
Varāha-stutiḥ tathā Pṛthivyā praśnāḥ
Cosmogony-Dialogue (Sṛṣṭi–Pralaya Inquiry) and Earth-Centered Theological Cosmology
Le chapitre s’ouvre par une invocation de type maṅgala et une longue louange à Varāha, sauveur cosmique qui relève la Terre des profondeurs océaniques. Sūta présente l’épisode comme le souvenir d’un moment où Pṛthivī, après avoir été soulevée par Viṣṇu sous la forme de Varāha, interroge le Seigneur sur ses manifestations répétées et sur le fonctionnement de la création. Pṛthivī rappelle des avatāra antérieurs (Matsya, Kūrma, Varāha, Vāmana, Paraśurāma et Rāma), puis pose des questions ordonnées : comment la création surgit après le relèvement de la Terre, comment elle est maintenue, ce qui déclenche et ce qui met fin à la création, comment se comptent les yuga, et qui obtient la réussite suprême. Le rire de Varāha dévoile la vision du cosmos en Lui ; Pṛthivī voit alors Viṣṇu à quatre bras, reposant sur Śeṣa avec Brahmā sur le lotus, et récite une stuti protectrice ainsi que des invocations proches de l’aṅga-nyāsa pour la sauvegarde du monde.
Verse 1
दंष्ट्राग्रेणोद्धृता गौरुदधिपरिवृता पर्वतैर्निम्नगाभिः साकं मृद्पिण्डवत् प्राग्बृहदुरुवपुषाऽनन्तरूपेण येन। सोऽयं कंसासुरारिर्मुरनरकदशास्यान्तकृत्सर्वसंस्थः कृष्णो विष्णुः सुरेशो नुदतु मम रिपूनादिदेवो वराहः॥ १.२ ॥
Que le Seigneur primordial—Varāha—repousse mes ennemis : lui dont la forme sans limites, jadis vaste et immense, souleva la belle Terre, ceinte par l’océan avec ses montagnes et ses fleuves, sur la pointe de sa défense comme une motte d’argile ; lui qui est Kṛṣṇa, Viṣṇu, Seigneur des dieux, ennemi de l’asura Kaṁsa, et destructeur de Mura, Naraka et du Décapité (Rāvaṇa), fondement de toute existence.
Verse 2
यः संसारार्णवे नौरिव मरणजराव्याधिनक्रोर्मिभीमे भक्तानां भीतिहर्ता मुरनरकदशास्यान्तकृत्कोलरूपी। विष्णुः सर्वेश्वरोऽयं यमिह कृतधियो लीलया प्राप्नुवन्ति मुक्तात्मानो न पापं भवत्तु नुदितारातिपक्षः क्षितीशः ॥ १.३ ॥
Qu’il n’y ait point de mal : lui qui, tel une barque sur l’océan du saṁsāra—terrifiant par les crocodiles de la mort, de la vieillesse et de la maladie, et par ses vagues redoutables—ôte la crainte des dévots ; lui qui, sous la forme du Sanglier, met fin à Mura, Naraka et au Décavisage ; ce Viṣṇu, Seigneur de tout, que les esprits lucides atteignent ici par son jeu divin, devenant des âmes libérées—que ce souverain de la terre, qui a repoussé l’armée ennemie, soit de bon augure.
Verse 3
सूत उवाच । यस्मिन् काले क्षितिः पूर्वं वराहवपुषा तु सा । उद्धृता विष्णुना भक्त्या पप्रच्छ परमेश्वरम् ॥ १.४ ॥
Sūta dit : Au temps où, jadis, la Terre (Kṣiti) fut soulevée par Viṣṇu sous la forme du Sanglier (Varāha), elle, par dévotion, interrogea le Seigneur suprême.
Verse 4
धरण्युवाच। कल्पे कल्पे भवानेव मां समुद्धरते विभो। न चाहं वेद ते मूर्तिं नादिसर्गं च केशव॥ १.५ ॥
Dharanī (la Terre) dit : «À chaque kalpa, c’est toi seul qui me relèves, ô Puissant. Pourtant je ne connais pas ta forme, ô Keśava, ni la création primordiale.»
