Upanishads - Paingala
Vedic (General)Yajur Veda73 Verses

Paingala

Vedic (General)Yajur Veda

La Paingala Upanishad, rattachée à la tradition du Yajurveda, appartient aux Upanishad tardives et propose une synthèse brève mais structurée de l’Advaita Vedānta, en mettant l’accent sur le saṃnyāsa (renoncement) et le jñāna (connaissance) comme voie directe vers la libération (mokṣa). Sa thèse centrale est l’identité de l’ātman et de brahman : l’asservissement provient de l’avidyā, qui engendre l’adhyāsa—la fausse identification du ‘je’ au corps et au mental—et cette ignorance ne se dissipe que par la connaissance. La délivrance n’est donc pas un produit de l’action rituelle, mais le dévoilement du réel lorsque l’erreur cesse. Le texte mobilise l’analyse des trois états (veille, rêve, sommeil profond) et la discrimination des cinq enveloppes (pañcakośa) pour montrer que tout objet d’expérience est non-Soi, tandis que la conscience-témoin (sākṣin) demeure immuable. La méthode ‘neti neti’ conduit l’aspirant à nier les attributs du non-Soi jusqu’à reconnaître la conscience pure. Paingala insiste sur un renoncement intérieur : abandon de l’agentivité, de la jouissance et de la possession, plutôt que de simples marques extérieures. Avec des qualifications telles que viveka, vairāgya, discipline intérieure et désir de liberté, et par śravaṇa–manana–nididhyāsana auprès d’un maître, surgit la connaissance directe—la paix non-duelle qui est mokṣa.

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Key Teachings

**Ātman–Brahman identity:** the innermost Self is non-different from brahman, the absolute reality.

**Avidyā as bondage:** ignorance causes superimposition of body–mind attributes on the Self.

**Neti-neti / negation:** systematic negation of non-Self reveals the self-luminous witness (sākṣin).

**Three states analysis:** waking, dream, and deep sleep are transient; the witnessing consciousness is constant.

**Pañcakośa discrimination:** the five sheaths are objects known to the Self and therefore not the Self.

**Mokṣa through jñāna:** liberation is not an effect of ritual action but the removal of ignorance by knowledge.

**Saṃnyāsa as inner renunciation:** abandonment of doership, possessiveness, and ego—not merely external symbols.

**Śravaṇa–manana–nididhyāsana:** disciplined inquiry under a guru leading to firm abidance in non-duality.

**Sādhana-catuṣṭaya:** viveka, vairāgya, ṣaṭ-sampatti, and mumukṣutva as prerequisites for realization.

Adhyayas

This Upanishad is organized into 4 adhyayas.

Adhyaya 1

Le premier chapitre de la Paingala Upanishad s'ouvre sur un dialogue entre le sage Paingala et Yajnavalkya après douze ans de service dévoué. Yajnavalkya révèle le secret suprême du Brahman non duel. De Brahman émerge Mulaprakriti avec trois gunas en équilibre. Par le principe de réflexion, surgissent Sakshi, Ishvara et Hiranyagarbha, révélant l'évolution cosmologique du Brahman unique vers l'univers multiple.

Adhyaya 2

Ce chapitre du Paingala Upanishad explique comment le Seigneur (Isha) assume l'état de l'âme individuelle (jiva) à travers le processus de création cosmique. Il décrit la quintuplication des cinq éléments, la création des corps grossiers, les cinq pranas vitaux, les cinq koshas (enveloppes) et la ville du karma à huit portes, offrant une anatomie complète de l'existence incarnée.

Adhyaya 3

Dans ce chapitre, le sage Pingala demande à Yajnavalkya d'expliquer le sens des Mahavakyas. Le maître explique que 'Tat' désigne Brahman avec Maya et 'Tvam' le Soi intérieur. Par Shravana, Manana et Nididhyasana, le chercheur réalise son unité avec Brahman. Le karma accumulé se dissout et le Samadhi est atteint.

Adhyaya 4

Le chapitre s'ouvre sur la question de Paingala à Yajnavalkya concernant les actions d'un connaisseur (jñānin) et son état. Yajnavalkya explique qu'un chercheur de libération, doté d'humilité et d'autres vertus, libère vingt-et-une familles, tandis qu'un connaisseur de Brahman en libère cent-une. L'analogie du char compare le corps au char, l'intellect au cocher, l'esprit aux rênes et les sens aux chevaux. Narayana réside dans le cœur comme le Soi intérieur. Le chapitre enseigne que le connaisseur transcende tout karma et réalise la non-différence entre l'âme individuelle et le Soi Suprême.

Verses of the Paingala

73 verses with Sanskrit text, transliteration, and translation.

Verse 1.1

अथ ह पैङ्गलो याज्ञवल्क्यमुपसमेत्य द्वादशवर्षशुश्रूषापूर्वकं परमरहस्यकैवल्यमनुब्रूहीति पप्रच्छ ॥१॥

Alors, en vérité, Paiṅgala s’approcha de Yājñavalkya et, après douze années de service et de disciple attentif, demanda : «Enseigne-moi le secret suprême : kaivalya, l’isolement absolu, la délivrance parfaite du Soi».

Mokṣa/Kaivalya; guru-śiṣya-paramparā; adhikāritva (fitness through śuśrūṣā)

Verse 1.2

स होवाच याज्ञवल्क्यः—सदेव सोम्येदमग्र आसीत् । तन्नित्यमुक्तमविक्रियं सत्यज्ञानानन्दं परिपूर्णं सनातनमेकमेवाद्वितीयं ब्रह्म ॥२॥

Yājñavalkya dit : «Ô doux ami, au commencement ceci (l’univers) n’était que l’Être (Sat). Cet Être est éternellement libre, immuable ; de nature vérité–connaissance–béatitude ; plénitude parfaite, éternel : Brahman, l’Un, sans second».

