
Caturvarṇa-dīkṣā, Sandhyā-mantra-vidhiḥ, Dīpa-dhūpa-tilaka-pūjā ca; Tāmra-pātra-prāpaṇaka-mahātmyam
Ritual-Manual (Bhāgavata dīkṣā, sandhyā, and offering protocols) with Etiological Narrative (origin-myth of copper’s ritual preference)
Dans l’Adhyāya 129, Pṛthivī (Vasundharā) demande une explication « secrète » (guhya) du mantra et de la procédure selon lesquels un dévot de Varāha/Vāsudeva doit accomplir la sandhyā. Varāha expose une séquence rituelle structurée : l’accès est réservé au dīkṣita et à celui qui porte l’upavīta ; vient ensuite le sandhyā-jalāñjali avec le mantra prescrit ; puis des mantras d’offrande pour le dīpa (lampe), le tilaka sur le front, les fleurs (sumanas) et le dhūpa (encens). Pṛthivī interroge ensuite sur le récipient convenable pour le prāpaṇaka (offrande d’eau) ; Varāha écarte l’or, l’argent et le bronze, et privilégie le cuivre, dont il explique la sainteté par un récit d’origine : l’asura Guḍākeśa accomplit des tapas et fit le vœu d’être frappé par le cakra de Viṣṇu au Vaiśākha śukla-dvādaśī, d’où naquirent le cuivre et d’autres métaux. Le chapitre relie ainsi la discipline dévotionnelle à l’ordre terrestre, en réglementant l’usage des matières—surtout le cuivre—et en soulignant pureté, retenue et bonne garde rituelle des offrandes.
Verse 1
अथ चतुर्वर्णदीक्षा ॥ श्रीवराह उवाच ॥ भूषितालङ्कृतं कृत्वा मम कर्मपरायणः ॥ शुक्लं यज्ञोपवीतं च देयं नवगुणं तथा ॥
Vient ensuite la dīkṣā des quatre varṇa. Śrī Varāha dit : « Après s’être paré et orné, voué à mes observances prescrites, qu’on lui donne aussi le yajñopavīta blanc (cordon sacré), composé de neuf brins. »
Verse 2
शिरसा चाञ्जलिं कृत्वा वसुधा पुनरब्रवीत् ॥ धरण्युवाच ॥ एतन्मां परमं गुह्यं तद्भक्तां वक्तुमर्हसि ॥ सन्ध्यां वै केन मन्त्रेण तव कर्मपरायणाम् ॥ वद भागवतीं शुद्धां तव कर्मविनिश्चिताम् ॥ ततॊ भूमिवचः श्रुत्वा भूतानां प्रभवोऽव्ययः ॥ वराहरूपो भगवान् प्रत्युवाच वसुन्धराम् ॥ श्रीवराह उवाच ॥ माधवि तत्त्वेन यन्मां त्वं परिपृच्छसि ॥ कथयिष्यामि ते भद्रे प्रवरं गुह्यमुत्तमम् ॥ यथावद्विदितं भूपैः पुण्या भागवताः शुभाः ॥ कृत्वा तु मम कर्माणि शुचिसंसारमोक्षणीम् ॥ कुर्वीतैव परां सन्ध्यां यथावदिति निश्चितम् ॥ जलाञ्जलिं ततो गृह्य मम भक्त्या व्यवस्थितः ॥ मुहूर्तध्यानमास्थाय इमं मन्त्रमुदाहरेत् ॥ मन्त्रः— भवोद्भवमादिव्यक्तरूपमात्रं सर्वे देवा ब्रह्मा रुद्रस्त्वादृक्सममासीद्ध्यानयोगस्थिताः ते सन्ध्यासंस्था वासुदेवं नमति वयं देवमादिव्यक्तरूपमात्मसप्तदिवसं तथापि संसारार्थं कर्म तत्करणमेव सन्ध्यासंस्था वासुदेव नमोऽस्तु ते ॥ मन्त्राणां परमो मन्त्रस्तपतां परमं तपः ॥ आचारं कुरुते ह्येवं मम लोकं स गच्छति ॥ गुह्यानां परमं गुह्यं रहस्यं परमुत्तमम् ॥ य एवं पठते नित्यं न स पापेन लिप्यते ॥ नादीक्षिताय दातव्यं नोपवीते कथंचन ॥ दीक्षितायैव दातव्यमुपपन्ने तथैव च ॥ पुनरन्यत्प्रवक्ष्यामि देवि तत्त्वेन मे शृणु ॥ न दीपमपि गृह्णाति दत्तं भागवतैः शुभैः ॥ कृत्वा तु मम कर्माणि गृह्य दीपकमुत्तमम् ॥ जानुसंस्थां ततः कृत्वा इमं मन्त्रमुदीरयेत ॥ मन्त्रः— ॐ नमो भगवतेऽनुग्रह तेजसे विष्णो सर्वदेवास्त्वाग्निसंस्थाः प्रविष्टा एवं चाग्निस्तव तेजसा भविष्यति स्वतेजसा मामाशु मन्त्रस्य तेजसा संसारार्थं देव गृह्यं दीपकं मन्त्रं मूर्त्तिमन्त्रं श्वो भूत्वा इमं कर्म निष्फलम् ॥ तत्करोति यथान्याय्यं दीपकं ददते नरः ॥ तारिताः पितरस्तेन निष्कलाश्च पितामहाः ॥ गन्धेन तिलकं दद्याल्ललाटे मम सुन्दरी ॥ अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि कर्म लोकसुखावहम्
Les mains jointes et la tête inclinée, la Terre parla de nouveau : «Ceci est un secret suprême ; il te convient de l’enseigner à ton dévot. Par quel mantra doit-on accomplir la pratique de la sandhyā, vouée à tes observances ? Expose la formule Bhāgavata, pure, telle que tu l’as arrêtée.» Entendant les paroles de la Terre, la source impérissable des êtres, le Seigneur sous la forme de Varāha, répondit : «Ô Mādhavī, puisque tu m’interroges selon la vérité, je t’expliquerai l’excellent secret, le plus élevé, connu comme il se doit des rois, auspice et méritoire. Après avoir accompli mes observances, qui purifient et délivrent des liens du monde, on doit assurément accomplir la sandhyā suprême conformément à la règle. Puis, prenant de l’eau dans les paumes jointes, établi dans la dévotion envers moi et entrant dans une brève méditation, qu’on récite ce mantra…». Il est encore dit que c’est le plus haut des mantras et une austérité suprême ; celui qui le récite chaque jour n’est pas souillé par le péché. Il est prescrit de ne le donner qu’à l’initié (dīkṣita). Ensuite est présenté le rite de l’offrande de la lampe, avec un second mantra adressé à Viṣṇu, reliant la lampe à l’éclat divin, et l’on conclut par l’instruction d’appliquer un tilaka parfumé sur le front, suivie d’autres rites censés favoriser le bien-être dans le monde.
Verse 3
येन मन्त्रेण दातव्यं ललाटे तिलकं मम ।
«Par quel mantra doit-on appliquer mon tilaka sur le front ?»
Verse 4
मन्त्रः— मुखमण्डनं चिन्तय वासुदेव त्वया प्रयुक्तं च मयोपनीतम् ॥ एतेन चित्रं कुरु वासुदेव मम चैवं कुरु संसारमोक्षम् ॥
Mantra : «Médite l’ornement du visage, ô Vāsudeva, appliqué par toi et conféré à moi. Par cela, rends-le propice et beau, ô Vāsudeva ; et ainsi accorde-moi la délivrance des liens du monde.»
