
Ārogyavratakathanaṃ (Ādityārādhanavidhiḥ)
Ritual-Manual (Vrata) with Exemplary Narrative (Nīti/Itihāsa-style illustration)
Dans le cadre du dialogue purānique (Varāha instruisant Pṛthivī), le chapitre expose l’Ārogyavrata, vœu de santé centré sur Sūrya/Āditya, forme durable de Viṣṇu. Il prescrit une observance au mois de Māgha : nourriture réglée le sixième jour, jeûne et culte solaire le septième (Saptamī), puis repas le huitième, à répéter chaque année pour obtenir santé, prospérité et un état favorable après la mort. Pour en établir le bien-fondé, il raconte le roi Sārvabhauma (Anaraṇya), frappé de kuṣṭha après avoir, par orgueil, voulu saisir un lotus miraculeux à Mānasasaras, causant du tort et franchissant des limites sacrées. Vasiṣṭha explique que le lotus est brahma-udbhava et qu’Āditya y réside ; il prescrit l’Ādityārādhana comme discipline réparatrice. Le roi accomplit le vœu et guérit aussitôt, soulignant la retenue et la vénération des sites naturels sanctifiés.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । अथापरं महाराज व्रतम् आरोग्यसंज्ञितम् । कथयामि परं पुण्यं सर्वपापप्रणाशनम् ॥ ६२.१ ॥
Agastya dit : « À présent encore, ô grand roi, je vais exposer le vœu nommé “Ārogya” (Santé), observance d’un mérite suprême, dite anéantir tous les péchés. »
Verse 2
तस्यैव माघमासस्य सप्तम्यां समुपोषितः । पूजयेद् भास्करं देवं विष्णुरूपं सनातनम् ॥ ६२.२ ॥
Au septième jour lunaire de ce même mois de Māgha, après avoir observé le jeûne selon la règle, on doit vénérer le dieu Bhāskara (le Soleil), l’Éternel, reconnu comme prenant la forme de Viṣṇu.
Verse 3
आदित्य भास्कर रवे भानो सूर्य दिवाकर । प्रभाकरेति सम्पूज्य एवं सम्पूज्यते रविः ॥ ६२.३ ॥
L’ayant honoré comme il se doit par les noms : Āditya, Bhāskara, Ravi, Bhānu, Sūrya, Divākara et Prabhākara, ainsi, en vérité, Ravi est-il adoré.
Verse 4
षष्ठ्यां चैव कृताहारः सप्तम्यां भानुमर्चयेत् । अष्टम्यां चैव भुञ्जीत एष एव विधिक्रमः ॥ ६२.४ ॥
Au sixième jour lunaire, on prend une nourriture mesurée ; au septième, on vénère Bhānu (le Soleil) ; et au huitième, on mange. Tel est l’ordre rituel prescrit.
Verse 5
अनेन वत्सरं पूर्णं विधिना योऽर्चयेद् रविम् । तस्यारोग्यं धनं धान्यमिह जन्मनि जायते । परत्र च शुभं स्थानं यद्गत्वा न निवर्तते ॥ ६२.५ ॥
Quiconque, selon la règle prescrite, vénère ainsi Ravi (le Soleil) pendant une année entière, verra, en cette vie même, naître santé, richesse et abondance de grains ; et dans l’au-delà, il obtient un séjour auspiceux, qu’une fois atteint on ne quitte plus pour revenir.
Verse 6
सार्वभौमः पुरा राजा अनरण्यो महाबलः । तेनायमर्चितो देवो व्रतेनानेन पार्थिव । तस्य तुष्टो वरं देवः प्रादादारोग्यमुत्तमम् ॥ ६२.६ ॥
Autrefois, il y eut un roi souverain universel, Anaraṇya, d’une grande puissance. Par ce même vœu, ô roi, il rendit un culte à cette divinité; et le dieu, satisfait de lui, lui accorda en don une santé parfaite et excellente.
Verse 7
भद्राश्व उवाच । किमसौ रोगवान् राजा येनारोग्यमवाप्तवान् । सार्वभौमस्य च कथं ब्रह्मन् रोगस्य सम्भवः ॥ ६२.७ ॥
Bhadrāśva dit : «Pourquoi ce roi fut-il atteint de maladie, au point d’obtenir ensuite l’absence de mal ? Et comment, ô brahmane, une maladie pourrait-elle survenir chez un souverain universel ?»