Brahman as satya-jñāna-ānanda; non-duality (advaita); nityamukti; immutability

Verse 1.3

तस्मिन् मरुशुक्तिकास्थाणुस्फटिकादौ जलरौप्यपुरुषरेखादिवल्लोहितशुक्लकृष्णगुणमयी गुणसाम्यानिर्वाच्या मूलप्रकृतिरासीत् । तत्प्रतिबिम्बितं यत्तत्साक्षिचैतन्यमासीत् ॥३॥

En Cela, comme dans le mirage, la nacre, un poteau, un cristal et autres—comme l’eau, l’argent, une forme humaine, un trait et semblables—se tenait la Nature racine (mūla-prakṛti), faite des qualités rouge, blanche et noire, indicible du fait de l’équilibre des guṇas. Ce qui s’y reflète est la conscience-témoin (sākṣī-caitanya).

Māyā/mūla-prakṛti; guṇas (sattva-rajas-tamas); anirvacanīyatva; sākṣī-caitanya; pratibimba-vāda

Verse 1.4

सा पुनर्विकृतिं प्राप्य सत्त्वोद्रिक्ता अव्यक्ताख्यावरणशक्तिरासीत्। तत्प्रतिबिम्बितं यत्तदीश्वरचैतन्यमासीत्। स स्वाधीनमायः सर्वज्ञः सृष्टिस्थितिलयानामादिकर्ता जगदङ्कुररूपो भवति। स्वस्मिन्विलीनं सकलं ज...

Elle (cette puissance), s’étant de nouveau modifiée, devint la puissance de voilement (āvaraṇa-śakti) appelée l’Inmanifesté (avyakta), où sattva prédomine. Ce qui s’y refléta fut la conscience d’Īśvara. Lui, dont la māyā est sous sa propre maîtrise, omniscient, agent primordial de la création, du maintien et de la résorption, devient la forme-semence de l’univers. Il manifeste le monde entier, dissous en lui-même. De même que ce tissu est déployé par la force du karma des êtres, ainsi, lorsque leur karma s’épuise, il le fait de nouveau disparaître. En lui seul l’univers entier demeure, tel un tissu replié.

Māyā (āvaraṇa-śakti), Īśvara, karma-based manifestation and dissolution

Verse 1.5

ईशाधिष्ठितावरणशक्तितो रजोद्रिक्ता महदाख्या विक्षेपशक्तिरासीत्। तत्प्रतिबिम्बितं यत्तद्धिरण्यगर्भचैतन्यमासीत्। स महत्तत्त्वाभिमानी स्पष्टास्पष्टवपुर्भवति॥५॥

De la puissance de voilement présidée par Īśvara surgit, dominée par rajas, la puissance de projection (vikṣepa-śakti) appelée « mahat ». Ce qui s’y refléta fut la conscience de Hiraṇyagarbha. Lui, s’identifiant au mahat-tattva, devient d’une forme à la fois distincte et indistincte.

Vikṣepa-śakti (projection), Mahat, Hiraṇyagarbha (cosmic subtle totality)

Verse 1.6

हिरण्यगर्भाधिष्ठितविक्षेपशक्तितस्तमोद्रिक्ता अहङ्काराभिधा स्थूलशक्तिरासीत्। तत्प्रतिबिम्बितं यत्तद्विराटचैतन्यमासीत्। स तदभिमानी स्पष्टवपुः सर्वस्थूलपालको विष्णुः प्रधानपुरुषो भवति। तस्मादात्मन आकाशः ...

De la puissance de projection présidée par Hiraṇyagarbha surgit, dominée par tamas, la puissance grossière appelée « ahaṅkāra ». Ce qui s’y refléta fut la conscience de Virāṭ. Lui, s’y identifiant, devient d’une forme distincte : le protecteur de tout ce qui est grossier, Viṣṇu, le Puruṣa primordial. De ce Soi naquit l’espace ; de l’espace, l’air ; de l’air, le feu ; du feu, les eaux ; des eaux, la terre. Ceux-ci deviennent les cinq tanmātras, constitués des trois guṇas.

Ahaṅkāra, Virāṭ (gross totality), pañcīkaraṇa/elemental emanation (ākāśa→pṛthivī), guṇas

Verse 1.7

स्रष्टुकामो जगद्योनिस्तमोगुणमधिष्ठाय सूक्ष्मतन्मात्राणि भूतानि स्थूलीकर्तुं सोऽकामयत। सृष्टेः परिमितानि भूतान्येकैकं द्विधा विधाय पुनश्चतुर्धा कृत्वा स्वस्वेतरद्वितीयांशैः पञ्चधा संयोज्य पञ्चीकृतभूतैर...

Désirant créer, la Matrice et Source de l’univers, s’appuyant sur le guṇa de tamas, voulut rendre grossiers les tanmātras subtils. Au moment de la manifestation, Il prit ces éléments déterminés, divisa chacun en deux, puis les fit encore en quatre; ensuite, en combinant au quintuple les secondes portions les unes avec les autres, Il créa—au moyen des éléments ainsi quintuplicés—d’innombrables crores de brahmāṇḍas (œufs cosmiques) et les corps grossiers établis dans les sphères convenant à chaque œuf.

Sṛṣṭi (cosmogenesis) through Māyā/guṇas; pañcīkaraṇa (quintuplication of elements)

Verse 1.8

स पञ्चभूतानां रजोंशांश्चतुर्धा कृत्वा भागत्रयात्पञ्चवृत्त्यात्मकं प्राणमसृजत्। स तेषां तुर्यभागेन कर्मेन्द्रियाण्यसृजत्॥८॥

Ayant divisé en quatre les portions de rajas des cinq éléments, Il créa, à partir de trois parts, le prāṇa, constitué de cinq fonctions (vṛttis). De leur quatrième part, Il créa les organes d’action (karmendriyas).

Prāṇa and karmendriyas arising from rajas (guṇa-based cosmology)

Verse 1.9

स तेषां सत्त्वांशं चतुर्धा कृत्वा भागत्रयसमष्टितः पञ्चक्रियावृत्त्यात्मकमन्तःकरणमसृजत्। स तेषां सत्त्वतुरीयभागेन ज्ञानेन्द्रियाण्यसृजत्॥९॥

Ayant divisé en quatre leur portion de sattva, Il créa, de l’agrégat de trois parts, l’instrument intérieur (antaḥkaraṇa) constitué de cinq activités fonctionnelles. De leur quatrième part, le quatrième de sattva, Il créa les organes de connaissance (jñānendriyas).