Verse 5
एतेन मन्त्रेण चित्रकं मे दद्याल्ललाटे तिलकं धरित्री ॥ ततः सुमनसो गृह्य इमं मन्त्रमुदाहरेत् ॥
Par ce mantra, ô Terre, qu’on applique pour moi la marque ornementale — le tilaka — sur le front. Puis, prenant des fleurs, qu’on récite ce mantra.
Verse 6
मन्त्रः— इमाः सुमनसः सौमनस्याय भगवन् सर्वं सुमनसं कुरु त्वयैते सौमनस्याय निर्मिता गृहीताः स्वाहा ।
Mantra : «Ces fleurs sont pour la bienveillance de l’esprit, ô Seigneur ; rends tout bienveillant. Par toi elles ont été créées pour cette bienveillance ; prises et offertes — svāhā.»
Verse 7
एवं सुमनसो दत्त्वा धूपं चैव निवेदयेत् ॥ ततो गृहीत्वा धूपं तु सुगन्धं सुमनोहरम् ॥
Ainsi, après avoir offert des fleurs, qu’on présente aussi l’encens. Puis, prenant l’encens—parfumé et agréable à l’esprit—qu’on poursuive l’offrande.
Verse 8
नमो नारायणेत्युक्त्वा इमं मन्त्रमुदीरयेत् ॥ मन्त्रः— सुगन्धानि तवाङ्गानि स्वभावेनैव केशव ॥
Après avoir dit : « Hommage à Nārāyaṇa », qu’on récite ce mantra : « Ô Keśava, tes membres sont naturellement parfumés ».
Verse 9
अमुना चैव धूपेन धूपितानि तवाऽनघ ॥ तवाङ्गानां सुगन्धेन सर्वं सौगन्धिकं कुरु ॥
« Par cet encens, ô sans tache, tes membres ont été embaumés ; par le parfum de tes membres, rends tout entièrement parfumé ».
Verse 10
यथावृत्तं तु गृह्णामि मम भक्तैः सुखावहम् ॥ कृत्वा तु मम कर्माणि गृह्य दीपमनुत्तमम् ॥
(Le locuteur dit :) « J’accepte l’offrande telle qu’elle est accomplie, apportant le bien-être par mes dévots. Après avoir accompli mes rites, prends la lampe incomparable ».
Verse 11
जानुसंस्थं ततः कृत्वा इमं मन्त्रमुदीरयेत् ॥
Ensuite, l’ayant placé au niveau des genoux, qu’on récite ce mantra.
Verse 12
मन्त्रः— नमो भगवते तेजते विष्णो सर्वे देवास्त्वग्निसंस्थाः प्रतिष्ठा ॥ एवं चाग्निस्तव तेजसा प्रतिष्ठितो तेजश्चात्मा स्वयमेव ॥
Mantra : «Hommage au Bienheureux Viṣṇu, splendeur rayonnante. Tous les dieux sont établis en Agni comme en leur fondement. Ainsi Agni est établi par ton éclat, et l’éclat lui-même est le Soi, certes de sa propre nature»
Verse 13
मन्त्रश्च— तेजः संसारान्मोचयितुं देव गृह्णीष्व दीपं द्युतिमन्तश्च ॥ मूर्तिश्च भूत्वा इदं कर्म निष्कलम् ॥
Et (ce) mantra : «Ô dieu, afin de délivrer (les êtres) du saṁsāra, reçois la lampe, pleine de clarté. Et, devenu manifeste en forme, (accomplis) ce rite sans défaut.»
Verse 14
मां करोति यथान्यायं दीपकं ददते नरः ॥ तारिताः पितरस्तेन निष्कलाश्च पितामहाः ॥
L’homme qui, selon la règle, m’offre une lampe : par cet acte, ses ancêtres sont conduits au-delà (vers le bien), et ses aïeux aussi deviennent exempts de toute déficience.