Verse 8
अगस्त्य उवाच । स राजा सार्वभौमोऽभूद् यशस्वी च सुरूपवान् । स कदाचिन्नृपश्रेष्ठो नृपश्रेष्ठ महाबलः ॥ ६२.८ ॥
Agastya dit : Ce roi devint un souverain universel, illustre et d’une belle apparence. Un jour, ce meilleur des rois, ô meilleur des rois, doué d’une grande puissance…
Verse 9
गतवान् मानसṃ दिव्यं सरो देवगणान्वितम् । तत्रापश्यद् बृहद् पद्मं सरोमध्यगतं सितम् ॥ ६२.९ ॥
Il se rendit au lac divin Mānasā, accompagné des troupes de devas. Là, il aperçut un grand lotus blanc, placé au milieu du lac.
Verse 10
तत्र चाङ्गुष्ठमात्रं तु स्थितं पुरुषसत्तमम् । रक्तवासोभिराच्छन्नं द्विभुजं तिग्मतेजसम् ॥ ६२.१० ॥
Là, en vérité, se tenait le Puruṣa-sattama, la Personne suprême, à peine de la taille d’un pouce : couvert de vêtements rouges, à deux bras, et d’une radiance aiguë.
Verse 11
तं दृष्ट्वा सारथिं प्राह पद्ममेतत् समानय । इदं तु शिरसा बिभ्रत् सर्वलोकस्य सन्निधौ । श्लाघनीयो भविष्यामि तस्मादाहर माचिरम् ॥ ६२.११ ॥
Voyant le cocher, il dit : « Apporte ce lotus. En le portant sur ma tête devant tous les hommes, je deviendrai digne d’éloge ; apporte-le donc sans tarder. »
Verse 12
एवमुक्तस्तदा तेन सारथिः प्रविवेश ह । ग्रहीतुमुपचक्राम तं पद्मं नृपसत्तम ॥ ६२.१२ ॥
Ainsi interpellé alors par lui, le cocher entra bel et bien et commença à saisir ce lotus, ô meilleur des rois.
Verse 13
स्पृष्टमात्रे ततः पद्मे हुंकारः समजायत । तेन शब्देन स त्रस्तः पपात च ममार च ॥ ६२.१३ ॥
Alors, dès que le lotus fut seulement effleuré, un son « huṅ » retentit. Effrayé par ce bruit, il tomba—et il mourut aussi.
Verse 14
राजा च तत्क्षणात् तेन शब्देन समपद्यत । कुष्ठी विगतवर्णश्च बलवीर्यविवर्जितः ॥ ६२.१४ ॥
Et le roi, à l’instant même, fut saisi par cette parole : il fut atteint de lèpre, perdit son teint et se vit privé de force et de vigueur.
Verse 15
तथागतमतात्मानं दृष्ट्वा स पुरुषर्षभः । तस्थौ तत्रैव शोकार्तः किमेतदिति चिन्तयन् ॥ ६२.१५ ॥
Alors, se voyant lui-même dans un tel état, ce taureau parmi les hommes demeura là même, accablé de chagrin, se disant : « Qu’est-ce donc ? »
Verse 16
तस्य चिन्तयतो धीमानाजगाम महातपाः । वसिष्ठो ब्रह्मपुत्रोऽथ तं स पप्रच्छ पार्थिवम् ॥ ६२.१६ ॥
Tandis que le sage réfléchissait, arriva le grand ascète Vasiṣṭha, fils de Brahmā. Alors il interrogea le roi.
Verse 17
कथं ते राजशार्दूल तव देहस्य शासनम् । इदानीमेव किं कार्यं तन्ममाचक्ष्व पृच्छतः ॥ ६२.१७ ॥
« Ô tigre parmi les rois, comment se maintient la maîtrise, la discipline de ton corps ? Et, en cet instant même, que faut-il faire ? Dis-le-moi, puisque je te questionne. »
Verse 18
एवमुक्तस्ततो राजा वसिष्ठेन महात्मना । सर्वं पद्मस्य वृत्तान्तं कथयामास स प्रभुः ॥ ६२.१८ ॥
Ainsi interpellé par le magnanime Vasiṣṭha, le roi, en tant que souverain, entreprit de raconter intégralement tout le récit concernant Padma.