Antaḥkaraṇa and jñānendriyas arising from sattva; subtle body analysis (sūkṣma-śarīra)

Verse 1.10

सत्त्वसमष्टित इन्द्रियपालकान् असृजत्। तानि सृष्टानि अण्डे प्राचिक्षिपत्। तदाज्ञया समष्ट्यण्डं व्याप्य तान्यतिष्ठन्। तदाज्ञया अहङ्कारसमन्वितो विराट् स्थूलान्यरक्षत्। हिरण्यगर्भस्तदाज्ञया सूक्ष्माण्यपाल...

De la totalité cosmique de sattva, Il créa les gardiens des sens. Les ayant créés, Il les projeta dans l’« œuf » (l’embryon cosmique). Par Son ordre, pénétrant l’œuf cosmique, ils demeurèrent à leurs postes. Par cet ordre, Virāṭ, accompagné de l’ahaṅkāra, protégea le domaine grossier ; et Hiraṇyagarbha, par le même ordre, régit le domaine subtil.

Cosmic manifestation (samaṣṭi-vyāṣṭi), Virāṭ–Hiraṇyagarbha, indriya-devatā, ahaṅkāra

Verse 1.11

अण्डस्थानि तानि तेन विना स्पन्दितुं चेष्टितुं वा न शेकुः। तानि चेतनीकर्तुं सोऽकामयत। ब्रह्माण्डब्रह्मरन्ध्राणि समस्तव्यष्टिमस्तकान् विदार्य तदेवानुप्राविशत्। तदा जडान्यपि तानि चेतनवत् स्वकर्माणि चक्रि...

Placés dans l’« œuf », sans Lui ils ne pouvaient ni frémir ni agir. Désirant les rendre conscients, Il—ayant fendu les brahmarandhra de l’œuf cosmique et de toutes les têtes individuelles—y entra réellement. Alors, bien qu’inertes, ils accomplirent leurs fonctions propres comme s’ils étaient doués de conscience.

Antaryāmin (indwelling Self/Īśvara), enlivening of inert matter, brahmarandhra symbolism

Verse 1.12

सर्वज्ञेशो मायालेशसमन्वितो व्यष्टिदेहं प्रविश्य तया मोहितो जीवत्वमगमत्। शरीरत्रयतादात्म्यात् कर्तृत्वभोक्तृत्वतामगमत्। जाग्रत्स्वप्नसुषुप्तिमूर्च्छामरणधर्मयुक्तो घटीयन्त्रवदुद्विग्नो जातो मृत इव कुलाल...

Le Seigneur omniscient, associé à une infime trace de māyā, entrant dans le corps individuel, en fut voilé et parvint à l’état de jīva. Par l’identification aux trois corps, Il prit la condition d’agent et de jouisseur. Pourvu des états de veille, rêve, sommeil profond, évanouissement et mort, agité tel le mécanisme d’une clepsydre, Il tourne—comme s’Il était mort—selon l’analogie de la roue du potier.

Māyā/avidyā, jīva-īśvara distinction, three bodies (sthūla-sūkṣma-kāraṇa), kartṛtva-bhoktṛtva, saṃsāra momentum

Verse 2.1

अथ पैङ्गलो याज्ञवल्क्यमुवाच— सर्वलोकानां सृष्टिस्थित्यन्तकृद्विभूरीशः कथं जीवत्वमगमदिति ॥१॥

Alors Paiṅgala dit à Yājñavalkya : «Comment Īśa, le Seigneur qui pénètre tout, auteur de la création, du maintien et de la dissolution de tous les mondes, est-il parvenu à l’état d’individualité (jīvatva) ?»

Māyā/avidyā and the apparent transformation from Īśvara to jīva (jīvatva)

Verse 2.2

स होवाच याज्ञवल्क्यः— स्थूलसूक्ष्मकारणदेहोद्भवपूर्वकं जीवेश्वरस्वरूपं विविच्य कथयामीति; सावधानेनैकाग्रतया श्रूयताम्। ईशः पञ्चीकृतमहाभूतलेशानादाय व्यष्टिसमष्ट्यात्मकस्थूलशरीराणि यथाक्रममकरोत्। कपालचर्म...

Yājñavalkya dit : «Je vais exposer, après discernement, la nature du jīva et d’Īśvara, en commençant par l’origine des corps grossier, subtil et causal ; écoutez avec vigilance et recueillement. Īśa, prenant des parcelles des cinq grands éléments après leur quintuplication (pañcīkaraṇa), produisit selon l’ordre les corps grossiers, individuels et collectifs. Crâne, peau, intestins, os, chair et ongles sont des parts de la terre. Sang, urine, salive, sueur et autres sont des parts de l’eau. Faim, soif, chaleur, égarement, impulsion sexuelle et autres sont des parts du feu. Mouvement, élévation/expulsion, respiration et autres sont des parts du vent. Désir, colère et autres sont des parts de l’espace. Cet agrégat, amassé par le karma, muni de la peau et du reste, support de l’identification à l’enfance et aux autres états, et demeure de nombreux défauts—tel est le corps grossier.»

Pañcīkaraṇa; sthūla-śarīra as karmaphala and upādhi; three-body framework (sthūla–sūkṣma–kāraṇa)

Verse 2.3

अथापञ्चीकृतमहाभूतरजोंशभागत्रयसमष्टितः प्राणमसृजत्। प्राणापानव्यानोदानसमानाः प्राणवृत्तयः। नागकूर्मकृकरदेवदत्तधनञ्जया उपप्राणाः। हृदासननाभिकण्ठसर्वाङ्गानि स्थानानि। आकाशादिरजोगुणतुरीयभागेन कर्मेन्द्रिय...

