
Avanti Kshetra Mahatmya
This section is situated in the sacred topography of Avantī, traditionally associated with Ujjayinī (Ujjain) in central India. It presents the region as a Śaiva kṣetra defined by Mahākāla and by a network of tīrthas, liṅgas, and ritual landscapes (including cremation-ground symbolism). The narrative frames Avantī as a comparandum within a pan-Indian pilgrimage hierarchy (e.g., Kurukṣetra, Vārāṇasī, Prabhāsa), thereby integrating local sanctity into an all-India Purāṇic map.
71 chapters to explore.

महाकालवनमाहात्म्य-प्रश्नोत्तरम् | Mahākālavanamāhātmya: Dialogues on the Glory of Mahākāla’s Sacred Grove
L’Adhyāya 1 s’ouvre sur des salutations d’invocation et une louange de style stotra śaiva, présentant Mahākāla comme la Présence divine primordiale manifestée dans le liṅga. Un dialogue s’engage ensuite : Umā demande un exposé ordonné des grands tīrthas et des rivières sacrées, et Īśvara énumère des lieux éminents à l’échelle de l’Inde—Gaṅgā, Yamunā, Narmadā ; Kurukṣetra, Gayā, Prabhāsa, Naimiṣa ; Kedāra, Puṣkara, Kāyāvarohaṇa—avant d’élever Mahākālavanam au rang de kṣetra suprêmement auspicious. Le texte décrit Mahākālavanam comme un domaine sacré d’une vaste étendue, capable de détruire de lourdes impuretés, d’accorder bhukti–mukti (bienfaits mondains et délivrance), et de demeurer efficace même lors de la dissolution cosmique. Umā sollicite alors un récit plus complet des tīrthas et liṅgas propres à la région. La narration se déplace vers une scène de transmission entre Sanatkumāra et Vyāsa : Vyāsa demande pourquoi le lieu est nommé Mahākālavanam, pourquoi il est dit forêt « guhya », pīṭha, ūṣara et śmaśāna, et quels fruits proviennent de la résidence, de la mort sur place, du bain rituel et du don. Sanatkumāra explique ces appellations par des définitions d’origine : les péchés y « périssent » ; c’est un pīṭha en raison de son lien avec les Mères ; mourir là empêche la renaissance ; et Śiva affectionne le symbolisme du lieu de crémation. Le chapitre se conclut en plaçant Mahākālavanam au-dessus des autres tīrthas renommés par une hiérarchie comparative et multiplicative de mérite, et en affirmant que les cinq attributs—forêt, pīṭha, kṣetra, ūṣara, śmaśāna—se trouvent réunis de manière unique à Mahākālapura.

Mahākāla, Brahmā’s Stuti, and the Origin of Nīlalohita (Rudra)
Sanatkumāra dépeint une scène cosmogonique : dans une condition primordiale semblable à la dissolution, seul Mahākāla (Śiva) demeure comme principe souverain. Pour l’acte de création, un œuf cosmique d’or se forme puis se partage : la terre en bas, le ciel en haut ; au milieu apparaît Brahmā, à qui Mahākāla/Śiva ordonne d’entreprendre la création. Brahmā recherche la connaissance, reçoit le Veda avec ses six auxiliaires, mais poursuit encore les austérités et offre une longue stuti, louant Śiva comme Celui qui dépasse les trois guṇa et comme le fondement de la création, du maintien et de la résorption. Śiva répond par une grâce teintée d’enseignement : du désir mental de Brahmā d’avoir un fils surgit Nīlalohita (Rudra), à l’iconographie farouche, et il est dirigé vers l’Himālaya. En même temps, le rang de Brahmā comme « Brahmā » et « Pitāmaha » est confirmé par une justification théologique distincte. Puis Brahmā s’enorgueillit de sa puissance créatrice ; les devas, accablés par l’éclat du cinquième visage de Brahmā, cherchent refuge auprès de Mahēśvara. Śiva se manifeste, brise l’arrogance et tranche d’un ongle la cinquième tête de Brahmā, faisant naître le motif de Kapālin ; les devas louent Śiva comme Mahākāla, Kapālin et Celui qui ôte la souffrance. Le chapitre relie ainsi cosmologie, hymne et avertissement contre l’orgueil, tout en expliquant l’origine de noms et de formes de Śiva.

