
Asikuṇḍa-tīrtha-māhātmya
Tīrtha-māhātmya (Sacred Geography and Ritual Merit)
Pṛthivī interroge Varāha au sujet du tīrtha nommé Asikuṇḍa. Varāha raconte un épisode royal : le juste roi Sumati avait auparavant accompli un pèlerinage et atteint Svarga ; ensuite son fils Vimatī règne. Nārada rend visite à Vimatī, reçoit des honneurs et déclare de façon énigmatique qu’un fils doit ôter la dette de son père (ānṛṇya). Après la disparition de Nārada, les ministres expliquent la mort du roi et son voyage aux tīrthas, ce qui pousse Vimatī à entreprendre un pèlerinage de quatre mois à Mathurā. Les tīrthas de Mathurā, craignant la violence de Vimatī, se réfugient à Kalpagrāma où se trouve Varāha ; ils le louent et demandent sa protection. Varāha affronte Vimatī, abat son orgueil et, de la pointe d’une épée divine, soulève la terre pour former un grand kuṇḍa, d’où le nom d’Asikuṇḍa. Le texte prescrit des tithis favorables et décrit la vision salvatrice de quatre formes dorées après le bain, présentant la pratique du tīrtha comme un rétablissement de l’ordre sur la terre.
Verse 1
धरण्युवाच ॥ श्रुतानि तु महादेव तीर्थानि विविधानि तु ॥ असिकुण्डेति संज्ञेयं तन्मे त्वं कथय प्रभो
La Terre dit : «Ô Mahādeva, j’ai entendu parler de divers tīrtha. Je t’en prie, Seigneur, raconte-moi celui qui est connu sous le nom d’Asikuṇḍa.»
Verse 2
श्रीवराह उवाच ॥ सुमतिर्नाम राजासीद्धार्मिको लोकविश्रुतः ॥ तीर्थयात्रानिमित्तेन स्वर्गलोकं गतः पुरा ॥
Śrī Varāha dit : « Il fut jadis un roi nommé Sumati, juste et renommé parmi les hommes. Autrefois, à l’occasion d’un pèlerinage aux tīrtha, il se rendit au monde céleste. »
Verse 3
गते स्वर्गं तु नृपतौ पुत्रो राज्यं चकार ह ॥ विमतिर्नाम नाम्ना च राज्ये पैतामहे स्थितः ॥
«Lorsque le roi fut allé au ciel, son fils prit en main le royaume. Il se nommait Vimati et demeura établi dans la souveraineté ancestrale».
Verse 4
राज्यं च कुर्वतस्तस्य आगतो नारदस्तदा ॥ विष्टरं पाद्यमर्घ्यं च तस्मै दत्तं यथोचितम् ॥
«Tandis qu’il administrait le royaume, Nārada arriva alors. On lui donna, comme il convient, un siège, de l’eau pour laver les pieds et une offrande d’honneur».
Verse 5
प्रतिगृह्य च तत्सर्वं तमुवाच स नारदः ॥ पितुर्ह्यनृणतां गत्वा स पुत्रो धर्मभाग्भवेत् ॥
«Ayant tout accepté, Nārada lui dit : “Ce n’est qu’après s’être acquitté de la dette envers son père qu’un fils devient un participant légitime au dharma.”»
Verse 6
इत्युक्त्वा नारदस्तत्र तत्रैवान्तरधीयत ॥ नारदे तु गते राजा पप्रच्छ स्वात्ममन्त्रिणः ॥
«Après avoir dit cela, Nārada disparut sur-le-champ. Lorsque Nārada fut parti, le roi interrogea ses propres ministres».
Verse 7
तदा किमुक्तमृषिणा नारदेन पितुः कृते ॥ आनृण्यमिति यद्वाक्यं मया बुद्धं न किञ्चन ॥
« Qu’a donc dit le sage Nārada au sujet de mon père ? Quant au terme “ānṛṇya”, liberté de dette ou d’obligation, je n’en ai rien compris. »
Verse 8
मन्त्रिणश्च ततो ज्ञात्वा पितुर्मरणमेव च ॥ तीर्थयात्रानिमित्तं च तस्मै राज्ञे न्यवेदयन् ॥
Alors les ministres, ayant appris la mort du père ainsi que la raison du pèlerinage, en firent le rapport au roi.
Verse 9
अतएवोक्तमानृण्यं नारदेन पितुस्तव ॥ श्रुत्वा वाक्यं तदा राजा तीर्थयात्रां चकार ह ॥
« C’est précisément pour cela que Nārada a parlé d’“ānṛṇya” au sujet de ton père. » Ayant entendu ces paroles, le roi entreprit alors un pèlerinage aux tīrtha.
Verse 10
सर्वाणि तत्र तीर्थानि तिष्ठन्ति विविधानि च ॥ आगते तु नृपे तत्र तीर्थान्यूचुः परस्परम् ॥
Tous les tīrtha s’y tenaient, multiples et variés. Et lorsque le roi y arriva, les tīrtha se parlèrent entre eux.