Verse 15
नारायणवचः श्रुत्वा विस्मिता च वसुन्धरा ॥ वराहरूपिणं देवं प्रत्युवाच वसुन्धरा ॥
Ayant entendu les paroles de Nārāyaṇa, Vasundharā (la Terre) fut saisie d’étonnement ; et Vasundharā répondit au dieu qui avait la forme du sanglier, Varāha.
Verse 16
श्रुता मया भागवतास्तव कर्मपरायणाः ॥ शेषसंश्रवणार्थाय मनो धावति सत्पथे ॥
(Vasundharā dit :) «J’ai entendu parler de tes dévots—les Bhāgavatas—voués à tes rites. Pour entendre ce qui reste, mon esprit s’élance sur la voie véritable.»
Verse 17
तव प्रापणकं कृत्यं केषु पात्रेषु कारयेत् ॥ एतदाचक्ष्व तत्त्वेन येन तुष्यति माधवः ॥
Dis-moi : dans quels récipients doit-on accomplir le rite de ton offrande ? Expose-le selon la vérité, afin que Mādhava soit satisfait.
Verse 18
ततो भूमेर्वचः श्रुत्वा लोकनाथोऽब्रवीदिदम् ॥ शृणु तत्त्वेन मे देवि यानि पात्राणि रोचते ॥
Alors, ayant entendu les paroles de la Terre, le Seigneur des mondes dit : « Écoute selon la vérité, ô Devī : voici les récipients qui me sont agréables. »
Verse 19
सर्वाणि तानि त्यक्त्वेह ताम्रं च मम रोचते ॥ एतन्नारायणाच्छ्रुत्वा धर्मकामा वसुन्धरा ॥
«En laissant ici de côté tous ces (autres récipients), le cuivre seul m’est agréable.» Ayant entendu cela de Nārāyaṇa, Vasundharā, éprise de dharma, poursuivit.
Verse 20
उवाच मधुरं वाक्यं लोकनाथं जनार्द्दनम् ॥ एतन्मे परमं गुह्यं ताम्रं ते रोचते कथम् ॥
Elle adressa de douces paroles à Janārdana, Seigneur des mondes : « Pour moi, ceci est un secret suprême : comment se fait-il que le cuivre te soit agréable ? »
Verse 21
ततो भूमेर्वचः श्रुत्वा अनादिरपराजितः ॥ लोकानां प्रवरः श्रेष्ठः प्रत्युवाच वसुन्धराम् ॥
Alors, ayant entendu les paroles de la Terre, l’Être sans commencement et invaincu—le plus excellent, le premier parmi les êtres—répondit à Vasundharā.
Verse 22
शृणु तत्त्वेन मे भूमे कथ्यमानं मयाऽनघे ॥ एकाग्रं चित्तमाधाय येन ताम्रं मम प्रियम् ॥
Écoute en vérité, ô Bhūmi, toi l’irréprochable, ce que je vais exposer. Recueille ton esprit en un seul point, et je dirai pourquoi le cuivre m’est cher.
Verse 23
सप्तयुगसहस्राणि आदिकालेऽथ माधवि ॥ यथा ताम्रं समुत्पन्नं यथैव प्रियदर्शनम् ॥
Ô Mādhavī, au temps primordial — durant sept mille yuga — j’expliquerai comment le cuivre naquit, et comment il devint une vision agréable et tenue en estime.
Verse 24
पूर्वं कमलपत्राक्षि गुडाकेशो महासुरः ॥ ताम्ररूपं समादाय ममैवाराधने रतः ॥
Autrefois, ô toi dont les yeux sont comme des pétales de lotus, le grand asura Guḍākeśa, ayant pris une forme de cuivre, s’adonnait au culte de moi seul.
Verse 25
तत आराधितस्तेन वर्षाणां तु चतुर्दश ॥ सहस्राणि विशालाक्षि धर्मकामेन निश्चलम् ॥
Alors il m’adora durant quatorze mille années, ô toi aux grands yeux, avec fermeté et sans vaciller, mû par un désir accordé au dharma.