Śiprā-prādurbhāvaḥ and Nara-Nārāyaṇa-saṃbandhaḥ (Origin of the Śiprā and the Nara–Nārāyaṇa Link)
Sanatkumāra raconte que Brahmā, saisi de colère et obscurci par le tamas, fait naître de sa sueur un être redoutable, armé et cuirassé, puis l’envoie vers Rudra. Rudra comprend que cette figure ne doit pas être mise à mort et qu’elle deviendra le compagnon de Viṣṇu; il se rend donc à l’ermitage de Viṣṇu. Là, Rudra demande l’aumône (bhikṣā) en tenant un crâne-bol flamboyant (kapāla). Viṣṇu, discernant sa dignité de récipiendaire, offre son bras droit; Rudra le perce de son trident, et du sang divin surgit une rivière pure et rapide, la Śiprā, dont le texte précise mesure et durée. Quand le kapāla est rempli, le brassage du sang fait apparaître un guerrier couronné nommé Nara; Rudra annonce que Nara et Nārāyaṇa seront célèbres ensemble, dans un yuga, pour protéger les mondes et accomplir les desseins divins. S’ensuit un long combat entre l’être né de la sueur et celui né du sang, qui s’achève par l’arbitrage des dieux et la fixation de leur place dans les âges à venir. Le chapitre se clôt lorsque Viṣṇu enseigne à Brahmā le rite d’expiation (prāyaścitta), par l’ordonnance des trois feux (agni-traya) et une adoration soutenue, afin de réparer l’ordre éthique après une intention fautive.

अग्नितेजःसर्गः तथा नर-उत्पत्तिप्रसङ्गः (Origin of Agni’s Tejas and the Context of Nara’s Emergence)
Le chapitre 4 se déploie comme un entretien théologique en questions–réponses. Vyāsa demande comment l’archer prodigieux Nara—dit surgir en lien avec le kapāla (motif du crâne) et avec l’art/puissance de Viśvakarman—se rapporte à Rudra (Śiva), Viṣṇu et Brahmā, et pourquoi le « cinquième visage » de Brahmā devient pertinent dans le récit. Sanatkumāra répond en rattachant ces interrogations à une cosmogonie : Agni naît de l’esprit de Brahmā après l’ascèse (tapas) et l’énonciation védique; puis il descend avec une ardeur incontrôlée. Brahmā cherche à le stabiliser et à le nourrir par le sacrifice (yajña), allant jusqu’à des offrandes de soi. Il répartit ensuite des « feux » différenciés (selon le symbolisme vocalique a/i/u) en fonctions et demeures cosmiques : formes solaires, lunaires, et terrestres/maritimes telles que la vaḍavāmukha. Le chapitre propose aussi un enseignement normatif sur la saṃskṛtā vāc (parole cultivée et réglée), principe de purification et de soutien vital pour les communautés dvija. Suit une louange hymnique où Brahmā exalte le tejas multiforme d’Agni, culminant en une vision théophanique du principe suprême qui gouverne création et maintien. La conclusion revient au cadre Nara–Nārāyaṇa et une phalaśruti promet l’élévation spirituelle—dont la brahma-sālokya—à ceux qui comprennent et écoutent avec foi ce « tejas-sarga », tout en indiquant la grandeur de Paśupati (Śiva).

Kuśasthalī-vanavarṇana and Kapāla-nikṣepa (Description of the Kuśasthalī Forest and the Casting Down of the Kapāla)
Le chapitre s’ouvre sur un dialogue : Vyāsa interroge sur les suites du conflit précédent et sur les actes d’expiation ou les conséquences assumées par Brahmā, Janārdana (Viṣṇu) et Śaṅkara. Sanatkumāra répond en montrant Brahmā engagé dans l’agnihotra, avec des matériaux de la forêt, et en rappelant les austérités de Nara–Nārāyaṇa à Badaryāśrama pour le bien de tous les êtres. Le récit se tourne ensuite vers Śiva, Kapālapāṇi, qui arrive à Kuśasthalī et pénètre dans une forêt d’un auspice exceptionnel. Une longue description, à la fois écologique et esthétique, déploie arbres, lianes, floraisons, oiseaux, vents et nuances des saisons, comme s’ils offraient une hospitalité de bhakti. La forêt présente des fleurs à Rudra ; Śiva les accepte et accorde aux arbres des bénédictions de protection et de prospérité : être préservés du feu, du vent, de l’eau, du soleil, de la foudre et du froid, fleurir sans cesse, demeurer jeunes et posséder des vertus d’accomplissement des souhaits. Après y avoir séjourné, Śiva jette le kapāla à terre, déclenchant un tremblement cosmique qui trouble océans, montagnes, véhicules célestes et les trois mondes. Les devas, saisis d’effroi, vont demander la cause à Brahmā ; celui-ci explique l’épisode du kapāla—la section de la cinquième tête de Brahmā par Śiva, la quête d’aumône auprès de Nārāyaṇa, puis l’entrée à Kuśasthalī—et les conduit à apaiser Rudra afin d’obtenir sa grâce et un don.

