
Trivarṇa–Manohvā–Akṣa-vaṃśaḥ (Nava-dvāra-pura-nirmāṇaṃ ca)
Mythic-Anthropology and Cosmological Allegory (Body–City symbolism; Kingship and Ritual Order)
Dans le cadre d’enseignement de Varāha et de Pṛthivī, le chapitre rapporte, par la voix d’Agastya, une généalogie qui illustre l’instauration de l’ordre dans un champ social auparavant sans règle. D’une émission d’un roi naît Trivarṇa; vient ensuite une fille, forme même de l’« éveil » (Avabodha-svarūpiṇī), puis un fils, Manohvā. De lui procèdent cinq « jouisseurs » (pañca-bhoginaḥ), dont les fils sont collectivement appelés Akṣa. Ces êtres, jadis des dasyus, sont soumis à l’autorité royale et bâtissent ensemble une demeure de bon augure : une cité aux neuf portes, à pilier unique et à quatre carrefours, entourée de nombreux fleuves et aménagements d’eau. En y entrant, ils deviennent un; un roi incarné, Paśupāla, se manifeste, se souvient de la parole védique et institue vœux, disciplines et rites. De son absorption rituelle et de son sommeil yogique, il engendre une figure à quatre visages et quatre bras liée aux quatre Veda; puis les animaux, dans des habitats variés, passent sous la gouvernance royale.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । स त्रिवर्णो नृपोत्सृष्टः स्वतन्त्रत्वाच्च पार्थिव । अहं नामानमसृजत् पुत्रं पुत्रस्त्रिवर्णकम् ॥ ५२.१ ॥
Agastya dit : «Ô roi, ce Trivarṇa—congédié par le roi—devint autonome. Puis j’engendrai un fils nommé Nāmāna ; et ce fils fut Trivarṇaka.»
Verse 2
तस्यापि चाभवत् कन्या अवबोधस्वरूपिणी । सा तु विज्ञानदं पुत्रं मनोह्वं विससर्ज ॥ ५२.२ ॥
Et pour lui aussi naquit une fille dont la nature même était l’éveil, la claire compréhension. Elle, à son tour, enfanta un fils—Vijñānada—nommé Manohva.
Verse 3
तस्यापि सर्वरूपाः स्युः स्तनयाः पञ्चभोगिनः । यथासंख्येन पुत्रास्तु तेषामक्षाभिधानकाः ॥ ५२.३ ॥
De lui aussi, les fils seraient de toutes formes, connus comme les «cinq jouisseurs». Selon l’ordre, leurs fils sont ceux qui portent l’appellation «Akṣa».
Verse 4
एते पूर्वं दस्यवः स्युस्ततो राज्ञा वशीकृताः । अमूर्ता इव ते सर्वे चक्रुरायतनं शुभम् ॥ ५२.४ ॥
Ceux-ci furent d’abord des dāsyu ; puis ils furent soumis à l’autorité du roi. Ensuite, comme s’ils étaient sans corps, ils édifièrent tous un splendide sanctuaire (āyatana).
Verse 5
नवद्बारं पुरं तस्य त्वेकस्तम्भं चतुष्पथम् । नदीसहस्रसङ्कीर्णं जलक्रीत्या समास्थितम् ॥ ५२.५ ॥
Cette cité possédait neuf portes ; elle était marquée d’un unique pilier et d’un carrefour aux quatre directions. Entrelacée de mille rivières, elle fut établie comme lieu de jeux d’eau et de délassement aquatique.
Verse 6
तत्पुरं ते प्रविविशुरेकीभूतास्ततो नव । पुरुषो मूर्त्तिमान् राजा पशुपालोऽभवत् क्षणात् ॥ ५२.६ ॥
Alors ces neuf, devenus un seul, entrèrent dans cette cité ; en un instant, le roi devint un homme doté d’un corps, gardien du bétail.
Verse 7
ततस्तत्पुरसंस्थस्तु पशुपालो महान्नृपः । संसूच्य वाचकाञ्छब्दान् वेदान् सस्मार तत्पुरे ॥ ५२.७ ॥
Puis, demeurant dans cette cité, le grand roi—agissant en gardien du bétail—ayant donné des mots indicateurs comme signes, se remémora en ce lieu les Veda.
Verse 8
आत्मस्वरूपिणो नित्यास्तदुक्तानि व्रतानि च । नियमाञ् क्रतवश्चैव सर्वान् राजा चकार ह ॥ ५२.८ ॥
Ceux qui demeuraient à jamais établis dans leur propre nature essentielle, avec les vœux et disciplines énoncés—toutes les observances et aussi tous les rites sacrificiels—le roi les accomplit.
Verse 9
स कदाचिन्नृपः खिन्नः कर्मकाण्डं प्ररोचयन् । सर्वज्ञो योगनिद्रायां स्थित्वा पुत्रं ससर्ज ह ॥ ५२.९ ॥
À un certain moment, ce roi, accablé de fatigue, se tourna avec préférence vers la discipline rituelle (karmakāṇḍa). L’Omniscient, étant entré dans le sommeil yogique (yoganidrā), engendra alors un fils.
Verse 10
चतुर्वक्त्रं चतुर्बाहुं चतुर्वेदं चतुष्पथम् । तस्मादारभ्य नृपतेर्वशे पश्वादयः स्थिताः ॥ ५२.१० ॥
(Il est) à quatre visages et quatre bras, associé aux quatre Veda, et présidant aux quatre voies (carrefours). Dès lors, les animaux et les autres êtres demeurèrent sous l’autorité du roi.
Verse 11
तस्मिन् समुद्रे स नृपो वने तस्मिंस्तथैव च । तृणादिषु नृपस्सैव हस्त्यादिषु तथैव च । समोऽभवत् कर्मकाण्डादनुज्ञाय महामते ॥ ५२.११ ॥
Dans cet océan—et de même dans cette forêt—le roi demeurait de la même manière; parmi les herbes et ce qui leur ressemble, et de même parmi les éléphants et ce qui leur ressemble. Ayant reçu l’autorisation du karmakāṇḍa (ordre rituel et karmique), ô grand d’esprit, il devint égal, c’est-à-dire indifférencié à travers ces formes.
The chapter frames social order as produced through disciplined speech (Vedic recollection), regulated conduct (vrata and niyama), and institutionalized rites (karmakāṇḍa). It depicts the transformation of formerly outside groups (dasyu) into participants in a constructed civic and ecological order, suggesting that governance is enacted through both spatial planning (city, crossroads) and normative practice (vows and ritual regulation).
No explicit calendrical data appear in the provided verses: there are no named tithis, nakṣatras, months, or seasonal markers. The only temporal structuring is narrative (e.g., “kadācit,” and the interval of “yoga-nidrā”), which functions as a literary timing device rather than a ritual calendar.
Environmental ordering is implied through the description of a settlement embedded in a river-rich landscape (nadī-sahasra-saṃkīrṇa) with deliberate water constructions (jalakṛti). The narrative also links kingship to habitat-spanning oversight—ocean, forest, grasses, and animal domains—presenting terrestrial balance as maintained by coordinated infrastructure, regulated practice, and integrated stewardship across ecosystems.
Agastya is the named sage-speaker within the chapter’s report. The text outlines a lineage sequence—Trivarṇa, Avabodha-svarūpiṇī (as a daughter figure), Manohvā, and the Akṣa-named descendants—alongside the emergence of a king titled Paśupāla. These function as mythic-cultural archetypes for genealogy, polity formation, and ritual authority rather than verifiable historical dynasties.