Upanishads - Paingala
vedic_generalYajur31 Verses

Paingala

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La Paingala Upanishad, rattachée à la tradition du Yajurveda, appartient aux Upanishad tardives et propose une synthèse brève mais structurée de l’Advaita Vedānta, en mettant l’accent sur le saṃnyāsa (renoncement) et le jñāna (connaissance) comme voie directe vers la libération (mokṣa). Sa thèse centrale est l’identité de l’ātman et de brahman : l’asservissement provient de l’avidyā, qui engendre l’adhyāsa—la fausse identification du ‘je’ au corps et au mental—et cette ignorance ne se dissipe que par la connaissance. La délivrance n’est donc pas un produit de l’action rituelle, mais le dévoilement du réel lorsque l’erreur cesse. Le texte mobilise l’analyse des trois états (veille, rêve, sommeil profond) et la discrimination des cinq enveloppes (pañcakośa) pour montrer que tout objet d’expérience est non-Soi, tandis que la conscience-témoin (sākṣin) demeure immuable. La méthode ‘neti neti’ conduit l’aspirant à nier les attributs du non-Soi jusqu’à reconnaître la conscience pure. Paingala insiste sur un renoncement intérieur : abandon de l’agentivité, de la jouissance et de la possession, plutôt que de simples marques extérieures. Avec des qualifications telles que viveka, vairāgya, discipline intérieure et désir de liberté, et par śravaṇa–manana–nididhyāsana auprès d’un maître, surgit la connaissance directe—la paix non-duelle qui est mokṣa.

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Key Teachings

- **Ātman–Brahman identity:** the innermost Self is non-different from brahman

the absolute reality.

- **Avidyā as bondage:** ignorance causes superimposition of body–mind attributes on the Self.

- **Neti-neti / negation:** systematic negation of non-Self reveals the self-luminous witness (sākṣin).

- **Three states analysis:** waking

dream

and deep sleep are transient; the witnessing consciousness is constant.

- **Pañcakośa discrimination:** the five sheaths are objects known to the Self and therefore not the Self.

- **Mokṣa through jñāna:** liberation is not an effect of ritual action but the removal of ignorance by knowledge.

- **Saṃnyāsa as inner renunciation:** abandonment of doership

possessiveness

and ego—not merely external symbols.

- **Śravaṇa–manana–nididhyāsana:** disciplined inquiry under a guru leading to firm abidance in non-duality.

- **Sādhana-catuṣṭaya:** viveka

vairāgya

ṣaṭ-sampatti

and mumukṣutva as prerequisites for realization.

Adhyayas

This Upanishad is organized into 4 adhyayas.

Adhyaya 1

Paingala, après de longues années de service et d’écoute, s’approche de Yājñavalkya pour demander le secret suprême du kaivalya (libération). Yājñavalkya enseigne qu’au commencement il n’y avait que Sat : le Brahman éternellement libre, immuable, de nature vérité-connaissance-béatitude, parfait, un sans second. Il explique ensuite que la multiplicité du monde apparaît par māyā/prakṛti, comme l’eau d’un mirage ou l’argent illusoire dans une coquille. La prakṛti, indéfinissable et faite des trois guṇa, reflète la conscience comme sākṣī, le témoin inaltérable. Quand sattva prédomine, le pouvoir de voilement (āvaraṇa) devient avyakta et la conscience réfléchie est appelée Īśvara : omniscient, cause de création-maintien-dissolution. Quand rajas prédomine, le pouvoir de projection (vikṣepa) devient mahat et la conscience réfléchie est appelée Hiraṇyagarbha, la totalité subtile cosmique ; mais la visée ultime demeure la reconnaissance du Brahman non-duel.

