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Narakayātanā-svarūpa-varṇanam
Ethical-Discourse (Karmic Retribution and Post-mortem Geographies)
Dans le cadre d’enseignement de Varāha et de Pṛthivī, ce chapitre sert d’avertissement éthique en cartographiant la “géographie” vécue du naraka comme fruit des actes nuisibles. Il énumère huit enfers principaux—Tapta, Mahātapta, Raurava, Mahāraurava, Saptatāla, Kālasūtra, Andhakāra et Andhakāravara—et expose une aggravation graduelle des souffrances. Il détaille des tourments des sens et du corps : chaleurs et froids extrêmes, faim et soif, entailles, brûlures, perforations; ainsi que la prédation d’animaux et de rākṣasas, et le passage à travers des fleuves et régions terrifiants tels que la Vaitaraṇī. Le texte relie la longue demeure en naraka aux cycles de transmigration vers des naissances inférieures, jusqu’au retour dans les conditions humaines, et mentionne des marques corporelles visibles attribuées à certains crimes graves, afin de fortifier la retenue morale et la stabilité de la terre par la loi du karma.
Verse 1
पुनर्नरकयातनास्वरूपवर्णनम् ॥ ऋषिपुत्र उवाच ॥ तप्तं चैव महातप्तं महारौरवरौरवौ ॥ सप्ततालश्च नरको नरकः कालसूत्रकः ॥
Le fils d’un ṛṣi dit : « Il y a Tapta et Mahātapta, ainsi que Raurava et Mahāraurava ; il y a Saptatāla, Naraka et Kālasūtraka — tels sont les royaumes infernaux, de nouveau décrits selon la nature de leurs tourments. »
Verse 2
अन्धकारश्च नरकोऽन्धकारवरस्तथा ॥ अष्टावेतॆ तु नरकाः पच्यन्ते यत्र पापिनः ॥
« Et il y a Andhakāra (Ténèbres), et de même Andhakāravara (les “ténèbres plus grandes”). Tels sont, en vérité, les huit enfers, où les pécheurs sont “cuits”, c’est-à-dire soumis à la souffrance punitive. »
Verse 3
प्रथमे प्रथमं विद्याद्द्वितीये द्विगुणं तथा ॥ तृतीये त्रिगुणं विद्याच्चतुर्थे तु चतुर्गुणम् ॥
« Dans le premier, qu’on comprenne (la souffrance) comme la mesure de base ; dans le second, comme le double ; dans le troisième, comme le triple ; et dans le quatrième, comme le quadruple. »
Verse 4
पञ्चमे तु गुणाः पञ्च षष्ठे षड्गुणमुच्यते ॥ सप्तमे तु गुणाः सप्त अष्टमेऽष्टविधा गुणाः ॥
« Dans le cinquième, le multiplicateur est cinq ; dans le sixième, il est dit être sextuple ; dans le septième, septuple ; et dans le huitième, les multiplicateurs sont de huit sortes, c’est-à-dire octuples. »
Verse 5
अहोरात्रेण चाध्वानं प्रेता गच्छन्ति तत्पुरम् ॥ दुःखितानां ततो दुःखं दुःखाद्दुःखतरं ततः ॥
« En un jour et une nuit, ils parcourent la route ; les esprits des défunts (pretas) se rendent à cette cité (de ce royaume). Pour ceux qui sont déjà affligés, il y a ensuite souffrance — et de la souffrance, une souffrance plus grande encore. »
Verse 6
दुःखमेवात्र न सुखं दुःखैर्दुःखं विवर्ध्यते ॥ उपायस्तत्र नैवास्ति येन स्वल्पं सुखं भवेत् ॥
Ici, il n’y a que souffrance, point de bonheur ; par les souffrances, la souffrance s’accroît. Il n’y a là aucun moyen par lequel naîtrait ne fût-ce qu’une infime joie.
Verse 7
मुच्यते च मृतस्तत्र मारकास्तत्र दुर्लभाः ॥ शब्दे स्पर्शे तथा रूपे रसे गन्धे तु पञ्चमे ॥
Et même si l’on « meurt » là-bas, la délivrance ne s’ensuit pas ; les agents de la mort y sont difficiles à trouver. (La souffrance est éprouvée) par le son, le toucher et la forme, par le goût et—cinquièmement—par l’odeur.
