रं गम्भीरपातालतलस्थमाद्यम् । सितैर्नृभिः पाशवराग्रहस्तैः द्विपाश्वसङ्घैर्विविधैरुपेतम् ॥ ६९.१७ ॥

Au plus profond de pātāla, cet état primordial est dit redoutable, ceint de barrières de fer du cours du saṃsāra. Il est entouré d’hommes pâles tenant en main des cordes semblables à des lacets, et de divers groupes postés de part et d’autre.

Verse 18

विचित्रपद्मोत्पलसंवृतानि सरांसि नानाविहगाकुलानि । अम्भोजपत्रस्थितभृङ्गनादैरुद्गीतवन्तीव लयैरनेकैः । कैलासशृङ्गप्रतिमानि तीरे श्वनेकरत्नोत्पलसंचितानि । गृहाणि धन्याध्युषितानि नीचै रूपासितानि द्विजदेवविप्रैः ॥ ६९.१८ ॥

Les lacs, couverts de lotus et d’utpalas aux couleurs variées, regorgeaient d’oiseaux de toutes sortes. Avec le bourdonnement des abeilles posées sur les feuilles de lotus, ils semblaient chanter selon de multiples rythmes. Sur la rive se dressaient des maisons semblables aux cimes du Kailāsa, amoncelées d’utpalas comme de joyaux ; ces demeures, humblement situées, étaient habitées par les bienheureux et ornées par des sages brāhmanes—tenus pour « divins » parmi les deux-fois-nés.

Verse 19

कैलासशृङ्गप्रतिमानि तीरे श्वनेकरत्नोत्पलसंचितानि । गृहाणि धन्याध्युषितानि नीचै रूपासितानि द्विजदेवविप्रैः ॥ ६९.१९ ॥

Sur la rive du fleuve se dressaient des demeures semblables aux cimes du Kailāsa, amoncelées de lotus sertis de joyaux de maintes sortes. Ces maisons, établies bas près du sol, étaient habitées par les bienheureux et les fortunés, et ornées, servies par des brahmanes—tenus pour « divins » parmi les deux-fois-nés.

Verse 20

पद्मानि भृङ्गावनतानि चेलु-स्तेषां पुनर्गुरुभारादजस्रम् । जलेषु येषां सुस्वरास्यो द्विजाति-र्वेदोदितानाह विचित्रमन्त्रान् ॥ ६९.२० ॥

Les lotus, courbés sous les essaims d’abeilles, ondoyaient; puis, de nouveau et sans cesse, ils se redressaient sous le poids qui les pressait. Dans ces eaux, un deux-fois-né, à la voix harmonieuse, récitait d’étranges mantras tels que les enseigne le Veda.

Verse 21

सिताब्जमालार्चितगात्रवन्ति वासोत्तरियाणि खगप्रवारैः । सरांस्यनेकानि तथा द्विजास्तु पठन्ति यज्ञार्थविधिं पुराणम् ॥ ६९.२१ ॥

Leurs corps étaient honorés par des guirlandes de lotus blancs, et leurs vêtements ainsi que leurs étoffes de dessus étaient portés par les plus nobles des oiseaux. De même, auprès de nombreux lacs, les deux-fois-nés récitaient le Purāṇa qui expose les règles rituelles et la finalité du yajña (sacrifice).

Verse 22

भ्रमन्नहं तेषु सरःस्वपश्यं वृन्दान्यनेकानि सुराङ्गनानाम् । विद्याधराणां च तथैव कन्याः स्नानाय तं देशमुपागताश्च ॥ ६९.२२ ॥

Tandis que j’errais en ce lieu, je vis dans ces lacs de nombreux groupes de jeunes femmes célestes; de même, des jeunes filles des Vidyādhara étaient venues en cette contrée pour s’y baigner.

Verse 23

ततः कदाचिद् भ्रमता नृपोत्तम प्रदृष्टमन्यत्सुसरः सुतोयम् । प्राग् दृष्टमेकं तु तथैव तीरे कुटीं प्रपश्यामि यथा पुराहम् ॥ ६९.२३ ॥

Puis, à un moment donné, tandis qu’il errait, ô le meilleur des rois, ce fils à la voix agréable vit autre chose : sur la rive, j’aperçois une hutte d’ermitage exactement telle que je l’avais vue jadis.

Verse 24

यावत् कुटीं तां प्रविशामि राजन् तपस्विनं तं स्थितमेकदेशे । दृष्ट्वाभिगम्याभिवदामि यावत् स्मयन्नुवाचाप्रतिमप्रभावः ॥ ६९.२४ ॥

Ô roi, lorsque j’entrai dans cette hutte, je vis l’ascète debout en un endroit. Comme je m’approchais et m’apprêtais à lui rendre hommage, lui—d’une puissance sans égale—sourit et parla.