Ensuite, de l’ensemble des trois parts de la portion rajassique des grands éléments non quintuplicés, il produisit le prāṇa. Prāṇa, apāna, vyāna, udāna et samāna sont les fonctions du prāṇa. Nāga, kūrma, kṛkara, devadatta et dhanañjaya sont les prāṇa secondaires. Le cœur, l’āsana (siège), le nombril, la gorge et tous les membres en sont les demeures. De la quatrième part de la qualité rajassique, à partir de l’espace, il produisit les organes d’action : parole, mains, pieds, anus et organes génitaux ; leurs objets sont parler, saisir, marcher, excréter et jouir. Ainsi, de l’ensemble des trois parts de la portion sattvique des éléments, il produisit l’instrument intérieur (antaḥkaraṇa) : mental, intellect, citta et ego ; leurs objets sont intention, détermination, souvenir, appropriation du « moi » et investigation. La gorge, la bouche, le nombril, le cœur et le milieu des sourcils en sont les sièges. De la quatrième part de la portion sattvique il produisit les organes de connaissance : oreille, peau, œil, langue et nez ; leurs objets sont son, toucher, forme, saveur et odeur. Les divinités présidant sont : les Directions, le Vent, le Soleil, Varuṇa (Pracetas), les Aśvins, le Feu, Indra, Upendra et la Mort ; et aussi la Lune, Viṣṇu, le Quatre-Visages (Brahmā) et Śambhu, seigneurs de l’ordre causal.

Sūkṣma-śarīra constitution: prāṇa, karmendriyas, jñānendriyas, antaḥkaraṇa; guṇa-based derivation (rajas/sattva) and devatā-adhiṣṭhāna

Verse 2.4

अथान्नमयप्राणमयमनोमयविज्ञानमयानन्दमयाः पञ्च कोशाः। अन्नरसेनैव भूत्वान्नरसेनाभिवृद्धिं प्राप्यान्नरसमयपृथिव्यां यद्विलीयते सोऽन्नमयकोशः। तदेव स्थूलशरीरम्। कर्मेन्द्रियैः सह प्राणादिपञ्चकं प्राणमयकोशः। ...

Or, les cinq enveloppes (pañca-kośa) sont : l’enveloppe faite de nourriture, celle faite de souffle vital, celle faite de mental, celle faite d’intellect, et celle faite de béatitude. Ce qui, devenu par l’essence de la nourriture, ayant crû par l’essence de la nourriture, puis se résorbe dans la terre constituée de l’essence de la nourriture—voilà l’enveloppe de nourriture ; c’est bien le corps grossier. Avec les organes d’action, le groupe des cinq commençant par prāṇa est l’enveloppe du souffle vital. Avec les organes de connaissance, le buddhi (intellect) est l’enveloppe de l’intellect. Cette triade d’enveloppes est le corps subtil. L’ignorance de sa propre nature est l’enveloppe de béatitude ; c’est le corps causal.

Pañca-kośa (five sheaths) and the three bodies (sthūla–sūkṣma/liṅga–kāraṇa) as superimpositions on Ātman

Verse 2.5

अथ ज्ञानेन्द्रियपञ्चकं कर्मेन्द्रियपञ्चकं प्राणादिपञ्चकं वियदादिपञ्चकमन्तःकरणचतुष्टयं कामकर्मतमांस्यष्टपुरम्॥५॥

Or : le groupe des cinq organes de connaissance, le groupe des cinq organes d’action, le groupe des cinq commençant par prāṇa, le groupe des cinq commençant par l’espace (c’est-à-dire les cinq éléments), le quadruple instrument intérieur (antaḥkaraṇa), le désir, l’action et les ténèbres (tamas)—tout cela constitue la « cité des huit ».

Śarīra/saṃsāra as a composite of indriyas, prāṇas, elements, antaḥkaraṇa; ‘pura’ (city) imagery for embodied existence

Verse 2.6

ईशाज्ञया विराजो व्यष्टिदेहं प्रविश्य बुद्धिमधिष्ठाय विश्वत्वमगमत्। विज्ञानात्मा चिदाभासो विश्वो व्यावहारिको जाग्रत्स्थूलदेहाभिमानी कर्मभूरिति च विश्वस्य नाम भवति॥६॥

Par l’ordre du Seigneur, Virāj, entrant dans le corps individuel et présidant au buddhi, atteignit l’état de Viśva. Le soi cognitif, reflet de la Conscience (cid-ābhāsa), est Viśva—l’agent empirique—identifié au corps grossier dans l’état de veille (jāgrat) ; et « karmabhū » (« champ de l’action ») devient aussi un nom de Viśva.

Cidābhāsa (reflected consciousness), waking-state ‘Viśva’, adhyāsa (misidentification) and vyāvahārika-sattā (empirical reality)

Verse 2.7

ईशाज्ञया सूत्रात्मा व्यष्टिसूक्ष्मशरीरं प्रविश्य मन अधिष्ठाय तैजसत्वमगमत्। तैजसः प्रातिभासिकः स्वप्नकल्पित इति तैजसस्य नाम भवति॥७॥

Par l’ordre du Seigneur, le Sūtrātman, entrant dans le corps subtil individuel et présidant au mental, atteignit l’état de Taijasa. On l’appelle « Taijasa » parce qu’il est prātibhāsika : une manifestation illusoire, imaginée dans le rêve ; telle est la désignation de Taijasa.

Taijasa (dream-consciousness), prātibhāsika-sattā, subtle body (sūkṣma-śarīra), Sūtrātman/Hiraṇyagarbha

Verse 2.8

ईशाज्ञया मायोपाधिरव्यक्तसमन्वितो व्यष्टिकारणशरीरं प्रविश्य प्राज्ञत्वमगमत्। प्राज्ञोऽविच्छिन्नः पारमार्थिकः सुषुप्त्यभिमानीति प्राज्ञस्य नाम भवति॥८॥

Par l’ordre du Seigneur, l’upādhi de māyā, conjoint à l’inmanifesté (avyakta), entra dans le corps causal individuel et atteignit l’état de Prājña. « Prājña » est indivis, tenu pour pāramārthika, celui qui s’identifie au sommeil profond ; telle est la désignation de Prājña.

Prājña (deep-sleep consciousness), causal body (kāraṇa-śarīra), avyakta, māyā-upādhi, pāramārthika vs vyāvahārika

Verse 2.9

अव्यक्तलेशाज्ञानाच्छादितपारमार्थिकजीवस्य तत्त्वमस्यादिवाक्यानि ब्रह्मणैकतां जगुः, नेतरयोर्व्यावहारिकप्रातिभासिकयोः॥९॥

Pour le jīva au plan pāramārthika, voilé par une légère trace d’ignorance inmanifestée, des énoncés tels que « Tat tvam asi » proclament l’unité avec Brahman ; non pour les deux autres, le vyāvahārika et le prātibhāsika.

