
Gaurījanma-Umātapas-Rudrāvāha-vivāhaḥ
Purāṇic Narrative-Etiology and Vrata Instruction (Tithi-based Ethics)
Dans le cadre pédagogique de Varāha et Pṛthivī, ce chapitre emploie le récit de Gaurī–Umā pour illustrer la résolution éthique, la discipline du corps par le tapas et le mariage réglé par les rites comme forces de stabilité du monde. Gaurī, se souvenant de l’hostilité de Dakṣa et du trouble ancien du sacrifice, abandonne son ancien corps par l’ascèse et renaît comme Umā, fille d’Himavat. Elle accomplit de sévères austérités pour Rudra, qui l’éprouve en se montrant comme un brāhmaṇa affamé et en suscitant un péril au Gaṅgā, contraignant Umā à peser la pureté rituelle face au grave péché de brahmahatyā. Après l’avoir sauvé, Rudra se révèle et demande sa main. Himavat sollicite l’autorisation de Brahmā, invite les êtres cosmiques et les paysages, et les noces sont célébrées. Le chapitre se clôt par une règle de vrata : au jour de tṛtīyā, éviter le sel, promettant bien-être et prospérité, et reliant la maîtrise de soi à l’ordre de la terre.
Verse 1
महातपा उवाच । तस्मिन् निवसतस्तस्य रुद्रस्य परमेष्ठिनः । चुकोप गौरी देवस्य पितुर्वैरमनुस्मरन् ॥ २२.१ ॥
Mahātapā said: While that supreme lord Rudra was dwelling there, Gaurī became angered, recalling the enmity connected with the god’s father.
Verse 2
चिन्तयामास दक्षस्य अनेनापकृतं पुरा । यज्ञो विध्वंसितो यस्मात् तस्माच्चान्यां तनूमहम् ॥ २२.२ ॥
He reflected: “Formerly, an offense was committed against Dakṣa by this one; because of that the sacrifice was destroyed. Therefore I shall assume another form.”
Verse 3
आराध्य तपसा तस्य गृहे भूत्वा व्रजाम्यहम् । कथं गच्छामि पितरं दक्षं क्षपितबान्धवम् ॥ २२.३ ॥
Having propitiated him through austerity and having come to be in his household, how can I go to my father Dakṣa, whose kinsmen have been destroyed?
Verse 4
भवपत्नी च दुहिता एवं संचिन्त्य सुन्दरी । जगाम तपसे शैलं हिमवन्तं महागिरिम् ॥ २२.४ ॥
Thus reflecting, Bhava’s wife—also (his) daughter, the beautiful woman—went for ascetic practice to the mountain, Himavant, the great peak.
Verse 5
तत्र कालेन महता क्षपयन्ती कलेवरम् । स्वशरीराग्निना दग्धा ततः शैलसुता अभवत् ॥ २२.५ ॥
There, after a long passage of time, wearing away her bodily frame, she was consumed by the fire of her own body; thereafter she became the Daughter of the Mountain.
Verse 6
उमा नामेति महती कृष्णा चेत्यभिधानतः । लब्ध्वा तु शोभनां मूर्तिं हिमवन्तगृहे शुभा ॥ २२.६ ॥
Elle fut appelée du nom éminent « Umā », et aussi, par appellation, « Kṛṣṇā ». Ayant obtenu une forme belle, l’Auspicious demeura dans la demeure d’Himavant.
Verse 7
पुनस्तपश्चकारोग्रं देवं स्मृत्वा त्रिलोचनम् । असावेव पतिर्मह्यमित्युक्त्वा तपसि स्थिता ॥ २२.७ ॥
Puis elle entreprit de nouveau une austérité ardente ; se souvenant du dieu aux trois yeux, elle dit : « Lui seul est mon époux », et demeura inébranlable dans l’ascèse.
Verse 8
कुर्वन्त्या तत् तपश्चोग्रं हिमवन्ते महागिरौ । कालेन महता देवस्तपसाराधितस्तया ॥ २२.८ ॥
Tandis qu’elle accomplissait cette austérité farouche sur Himavat, la grande montagne, au bout d’un long temps la divinité fut apaisée par son ascèse.