Verse 8
न सुखं तत्र तस्यास्ति किञ्चिदेवात्र विद्यते ॥ शारीरैर्मानसैश्चैव दुःखैर्दुःखान्तगामिभिः ॥
Là, pour lui, il n’y a aucun bonheur ; on n’y trouve que ceci : des souffrances—du corps et aussi de l’esprit—qui mènent au terme (à l’aboutissement) de la souffrance.
Verse 9
आयसैः कण्टकैस्तीक्ष्णैस्तप्तैस्तप्तावृता मही ॥ अन्तरिक्षं खगानीकैर्अग्निजिह्वैः समावृतम् ॥
La terre est recouverte d’épines de fer, aiguës et brûlantes ; l’espace du ciel est rempli de toutes parts de volées d’oiseaux dont les langues sont comme du feu.
Verse 10
पातुकामश्च पानीयं राक्षसैर्नीयते सरः ॥ हंससारससंकिर्णं पद्मोत्पलविभूषितम् ॥
Et celui qui désire boire est mené par des rākṣasas vers un lac, rempli de cygnes et de grues, orné de lotus et de nénuphars.
Verse 11
पातुकामश्च पानीयं सहसा तत्र धावति ॥ सलिलं प्रेक्षते चैव तत्र तप्ततरं तथा
Désireux de boire, il s’y précipite soudain pour de l’eau ; mais lorsqu’il la regarde, il la trouve là encore plus intensément brûlante.
Verse 12
ततः पक्वानि मांसानि राक्षसैः परिणीयते ॥ क्षारोदकेऽपि च तथा क्षिप्यतेऽत्र महाह्रदे
Alors, des morceaux de chair cuite sont transportés çà et là par les rākṣasas ; et de même, il est jeté ici dans un grand lac d’eau saumâtre et alcaline.
Verse 13
तत्र चैव ह्रदे नैका मत्स्याः खादन्ति सर्वशः ॥ ततः कालावसाने तु कथञ्चित्प्रपलायिनः
Et là, dans ce même lac, de nombreux poissons le dévorent de toutes parts. Puis, au terme d’un certain temps, il devient—d’une manière ou d’une autre—celui qui s’échappe.
Verse 14
किञ्चिदन्तरमागम्य वेदनार्थाः पतन्ति हि ॥ यातनार्थं पुनस्तत्र मांसं चैवोपजायते
Après un bref intervalle, ils retombent de nouveau, assurément pour la douleur ; et là, une fois encore, la chair renaît sur eux en vue d’un supplice renouvelé.
Verse 15
शिरस्येवोपविष्टस्य प्रस्थितस्य प्रधावतः ॥ तस्यार्त्तायामवस्थायां दुःखं भवति दारुणम्
Comme si quelqu’un était assis sur sa tête, tandis qu’il part et court, dans cet état d’affliction sa souffrance devient terrible.
Verse 16
करीषगर्त्तस्तत्रैव कुम्भीपाकः सुदारुणः ॥ पद्मपत्राकृतिस्तस्य पेशी तत्र शरीरजः
Là même se trouve la fosse d’immondices, et le Kumbhīpāka, d’une atrocité extrême. Là, la chair issue de son corps prend la forme d’une feuille de lotus.
Verse 17
पाटयन्ति सुमार्गेण राक्षसाः करपत्रिकाः ॥ निपीड्य दशनै रोषं भीमनादाः सुरोषिताः
Les Rākṣasas, tenant des lames à la main, les tailladent méthodiquement ; et, les mordant avec fureur, ces êtres à la voix terrifiante s’enflamment de colère.
Verse 18
असिपत्रवनं चात्र शृङ्गाटकवनं तथा ॥ तत्र शृङ्गाटकाश्चैव तप्तवालुकमिश्रिताः
Ici se trouve aussi la forêt aux feuilles d’épée, ainsi que la forêt des śṛṅgāṭakas ; là, les śṛṅgāṭakas sont réellement mêlés à du sable brûlant.