Verse 5
वेदेषु चैव नष्टेषु मत्स्यो भूत्वा रसातलम्। प्रविश्य तानपाकृष्य ब्रह्मणे दत्तवानसि॥ १.६ ॥
Lorsque les Veda avaient été perdus, tu devins Poisson, entras dans Rasātala, les récupéras et les remis à Brahmā.
Verse 6
अन्यत्सुरासुरमयं त्वं समुद्रस्य मन्थने । धृतवानसि कौर्म्येण मन्दरं मधुसूदन ॥ १.७ ॥
Et une autre fois, lors du barattage de l’Océan—œuvre des devas et des asuras—ô Madhusūdana, tu soutins le mont Mandara en prenant la forme de Kūrma, la Tortue.
Verse 7
पुनर्वाराहरूपेण मां गच्छन्तीं रसातलम् । उज्जहारैकदंष्ट्रेण भगवान् वै महार्णवात् ॥ १.८ ॥
Puis encore, prenant la forme de Varāha, le Sanglier, le Seigneur Bienheureux me releva—alors que je descendais vers Rasātala—d’un seul croc, depuis le grand océan cosmique.
Verse 8
अन्यद्धिरण्यकशिपुर्वरदानेन दर्पितः । अबाधमानः पृथिवीं स त्वया विनिपातितः । बलिस्तु बद्धो भगवंस्त्वया वामनरूपिणा ॥ १.९ ॥
Et encore : Hiraṇyakaśipu, enivré d’orgueil par une grâce, opprimait la Terre ; tu l’abattis. Et Bali, ô Bienheureux, fut lié par toi sous la forme de Vāmana.
Verse 9
पुनर्निःक्षत्रिया देव त्वया चापि पुरा कृता । जामदग्न्येन रामेण त्वया भूत्वाऽसकृत्प्रभो ॥ १.१० ॥
Ô Dieu, jadis tu rendis encore une fois la terre dépourvue de kṣatriya, ô Seigneur, en devenant à maintes reprises Rāma Jāmadagnya (Paraśurāma).
Verse 10
पुनश्च रावणो रक्षः क्षपितं क्षात्रतेजसा । न च जानाम्यहं देव तव किञ्चिद्विचेष्टितम् ॥ १.११ ॥
Et de nouveau, Rāvaṇa —le rākṣasa— fut anéanti par l’éclat de la vaillance royale. Pourtant, ô Seigneur, je ne comprends nullement ton dessein ni le cours extraordinaire de ton action.
Verse 11
उद्धृत्य मां कथं सृष्टिं सृजसे किं च सा त्वया। सकृद् ध्रियेत कृत्वा च पालयते चापि केन च॥ १.१२ ॥
Après m’avoir relevé, comment fais-tu naître la création ? Et qu’est donc cette création telle que tu la constitues ? Une fois produite, par quoi est-elle soutenue ne fût-ce qu’un instant, et par qui est-elle aussi protégée ?
Verse 12
केन वा सुलभो देव जायसे सततं विभो । कथं च सृष्टेरादिः स्यादवसानं कथं भवेत् ॥ १.१३ ॥
Par quel moyen, ô Dieu, ô Toi qui pénètres tout, deviens-tu aisément accessible, encore et encore ? Et comment surgit le commencement de la création, et comment advient sa fin ?
Verse 13
कथं युगस्य गणना संख्या अस्यानुचतुर्युगम् । के वा विशेषास्तेष्वस्मिन् का वा अवस्थ महेश्वर ॥ १.१४ ॥
Comment doit-on établir le calcul d’un yuga — sa mesure numérique et la manière dont il se succède dans la série des quatre yuga ? Et quelles particularités distinguent ces yuga au sein de ce cycle ? De plus, quel est leur état, ô Maheśvara ?