Verse 9
अजगामाश्रमं तस्या विप्रो भूत्वा महेश्वरः । वृद्धः शिथिलसर्वाङ्गः स्खलंश्चैव पदे पदे ॥ २२.९ ॥
Mahēśvara se rendit à son ermitage, ayant pris la forme d’un brāhmane : vieux, tous les membres relâchés et infirme, trébuchant à chaque pas.
Verse 10
कृच्छ्रात् तस्याः समीपं तु आगत्य द्विजसत्तमः । बुभुक्षितोऽस्मि मे देहि भद्रे भोज्यं द्विजस्य तु ॥ २२.१० ॥
Avec peine, le meilleur des deux-fois-nés s’approcha d’elle et dit : « J’ai faim. Ô noble dame, donne-moi de la nourriture, un repas digne d’un brāhmane ».
Verse 11
एवमुक्ता तदा कन्या उमा शैलसुता शुभा । उवाच ब्राह्मणं भोज्यं दद्मि विप्र फलादिकम् । कुरु स्नानं द्रुतं विप्र भुञ्जस्वान्नं यदृच्छया ॥ २२.११ ॥
Ainsi interpellée, la jeune Umā, fille de la montagne et de bon augure, dit alors au brāhmaṇa : «Ô vipra, je te donnerai de la nourriture — des fruits et autres choses. Hâte-toi d’accomplir ton bain rituel, ô vipra, puis prends le repas qui t’est échu sans demande (par hasard).»
Verse 12
एवमुक्तस्तदा विप्रस्तस्य पार्श्वे महानदीम् । गङ्गां जगाम स्नानार्थी स्नानं कर्त्तुमवातरात् ॥ २२.१२ ॥
Ainsi interpellé, le brāhmaṇa se rendit alors vers le grand fleuve Gaṅgā tout proche ; désireux de se baigner, il descendit afin d’accomplir le bain rituel.
Verse 13
स्नानं तु कुर्वता तेन रुद्रेण द्विजरूपिणा । भूत्वा मायामयं भीमं मकरं भयदर्शनम् । ग्राहितस्तु तदा विप्रस्तेन दुष्टेन मद्गुणा ॥ २२.१३ ॥
Alors, tandis que Rudra—ayant pris l’apparence d’un dvija (brāhmaṇa)—accomplissait le bain rituel, il devint, par māyā, un makara terrifiant, spectacle de peur; et, à cet instant, le brāhmaṇa fut saisi par ce malfaisant, Madguṇa.
Verse 14
दृष्ट्वा धृतमथात्मानं मकरॆण बलीयसा । वृद्धमात्मानमन्यं तां दर्शयन् वाक्यमब्रवीत् ॥ २२.१४ ॥
Puis, se voyant saisi par un makara plus puissant, et lui montrant une autre forme de lui-même — vieillie —, il prononça ces paroles.
Verse 15
अब्रह्मण्यं गतं कन्ये धावस्वानय मां रुषः । यावन्नायाति विकृतिं तावन्मां त्रातुमर्हसि ॥ २२.१५ ॥
«Ô jeune fille, il est tombé dans une conduite contraire au dharma des brāhmaṇas. Cours et ramène-le-moi sur-le-champ. Avant qu’il ne sombre dans une déformation plus grande, tu dois me sauver.»
Verse 16
एवमुक्ता तदा कन्या चिन्तयामास पार्वती । पितृभावेन शैलेन्द्रं भर्तृभावेन शङ्करम् । स्पृशामि तपसा पूता कथं विप्रं स्पृशाम्यहम् ॥ २२.१६ ॥
Ainsi interpellée, la jeune Pārvatī réfléchit : «Considérant le Seigneur des montagnes comme un père et Śaṅkara comme un époux, moi—purifiée par l’ascèse—je puis les toucher ; mais comment pourrais-je toucher un brāhmaṇa ?»
