
Kartikamasa Mahatmya
Primarily a sacred-time (kāla) māhātmya rather than a single-site sthala text. It references pan-Indic pilgrimage and ritual geographies—e.g., Prayāga, Kāśī, Narmadā-taṭa—while centering Kārtika as a calendrical locus where household practice, river bathing, temple worship, and plant sanctity (Tulasī) converge into a season of intensified devotion.
36 chapters to explore.

कार्तिकमासवैभवप्रश्नः | The Inquiry into the Glory of the Kārtika Month
L’Adhyāya 1 s’ouvre par un verset de bénédiction, puis adopte une progression par questions : après avoir entendu parler du mois d’Āśvina, les ṛṣi demandent à Sūta d’enseigner la « vaibhava » (gloire, puissance méritoire) du mois de Kārtika et une voie aisée pour les êtres accablés de fautes au Kali-yuga. Sūta raconte qu’autrefois Nārada interrogea Brahmā sur le « feu » qui consume le combustible du péché, ainsi que sur le meilleur mois, la divinité suprême et le tīrtha le plus excellent. Brahmā répond en plaçant Kārtika au premier rang des mois et Viṣṇu (Madhusūdana) au sommet des dieux, affirmant que les actes accomplis pour Viṣṇu durant Kārtika donnent des fruits « akṣaya », impérissables et non décroissants. Le chapitre se tourne ensuite vers l’éthique pratique : la charité—surtout le don de nourriture—les observances liées aux tīrtha, le culte du Śālagrāma et le souvenir de Vāsudeva. Pour ceux qui manquent de moyens, des alternatives graduées sont proposées : faire accomplir le vrata par autrui, donner des biens selon ses capacités, recourir à l’eau de tīrtha, maintenir une récitation réglée du Nom, veiller la nuit au temple (hari-jāgara), adorer dans les bosquets de Tulasi ou au pied de l’Aśvattha, allumer ou protéger la lampe d’un autre, et clore l’observance en nourrissant des brāhmaṇa lorsque l’« udyāpana » formel est impossible. Le discours s’achève sur la demande de Nārada d’entendre plus en détail les dharma nés de Kārtika.

कार्तिकधर्माः—गुरुसेवा, दान-क्रम, अन्नदान-प्रधानता, तथा वैष्णवभक्ति-फलश्रुति (Kārtika Observances: Guru-Service, Hierarchy of Gifts, Primacy of Food-Charity, and Vaiṣṇava Devotional Phalaśruti)
Brahmā instruit Nārada des règles éthiques et dévotionnelles propres au mois de Kārtika. Le chapitre s’ouvre sur la maîtrise de soi, notamment le renoncement aux mets riches et raffinés (parānna-vairāgya) comme discipline tournée vers la mokṣa. Il élève la vénération et le service du maître spirituel (guru-pūjā, guru-śuśrūṣā) au rang de fondement de tous les dharmas, affirmant que la grâce divine suit la satisfaction ou le mécontentement du guru. Vient ensuite une hiérarchie du dāna (don) : des présents exemplaires—vaches, or, terres, savoir—jusqu’à l’affirmation de la primauté de l’anna-dāna, le don de nourriture, présenté comme soutien de la vie et forme la plus englobante de générosité. D’autres prescriptions de Kārtika sont ajoutées : abstinence de viande et de certaines préparations, avec des fruits spirituels accrus pour une consommation et une conduite réglées. Le texte intègre aussi des actes rituels : dormir à même la terre, veiller à l’aube, adorer Dāmodara, offrir tulasī et lotus, et honorer les restes sacrés (nirmālya) ainsi que l’eau de la conque (śaṅkhodaka). Il recommande la récitation du Bhāgavata et de la Gītā, et souligne le don de la śālagrāma-śilā comme particulièrement méritoire. Les phalaśruti relient ces observances à la purification, au bien commun et à des fruits orientés vers la libération.

Kārtikavrata–Saṅkalpa, Kārtikasnāna–Mahattva, and Dāmodara–Pūjā (कार्तिकव्रतसंकल्पः कार्तिकस्नानमहत्त्वं दामोदरपूजा च)
Cet adhyāya se déploie sous forme de dialogue d’instruction. Brahmā y prescrit l’ouverture de l’observance de Kārtika par la dévotion à Dāmodara et par un saṅkalpa (vœu–intention) solennel, avec la prière que la pratique s’accomplisse sans obstacle. Le propos se tourne ensuite vers Sūrya (Bhāskara), qui établit une hiérarchie comparative des mérites entre les mois et les tīrtha, pour conclure à l’excellence singulière du bain rituel en Kārtika. Vient alors un inventaire des disciplines de Kārtika : snāna (bain), dīpadāna (offrande de lampes), soin du bosquet de Tulasi, conduite réglée (dont brahmacarya et sobriété alimentaire), ainsi que l’écoute et le chant dévotionnel (kīrtana), présentés comme des règles éthiques orientées vers la libération. Le chapitre affirme aussi une inclusivité des voies (Sauras, Gāṇapatyas, Śāktas, Śaivas, Vaiṣṇavas), tout en précisant des périodes de commencement différentes pour le vœu du bain, selon la divinité que l’on souhaite réjouir. Les sections suivantes évoquent les supports du culte—images, arbres tels aśvattha/vaṭa, et śālagrāma—et donnent la priorité à la divinité directement visible (Sūrya). Elles exposent également la logique du mérite obtenu par participation indirecte, comme soutenir le bain d’autrui. L’adhyāya se clôt en annonçant des précisions ultérieures sur les moments du bain et les fruits des tīrtha.

Kārtika-snānavidhiḥ and Tīrtha-phala-taratamya (Kārtika Bathing Procedure and Hierarchy of Merit)
Le chapitre s’ouvre sur l’ordonnance de Brahmā concernant le bain de Kārtika avant l’aube : se rendre à une étendue d’eau durant la portion restante de la nuit, porter un récipient, employer une terre associée au tulasī, déposer le vase sur la berge, se laver les pieds et énoncer le lieu et le moment. Le pratiquant se remémore les fleuves sacrés et les divinités, se tient dans l’eau jusqu’au nombril et récite des formules de vœu adressées à Janārdana/Dāmodara ; puis il offre l’arghya aux tīrtha et à Viṣṇu avec les salutations rituelles. Le texte expose aussi des actes annexes (mṛt-snāna, pitṛ-snāna, guru-snāna), des récitations purificatrices (Pāvamānī, Aghamarṣaṇa, usage du Puruṣasūkta), la conduite à tenir avec le vêtement mouillé après le bain, et l’intention expiatoire lorsque l’eau peut être souillée par des impuretés corporelles. Sūta introduit ensuite un dialogue : Aruṇa demande à Sūrya où le bain de Kārtika procure un fruit particulier. Sūrya répond par une gradation des mérites : le bain est valable partout, mais son efficacité croît selon la nature des eaux (eau chauffée, immersion en eau froide, eau de puits, mares, réservoirs, sources, rivières, tīrtha et confluences), avec des listes de grands fleuves et de régions renommées. Une excellence spéciale est attribuée à Mathurā–Yamunā (liée à Rādhā–Dāmodara), à Dvārakā (l’argile pour le tilaka comme signe de délivrance) et à Kāśī (l’Indestructible). Le récit de l’épisode Gaṅgā–Śiva–Kāvērī explique la puissance purificatrice de la Kāvērī en Kārtika. La conclusion traite du meilleur moment (la dernière partie de la nuit), de contraintes sociales et éthiques concernant l’observance des femmes selon le texte, du déclin de la discipline au Kali-yuga, des conditions d’accès au fruit des tīrtha, et des quatre types de bains (vāyavya, vāruṇa, divya, brāhma).