Verse 19
श्यामाश्च शबलाश्चैव श्वानस्तेऽत्र दुरासदाः ॥ खादन्ति च सुसंरब्धाः सर्पवृश्चिकसन्निभैः
Ici, ces chiens—sombres et tachetés—sont difficiles à repousser ; et, dans une rage extrême, ils dévorent, semblables à des serpents et à des scorpions.
Verse 20
कण्टकैः प्रतिकूलैश्च तत्रान्या कूटशाल्मली ॥ कर्षन्ति तत्र चैवैनं यावदस्थ्यवशेषितः
Et là se trouve une autre, la Kūṭaśālmalī, aux épines dressées contre lui ; là, ils le traînent en vérité jusqu’à ce qu’il ne reste que des os.
Verse 21
यद्दुःखं तस्य दुर्बुद्धेः प्रतिकूलं च तस्य यत् ॥ तत्तदोत्पद्यते शीघ्रं यातनार्थाय यत्नतः ॥
Quelle que soit la souffrance appartenant à cette personne malintentionnée, et tout ce qui lui est contraire, ces tourments mêmes surgissent rapidement, avec force délibérée, pour le châtiment.
Verse 22
शीतकामस्य वै चोष्णमुष्णकामस्य शीतलम् ॥ सुखकामस्य वै दुःखं सुखं नैवात्र विद्यते ॥
Pour celui qui désire le froid, il y a la chaleur; pour celui qui désire la chaleur, il y a le froid. Pour celui qui désire le confort, il y a la souffrance; ici, le confort ne se trouve point.
Verse 23
छिन्नाश्च शतधाप्येवं ह्यनिशं तैः सहस्रशः ॥ छिन्नाङ्गाः सर्वगात्रेषु सर्वमेव स विन्दति ॥
Ainsi, découpé en cent parties, sans cesse et par eux par milliers, ses membres sont tranchés dans tout son corps; il éprouve tout cela pleinement.
Verse 24
सलिलं च नदीं घोरां व्यालाकीर्णां भयानकाम् ॥ उत्तार्यन्ते च तां प्रेतां यां दृष्ट्वैव भयं भवेत् ॥
Il y a une rivière redoutable d'eaux, remplie de créatures serpentine et terrifiante; et les défunts sont contraints de traverser cette rivière, celle dont la seule vue susciterait la peur.
Verse 25
करम्भवालुका नाम शतयोजनमायता ॥ अग्निज्वालासमा घोरा यथा येन स गच्छति ॥
Il existe une région appelée Karambhavālukā, s'étendant sur cent yojanas; effroyable, comparable aux flammes de feu, à travers laquelle il progresse.
Verse 26
ततो वैतरणी नाम क्षारोदा तु महानदी ॥ योजनानि तु पञ्चाशदधस्तात्पञ्चयोजनम् ॥
Puis vient le grand fleuve nommé Vaitaraṇī, dont les eaux sont salines et corrosives. Il s’étend sur cinquante yojanas, et sa profondeur au-dessous est de cinq yojanas.
Verse 27
अगाधपङ्का वै तत्र चर्ममांसास्थिभेदनाः ॥ तत्र कर्कटका घोरा वज्रदंष्ट्रा विशन्ति ताम् ॥
Là, la boue est sans fond et déchire la peau, la chair et les os. Là s’y engouffrent d’effroyables crabes aux crocs pareils au foudre, et ils y attaquent dans ce bourbier.
Verse 28
समुत्तीऱ्य तु कृच्छ्रेण तस्माद्योजनकर्दमात् ॥ वसन्त्यत्र धरे केचिच्छून्यागारे निराश्रये ॥
Après avoir traversé avec peine ce bourbier long d’une yojana, certains demeurent là à même le sol, dans une maison vide, sans refuge.
Verse 29
यत्र वै मूषिकगणा भक्षयन्ति ह्यनेकशः ॥ मूषकैर्जग्ध गात्रस्तु ह्यस्थिमात्रावशेषितः ॥
Là où des bandes de souris le dévorent maintes fois de diverses manières ; son corps, rongé par les souris, n’est plus qu’un reste d’os.