Verse 17
यद्येनं नापकर्षामि मकरॆण जले धृतम् । तदानिं ब्रह्मवध्याऽ मे भवतीति न संशयः ॥ २२.१७ ॥
«Si je ne le retire pas, tandis qu’un makara le retient dans l’eau, alors, à l’instant même, la faute de brahma-hatyā—le meurtre d’un brāhmaṇa—sera mienne ; il n’y a aucun doute.»
Verse 18
अन्यव्यतिक्रमे धर्ममपनेतुं च शक्यते । ब्रह्मवध्याः पुनर्नैवमेवमुक्त्वा गता त्वरम् ॥ २२.१८ ॥
«Pour d’autres transgressions, on peut écarter la faute selon le dharma ; mais pour la brahma-hatyā (le meurtre d’un brāhmaṇa), il n’en est pas ainsi.» Ayant parlé ainsi, elle partit en hâte.
Verse 19
सा गत्वा त्वरितं भीरुर् गृहीत्वा पाणिना द्विजम् । चकर्षान्तर्-जलात् तावत् स्वयं भूतपतिर् हरः ॥ २२.१९ ॥
Elle, effrayée, s’y rendit en hâte et, prenant de la main le dvija (le « deux-fois-né »), le tira hors des eaux ; cependant Hara lui-même—seigneur des êtres—était là et agissait.
Verse 20
यमाराध्य तपश्चर्त्तुमारब्धं शैलपुत्र्याः । स एव भगवान् रुद्रस्तस्याः पाणौ विलम्बत ॥ २२.२० ॥
L’ayant honoré et apaisé, la fille de la montagne (Śailaputrī) entreprit la pratique de l’ascèse ; et ce même Seigneur Rudra, le Bienheureux, se rendit présent à sa main (c’est-à-dire qu’elle l’obtint pour époux).
Verse 21
तं दृष्ट्वा लज्जिता देवी पूर्वत्यागमनुस्मरन् । न किञ्चिदुत्तरं सुभ्रूर्वदति स्म सुलज्जिता ॥ २२.२१ ॥
En le voyant, la Déesse, honteuse et se remémorant son départ d’autrefois, ne répondit rien ; celle aux beaux sourcils, très embarrassée, demeura silencieuse.
Verse 22
तूष्णीम्भूतां तु तां दृष्ट्वा गौरीं रुद्रो हसन्निव । पाणौ गृहीत्वा मां भद्रे कथं त्यक्तुमिहार्हसि ॥ २२.२२ ॥
Voyant Gaurī demeurer silencieuse, Rudra, comme s’il souriait, prit ma main et dit : «Ô dame de bon augure, comment pourrais-tu juger convenable de m’abandonner ici ?»
Verse 23
मत्पाणिग्रहणं भद्रे वृथा यदि करिष्यसि । तदानीं ब्रह्मणः पुत्र्यामाहारार्थं ब्रवीम्यहम् ॥ २२.२३ ॥
«Ô noble dame, si tu veux rendre vain le fait que je prenne ta main (en mariage), alors, à ce moment-là, je parlerai de la fille de Brahmā au sujet de l’obtention de la subsistance.»
Verse 24
न भवेत् परिहासोऽयमुक्ता देवी परापरा । लज्जमाना तदा वाक्यं वदति स्मितपूर्वकम् ॥ २२.२४ ॥
Ainsi interpellée, la Déesse—à la fois transcendante et immanente—dit : «Que ceci ne soit pas pris pour une simple plaisanterie.» Puis, avec pudeur, elle parla, précédant ses mots d’un doux sourire.
Verse 25
देवदेव त्रिलोकेश त्वदर्थोऽयं समुद्यमः । प्राग्जन्माराधितो भर्त्ता भवान् देवो महेश्वरः ॥ २२.२५ ॥
«Ô dieu des dieux, Seigneur des trois mondes, cet effort est entrepris pour toi. Dans une naissance antérieure, tu fus adoré comme l’époux qui soutient ; tu es le divin Maheśvara.»