Verse 19
तं श्रुत्वा स मुनिस्तत्र साधु राजन्नथाब्रवीत् । असाधुरथ वा तिष्ठ तस्मात् कुष्ठित्वमागतः ॥ ६२.१९ ॥
L’ayant entendu, le sage dit alors : « Bien, ô roi. » Mais si tu n’es pas bon, demeure donc ainsi. C’est pourquoi la lèpre s’abattit sur lui.
Verse 20
एवमुक्तस्तदा राजा वेपमानः कृताञ्जलिः । पप्रच्छ साध्वहं विप्र कथं वा असाध्वहं मुने । कथं च कुष्ठं मे जातमेतन्मे वक्तुमर्हसि ॥ ६२.२० ॥
Ainsi interpellé, le roi, tremblant et les mains jointes en révérence, demanda : « Ô brāhmane, en quoi ai-je agi avec droiture, et en quoi ai-je agi mal, ô sage ? Et comment cette lèpre est-elle née en moi ? Daigne me l’expliquer. »
Verse 21
वसिष्ठ उवाच । एतद् ब्रह्मोद्भवं नाम पद्मं त्रैलोक्यविश्रुतम् । दृष्टमात्रेण चानेन दृष्टाः स्युः सर्वदेवताः । एतस्मिन् दृश्यते चैतत् षण्मासं क्वापि पार्थिव ॥ ६२.२१ ॥
Vasiṣṭha dit : «Ce lotus, nommé “né de Brahmā”, est renommé dans les trois mondes. Le voir seulement, c’est être tenu pour avoir vu toutes les divinités. Ô roi, ce (lotus) se laisse voir ici durant six mois, à certaines périodes.»
Verse 22
एतस्मिन् दृष्टमात्रे तु यो जलं विशते नरः । सर्वपापविनिर्मुक्तः परं निर्वाणमर्हति ॥ ६२.२२ ॥
Mais l’homme qui, après avoir seulement vu ce lieu sacré, entre dans ses eaux, est délivré de toute faute et l’on dit qu’il est digne du nirvāṇa suprême (la délivrance finale).
Verse 23
ब्रह्मणः प्रागवस्थाया मूर्तिरप्सु व्यवस्थिताः । एतां दृष्ट्वा जले मग्नः संसाराद् विप्रमुच्यते ॥ ६२.२३ ॥
Dans les eaux est établie une forme (mūrti) de Brahmā, se rapportant à son état primordial. L’ayant contemplée, celui qui s’immerge dans l’eau est entièrement délivré du saṃsāra (le cycle de l’existence).
Verse 24
इमं च दृष्ट्वा ते सूतो जले मग्नो नरोत्तम । प्रविष्टश्च पुनरिमं हर्तुमिच्छन्नराधिप । प्राप्तवानसि दुर्बुद्धे कुष्ठित्वं पापपूरुष ॥ ६२.२४ ॥
«Et l’ayant vu, ton cocher, ô le meilleur des hommes, s’enfonça dans l’eau. Puis, ô souverain des hommes, il y entra de nouveau, voulant s’en emparer. Tu as encouru, ô esprit mauvais, ô homme pécheur, l’affliction de la lèpre (kuṣṭha).»
Verse 25
दृष्टमेतत् त्वया यस्मात् त्वं साध्विति ततः प्रभो । मयोक्तो मोहमापन्नस्तेनासाधुरितीरितः ॥ ६२.२५ ॥
Puisque tu l’as vu, ô Seigneur, tu as donc dit : «Tu es vertueux (sādhu).» Mais moi, en parlant ainsi, je suis tombé dans l’illusion (moha) ; c’est pourquoi j’ai été qualifié de «non vertueux».
