
Śāntivrata-vidhiḥ (Ananta-Śeṣa-nāga-pūjā-sahitaḥ)
Ritual-Manual
Dans le cadre didactique Varāha–Pṛthivī, est rapporté un enseignement où le sage Agastya s’adresse à un roi et décrit le Śāntivrata comme une discipline concrète destinée aux maîtres de maison pour obtenir une paix durable (śānti). L’observance commence à la pañcamī de la quinzaine claire de Kārttika et se poursuit pendant un an, avec une restriction alimentaire excluant les mets acides. Chaque nuit, le pratiquant adore Hari, visualisé reposant sur Śeṣa (Ananta), puis honore distinctement des nāgas précis en les « plaçant » rituellement sur les membres, des pieds à la tête (aṅganyāsa). Le rite comprend l’ablution de la divinité au lait, un homa au lait et au sésame, et, au terme de l’année, le repas offert aux brāhmaṇas et le don d’une effigie de nāga en or. Le texte relie l’ordre rituel à la stabilité sociale et à la diminution de la crainte des serpents, accordant l’harmonie du foyer au bien-être de la terre.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । शान्तिव्रतं प्रवक्ष्यामि तव राजन् शृणुष्व तत् । येन चीर्णेन शान्तिः स्यात् सर्वदा गृहमेधिनाम् ॥ ६०.१ ॥
Agastya dit : «Ô roi, écoute : je vais t’exposer le Śānti‑vrata, le vœu de la paix ; par son observance, la paix advient toujours pour les maîtres de maison.»
Verse 2
पञ्चम्यां शुक्लपक्षस्य कार्त्तिके मासि सुव्रत । अरभेद् वर्षमेकं तु भुञ्जीयादम्लवर्जितम् ॥ ६०.२ ॥
Au cinquième jour lunaire de la quinzaine claire, au mois de Kārttika, ô toi aux vœux excellents, qu’on commence et, durant une année entière, qu’on se nourrisse d’aliments sans saveur acide.
Verse 3
नक्तं देवं तु सम्पूज्य हरिं शेषोपरि स्थितम् । अनन्तायेति पादौ तु वासुकायेति वै कटिम् ॥ ६०.३ ॥
La nuit, après avoir rendu un culte dû à Hari, le Divin établi sur Śeṣa, qu’on invoque les pieds par le nom «Ananta» et, en vérité, la taille par le nom «Vāsuka».
Verse 4
तक्षकाश्येति जठरमुरः कर्कोटकाय च । पद्माय कण्ठं सम्पूज्य महापद्माय दोर्युगम् ॥ ६०.४ ॥
En prononçant «(hommage) à Takṣaka», qu’on vénère le ventre ; et «à Karkoṭaka», la poitrine. Après avoir honoré la gorge par la formule «à Padma», qu’on vénère la paire de bras par la formule «à Mahāpadma».
Verse 5
शङ्खपालाय वक्त्रं तु कुटिलायेति वै शिरः । एवं विष्णुगतं पूज्य पृथक्त्वेन च पूजयेत् ॥ ६०.५ ॥
Qu’on attribue le visage (vaktra) à Śaṅkhapāla et, en vérité, la tête (śiras) à Kuṭila. Ainsi, après avoir honoré ce qui est assigné à Viṣṇu, qu’on le vénère aussi séparément, comme des aspects distincts.
Verse 6
क्षीरेण स्नपनं कुर्यात् तानुद्दिश्य हरेः पुनः । तदग्रे होमयेत् क्षीरं तिलैः सह विचक्षणः ॥ ६०.६ ॥
Qu’on accomplisse une ablution au lait, en la dédiant de nouveau à ceux-là en relation avec Hari. Ensuite, devant ce rite ou cet autel, l’homme avisé offrira du lait dans le feu avec des graines de sésame.
Verse 7
एवं संवत्सरस्यान्ते कुर्याद् ब्राह्मणभोजनम् । नागं तु काञ्चनं कुर्याद् ब्राह्मणाय निवेदयेत् ॥ ६०.७ ॥
Ainsi, à la fin de l’année, qu’on offre un repas aux brāhmaṇas ; et qu’on fasse façonner un serpent d’or pour le remettre à un brāhmaṇa.
Verse 8
एवं यः कुरुते भक्त्या व्रतमेतन्नराधिपः । तस्य शान्तिर्भवेन्नित्यं नागानां न भयṃ तथा ॥ ६०.८ ॥
Ainsi, ô souverain des hommes, quiconque accomplit ce vœu avec dévotion obtient une paix constante ; et de même, il n’a aucune crainte des nāgas, les êtres-serpents.
The text frames peace (śānti) as a household virtue cultivated through disciplined, time-bound observance: regulated diet, regular worship, and socially redistributive acts (brāhmaṇa-bhojana and dāna). The underlying logic links ritual order and self-restraint to sustained domestic stability and the mitigation of harms symbolized by nāgas.
The observance begins on pañcamī (the fifth tithi) of the śuklapakṣa (bright fortnight) in the month of Kārttika and is performed for one full year (saṃvatsara). The worship is specified as nakta (night-time) devotion.
While not explicitly ecological in vocabulary, the chapter employs nāga symbolism—often associated with subterranean waters, land stability, and liminal terrestrial forces—within a protective and harmonizing rite. By prescribing non-violent, regulated conduct and offerings that culminate in communal feeding and gifting, the text can be read as aligning household practice with the maintenance of social and terrestrial equilibrium.
The speaker identified in the transmitted instruction is the sage Agastya, addressing a rājā (king). No dynastic genealogy is specified in these verses, but the presence of Agastya situates the instruction within a sage-to-king didactic model common to Purāṇic legal-ritual discourse.