Verse 26
अहं तु तपसा तुष्टस्तीव्रेण कृतनिश्चयात् ॥ ततस्ताम्रमये रम्ये यत्र ताम्रसमुद्भवः ॥
Quant à moi, je fus satisfait par son ascèse intense et sa résolution ferme. Alors apparut un lieu charmant fait de cuivre, où se trouve la source du cuivre.
Verse 27
दृष्ट्वाश्रमं महादेवि किञ्चिदेव सुभाषितम् ॥ ततो जानुस्थितो भूत्वा मम एष विचिन्तयेत् ॥
Ayant vu l’ermitage, ô grande Déesse, et ayant entendu quelques paroles bien dites, alors—à genoux—qu’il médite sur moi.
Verse 28
गुडाकेश महाभाग ब्रूहि किं करवाणि ते ॥ तुषितोऽस्म्यनया भक्त्या दुराराध्योऽपि सुव्रत ॥
Ô Guḍākeśa, ô noble, dis-moi : que dois-je faire pour toi ? Je suis satisfait de cette dévotion qui est la tienne, bien que je sois difficile à apaiser, ô fidèle à tes vœux.
Verse 29
यत्त्वया चिन्तितं सौम्य कर्मणा मनसा गिरा ॥ वरं ब्रूहि महाभाग तुभ्यं यद्रोचतेऽनघ ॥
Tout ce que tu as conçu, ô doux—par l’acte, par l’esprit ou par la parole—énonce le don, ô noble : ce qui te plaît, ô sans tache, je te l’accorde.
Verse 30
एवं मम वचः श्रुत्वा गुडाकेशोऽब्रवीदिदम् ॥ कराभ्यामञ्जलिं कृत्वा विशुद्धेनान्तरात्मना ॥
Ayant ainsi entendu mes paroles, Guḍākeśa dit ceci—joignant les mains en añjali, l’âme intérieure purifiée.
Verse 31
यदि तुष्टोऽसि मे देव समस्तेनान्तरात्मना ॥ जन्मनां तु सहस्राणि त्वयि भक्तिर्दृढा अस्तु मे ॥
Si tu es satisfait de moi, ô Dieu, de tout ton être intérieur, alors, durant des milliers de naissances, que ma dévotion envers toi demeure ferme.
Verse 32
चक्रेण वधमिच्छामि त्वया मुक्तेन केशव ॥
Ô Keśava, je souhaite la mort par le disque que tu as lancé.
Verse 33
चक्रेण पातितस्यैतद्वसामांसानि किं चन ॥ ताम्रं नाम भवेदेव पवित्रीकरणं शुभम् ॥
De celui qui est abattu par le disque, cette graisse et cette chair, quelles qu’elles soient, portent le nom de cuivre ; en vérité, c’est une purification de bon augure.
Verse 34
तेन पात्रं ततः कृत्वा शुभधर्मविनिश्चितः ॥ तस्मिन् प्रापणकं कृत्वा शुद्धे वै ताम्रभाजने ॥
Alors, en façonnant de cela un récipient, résolu dans le dharma de bon augure, il y prépara un contenant d’offrande, dans un vase de cuivre purifié.
Verse 35
निवेदिते परा प्रीतिर्भवत्वेतन्मनोगतम् ॥ प्रसन्नो यदि मे देव ह्येष मे दीयतां वरः ॥
Quand cela aura été offert, qu’il y ait une satisfaction suprême : telle est la pensée de mon cœur. Si tu es satisfait de moi, ô Dieu, que cette grâce me soit accordée.
Verse 36
यच्चिन्तितोऽसि देवेश उग्रे तपति तिष्ठता ॥ बाढमित्येव सोऽप्युक्तो यावल्लोकस्थितिर्मया ॥
Selon ton désir, ô Seigneur des dieux, tandis que tu demeures dans une austérité farouche, je lui dis aussi : « Qu’il en soit ainsi », aussi longtemps que le monde subsistera.