Verse 26
ब्रह्मपुत्रो ह्यहं चेमं पश्यामि परमेश्वरम् । अहन्यहनि चागच्छंस्तं पुनर्दृष्टवानसि ॥ ६२.२६ ॥
Je suis en vérité le fils de Brahmā, et je contemple ce Seigneur Suprême. Et toi, venant jour après jour, tu L’as revu encore.
Verse 27
देवा अपि वदन्त्येते पद्मं काञ्चनमुत्तमम् । मानसे ब्रह्मपद्मं तु दृष्ट्वा चात्र गतं हरिम् । प्राप्स्यामस्तत् परं ब्रह्म यद् गत्वा न पुनर्भवेत् ॥ ६२.२७ ॥
Même les dieux parlent de ce lotus d’or, le plus excellent. Ayant vu à Mānasā le lotus de Brahmā et contemplé Hari venu ici, nous atteindrons le Brahman suprême : l’ayant atteint, il n’y a plus de retour à la naissance.
Verse 28
इदं च कारणं चान्यत् कुष्ठस्य शृणु पार्थिव । आदित्यः पद्मगर्भेऽस्मिन् स्वयमेव व्यवस्थितः ॥ ६२.२८ ॥
Écoute, ô roi, une autre cause de la lèpre : dans ce sein de lotus (padmagarbha), Āditya, le Soleil, demeure établi par sa propre présence innée.
Verse 29
तं दृष्ट्वा तत्त्वतो भावः परमात्मैष शाश्वतः । धारयामि शिरस्येनं लोकमध्ये विभूषणम् ॥ ६२.२९ ॥
L’ayant vu selon la réalité, (je comprends) que c’est le Paramātman, le Soi suprême et éternel. Je Le porte sur ma tête, tel un ornement au milieu du monde.
Verse 30
एवं ते जल्पता पापमिदं देवेन दर्शितम् । इदानीमिममेव त्वमाराधय महामते ॥ ६२.३० ॥
Ainsi, tandis que tu parlais, cette affaire fautive a été mise en évidence par la divinité. Maintenant, ô esprit magnanime, rends un culte à Celui-ci même.
Verse 31
अगस्त्य उवाच । एवमुक्त्वा वसिष्ठस्तु इममेव व्रतं तदा । आदित्याराधनं दिव्यमारोग्याख्यं जगाद ह ॥ ६२.३१ ॥
Agastya dit : Ayant ainsi parlé, Vasiṣṭha, en ce temps-là, exposa précisément cette observance : l’adoration divine d’Āditya, appelée le « Vrata d’Ārogya (Santé) ».
Verse 32
सोऽपि राजा अकारोच्चेमं व्रतं भक्तिसमन्वितः । सिद्धिं च परमां प्राप्तो विरोगश्चाभवत्क्षणात् ॥ ६२.३२ ॥
Ce roi aussi accomplit cette observance, animé de dévotion ; il obtint la perfection suprême et, en un instant, devint exempt de maladie.
The text links bodily well-being (ārogya) to disciplined conduct: regulated fasting, reverent worship, and—through the Mānasasaras episode—restraint from appropriating what is marked as sacred. The king’s affliction follows an act of possessive display and disturbance of a sanctified natural object, and the remedy is framed as corrective discipline through Ādityārādhana.
The observance is anchored in the lunar month Māgha, with a Ṣaṣṭhī–Saptamī–Aṣṭamī sequence: eating in a regulated manner on the sixth day (ṣaṣṭhī), fasting and worshiping Bhāskara/Āditya on the seventh (saptamī), and eating on the eighth (aṣṭamī). The text also presents the practice as repeated/maintained over a full year (vatsaraṃ pūrṇam).
By situating moral consequence within a lake ecosystem (Mānasasaras) and treating the lotus as a protected sacral phenomenon, the narrative models a norm of non-disturbance and boundary-respect toward revered natural sites. The king’s attempt to extract and publicly display the lotus functions as a transgressive intervention in a sacred landscape, while the corrective rite emphasizes reverence rather than exploitation.
The chapter references sages Agastya and Vasiṣṭha (identified as Brahmā’s son in the narrative), King Sārvabhauma (also named Anaraṇya), and Bhadrāśva as the questioning interlocutor within the embedded dialogue. These figures serve as authority nodes for ritual instruction and exemplum-based pedagogy.
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