
Mathurā-pradakṣiṇā-vidhiḥ
Ritual-Manual (Tīrtha-Māhātmya) with Sacred Geography
Le chapitre prend la forme d’un dialogue pédagogique entre Pṛthivī (Dharaṇī) et Varāha. Pṛthivī, après avoir entendu de longs récits sur les tīrthas, demande une méthode pratique permettant aux humains d’obtenir le mérite difficile d’une visite de tous les lieux saints et de la circumambulation de la terre. Varāha décrit l’immensité, mesurée en nombres, de cette circumambulation terrestre et précise qu’elle n’a été accomplie que par des êtres d’exception—divinités, ṛṣi et héros. Il énonce ensuite un principe rituel de compensation : la pradakṣiṇā de Mathurā procure un fruit égal, voire supérieur, à un pèlerinage à travers les sept continents (saptadvīpa) et l’ensemble du monde. À la demande de Pṛthivī, Varāha commence à établir l’ordre précis de la procédure, en l’enracinant dans un précédent impliquant Brahmā et les Saptarṣis, avec un repère calendérique pour l’entreprise.
Verse 1
अथ मथुराप्रदक्षिणा विध्यादिकम् ॥ धरण्युवाच ॥ श्रुतं सुबहुशो देव तीर्थानां गुणविस्तरम् ॥ प्रोच्यमानं तु पुण्याख्यं त्वत्प्रसादाज्जनार्दन ॥
Alors (commence) la procédure et les règles relatives à la circumambulation de Mathurā. La Terre dit : « Ô Dieu, j’ai entendu maintes fois l’exposé détaillé des excellences des tīrtha, proclamés comme méritoires—par ta grâce, ô Janārdana. »
Verse 2
न दानैर्न तपोभिश्च न यज्ञैस्तादृशं फलम् ॥ भूमेः प्रदक्षिणायाश्च यादृशं तीर्थसेवया ॥
Ni par les dons, ni par les austérités, ni par les sacrifices n’obtient-on un fruit comparable à celui qui naît de la circumambulation de la Terre et du service dévot des tīrtha.
Verse 3
भुवश्च चतुरन्तायास्तीर्थप्रक्रमणं हरे ॥ सर्वतीर्थाभिगमनमस्ति दुर्गतरे नृणाम् ॥
Ô Hari, entreprendre le parcours des tīrtha à travers la Terre aux quatre directions—se rendre en tous les lieux sacrés—est extrêmement difficile pour les hommes.
Verse 4
अस्ति कश्चिदुपायोऽत्र येन सम्यगवाप्यते ॥ प्रसादसुमुखो भूत्वा तत्सर्वं कथयस्व मे ॥
Y a-t-il ici quelque moyen par lequel on puisse l’obtenir comme il convient ? Deviens gracieux et favorable, et dis-moi tout cela.
Verse 5
श्रीवराह उवाच ॥ भद्रे शृणु महत्पुण्यं पृथिव्यां सर्वतोदिशम् ॥ परिक्रम्य यथाध्वानं प्रमाणगणितं शुभम् ॥
Śrī Varāha dit : « Ô bienheureuse, écoute le grand mérite (puṇya) (décrit) pour la Terre en toutes directions—comment, en la circumambulant, on en calcule la mesure auspicieuse du parcours. »
Verse 6
भूम्याः परिक्रमॆ सम्यक्योजनानां प्रमाणकम् ॥ षष्टिकोṭिसहस्राणि षष्टिकोṭिशतानि च ॥
Dans la circumambulation correcte de la Terre, la mesure en yojanas est la suivante : soixante crores de milliers, et aussi soixante crores de centaines.
Verse 7
तीर्थान्येतानि देवाश्च तारकाश्च नभस्थले ॥ गणितानि समस्तानि वायुना जगदायुषा ॥
Ces lieux de pèlerinage, ainsi que les dieux et les étoiles dans l’étendue du ciel—tout cela a été dénombré par Vāyu, le souffle vital du monde.