Verse 25

तापस उवाच । किं मां विप्र न जानीषे प्राग्दृष्टमपि सत्तम । येन त्वं मूढवल्लोकमिममप्यनुपश्यसि ॥ ६९.२५ ॥

L’ascète dit : «Ô brāhmane, ne me reconnais-tu pas, moi que tu as déjà vu auparavant, ô le meilleur des hommes de bien ? Par quelle ignorance, tel un égaré, ne perçois-tu même pas ce monde ?»

Verse 26

दृष्टं मत्कमिदं देवैर्भुवनं यन्न दृश्यते । त्वत्प्रियार्थं मया लोको दर्शितः स द्विजोत्तम ॥ ६९.२६ ॥

Ce monde, qui est mien, a été vu par les dieux, bien qu’il ne soit pas visible d’ordinaire. Pour te satisfaire, ô meilleur des deux-fois-nés, je t’ai révélé ce royaume.

Verse 27

सम्पदं पश्य लोकस्य मदीयस्य महामुने । दधिक्षीरवहा नद्यस्तथा सर्पिर्मयान् ह्रदान् ॥ ६९.२७ ॥

«Vois la prospérité de mon monde, ô grand sage : des rivières qui coulent de caillé et de lait, et de même des lacs faits de beurre clarifié (ghee).»

Verse 28

गृहाणां हेमरत्नानां स्तम्भान् हेममयान् गृहे । रत्नोत्पलचितां भूमिं पद्मरागसमप्रभाम् । पारिजातप्रसूनाढ्यां सेवितां यक्षकिन्नरैः ॥ ६९.२८ ॥

Il décrit des demeures d’or et de joyaux, dont les colonnes intérieures sont entièrement d’or ; le sol, incrusté de lotus de gemmes, resplendit d’un éclat égal à celui du rubis. Il est riche en fleurs du pārijāta et fréquenté par les Yakṣas et les Kinnaras.

Verse 29

एवमुक्तस्तदा तेन तापसेन नराधिप । विस्मयापन्नहृदयस्तमेवाहं तु पृष्टवान् ॥ ६९.२९ ॥

Ô roi, lorsque cet ascète m’eut ainsi adressé la parole, le cœur saisi d’émerveillement, je l’interrogeai de nouveau.

Verse 30

भगवंस्तव लोकोऽयं सर्वलोकवरोत्तमः । सर्वलोकाः मया दृष्टा ब्रह्मशक्रादिसंस्थिताः ॥ ६९.३० ॥

Ô Bienheureux, ce domaine qui est le tien est le plus excellent de tous les mondes. J’ai vu tous les mondes, ceux où sont établis Brahmā, Śakra (Indra) et les autres.

Verse 31

अयं त्वपूर्वो लोको मे प्रतिबाति तपोधन । सम्पदैश्वर्यतेजोभिर्हर्म्यरत्नचयैस्तथा ॥ ६९.३१ ॥

Mais ce monde m’apparaît comme sans précédent, ô trésor d’ascèse : comblé de prospérité, de souveraineté et d’éclat, ainsi que de palais et d’amas de joyaux.

Verse 32

सरोभिः सूदकैः पुण्यैर्जलजैश्च विशेषतः । अत्यद्भुतमिदं लोकं दृष्टवानस्मि ते मुने ॥ ६९.३२ ॥

Avec ses lacs sacrés, ses eaux saintes, et surtout ses êtres et végétations nés de l’eau, j’ai vu ce monde comme merveille au-delà de toute mesure, ô sage.

Verse 33

इत्थंभूतं कथं लोको भवांश्चेत्थं व्यवस्थितः । कथयस्वैतस्य हेतुं मे कश्च त्वं मुनिपुंगव ॥ ६९.३३ ॥

Comment le monde est-il devenu tel qu’il est ? Et comment es-tu établi dans un tel état ? Dis-m’en la cause, et dis-moi aussi qui tu es, ô le plus éminent des sages.

Verse 34

कथमिलावृते वर्षे सरस्तीरे महामुने । दृष्टवानस्मि सोऽहं त्वं सरस्तत् सा कुटी मुने । हेमहार्म्याकुले लोके किं वा स्थानं तु ते कुटिः ॥ ६९.३४ ॥

Comment se fait-il que, dans l’Ilāvṛta-varṣa, sur la rive du lac, ô grand sage, je t’aie vu—et que j’aie vu aussi cette hutte d’ermitage près du lac, ô muni ? Dans un monde encombré de palais d’or, quelle est donc la situation, le rang, de ta cabane ?