Verse 26
इदानीं मे भवान् देवः पतिर्नान्यो भविष्यति । किन्तु स्वामी पिता मह्यं शैलेन्द्रो मे व्रजामि तम् । अनुज्ञाप्य विधानॆन ततः पाणिं गृहीष्यसि ॥ २२.२६ ॥
Désormais, ô être divin, tu seras mon époux—nul autre ne le sera. Toutefois, mon père, le seigneur Śailendra, est mon protecteur; j’irai vers lui. Après avoir obtenu son consentement selon le rite prescrit, alors tu prendras ma main (en mariage).
Verse 27
एवमुक्त्वा तदा देवी पितरं प्रति भामिनी । कृताञ्जलिपुटा भूत्वा हिमवन्तमुवाच ह ॥ २२.२७ ॥
Ayant ainsi parlé, la déesse, rayonnante et résolue, se tourna vers son père; les paumes jointes en signe de vénération, elle s’adressa à Himavān.
Verse 28
अतोऽन्यजन्मभर्त्ता मे रुद्रो दक्षमखान्तकः । इदानीं तपसा सैव ध्यातोऽभूद्गतिभावनः ॥ २२.२८ ॥
Ainsi, Rudra—qui fut mon époux en une autre naissance, le destructeur du sacrifice de Dakṣa—est à présent médité par elle au moyen de l’ascèse, devenant celui qui fait advenir la voie du destin.
Verse 29
स च विश्वपतिर्भूत्वा ब्राह्मणो मे तपोवनम् । आगत्य भोजनार्थाय याचयामास शङ्करः । मया स्नातुं व्रजस्वेति चोदितो जाह्नवीं गतः ॥ २२.२९ ॥
Et lui—devenu le Seigneur de l’univers, tout en apparaissant sous la forme d’un brāhmaṇa—vint à mon bois d’austérités. Śaṅkara demanda de la nourriture. Je lui ordonnai : « Va te baigner », et il se rendit à la Jāhnavī (la Gaṅgā).
Verse 30
तत्रासौ वृद्धकायेन द्विजरूपेण शङ्करः । मकरेण धृतस्तूर्णं अब्रह्महण्यमुवाच ह ॥ २२.३० ॥
Là, Śaṅkara—ayant pris le corps d’un vieillard et la forme d’un brahmane—fut promptement saisi par un makara; puis il s’adressa à Abrahahmaṇya.
Verse 31
ब्रह्महत्याभयात् तात मया पाणौ धृतस्ततः । धृतमात्रः स्वकं देहं दर्शयामास शङ्करः ॥ २२.३१ ॥
Par crainte des conséquences du brahma-hatyā, ô cher, je le saisis alors par la main. À l’instant même où il fut saisi, Śaṅkara manifesta son propre corps véritable.
Verse 32
ततो मामब्रवीद् देवः पाणिग्रहणमागताम् । भवती देवि मा किञ्चिद् विचारय तपोधने ॥ २२.३२ ॥
Alors le dieu s’adressa à moi, venue pour le rite de la prise de la main en mariage : «Ô déesse—ô trésor du mérite ascétique—ne délibère sur rien».
Verse 33
एवमुक्ता त्वहं तेन शङ्करेण महात्मना । तदनुज्ञाप्य देवेशं भवन्तं प्रष्टुमागता । इदानीं यत्क्षमं कार्यं तच्छीघ्रं संविधीयताम् ॥ २२.३३ ॥
Ainsi interpellée par Śaṅkara, le grand d’âme, moi—ayant obtenu la permission du Seigneur des dieux—je suis venue te questionner. À présent, que l’acte convenable soit ordonné sans délai.
Verse 34
एवं श्रुत्वा तदा वाक्यं शैलराजो मुदा युतः । उवाच दुहितां धन्यां तस्मिन् काले वराननाम् ॥ २२.३४ ॥
Ayant entendu ces paroles, le seigneur de la montagne, rempli de joie, s’adressa alors à sa fille bénie, au beau visage.
