Adhyaya 31
Varaha PuranaAdhyaya 3121 Shlokas

Adhyaya 31: The Manifestation of Viṣṇu’s Form for Cosmic Governance (the Vaiṣṇava Creation Narrative)

Vaiṣṇava-sarga-prādurbhāvaḥ (Manu-nāma-nimittaṃ Viṣṇoḥ mūrtidhāraṇam)

Cosmogony & Theological-Philosophical Discourse

Dans le cadre pédagogique purāṇique (Varāha instruisant Pṛthivī), ce chapitre propose une cosmogonie expliquant pourquoi Viṣṇu assume une forme manifeste afin de soutenir le monde créé. Mahātapā raconte que Nārāyaṇa, méditant la création et sa préservation, comprend que l’action rituelle (karma-kāṇḍa) ne peut s’accomplir sans incarnation ; il projette donc une unique mūrti souveraine. Lorsque la divinité entre dans cette forme, les trois mondes sont décrits comme contenus dans son corps, et une grâce primordiale est rappelée puis réaffirmée, établissant l’omniscience et la fonction cosmique de Viṣṇu. Viṣṇu entre ensuite en yoganidrā ; de lui surgit la structure du lotus portant la terre avec ses sept continents, océans, forêts et régions souterraines, Meru au centre, et Brahmā y prenant naissance. Le récit détaille les emblèmes et signes auspices (śaṅkha, khaḍga, cakra, gadā, Śrīvatsa, Kaustubha, Lakṣmī), met en avant l’observance salvatrice de Dvādaśī, et s’achève par une phalaśruti affirmant le mérite d’entendre ce récit vaiṣṇava de la création, reliant l’ordre cosmique à la sauvegarde de l’équilibre de Pṛthivī.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivī

Key Concepts

mūrti-dhāraṇa (embodiment for governance)karma-kāṇḍa and embodied agencyyoganidrā (cosmic sleep)vaiṣṇava-sarga (Vaiṣṇava creation account)saptadvīpa-vasumatī (seven-continent earth model)Meru-centered cosmographyBrahmā’s emergence from the lotusāyudha-lakṣaṇa (iconic emblems: śaṅkha, cakra, gadā, khaḍga)Śrīvatsa and Kaustubha as auspicious markersDvādaśī-vrata and phalaśruti (merit of hearing/observance)pṛthivī-pālana (maintenance of Earth/world-order)

Shlokas in Adhyaya 31

Verse 1

महातपा उवाच । मनोर् नाम मनुत्वं च यदेतत् पठ्यते किल । प्रयोजनवशाद् विष्णुरसावेव तु मूर्त्तिमान् ॥ ३१.१ ॥

Mahātapā dit : «En vérité, ce qui est récité comme “le nom de Manu” et “l’état d’être Manu” — c’est bien Viṣṇu lui-même, incarné, prenant forme selon une intention particulière».

Verse 2

योऽसौ नारायणो देवः परात्परतरॊ नृप । तस्य चिन्ता समुत्पन्ना सृष्टिं प्रति नरोत्तम ॥ ३१.२ ॥

Ô roi, ce Nārāyaṇa, le dieu au-delà du suprême, conçut une intention tournée vers la création, ô meilleur des hommes.

Verse 3

सृष्टा चेयं मया सृष्टिः पालनिया मयैव ह । कर्मकाण्डं त्वमूर्त्तेन कर्तुं नैवेह शक्यते । तस्मान्मूर्त्तिं सृजाम्येकां यया पाल्यमिदं जगत् ॥ ३१.३ ॥

«Cette création a été créée par moi, et, en vérité, elle doit être protégée par moi-même. Mais la sphère de l’action rituelle (karmakāṇḍa) ne peut être accomplie ici par celui qui est sans forme. C’est pourquoi je crée une unique forme incarnée, par laquelle ce monde sera gouverné et préservé.»

Verse 4

एवं चिन्तयतस्तस्य सत्याभिध्यायिनो नृप । प्राक्सृष्टिजातं राजन् वै मूर्त्तिमत् तत्पुरो बभौ ॥ ३१.४ ॥

Tandis qu’il méditait ainsi, ô roi—lui dont l’intention sacrée (abhidhyāya) ne manquait jamais son effet—il apparut devant lui, en vérité, une forme incarnée, issue de la création primordiale.

