
Dantakāṣṭha-carvaṇa-prāyaścitta
Ritual-Manual
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue didactique entre Varāha et Pṛthivī au sujet de la pureté rituelle et des conséquences éthiques de la conduite quotidienne. Varāha affirme que celui qui s’approche de lui après avoir mâché un dantakāṣṭha (bâtonnet pour les dents) peut effacer les fautes accumulées, l’acte étant un puissant purificateur. Pṛthivī, ancrée dans le dharma, s’interroge : comment une seule action ou faute pourrait-elle dissoudre un vaste karma qui entraîne d’ordinaire de grandes souffrances ? Varāha répond en décrivant l’impureté corporelle : la bouche remplie de mucosités, bile, sang, pus et mauvaise odeur, et soutient que le dantakāṣṭha détruit la « semence » de cette impureté, tout en laissant entendre qu’il y a manquement à la pureté de type bhāgavata lorsque la bonne conduite fait défaut. Pṛthivī demande ensuite un correctif pour ceux qui ont omis le bâtonnet tout en accomplissant des rites ; Varāha prescrit un prāyaścitta : dormir à même le sol, à ciel ouvert (ākāśa-śayana), pendant deux ou cinq jours, en s’abstenant de dantakāṣṭha, et l’offense est ainsi levée.
Verse 1
अथ दन्तकाष्ठाचर्वणप्रायश्चित्तम् ॥ श्रीवराह उवाच ॥ दन्तकाष्ठमचरवित्वा यो हि मामुपसर्पति ॥ पूर्वकालकृतं कर्म तेन चैकेन नश्यति
Voici maintenant l’expiation concernant l’absence de mastication du bâtonnet dentaire. Śrī Varāha dit : «Quiconque s’approche de moi sans avoir mâché le bâtonnet dentaire, par cet unique acte est détruite une action accomplie jadis.»
Verse 2
नारायणवचः श्रुत्वा पृथिवी धर्मसंश्रितः ॥ विष्णुभक्तसुखार्थाय हृषीकेशमुवाच ह
Ayant entendu les paroles de Nārāyaṇa, Pṛthivī—établie dans le dharma—s’adressa à Hṛṣīkeśa, pour le bien-être des dévots de Viṣṇu.
Verse 3
धरण्युवाच ॥ सर्वकालकृतं कर्म क्लेशेन महताऽनघ ॥ कथमेकापराधेन सर्वमेव प्रणश्यति ॥
Pṛthivī dit : «Ô irréprochable, comment une seule offense peut-elle anéantir tout le karma amassé durant longtemps, acquis au prix de grandes peines ?»
Verse 4
श्रीवराह उवाच ॥ शृणु सुन्दरी तत्त्वेन कथ्यमानं मयाऽनघे ॥ येन चैका पराधेन पूर्वकर्म प्रणश्यति ॥
Śrī Varāha dit : «Écoute, ô belle, ô irréprochable ; je vais t’énoncer en vérité le principe par lequel une seule offense détruit le karma antérieur.»
Verse 5
मनुष्यः किल्बिषी भद्रे कफपित्तसमन्वितः ॥ पूयशोणितसम्पूर्णं दुर्गन्धि मुखमस्य तत् ॥
«L’être humain, ô douce dame, est entaché de faute ; pourvu de flegme et de bile, sa bouche est pleine de pus et de sang, et elle est nauséabonde.»
Verse 6
तत्सर्वबीजं नश्येत दन्तकाष्ठस्य भक्षणात् ॥ शुद्धिर्भागवती चैव आचारेण विवर्जिता ॥
«Par le fait de mâcher le bâtonnet dentaire (dantakāṣṭha), toute cette “semence” (fondement) est détruite ; et la pureté dévotionnelle envers le Bhagavān est elle aussi écartée lorsque la bonne conduite fait défaut.»
Verse 7
धरण्युवाच ॥ दन्तकाष्ठमखादित्वा यः कर्माणि करोति ते ॥ प्रायश्चित्तं च मे ब्रूहि येन धर्मो न नश्यति ॥
Pṛthivī dit : «Dis-moi aussi l’expiation (prāyaścitta) par laquelle le dharma ne périt pas chez celui qui accomplit les rites après n’avoir pas mâché le bâtonnet dentaire.»
Verse 8
श्रीवराह उवाच ॥ एवमेतन्महाभागे यन्मां त्वं परिपृच्छसि ॥ कथयिष्यामि हीदं ते यथा शुध्यन्ति मानवाः ॥
Śrī Varāha dit : «Il en est ainsi, ô noble dame, selon ce que tu m’interroges. Je te l’exposerai : comment les êtres humains se purifient.»
Verse 9
आकाशशयनं कृत्वा दिनानि द्वे च पञ्च च ॥ अभुक्तदन्तकाष्ठाश्च एवं शुध्यन्ति मानवाः ॥
«Après avoir observé le “coucher sous le ciel ouvert” pendant deux jours, ou pendant cinq jours, et en s’abstenant de consommer le dantakāṣṭha (bâtonnet dentaire), ainsi les humains se purifient.»
Verse 10
कुतस्तस्यापराधोऽस्ति एवमेव न संशयः ॥
«D’où viendrait une faute en son cas ? Il en est exactement ainsi, sans aucun doute.»
Verse 11
एवं ते कथितं भद्रे दन्तकाष्ठस्य भक्षणम् ॥ य एतेन विधानेन प्रायश्चित्तं समाचरेत् ॥
«Ainsi, ô bonne dame, t’a été exposée la question de la consommation du dantakāṣṭha (bâtonnet dentaire). Quiconque accomplit le prāyaścitta selon cette règle…»
The chapter frames everyday bodily discipline (especially oral cleanliness and regulated conduct) as ethically consequential: the text instructs that correct practice surrounding dantakāṣṭha and prescribed expiation for lapses functions to restore ritual and moral order, presented through a debate on how a single act can affect accumulated karma.
No lunar phases (tithi), months, or seasonal markers are specified. The only timing given is duration: the prāyaścitta is to be undertaken for either two days or five days (dināni dve ca pañca ca), along with ākāśa-śayana and abstention related to dantakāṣṭha.
Environmental stewardship is implicit rather than explicit: Pṛthivī’s role as the questioning Earth foregrounds a terrestrial-ethical lens in which personal conduct (ācāra) is treated as part of maintaining dharma. The dialogue suggests that disciplined daily practices and corrective penances contribute to social-ritual stability, which the text often associates with the well-being of the Earth as a moral-ecological order.
No royal lineages, sages, or administrative figures are named in this passage. The only figures explicitly present are Varāha (as instructor) and Pṛthivī (as dharma-oriented interlocutor).