Verse 35
पुत्रि धन्योऽस्म्यहं लोके यस्य रुद्रः स्वयं हरः । जामाता भविता देवि त्वयापत्यवतामहम् । स्थापितो मूर्ध्नि देवानामपि पुत्रि त्वया ह्यहम् ॥ २२.३५ ॥
«Ma fille, je suis fortuné en ce monde, car Rudra—Hara lui-même—deviendra mon gendre. Ô déesse, grâce à toi je deviendrai père de descendance ; oui, ma fille, par toi j’ai été établi jusque dans le rang le plus éminent, même parmi les dieux».
Verse 36
स्थीयतां क्षणमेकं तु यावदागमनं मम । एवमुक्त्वा गतो राजा शैलानां ब्रह्मणोऽन्तिकम् ॥ २२.३६ ॥
«Demeure seulement un instant, jusqu’à mon retour.» Ayant ainsi parlé, le roi se rendit auprès de Brahmā, parmi les montagnes.
Verse 37
तत्र दृष्ट्वा महात्मानं सर्वदेवपितामहम् । उवाच प्रणतो भूत्वा ब्रह्माणं शैलराट् ततः ॥ २२.३७ ॥
Là, voyant Brahmā, l’âme magnanime, l’aïeul de tous les dieux, le roi des montagnes, s’étant incliné avec vénération, s’adressa à Brahmā.
Verse 38
देवो मा दुहिता मह्यं तां रुद्राय ददाम्यहम् । त्वया देव अनुज्ञातस्तत्करोमि प्रसाधि माम् ॥ २२.३८ ॥
Ô dieu, elle est ma fille ; je la donne à Rudra. Avec ta permission, ô Divinité, j’accomplis cela—sois favorable envers moi.
Verse 39
ततो ब्रह्मा प्रीतमना याहि रुद्राय तां शुभाम् । प्रयच्छोवाच देवानां तदा लोकपितामहः ॥ २२.३९ ॥
Alors Brahmā, le cœur réjoui, dit : «Va, accorde à Rudra cette chose auspicious.» Ainsi parla, en ce temps-là, l’aïeul des mondes, le père des dieux.
Verse 40
एवमुक्तः शैलराजः स्ववेश्मागम्य सत्वरम् । देवानृषीन् सिद्धसङ्घान् चामन्त्रयत सत्वरम् ॥ २२.४० ॥
Ainsi admonesté, le seigneur de la montagne revint promptement à sa demeure et, sans délai, convoqua les dieux, les ṛṣi et les assemblées de Siddha.
Verse 41
तुम्बुरुं नारदं चैव हाहाहूहूं तथैव च । स गत्वा किन्नरांश्चैव असुरान् राक्षसानपि ॥ २२.४१ ॥
Il partit avec Tumburu et Nārada, ainsi qu’avec Hāhāhūhū ; puis il se rendit aussi auprès des Kinnaras, ainsi que des Asuras et des Rākṣasas.
Verse 42
पर्वताः सरितः शैलाः वृक्षाः ओषधयस्तथा । आगताः मूर्त्तिमन्तो वै पर्वताः सङ्गमोपलाः । हिमवद्दुहितुर्द्रष्टुं विवाहं शङ्करेण ह ॥ २२.४२ ॥
Montagnes, rivières, pics rocheux, arbres et plantes médicinales arrivèrent aussi ; en vérité, les montagnes vinrent sous forme incarnée, avec les pierres des confluences, afin de contempler le mariage de la fille de Himavat avec Śaṅkara.
Verse 43
तत्र वेदिः क्षितिश्चासीद् कलशाः सप्त सागराः । सूर्यॊ दीपस्तथा सोमः सरितो ववहुर् जलम् ॥ २२.४३ ॥
Là se trouvaient la vedi (estrade de l’autel) et la kṣiti (la terre) ; les sept océans étaient comme des kalaśas (vases). Le Soleil faisait office de lampe, et la Lune de même ; et les rivières charriaient l’eau en s’écoulant.
