
La Paramahansaparivrajaka Upanishad (rattachée à l’Atharvaveda) est une Upanishad de sannyāsa très brève mais d’une portée philosophique notable. Elle expose l’idéal du « paramahaṃsa-parivrājaka », le renonçant errant au degré le plus élevé, en décrivant ses traits, sa discipline et son état intérieur comme marques de la liberté spirituelle. Plutôt que de privilégier le ritualisme externe, le texte met au premier plan l’ātma-vidyā/jñāna (connaissance du Soi) comme voie principale vers la mokṣa. L’enseignement central soutient que la renonciation authentique n’est pas seulement l’abandon des biens, mais la dissolution de la « mienneté » (mamatā) et de l’ego (ahaṅkāra). Le paramahaṃsa demeure égal face à louange et blâme, honneur et déshonneur, plaisir et douleur, froid et chaleur; il vit avec un minimum de dépendances et chemine sans attachement. Ainsi, l’Upanishad traduit l’intuition advaita—identité de l’ātman et du brahman—en éthique et en style de vie du renonçant suprême.
Start Reading- Paramahaṃsa-parivrājaka as the highest ideal of saṃnyāsa: wandering
non-possessive
inwardly free
- Jñāna (Self-knowledge) as the true “Vedic rite”: inner realization supersedes external ritualism
- Advaitic orientation: ātman-brahman identity as the ground of fearlessness and freedom
- Vairāgya and tyāga: abandonment of mamatā (mine-ness)
ahaṅkāra (ego)
and all acquisitions
- Samatā (equanimity): beyond pairs of opposites—honor/dishonor
pleasure/pain
heat/cold
- Aparigraha and alpa-āhāra: minimal dependence on the world; simplicity in food and shelter
- Non-injury and compassion as natural expressions of non-dual vision
- Outer marks are secondary; the decisive “sign” is steady abidance in the Self
5 verses with Sanskrit text, transliteration, and translation.
Verse 0
सर्वेषु कालेषु लाभालाभौ समौ कृत्वा परपात्रमधूकरेणान्नमश्नन् मेदोवृद्धिमकुर्वन् कृशीभूत्वा “ब्रह्माहमस्मि” इति भावयन् गुर्वर्थं ग्राममुपेत्य ध्रुवशीलोऽष्टौ मास्येकाकी चरेद् द्वावेवाचरेत् । यदालम्बुद्धि...
En tout temps, rendant égales le gain et la perte, mangeant comme l’abeille (ne prenant que peu) dans le récipient d’autrui, sans accroître la graisse, devenant maigre, contemplant : « Je suis Brahman »; allant au village pour l’affaire du maître, ferme dans sa conduite—il doit errer seul pendant huit mois, et pendant deux mois il peut errer (autrement). Quand surgit l’esprit d’attachement, alors—qu’il soit kuṭīcaka, bahūdaka, haṃsa ou paramahaṃsa—après avoir accompli le rite-mantra approprié, il doit jeter dans l’eau le cordon de taille, le pagne, le bâton et la cruche d’eau, puis errer comme celui qui ne porte que ce qui est « né de l’or » (c’est-à-dire l’état nu/vêtu du ciel). Dans un village (il demeure) une nuit, à un tīrtha trois nuits, dans une ville cinq nuits, dans un lieu sacré sept nuits; sans demeure, l’esprit stable, sans entretenir le feu, sans altération; abandonnant observances et non-observances, ne soutenant la vie que pour elle-même—à nouveau égalisant gain et perte—il pratique l’aumône comme la vache (broutant sans choix), avec une cruche pour l’eau et pour le sol sec, demeurant en des lieux secrets sans obstacle; ne se complaisant pas dans gain et perte, résolu à déraciner le karma favorable et défavorable; dormant partout à même la terre nue; renonçant au rasage; observant comme il convient les règles du vœu de cāturmāsya; voué à la méditation pure; détourné des richesses, des femmes et des cités; non fou, mais se comportant comme un fou; aux marques non manifestes, sans marque, à la conduite non manifeste; sans sommeil par égalité du jour et de la nuit; attentif par la voie de la recherche de sa propre nature et de la méditation de Brahman comme praṇava; par le renoncement il délaisse le corps—il devient un paramahaṃsa-parivrājaka.
Paramahaṃsa-parivrājaka ideal: radical non-attachment, karma-nirmūlana, jīvanmukti orientationVerse 1
अथ पितामहः स्वपितरम् आदिनारायणम् उपसमेत्य प्रणम्य पप्रच्छ— भगवन्, त्वन्मुखाद् वर्णाश्रमधर्मक्रमं सर्वं श्रुतं विदितम् अवगतम्। इदानीं परमहंसपरिव्राजकलक्षणं वेदितुम् इच्छामि। कः परिव्रजनाधिकारी? कीदृशं ...