Verse 14
यज्वानः के च राजानः के च सिद्धिं परां गताः । एतत्सर्वं समासेन कथयस्व प्रसीद मे ॥ १.१५ ॥
Qui furent les célébrants des sacrifices, qui furent les rois, et qui atteignirent l’accomplissement suprême ? Dis-moi tout cela brièvement ; sois bienveillant envers moi.
Verse 15
इत्युक्तः क्रोधरूपेण जहास परमेश्वरः । हसतस्तस्य कुक्षौ तु जगद्धात्री ददर्श ह ॥ रुद्रान् देवान् सवासवः सिद्धसङ्घान् महर्षिभिः ॥ १.१६ ॥
Ainsi apostrophié d’un ton courroucé, le Seigneur Suprême se mit à rire. Et tandis qu’il riait, Jagaddhātrī (la Terre, soutien du monde) vit dans son ventre les Rudra, les dieux avec Indra, et les troupes de Siddha avec les grands ṛṣi.
Verse 16
सचन्द्रसूर्यग्रहसप्तलोकानन्तः स्थितांस्तावदुपात्तधर्मान् । इतीदृशं पश्यति सा समस्तं यावत्क्षितिर्वेपितसर्वगात्रा ॥ १.१७ ॥
Ainsi, elle (la Terre) contemple l’ensemble : les sept mondes avec la Lune, le Soleil et les astres planétaires, établis dans l’étendue sans bornes, chacun demeurant selon l’ordre (dharma) qu’il a reçu ; et elle continue de voir ainsi, tandis que la Terre tremble de tous ses membres.
Verse 17
उन्मीलितास्यस्तु यदा महात्मा दृष्टो धरण्याऽमलसर्वगात्र्या । तावत्स्वरूपेण चतुर्भुजेन महोदधौ सुप्तमथोऽन्वपश्यत् ॥ १.१८ ॥
Lorsque ce grand être, les yeux ouverts, fut aperçu par la Terre—dont tout le corps était sans tache—alors elle le vit dans sa propre forme à quatre bras, comme s’il dormait sur le grand océan.
Verse 18
शेषपर्यङ्कशयने सुप्तं देवं जनार्दनम् । दृष्ट्वा तन्नाभिपङ्कस्थमन्तःस्थं च चतुर्मुखम् ॥ कृताञ्जलिपुटा देवी स्तुतिं धात्री जगाद ह ॥ १.१९ ॥
Voyant le dieu Janārdana endormi sur la couche de Śeṣa, et voyant le Quatre-Visages (Brahmā) au-dedans, établi sur le lotus de son nombril, la Déesse, les mains jointes en révérence, prononça un hymne de louange, ô Dhātṛ, Soutien du monde.
Verse 19
धरण्युवाच । नमः कमलपत्राक्ष नमस्ते पीतवाससे । नमः सुरारिविध्वंसकारिणे परमात्मने ॥ १.२० ॥
Dharaṇī dit : «Hommage à toi, aux yeux pareils aux pétales de lotus ; hommage à toi, vêtu de jaune. Hommage au Paramātman, le Soi suprême, destructeur des ennemis des dieux».
Verse 20
शेषपर्यङ्कशयने धृतवक्षःस्थलश्रिये । नमस्ते सर्वदेवेश नमस्ते मोक्षकारिणे ॥ १.२१ ॥
Salutation à Toi qui reposes sur la couche de Śeṣa, portant Śrī sur ta poitrine ; salutation à Toi, Seigneur de tous les dieux ; salutation à Toi, dispensateur de la délivrance (mokṣa).
Verse 21
नमः शार्ङ्गासिचक्राय जन्ममृत्युविवर्जिते। नमो नाभ्युत्थितमहत्त्कमलासनजन्मने॥ १.२२ ॥
Hommage à Toi, porteur de l’arc Śārṅga, de l’épée et du disque (cakra), exempt de naissance et de mort. Hommage à Toi, de dont le nombril surgit le grand lotus d’où naquit Brahmā, assis sur le lotus.