Verse 5

पुरोभूते ततस्तस्मिन् देवो नारायणः स्वयम् । प्रविशन्तं ददर्शाथ त्रैलोक्यं तस्य देहतः ॥ ३१.५ ॥

Puis, lorsque cette manifestation se tint au premier plan, on vit le dieu Nārāyaṇa lui-même y entrer; et de son corps furent aperçus les trois mondes.

Verse 6

ततः सस्मार भगवान् वरदानं पुरातनम् । वागादीनां ततस्तुष्टः प्रादात् तस्य पुनर्वरम् ॥ ३१.६ ॥

Alors le Seigneur Bienheureux se souvint de l’antique octroi d’une grâce; puis, satisfait de sa parole et de sa conduite correspondante, il lui accorda de nouveau une grâce.

Verse 7

सर्वज्ञः सर्वकर्त्ता त्वं सर्वलोकनमस्कृतः । त्रैलोक्यविघ्ननाशाच्च त्वं भव विष्णुः सनातनः ॥ ३१.७ ॥

Tu es omniscient; tu es l’auteur de tout; tu es honoré par tous les mondes. Et, comme celui qui dissipe les obstacles dans les trois mondes, sois Viṣṇu, l’Éternel.

Verse 8

देवानां सर्वदा कार्यं कर्त्तव्यं ब्रह्मणस्तथा । सर्वज्ञत्वं च भवतु तव देव न संशयः ॥ ३१.८ ॥

L’œuvre des dieux doit toujours être accomplie, et de même celle de Brahmā. Et que l’omniscience soit tienne, ô Deva—il n’y a là aucun doute.

Verse 9

एवमुक्त्वा ततो देवः प्रकृतिस्थो बभूव ह । विष्णुरप्यधुना पूर्वां बुद्धिं सस्मार च प्रभुः ॥ ३१.९ ॥

Ayant ainsi parlé, le dieu entra alors dans un état établi en Prakṛti, la nature primordiale. Et Viṣṇu aussi, le Souverain, se remémora l’ancienne Buddhi, l’Intellect qui existait auparavant.

Verse 10

तदा सञ्चिन्त्य भगवान् योगनिद्रां महातपाः । तस्यां संस्थाप्य भगवानिन्द्रियार्थोद्भवाः प्रजाः । ध्यात्वा परेण रूपेण ततः सुष्वाप वै प्रभुः ॥ ३१.१० ॥

Alors le Seigneur Bienheureux, grand ascète, réfléchit à la yoga-nidrā, le sommeil yogique. Ayant établi en cet état les êtres nés des objets des sens, et méditant la forme suprême, le Seigneur s’endormit véritablement.

Verse 11

तस्य सुप्तस्य जठरान्महत्पद्मं विविसृष्टम् । सप्तद्वीपवती पृथ्वी ससमुद्रा सकानना ॥ ३१.११ ॥

Du ventre de Celui qui reposait endormi fut émis un grand lotus ; et la Terre, pourvue de sept continents, surgit avec les océans et les forêts.

Verse 12

तस्य रूपस्य विस्तारं पातालं नालसंस्थितम् । कर्णिकायां तथा मेरुस्तन्मध्ये ब्रह्मणो भवः ॥ ३१.१२ ॥

Dans l’étendue de cette forme, Pātāla est situé dans la tige ; et de même le mont Meru est dans le réceptacle central. En son plein milieu se trouve l’origine de Brahmā.

Verse 13

एवं दृष्ट्वा परं तस्य शरीरस्य तु सम्भवम् । मुमुचे तच्छरीरस्थो वायुर् वायुं समं सृजत् ॥ ३१.१३ ॥

Ayant ainsi contemplé l’ultérieure manifestation de ce corps, le Vent, demeurant en ce corps, fut relâché, produisant un vent égal à lui-même.

Verse 14

अविद्याविजयं चेमं शङ्खरूपेण धारय । अज्ञानच्छेदनार्थाय खङ्गं तेऽस्तु सदा करे ॥ ३१.१४ ॥

Porte cette victoire sur l’ignorance sous la forme de la conque sacrée ; et, afin de trancher la non‑connaissance, qu’une épée demeure à jamais dans ta main.