महापाशुपतव्रत-दीक्षा, महाकालवन-प्रादुर्भाव, कपालव्रत-विधानम् (Mahāpāśupata Vrata Initiation, Mahākālavana Epiphany, and the Kapāla-vrata Framework)
Sanatkumāra raconte que les devas pénètrent dans une forêt remplie de fleurs pour chercher Mahādeva, mais, malgré leurs recherches, ils ne parviennent pas à le voir. Vient alors une clarification doctrinale : la vision du Divin dépend de l’aptitude intérieure—Śiva s’approche par la triade śraddhā (foi), jñāna (connaissance) et tapas/yoga (austérité–yoga), avec la distinction entre la perception du manifesté (sakala) et de l’inmanifesté (niṣkala). Brahmā conseille aux devas de recevoir la dīkṣā śaiva et de maintenir un culte assidu ; les préparatifs d’un yajña śaiva sont entrepris. Les devas sont initiés et reçoivent une observance supérieure, identifiée au Mahāpāśupata vrata. Śiva se manifeste ensuite, entouré de gaṇa redoutables aux formes variées ; les devas le louent par une litanie d’épithètes. Śiva reconnaît leur discipline, accorde des bienfaits et explique un acte de protection : le jet d’un kapāla (crâne) qui provoqua un trouble cosmique afin de neutraliser une menace asurique. Śiva présente aussi Mahākālavana comme une forêt sacrée/śmaśāna renommée et ésotérique, et expose l’éthique du kapāla-vrata : marques ascétiques (bhasma, rudrākṣa), maîtrise de soi, évitement des fréquentations nuisibles, et gravité de l’insulte faite au vœu. Le chapitre se clôt par une phalaśruti, assurant les fruits spirituels à qui récite ou écoute avec une attention recueillie.

रुद्रभक्तित्रिविधविभागः तथा क्षेत्रवासिफलनिर्णयः (Threefold Rudra-Bhakti and the फल of Residence in Mahākālavana)
Le chapitre 7 s’ouvre sur une demande solennelle de Vyāsa concernant la méthode (vidhi) destinée aux hommes et aux femmes, de toute varṇa et de tout āśrama, qui souhaitent demeurer à Mahākālavana afin d’atteindre le domaine de Rudra. Sanatkumāra répond en classant la Rudra-bhakti en trois modalités graduées : (1) la dévotion mentale (mānasī), fondée sur dhyāna et dhāraṇā ; (2) la dévotion corporelle et disciplinaire (kāyikī), exprimée par des vœux, des jeûnes et la maîtrise des sens ; (3) la dévotion rituelle extérieure (laukikī), par les offrandes, les parfums, les lampes, les vêtements, les bannières, la musique et l’hospitalité. Il distingue aussi l’action védique (vaidikī)—agnihotra, rites de darśa–pūrṇamāsa, récitation de mantras et étude de la saṃhitā—lorsqu’elle est accomplie avec Rudra pour objet intentionnel. Le chapitre introduit ensuite un registre ādhyātmikī, à la fois contemplatif et analytique, selon deux voies—Sāṅkhya et Yoga—en exposant une hiérarchie de tattva (prakṛti/प्रधान comme principe insensible, puruṣa comme conscience jouissante, et Rudra comme principe/agent supérieur) ainsi qu’une visualisation yogique de Mahākāla (pañcavaktra, trilocana, etc.). Enfin, il énumère des issues posthumes graduées pour les résidents du kṣetra : depuis des affirmations de brahma-sāyujya/mokṣa pour certaines dispositions renonçantes, jusqu’à une longue jouissance en Rudraloka avec des êtres d’escorte (guhyakas), puis des renaissances dotées de prospérité, de rang et de dévotion, selon la pratique de l’āśrama (gṛhastha, brahmacarya, vānaprastha), l’austérité et la manière de mourir à Mahākālavana.