Adhyaya 2

Paingala demande à Yājñavalkya : si Īśvara est celui qui crée, maintient et résorbe tous les mondes, comment surgit alors le « jīvatva », la condition d’âme individuelle ? Yājñavalkya répond qu’il faut l’expliquer en discriminant l’origine et la différence des trois corps—grossier, subtil et causal—afin d’éclairer la nature du jīva et d’Īśvara. Il invite l’élève à écouter avec une attention unifiée, car l’enseignement va de la cosmologie à la structure intérieure. Īśvara, prenant des parts des cinq éléments après leur « quintuplication » (pañcīkaraṇa), façonne les corps grossiers au niveau collectif et individuel ; le corps grossier n’est pas le Soi, mais un effet composé et périssable. À partir des éléments subtils non quintuplicés (apāñcīkṛta), la part rajassique engendre le prāṇa : cinq fonctions principales (prāṇa, apāna, vyāna, udāna, samāna) et cinq prāṇas secondaires (nāga, kūrma, kṛkara, devadatta, dhanañjaya), avec leurs sièges. Vient ensuite la doctrine des cinq enveloppes (kośas) : annamaya, prāṇamaya, manomaya, vijñānamaya et ānandamaya. Annamaya correspond au corps grossier ; prāṇamaya à vijñānamaya relèvent du corps subtil ; ānandamaya est le voile causal, éprouvé comme une félicité indifférenciée dans le sommeil profond. Enfin, la personne est résumée comme une « cité octuple » d’organes, de prāṇa, d’éléments et d’antaḥkaraṇa. Conclusion : le jīvatva apparaît à cause des upādhis, tandis que la conscience fondamentale demeure une.

Adhyaya 3

Dans cet adhyāya, le sage Paiṅgala demande à Yājñavalkya une explication nette des mahāvākya. Yājñavalkya enseigne qu’il faut enquêter sans relâche sur le sens de “tat tvam asi” et “ahaṃ brahmāsmi”. “Tat” désigne Brahman avec l’upādhi de māyā—apparaissant comme omniscient et cause du monde, de nature sat-cit-ānanda—tandis que “tvam” désigne la conscience liée à l’antaḥkaraṇa et au sentiment de “je”. En abandonnant les upādhi des deux côtés (māyā/avidyā), le sens visé est l’identité non-duelle de la conscience pure. Le texte précise aussi l’assimilation : śravaṇa est l’examen du sens, manana dissipe les doutes par le raisonnement, et nididhyāsana est le maintien ferme dans la réalité certaine jusqu’à lâcher la dualité “méditant–méditation”. Quand cette stabilité mûrit, les karmas accumulés se dissolvent, une “coulée d’amṛta” de paix et de joie apparaît, et l’on atteint le dharma-megha samādhi qui lave les derniers vestiges d’ignorance.

Adhyaya 4

Dans cet adhyāya, Paiṅgala demande à Yājñavalkya quel est le « karma » du connaissant et quelle est sa stabilité (sthiti). Yājñavalkya répond que le véritable « karma » du jñānī n’est pas le rituel extérieur, mais la pureté intérieure soutenue par l’humilité et d’autres vertus, ainsi que la puissance naturellement bienfaisante de la connaissance; la seule présence du brahmavid est dite élever famille et société. Vient ensuite l’allégorie du char : l’ātman est le cavalier, le corps le char, la buddhi le cocher, le mental les rênes, les sens les chevaux et les objets leurs parcours; on y voit la cause de l’attachement et de la libération. Enfin, Nārāyaṇa est affirmé comme directement établi dans le cœur en tant que témoin intime; la notion de « jouisseur » n’est qu’une fonction lorsque le Soi semble lié au mental et aux sens. La sthiti du sage est l’équanimité, la non-agence et le demeurer intérieur même si l’action extérieure se poursuit.

Verses of the Paingala

31 verses with Sanskrit text, transliteration, and translation.

Verse 1

अथ हैनं पैङ्गलः प्रपच्छ याज्ञवल्क्यं—ज्ञानिनः किं कर्म, का च स्थितिरिति ॥१॥

Alors Paiṅgala interrogea Yājñavalkya : «Pour le connaisseur de Brahman, quelle action convient-il d’accomplir, et quel est, en vérité, son état de demeure (d’établissement) ?»

Jñānin (Brahmavid), karma vs. jñāna, sthitaprajñatā/abidance in Brahman

Verse 2

स होवाच याज्ञवल्क्यः—अमानित्वादिसम्पन्नो मुमुक्षुरेकविंशतिकुलं तारयति। ब्रह्मविन्मात्रेण कुलमेकोत्तरशतं तारयति ॥२॥

Yājñavalkya dit : «Le chercheur de délivrance, pourvu d’humilité et de vertus semblables, fait traverser vingt et une générations de sa lignée. Par le seul fait d’être connaisseur de Brahman, il fait traverser cent une générations de la famille.»