Verse 22
नमो विद्रुमरक्तास्यपाणिपल्लवशोभिने । शरणं त्वां प्रसन्नास्मि त्राहि नारीमनागसम् ॥ १.२३ ॥
Hommage à Toi dont le visage est rouge comme le corail et dont les mains brillent comme de tendres pousses. Je viens à Toi en refuge, l’esprit apaisé ; protège cette femme sans faute.
Verse 23
पूर्णनीलाञ्जनाकारं वाराहं ते जनार्दन । दृष्ट्वा भीतास्मि भूयोऽपि जगत् त्वद्देहगोचरम् । इदानीं कुरु मे नाथ दयां त्राहि महाभयात् ॥ १.२४ ॥
Ô Janārdana, ayant vu ta forme de Varāha, semblable au collyre d’un bleu profond, je suis de nouveau saisie de crainte, car le monde est entré dans le domaine de ton corps. À présent, ô Seigneur, fais-moi miséricorde et protège-moi de la grande peur.
Verse 24
केशवः पातु मे पादौ जङ्घे नारायणो मम । माधवो मे कटिं पातु गोविन्दो गुह्यमेव च ॥ १.२५ ॥
Que Keśava protège mes pieds ; que Nārāyaṇa protège mes jambes. Que Mādhava protège ma taille ; et que Govinda protège aussi mes parties secrètes.
Verse 25
नाभिं विष्णुस्तु मे पातु उदरं मधुसूदनः । ऊरुं त्रिविक्रमः पातु हृदयं पातु वामनः ॥ १.२६ ॥
Que Viṣṇu protège mon nombril ; que Madhusūdana protège mon ventre. Que Trivikrama protège mes cuisses ; que Vāmana protège mon cœur.
Verse 26
श्रीधरः पातु मे कण्ठं हृषीकेशो मुखं मम । पद्मनाभस्तु नयने शिरो दामोदरो मम ॥ १.२७ ॥
Que Śrīdhara protège ma gorge ; que Hṛṣīkeśa protège mon visage. Que Padmanābha protège mes yeux, et que Dāmodara protège ma tête.
Verse 27
एवं न्यस्य हरेर्न्यासमामानि जगती तदा । नमस्ते भगवन् विष्णो इत्युक्त्वा विरराम ह ॥ १.२८ ॥
Ayant ainsi accompli le nyāsa de consécration relatif à Hari, la Terre (Jagatī) dit alors : « Salutations à Toi, ô Seigneur bienheureux Viṣṇu », puis elle se tut.
The chapter frames an Earth-centered ethic through narrative: Pṛthivī’s rescue becomes the basis for asking how the world is created, stabilized, and protected. The text positions terrestrial preservation (bhū-uddhāra and ongoing safeguarding) as a central cosmological concern, expressed through praise, inquiry, and protective recitation directed to Viṣṇu/Varāha.
No explicit tithi, lunar month, vrata timing, or seasonal markers appear in this adhyāya. The temporal framework is instead kalpa-based recurrence (“kalpe kalpe”), emphasizing cyclical cosmic time rather than ritual calendrics.
Terrestrial balance is encoded through the motif of Earth’s destabilization and recovery: Pṛthivī is carried toward rasātala and restored from the mahārṇava by Varāha. The subsequent protective stuti and body-guarding invocations function as a literary model for safeguarding the integrity of the world-body (Earth) within a broader cosmological order.
The chapter references avatāra-linked figures and antagonists as cultural memory rather than genealogical lists: Hiraṇyakaśipu, Bali (bound by Vāmana), Jāmadagnya Rāma (Paraśurāma), and Rāvaṇa. It also includes cosmological personnel: Śeṣa (supporting Viṣṇu) and Brahmā (four-faced, lotus-born from the navel).
Read Varaha Purana in the Vedapath app
Scan the QR code to open this directly in the app, with audio, word-by-word meanings, and more.