Verse 15

कालचक्रमिमं घोरं चक्रं त्वं धारयाच्युत । अधर्मगजघातार्थं गदां धारय केशव ॥ ३१.१५ ॥

Ô Acyuta, porte ce redoutable Cercle du Temps — le disque. Ô Keśava, porte la massue afin d’abattre l’« éléphant » de l’adharma (l’injustice).

Verse 16

मालेयं भूतमाता ते कण्ठे तिष्ठतु सर्वदा । श्रीवत्सकौस्तुभौ चेमौ चन्द्रादित्यच्छलेन ह ॥ ३१.१६ ॥

Ô Mère des êtres, que cette guirlande demeure à jamais sur ton cou ; et que ces deux—Śrīvatsa et Kaustubha—soient présents sous l’apparence de la Lune et du Soleil.

Verse 17

मारुतस्ते गतिर्वीर गरुत्मान् स च कीर्तितः । त्रैलोक्यगामिनी देवी लक्ष्मीस्तेऽस्तु सदाश्रये । द्वादशी च तिथिस्तेऽस्तु कामरूपी च जायते ॥ ३१.१७ ॥

Ô héros, que Māruta (le Vent) soit ta voie ; et que Garutmān (Garuḍa) soit aussi proclamé pour toi. Ô refuge perpétuel, que la déesse Lakṣmī—qui parcourt les trois mondes—soit tienne. Et que la tithi de Dvādaśī soit tienne ; ainsi l’on devient capable de prendre des formes à volonté.

Verse 18

घृताशनो भवेद्यस्तु द्वादश्यां त्वल्परायणः । स स्वर्गवासी भवतु पुमान् स्त्री वा विशेषतः ॥ ३१.१८ ॥

Quiconque, de moyens modestes, prend le ghee pour nourriture au jour de Dvādaśī—homme ou, tout particulièrement, femme—qu’il devienne habitant du ciel.

Verse 19

एष विष्णुस्तवाख्यातो मूर्तयो देवदानवान् । हन्ति पाति शरीराणि सृजत्यन्यानि चात्मनः ॥ ३१.१९ ॥

Tel est Viṣṇu, ainsi qu’il t’a été exposé : par des formes incarnées parmi les dieux et les dānavas, il abat et il protège les corps, et de lui-même encore il fait naître d’autres formes.

Verse 20

युगे युगे सर्वगोऽयं वेदान्ते पुरुषो ह्यसौ । न हीनबुद्ध्या वक्तव्यो मनुष्योऽयं कदाचन ॥ ३१.२० ॥

À chaque yuga, ce Puruṣa est omniprésent ; en vérité, dans le Vedānta il est enseigné comme le Puruṣa suprême. Qu’on ne parle jamais de Lui comme d’un simple homme, par une intelligence inférieure.

Verse 21

य एवँ शृणुयात् सर्गं वैष्णवं पापनाशनम् । स कीर्तिमिह संप्राप्य स्वर्गलोके महीयते ॥ ३१.२१ ॥

Quiconque écoute ce récit vaiṣṇava de la création, dit destructeur du démérite, obtient la renommée en ce monde et est honoré dans le séjour céleste.

Frequently Asked Questions

The chapter frames cosmic stability as requiring embodied governance: the narrative explains that sustaining creation and enabling ritual-social order (karma-kāṇḍa) presupposes a manifest agency (mūrti). It thereby links metaphysical cosmology to practical maintenance of world-order, implying that terrestrial balance (pṛthivī-pālana) depends on structured, intelligible governance rather than unmediated abstraction.

A specific lunar marker is named: Dvādaśī tithi. The text states that one devoted to Viṣṇu on Dvādaśī—described with a ghṛtāśana (ghee-based dietary observance) motif—attains heavenly merit, indicating a calendrical anchoring of devotional-ritual practice.

Environmental balance is approached through cosmographic-terrestrial containment: Earth with oceans and forests (sasamudrā sakānanā) is described as emerging within the deity’s cosmic body and being sustained through deliberate maintenance. By presenting creation as something that must be ‘protected/maintained’ (pālanīyā), the chapter implicitly models an early ecological ethic in which Pṛthivī’s integrity is preserved through ordered stewardship.

The chapter references Manu (via the inquiry into ‘Manu’ and ‘manutva’) and the creator figure Brahmā (arising in the lotus-cosmology). It also names Nārāyaṇa/Viṣṇu and Lakṣmī in the iconographic-theological register; no dynastic royal genealogy or regional court lineage is developed within this excerpt.