Verse 8
ब्रह्मणा लोमशेनैव नारदेन ध्रुवेण च ॥ जाम्बवत्याश्च पुत्रेण रावणेन हनूमता ॥
Cela a été entrepris et évalué par Brahmā, par Lomaśa, par Nārada et par Dhruva ; ainsi que par le fils de Jāmbavatī, par Rāvaṇa et par Hanūmān.
Verse 9
एतैरनेकधा देवैः ससागरवना मही ॥ क्रमिता बलिना चैव बाह्यमण्डलरेखया ॥
Par ces dieux, de multiples façons, la Terre—avec ses océans et ses forêts—a été parcourue ; et de même par Bali, le long de la ligne du cercle extérieur (périmètre).
Verse 10
योगसिद्धैस्तथा कैश्चिन्मार्कण्डेयमुखैरपि ॥ क्रमिता न क्रमिष्यन्ति न पूर्वे नापरे जनाः ॥
Elle a aussi été parcourue par certains êtres accomplis dans le yoga, tels Mārkaṇḍeya et d’autres ; pourtant, les hommes—ni ceux d’autrefois ni ceux à venir—ne la parcourront, en général, dans sa totalité.
Verse 11
अल्पसत्त्वबलोपेतैः प्राणिभिश्चाल्पबुद्धिभिः ॥ मनसापि न शक्यंते गमनस्य च का कथा ॥
Pour les êtres dont la vitalité et la force sont faibles, et dont l’intelligence est limitée, il n’est même pas possible de concevoir le voyage par l’esprit ; à plus forte raison, d’en accomplir la marche.
Verse 12
सप्तद्वीपे च तीर्थानां भ्रमणाद्यत्फलं भवेत् ॥ प्राप्यते चाधिकं तस्मान्मथुरायाः परिक्रमॆ ॥
Quel que soit le fruit obtenu en parcourant les tīrtha à travers les sept continents, un fruit plus grand encore s’acquiert par la circumambulation de Mathurā.
Verse 13
मथुरां समनुप्राप्य यस्तु कुर्यात्प्रदक्षिणम् ॥ प्रदक्षिणीकृता तेन सप्तद्वीपा वसुन्धरा ॥
Mais celui qui, parvenu à Mathurā, accomplit la pradakṣiṇā, c’est comme s’il avait circumambulé la Terre avec ses sept continents.
Verse 14
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन सर्वकामानभीप्सुभिः ॥ कर्तव्या मथुरां प्राप्य नरैः सम्यक्प्रदक्षिणा ॥
C’est pourquoi ceux qui aspirent à tous les buts, avec tout effort, une fois parvenus à Mathurā, doivent accomplir correctement la circumambulation.
Verse 15
धरण्युवाच ॥ यथाविधानक्रमणं मथुरायामवाप्यते ॥ प्रदक्षिणाफलं सम्यगनुक्रमविधिं वद ॥
Dharanī dit : «Expose la procédure correcte, étape par étape : comment, selon les règles prescrites, la pradakṣiṇā à Mathurā doit être accomplie, et quel en est le fruit».
Verse 16
श्रीवराह उवाच ॥ पुरा सप्तर्षिभिः पृष्टो ब्रह्मा लोकपितामहः ॥ इदमेव पुरा प्रोक्तं यथा पृष्टा त्वया ह्यहम् ॥
Śrī Varāha dit : « Jadis, Brahmā —l’aïeul des mondes— fut interrogé par les Sept Ṛṣi ; et c’est exactement ceci qui fut exposé autrefois, comme tu m’interroges à présent. »
Verse 17
श्रुत्वा सर्वपुराणोक्तं तीर्थानुक्रमणं परम् ॥ पृथिव्याश्चतुरन्तायास्तथा तद्वक्तुमुद्यतः ॥
Ayant entendu l’énumération suprême et ordonnée des tīrtha sacrés, telle qu’énoncée dans les Purāṇa, il se prépara alors à la proclamer, de même en ce qui concerne la Terre s’étendant vers ses quatre directions.