Kārtika-vratino dainika-ācāraḥ — Daily Discipline of the Kārtika Observant (Purity, Worship, and Conduct)
Le chapitre se présente comme un enseignement théologique en questions–réponses : Nārada interroge Brahmā sur l’heure exacte et la manière de se baigner, ainsi que sur l’ordre juste des devoirs quotidiens. Brahmā décrit une discipline journalière pour l’observant du Kārtika-vrata : se lever au dernier quart de la nuit ; louer Viṣṇu ; accomplir l’évacuation puis la purification par la terre (mṛttikā-śauca) avec des décomptes distincts selon l’āśrama (gṛhastha, brahmacārin, vānaprastha, yati) et selon le jour ou la nuit ; nettoyer dents et bouche avec des règles sur les brindilles permises et les jours interdits ; appliquer l’ūrdhva-puṇḍra et faire l’ācamana. Il prescrit ensuite d’offrir une lampe (ākāśadīpa), surtout près du tulasī, puis de se rendre au sanctuaire avec les objets de culte. On chante, on danse et l’on accomplit l’ārati en invoquant les noms de Viṣṇu ; on se baigne dans une eau sacrée à l’heure fixée avant l’aube ; on pratique sandhyā, japa et récitations, dont le Viṣṇu-sahasranāma. La journée est consacrée aux arts de la bhakti et à l’écoute des Purāṇa ; on honore maîtres et récitateurs, on vénère le tulasī, on accomplit les rites de midi et l’on mange avec mesure (en évitant certains aliments, en privilégiant le havis et une alimentation non violente). Le soir, retour au temple : allumage des lampes, récitation de stotra, veille partielle (jāgara) et conduite conjugale réglée dans les limites de l’éthique. La conclusion énonce le phala : le vœu de Kārtika est présenté comme d’une efficacité unique pour purifier, effacer les fautes, affermir le bon discernement et atteindre le séjour de Viṣṇu.

Kārtikavrata-niyamaḥ — Kārtika Vrata Disciplines, Prohibitions, and Devotional Merits
Le chapitre 6 est un enseignement théologique prescriptif où Brahmā instruit Nārada sur le Kārtika-vrata, discipline de bhakti d’une valeur éminente. Il ordonne la pratique en (1) interdits : éviter le massage et le bain à l’huile ; s’abstenir de certains aliments ou de certaines sources de nourriture ; restreindre le fait de manger dans des feuilles spécifiées ; se garder d’une nourriture impure, socialement proscrite ou rituellement inappropriée ; et fuir la parole médisante, la conduite illicite et certains contacts. (2) observances positives : bain à l’aube, Hari-pūjā (culte de Viṣṇu), écoute des récits sacrés, et, comme option ascétique, adoption d’un régime simple « de forêt ». (3) dāna et service : dons de gopīcandana, de vaches, de fruits tels que kadalī et dhātrī, de vêtements aux nécessiteux, offrandes de nourriture, dons et offrandes liés au śālagrāma, et service du temple—nettoyage, enduit/décoration, fourniture de bois ou de combustible. Le chapitre énumère aussi des actes dévotionnels assortis de promesses de fruits spirituels : offrir la tulasī à Viṣṇu, adorer avec le lotus ou le ketakī, donner une conque ou des objets marqués du cakra, réciter la Gītā, écouter le Bhāgavata, jeûner à Ekādaśī, faire sonner la cloche durant le culte, accomplir la pradakṣiṇā et le daṇḍa-praṇāma, et honorer les hôtes. Il se clôt en affirmant que les disciplines de Kārtika sont accessibles à tous et que le mérite d’une observance correcte est incommensurable.

Dīpadāna–Ākāśadīpa Māhātmya (दीपदान–आकाशदीप माहात्म्य)
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue d’enseignement : Nārada demande l’instruction sur la gloire (māhātmya) de l’offrande de lampes (dīpadāna) au mois de Kārtika. Brahmā répond par des indications rituelles—bain matinal, pureté, intention droite dans l’offrande—puis amplifie l’exhortation par des récits exemplaires servant d’études de cas morales. D’abord, une femme du Draviḍadeśa, compromise dans sa conduite, est réprimandée par le pèlerin savant Kutsā. Elle observe pendant un mois la discipline de Kārtika—bains et offrande de lampes—et obtient après la mort une destinée élevée, illustrant la réforme par le vrata. Ensuite vient l’histoire du brāhmane Harikara, engagé dans l’adharma : il offre une lampe de façon fortuite devant Hari (sous prétexte de jeu) et atteint pourtant le mokṣa, soulignant la portée salvatrice du rite. Le chapitre distingue l’offrande directe de lampe et l’acte d’aider à allumer la lampe d’autrui (paradīpa-prabodhana) : fournir mèche, huile, récipient, ou rallumer la flamme procure un fruit sotériologique comparable ; un motif ajoute même qu’une souris peut être libérée par une telle aide. Enfin, Nārada interroge sur le « vyomadīpa/ākāśadīpa » (lampe céleste) placée au sommet d’un temple de Hari durant tout le mois, avec achèvement à la pleine lune de Kārtika. Brahmā raconte un long exemple : le roi Sukṛtin installe la lampe ; un oiseau et un chat voient la lumière, entendent la Hari-kathā, meurent accidentellement et s’élèvent vers le divin ; leurs karmas antérieurs sont révélés pour montrer la continuité karmique et la puissance purificatrice de l’écoute et du contact avec la lumière en Kārtika. L’adhyāya se clôt par un mantra d’offrande du vyomadīpa à Dāmodara et réaffirme l’efficacité conjointe de la discipline rituelle, de la dévotion centrée sur le temple et du śravaṇa (l’écoute).

Kārtike Dāmodara-pūjā and Tulasi-māhātmya (कार्तिके दामोदरपूजा तथा तुलसीमाहात्म्यम्)
Le chapitre 8 se présente comme un échange didactique : Nārada demande un enseignement supplémentaire, et Brahmā expose une discipline dévotionnelle propre au mois de Kārtika—pureté du matin, intention tournée vers Viṣṇu, et adoration de Dāmodara avec de tendres feuilles de Tulasi. Le propos subordonne l’opulence matérielle à la bhakti : un culte dépourvu de dévotion n’est pas recevable, tandis qu’une offrande même infime de Tulasi, accomplie avec bhakti, est dite décisive sur le plan spirituel. Le texte s’élargit ensuite en un Tulasi-māhātmya : planter Tulasi, créer un bosquet de Tulasi, se baigner avec une eau infusée de Tulasi, porter le parfum du bois de Tulasi, et poser des feuilles de Tulasi sur le corps sont présentés comme des règles éthico-rituelles de purification et de protection, menant à la délivrance du démérite, à l’évitement des messagers de châtiment, et à l’accès à des mondes élevés. Un itihāsa ancien situé au Kāśmīra raconte deux brāhmaṇas rencontrant une forêt de Tulasi ; une révélation d’êtres libérés d’une malédiction y illustre la puissance salvatrice de l’écoute de la grandeur de Tulasi et des noms de Viṣṇu. Le chapitre se clôt en réaffirmant que la Tulasi-pūjā en Kārtika est obligatoire dans cette logique dévotionnelle, puis évoque des vœux annexes.

Dvādaśī-Go-vrata, Nīrājana-vidhi, Yama-dīpa-dāna, and Dīpāvalī/Bali-rājya Observances (Kārtikamāsamāhātmya)
Cet adhyāya, à la fois procédural et théologique, tisse plusieurs observances liées aux tithis des mois de Kārtika et d’Āśvina. Il s’ouvre sur les sages Vālakhilya rapportant l’enseignement de Kṛṣṇa concernant un vœu de Dvādaśī associé à la vénération du veau et de la vache (vatspūjā/go-pūjā), avec les restrictions alimentaires propres à cette journée. Il décrit ensuite le nīrājana-vidhi (offrande et balancement des lampes/inspection propitiatoire) : disposer plusieurs lampes, observer la flamme comme signe, puis accomplir le nīrājana selon un ordre précis envers les divinités, les brāhmaṇa, les animaux, les aînés et les femmes ; s’y ajoutent des règles de placement des lampes et l’interprétation des couleurs et des formes de la flamme. Le texte passe alors au Yama-dīpa-dāna d’Āśvina-kṛṣṇa-trayodaśī, en déposant une lampe au seuil de la maison, appuyé par un dialogue où Yama expose la pratique annuelle et son intention protectrice. Viennent ensuite les prescriptions pour l’abhyanga-snana d’Āśvina-kṛṣṇa-caturdaśī (y compris les cas de chevauchement de deux tithis), l’usage mantrique de l’apāmārga durant le bain, et le tarpaṇa offert à Yama avec une série de noms et d’offrandes. Enfin, Dīpāvalī est présentée comme une fête de trois jours liée à la grâce accordée à Bali : réjouissances civiques, Lakṣmī-pūjā et « sukha-suptikā » (repos rituel de prospérité), décorations publiques, interdits éthiques, et veille nocturne par la récitation des Purāṇa, le chant ou des jeux pratiqués avec mesure.