Verse 30
प्रभाते वायुना स्पृष्टः पुनर्मांसं स विन्दति ॥ शून्यागारप्रवेशात्तु गव्यूतेर्नातिदूरतः ॥
À l’aube, touché par le vent, il retrouve de nouveau la chair ; et depuis l’entrée de la maison vide, non loin, à la distance d’un gavyūti.
Verse 31
सहकारवनं नाम रौद्रा यत्र च पक्षिणः ॥ निस्त्वगस्थिस्तैः क्रियते निर्मांसश्चैव मानवः
Il y a une forêt appelée Sahakāravana, terrifiante, où se trouvent des oiseaux de châtiment; par eux un humain est dépouillé de sa peau et de ses os, et rendu sans chair.
Verse 32
संध्याभ्र इव चाभाति प्रदीप्तो नित्यमेव तु ॥ दशयोजनविस्तार्णा अधः शतसमायता
Elle brille comme un nuage crépusculaire, éternellement enflammée; elle s'étend sur dix yojanas en largeur, et vers le bas elle s'étire sur cent yojanas.
Verse 33
यमचुल्लीति विख्याता गम्भीरा सा त्रियोजनम् ॥ नित्यं प्रज्वलिता सा तु नित्यं धूमान्धकारिता
Connue comme le Fourneau de Yama, elle est profonde de trois yojanas; elle est perpétuellement ardente, et perpétuellement obscurcie par la fumée.
Verse 34
तत्र प्रेतसहस्राणि प्रयुतान्यर्बुदानि च ॥ प्रक्षिप्यन्ते त्वहोरात्रं राक्षसैर्यमकिङ्करैः
Là, des milliers d'esprits défunts, des dizaines de milliers et même des multitudes innombrables, sont jetés jour et nuit par les rākṣasas, les serviteurs de Yama.
Verse 35
निःशिराजालकश्चैव निरक्षिश्रवणस्तथा ॥ वटवृक्षो नातिदूरे दक्षिणे तु त्रियोजनम्
Et il y a des êtres tels que le 'Jālaka-sans-tête' et de même l''Aux-oreilles-et-aux-yeux-aveugles'; non loin de là, vers le sud à trois yojanas, se trouve un banian.
Verse 36
मासमेकं वसत्यन्यो तस्यां चुल्ल्यां परिभ्रमन् ॥ ततः शकुनिका नाम वसामेदोवहा नदी
Un autre y demeure pendant un mois, errant dans ce four; puis se trouve une rivière nommée Śakunikā, charriant graisse et moelle.
Verse 37
एकैकं दुस्तरं घोरं यथापूर्वं यथाक्रमात् ॥ अनुभुङ्क्ते स कृच्छ्रेण दुष्कृती तीव्रवेदनाः
Chaque supplice, difficile à franchir et terrible, selon ce qui précède et dans l’ordre prescrit, il le subit péniblement; le malfaiteur endure des douleurs aiguës.
Verse 38
दश तत्र लताः शूलाः कुम्भीपाकास्त्रयोदश ॥ याति पापमहोरात्रं तस्मिन्नियमितेन तु
Là se trouvent dix lances semblables à des lianes rampantes, et treize (séjours de) Kumbhīpāka; le pécheur y passe jour et nuit, tenu sous une règle contraignante.
Verse 39
राक्षसैर्निरनुक्रोशैर्दुर्निरीक्ष्यैस्ततस्ततः ॥ अङ्गारेषु विधूमेषु शूलप्रोतस्तु पच्यते
Par des rākṣasas sans pitié, terribles à voir, çà et là, il est cuit sur des braises sans fumée, empalé sur une lance.
Verse 40
शुष्कोदपाने धूमे च अधःशीर्षोऽवलम्बते ॥ ज्वाल्यते तीक्ष्णतैले तु कटाहे स तु पच्यते
Dans un puits desséché, au milieu de la fumée, il est suspendu la tête en bas; et il est brûlé dans une huile âcre et ardente — oui, dans un chaudron il est cuit.
