
Navanīta-dhenu-dāna-māhātmya
Ritual-Manual (Dāna-vidhi) with Soteriological Phalaśruti
Dans le cadre didactique purānique attribué à l’enseignement de Varāha à Pṛthivī, cet adhyāya expose un vidhi prescriptif pour façonner et offrir une “vache” symbolique faite principalement de navanīta (beurre frais). Il décrit la préparation du lieu rituel enduit de gomaya, la mise en place de la peau et des récipients, puis la confection des traits de la vache au moyen de métaux, gemmes, sucre, fleurs, fruits, étoffes et darbha. Des lampes sont allumées dans les directions, et le don est solennellement remis à un brāhmaṇa chef de maison, avec récitation des “mantras de la vache” et d’un mantra identifiant le navanīta à l’amṛta divin issu du barattage de l’océan. La phalaśruti conclut en promettant la purification du pāpa pour le donateur, le témoin et le récitant, et comme fruit l’accès à Viṣṇuloka et le Śiva-sāyujya.
Verse 1
अथ नवनीतधेनुदानमाहात्म्यम् ॥ होतोवाच ॥ नवनीतमयीं धेनुं शृणु राजन् प्रयत्नतः ॥ यां श्रुत्वा सर्वपापेभ्यो मुच्यते नात्र संशयः
Voici maintenant le récit de la grandeur du don de la « vache de beurre ». Le Hotṛ dit : « Écoute avec soin, ô roi, la vache faite de beurre frais ; en l’entendant, on est délivré de toutes les fautes, sans aucun doute. »
Verse 2
गोमयेनानुलिप्तायां भूमौ गोचर्ममाणतः ॥ चर्म कृष्णमृगस्येव तस्योपरि च धारयेत्
Sur un sol enduit de bouse de vache, on étendra une peau de vache comme mesure ; et l’on placera par-dessus une peau semblable à celle de l’antilope noire.
Verse 3
कुम्भं तु नवनीतस्य प्रस्थमात्रस्य धारयेत् ॥ वत्सं चतुर्थभागस्य तस्यामुत्तरतो न्यसेत्
On placera un pot contenant du beurre frais, à la mesure d’un prastha ; et au nord de celui-ci on déposera un veau, d’un quart (en mesure).
Verse 4
कृत्वा विधाननेन च राजसिंह सुवर्णशृङ्गी सुमुखा च कार्या ॥ नेत्रे च तस्या मणिमौक्तिकैस्तु कृत्वा तथान्यच्च गुडेन जिह्वाम्
Et l’ayant façonnée selon la règle prescrite, ô lion parmi les rois, qu’elle soit faite avec des cornes d’or et un visage gracieux ; que ses yeux soient faits de gemmes et de perles, et de même sa langue de jaggery (sucre de canne).
Verse 5
ओष्ठौ च पुष्पैश्च फलैश्च दन्ताः प्रकल्प्य सास्नां च सितैश्च सूत्रैः ।। जिह्वां तथा शर्करया प्रकल्प्य फलानि दन्ताः कम्बलं पट्टसूत्रम् ॥
Façonne les lèvres avec des fleurs et les dents avec des fruits, et dispose le fanon avec des fils blancs. De même, façonne la langue avec du sucre ; offre des fruits comme dents, avec une couverture et une étoffe tissée de fil en accompagnement.
Verse 6
नवनीतस्तनीं राजन् इक्षुपादां प्रकल्पयेत् ।। ताम्रपृष्ठां रौप्यखुरां दर्भरोमकृतच्छविम् ॥
Ô roi, qu’on façonne (la vache) avec des trayons de beurre frais et des pattes de canne à sucre ; avec un dos de cuivre, des sabots d’argent, et un éclat fait de ‘poils’ d’herbe kuśa.
Verse 7
स्वर्णशृङ्गीं रौप्यखुरां पञ्चरत्नसमन्विताम् ।। चतुर्भिस्तिलपात्रैश्च संवृतां सर्वतो दिशि ॥
Avec des cornes d’or et des sabots d’argent, pourvue des cinq gemmes ; et entourée de toutes parts par quatre récipients de sésame.