Kalakaleśvara–Kalahanāśana-kuṇḍa and the Apsarā-tīrtha: Ritual Merit, Protection, and Origin Narratives
Le chapitre 8 se déploie comme un dossier dialogué de théologie et de rituel. Vyāsa pose une question de salut : si la discipline éthique (ācāra, maîtrise de soi) mène à Rudraloka, qu’advient-il de ceux qui n’observent pas—femmes, mlecchas, śūdras, animaux et personnes sans capacité d’ascèse—lorsqu’ils meurent à Mahākālavan ? Sanatkumāra répond par une doctrine fondée sur le lieu : mourir « par le Temps » dans l’enceinte de Mahākāla est raconté comme une grâce donnant accès à Rudraloka, avec un corps transfiguré et la jouissance de la proximité de Śiva. L’enseignement s’enracine ensuite dans la géographie sacrée locale : d’un conflit entre Śiva et Gaurī naissent la manifestation de Kalakaleśvara et l’établissement du Kalahanāśana-kuṇḍa, où le bain rituel et le culte—avec jeûne nocturne—sont dits élever une vaste lignée. Un second ensemble situe les Pṛṣṭhamātṛ (Mères gardiennes « de l’arrière ») et Maṇikarṇikā comme des pôles de protection et de purification, promettant délivrance des fautes et sécurité contre voleurs, esprits et afflictions planétaires. Le récit bascule vers l’origine d’une apsarā : la tapas de Nara-Nārāyaṇa, la tentative d’Indra de la troubler, et la création d’Urvaśī. Le désir de Purūravas le mène à Mahākālavan, où Nārada enseigne un vrata et des offrandes « pesées » (tila, lavaṇa, śarkarā, guḍa, madhu) à Pārvatī pour la beauté, la prospérité et la stabilité conjugale. Le chapitre se clôt en nommant d’autres tīrtha, tels Māhiṣa-kuṇḍa, et leur pouvoir protecteur contre les maux de preta–rākṣasa–piśāca.

महाकपाल-प्रादुर्भावः तथा शिवतडाग-रौद्रसरः-माहात्म्यम् (Origin of Mahākapāla and the Glory of Śiva’s Tank/Raudra Lake)
Vyāsa s’enquiert de l’origine de la menace à forme de buffle (Māhiṣa), de la manifestation des Mères (Mātṛs) et de la manière dont l’action de Rudra opère dans le kṣetra. Sanatkumāra raconte que Mahādeva, portant un fragment de crâne (kapāla-khaṇḍa) rayonnant, imprégné du Brahma-tejas, l’établit avec une grâce ludique dans la région sacrée devant les gaṇas. Alors retentit un son terrifiant qui attire l’asura Hālāhala—fléau des devas, fort de ses dons, prenant la forme d’un buffle—accompagné d’immenses troupes. Śiva ordonne aux gaṇas de neutraliser l’ennemi approchant; ils livrent bataille par des armes multiples et des salves coordonnées, jusqu’à abattre l’asura. Après sa chute, Śiva rappelle que l’orgueil mène à la ruine. Du kapāla ainsi établi surgissent des Mères farouches et lumineuses, les Kāpālamātṛs, qui accourent et dévorent le daitya, consacrant l’identité du lieu et l’appellation Mahākapāla pour cet objet-lieu. Le récit relie ensuite cet événement à l’apparition et à la renommée du bassin de Śiva (Śiva-taḍāga) / lac Raudra, loué comme purificateur, comparable aux ablutions des grands sacrifices. Le chapitre s’achève sur l’éthique du pèlerinage et les fruits (phala) : la visite de Brahmā, la célébrité du site comme « échelle » vers le ciel, la promesse de Rudra-loka pour qui y meurt, et des bienfaits sublimes pour l’auditeur à l’esprit unifié.