Alors Pitāmaha (l’Aïeul), s’approchant de son propre père, Ādi-Nārāyaṇa, se prosterna et demanda : « Ô Bienheureux, de ta bouche j’ai entendu, su, et compris tout l’enchaînement du dharma des varṇa et des āśrama. À présent je désire connaître les signes distinctifs du paramahaṃsa parivrājaka, le renonçant errant. Qui est qualifié pour partir en errance ? Quel est le signe du parivrājaka ? Qui est le paramahaṃsa ? Comment obtient-on l’état de parivrājaka ? Dis-moi tout cela. » Ainsi parla le Bienheureux Ādi-Nārāyaṇa.
Sannyāsa (paramahaṃsa-parivrājaka) and adhikāra (qualification) for mokṣa-oriented renunciationVerse 2
सद्गुरुसमीपे सकलविद्यापरिश्रमज्ञो भूत्वा विद्वान् सर्वमैहिकामुष्मिकसुखश्रमं ज्ञात्वैषणात्रयवासनात्रयममत्वाहङ्कारादिकं वमनान्नमिव हेयम् अधिगम्य मोक्षमार्गैकसाधनो ब्रह्मचर्यं समाप्य गृही भवेत्। गृहाद्वन...
Ayant, auprès d’un Sadguru, connu la peine de tout savoir et étant devenu savant; ayant compris que toute joie, en ce monde comme dans l’autre, est liée à l’effort; ayant reconnu comme à rejeter—tel un aliment vomi—la triple convoitise, la triple vāsanā (tendance latente), ainsi que l’appropriation et l’ego; celui dont l’unique moyen est la voie de la délivrance doit achever le brahmacarya puis devenir maître de maison; de la maison il doit passer à la vie forestière, puis partir en errance. Ou bien, autrement, il peut partir directement depuis le brahmacarya, ou depuis la maison, ou depuis la forêt. De plus, qu’il soit sans vœu ou avec vœu, diplômé ou non, feux éteints ou sans entretien des feux—le jour même où naît le détachement, ce jour-là même il doit partir. Le comprenant ainsi, détaché de toutes les voies du saṃsāra, qu’il soit étudiant, maître de maison ou ermite, après avoir obtenu l’assentiment du père, de la mère, de l’épouse, du fils et des proches—ou, à défaut, d’un disciple ou d’un compagnon—qu’il renonce. Certains n’accomplissent que l’iṣṭi prājāpatya; il ne faut pas agir ainsi. Il faut accomplir seulement l’iṣṭi agneya, car Agni est véritablement prāṇa; par elle, l’offrande devient prāṇa lui-même. Il faut accomplir seulement l’iṣṭi traidhātavīya; par elle, les trois constituants—sattva, rajas, tamas—sont traités symboliquement. Avec le mantra : « Voici ton sein, ô prêtres, d’où vous êtes nés et avez resplendi; le sachant, ô Agni, monte et accrois notre richesse », il faut humer le feu. Ceci est en vérité le ‘sein’ d’Agni : « Va vers prāṇa; va vers ton propre sein; svāhā »—ainsi est-il dit. Apportant le feu d’un village, de la maison d’un śrotriya, selon l’ordre prescrit, il faut humer le feu comme auparavant. Si, malade, on ne trouve pas de feu, qu’on offre dans l’eau : « Les eaux sont toutes les divinités; à toutes les divinités j’offre, svāhā. » Ayant ainsi offert, qu’on prenne et mange l’oblation avec le ghee, offrande inoffensive. Cette règle vaut pour la marche héroïque, ou le jeûne, ou l’entrée (en renoncement), ou l’entrée dans le feu, ou le grand départ. Si l’on est malade, on peut renoncer par la pensée ou par la parole : telle est la voie.
Vairāgya and saṃnyāsa-vidhi; innerization of yajña (Agni = prāṇa; guṇatraya transcendence)Verse 4
भगवन् ब्रह्मप्रणवः कीदृश इति ब्रह्मा पृच्छति । स होवाच नारायणः । ब्रह्मप्रणवः षोडशमात्रात्मकः सोऽवस्थाचतुष्टयचतुष्टयगोचरः । जाग्रदवस्थायां जाग्रदादिचतस्रोऽवस्थाः स्वप्ने स्वप्नादिचतस्रोऽवस्थाः सुषुप्त...