Verse 18
सर्वदेवेषु यत्पुण्यं सर्वतीर्थेषु यत्फलम् ॥ सर्वदानॆषु यत्प्रोक्तमिष्टापूर्त्तेषु चैव हि ॥
Quel que soit le mérite (puṇya) envers tous les dieux, quel que soit le fruit en tous les tīrtha, et tout ce qui est déclaré dans toutes les formes de don—et, en vérité, aussi dans les œuvres d’iṣṭa et de pūrta—
Verse 19
इत्युक्त्वा ऋषयो जग्मुरभिवाद्य स्वयम्भुवम् ॥ आगत्य मथुरां देवीमाश्रमांश्चक्रिरे द्विजाः ॥
Ayant ainsi parlé, les Ṛṣi s’en allèrent après avoir salué Svayambhū (Brahmā). Puis, parvenus à la divine Mathurā, les deux-fois-nés y établirent des āśrama.
Verse 20
ध्रुवेण सहिताश्चासन्कामयाना स्तु तद्दिनम् ॥ कुमुदस्य तु मासस्य नवम्यां शुक्लपक्षके ॥
Et ils étaient accompagnés de Dhruva, désirant (accomplir l’observance) en ce jour-là : au neuvième tithi de la quinzaine claire du mois nommé Kumuda.
Verse 21
मथुरोपक्रमं कृत्वा सर्वपापैः प्रमुच्यते।
En entreprenant l’observance de Mathurā (le rite prescrit), on est délivré de tous les péchés.
Verse 22
अन्तरा भ्रमणेनैव सुग्रीवेण महात्मना ॥ तथा च पूर्वं देवेन्द्रैः पञ्चभिः पाण्डुनन्दनैः।
En vérité, par la seule circumambulation intermédiaire—accomplie par le magnanime Sugrīva; et de même jadis par cinq Indra parmi les dieux, les fils de Pāṇḍu.
Verse 23
यत्फलं लभ्यते विप्रास्तस्माच्छतगुणोत्तरम् ॥ प्रक्रमान्मथुरायास्तु सत्यमेतद्वदामि वः।
Ô brahmanes, quel que soit le fruit obtenu (par d’autres moyens), celui qui provient de l’entreprise de Mathurā est cent fois supérieur. Je vous le dis en vérité.
The text frames an accessibility principle in sacred practice: because full terrestrial and multi-tīrtha pilgrimage is portrayed as impracticable for most humans, Mathurā-pradakṣiṇā is taught as a concentrated substitute that yields comparable or greater merit. In the dialogue form, this also functions as an Earth-centered ethic, where honoring a specific terrestrial locus (Mathurā) is presented as reverence toward Pṛthivī and her sacred geography.
A specific calendrical marker is given: navamī (the ninth lunar day) in the śukla-pakṣa (bright fortnight) of the month Kumuda. The narrative also situates the practice in a precedent episode involving sages arriving and commencing the Mathurā undertaking on that day.
Through Pṛthivī’s inquiry and Varāha’s response, the chapter treats the earth as a measurable, sacred whole (with oceans and forests) and links human movement (pradakṣiṇā/parikramaṇa) to honoring terrestrial integrity. By shifting from exhaustive resource-intensive travel to a localized circumambulation, the text implicitly promotes a model of devotion that reduces the burden of traversing the entire world while still affirming the sanctity of Pṛthivī’s landscapes.
The chapter references Brahmā (Svayambhū) and the Saptarṣis as transmitters of the ritual account, and names multiple exemplary figures associated with cosmic/terrestrial circumambulation or measurement: Lomāśa, Nārada, Dhruva, Jāmbavatī’s son, Rāvaṇa, Hanūmat, Bali, Sugrīva, and the five Pāṇḍava brothers (Pāṇḍu-nandanāḥ).
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