Mahāvākya teaching (tattvamasi), jīva-brahma-aikya, levels of reality (pāramārthika/vyāvahārika/prātibhāsika), avidyā-leśa

Verse 2.10

अन्तःकरणप्रतिबिम्बितचैतन्यं यत्तदेवावस्थात्रयभाग्भवति। स जाग्रत्स्वप्नसुषुप्त्यवस्थाः प्राप्य घटीयन्त्रवदुद्विग्नो जातो मृत इव स्थितो भवति॥१०॥

Cette conscience, reflétée dans l’organe intérieur (antaḥkaraṇa), est seule à participer aux trois états. Ayant atteint veille, rêve et sommeil profond, elle s’agite comme un mécanisme d’horlogerie et demeure comme morte.

Reflected consciousness (cidābhāsa) and the three states (avasthā-traya)

Verse 2.11

अथ जाग्रत्स्वप्नसुषुप्तिमूर्च्छामरणाद्यवस्थाः पञ्च भवन्ति। तत्तद्देवताग्रहान्वितैः श्रोत्रादिज्ञानेन्द्रियैः शब्दाद्यर्थविषयग्रहणज्ञानं जाग्रदवस्था भवति। तत्र भ्रूमध्यं गतो जीव आपादमस्तकं व्याप्य कृषि...

Or, les états—veille, rêve, sommeil profond, évanouissement et mort—sont au nombre de cinq. La connaissance qui saisit des objets tels que le son et autres, au moyen des organes de connaissance à commencer par l’ouïe, accompagnés de leurs divinités présidantes, est l’état de veille. Là, le jīva, se portant au milieu des sourcils et se répandant des pieds jusqu’au sommet de la tête, devient l’agent de toutes les actions—agriculture, audition, et ainsi de suite—et le jouisseur de leurs fruits. Parvenu dans un autre monde, c’est lui seul qui goûte le fruit acquis par le karma. Tel un souverain lassé des affaires, il demeure en prenant le chemin qui mène à la demeure intérieure.

Avasthā-pañcaka (five states), jīva as kartā/bhoktā under karma

Verse 2.12

करणोपरमे जाग्रत्संस्कारोत्थप्रबोधवद्ग्राह्यग्राहकरूपस्फुरणं स्वप्नावस्था भवति। तत्र विश्व एव जाग्रद्व्यवहारलोपान्नाडीमध्यं चरंस्तैजसत्वमवाप्य वासनारूपकं जगद्वैचित्र्यं स्वभासा भासयन् यथेप्सितं स्वयं भ...

Lorsque les instruments (de connaissance) se résorbent, l’éclair de manifestation sous la forme d’objet et de sujet—tel un éveil suscité par les impressions de l’état de veille—constitue l’état de rêve. Là, le Viśva lui-même, du fait que les transactions de la veille cessent, circule au milieu des nāḍīs, atteint l’état de Taijasa, illumine de sa propre lumière la diversité d’un monde fait de vāsanās (tendances latentes), et jouit lui-même selon son gré.

Svapna as saṁskāra/vāsanā-projection; Viśva–Taijasa transition; subject–object duality as mental appearance

Verse 2.13

चित्तैककरणा सुषुप्त्यवस्था भवति। भ्रमविश्रान्तशकुनिः पक्षौ संहृत्य नीडाभिमुखं यथा गच्छति तथा जीवोऽपि जाग्रत्स्वप्नप्रपञ्चे व्यवहृत्य श्रान्तोऽज्ञानं प्रविश्य स्वानन्दं भुङ्क्ते॥१३॥

L’état de sommeil profond est celui où le mental devient un seul instrument, sans différenciation. Comme l’oiseau, lassé d’errer, replie ses ailes et retourne vers son nid, ainsi le jīva, après avoir œuvré dans le monde de la veille et du rêve, entre, épuisé, dans l’ignorance (sommeil profond) et goûte sa propre béatitude.

Suṣupti (deep sleep) as causal ignorance (avidyā) and reflected bliss (ānanda) of the jīva; mind’s resolution into causal state

Verse 2.14

अकस्मान्मुद्गरदण्डाद्यैस्ताडितवद्भयाज्ञानाभ्यामिन्द्रियसङ्घातैः कम्पन्निव मृततुल्या मूर्च्छा भवति॥१४॥

Soudain, comme frappé par un marteau, un bâton et autres, sous l’effet de la peur et de l’ignorance, l’agrégat des sens semble trembler ; alors survient l’évanouissement (mūrcchā), comparable à la mort.

States of consciousness (avasthā) and their relation to prāṇa/indriyas; mūrcchā as a liminal, death-like condition distinct from suṣupti

Verse 2.15

जाग्रत्स्वप्नसुषुप्तिमूर्च्छावस्थानामन्या ब्रह्मादिस्तम्बपर्यन्तं सर्वजीवभयप्रदा स्थूलदेहविसर्जनी मरणावस्था भवति॥१५॥

Distinct des états de veille, de rêve, de sommeil profond et d’évanouissement, se trouve l’état de la mort : de Brahmā jusqu’à une touffe d’herbe, il inspire la crainte à tous les êtres et implique l’abandon du corps grossier.

Maraṇa (death) as a distinct avasthā; deha-tyāga (abandonment of gross body); universality of bhaya within saṃsāra

Verse 2.16

कर्मेन्द्रियाणि ज्ञानेन्द्रियाणि तत्तद्विषयान् प्राणान् संहृत्य कामकर्मान्वितोऽविद्याभूतवेष्टितो जीवो देहान्तरं प्राप्य लोकान्तरं गच्छति। प्राक्कर्मफलपाकेनावर्तान्तरकीटवद्विश्रान्तिं नैव गच्छति॥१६॥

Ayant rassemblé les organes d’action, les organes de connaissance, leurs objets respectifs et les souffles vitaux (prāṇa), le jīva—accompagné du désir et du karma, enveloppé par l’avidyā—obtient un autre corps et se rend dans un autre monde. Tant que ne mûrissent pas les fruits des actes passés, il n’atteint nullement le repos, tel un ver passant d’un tourbillon à un autre.