Verse 11
युद्धं विमतिना सार्द्धं स्वयं कर्त्तुं न शक्नुमः ॥ कल्पग्रामं तु गच्छामो वराहो यत्र तिष्ठति ॥
« Nous ne pouvons, par nous-mêmes, livrer bataille à Vimati. Allons plutôt à Kalpagrāma, où demeure Varāha. »
Verse 12
यावन्निरीक्षयाम्यग्रं तावत्तिष्ठन्ति सन्निधौ ॥ तीर्थान्यूचुः ॥ जय विष्णो जयाचिन्त्य जय देव जयाच्युत ।
« Tant que je contemple la manifestation suprême, ils demeurent présents tout près. » Les tīrthas (gué sacrés) dirent : « Victoire à Viṣṇu ; victoire à l’Inconcevable ; victoire, ô Dieu ; victoire à Acyuta, l’Infaillible ! »
Verse 13
जय विश्वेश कर्त्तेश जय देव नमोऽस्तु ते ॥ श्रीवराह उवाच ॥ तीर्थैः स्तुतोऽहं वसुधे वचनं चेदमब्रुवम् ।
« Victoire au Seigneur de l’univers, Seigneur des actes ; victoire, ô Dieu — hommage à Toi ! » Śrī Varāha dit : « Ainsi loué par les tīrthas, ô Vasudhā (la Terre), je prononçai ces paroles. »
Verse 14
वरं वृणुत भद्रं वो यद्वो मनसि वर्त्तते ॥ तीर्थान्यूचुः ॥ वराह यदि देवेश अभयं दातुमर्हसि ।
« Choisissez une grâce — qu’elle vous soit favorable — tout ce qui demeure en votre cœur. » Les tīrthas dirent : « Ô Varāha, si Toi, Seigneur des dieux, juges bon d’accorder l’absence de crainte (protection)… »
Verse 15
सुपापिना विमतिना कृतस्त्रासः सुदारुणः ॥ तं नियच्छस्व पापिष्ठं यदि पश्यसि नः सुखम् ।
« Un grand pécheur, à l’intelligence dévoyée, a suscité une terreur des plus cruelles. Réprime ce scélérat, le pire des impies, si tu veux voir notre bien-être. »
Verse 16
श्रीवराह उवाच ॥ हिताय सर्वतीर्थानां हनिष्यामि महारिपुम् ॥ तत्र तीर्थनियोगेन आगतो मथुरां पुरीम् ।
Śrī Varāha dit : « Pour le bien de tous les tīrthas, je mettrai à mort le grand ennemi. Là, sur l’injonction des tīrthas, je vins à la cité de Mathurā. »
Verse 17
तत्रागते तु वसुधे युद्धं कृत्वा तु तेन वै ॥ तदासिना तु दिव्येन स राजा बलदर्पितः ॥ सूदितो हि मया देवि अस्यग्रं निहितं भुवि ।
Lorsque j’y arrivai, ô Vasudhā, et que je combattis contre lui, ce roi—enivré de l’orgueil de sa force—fut mis à mort par moi au moyen de cette épée divine. Ô Déesse, sa partie la plus éminente (la tête) fut déposée sur la terre.
Verse 18
तत्राश्चर्यं प्रवक्ष्यामि मनःकर्णसुखावहम् ॥ पश्यन्ति मनुजाः सिद्धाः सर्वपापविवर्जिताः ।
Là, je vais exposer une merveille, douce à l’esprit et à l’oreille. Les hommes accomplis (siddha), exempts de tout péché, en contemplent les effets.
Verse 19
द्वादश्यां च चतुर्दश्यां श्रद्धधानाः जितेन्द्रियाः ॥ फलानि तस्य पश्यन्ति लभन्ते न सुनिश्चिताः ।
Au douzième et au quatorzième jour lunaire, ceux qui ont la foi et la maîtrise de soi voient ses fruits ; et ils les obtiennent, assurément, avec certitude.
Verse 20
तस्मिन्काले ह्यहं देवि मथुरायां समागतः ॥ तत्र तिष्ठाम्यहं भद्रे पश्चिमां दिशमाश्रितः ।
En ce temps-là, ô Déesse, je vins à Mathurā. Là, ô Bienheureuse, je demeure, ayant pris l’Occident pour demeure.
Verse 21
तत्र कृत्वा च हैरण्याः मूर्त्तयश्च चतुर्विधाः ॥ तीर्थे वराहसंज्ञे तु मथुरायां व्यवस्थिताः ।
Là, après avoir façonné des images d’or de quatre sortes, elles furent établies à Mathurā, au gué sacré nommé « Varāha ».