Brahmā demande : « Vénérable, quelle est la nature du Brahman-Praṇava ? » Nārāyaṇa répondit : « Le Brahman-Praṇava est de la nature de seize mātrā ; son domaine est l’ensemble quadruple des quatre états. Dans l’état de veille, il y a quatre états commençant par la veille ; dans le rêve, quatre commençant par le rêve ; dans le sommeil profond, quatre commençant par le sommeil profond ; dans le quatrième (turīya), quatre commençant par turīya. Dans la veille, la quadruple modalité de Viśva est : viśva-viśva, viśva-taijasa, viśva-prājña, viśva-turīya. Dans le rêve, la quadruple modalité de Taijasa est : taijasa-viśva, taijasa-taijasa, taijasa-prājña, taijasa-turīya. Dans le sommeil profond, la quadruple modalité de Prājña est : prājña-viśva, prājña-taijasa, prājña-prājña, prājña-turīya. Dans turīya, la quadruple modalité de Turīya est : turīya-viśva, turīya-taijasa, turīya-prājña, turīya-turīya. Celles-ci s’établissent successivement dans les seize mātrā : dans A—veille-viśva ; dans U—veille-taijasa ; dans M—veille-prājña ; dans la demi-mātrā—veille-turīya ; dans bindu—rêve-viśva ; dans nāda—rêve-taijasa ; dans kalā—rêve-prājña ; au-delà de kalā—rêve-turīya ; dans śānti—sommeil profond-viśva ; au-delà de śānti—sommeil profond-taijasa ; dans unmanī—sommeil profond-prājña ; dans manonmanī—sommeil profond-turīya ; dans purī—turīya-viśva ; dans madhyamā—turīya-taijasa ; dans paśyantī—turīya-prājña ; dans parā—turīya-turīya. Les quatre mātrā de la veille sont la part de A ; les quatre du rêve la part de U ; les quatre du sommeil profond la part de M ; les quatre de turīya la part de la demi-mātrā. Tel est, en vérité, le Brahman-Praṇava. Il doit être contemplé par le paramahaṃsa, le turīyātīta et l’avadhūta. Par cela seul Brahman resplendit ; par cela s’obtient la délivrance sans corps (videha-mukti).
Praṇava (Oṃ) as Brahman; avasthā-traya/turīya analysis; turīyātīta and videha-muktiVerse 5
भगवन् कथम् अयज्ञोपवीत्त्यशिखी सर्वकर्मपरित्यक्तः कथं ब्रह्मनिष्ठापरः कथं ब्राह्मण इति ब्रह्मा पृच्छति । स होवाच विष्णुर्भो भोऽर्भक यस्यास्त्यद्वैतमात्मज्ञानं तदेव यज्ञोपवीतम् । तस्य ध्याननिष्ठैव शिखा ...
Brahmā demande : «Vénérable, comment le renonçant, sans cordon sacré, sans touffe au sommet, ayant abandonné tous les rites, demeure-t-il ferme en Brahman, et comment est-il brāhmaṇa ?» Viṣṇu répondit : «Ô enfant, pour celui qui possède la connaissance non duelle du Soi, cela seul est son cordon sacré. Son établissement inébranlable dans la méditation est sa touffe. Cette connaissance est son acte rituel ; elle purifie. Il est l’accomplisseur de toutes les œuvres ; il est brāhmaṇa ; il est voué à la stabilité en Brahman. Il est deva ; il est ṛṣi ; il est ascète ; il est le meilleur ; lui seul est l’aîné de tous ; lui seul est le maître du monde—sache qu’il est Moi-même. Dans le monde, le mendiant errant Parama‑haṃsa est plus rare encore, s’il en existe un. Lui seul est toujours pur ; lui seul est la Personne du Veda, le Grand Être, dont l’esprit repose en Moi seul, et Moi aussi je demeure en lui seul. Lui seul est toujours comblé ; il est libre du froid et du chaud, du plaisir et de la peine, de l’honneur et du déshonneur. Il supporte le blâme sans rancœur, endure l’injure. Il est affranchi des six vagues ; dépourvu des six transformations de l’être. Il ne connaît pas la distinction d’aîné et de cadet. En dehors de lui-même, il ne voit nul autre. Son vêtement est l’espace/l’espérance déposée ; il n’a ni salutations, ni « svāhā », ni « svadhā », et ne s’attache pas à la clôture rituelle ; il est au-delà du blâme et de la louange ; il ne dépend ni des mantras ni des tantras pour adorer ; il est sans méditation d’autres divinités ; il se retire du « but » et du « non‑but » ; il a cessé toute activité extérieure. Il est la masse compacte de la conscience non duelle—être, conscience, béatitude (sat‑cit‑ānanda) ; l’unique connaissance de la joie parfaite. Par la contemplation ininterrompue de Brahman au moyen de la syllabe Oṃ, poursuivant sans relâche : « Je suis Brahman », il devient celui qui a accompli ce qui devait être accompli. Tel est le Parama‑haṃsa errant—ainsi l’Upaniṣad l’enseigne.
Moksha through Advaita-ātmajñāna; inner renunciation replacing external Vedic markers (yajñopavīta, śikhā)