Verse 44
एवं विवाहसामग्रीं कृत्वा शैलवराधिपः । प्रेषयामास रुद्राय समीपं मन्दरं गिरिम् ॥ २२.४४ ॥
Ainsi, après avoir préparé les éléments requis pour le mariage, le seigneur des plus nobles montagnes envoya une ambassade à Rudra, vers le mont Mandara tout proche.
Verse 45
स तदा मन्दरोक्तस्तु शङ्करो द्रुतमाययौ । विधिना सोमया पाणिं जग्राह परमेश्वरः ॥ २२.४५ ॥
Alors, pressé par les paroles de Mandara, Śaṅkara vint promptement. Selon le rite prescrit, le Seigneur Suprême prit la main de Somā en mariage.
Verse 46
तत्रोत्सवे पर्वतनारदौ द्वौ जगुश्च सिद्धा ननृतुर्वनस्पतीः । पुष्पाण्यनेकानि विचिक्षिपुः शुभाः ननर्तुरुच्चैः सुरयोषितो भृशम् ॥ २२.४६ ॥
En cette fête, les deux—Parvata et Nārada—chantèrent; les Siddha dansèrent; les arbres de la forêt se balancèrent comme en danse; maintes fleurs de bon augure furent répandues; et les femmes célestes dansèrent à grand bruit, avec une exubérance intense.
Verse 47
तस्मिन् विवाहे सलिलप्रवाहे चतुर्मुखो लोकपरः स्वसंस्थः । उवाच कन्यां भव पुत्रि लोके नारी प्रभर्त्ता तव चान्यपुंसाम् ॥ इत्येवमुक्त्वा स उमां सरुद्रां पितामहः स्वं पुरमाजगाम ॥ २२.४७ ॥
En ce mariage, au milieu des eaux courantes, le Quatre-Visages (Brahmā)—voué au bien des mondes et demeurant en sa propre condition—s’adressa à la jeune fille : «Sois ainsi, ma fille, dans le monde : la femme est guide et soutien pour toi, et aussi pour les autres hommes.» Ayant parlé ainsi, Pitāmaha (Brahmā) regagna sa propre cité, laissant Umā auprès de Rudra.
Verse 48
जामातरं पर्वतराट् सुपूज्य विसर्जयामास विभुं स सोमम् । देवान्श्च दैत्यान् विविधानृषींश्च सम्पूज्य सर्वान् विविधैस्तु वस्तुभिः । विभूषणैर्वस्त्रवरान्नदानैः—र्विसर्जयामास तदाद्रिमुख्यान् ॥२२.४८॥
Après avoir honoré comme il se doit son gendre—Soma, le Puissant—le seigneur des montagnes le congédia. Puis, après avoir vénéré tous—les divers Deva, Daitya et Ṛṣi—par des offrandes multiples, il renvoya pareillement ces montagnes éminentes, avec des ornements, de beaux vêtements, des mets excellents et des présents.
Verse 49
स वीतशोको विरजो विशुद्धः शुभाननां देववराय दत्त्वा । उमां महात्मा हिमवानद्रिराजः पैतामहे लोक इवाध्वरे भात् ॥ २२.४९ ॥
Délivré du chagrin, sans tache et purifié, le magnanime Himavān—roi des montagnes—après avoir donné Umā au visage de bon augure au plus éminent des dieux, resplendit dans le monde ancestral (paitāmaha), comme au sein d’un rite sacrificiel.
Verse 50
इतीरितेयं तव राजसत्तम प्रसूतिरॆषा न विदुर्यां सुरासुराः । स्वयम्भुदक्षादिराजः त्रिजन्मभिर्गौरीविवाहोऽपि मया सुकीर्तितः ॥ २२.५० ॥
Ainsi, ô meilleur des rois, ta lignée a été exposée—une lignée que même les dieux et les asura ne connaissent pas pleinement. Le roi primordial Dakṣa, né de Svayambhū, et aussi le récit du mariage de Gaurī à travers trois naissances, ont été également rapportés par moi avec clarté.