कार्तिकशुक्लप्रतिपत्—बलिपूजा, गोवर्धनपूजा, तैलाभ्यङ्गविधि, तिथिनिर्णयः (Kārtika Śukla Pratipad: Bali Worship, Govardhana Worship, Oil-Bath Rite, and Tithi Determination)
Ce chapitre est un manuel rituel et théologique, formulé comme un enseignement de Brahmā. Il ouvre sur les prescriptions pour Kārtika śukla pratipad : bain avec onction d’huile de sésame (tilataila-abhyanga), nīrājana (balancement des lumières rituelles), tenue convenable, écoute de récits dévotionnels et chants, ainsi que l’aumône comme discipline du jour. L’observance est ensuite fondée sur un récit d’autorité : le don de Bali à Vāmana et la grâce de Viṣṇu, par laquelle cette tithi porte le nom de Bali et les actes accomplis ce jour-là donnent des fruits impérissables (akṣaya). Une large section traite du calcul du temps rituel (tithi-viddhi) : avertissements contre l’accomplissement lorsque la tithi est « percée par le jour précédent » (pūrvaviddhā) ou mal conjointe, ce qui entraîne perte d’auspiciosité et conséquences éthiques et sociales. Le chapitre s’étend à la culture festive : dīpotsava (fête des lampes), divertissements communautaires réglés, et un exemple du jeu de dés de Śaṅkara et Bhavānī, destiné à marquer le jeu d’argent comme généralement interdit, tout en notant une pratique limitée à un temps déterminé. Il prescrit la Govardhana-pūjā et la vénération des vaches avec des mantras fixés, puis détaille l’honneur dû, par dons et hospitalité, à divers groupes : divinités, personnes vertueuses, dépendants, savants, soldats, artistes. Viennent ensuite des actions civico-rituelles, telles que la construction et la vénération d’une « mārgapālī » (barrière/structure rituelle) pour la sécurité du passage et la prospérité des êtres et des troupeaux. L’aboutissement est la Bali-pūjā : tracer l’image de Bali, offrir mets et objets variés, veiller la nuit avec arts de la scène, et proclamer que les dons ainsi faits deviennent akṣaya et plaisent à Viṣṇu. La clôture donne des règles sur le jeu avec les vaches (gokṛīḍana), des précautions lors de la vision de la lune, et le rite de traction d’un roseau neuf (yaṣṭikākarṣaṇa) comme présage de victoire.

यमद्वितीया-व्रतविधानम् (Yamadvitīyā Vrata: Procedure, Ethics, and Promised Outcomes)
Le chapitre 11 présente un enseignement théologique à plusieurs niveaux sur Yamadvitīyā—le deuxième jour lunaire de la quinzaine claire de Kārtika—considéré comme un vœu protecteur contre la mort prématurée (apamṛtyu) et les états défavorables après le décès. Nārada demande quel vrata permet à un mortel de « ne pas voir la mort », et Brahmā répond par un déroulement rituel : se lever au brahma-muhūrta, discipliner l’esprit en se souvenant de ce qui est bénéfique, se purifier le matin, puis adorer près d’un arbre audumbara sur un maṇḍala de lotus. Le rite comprend des hommages à plusieurs divinités—Viṣṇu, Rudra et Sarasvatī—avec des offrandes de parfums, fleurs, encens, nourriture et noix de coco. Le pivot éthique et rituel est la dāna : donner une vache à un brāhmaṇa connaisseur des Veda (ou, à défaut, des chaussures), puis honorer les aînés et nourrir les proches. Le texte met ensuite en avant l’hospitalité fraternelle : le frère est invité à prendre son repas chez sa sœur, et les paroles de celle-ci présentent l’acte comme auspicious et protecteur. Sūta et les sages Vālakhilya développent le récit par la légende d’origine Yamunā–Yama, prescrivent l’adoration de Yama l’après-midi, le bain dans la Yamunā et la récitation dix fois des noms de Yama (japa), tout en réaffirmant la règle de ne pas manger dans sa propre maison ce jour-là. La conclusion promet des fruits pour le frère et la sœur—bien-être, évitement du royaume de Yama et, à terme, libération—en soulignant les maîtres de maison comme principaux pratiquants.

धात्रीमाहात्म्यं (Dhātrī/Āmalakī-Māhātmya) and Kārtika Dhātrīchāyā-Vrata Guidelines
Le chapitre 12 s’ouvre sur la question de Śaunaka au sujet du mérite du mois de Kārtika et de l’origine, ainsi que de la sainteté du dhātrī (āmalakī), en demandant pourquoi il purifie et détruit les péchés. Sūta expose une observance de Kārtika : au quatorzième jour de la quinzaine claire (caturdaśī), se rendre auprès du grand āmalakī, adorer Hari avec Rādhā, accomplir de nombreuses pradakṣiṇā, offrir fruits et métaux, se prosterner, prier pour l’intelligence, la santé et la dévotion, puis conclure par le repas offert aux brāhmaṇas comme acte éthique culminant. Vient ensuite un récit d’origine : lors de la dissolution primordiale, du souffle et de gouttes semblables à des larmes du Suprême naît l’arbre dhātrī, proclamé « vaiṣṇava » et contenant toutes les divinités. Le simple souvenir, la vue et la consommation du dhātrī procurent des mérites croissants. Une cartographie théologique place Viṣṇu à la racine, Brahmā au-dessus, Rudra sur le tronc, et d’autres dieux dans les branches, feuilles, fleurs et fruits, faisant du dhātrī un champ sacré microcosmique. Brahmā explique à Nārada que le culte, et même le fait de manger à l’ombre du dhātrī durant Kārtika, détruit le péché et multiplie le mérite. Deux exempla suivent : (1) un marchand pauvre dont le simple repas sous cette ombre devient la cause d’une prospérité royale ultérieure ; (2) le fils égaré d’un brāhmaṇa, maudit à devenir souris, est finalement délivré en écoutant le māhātmya de Kārtika sous l’ombre du dhātrī, montrant la puissance purificatrice de l’écoute de la kathā. Le chapitre élargit enfin les règles pratiques : repas en forêt (vana-bhojana), bain, pūjā, offrandes de lampes, guirlandes de dhātrī et de tulasī, et avertissements sur les impuretés alimentaires, réputées neutralisées par l’observance de l’ombre du dhātrī en Kārtika. Il se conclut par des fruits spirituels plus élevés—long séjour à Vaikuṇṭha sans retour—liés au port de guirlandes de dhātrī, au culte à certains jours lunaires, au repas offert aux brāhmaṇas et à l’hommage rendu à Rādhā-Dāmodara avec tulasī et dhātrī.

कार्तिकव्रतप्रशंसा तथा शंखासुरवेदनिग्रह-वृत्तान्तः (Praise of the Kārtika Vrata and the Account of Śaṅkhāsura and the Vedas)
Le chapitre se déploie à travers un dialogue théologique emboîté. Sūta décrit Satyā (Satyabhāmā), réjouie après un échange divin, interrogeant Vāsudeva sur les causes karmiques de son intimité avec Lui et sur sa naissance antérieure. Kṛṣṇa répond par un récit rétrospectif : à la fin du Kṛtayuga, à Māyāpurī, un brāhmaṇa savant, Devasharman (lignée Ātreya), eut une fille, Guṇavatī, mariée au disciple Candranāma. Plus tard, les deux hommes sont tués violemment par un rākṣasa, mais, grâce à leur mérite, atteignent Viṣṇuloka. Guṇavatī, accablée de chagrin, accomplit les rites funéraires selon ses moyens, mène une vie d’austérité et observe toute sa vie deux vœux : l’Ekādaśī-vrata et le service correct durant Kārtika. Malgré la maladie, elle va se baigner dans le Gaṅgā ; par le puṇya du vœu de Kārtika, un vimāna la conduit à Vaikuṇṭha, où elle obtient la proximité de Viṣṇu. Kṛṣṇa révèle les correspondances présentes : Devasharman est Satrājit, Candranāma est Akrūra, Guṇavatī est Satyā ; il attribue aussi à l’établissement antérieur d’un bosquet de Tulasī l’arbre exauçant les souhaits dans sa cour actuelle, et promet l’absence de séparation grâce à l’observance de Kārtika. Satyā demande ensuite pourquoi Kārtika est particulièrement cher au Seigneur. Kṛṣṇa cite un ancien entretien entre Pṛthu et Nārada : l’asura Śaṅkha, fils de l’océan, s’empare des Veda pendant le sommeil de Viṣṇu, et les Veda demeurent cachés dans les eaux. Réveillé au lumineux Ekādaśī d’Urjā (Kārtika), Viṣṇu déclare cette tithi extrêmement agréable, tue Śaṅkha et ordonne que, chaque année durant Kārtika, les Veda avec leurs semences de mantra reposent dans l’eau ; ainsi, le bain matinal en cette saison équivaut aux grands bains rituels des sacrifices. Viṣṇu enjoint aux sages de récupérer les Veda et établit la future prééminence de Prayāga comme tīrtha-rāja, promettant la destruction des péchés par sa seule vue et un mérite particulier aux moments de transit solaire. Le chapitre se clôt sur le phala prescrit : adorer Hari à la racine de Tulasī en Kārtika procure les jouissances terrestres et, finalement, l’accès à la demeure de Viṣṇu.