Verse 41
करीषगर्त्ते स पुनः पच्यते मेदवह्निना ॥ एकैकस्मिन्दशाहं च शूलादिषु स पच्यते
De nouveau, il est cuit dans une fosse d'immondices par un feu alimenté de graisse; et, pendant dix jours en chaque station, il est cuit sur des pieux et autres instruments.
Verse 42
यातनाः सप्तकास्तस्य निष्क्रान्तस्य त्रियोजने ॥ यतो यमनदी नाम तप्तत्रपुजलोर्मिणी
Septuples sont les tourments pour celui qui est parti, sur une distance de trois yojanas, jusqu'au fleuve appelé Yamanadī, dont les vagues sont d'eau pareille à l'étain fondu.
Verse 43
समुत्तीर्य तु कृच्छ्रेण दह्यमानस्त्वचेतनः ॥ ततो मुहूर्त्तं विश्रान्तः किञ्चिदन्तरमागतः
Ayant traversé avec grande difficulté, brûlant et privé de sens, il se repose alors un moment, et avance sur une courte distance.
Verse 44
दीर्घिकां मोक्षते कान्तां शीतोदां शीतकाननाम् ॥ सर्वकामान्स लभते भगिनी सा यमस्य तु
Il atteint un bel étang, aux eaux fraîches et au bosquet frais; il obtient tout le confort désiré, mais elle est appelée la 'sœur' de Yama.
Verse 45
भक्ष्यं भोज्यं च सर्वैस्तु पापिभिस्तत्र लभ्यते ॥ स सर्वं विस्मरत्यत्र त्रिरात्रमुषितोऽपि सन्
Là, nourriture à mâcher et nourriture à manger est obtenue par tous les pécheurs; y ayant séjourné trois nuits, il oublie tout en ce lieu.
Verse 46
तत्र वर्षति पर्जन्यस्तत्र तप्तजलं सदा ॥ तत्र कृच्छ्रेण तरति अहोरात्रेण मानवः
Là, le nuage verse la pluie, et là l’eau demeure toujours brûlante; là, l’homme ne traverse qu’avec grande peine, au cours d’un jour et d’une nuit.
Verse 47
शृङ्गारकवनं नाम तत्र पश्यन्ति शाद्वलम् ॥ नीलमक्षिकदंशैश्च सुव्याप्तं तद्वनं महत्
Là, ils voient une étendue de prairie dans la grande forêt nommée Śṛṅgāraka-vana, entièrement envahie par les morsures de mouches bleues.
Verse 48
यैस्तु स्पृष्टश्च दष्टश्च कृमिरूपश्च जायते ॥ प्रेतो वर्षति मांसासृगस्मात्कृच्छ्रात्तु निर्गतः
Mais, touché et mordu par ces (mouches), il en vient à prendre la forme d’un ver; et l’âme du défunt, sortie de cette épreuve, fait pleuvoir chair et sang.
Verse 49
ततोऽन्यल्लभते चैव यातनार्थं प्रयत्नतः ॥ ततः पश्यति पुत्रांस्तु महद्दुःखं सुदारुणम्
Ensuite, par son propre effort, il subit encore une autre épreuve vouée au supplice; puis il voit ses fils, et naît une grande douleur, extrêmement terrible.
Verse 50
मातरं पितरं चैव पुत्रान्दारांस्तथा प्रियान् ॥ पुरस्ताद्बध्यमानं स क्रन्दमानमचेतनम्
Il voit devant lui sa mère et son père, ainsi que ses fils, son épouse et ses bien-aimés : liés devant lui, gémissant et privés de connaissance.
Verse 51
हा त्राहि त्राहि पुत्रेति क्रन्दमानस्ततस्ततः ॥ लगुडैर्मुद्गरैर्दण्डैर्जानुभिर्वेणुभिस्तथा
Criant sans cesse: 'Ah! Sauve-moi, sauve-moi, mon enfant!', il gémit çà et là, frappé de massues, de maillets, de bâtons, de genoux, et aussi de tiges de bambou.
