
Nāradaśvetadvīpagamanaṃ tathā Pañcarātraprāptyupāyaḥ
Ritual-Manual / Devotional-Theology (Pañcarātra)
Dans le cadre didactique Varāha–Pṛthivī, le chapitre est rapporté sous forme de dialogue : Bhadrāśva interroge Agastya sur des savoirs ou visions extraordinaires, et celui-ci raconte l’ancien voyage de Nārada à Śvetadvīpa. Nārada y voit des êtres resplendissants semblables à Viṣṇu, portant conque, disque et lotus, et son esprit s’ébranle en cherchant le « vrai » Viṣṇu. Il entreprend une longue méditation durant mille années divines ; alors Janārdana apparaît et lui accorde une grâce. Nārada demande la méthode pour atteindre le Seigneur. Le Seigneur répond que le culte fondé sur le Pauruṣa Sūkta et, lorsque l’accès védique est restreint, la voie du Pañcarātra mènent à Lui ; Il décrit aussi l’éligibilité sociale, le déclin au fil des yuga et la rareté du savoir pañcarātrique, puis disparaît tandis que Nārada s’en retourne.
Verse 1
भद्राश्व उवाच । आश्चर्यं यदि ते किञ्चिद् विदितं दृष्टमेव वा । तन्मे कथय धर्मज्ञ मम कौतूहलं महत् ॥ ६६.१ ॥
Bhadrāśva dit : «Si tu connais quelque chose d’étonnant—appris ou vu de tes propres yeux—dis-le-moi, ô connaisseur du dharma ; ma curiosité est grande.»
Verse 2
अगस्त्य उवाच । आश्चर्यभूतो भगवानेष एव जनार्दनः । तस्याश्चर्याणि दृष्टानि बहूनि विविधानि वै ॥ ६६.२ ॥
Agastya dit : «Ce Seigneur Janārdana lui-même est véritablement merveilleux. On a vu de nombreux prodiges, variés, qui sont les siens.»
Verse 3
श्वेतद्वीपं गतः पूर्वं नारदः किल पार्थिव । सोऽपश्यच्छङ्खचक्राब्जान् पुरुषांस्तिग्मतेजसः ॥ ६६.३ ॥
Ô roi, jadis Nārada se rendit en vérité à Śvetadvīpa ; là, il vit des êtres rayonnants, portant la conque, le disque et le lotus, d’un éclat vif et ardent.
Verse 4
अयं विष्णुरयं विष्णुरेष विष्णुः सनातनः । चिन्ताऽभूत्तस्य तां दृष्ट्वा कोऽस्मिन्विष्णुरिति प्रभुः ॥ ६६.४ ॥
«Voici Viṣṇu ; voici Viṣṇu ; voici en vérité Viṣṇu, l’Éternel.» Voyant cette affirmation répétée, l’inquiétude naquit en lui, et le Seigneur demanda : «Qui donc, en cela, est “Viṣṇu” ?».
Verse 5
एवं चिन्तयतस्तस्य चिन्ता कृष्णं प्रति प्रभो । आराधयामि च कथं शङ्खचक्रगदाधरम् ॥ ६६.५ ॥
Tandis qu’il méditait ainsi, sa pensée se tourna vers Kṛṣṇa : «Ô Seigneur, comment donc adorerai-je Celui qui porte la conque, le disque et la massue ?».
Verse 6
येन वेद्मि परं तेषां देवो नारायणः प्रभुः । एवं संचिन्त्य दध्यौ स तं देवं परमेश्वरम् ॥ ६६.६ ॥
Il réfléchit ainsi : «Celui par qui je connais la réalité suprême de tous, ce Seigneur est le dieu Nārāyaṇa.» Ayant ainsi pensé, il médita sur ce Deva, le Souverain Suprême.
Verse 7
दिव्यं वर्षसहस्रं तु साग्रं ब्रह्मसुतस्तदा । ध्यायतस्तस्य देवोऽसौ परितोषं जगाम ह ॥ ६६.७ ॥
Alors le fils de Brahmā, après avoir médité durant mille années divines entières, fut accueilli par cette divinité, qui en fut satisfaite.
Verse 8
उवाच च प्रसन्नात्मा प्रत्यक्षत्वं गतः प्रभुः । वरं ब्रह्मसुत ब्रूहि किं ते दद्मि महामुने ॥ ६६.८ ॥
Alors le Seigneur, désormais manifesté devant lui et l’âme paisible, dit : «Ô fils de Brahmā, énonce la grâce désirée. Ô grand sage, que dois-je t’accorder ?»
Verse 9
नारद उवाच । सहस्रमेकं वर्षाणां ध्यातस्त्वं भुवनेश्वर । त्वत्प्राप्तिर्येन तद् ब्रूहि यदि तुष्टोऽसि मेऽच्युत ॥ ६६.९ ॥
Nārada dit : «Ô Seigneur des mondes, durant mille et une années je t’ai contemplé en méditation. Si tu es satisfait de moi, ô Acyuta, dis-moi par quel moyen on t’atteint.»
Verse 10
देवदेव उवाच । पौरुषं सूक्तमास्थाय ये यजन्ति द्विजास्तु माम् । संहितामाद्यमास्थाय ते मां प्राप्स्यन्ति नारद ॥ ६६.१० ॥
Devadeva dit : «Les deux-fois-nés qui m’adorent en s’appuyant sur le Puruṣa Sūkta et en prenant refuge dans la Saṃhitā primordiale m’atteindront, ô Nārada.»