Saṃsāra; karma-phala; avidyā; transmigration (punarjanma)

Verse 2.17

सत्कर्मपरिपाकतो बहूनां जन्मनामन्ते नृणां मोक्षेच्छा जायते। तदा सद्गुरुमाश्रित्य चिरकालसेवया बन्धं मोक्षं कश्चित्प्रयाति॥१७॥

Par la maturation des bonnes actions, au terme de nombreuses naissances, naît chez l’être humain le désir de mokṣa. Alors, prenant refuge auprès du Sadguru et par un long service, quelqu’un parvient à la délivrance hors du lien.

Mokṣa-icchā (mumukṣutva); satkarma; guru-śiṣya; sādhanā

Verse 2.18

अविचारकृतो बन्धो विचारान्मोक्षो भवति। तस्मात्सदा विचारयेत्। अध्यारोपापवादतः स्वरूपं निश्चयीकर्तुं शक्यते। तस्मात्सदा विचारयेज्जगज्जीवपरमात्मनो जीवभावजगद्भावबाधे प्रत्यगभिन्नं ब्रह्मैवावशिष्यत इति॥१८॥

Le lien est produit par l’absence d’investigation; de l’investigation naît la libération. C’est pourquoi il faut toujours enquêter. Par adhyāropa et apavāda—superposition puis négation—il est possible d’établir la nature réelle. Ainsi, qu’on examine sans cesse le monde, le jīva et le Paramātman : lorsque sont résorbées les notions de « jīva‑ité » et de « mondanéité », il ne demeure que Brahman, non différent du Soi intérieur.

Vicāra (ātma-vicāra); adhyāropa–apavāda; bādha (sublation); non-duality (advaita)

Verse 3.1

अथ हैनं पैङ्गलः प्रपच्छ याज्ञवल्क्यं महावाक्यविवरणमनुब्रूहीति ॥१॥

Alors Paiṅgala interrogea Yājñavalkya : « Enseigne-moi l’explication des grandes paroles (mahāvākya) ».

Mahāvākya-upadeśa (instruction on the great Upaniṣadic declarations)

Verse 3.2

स होवाच याज्ञवल्क्यः—तत्त्वमसि, त्वं तदसि, त्वं ब्रह्मासि, अहं ब्रह्मास्मीति अनुसन्धानं कुर्यात् ॥२॥

Yājñavalkya dit : « Qu’on entreprenne une contemplation soutenue (anusandhāna) du sens : “Tu es Cela” ; “Tu es Cela même” ; “Tu es Brahman” ; “Je suis Brahman” ».

Mahāvākya-nididhyāsana (contemplative assimilation of identity-knowledge)

Verse 3.3

तत्र पारोक्ष्यशबलः सर्वज्ञत्वादिलक्षणो मायोपाधिः सच्चिदानन्दलक्षणो जगद्योनिस्तत्पदवाच्यो भवति । स एवान्तःकरणसम्भिन्नबोधोऽस्मत्प्रत्ययावलम्बनस्त्वम्पदवाच्यो भवति । परजीवोपाधिमायाविद्ये विहाय तत्त्वंपदल...

Ici, l’upādhi de Māyā—bigarré par l’indirect (pārokṣya) et marqué par l’omniscience et autres attributs—étant de nature Être‑Conscience‑Béatitude (sat‑cit‑ānanda) et matrice du monde, est ce que désigne le mot « tat » (Cela). Cette même réalité, lorsque la connaissance est comme circonscrite par l’antaḥkaraṇa (organe intérieur) et s’appuie sur la notion « je », est ce que désigne le mot « tvam » (toi). En laissant de côté Māyā et l’ignorance (avidyā), upādhis du Seigneur suprême et de l’âme individuelle, le sens visé (lakṣya) de l’expression « tat tvam » est Brahman, non différent du Soi intérieur (pratyak).

Upādhi-viveka and bhāga-tyāga-lakṣaṇā (discarding adjuncts to reveal identity of Īśvara and jīva as Brahman)

Verse 3.4

तत्त्वमसीत्यहं ब्रह्मास्मीति वाक्यार्थविचारः श्रवणं भवति। एकान्तेन श्रवणार्थानुसन्धानं मननं भवति। श्रवणमनननिर्विचिकित्सेऽर्थे वस्तुन्येकतानवत्तया चेतःस्थापनं निदिध्यासनं भवति। ध्यातृध्याने विहाय निवात...

L’examen du sens des grandes paroles « Tat tvam asi » (“Tu es Cela”) et « Aham Brahmāsmi » (“Je suis Brahman”) est appelé l’écoute (śravaṇa). La recherche exclusive et soutenue de ce qui a été entendu est appelée la réflexion (manana). Fixer l’esprit, avec une continuité unifiée en un seul point, sur la Réalité devenue exempte de doute par l’écoute et la réflexion, est la contemplation profonde (nididhyāsana). Lorsque, abandonnant la distinction entre méditant et méditation, l’esprit n’a pour seul champ que l’objet à réaliser—tel une lampe immobile en un lieu sans vent—c’est le samādhi.

Sādhana-catuṣṭaya in Advaita: śravaṇa–manana–nididhyāsana culminating in samādhi (aparokṣa-jñāna)

Verse 3.5

तदानीमात्मगोचरा वृत्तयः समुत्थिता अज्ञाता भवन्ति। ताः स्मरणादनुमीयन्ते। इहानादिसंसारे सञ्चिताः कर्मकोटयोऽनेनैव विलयं यान्ति। ततोऽभ्यासपाटवात्सहस्रशः सदामृतधारा वर्षति। ततो योगवित्तमाः समाधिं धर्ममेघं ...

Alors, les modifications mentales dont le domaine est le Soi, bien qu’elles surgissent, deviennent inconnues (elles ne sont plus objectivées) ; on les déduit du souvenir. Dans ce saṃsāra sans commencement, des myriades de karmas accumulés se dissolvent par cela seul. Ensuite, par l’aisance née de la pratique, un flot perpétuel d’amṛta se met à pleuvoir en mille manières. C’est pourquoi les plus accomplis en yoga appellent le samādhi le « nuage du dharma » (dharma-megha). Quand le filet des vāsanā est entièrement fondu, et que le stock de karma—mérite et démérite—est déraciné, la mahāvākya, auparavant seulement indirecte, fait naître une réalisation immédiate sans entrave, aussi évidente qu’un fruit d’āmalaka dans la paume. Alors on devient libéré tout en vivant (jīvanmukta).