Verse 35

एवमुक्तः स भगवात् मया । असौ मुनिपुङ्गवः । प्राह मह्यं यथावृत्तं यत् तु राजेन्द्र तच्छृणु ॥ ६९.३५ ॥

Ainsi interpellé par moi, ce vénérable, le taureau parmi les sages, me raconta ce qui s’était passé tel quel; et dit : « Ô meilleur des rois, écoute cela. »

Verse 36

तापस उवाच । अहं नारायणो देवो जलरूपी सनातनः । येन व्याप्तमिदं विश्वं त्रैलोक्यं सचराचरम् ॥ ६९.३६ ॥

L’ascète dit : « Je suis Nārāyaṇa, le Dieu, l’Éternel, ayant la forme de l’eau ; par moi cet univers tout entier est pénétré, les trois mondes avec tout ce qui est mobile et immobile. »

Verse 37

या सा त्वाप्याकृतिस्तस्य देवस्य परमेष्ठिनः । सोऽहं वरुण इत्युक्तः स्वयं नारायणः परः ॥ ६९.३७ ॥

« Cette forme même que tu as perçue comme appartenant au Seigneur suprême (Parameṣṭhin), c’est moi, celui qu’on nomme “Varuṇa” ; en vérité, je suis Nārāyaṇa lui-même, le Transcendant. »

Verse 38

त्वया च सप्त जन्मानि अहमारााधितः पुरा । तेन त्रैलोक्यनाशेऽपि त्वमेकस्त्वभिलक्षितः ॥ ६९.३८ ॥

« Et toi, durant sept naissances, jadis tu m’as apaisé par ton culte ; c’est pourquoi, même lorsque les trois mondes vont à la destruction, toi seul es distingué, marqué pour être reconnu. »

Verse 39

एवमुक्तस्तदा तेन निद्रामीलितलोचनः । पतितोऽहं धरापृष्ठे तत्क्षणात् पुनरुत्थितः ॥ ६९.३९ ॥

Alors, ainsi interpellé par lui, les yeux à demi clos sous l’assoupissement, je tombai sur la surface de la terre ; et, à l’instant même, je me relevai.

Verse 40

यावत्पश्याम्यहं राजन् तं ऋषिं तच्च वै पुरम् । तावन्मेरुगिरेर्मूर्ध्निं पश्याम्यात्मानमात्मना ॥ ६९.४० ॥

Ô roi, tant que je contemple ce sage et cette même cité, durant ce même temps je me contemple moi-même—par mon Soi intérieur—au sommet du mont Méru.

Verse 41

समुद्रान् सप्त पश्यामि तथैव कुलपर्वतान् । सप्तद्वीपवतीं पृथ्वीं दृष्टवानस्मि पार्थिव ॥ ६९.४१ ॥

Je vois les sept océans, et de même les chaînes de montagnes ; ô roi, j’ai contemplé la Terre comme dotée de sept continents.

Verse 42

अद्यापि तं लोकवरं ध्यायंस्तिष्ठामि सुव्रत । कदा प्राप्स्येऽथ तं लोकमिति चिन्तापरोऽभवम् ॥ ६९.४२ ॥

Aujourd’hui encore, ô toi de vœu pur, je demeure debout en méditant ce royaume excellent. Pensant : «Quand donc atteindrai-je ce monde ?», je fus entièrement absorbé par ce souci.

Verse 43

एवं ते कौतुकं राजन् कथितं परमेष्ठिनः । यद्वृत्तं मम देहे तु किमन्यच्छ्रोतुमिच्छसि ॥ ६९.४३ ॥

Ainsi, ô roi, ta curiosité a été éclaircie—comme l’a exposé Parameṣṭhin ; et ce qui advint à mon corps a été rapporté. Que désires-tu entendre encore ?

Frequently Asked Questions

The narrative uses a vision-episode to foreground epistemic humility (the limits of ordinary seeing) and the moral grammar of atithi-satkāra (hospitality) as a civilizational ethic. Philosophically, it presents a model where divine disclosure (darśana) is conditioned by prior devotion across lifetimes and mediated through liminal elements—especially water—linking cosmology, perception, and conduct.

No explicit tithi, nakṣatra, māsa, or ṛtu markers are stated. The only practice-like element is “snāna” (bathing) arranged by the tapasvin, but it is presented as a visionary threshold rather than a calendrically timed rite.

Environmental stewardship appears indirectly through cosmographic and ecological imagery: lakes (saras), waters (salila), and river-like abundance (milk/curd/ghee streams) symbolize ordered fertility and the sustaining role of water in world-maintenance. By placing revelation and transition through a bathing-vessel and lake, the chapter frames water as a stabilizing, world-linking medium—an implicit ecological ethic emphasizing the centrality of aquatic systems to terrestrial coherence.

Agastya is the principal sage figure; Bhadrāśva appears as the royal interlocutor questioning him. The revealed identity is Varuṇa (also declared as Nārāyaṇa), and broader cultural-theological references include Brahmā and Indra (Śakra) as loci of other worlds that Agastya claims to have seen for comparison.