तुलसीमाहात्म्य-प्रस्तावना (Prologue to the Glory and Origin-Narrative of Tulasī)
Chapter 14 opens with King Pṛthu requesting Nārada to clarify the 'tulasī-bhava-māhātmya'—how Tulasī became exceptionally dear to Viṣṇu, and where and how she originated. Nārada introduces an etiological history beginning with Indra’s visit to Kailāsa, where he encounters a formidable being and reacts with aggression; the episode triggers Śiva’s fiery response. Bṛhaspati intervenes with a formal hymn to Śiva, leading to the pacification and relocation of the dangerous fire, which is cast into the Lavāṇārṇava and falls at an oceanic confluence. A child-form emerges and is identified through Brahmā’s naming act as Jalandhara, who is foretold to be nearly invulnerable. Brahmā installs him in kingship with Śukra’s involvement. The chapter closes by introducing Jalandhara’s marriage alliance with Vṛndā, setting the narrative foundation for later linkage between Vṛndā/Tulasī and Viṣṇu-centered devotional practice.

Jalandharadūta–Indrasaṃvādaḥ and the Deva–Dānava Conflict (Kārtikamāsamāhātmya, Adhyāya 15)
Ce chapitre se déploie comme un récit à plusieurs niveaux, enchâssé dans un dialogue attribué à Nārada. Les daityas vaincus remontent de Pātāla vers la terre; le roi des daityas, voyant la tête tranchée de Rāhu, s’enquiert de l’événement, ce qui ravive la mémoire du barattage de l’océan (samudramathana), de la saisie des ratnas et du renversement antérieur subi par les daityas. Jalandhara dépêche le messager Ghasmara auprès d’Indra, dans l’assemblée de Sudharmā, pour exiger la restitution des trésors de l’océan, en présentant le litige comme une atteinte au père—car l’océan est tenu pour le père de Jalandhara. Indra répond par une justification: l’océan fut baratté sur l’initiative des devas et par crainte, afin de contenir les êtres hostiles; il invoque aussi des précédents, dont le destin de Śaṅkha. Le messager revient; Jalandhara lève la guerre, et le conflit deva–dānava entraîne de lourdes pertes. Śukra ressuscite les daityas grâce à la saṃjīvinī-vidyā, tandis qu’Aṅgiras ranime les devas au moyen d’herbes divines apportées de Droṇādri. Apprenant la cause, Jalandhara, sur le conseil de Śukra, arrache Droṇādri et le jette à la mer, brisant le secours des devas. Épouvantés, les devas se retirent; Jalandhara entre à Amarāvatī au milieu des clameurs de victoire, tandis qu’Indra et les devas se cachent dans une grotte d’une montagne d’or. L’épisode éclaire la puissance, la maîtrise des ressources (herbes/montagnes) et la fragilité de la victoire lorsque la colère gouverne.

संकष्टनाशनस्तोत्रम्, जलन्धर-विष्णु-युद्धवर्णनम् (Sankashta-nāśana Stotra and the Viṣṇu–Jalandhara Conflict)
Dans ce chapitre, Nārada présente un récit de crise et de recours sacré. Voyant revenir la menace des daityas, les devas sont saisis d’effroi et entreprennent une intervention liturgique : ils récitent un stotra à Viṣṇu, célébrant sa faculté d’assumer de multiples avatāras, son œuvre de création–préservation–dissolution, et sa puissance protectrice contre la souffrance. Nārada en donne ensuite la règle d’usage : cet hymne se nomme « Saṅkaṣṭanāśana » ; celui qui le récite avec foi obtient, par la grâce de Hari, la délivrance des détresses. Viṣṇu, informé du péril des devas, monte Garuḍa et s’entretient avec Lakṣmī au sujet de Jalandhara, exposant les contraintes qui empêchent de le tuer, en raison de son origine comme aṃśa de Rudra et de la parole de Brahmā, tout en reconnaissant l’enjeu affectif de Lakṣmī. Le récit se tourne alors vers la guerre : une force semblable au vent disperse les daityas ; Jalandhara affronte Viṣṇu ; une immense bataille aérienne s’engage, avec échange d’armes et lutte au corps à corps. Le tournant est éthique et théologique : admirant la vaillance de Jalandhara, Viṣṇu lui offre une grâce. Jalandhara demande que Viṣṇu demeure dans sa maison avec sa « sœur » (Lakṣmī) ; Viṣṇu y consent et entre dans la cité de Jalandhara avec les dieux et Ramā. La suite décrit la réorganisation du cosmos par Jalandhara : il place des agents, soumet les êtres et gouverne selon le dharma, si bien qu’on ne voit ni affligés ni pauvres. Nārada conclut en révélant son motif personnel : plus tard, il vient voir Lakṣmī et servir Śrīramaṇa, scellant le récit par le témoignage de la bhakti.

Kīrtimukha at Śiva’s Gate and Rāhu’s Message (कीर्तिमुख-उत्पत्ति एवं राहु-दूतवाक्य)
Ce chapitre est présenté comme un dialogue rapporté : Nārada raconte à un roi une rencontre qui commence par l’émerveillement devant la prospérité incomparable du Kailāsa et s’achève en enseignement sur l’orgueil, le désir et l’ordre protecteur au seuil de Śiva. Il décrit l’immense contrée exauçant les vœux—le bosquet de kalpavṛkṣa, l’abondance de kāmadhenu et l’éclat de cintāmaṇi—puis la met en contraste avec la richesse du souverain, affirmant que la beauté de Pārvatī dépasse toute comparaison céleste. Troublé par ces louanges et égaré par la māyā de Viṣṇu (viṣṇu-māyā-vimohita), le roi dépêche Rāhu comme messager auprès de Śiva, avec une revendication provocatrice concernant le « strī-ratna ». De la région du front/du sourcil de Śiva surgit un être farouche qui tente de dévorer Rāhu, mais il est retenu lorsque Śiva reconnaît que l’émissaire agit sur l’ordre d’un autre. L’être demande de la nourriture ; Śiva lui ordonne de dévorer ses propres membres jusqu’à ne laisser qu’une tête. Satisfait, Śiva le nomme Kīrtimukha, l’établit gardien perpétuel de la porte, et déclare que tout culte accompli sans honorer Kīrtimukha devient inefficace. Le chapitre se clôt en reliant la fuite de Rāhu à la tradition du nom du lieu (bārbara/bārbarodbhūta), puis revient au récit politique lorsque Rāhu rapporte à Jalandhara.

Jalandhara’s March to Kailāsa and the Formation of Sudarśana (Jalāndharodyoga–Sudarśanotpatti)
Ce chapitre, rapporté par Nārada, déroule un épisode guerrier d’une haute portée théologique. Ayant entendu des nouvelles provocatrices, l’asura Jalāndhara marche, ivre de colère, vers le Kailāsa, entouré d’armées innombrables; des présages funestes et des images de bataille à vaste échelle annoncent l’affrontement. Les devas, conduits par Indra, se rendent auprès de Śiva pour exposer la crise et implorer sa protection. Śiva interroge Viṣṇu: pourquoi Jalāndhara n’a-t-il pas été abattu plus tôt ? Viṣṇu répond que des liens de parenté—par la part de Śiva présente en lui et par son rapport à Śrī—rendent difficile une mise à mort directe, et il presse Śiva d’agir. Śiva explique que les armes ordinaires sont impuissantes contre cet ennemi et demande le tejas commun des devas comme « matière d’arme ». Les devas, menés par Viṣṇu, offrent leur tejas; Śiva le rassemble en un disque flamboyant et redoutable nommé Sudarśana, tandis que Hari façonne un vajra en association avec Śeṣa. Aux abords du Kailāsa, les Gaṇas se mobilisent sur l’ordre de Śiva et une grande bataille éclate, faite de fracas, d’éclairs et de lourdes pertes. Une crise tactique survient: Śukra ressuscite sans cesse les asuras tombés grâce à la mṛtasañjīvinī, ce qui abat le courage des Gaṇas. Alors une kṛtyā terrifiante surgit de la bouche de Rudra, saisit Śukra et l’emporte hors du champ de bataille, renversant le découragement. Quand l’armée asura se disloque, des chefs d’élite—Niśumbha, Śumbha et Kālanemi—tentent d’arrêter les Gaṇas par des volées de flèches serrées, les forçant un instant à reculer. Des renforts, dont Kārttikeya, interviennent pour contenir les meneurs asuras et rétablir l’équilibre du combat.