Mumukṣutva, sādhana-catuṣṭaya/virtues (amānitva etc.), Brahmavid’s salvific merit, mokṣa

Verse 3

आत्मानं रथिनं विद्धि शरीरं रथमेव च। बुद्धिं तु सारथिं विद्धि मनः प्रग्रहमेव च ॥३॥

Sache que le Soi (Ātman) est le cavalier, et que le corps est véritablement le char. Sache que l’intellect (buddhi) est le cocher, et que le mental (manas) est les rênes.

Ātman distinct from body-mind; buddhi as discriminative faculty; mastery of mind; sādhana through viveka

Verse 4

इन्द्रियाणि हयानाहुर्विषयांस्तेषु गोचरान्। जङ्गमानि विमानानि हृदयानि मनीषिणः॥४॥

Les sens, dit-on, sont des chevaux ; les objets des sens sont leurs domaines de parcours. Les sages disent aussi que les cœurs sont des vimānas, des chars aériens en mouvement.

Indriya–viṣaya bandha (sense-object entanglement) and the inner instrument as the locus of experience

Verse 5

आत्मेन्द्रियमनोयुक्तं भोक्तेत्याहुर्महर्षयः। ततो नारायणः साक्षाद्धृदये सुप्रतिष्ठितः॥५॥

Les grands rishis disent que le Soi (Ātman), conjoint aux organes des sens et au mental, est appelé l’expérient, le jouisseur. Alors Nārāyaṇa Lui-même est directement et fermement établi dans le cœur.

Jīva (ātman associated with upādhis) vs. inner Lord (Īśvara/Nārāyaṇa) in the heart; adhyāsa and the seat of realization

Verse 6

प्रारब्धकर्मपर्यन्तमहिनिर्मोकवद्व्यवहरति। चन्द्रवच्चरते देही स मुक्तश्चानिकेतनः॥६॥

Jusqu’à l’épuisement du prārabdha-karma, il se comporte comme la mue d’un serpent, une enveloppe laissée derrière. L’être incarné se déplace comme la lune ; il est libéré et sans demeure.

Jīvanmukti; prārabdha-karma; non-identification with body (deha-abhimāna-tyāga)

Verse 7

तीर्थे श्वपचगृहे वा तनुं विहाय याति कैवल्यम् । प्राणान् अवकीर्य याति कैवल्यम् ॥७॥

Qu’il soit dans un tīrtha sacré ou dans la demeure d’un paria, ayant quitté le corps, il va vers le Kaivalya, la solitude absolue. Ayant rejeté les souffles vitaux, il va vers le Kaivalya.

Moksha/Kaivalya; de-identification from body and prāṇa

Verse 8

तं पश्चाद् दिग्बलिं कुर्याद् अथवा खननं चरेत् । पुंसः प्रव्रजनं प्रोक्तं नेतराय कदाचन ॥८॥

Après cela, qu’on accomplisse l’offrande aux directions (dig-bali), ou bien qu’on procède au creusement pour l’ensevelissement. La pravrajyā, le départ hors du monde d’un homme, est proclamée : jamais pour un autre.

Sannyāsa/pravrajyā; non-transferability of spiritual renunciation

Verse 9

नाशौचं नाग्निकार्यं च न पिण्डं नोदकक्रिया । न कुर्यात् पार्वणादीनि ब्रह्मभूताय भिक्षवे ॥९॥

Ni aśauca (observance d’impureté), ni rite du feu, ni offrande de piṇḍa (boules de riz), ni udaka-kriyā (rite de l’eau) : qu’on n’accomplisse pas les rites bimensuels (pārvaṇa) et autres semblables pour le mendiant devenu Brahman.

Jīvanmukti/ Brahmabhāva; transcendence of ritual obligations (karma)

Verse 10

दग्धस्य दहनं नास्ति पक्वस्य पचनं यथा। ज्ञानाग्निदग्धदेहस्य न च श्राद्धं न च क्रिया॥१०॥

De même que ce qui a été brûlé ne brûle plus, et que ce qui a été cuit ne requiert plus de cuisson, ainsi, pour celui dont le sentiment d’être un agent incarné a été consumé par le feu de la connaissance, il n’y a ni śrāddha (rite funéraire) ni action rituelle.