Verse 8
आच्छाद्य वस्त्रयुग्मेन गन्धपुष्पैरलङ्कृताम् ।। दीपांश्च दिक्षु प्रज्वाल्य ब्राह्मणाय निवेदयेत् ॥
La couvrant d’une paire de vêtements et l’ornant de parfums et de fleurs, puis ayant allumé des lampes dans les directions, qu’on la présente à un brāhmaṇa.
Verse 9
मन्त्रास्त एव जप्तव्याः सर्वधेनुषु ये स्मृताः ।। पुरा देवासुरैः सर्वैः सागरस्य तु मन्थने ॥
Il faut réciter ces mêmes mantras, rappelés pour toutes les offrandes de vache, comme jadis tous les devas et asuras le firent lors du barattage de l’océan.
Verse 10
एवमुच्चार्य तां दद्याद्ब्राह्मणाय कुटुम्बिने ।। धेनुं च दत्त्वा सुदुघां सोपधानां नयेद्गृहम् ॥
Après avoir récité ainsi, qu’on le remette à un brāhmaṇa chef de maison. Et, ayant offert la vache laitière aux riches traites, avec son coussin ou support, qu’on la conduise jusqu’à la demeure du bénéficiaire.
Verse 11
हविर् एवं रसं चैव विप्रवर्यस्य भूपते ।। भुक्त्वा तिष्ठेद्दिनं राजन् धेनुदस्त्रीणि वै द्विजः ॥
Ainsi, ô seigneur de la terre, on offre le havis (nourriture d’oblation) et aussi la boisson/l’essence au brāhmaṇa le plus éminent. Après avoir mangé, ô roi, le « deux-fois-né » doit demeurer un jour, observant les rites liés au don de la vache.
Verse 12
यः प्रपश्यति तां धेनुं दीयमानां नरोत्तम ।। सर्वपापविनिर्मुक्तः शिवसायुज्यतां व्रजेत् ॥
Ô meilleur des hommes, quiconque voit cette vache au moment où elle est donnée est délivré de tous les péchés et parvient à l’union avec Śiva.
Verse 13
पितृभिः पूर्वजैः सार्द्धं भविष्यद्भिश्च मानवः ।। विष्णुलोकं व्रजत्याशु यावदाभूतसम्प्लवम् ॥
Avec les pères et les ancêtres d’autrefois, et aussi avec ceux qui doivent encore venir, l’homme se rend promptement au monde de Viṣṇu, jusqu’à la dissolution cosmique des êtres.
Verse 14
य इदं शृणुयाद्भक्त्या श्रावयेद्वापि मानवः ।। सर्वपापविशुद्धात्मा विष्णुलोके महीयते ॥
Quiconque entend ceci avec dévotion, ou même fait en sorte qu’on l’entende, est purifié de toute faute et est honoré dans le monde de Viṣṇu.
Verse 15
उत्पन्नं दिव्यममृतं नवनीतमिदं शुभम् ॥ आप्यायनं तु भूतानां नवनीत नमोऽस्तु ते ॥
Ce beurre de bon augure, né comme un nectar divin (amṛta), est apparu ; il est vraiment nourriture et vigueur pour les êtres. Ô beurre, hommage à toi.
The text foregrounds dāna (ritualized generosity) as a discipline of social reciprocity and moral purification: it prescribes a carefully constructed gift to a brāhmaṇa householder and frames the act of giving (and even witnessing or transmitting the instruction) as a means of pāpa-śuddhi and ordered social conduct.
No explicit tithi, nakṣatra, month, or seasonal timing is stated in the transmitted passage for Adhyāya 107; the instructions focus on materials, spatial arrangement, mantra-recitation, and the recipient protocol rather than calendrical scheduling.
Direct ecological regulation is not articulated, but the chapter’s earth-oriented ethic can be read through its terrestrial ritual grammar: preparation of the ground with gomaya and darbha, and the cow-as-abundance symbol, positions agricultural substrates and bovine-derived materials as mediators of purity, continuity, and responsible stewardship of household resources within a terrestrial (Pṛthivī-centered) worldview.
No royal genealogies or named historical lineages appear here; the passage references social roles (rājan as addressee, brāhmaṇa gṛhastha as recipient, hotṛ as ritual voice) and invokes a pan-mythic collective (deva–asura) in connection with sāgara-manthana and the emergence of amṛta/navanīta.