Adhyāya 19: Gaṇā–Dānava Saṅgrāma (Battle Narrative within Kārtika-Māhātmya)
Ce chapitre, rapporté par le sage Nārada, déroule un épisode guerrier d’une grande rigueur, où les dānavas engagent des duels contre les chefs majeurs des gaṇas, notamment Nandin, Gaṇeśa et Ṣaṇmukha/Kārttikeya. Les affrontements s’enchaînent : Niśumbha blesse le paon, monture de Kārttikeya, et le dieu guerrier riposte par des manœuvres promptes ; Nandin, par son tir d’arc, met hors d’état l’attelage du char de Kālanemi, lequel répond par une contre-attaque. Ensuite Gaṇeśa et Śumbha échangent des volées de flèches jusqu’à ce que la monture de Gaṇeśa soit frappée, et Lambodara intervient pour le soutenir. Vīrabhadra survient avec ses troupes—vetālas, yoginīs, piśācas et gaṇas—dans un fracas de tambours et de rugissements qui ébranle le champ de bataille. Le chef dānava Jalandhara entre sur un char à bannière, déchaînant une pluie de flèches épaisse comme un brouillard, atteignant des héros illustres et portant le combat aux coups directs : Kārttikeya et Nandin sont abattus ; l’arme de Gaṇeśa brise la massue de Jalandhara ; Vīrabhadra blesse et neutralise les éléments du char. Mais l’apogée se conclut par un renversement saisissant : Jalandhara, dans sa fureur, frappe Vīrabhadra à la tête d’un lourd gourdin (parigha), le faisant tomber, ensanglanté—accentuant le souffle cosmique du récit et la précarité du pouvoir, même chez les êtres exaltés.

Jalandharayuddha—Gāndharvī Māyā and Viṣṇu’s Strategic Counsel (जलन्धरयुद्धम्—गान्धर्वीमाया-विष्णूपदेशः)
Dans le chapitre 20, raconté par Nārada, la bataille reprend lorsque Śiva (Candrasekhara, Vṛṣabhadhvaja) revient au combat après le recul de ses gaṇas, saisis en voyant Vīrabhadra abattu. Śiva affronte une pluie serrée de flèches, tranche le filet des projectiles et submerge les forces démoniaques ; plusieurs asuras nommés, tels Khaḍgaromā, Balāhaka et Ghasmara, sont tués ou entravés, attestant la souveraineté guerrière du Divin et l’effondrement de la coalition adharmique. Jalandhara provoque alors Śiva en duel, mais se voit désarmé ; reconnaissant la puissance supérieure du Seigneur, il déploie une gāndharvī māyā : musique et danse célestes qui troublent un instant la vigilance tactique de Śiva, au point que même les armes tombées passent inaperçues. Voyant l’attention de Śiva, Jalandhara se tourne vers Pārvatī, mais demeure inerte en la contemplant ; Pārvatī, effrayée, se retire et invoque intérieurement Viṣṇu. S’ensuit un bref entretien doctrinal : Pārvatī rapporte l’événement extraordinaire, et Viṣṇu indique qu’une voie décisive vient d’être révélée, car Jalandhara ne peut être mis à mort autrement en raison d’une protection liée au pātivratya. Viṣṇu part vers la cité de Jalandhara ; de son côté, Śiva constate la disparition de l’illusion et retourne au combat tandis que Jalandhara recommence à faire pleuvoir ses flèches, annonçant la suite.

Vṛndā’s Ominous Dream, the Ascetic’s Intervention, and the Curse upon Hari (Narrative-Ethical Episode)
Cet adhyāya, rapporté par Nārada, déroule un récit étroitement enchaîné : Vṛndā voit en songe des présages funestes annonçant le sort de son époux Jalandhara. Saisie d’effroi, elle erre dans la ville et les jardins, rencontre des apparitions terrifiantes, puis cherche refuge auprès d’un ascète silencieux, qui repousse les menaces par un simple geste de la voix. Des messagers apportent ensuite une confirmation atroce : Jalandhara est tombé au combat. Vṛndā s’effondre et se lamente amèrement. Elle supplie l’ascète de rendre la vie à son mari ; celui-ci dit en être incapable, tout en indiquant qu’une restauration ne serait possible qu’à une condition. Le récit bascule alors vers l’enjeu moral : l’intervention trompeuse de Viṣṇu (sous-entendue comme visant à briser la chasteté et le vœu de Vṛndā). Reconnaissant la supercherie, Vṛndā blâme la conduite de Hari et prononce une malédiction en tant que conséquence éthique. Le chapitre s’achève sur l’entrée de Vṛndā dans le feu et l’inquiétude de Viṣṇu, ouvrant une réflexion théologique sur l’agentivité, la force des vœux et le coût moral d’une tromperie instrumentalisée, même dans les récits divins.

Jalandhara-vadha, Śakti-triguṇa-vākya, and Mūlaprakṛti-stuti (जलंधरवधः शक्तित्रिगुणवाक्यं मूलप्रकृतिस्तुतिश्च)
Dans l’Adhyāya 22, Nārada raconte comment Jalandhara recourt à la māyā pour égarer Rudra, en projetant l’image de Gaurī liée et souffrante, ce qui plonge Rudra dans un bref silence, intérieurement bouleversé. Puis Rudra s’éveille, prend une forme farouche, met en déroute les asuras et prononce une malédiction contre Śumbha et Niśumbha, liée à leur fuite du combat et à un futur lien d’asservissement impliquant Gaurī. Jalandhara attaque de nouveau, mais Rudra lance le Sudarśana-cakra et lui tranche la tête. Le tejas qui s’en échappe est décrit comme se réintégrant : un courant retourne en Rudra, et un autre (issu du corps de Vṛndā) retourne en Gaurī, signe d’une réabsorption cosmique après la lutte. Les devas signalent ensuite un trouble persistant : Viṣṇu demeure fasciné par la beauté de Vṛndā. Īśvara leur ordonne de chercher refuge dans la Mohinī-māyā afin de dissiper l’illusion de Viṣṇu. Les devas louent Mūlaprakṛti dans un stotra de tri-sandhyā, reliant explicitement prakṛti aux trois guṇas et aux fonctions de l’univers. Une voix céleste (Śakti) proclame sa triple manifestation—Gaurī, Lakṣmī et Svarā—accordée à rajas, sattva et tamas, et remet des « semences » (bījāni) à semer là où Viṣṇu demeure avec Vṛndā, inscrivant un motif d’action rituelle au cœur du récit sacré.

धात्री-तुलसी-माहात्म्य (The Glory and Origin of Dhātrī and Tulasi)
Nārada rapporte un récit d’origine : de graines dispersées naissent trois plantes—Dhātrī (Āmalakī), Mālatī et Tulasi—et leur apparition est corrélée à la doctrine des guṇa (tamas, sattva, rajas). Viṣṇu rencontre les divinités de ces plantes sous forme féminine ; l’épisode sert de cadre étiologique pour fonder les prescriptions rituelles ultérieures, plutôt que d’être un simple ornement mythique. Le propos se tourne ensuite vers la pratique de Kārtika : le culte de Viṣṇu doit être accompli en portant une attention particulière à la région des racines de Tulasi. La présence d’un bosquet de Tulasi dans une maison est dite transformer le foyer en tīrtha, où les agents de Yama n’entrent pas. Une liste graduée de mérites suit : planter, entretenir, arroser, voir et toucher Tulasi efface les péchés accumulés par la parole, le mental et le corps. La tulasi-mañjarī est exaltée comme offrande privilégiée dans le culte de Hari–Hara ; les feuilles de Tulasi sont décrites comme un lieu où résident symboliquement dieux, tīrthas et rites sacrificiels. Les pratiques liées à Dhātrī sont aussi détaillées : se baigner avec une eau mêlée de fruit de Dhātrī et de feuilles de Tulasi équivaut à un bain dans la Gaṅgā ; l’adoration avec feuilles/fruits de Dhātrī procure un mérite exceptionnel. Enfin viennent interdits et précautions (par ex. ne pas cueillir Tulasi/Dhātrī certains jours de Kārtika), et la phalaśruti promet purification et accès au ciel à qui écoute et transmet ce récit avec bhakti.