Moksha (jñāna-nisṭhā; transcendence of karma and ritual obligation)

Verse 11

यावच्चोपाधिपर्यन्तं तावच्छुश्रूषयेद्गुरुम्। गुरुवद्गुरुभार्यायां तत्पुत्रेषु च वर्तनम्॥११॥

Tant que l’on demeure dans le champ des upādhi (adjonctions limitantes), qu’on assiste et serve le maître; et envers l’épouse du maître ainsi que ses fils, qu’on se comporte comme envers le maître lui-même.

Guru-śiṣya-paramparā; upādhi (limiting adjuncts) and discipline (sādhana)

Verse 12

शुद्धमानसः शुद्धचिद्रूपः सहिष्णुः सोऽहमस्मि सहिष्णुः सोऽहमस्मीति प्राप्ते ज्ञानेन विज्ञाने ज्ञेये परमात्मनि हृदि संस्थिते देहे लब्धशान्तिपदं गते तदा प्रभामनोबुद्धिशून्यं भवति॥१२॥

L’esprit purifié, de la nature de la conscience pure, endurant—(réalisant) «Je suis Cela, l’endurant; je suis Cela»—lorsque la connaissance et l’intellection réalisée sont obtenues, lorsque le Soi suprême, objet de connaissance, est établi dans le cœur, et lorsque, dans le corps, l’état de paix est atteint, alors il devient dépourvu même de l’apparence du mental et de l’intellect.

Atman/Brahman realization; antaḥkaraṇa-śuddhi; mano-nāśa (cessation of mind as a limiting appearance)

Verse 13

अमृतेन तृप्तस्य पयसा किं प्रयोजनम्। एवं स्वात्मानं ज्ञात्वा वेदैः प्रयोजनं किं भवति। ज्ञानामृततृप्तयोगिनो न किञ्चित्कर्तव्यमस्ति। तदस्ति चेन्न स तत्त्वविद्भवति। दूरस्थोऽपि न दूरस्थः पिण्डवर्जितः पिण्ड...

Pour celui qui est rassasié d’amṛta, à quoi bon le lait ? Ainsi, ayant connu son propre Soi, à quoi servent les Veda ? Pour le yogin comblé par le nectar de la connaissance, il n’est absolument rien qui doive être accompli. S’il reste quelque chose à faire, alors il n’est pas connaisseur de la Réalité. Bien que dit ‘lointain’, il n’est pas loin ; bien que sans corps, bien que dans le corps, le Soi intérieur devient omniprésent.

Moksha through Atman-Brahman knowledge; akartṛtva (non-doership) and all-pervasiveness of the inner Self

Verse 14

हृदयं निर्मलं कृत्वा चिन्तयित्वाप्यनामयम्। अहमेव परं सर्वमिति पश्येत्परं सुखम्॥१४॥

Ayant rendu le cœur immaculé et contemplé le Soi sans maladie, qu’il voie : « Moi seul suis le Suprême, moi suis tout » ; ainsi se réalise la béatitude suprême.

Antaḥkaraṇa-śuddhi and aparokṣa-jñāna (direct realization) of non-duality; Brahmānubhava as paramānanda

Verse 15

यथा जले जलं क्षिप्तं क्षीरे क्षीरं घृते घृतम्। अविशेषो भवेत् तद्वज्जीवात्मपरमात्मनोः॥१५॥

De même que l’eau versée dans l’eau, le lait dans le lait et le ghṛta dans le ghṛta deviennent sans distinction, de même il n’y a pas de différence entre le jīva-ātman et le parama-ātman.

Jīva–Brahman aikya (identity); bheda-nivṛtti (negation of difference)

Verse 16

देहे ज्ञानेन दीपिते बुद्धिरखण्डाकाररूपा यदा भवति तदा विद्वान् ब्रह्मज्ञानाग्निना कर्मबन्धं निर्दहेत् ॥१६॥

Lorsque le corps est illuminé par la connaissance et que l’intellect prend la forme d’une cognition indivise (non-duelle), alors le sage doit consumer le lien du karma par le feu de la connaissance de Brahman.