Jīvanmukti through samādhi: dissolution of vāsanās and karma; aparokṣa-jñāna (immediate realization)

Verse 3.6

ईशः पञ्चीकृतभूतानामपञ्चीकरणं कर्तुं सोऽकामयत। ब्रह्माण्डतद्गतलोकान्कार्यरूपांश्च कारणत्वं प्रापयित्वा ततः सूक्ष्माङ्गं कर्मेन्द्रियाणि प्राणांश्च ज्ञानेन्द्रियाण्यन्तःकरणचतुष्टयं चैकीकृत्य सर्वाणि भौत...

Īśa voulut accomplir la « dé-quintuplication » (apañcīkaraṇa) des éléments déjà quintuplicés. Ayant ramené l’œuf cosmique (brahmāṇḍa) et les mondes qu’il contient—formes d’effet—au statut de cause, puis unifié les constituants subtils : organes d’action, prāṇa, organes de connaissance et l’instrument intérieur quadruple ; et ayant rassemblé toutes les réalités matérielles dans la pentade causale des éléments, la terre se résorbe dans l’eau, l’eau dans le feu, le feu dans l’air, l’air dans l’espace, et l’espace dans l’egoïté (ahaṅkāra) ; l’egoïté dans mahat, mahat dans l’inmanifesté (avyakta), et l’inmanifesté dans Puruṣa, selon l’ordre. Virāṭ, Hiraṇyagarbha et Īśvara, par la dissolution de leurs upādhi, se fondent dans le Paramātman, le Soi suprême.

Cosmic dissolution (laya) and apañcīkaraṇa; sublation of upādhis culminating in Paramātman (Advaita cosmology)

Verse 3.7

पञ्चीकृतमहाभूतसम्भवकर्मसञ्चितस्थूलदेहः कर्मक्षयात् सत्कर्मपरिपाकतोऽपञ्चीकरणं प्राप्य सूक्ष्मेणैकीभूत्वा कारणरूपत्वमासाद्य तत्कारणं कूटस्थे प्रत्यगात्मनि विलीयते। विश्वतैजसप्राज्ञाः स्वस्वोपाधिलयात् प्...

Le corps grossier—amassé par le karma et issu des cinq grands éléments quintuplicés—par l’épuisement du karma et la maturation du mérite atteint la « déquintuplication » ; s’unissant au corps subtil, il parvient à l’état causal, et cette cause se résorbe dans le Soi intérieur immuable (pratyagātman), le Kūṭastha. Viśva, Taijasa et Prājña, par la dissolution de leurs upādhi respectifs, se fondent dans le Soi intérieur.

Laya (dissolution) of upādhis into pratyagātman; the three avasthās and their resolution; mokṣa as recognition of the Kūṭastha

Verse 3.8

अण्डं ज्ञानाग्निना दग्धं कारणैः सह परमात्मनि लीनं भवति। ततो ब्राह्मणः समाहितो भूत्वा तत्त्वंपदैक्यमेव सदा कुर्यात्। ततो मेघापायेऽशुमानिवात्माविर्भवति॥८॥

L’« œuf » (aṇḍa), consumé par le feu de la connaissance, avec ses causes, se dissout dans le Paramātman, le Soi suprême. Alors le brāhmaṇa, établi en samāhita, doit toujours ne réaliser que l’identité des termes « Cela » et « Toi ». Puis, comme le soleil se révèle lorsque les nuages se dissipent, le Soi devient manifeste.

Jñānāgni (fire of knowledge) destroying avidyā; tattvamasi-upadeśa and aikya; ātmā-prakāśa (self-revelation)

Verse 3.9

ध्यात्वा मध्यस्थमात्मानं कलशान्तरदीपवत्। अङ्गुष्ठमात्रमात्मानमधूमज्योतिरूपकम्। प्रकाशयन्तमन्तःस्थं ध्यायेत्कूटस्थमव्ययम्। ध्यायन्नास्ते मुनिश्चैव चासुप्तेरामृतेस्तु यः। जीवन्मुक्तः स विज्ञेयः स धन्यः ...

Médite sur le Soi demeurant au centre, tel une lampe dans une jarre ; médite sur le Soi de la mesure d’un pouce, de la nature d’une lumière sans fumée. Contemple le Kūṭastha impérissable, intérieur et illuminant. Le sage demeure en méditation ; et celui qui est établi dans l’immortel, sans tomber dans le sommeil, doit être reconnu comme libéré vivant (jīvanmukta) — bienheureux, ayant accompli ce qui devait l’être. Quand son corps est consumé par le temps et qu’il délaisse l’état de jīvanmukti, il entre dans la délivrance sans corps, comme le vent dans l’immobilité.

Dhyāna on the Kūṭastha (witness Self); jīvanmukti and videhamukti; inner light (jyotis) as ātman

Verse 3.10

ध्यात्वा मध्यस्थमात्मानं कलशान्तरदीपवत् । अङ्गुष्ठमात्रमात्मानम् अधूमज्योतिरूपकम् । प्रकाशयन्तम् अन्तःस्थं ध्यायेत् कूटस्थम् अव्ययम् । ध्यायन्नास्ते मुनिश्चैव चासुप्तेरामृतेस्तु यः । जीवन्मुक्तः स विज...

Ayant médité sur le Soi (Ātman) demeurant au centre intérieur, tel une lampe dans une jarre, et sur le Soi de la mesure d’un pouce, de la nature d’une lumière sans fumée—qu’on contemple le kūṭastha, le Témoin immuable, intérieur et illuminant. Le muni demeure ainsi en méditation—celui qui persévère dans une vigilance sans sommeil et jusqu’à l’immortalité. Il est reconnu comme jīvanmukta, libéré vivant; il est béni, ayant accompli ce qui devait l’être. Quand son corps est remis au temps et qu’il abandonne même l’état de jīvanmukti, il entre dans la délivrance sans corps, comme si le vent entrait dans l’immobilité.