धर्मदत्त-कलहा संवादः (Dharmadatta and Kalahā: Karmavipāka and Kārtika Purification)
Le chapitre 24, au sein du Kārtikamāsamāhātmya, se déploie comme un récit d’instruction. Pṛthu demande à Nārada de redire la grandeur et le fruit du vœu d’Ūrja/Kārtika. Nārada rapporte un épisode survenu à Karavīrapura (région des Sahyādri) au sujet du brāhmane Dharmadatta, ferme dans la pratique du Viṣṇu-vrata et assidu à la Viṣṇu-pūjā. Durant Kārtika, alors qu’il se rend de nuit au temple de Hari pour le harijāgaraṇa, il rencontre une rākṣasī terrifiante. Saisi de peur, il laisse tomber les offrandes et le lait, puis se ressaisit en se souvenant du Nom de Hari et en utilisant une eau liée à la tulasī. On dit que ce contact neutralise aussitôt l’impureté de l’être, lui rendant une parole lucide. Elle se prosterne, se nomme Kalahā, et confesse qu’en sa vie humaine elle fut une épouse dure et querelleuse, refusant le respect dû et les offrandes de nourriture à son mari, jusqu’à se donner la mort par le poison. Le récit se transporte ensuite dans une scène judiciaire de l’au-delà : Yama consulte Citragupta, qui dresse le constat d’une absence de mérites et prescrit des déchéances successives — passages par diverses yoni — ainsi qu’une longue condition de preta dans une contrée battue par les vents, illustrant le karmavipāka comme une comptabilité morale. Après des siècles d’état de preta et d’autres souffrances incarnées, Kalahā atteint une confluence méridionale, est repoussée par des gaṇa divins, puis rencontre enfin Dharmadatta. Le contact de l’eau de tulasī devient le tournant qui lui permet de demander la délivrance du cycle des yoni et du corps de preta. Le chapitre s’achève sur la délibération compatissante de Dharmadatta, prélude aux prescriptions de remède.

Kārtikavrata-puṇya-vibhāgaḥ (Sharing the Merit of the Kārtika Vow and Release from Preta-State)
Le chapitre offre un exemplum rigoureusement construit, rapporté par Nārada. Dharma-datta aperçoit une femme nommée « Kalahā » souffrant dans un état semblable à celui d’un preta, et il est saisi d’une peine morale : les moyens ordinaires de mérite—tīrtha, dāna, vrata—ne sont pas directement accessibles à qui demeure ainsi enchaîné. Par compassion, il résout donc de transférer et de partager la moitié du mérite acquis par l’observance, toute sa vie, du Kārtika-vrata, exposant la doctrine du partage du puṇya comme acte de miséricorde. Il accomplit une ablution avec de l’eau mêlée de tulasī en récitant le mantra Dvādaśākṣara ; aussitôt, l’être affligé est délivré de la condition de preta et revêt une forme divine éclatante. Des serviteurs célestes à l’apparence de Viṣṇu arrivent avec un vimāna lumineux et la conduisent à Vaikuṇṭha, attribuant explicitement cette délivrance aux pratiques de Kārtika telles que le Hari-jāgaraṇa, le dīpa-dāna et le culte de tulasī. Ils louent la dévotion constante de Dharma-datta envers Viṣṇu et déclarent que l’offrande d’une part du mérite en double l’efficacité, effaçant les fautes accumulées au fil de nombreuses naissances. Enfin, il lui est promis de monter à Vaikuṇṭha avec ses épouses, puis de renaître comme le roi Daśaratha, Viṣṇu s’incarnant comme son fils, reliant ainsi l’éthique du vrata à la théologie dynastique des Purāṇa.

तुलसी-पूजा-श्रेष्ठ्यं तथा चोलराज-विष्णुदाससंवादः (The Supremacy of Tulasī Worship and the Dialogue of the Chola King and Viṣṇudāsa)
Le chapitre s’ouvre sur Dharmadatta, qui reçoit l’enseignement de Nārada et pose une question décisive : parmi les moyens orthodoxes de plaire à Viṣṇu—sacrifice, charité, vœux, observance des tīrtha et austérités—quelle est l’unique pratique qui donne le plus sûrement la proximité divine et confère leur pleine valeur aux autres? Les gaṇa narrateurs répondent par une légende exemplaire située à Kāñcīpurī, décrivant un puissant empereur Chola dont le royaume est présenté comme ordonné et prospère. Le roi accomplit un culte somptueux à Śrīramaṇa (Viṣṇu) avec gemmes, perles et fleurs d’or. Un brāhmane nommé Viṣṇudāsa arrive, portant de l’eau de tulasī pour l’adoration; il baigne la divinité en récitant le Viṣṇusūkta et recouvre les offrandes coûteuses du roi de feuilles de tulasī. Le roi y voit un affront et le réprimande; Viṣṇudāsa réplique que l’orgueil du souverain trahit l’ignorance de l’essence de la bhakti, et le met au défi de nommer la discipline de ses anciens Viṣṇu-vrata. Le roi se moque de la « pauvreté » d’une telle dévotion et propose une épreuve qui doit aboutir à la manifestation directe de Viṣṇu. Il part organiser un grand satra vaiṣṇava, en désignant l’ācārya Mudgala et en préparant des provisions et des rites d’une ampleur exceptionnelle. Pendant ce temps, Viṣṇudāsa demeure au temple, observant un vrata rigoureux : soin du bosquet de tulasī, japa d’Ekādaśī avec la Dvādaśākṣarī, pūjā en seize actes, souvenir constant, et règles particulières durant Māgha et Kārtika. Le chapitre se clôt en soulignant la constance des deux voies, préparant la résolution théologique : grandeur extérieure contre dévotion humble et disciplinée, fondée sur la tulasī et la remembrance du Seigneur.

Viṣṇudāsa’s Seven-Day Trial, Compassion, and Viṣṇu’s Sākṣātkāra (विष्णुदासस्य परीक्षासप्ताहः करुणा च विष्णोः साक्षात्कारः)
Nārada raconte l’histoire du brāhmane dévot Viṣṇudāsa. Chaque jour, il prépare un mets à offrir à Viṣṇu, mais l’offrande cuite disparaît mystérieusement. Pendant sept jours, il observe strictement son vrata : il refuse de manger avant d’avoir offert à Hari, et décide de garder l’offrande afin que le culte du soir ne soit pas entaché par une rupture de vœu (vratabhaṅga). À la huitième tentative, il découvre le « voleur » : un caṇḍāla affamé, décharné et accablé. Au lieu de le punir, Viṣṇudāsa répond avec compassion, lui donne du ghee et lui parle avec douceur ; l’homme, terrifié, s’évanouit et le dévot le soigne. Alors le caṇḍāla se révèle être Nārāyaṇa, portant conque, disque et massue ; la scène s’élargit en une épiphanie céleste avec devas, gandharvas et apsaras. Viṣṇu enlace son dévot, lui accorde le sā-rūpya (ressemblance à la forme divine) et le conduit à Vaikuṇṭha. Un roi chola, Dīkṣita, est témoin de cela et avoue que, malgré ses yajñas et ses dānas, Viṣṇu n’a pas été satisfait comme il l’a été par la bhakti de Viṣṇudāsa ; il conclut que la bhakti seule est la cause décisive de la vision divine. Le roi prie publiquement pour une dévotion stable en pensée–parole–corps, puis entre dans le feu sacrificiel ; Viṣṇu se manifeste, l’embrasse, lui accorde le même sā-rūpya et l’emmène à Vaikuṇṭha. La conclusion identifie Viṣṇudāsa comme vertueux et le souverain chola comme Suśīla ; tous deux deviennent gardiens divins des portes par le Bien-Aimé de Rāmā.