Moksha (liberation) through Brahma-jñāna; destruction of karma by knowledge

Verse 17

ततः पवित्रं परमेश्वराख्यमद्वैतरूपं विमलाम्बराभम्। यथोदके तोयमनुप्रविष्टं तथात्मरूपो निरुपाधिसंस्थितः ॥१७॥

Ensuite (on réalise) le Pur, nommé le Seigneur Suprême—de nature non-duelle, semblable au ciel sans tache. Comme l’eau s’est fondue dans l’eau, ainsi la forme du Soi demeure sans upādhi, affranchie de toute limitation.

Brahman/Ātman non-duality; nirupādhi (freedom from adjuncts); identity/mergence imagery

Verse 18

आकाशवत्सूक्ष्मशरीर आत्मा न दृश्यते वायुवदन्तरात्मा। स बाह्यमभ्यन्तरनिश्चलात्मा ज्ञानोल्कयापश्यति चान्तरात्मा ॥१८॥

Tel l’espace, le Soi—même associé au corps subtil—ne se voit pas ; tel le vent, le Soi intérieur ne se saisit pas. Ce Soi intérieur, immobile, pénétrant le dehors et le dedans, on le « voit » par la torche de la connaissance.

Ātman as subtle, invisible, all-pervading; knowledge as the means of ‘seeing’ (aparokṣa-anubhava)

Verse 19

यत्र यत्र मृतो ज्ञानी येन वा केन मृत्युना । यथा सर्वगतं व्योम तत्र तत्र लयं गतः ॥१९॥

Où que meure le connaissant—quelle que soit la mort—de même que l’espace (vyoman) est partout, là même, là même, il est entré dans la dissolution (laya).

Moksha (videha-mukti), laya in Brahman; all-pervasiveness of Ātman/Brahman

Verse 20

घटाकाशमिवात्मानं विलयं वेत्ति तत्त्वतः । स गच्छति निरालम्बं ज्ञानालोकं समन्ततः ॥२०॥

Celui qui connaît en vérité la dissolution du Soi, semblable à l’espace dans un pot, atteint la lumière de la connaissance sans appui (nirālamba), rayonnant de toutes parts.

Ātman–Brahman non-difference; upādhi-bheda (apparent limitation) and its negation; nirālamba-jñāna

Verse 21

तपेद् वर्षसहस्राणि एकपादस्थितो नरः । एतस्य ध्यानयोगस्य कलां नार्हति षोडशीम् ॥२१॥

Quand bien même un homme pratiquerait l’ascèse durant des milliers d’années, debout sur un seul pied, il ne mérite pas même la seizième part de ce yoga de méditation.

Dhyāna/Nididhyāsana as superior means toward jñāna; critique of mere tapas without liberating insight

Verse 22

इदं ज्ञानमिदं ज्ञेयं तत्सर्वं ज्ञातुमिच्छति। अपि वर्षसहस्रायुः शास्त्रान्तं नाधिगच्छति॥२२॥

« Ceci est la connaissance ; ceci est ce qui doit être connu » : désirant tout connaître, même celui qui vivrait mille ans n’atteint pas la fin des Écritures.

Jñāna vs. śāstra-vistāra; limitation of encyclopedic learning; primacy of liberating knowledge (ātma-jñāna)

Verse 23

विज्ञेयोऽक्षरतन्मात्रो जीवितं वापि चञ्चलम्। विहाय शास्त्रजालानि यत्सत्यं तदुपासताम्॥२३॥

Qu’on ne connaisse que l’Immuable, l’Impérissable (akṣara) seul ; la vie, en vérité, est vacillante. Délaissant les filets des écritures, qu’ils adorent et méditent ce qui est le Réel.

Akṣara (Imperishable Brahman/Ātman); vairāgya; satya-upāsanā leading to jñāna

Verse 24

अनन्तकर्मशौचं च जपो यज्ञस्तथैव च। तीर्थयात्राभिगमनं यावत्तत्त्वं न विन्दति॥२४॥

Rites et purifications sans fin, ainsi que le japa, le sacrifice, et le pèlerinage vers les lieux saints : tout cela dure tant que l’on n’a pas trouvé la Réalité (tattva).