Verse 37
तत्ताम्रभाजने मह्यं दीयते यत्सुपुष्कलम् ॥ अतुला तेन मे प्रीतिर्भूमे जानीहि सुव्रते ॥
Parce qu’une offrande abondante m’est donnée dans un vase de cuivre, ma satisfaction est sans égale ; ô Bhūmi, sache-le, ô vertueuse.
Verse 38
माङ्गल्यं च पवित्रं च ताम्रं तेन प्रियं मम ॥ त्वं च द्रक्ष्यसि तच्चक्रं मध्यसंस्थे दिवाकरे ॥
Le cuivre est de bon augure et purificateur ; c’est pourquoi il m’est cher. Et tu verras ce disque lorsque le soleil sera au milieu du ciel.
Verse 39
वैशाखस्य तु मासस्य शुक्लपक्षे तु द्वादशी ॥ मम तेजोमयं चक्रं त्वां वधिष्यत्यसंशयम् ॥
Au mois de Vaiśākha, dans la quinzaine claire, au douzième jour lunaire, mon disque fait de splendeur te frappera à coup sûr.
Verse 40
एष्यसे मम लोकाय एवमेतन्न संशयः ॥ एवमुक्त्वा गुडाकेशं तत्रैवान्तरहितोऽभवम् ॥
«Tu viendras en mon monde ; ainsi en est-il, sans aucun doute.» Ayant ainsi parlé à Guḍākeśa, je disparus sur-le-champ, en ce lieu même.
Verse 41
चक्राद्वधमभीप्सन्वै सोऽपि मत्कर्मणि स्थितः ॥ दिने दिने विशिष्टं तु शुभं कुर्वंस्तपस्यति ॥
Désirant la mort par le disque, lui aussi demeura attaché à mon observance ; jour après jour, il accomplit des actes auspices d’exception et pratique l’austérité.
Verse 42
विष्णुसंस्थो भविष्यामि कदाहमिति चिन्तयन् ॥ एवं स्थितस्य तस्याथ वैशाखस्य तु द्वादशी ॥
Thinking, “When shall I become established in Viṣṇu?”, while he remained in that state, then the twelfth day of Vaiśākha arrived.
Verse 43
शुक्लपक्षस्य सम्प्राप्ता तस्यां धर्मविनिश्चितः ॥ विष्णुपूजां ततः कृत्वा प्रार्थयामास मां प्रतिम् ॥
When that (day) in the bright fortnight arrived, resolved in dharma, he then performed worship of Viṣṇu and petitioned me, facing (my) image.
Verse 44
मुञ्च मुञ्च प्रभो चक्रमपि वह्निसमप्रभम् ॥ आत्मा मे नीयतां शीघ्रं निकृत्त्याङ्गानि सर्वशः ॥
“Release, release, O Lord, the discus—radiant like fire. Let my self be taken swiftly, cutting off the limbs entirely.”
Verse 45
तदैव चक्रेण विपाटितोऽसौ प्राप्तोऽपि मां भागवतप्रधानः ॥ ताम्रं तु तन्मांसमसृक् सुवर्णमस्थीनि रूप्यं बहुधातवश्च ॥ रङ्गं च सीसं त्रपुधातुसंस्थं कांस्यं च रीतिश्च मलस्तु तेषाम् ॥
At that very moment, struck and torn apart by the discus, that foremost devotee reached me. His flesh became copper; his blood became gold; his bones became silver; and various other minerals as well. Tin and lead arose, established among the metals; and bronze and brass—while impurities are (also) among them.
Verse 46
एतद्भागवतैः कार्यं मम प्रियकरैः सदा ॥ एवं ताम्रं समुत्पन्नमिति मे रोचते हि तत् ॥
This is to be done by devotees—those who are always dear to me. Thus, (the account that) copper arose in this manner is what I accept as fitting.