Jaya–Vijaya Śāpa, Gaja–Grāha Mokṣa, and the Emergence of Harikṣetra (जयविजयशापः, गजग्राहमोक्षः, हरिक्षेत्रप्रादुर्भावः)
Le chapitre s’ouvre sur l’interrogation de Dharmadatta au sujet de Jaya et Vijaya, connus comme les gardiens des portes de Viṣṇu. Les gaṇas racontent leur origine (fils rattachés à la lignée et aux traditions de Devahūti et Kardama) ainsi que leur discipline vaiṣṇava inébranlable : japa de l’aṣṭākṣarī, observance des vrata, et adoration constante. Invités par Marutta dans un cadre sacrificiel, ils manifestent une grande compétence rituelle ; mais un différend éclate au sujet du partage des richesses reçues, destinées à des offrandes distinctes. Les reproches s’enveniment jusqu’à des malédictions réciproques : l’un devient grāha (crocodile), l’autre mātaṅga (éléphant). Ils implorent Viṣṇu d’annuler la malédiction, mais le Seigneur affirme l’inviolabilité de la parole des dévots et la nécessité morale de traverser les conséquences que l’on a soi-même engendrées, tout en promettant leur restauration finale et leur retour à Vaikuṇṭha. Le récit se déplace ensuite vers la Gaṇḍakī au mois de Kārtika : l’éléphant est saisi par le crocodile, se souvient de Śrīpati, et Viṣṇu apparaît, tenant conque, disque et massue, libérant les deux êtres et leur accordant une forme divine ainsi que l’accès à Vaikuṇṭha. Le lieu reçoit alors le nom de Harikṣetra, marqué par des signes physiques liés à l’événement du cakra. Le chapitre se clôt par des injonctions éthiques et rituelles adressées à Dharmadatta : absence d’envie, équanimité, bain matinal durant certaines périodes zodiacales, observance d’Ekādaśī, soin de la tulasī, respect des brāhmaṇas, des vaches et des vaiṣṇavas, et prudence alimentaire. La phalaśruti proclame que la pratique ferme des vœux de Kārtika/Viṣṇu surpasse d’autres rites, et que l’écoute ou la récitation de ce récit tourne l’esprit vers la proximité de Hari et assure une fin favorable.

धनेश्वरस्य कार्तिकसत्संगपुण्यप्रभावः (Dhaneśvara and the Efficacy of Kārtika Satsaṅga-Merit)
Kṛṣṇa raconte qu’après avoir écouté Nārada, Pṛthu le congédie, et l’enseignement se tourne vers un récit exemplaire. Un brāhmane pauvre et moralement déchu, nommé Dhaneśvara, voyage pour le commerce et parvient à Māhiṣmatī, cité associée au pouvoir purificateur de la Narmadā. Durant le mois de Kārtika, sans avoir reçu l’initiation formelle au vœu, il observe pourtant l’univers de la dévotion autour de lui : bains sacrés et japa, culte de la divinité, récitation et écoute des Purāṇa, musique et danse en louange de Viṣṇu, achèvement rituel (udyāpana), veille nocturne (jāgaraṇa), vénération des brāhmanes et des vaches, et offrande de lampes (dīpadāna). À force de voir, de toucher et de parler avec les dévots, et d’entendre les noms de Viṣṇu, il recueille involontairement une part de leur mérite. Mordu par un serpent, il meurt ; les agents de Yama l’emmènent vers l’enfer de Kumbhīpāka, mais la torture s’y refroidit de façon inattendue. Nārada explique à Yama que le contact, en fin de vie, avec les vertueux a produit un karma qui efface l’enfer : quiconque s’unit aux dévots par la vue, le toucher et la parole obtient une fraction fixe (ṣaḍaṁśa) de leur puṇya. Le messager de Yama lui montre divers enfers pour illustrer les conséquences karmiques et les catégories de péchés, tout en précisant que le mérite acquis par Dhaneśvara a neutralisé les châtiments. Dhaneśvara est alors assigné au monde des Yakṣa comme serviteur de Kubera, et reçoit le nom de Dhanayakṣa. Le récit s’achève par des affirmations (dont une parole de Brahmā) : Kārtika donne la délivrance et la prospérité, et même ceux chargés de fautes peuvent obtenir la libération sous l’influence du vœu et du satsaṅga de ce mois sacré.

Adattapuṇya–pāpabhāga-vicāraḥ and Māsopavāsa-vidhiḥ (On Shared Merit/Demerit and the Month-long Fast Procedure)
Le chapitre 30 se présente comme un dialogue où Nārada interroge Brahmā sur le caractère apparemment « peu d’effort, grand fruit » des observances de Kārtika, et plus largement sur la manière dont on peut recevoir des résultats religieux sans accomplir soi-même l’acte. Brahmā répond par une explication à la fois éthique et technique de la participation karmique : on peut accéder aux fruits en rendant possible un rite (par des disciples, des serviteurs ou des proches), par le don (dāna), et par diverses formes d’association (saṅga) telles que manger ensemble, cohabiter, louer, converser et servir. Le texte propose des modèles fractionnaires (par exemple un sixième, un dixième, un vingtième, un centième) pour exprimer comment mérite et démérite se transmettent, se partagent ou s’atténuent selon le contact, le soutien ou la surveillance. Il se tourne ensuite vers un mode d’emploi prescriptif du māsopavāsa (discipline/jeûne d’un mois) : permission du guru et examen des forces du corps, période commençant à Ekādaśī de la quinzaine claire d’Āśvina pour trente jours, culte trois fois par jour à Hari/Acyuta avec offrandes, et observances de retenue (éviter onctions, bétel, certains plaisirs des sens et la fréquentation de conduites impropres). La conclusion prescrit le culte de Dvādāśī, le repas offert et l’honneur rendu aux brāhmanes, les dons, puis un yajña vaiṣṇava, avant d’annoncer la suite des procédures selon les tithi.

Kārtika-Śukla-Navamī Nirṇaya and Tulasī–Keśava Vivāha Vidhi (कार्तिकशुक्लनवमीनिर्णयः तुलसीकेशवविवाहविधिश्च)
L’Adhyāya 31 présente un enseignement méthodique attribué aux Vālakhilyas, unissant détermination du calendrier et procédure rituelle avec ses fruits. Il établit d’abord Kārtika-śukla-navamī comme tithi éminente et précise les règles de temps : la Navamī doit être retenue lorsqu’elle « s’étend jusqu’à midi » (madhyāhna-vyāpinī), en tenant compte de son contact avec la veille selon la pertinence du matin/de l’après-midi. Un récit d’origine relie ce jour à la victoire de Bhagavān Viṣṇu sur le démon Kūṣmāṇḍaka et recommande le kūṣmāṇḍa-dāna (don d’une courge) comme acte hautement méritoire. Le chapitre passe ensuite à la liturgie domestique : kṛṣṇotsava et surtout tulasī-karapīḍana, ainsi que le mariage rituel de Tulasī avec Keśava, observances vaiṣṇava annuelles dont le mérite est dit comparable au kanyā-dāna. La séquence est détaillée : préparation d’une image de Viṣṇu (si possible en or), prāṇa-pratiṣṭhā pour Tulasī et les formes de Viṣṇu, pūjā aux seize services (ṣoḍaśopacāra) avec récitations de type puruṣa-sūkta, culte de Gaṇeśa, puṇyāha et naṇdī-śrāddha, arrivée cérémonielle de la divinité, offrandes arghya/pādya/ācamanīya, madhupārka, onction, culte au crépuscule (godhūli), saṅkalpa nuptial avec marqueurs de lignée, formules de don de Tulasī, veille nocturne, culte de l’aube, installation du feu et japa/homa au dvādaśākṣarī, offrandes de clôture, honneur à l’ācārya et prières d’achèvement. Enfin sont donnés les règlements de parāṇa (ne pas rompre le vœu à une jonction inappropriée), la redistribution aux brāhmaṇas des objets évités durant le vœu, des règles de commensalité, et des prescriptions de pureté/ucchiṣṭa liées aux restes consommés (feuilles de Tulasī, bâton de canne à sucre, āmalakī, jujube). Le texte se clôt par le visarjana et l’énoncé du phala : accomplir chaque année le tulasī-karapīḍana apporte prospérité, grains et richesse, et une renommée durable en ce monde et dans l’autre.

Kārtika-Śukla-Navamī Observances and the Tulasi–Keśava Vivāha Rite (Tulasi Karapīḍana)
Le chapitre 32, enseigné par les Vālakhilyas, fixe la discipline de Kārtika Śukla-navamī pour le don et le jeûne, en fondant l’autorité rituelle sur la précision du tithi (avec considérations avant midi et à midi) et sur une observance structurée de trois nuits. Il propose un récit d’origine : Viṣṇu abat le démon Kūṣmāṇḍaka, et des poils de son corps naissent des lianes ; ainsi, le don de kūṣmāṇḍa (courge/gourde) est reconnu comme hautement méritoire. Le cœur du chapitre est le culte de Tulasi–Keśava sous une forme nuptiale : façonner une image de Viṣṇu en or selon ses moyens, accomplir la prāṇa-pratiṣṭhā pour Tulasi et pour la forme de Viṣṇu, invoquer la Divinité et offrir les seize upacāras. Sont aussi décrits les rites annexes (culte de Gaṇeśa, puṇyāha, nāndī-śrāddha), la procession et l’annonce au son des instruments (vādyas), la mise en place de l’image près de Tulasi, et un dialogue liturgique où Tulasi est offerte comme une épouse, avec arghya, pādya, ācamanīya et madhupārka. Sont prescrits l’adoration au crépuscule (godhūli), le saṅkalpa avec marques de lignée, la veille nocturne, la pūjā du matin, l’établissement du feu et le homa au moyen du mantra dvādaśākṣarī. La conclusion règle la pāraṇa (à éviter en Dvādaśī selon certaines conjonctions), ordonne de donner aux brāhmanes des objets auparavant évités, de partager le repas avec couples et brāhmanes, et d’observer des règles sur certains restes afin d’éviter l’impureté ‘ucchiṣṭa’. Le chapitre s’achève par le visarjana et une phalaśruti promettant prospérité, renommée et bienfaits durables à qui accomplit chaque année le Tulasi karapīḍana.