Jīvanmukti and videhamukti; meditation on the kūṭastha-Ātman as inner light

Verse 3.11

ध्यात्वा मध्यस्थमात्मानं कलशान्तरदीपवत् । अङ्गुष्ठमात्रमात्मानम् अधूमज्योतिरूपकम् । प्रकाशयन्तम् अन्तःस्थं ध्यायेत् कूटस्थम् अव्ययम् । ध्यायन्नास्ते मुनिश्चैव चासुप्तेरामृतेस्तु यः । जीवन्मुक्तः स विज...

Médite sur l’Ātman établi au centre intérieur comme une lampe dans une jarre, et sur l’Ātman de la mesure d’un pouce, dont l’essence est une lumière sans fumée—contemple le kūṭastha immuable, intérieur et illuminant. L’ascète demeure en cette méditation; celui qui, ainsi, dépasse le sommeil par une conscience éveillée et atteint l’immortalité est nommé jīvanmukta, bienheureux, ayant accompli la fin humaine. Quand le corps est remis au temps et que l’on quitte même la condition de jīvanmukti, on entre dans la délivrance sans corps, comme si le vent entrait dans une immobilité sans frémissement.

Kūṭastha-sākṣin meditation; criteria of the jīvanmukta; transition to adeha-mukti

Verse 3.12

अशब्दम् अस्पर्शम् अरूपम् अव्ययं तथा रसं नित्यम् अगन्धवच्च यत् । अनाद्यनन्तं महतः परं ध्रुवं तदेव शिष्यत्यमलं निरामयम् ॥ १२ ॥

Cela est sans son, sans contact, sans forme, impérissable; de même sans saveur et toujours sans odeur; sans commencement ni fin, au-delà du Grand (mahat), ferme et immuable—Cela seul demeure: sans tache, exempt de souffrance et de maladie.

Nirguṇa Brahman / Ātman beyond the senses; permanence of the Absolute

Verse 4.1

अथ हैनं पैङ्गलः प्रपच्छ याज्ञवल्क्यं—ज्ञानिनः किं कर्म, का च स्थितिरिति ॥१॥

Alors Paiṅgala interrogea Yājñavalkya : «Pour le connaisseur de Brahman, quelle action convient-il d’accomplir, et quel est, en vérité, son état de demeure (d’établissement) ?»

Jñānin (Brahmavid), karma vs. jñāna, sthitaprajñatā/abidance in Brahman

Verse 4.2

स होवाच याज्ञवल्क्यः—अमानित्वादिसम्पन्नो मुमुक्षुरेकविंशतिकुलं तारयति। ब्रह्मविन्मात्रेण कुलमेकोत्तरशतं तारयति ॥२॥

Yājñavalkya dit : «Le chercheur de délivrance, pourvu d’humilité et de vertus semblables, fait traverser vingt et une générations de sa lignée. Par le seul fait d’être connaisseur de Brahman, il fait traverser cent une générations de la famille.»

Mumukṣutva, sādhana-catuṣṭaya/virtues (amānitva etc.), Brahmavid’s salvific merit, mokṣa

Verse 4.3

आत्मानं रथिनं विद्धि शरीरं रथमेव च। बुद्धिं तु सारथिं विद्धि मनः प्रग्रहमेव च ॥३॥

Sache que le Soi (Ātman) est le cavalier, et que le corps est véritablement le char. Sache que l’intellect (buddhi) est le cocher, et que le mental (manas) est les rênes.

Ātman distinct from body-mind; buddhi as discriminative faculty; mastery of mind; sādhana through viveka

Verse 4.4

इन्द्रियाणि हयानाहुर्विषयांस्तेषु गोचरान्। जङ्गमानि विमानानि हृदयानि मनीषिणः॥४॥

Les sens, dit-on, sont des chevaux ; les objets des sens sont leurs domaines de parcours. Les sages disent aussi que les cœurs sont des vimānas, des chars aériens en mouvement.

Indriya–viṣaya bandha (sense-object entanglement) and the inner instrument as the locus of experience

Verse 4.5

आत्मेन्द्रियमनोयुक्तं भोक्तेत्याहुर्महर्षयः। ततो नारायणः साक्षाद्धृदये सुप्रतिष्ठितः॥५॥

Les grands rishis disent que le Soi (Ātman), conjoint aux organes des sens et au mental, est appelé l’expérient, le jouisseur. Alors Nārāyaṇa Lui-même est directement et fermement établi dans le cœur.

Jīva (ātman associated with upādhis) vs. inner Lord (Īśvara/Nārāyaṇa) in the heart; adhyāsa and the seat of realization

Verse 4.6

प्रारब्धकर्मपर्यन्तमहिनिर्मोकवद्व्यवहरति। चन्द्रवच्चरते देही स मुक्तश्चानिकेतनः॥६॥

Jusqu’à l’épuisement du prārabdha-karma, il se comporte comme la mue d’un serpent, une enveloppe laissée derrière. L’être incarné se déplace comme la lune ; il est libéré et sans demeure.

Jīvanmukti; prārabdha-karma; non-identification with body (deha-abhimāna-tyāga)

Verse 4.7

तीर्थे श्वपचगृहे वा तनुं विहाय याति कैवल्यम् । प्राणान् अवकीर्य याति कैवल्यम् ॥७॥

Qu’il soit dans un tīrtha sacré ou dans la demeure d’un paria, ayant quitté le corps, il va vers le Kaivalya, la solitude absolue. Ayant rejeté les souffles vitaux, il va vers le Kaivalya.

Moksha/Kaivalya; de-identification from body and prāṇa

Verse 4.8

तं पश्चाद् दिग्बलिं कुर्याद् अथवा खननं चरेत् । पुंसः प्रव्रजनं प्रोक्तं नेतराय कदाचन ॥८॥

Après cela, qu’on accomplisse l’offrande aux directions (dig-bali), ou bien qu’on procède au creusement pour l’ensevelissement. La pravrajyā, le départ hors du monde d’un homme, est proclamée : jamais pour un autre.

Sannyāsa/pravrajyā; non-transferability of spiritual renunciation

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