Verse 22
सुदृढाः सुदृशः सुभ्रू यः पश्यति स मुच्यते ॥ एका वराहसंज्ञा च तथा नारायणस्य च ॥
Ô toi aux beaux sourcils, quiconque contemple ces formes fermes et de bon augure est délivré ; une image porte le nom de « Varāha », et de même une autre est celle de Nārāyaṇa.
Verse 23
वामनस्य तृतीया वै चतुर्थी राघवस्य च ॥ एताश्चतस्रो यः पश्येत्स्नात्वा कुण्डेऽसिसंज्ञिते ॥
La troisième est, en vérité, celle de Vāmana, et la quatrième celle de Rāghava ; quiconque, après s’être baigné dans l’étang nommé « Asi », contemple ces quatre (formes)…
Verse 24
चतुःसागरपर्यन्ता क्रान्ता तेन धरा ध्रुवम् ॥ तीर्थानां माठुराणां च सर्वेषां फलमश्नुते ॥
Assurément, par cet acte, la Terre, bornée par les quatre océans, est comme parcourue ; et l’on obtient le fruit de tous les tīrthas de Mathurā.
Verse 25
तत्र सर्वेषु तीर्थेषु असिकुण्डं महत्तरम् ॥ या संख्या कथिता पूर्वं तीर्थानां दक्षिणोत्तरे ॥
Parmi tous ces lieux de pèlerinage, Asikuṇḍa est le plus grand. L’énumération précédemment donnée des tīrthas du sud et du nord…
Verse 26
असिकुण्डं समारभ्य तीर्थानुक्रमणिका वरा ॥ सुप्तोत्थितोऽपि द्वादश्यामसिकुण्डाप्लुतो नरः ॥
En commençant par Asikuṇḍa se trouve l’excellent répertoire ordonné des tīrthas. Même un homme tout juste éveillé, s’il s’immerge dans Asikuṇḍa au douzième jour lunaire…
Verse 27
गतानि तत्र तीर्थानि कल्पग्रामं वसुन्धरे ॥ तत्र वाराहरूपेण स्थितोऽहं च यदृच्छया ॥
Ô Vasundharā, les tīrtha de ce lieu sont allés à Kalpagrāma. Et là, par hasard, je demeurai moi aussi présent sous la forme de Varāha.
Verse 28
विमतेर्बुद्धिरुत्पन्ना गच्छामो मथुरां पुरीम् ॥ चतुरो वार्षिकान्मासान्मथुरायां वसामहे ॥
Une résolution naquit en Vimati : «Allons à la cité de Mathurā ; demeurons à Mathurā durant quatre mois de la saison des pluies».
Verse 29
असेरग्रेण तूद्धृत्य मृत्तिकां वरवर्णिनि ॥ तत्र कुण्डं महद्दिव्यं देवर्षिविधिनिर्मितम् ॥ असिकुण्डेति संज्ञा च प्राप्ता तेन वसुन्धरे ॥
Ô toi au beau teint, ayant soulevé de la terre avec la pointe d’une épée, on y forma un grand bassin, merveilleux, selon l’ordonnance des devarṣi ; ainsi reçut-il le nom d’« Asikuṇḍa », ô Vasundharā.
Verse 30
मूर्त्तीः पश्यति यस्तास्तु ब्रह्मभूयाय कल्पते ॥ नास्तीह पुनरावृत्तिर्भवेत्कालविपर्यये ॥
Mais quiconque contemple ces images devient apte à l’état de Brahman (brahmabhūya). Ici, il n’y a pas de retour (renaissance), même si le temps venait à s’inverser.
The narrative frames tīrtha-yātrā and ritual action as a means of restoring dharmic balance: Vimatī is urged toward ānṛṇya (removal of obligations, especially toward the father/ancestors) and is checked when his power threatens sacred sites. Varāha’s intervention models protection of tīrthas as protection of Pṛthivī’s ordered landscape.
The text highlights dvādaśī and caturdaśī as key lunar days on which disciplined devotees (śraddadhānāḥ, jitendriyāḥ) may perceive the tīrtha’s fruits. It also mentions a four-month residence in Mathurā (caturvārṣikān māsān), indicating an extended observance period rather than a single-day rite.
Pṛthivī’s inquiry and Varāha’s response position sacred waters and tīrthas as stabilizing features of the terrestrial realm. The tīrthas themselves act as vulnerable agents seeking protection, and Varāha’s creation of a kuṇḍa by lifting earth (mṛttikā) symbolically reconfigures the landscape to re-establish safety, order, and regulated ritual access.
The chapter references King Sumati (a dhārmika ruler), his son King Vimatī, the sage Nārada as a moral catalyst, and Varāha as the protector figure. It also alludes to devarṣi-mediated establishment (devarṣi-vidhi-nirmita) and to four revered forms (Varāha, Nārāyaṇa, Vāmana, Rāghava) installed in the Mathurā tīrtha context.
Read Varaha Purana in the Vedapath app
Scan the QR code to open this directly in the app, with audio, word-by-word meanings, and more.