Karma-kāṇḍa limitation; tattva-jñāna as culmination; mokṣa through knowledge

Verse 25

अहं ब्रह्मेति नियतं मोक्षहेतुर्महात्मनाम्। द्वे पदे बन्धमोक्षाय न ममेति ममेति च॥२५॥

Pour les âmes magnanimes, la cause certaine de la délivrance est la connaissance : « Je suis Brahman ». Pour l’asservissement et la libération, il n’y a que deux mots : « pas à moi » et « à moi ».

Moksha through Brahma-jnana; mamakara (mine-ness) as bondage

Verse 26

ममेति बध्यते जन्तुर्निर्ममेति विमुच्यते। मनसो ह्युन्मनीभावे द्वैतं नैवोपलभ्यते॥२६॥

L’être est lié par la notion « à moi » ; par « pas à moi » il est délivré. Car lorsque le mental demeure dans l’état d’unmanī (au-delà du mental), la dualité n’est nullement perçue.

Mamakāra as bondage; unmanī (mind-transcendence) and nonduality (advaita)

Verse 27

यदा यात्युन्मनीभावस्तदा तत्परमं पदम्। यत्रयत्र मनो याति तत्रतत्र परं पदम्॥२७॥

Lorsque l’état d’unmanī est atteint, c’est là la Demeure suprême. Où que le mental aille, là—là se trouve la Demeure suprême.

Paramapada (supreme state) as nondual Brahman; omnipresence of Brahman; unmanī as contemplative pointer

Verse 28

तत्र तत्र परं ब्रह्म सर्वत्र समवस्थितम्। हन्यान्मुष्टिभिराकाशं क्षुधार्तः खण्डयेत्तुषम्। नाहं ब्रह्मेति जानाति तस्य मुक्तिर्न जायते॥२८॥

Ici et là, le Brahman suprême demeure partout, également présent. On pourrait frapper le ciel à coups de poing ; un homme tourmenté par la faim pourrait broyer des balles—de même, pour celui qui ne sait pas « Je suis Brahman », la délivrance ne naît pas en lui.

Moksha through Brahma-jñāna (Aham Brahmāsmi)

Verse 29

य एतदुपनिषदं नित्यमधीते सोऽग्निपूतो भवति। स वायुपूतो भवति। स आदित्यपूतो भवति। स ब्रह्मपूतो भवति। स विष्णुपूतो भवति। स रुद्रपूतो भवति। स सर्वेषु तीर्थेषु स्नातो भवति। स सर्वेषु वेदेष्वधीतो भवति। स सर्व...

Celui qui étudie chaque jour cette Upaniṣad est purifié par le feu ; purifié par le vent ; purifié par le soleil ; purifié par Brahmā ; purifié par Viṣṇu ; purifié par Rudra. Il devient comme celui qui s’est baigné en tous les gués sacrés ; comme celui qui a étudié tous les Veda ; comme celui qui a pratiqué les observances et disciplines de tous les Veda. Par là s’obtiennent les fruits d’avoir récité des centaines de milliers d’hymnes dits Rudra, ainsi que les Itihāsa et Purāṇa ; et c’est comme si l’on avait récité dix mille fois le Praṇava (Om). Il purifie dix ancêtres et dix descendants. Il devient purificateur de la rangée du repas. Il devient grand. Il est purifié des fautes capitales : meurtre d’un brahmane, consommation d’alcool, vol d’or, profanation du lit du maître, et fréquentation de ceux qui s’y livrent.

Śravaṇa/adhyayana as purificatory means supporting Brahma-jñāna; pāpa-kṣaya and adhikāritva

Verse 30

तद्विष्णोः परमं पदं सदा पश्यन्ति सूरयः। दिवीव चक्षुराततम्॥३०॥

Les sages contemplent sans cesse cette demeure suprême de Viṣṇu—tel un œil déployé dans le ciel.

Paramapada / supreme reality as ever-visible to the illumined; Brahman as the highest ‘abode’

Verse 31

तद्विप्रासो विपन्यवो जागृवांसः समिन्धते। विष्णोर्यत्परमं पदम्। ॐ सत्यमित्युपनिषत्॥३१॥

Les voyants inspirés—connaisseurs des hymnes et pleinement éveillés—attisent (cela), à savoir la demeure suprême de Viṣṇu. Om—«Vérité» : telle est l’Upaniṣad.

Moksha (realization of the supreme state/parama-pada as Brahman/Atman)

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