Bhīṣmapañcaka-vrata: Ekādaśī-ārambha, arghya-tarpaṇa, and five-day niyamas (भीष्मपञ्चकव्रतविधिः)
Ce chapitre codifie le Bhīṣmapañcaka, observance de cinq jours commençant à Kārtika śukla Ekādaśī. Il s’ouvre en rappelant, dans la mémoire du Mahābhārata, Bhīṣma et l’estime que lui accorde Vāsudeva, reliant l’hommage rituel (arghya/tarpaṇa) à l’exemplarité d’un enseignement du dharma. Le texte en affirme la nécessité : sans Bhīṣmapañcaka, le Kārtika-vrata est dit incomplet ; et ceux qui ne peuvent suivre toutes les disciplines de Kārtika peuvent obtenir un fruit équivalent par cette pratique condensée. Il prescrit le snāna (souvent dans l’eau d’une rivière ou d’un ruisseau), le pitṛ-tarpaṇa avec des grains, l’offrande d’arghya et d’eau à Bhīṣma avec des mantras déterminés, ainsi que le culte de Keśava avec Lakṣmī, incluant le don de pañcaratna et l’offrande de lampes pendant cinq jours. Sont détaillés les degrés quotidiens d’adoration (pieds, genoux, tête), les règles alimentaires et ascétiques (formes de jeûne, séquence de pañcagavya selon les jours), le japa de « oṃ namo vāsudevāya », le homa avec le mantra ṣaḍakṣara, et les retenues éthiques (éviter enivrants, viande et relations sexuelles ; cultiver le brahmacarya et une nourriture sāttvika). La conclusion donne la phalāśruti, de la purification et des rites d’espoir de descendance jusqu’au mérite orienté vers la libération, comparé aux grands sacrifices, et s’achève par les rites de Pūrṇimā : nourrir des brāhmaṇas et offrir une vache avec son veau.

Ūrja-vrata Udyāpana-vidhi (Kārtika-vrata Completion Rite) | ऊर्जव्रतोद्यापनविधिः
Le chapitre prend la forme d’un enseignement dialogué : Nārada interroge Brahmā sur la nécessité et la procédure de l’udyāpana, rite de clôture formelle d’un vrata, surtout du Kārtika (Ūrja) vrata. Brahmā pose d’abord une règle : sans udyāpana, le fruit promis du vœu n’est pas obtenu de manière sûre. Il décrit ensuite le déroulement rituel : choisir la Śukla Caturdaśī du mois de Kārtika; ériger un maṇḍapa de bon augure près ou au-dessus du tulasī, avec piliers décorés, guirlandes de lampes, portails, et culte rendu aux gardiens des portes. On installe un kalaśa; on adore Viṣṇu comme Śaṅkha-Cakra-Gadā-dhara avec Lakṣmī, et l’on honore les lokapālas. Le pratiquant jeûne et veille la nuit au son d’une musique propice; la veille est louée comme purificatrice des fautes accumulées de longue date. À la Pūrṇimā, on invite des brāhmaṇas qualifiés; après le bain et la pūjā, on établit le feu sacrificiel et l’on offre des oblations (notamment le tila-pāyasa) selon la prescription des mantras; puis viennent dāna et dakṣiṇā, le don d’une vache kapilā avec son veau, l’hommage au guru initiateur et la demande de pardon aux brāhmaṇas. La conclusion proclame l’incomparabilité de Kārtika pour consumer le péché; écouter ou réciter l’udyāpana-māhātmya mène à la proximité de Viṣṇu (sāyujya), et même celui qui ne peut accomplir le rite en reçoit le fruit par une écoute disciplinée.

वैकुण्ठचतुर्दशी-माहात्म्यम् (Glory of Vaikuṇṭha Caturdaśī) and Kārtika Pūrṇimā Lamp-Rites
Le chapitre 35 présente un enseignement de calendrier et de rite par une narration à plusieurs niveaux : Brahmā rapporte un ancien récit énoncé par les Vālakhilyas au sujet de la caturdaśī (quatorzième jour lunaire) de la quinzaine claire de Kārtika. Au Kṛta Yuga, Viṣṇu vient de Vaikuṇṭha à Vārāṇasī, se baigne à Maṇikarṇikā et projette d’adorer Śiva, Viśveśvara, avec mille lotus d’or. Or un lotus est dissimulé et il en manque un ; afin de préserver l’intégrité du vœu et la pureté du siège d’adoration, Viṣṇu—Pundarīkākṣa, « aux yeux de lotus »—décide de combler le manque en offrant son propre œil, semblable au lotus, comme dernier « lotus ». Śiva, satisfait, accorde des grâces : il confirme la bhakti exemplaire de Viṣṇu, lui confère une autorité protectrice et lui donne le disque Sudarśana pour dompter les grands daityas. Le chapitre codifie ensuite l’ordre et le moment des observances : jeûne le jour, culte de Viṣṇu le soir, puis culte de Śiva ; pour la Hari-pūjā, on retient la caturdaśī lorsqu’elle se prolonge dans la nuit, et la Śiva-pūjā est recommandée à l’arunodaya (à l’aube naissante). Il énumère diverses séquences de pèlerinage entre tīrthas et temples le long des rivières et des lieux saints, en soulignant l’adoration conjointe de Hari et Hara comme discipline religieuse complète. La dernière partie se tourne vers Kārtika Pūrṇimā : la fête de Tripurotsava et l’offrande obligatoire de lampes dans les temples de Śiva. La phalaśruti affirme que le don de lumière délivre des péchés et que l’observance de la fête, avec les rites associés (dont le vṛṣotsarga), procure des fruits auspices.

अन्त्यतिथित्रय-माहात्म्य (The Glory of the Final Three Tithis of Kārtika)
Le chapitre 36 rapporte l’enseignement de Brahmā sur la sainteté incomparable des trois derniers tithi de la quinzaine claire de Kārtika—Trayodaśī, Caturdaśī et Pūrṇimā—tenus pour une période condensée de purification et de mérite. Chaque tithi est relié à des puissances purificatrices cosmiques (les Veda, les divinités et les tīrtha établis par Viṣṇu), et il est affirmé que le bain rituel et l’observance disciplinée en ces jours procurent un « fruit complet », même lorsque l’on ne peut soutenir des vœux mensuels prolongés. Le texte développe ensuite un programme liturgique concret : se lever avant l’aube, achever les rites de purification, accomplir la pūjā de Viṣṇu, ériger et décorer un maṇḍapa, et écouter régulièrement l’Ūrja/Kārtika-māhātmya, ne fût-ce qu’un chapitre, un verset ou un court moment. Un code éthique et rituel pour la récitation purānique est également donné : qualités requises du récitant et des auditeurs, interdiction de lieux inappropriés, bienséance durant l’exposé, et mérite d’honorer le récitant par des dons. Le chapitre s’achève sur une phalaśruti vigoureuse—destruction des péchés, santé, accomplissement des buts mondains et délivrance—tout en avertissant de ne pas transmettre cet enseignement aux sans-foi et en soulignant la vénération du guru.
It exalts Kārtika as a sacred season where regulated observances—bathing, lamp-offering, devotion to Dāmodara, and care of Tulasī—are presented as especially efficacious for spiritual merit and ethical purification.
The section frames Kārtika practices (notably snāna and dīpadāna) as high-merit disciplines in Kali-yuga, sometimes compared—via evaluative hierarchy—to merits associated with other months and renowned tirthas.
Key themes include calendrical boundaries for vrata, comparative merit discourse, devotional objects and mediators (Tulasī, Śālagrāma), household ethics (truthfulness, restraint), and the logic of ‘accessibility’ of dharma in Kali-yuga.