Verse 47
दीक्षितैर्वै भागवतैः पाद्यार्घ्यादौ च दीयते ॥ एवं दीक्षाविधिः प्रोक्त एवं ताम्रसमुद्भवः ॥
En vérité, par les dévots bhāgavata dûment initiés (dīkṣita), on doit présenter les offrandes, à commencer par l’eau pour laver les pieds et l’arghya. Ainsi a été énoncée la règle de l’initiation ; ainsi est aussi exposée la procédure liée au vase de cuivre (tāmra-samudbhava).
Verse 48
देवि तत्त्वेन कथितः किमन्यत् परिपृच्छसि ॥ भूमिरुवाच ॥ देवदेव कथं सन्ध्यां दीक्षितः कुरुते वद ॥
«Déesse, cela a été exposé selon le tattva (le principe). Que demandes-tu encore ?» La Terre dit : «Ô Dieu des dieux, dis : comment l’initié accomplit-il le rite de sandhyā ?»
Verse 49
केन मन्त्रेण वा भक्तस्तव कर्मपरायणः ॥ श्रीवराह उवाच ॥ शृणु माधवि तत्त्वेन सन्ध्यामन्त्रमनुत्तमम् ॥
«Ou bien, par quel mantra ton dévot, voué à l’accomplissement des rites, le fait-il ?» Śrī Varāha dit : «Écoute, ô Mādhavī, selon le tattva, le mantra de sandhyā sans égal.»
Verse 50
यथा वदन्ति वै सूर्यं सन्ध्यां पूर्वां परां तथा ॥ जलाञ्जलिं गृहीत्वा तु मम भक्त्या व्यवस्थितः ॥
De même qu’on évoque le Soleil en rapport avec la sandhyā du matin et celle du soir (les crépuscules), ainsi le pratiquant, ayant pris dans ses mains une offrande d’eau, demeure établi dans la dévotion envers moi.
Verse 51
मुहूर्त्तं ध्यानमास्थाय इमं मन्त्रमुदीरयेत् ॥ सिक्थानि तत्र यावन्ति ताम्रप्रापणके धरे ॥
Après s’être établi dans la méditation durant un muhūrta, qu’il prononce ce mantra. Le fruit en est aussi grand que le nombre de gouttelettes ou particules qui se trouvent là sur le sol, à l’endroit du récipient d’eau en cuivre (tāmra-prāpaṇaka).
Verse 52
तावद्वर्षसहस्राणि मम लोके स मोदते ॥
Pendant tant de milliers d’années, il se réjouit dans mon monde.
Verse 53
मन्त्रः — भवोद्भवमादिव्यक्तरूपमादित्यं सर्वे देवा ब्रह्मरुद्रेन्द्रास्त्वां च ॥ कृष्णे यथासीद्ध्यानयोगस्थितास्ते सन्ध्यासंस्था वासुदेवं नमन्ति ॥
Mantra : «Tu es la source du devenir, la forme primordiale manifestée — le Soleil. Tous les dieux, avec Brahmā, Rudra et Indra, et Toi aussi, y sont présents. Comme ils demeuraient établis dans le yoga de la méditation en Kṛṣṇa, ainsi ceux qui observent la sandhyā se prosternent devant Vāsudeva.»
Verse 54
वयं देवमादिमव्यक्तरूपं कृत्वा चात्मनि देव संस्थास्तथापि ॥ संसारार्थं कर्म तत्करणमेव सन्ध्यासंस्था वासुदेव नमो नमः ॥
«Nous, ayant établi en nous-mêmes le Dieu primordial à la forme non manifestée, ô Dieu — et pourtant, pour la vie dans le saṃsāra, l’action est accomplie, ainsi que ses instruments. Ceux qui sont établis dans l’observance de la sandhyā saluent : “Ô Vāsudeva, hommage, hommage.”»