Verse 52
मुष्टिभिश्च कशाभिश्च व्यालैरङ्कगतैरपि ॥ तद्दृष्ट्वा तादृशं दुःखं ततो मोहं स गच्छति
Et avec des poings et des fouets, et même avec des serpents s'accrochant à son corps, voyant une telle souffrance, il tombe alors dans la confusion.
Verse 53
एवमेवात्मकर्माणि पर्यायेण पुनः पुनः ॥ प्राप्नुवन्तीह तेऽत्रैव नरा दुष्कृतकारिणः
Ainsi, leurs propres actes, cycle après cycle, encore et encore, sont rencontrés ici même par ces hommes qui commettent des méfaits.
Verse 54
पातकानि च चत्वारि समाचारेण पञ्चमम् ॥ कृत्वा तानि नरा यान्ति तं देशं पापकािरणः
Ayant commis quatre péchés, and un cinquième par conduite corrompue, ces hommes, auteurs de méfaits, se rendent en ce royaume.
Verse 55
तदा वा स्थावरे तेषु जातस्य हि भवेन नरः ॥ क्रमशः स भवेत्प्रेतस्तदा पशुगणेष्वपि
Ou alors, étant né parmi ces êtres immobiles, il redevient humain; progressivement il devient un preta, et ensuite même parmi les groupes d'animaux.
Verse 56
षष्टिवर्षसहस्राणि षष्टिवर्षशतानि च ॥ गतः स वसति प्रेतो नरके तु पुनःपुनः
Pendant soixante mille ans, et aussi pendant soixante centaines d’années, il demeure là comme un preta, encore et encore en enfer.
Verse 57
ततो निवृत्तकर्मा तु स्वेदजः सम्भवेत्पुनः ॥ स्वेदजानां ततो नित्यं सर्वसंसारचङ्क्रमात्
Ensuite, l’activité karmique (antérieure) ayant cessé, il renaît comme un être né de la sueur ; puis, par l’errance constante à travers tout le circuit du saṃsāra parmi les êtres nés de la sueur…
Verse 58
ततश्च पक्षिणां योनिं सर्वां सन्तरते पुनः ॥ गयोनाु तु ततो गत्वा पुनर्मानुषतां व्रजेत्
Et alors il traverse de nouveau toutes les matrices parmi les oiseaux ; puis, étant allé dans la matrice d’une vache, il recouvre encore la condition humaine.
Verse 59
मानुषे शूद्रतां याति लब्ध्वा यदि तु तुष्यति ॥ ततो वैश्यत्वमागच्छेत्कर्मणा अनेन वेष्टितः
Dans la naissance humaine, il parvient à l’état de Śūdra ; et si, l’ayant obtenu, il s’en contente, alors il peut parvenir à l’état de Vaiśya, enveloppé et lié par ce karma.
Verse 60
वैश्यात्क्षत्रियतां याति तस्माच्च ब्राह्मणो भवेत् ॥ ब्राह्मणत्वमपि प्राप्तः पापकर्मा दुरात्मवान्
De l’état de Vaiśya il passe à celui de Kṣatriya, et de là il peut devenir Brāhmaṇa. Même après avoir atteint la condition de Brāhmaṇa, celui dont les actes sont pécheurs—à l’âme mauvaise—(demeure lié à leurs conséquences).
Verse 61
दुःशिक्षितेन मनसा ह्यात्मद्रोग्धा भवेत् तदा ॥ शरीरेण मानसिकं घोरं व्यसनैरुपपादितम् ॥
Avec un esprit mal instruit, on devient alors un traître à son propre soi; et une terrible souffrance, à la fois corporelle et mentale, est engendrée par les afflictions.
Verse 62
उपयुक्तो नरो जातः पूर्वकर्मभिरन्वितः ॥ ज्ञेयश्च ब्रह्महा कुष्ठी काकाक्षः काकतालुकः ॥
Une personne naît conditionnée par ses actes antérieurs; on doit comprendre qu'un meurtrier de brâhmane renaît comme un lépreux, aux yeux de corbeau, avec un palais de corbeau.