Verse 11
अलाभे वेदशास्त्राणां पाञ्चरात्रोदितेन ह । मार्गेण मां प्रपश्यन्ते ते मां प्राप्स्यन्ति मानवाः ॥ ६६.११ ॥
Lorsque les traités védiques ne sont pas accessibles, les êtres humains qui me cherchent par la voie enseignée dans le Pañcarātra m’atteindront assurément.
Verse 12
ब्राह्मणक्षत्रियविशां पाञ्चरात्रं विधीयते । शूद्रादीनां न तच्छ्रोत्रपदवीमुपयास्यति ॥ ६६.१२ ॥
L’observance du Pañcarātra est prescrite aux brāhmaṇas, kṣatriyas et vaiśyas ; pour les śūdras et les autres, elle n’atteint pas le statut d’un enseignement reçu par la śruti (l’audition védique autorisée).
Verse 13
एवं मयोक्तं विप्रेन्द्र पुराकल्पे पुरातनम् । पञ्चरात्रं सहस्राणां यदि कश्चिद् ग्रहीष्यति ॥ ६६.१३ ॥
Ainsi, ô le meilleur des brahmanes, cet enseignement très ancien fut énoncé par moi dans un éon passé ; si quelqu’un, fût-ce parmi des milliers, venait à recevoir le Pañcarātra.
Verse 14
कर्मक्षये च मां कश्चिद् यदि भक्तो भविष्यति । तस्य चेदं पञ्चरात्रं नित्यं हृदि वसिष्यति ॥ ६६.१४ ॥
Et lorsque s’épuise le stock des actes (karma), si quelqu’un devient mon dévot, alors pour lui ce Pañcarātra demeurera à jamais dans le cœur.
Verse 15
इतरे राजसैर्भावैस्तामसैश्च समावृताः । भविष्यन्ति द्विजश्रेष्ठ मच्छासनपराङ्मुखाः ॥ ६६.१५ ॥
Les autres, enveloppés de dispositions rājasa et tāmasa, deviendront—ô le meilleur des deux-fois-nés—ceux qui se détournent de mon enseignement.
Verse 16
कृतं त्रेता द्वापरं च युगानि त्रीणि नारद । सत्त्वस्थां मां समेष्यन्ति कलौ रजस्तमोऽधिकाः ॥ ६६.१६ ॥
Ô Nārada, dans les trois yuga—Kṛta, Tretā et Dvāpara—ceux qui sont établis dans le sattva s’approchent de moi ; mais dans le Kali, rajas et tamas dominent.
Verse 17
अन्यच्च ते वरं दद्मि शृणु नारद साम्प्रतम् । यदिदं पाञ्चरात्रं मे शास्त्रं परमदुर्लभम् । तद्भवान् वेत्स्यते सर्वं मत्प्रसादान्न संशयः ॥ ६६.१७ ॥
«Et de plus, je t’accorde une autre grâce : écoute à présent, ô Nārada. Ce Pañcarātra, mon śāstra, est extrêmement difficile à obtenir ; par ma faveur tu le connaîtras entièrement—sans aucun doute.»
Verse 18
वेदेन पाञ्चरात्रेण भक्त्या यज्ञेन च द्विज । प्राप्योऽहं नान्यथा वत्स वर्षकोट्यायुतैरपि ॥ ६६.१८ ॥
Ô deux-fois-né : Je suis atteignable par le Veda, par la tradition du Pāñcarātra, par la dévotion (bhakti) et par le sacrifice (yajña). Nullement autrement, cher enfant, fût-ce au bout de dizaines de milliers de crores d’années.
Verse 19
एवमुक्त्वा स भगवान्नारदं परमेश्वरः । जगामादर्शनं सद्यो नारदोऽपि ययौ दिवम् ॥ ६६.१९ ॥
Ayant ainsi parlé, le Seigneur Bienheureux—Parameśvara—disparut aussitôt de la vue ; et Nārada, lui aussi, s’en alla vers le séjour céleste.
The chapter presents a soteriological instruction: attainment of Nārāyaṇa is described as dependent on disciplined devotion expressed through sanctioned ritual-knowledge—specifically worship aligned with the Pauruṣa Sūkta and the Pañcarātra—rather than on mere longevity of practice. It also frames ethical psychology historically via yugas, associating earlier ages with sattva-oriented receptivity and Kali with heightened rajas-tamas and diminished adherence to the Lord’s injunctions.
No lunar tithis, months, or seasonal observances are specified. The principal chronological marker is a duration of practice: Nārada’s meditation is said to last “a thousand divine years” (divyaṃ varṣa-sahasram), and the text also uses broad yuga markers (Kṛta, Tretā, Dvāpara, Kali) to contextualize ritual disposition and access.
Direct environmental prescriptions are not articulated in this adhyāya. However, within the Varāha–Pṛthivī macro-frame, the chapter can be read as indirectly supporting ‘terrestrial balance’ by emphasizing dharma-maintaining disciplines (yajña, bhakti, regulated ritual knowledge) and by portraying moral-psychological decline across yugas as a destabilizing factor for orderly life on earth, a recurrent Purāṇic premise for sustaining social and ecological continuity.
The narrative references the sages Nārada and Agastya and the interlocutor Bhadrāśva, alongside the divine figure Janārdana/Nārāyaṇa. It also invokes cultural-ritual categories rather than dynastic lineages: dvija participation, varṇa-based eligibility (brāhmaṇa, kṣatriya, viś), and a restriction claim regarding śūdra access to the ‘śrotra-path’ (Vedic hearing/tradition) in relation to Pañcarātra.
Read Varaha Purana in the Vedapath app
Scan the QR code to open this directly in the app, with audio, word-by-word meanings, and more.