Verse 55
गृहाणेमं च मे धूपं सर्वसंसारमोक्षणम् ॥ पुनरन्यत्प्रवक्ष्यामि यथा दीपं निवेदयेत् ॥
«Reçois cet encens que je t’offre, proclamé comme moyen de délivrance de tout saṃsāra. Ensuite, j’expliquerai comment l’on doit offrir une lampe (dīpa).»
Verse 56
तानि ते कथयिष्यामि त्वया मे पूर्वपृच्छितम् ॥ सौवर्णं राजतं कांस्यं येषु दद्यात्प्रपाणकम् ॥
Ces points—que tu m’as demandés auparavant—je te les exposerai : l’or, l’argent et le bronze, dans lesquels on doit établir le prapāṇaka (vase ou dispositif de distribution d’eau).
Verse 57
चतुर्बाहुं च मां दृष्ट्वा मम कर्मपरायणः ॥ प्रणतः प्राञ्जलिः प्राह शिरो भूमौ निधाप्य सः ॥ तं च दृष्ट्वा मया प्रोक्तं प्रसन्नेनान्तरात्मना ॥
M’ayant vu pourvu de quatre bras, lui—voué à l’accomplissement de mon rite—se prosterna, joignit les mains en añjali et parla, posant sa tête sur la terre. Le voyant ainsi, je lui parlai, l’âme intérieure apaisée.
Verse 58
तावत्ताम्रस्थितो भूत्वा मम संस्थो भविष्यसि ॥ ततः प्रभृति ताम्रात्मा गुडाकेशो व्यवस्थितः ॥
«Pendant ce temps, établi dans le cuivre (c’est-à-dire lié au cuivre), tu demeureras dans mon observance. Dès lors, Guḍākeśa fut solidement établi comme celui dont la nature était “cuivrée”, rattachée au cuivre.»
Verse 59
ताम्रपात्रेण वै भूमे प्रापणं यत्प्रदीयते ॥ सिक्थे सिक्थे फलं तस्य शृणुष्व गदतो मम ॥
«Ô Bhūmi, toute offrande donnée au moyen d’un récipient de cuivre—écoute le fruit que je proclame : à chaque mesure de cire d’abeille correspond un fruit égal.»
Verse 60
अनेनैव हि मन्त्रेण सन्ध्यां कुर्यात्तु दीक्षितः ॥
En vérité, c’est par ce mantra même que l’initié (dīkṣita) doit accomplir le rite de la sandhyā.
The chapter frames ethical discipline as regulated devotional practice: rites should be performed with purity (śauca), correct eligibility (dīkṣā and yajñopavīta), and controlled transmission of mantras (guhya). Material choice is also moralized—offerings should follow prescribed standards (notably the preference for copper), presenting ritual order as a means to sustain social and terrestrial stability.
The narrative specifies Vaiśākha māsa, śukla-pakṣa, dvādaśī as the decisive calendrical marker in the copper-origin episode (Guḍākeśa’s request to be struck by Viṣṇu’s cakra). Sandhyā is discussed as a daily discipline (nitya), with procedures centered on jalāñjali and mantra-recitation.
Through Pṛthivī’s questioning, the text links Earth’s welfare to disciplined handling of offerings: water (prāpaṇaka) is treated as a carefully administered resource, and vessel-material regulation (tāmra-pātra) functions as a normative ‘stewardship’ rule. By embedding these prescriptions in a Varāha–Pṛthivī dialogue, the chapter rhetorically presents terrestrial order as supported by standardized, non-excessive ritual consumption and purity protocols.
The principal named figure in the etiological narrative is Guḍākeśa, described as a mahāsura who performs extended tapas and requests death by Viṣṇu’s cakra. The chapter also references pitṛs and pitāmahas as recipients of merit through correct dīpa/prāpaṇaka offerings, but it does not provide dynastic royal genealogies in the supplied text.