Verse 51
श्रीवराह उवाच । एवं सा गौरिनाम्ना तु कारणान्मूर्तिमागता । सम्बभूव यथा प्रोक्तं प्रजापालाय पृच्छते । ऋषिणा महता पूर्वं तपसा भावितात्मना ॥ २२.५१ ॥
Śrī Varāha dit : Ainsi, celle qu’on nomme Gaurī, en raison d’une cause déterminante, prit une forme corporelle et vint à l’existence exactement comme il avait été dit auparavant, en réponse à la question de Prajāpāla, posée jadis par un grand ṛṣi dont l’âme avait été affinée par l’austérité (tapas).
Verse 52
गौर्याः उत्पत्तिर् एषा वै कथिता परमर्षिणा । विवाहश्च यथा वृत्तस् तत्सर्वं कथितं तव ॥ २२.५२ ॥
L’origine de Gaurī a été, en vérité, rapportée par le voyant suprême; et la manière dont le mariage s’est accompli—tout cela t’a été exposé en entier.
Verse 53
एतत्सर्वं तु गौर्या वै सम्पन्नं तु तृतीयया । तस्यां तिथौ तृतीयायां लवणं वर्जयेन्नरः । यश्चोपोष्यति नारी वा सा सौभाग्यं तु विन्दति ॥ २२.५३ ॥
Tout cela, en vérité, est dit s’accomplir pour Gaurī au troisième jour lunaire (tṛtīyā). En ce tithi de tṛtīyā, l’on doit s’abstenir de sel; et toute femme qui observe le jeûne (upavāsa) obtient le saubhāgya, la bonne fortune et la félicité conjugale.
Verse 54
दुर्भगा या तु नारी स्यात् पुरुषश्चातिदुर्भगः । एतच्छ्रुत्वा तृतीयायां लवणं तु विवर्जयेत् ॥ २२.५४ ॥
Si une femme devient infortunée et qu’un homme devient extrêmement infortuné—ayant entendu cela, qu’on s’abstienne de sel au tṛtīyā (troisième jour).
Verse 55
सर्वकामानवाप्नोति सौभाग्यं द्रव्यसम्पदम् । आरोग्यं च सदा लोके कान्तिं पुष्टिं च विन्दति ॥ २२.५५ ॥
On obtient tous les buts désirés—le saubhāgya et la prospérité des richesses; et dans le monde l’on acquiert sans cesse la santé, l’éclat (kānti) et la vigueur nourricière (puṣṭi).
The text foregrounds disciplined conduct (tapas and restraint) and responsible decision-making under dharma-conflict. Umā’s hesitation about touching a brāhmaṇa after ritual purification is set against the greater harm of allowing a death that would entail brahmahatyā; the narrative resolves this by prioritizing prevention of grave wrongdoing while maintaining ritual awareness. The concluding tṛtīyā salt-avoidance rule translates narrative ethics into a repeatable social practice.
A lunar marker is explicit: tṛtīyā (the third lunar day). On tṛtīyā, the chapter prescribes lavaṇa-varjana (avoiding salt), with stated results including saubhāgya (marital good fortune), health, prosperity, and well-being; it is presented as applicable to both men and women.
Environmental order is implied through the depiction of a ‘cosmic ecology’ participating in ritual: mountains, rivers, trees, and medicinal plants are described as assembling in embodied form for the wedding, while rivers provide water and celestial bodies function as ritual supports. This frames landscape and community as interdependent, suggesting that disciplined human rites and ethical restraint contribute to maintaining a stable, auspicious world for Pṛthivī.
The narrative references Dakṣa (as the remembered source of prior conflict), Rudra/Śaṅkara (as the tested and revealed bridegroom), Himavān/Himavat (as Umā’s father and mountain-king), and Brahmā (as lokapitāmaha granting authorization). It also names cultural-sage figures associated with celestial music and transmission—Nārada and Tumburu—along with groups such as siddhas, ṛṣis, devas, daityas, asuras, rākṣasas, and kinnaras.