Verse 63
सुरापः श्यावदन्तश्च पूतिगन्धश्च पापकृत् ॥ राजहा पितृहाचैव सुरापश्चापि यो भवेत् ॥
Un buveur d'intoxicants devient celui dont les dents sont sombres et qui porte une odeur fétide, un pécheur. De même, quiconque tue un roi, tue son père, ou boit des intoxicants est ainsi marqué.
Verse 64
सुवर्णहर्ता च नरो ब्रह्मघ्नेन समो हि सः ॥ क्वचिच्चात्र विरूपाणां नराणां पापकर्मिणाम् ॥
Et une personne qui vole de l'or est en vérité égale à un meurtrier de brâhmane. Ici et là, parmi les gens qui commettent des péchés, il y a ceux qui sont déformés.
Verse 65
यावद्भिः कर्मभिस्तैस्तैस्तेषु निर्याणवेश्मसु ॥ छिन्नभिन्नविशस्तानां रुधिरेण समन्ततः ॥
Dans ces 'maisons de supplice', correspondant aux actes particuliers accomplis, le sang de ceux qui sont coupés, brisés et égorgés se répand tout autour.
Verse 66
व्याप्तं महीतलं सर्वमापगाश्चापि निर्गताः ॥ अजस्रं क्लिश्यमानानां क्रन्दतां च सुदारुणम् ॥
Toute la surface de la terre fut envahie, et même les rivières débordèrent ; sans relâche s’éleva un bruit des plus terribles, celui des êtres tourmentés qui gémissaient et criaient.
Verse 67
समुत्तस्थौ महानादो हाहाकारसमाकुलः ॥ बध्नतो विविधैर्बन्धैर्घातयन्तश्च दारुणम् ॥
Un grand tumulte s’éleva, rempli de cris « hā hā » ; on les liait de liens variés et on les frappait d’une violence terrible.
Verse 68
लौहयष्टिप्रहारैश्च आयुधैश्च सुदारुणैः ॥ छेदनैर्भेदनैश्चोग्रैः पीडनाभिश्च सर्वशः ॥
Par des coups de bâtons de fer, et par des armes extrêmement terribles ; par de féroces coupes et fentes, et par des tourments de toute sorte, de toutes parts.
Verse 69
श्रान्ताः कर्मकरा दूताः मोहेनायत्तचेतसः ॥ यदा श्रान्ताश्च खिन्नाश्च हन्तारः पापकर्मिणाम् ॥
Les messagers — agents besogneux, l’esprit tenu sous l’emprise de l’illusion — se lassèrent ; et lorsque les bourreaux des pécheurs furent fatigués et épuisés,
Verse 70
विज्ञापयेत्तदा दूताश्चित्रगुप्तं महौजसम् ॥
Alors les messagers en feraient rapport à Citragupta, le très puissant, d’une grande vigueur.
Verse 71
अतीव च बुभुक्षात्र पिपासा चाप्यतीव हि ॥ उष्णमत्युष्णमेवात्र शीतलं चातिशीतलम् ॥
Ici règne une faim extrême, et de même une soif extrême; ici la chaleur est intensément brûlante, et le froid est intensément glacial.
Verse 72
दह्यते छिद्यते चैव विध्यते भिद्यते पथा ॥ पात्यते पीड्यते चैव कृष्यते च विशस्यते ॥
On est brûlé, coupé et aussi transpercé; on est fendu le long d'un chemin; on est précipité et écrasé; on est traîné et égorgé.
Verse 73
उलूकाश्च धनुर्मात्रा वज्रजिह्वास्थिभेदनाः ॥ महाविषा महाक्रोधा दुर्विषह्याः सुदारुणाः ॥
Et des hiboux, de la taille d'un arc, aux langues semblables à la foudre qui brisent les os, hautement venimeux, d'une grande colère, difficiles à supporter et extrêmement redoutables.
Verse 74
चुल्लीकुक्षौ तु विश्रान्ता वेगिनी वहते तु सा ॥ तां समुत्तीऱ्य कृच्छ्रेण यातनाः सप्तकाः पुनः ॥
Ayant reposé dans le ventre de la rivière Cullī, celle au cours rapide les emporte. Après l'avoir traversée avec difficulté, les sept tourments se produisent à nouveau.
Verse 75
ततः शूलवहो नाम पर्वतः शतयोजनः ॥ निराश्रयः स सत्त्वानामेकपाषाण एव च ॥
Alors il y a une montagne nommée Śūlavaha, d'une centaine de yojanas (en étendue); elle n'offre aucun refuge aux êtres, et elle est faite d'une seule masse de pierre.
Verse 76
तदादिषु च सर्वेषु गुणान्तरपथं गतः ॥ यदा भवति स प्रेतस्तदा स्थावरतां व्रजेत् ॥
Et dans toutes ces étapes, à commencer par celle-là, étant entré dans une voie où les guṇa se transforment; lorsqu’il devient un preta, alors il passe à la condition d’un être immobile (état fixe).
Within the Varāha–Pṛthivī teaching frame, Pṛthivī’s concern for moral order and the fate of wrongdoers prompts an explicit exposition of post-mortem consequences; the discourse shifts from terrestrial dharma to the ‘negative geography’ of naraka as a deterrent and ethical map.
Varāha (with the transmitted speaker-label Ṛṣiputra in some recensions) enumerates the aṣṭa-naraka (eight principal hells)—Tapta, Mahātapta, Raurava, Mahāraurava, Saptatāla, Kālasūtra, Andhakāra, Andhakāravara—explaining a graded intensification of suffering, then expands into a catalogue of torments: extremes of heat/cold, hunger/thirst, cutting/burning/piercing, predation by beasts and rākṣasas, and forced transit through terrifying zones and rivers (notably Vaitaraṇī and other corrosive/viscous streams).
The climax is the karmic ‘accounting’ logic: Yama’s agents (yamakiṅkara/dūtas) and Chitragupta’s record-keeping anchor the punishments as systematic karmaphala rather than arbitrary cruelty. The resolution extends beyond hell: prolonged naraka-stay leads into lower births and gradual re-entry into human society, with visible bodily markers said to manifest from specific grave crimes—thereby reasserting social-ethical restraint as the stabilizer of Pṛthivī’s order.
Infernal topography rather than terrestrial sites: Tapta, Mahātapta, Raurava, Mahāraurava, Saptatāla, Kālasūtra, Andhakāra, Andhakāravara; Karambhavālukā (burning sand tract); Vaitaraṇī (kṣārodā river); Sahakāravana (mango-grove named as a torment-zone); Yamachullī (fiery ‘stove’/pit); Śakunīkā (vasā-medovahā river); Yamanadī (river with molten-metal-like waves); Dīrghikā Mokṣaṇī (cool pond of respite); Śūlavaha (mountain); Śṛṅgārakavana; Asipatravana; Śṛṅgāṭakavana; Kūṭaśālmalī (thorny silk-cotton).
The text frames post-mortem suffering as a systematic consequence (karmaphala) of harmful actions, using a graded naraka taxonomy to teach restraint, accountability, and adherence to social-ethical norms; it implies that destabilizing conduct against beings and order ultimately rebounds upon the agent through punitive “administration” (yamakiṅkara, Chitragupta).
No lunar (tithi) or seasonal timings are prescribed. The chapter instead uses duration markers for suffering and transit—ahorātra (day-night cycles), trirātra (three nights), māsam eka (one month), daśāha (ten-day periods), and very long spans such as ṣaṣṭivarṣa-sahasrāṇi/śatāni—to quantify punitive sequences and karmic aftermath.
Although set in infernal space, the chapter’s didactic function supports terrestrial balance (Pṛthivī’s stability) indirectly: by detailing consequences for destructive actions and grave crimes, it promotes behavioral constraints that reduce harm within the living world. The depiction of hostile landscapes (burning sands, corrosive rivers, thorn-forests) operates as a negative mirror of ecological order—an anti-environment that illustrates what results when ethical governance of life and land collapses.
The passage references administrative figures of the afterlife rather than royal genealogies: Chitragupta (as the authority informed by the dūtas), and Yama’s agents (yamakiṅkara). A speaker label “Ṛṣiputra” appears in the transmission, indicating a sage-descendant narrator in the manuscript tradition, but no specific terrestrial dynasty or king-lineage is named in this adhyāya.
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