कुटुंबिकेश्वरतीर्थमाहात्म्य (Kutumbikeśvara Tīrtha-Māhātmya)
Sanatkumāra décrit un tīrtha renommé dans les trois mondes, lié à Mahādeva, identifié comme Kutumbikeśvara, le svayaṃbhūta (auto-manifesté). Le chapitre présente le darśana du sanctuaire et les rites annexes comme des moyens de purification et d’élévation : celui qui, purifié, accomplit le śrāddha selon la règle puis contemple la divinité, est délivré des fautes accumulées sur sept naissances. Il est ensuite question de la charité d’offrandes alimentaires sur la rive du tīrtha—légumes et tubercules—tenue pour un mérite conduisant à « l’état suprême ». Viennent des prescriptions de vrata selon le calendrier : un jeûne unique à Pauṣa śukla pratipad ou à aṣṭamī procure un mérite comparable à l’Aśvamedha ; le darśana à la pleine lune d’Āśvinī est associé à l’accès au ciel par la dévotion au paṭṭa-bandha (lien/guirlande rituelle) de Mahādeva. À Caitra śukla pañcamī, il est prescrit de jeûner, d’offrir des aromates (camphre, safran, musc, santal) et le ghṛta-pāyasa (riz au lait au ghee), puis de nourrir un couple de brāhmanes, avec la promesse d’atteindre Rudra-loka pour une longue durée cosmique.

विद्याधरतीर्थमाहात्म्यम् (The Māhātmya of Vidyādhara Tīrtha)
Le chapitre s’ouvre par une annonce solennelle du Vidyādhara tīrtha et de sa puissance : celui qui s’y baigne avec pureté obtient le rang de « seigneur des Vidyādharas ». Vyāsa interroge Sanatkumāra sur l’origine de ce tīrtha au sein du kṣetra. Sanatkumāra rapporte une légende d’origine : un chef Vidyādhara, paré d’une guirlande de pārijāta au charme envoûtant, se rend au séjour d’Indra et, durant la danse de Menakā, lui offre la guirlande. Indra, irrité par cette inconvenance qui trouble la représentation, le maudit et le fait choir sur la terre, désignant l’acte comme une interruption fautive. Le Vidyādhara implore la grâce ; Indra l’oriente alors vers Avantī, mentionnant une grotte liée au Gaṅgā et indiquant qu’au nord se trouve un tīrtha éminent, renommé dans les trois mondes sous le nom de « Vidyādhara ». Obéissant, le Vidyādhara atteint Avantī, se baigne dans ce tīrtha délicieux et, par sa vertu, recouvre son ancienne dignité céleste. La conclusion prend la forme d’une phalaśruti : offrir fleurs et pâte de santal en ce lieu procure des jouissances et des bienfaits complets ici-bas comme au-delà, faisant du tīrtha un instrument de restauration, de mérite et de dévotion guidée par l’éthique.

Mārkaṭeśvara-tīrtha and Śītalā Darśana (मर्कटेश्वरतीर्थ-शीतलादर्शन)
Sanatkumāra décrit un lieu éminent nommé Mārkaṭeśvara et un tīrtha renommé, célébré comme dispensateur de tous les vœux (sarvakāmapradāyaka). La phalaśruti affirme que se baigner en ce tīrtha procure un mérite comparable au fruit du don de cent vaches (gośata-phala). Le texte indique ensuite un rite à visée curative pour apaiser les affections éruptives (visphoṭa) et assurer le bien des enfants : il faut mesurer puis piler des lentilles (masūra) en ce lieu, l’efficacité étant attribuée à la puissance rafraîchissante de la Déesse Śītalā (śītalāyāḥ prabhāva). La vision dévotionnelle (darśana) de Śītalā—celle qui ôte les fautes (duritāpahā)—est exaltée : le fidèle ne sera marqué ni par la faute, ni par la pauvreté, ni par la crainte de la maladie, ni par les tourments liés aux graha. Ainsi, le chapitre unit rite local, théologie protectrice et promesse de fruits spirituels orientée vers le bien-être et la stabilité de la communauté.

Svargadvāra-tīrtha: Bhairava–Ambikā Darśana and Śrāddha-Pūjā Phala (स्वर्गद्वारतीर्थे भैरवाम्बिकादर्शन-श्राद्धपूजाफलम्)
Le chapitre présente l’enseignement de Sanatkumāra à Vyāsa sur la portée rituelle et salvatrice du tīrtha Svargadvāra (« Porte du Ciel ») dans l’Avantīkṣetra. Il expose une suite de pratiques : (1) se baigner à Svargadvāra, (2) recevoir le darśana de Bhairava, puis (3) accomplir en ce lieu, avec dévotion, le śrāddha en l’honneur des Pitṛs (ancêtres). Le rite est dit profitable à la fois au pratiquant et aux ancêtres, et le site est associé à l’accès à la demeure suprême de Rudra. Le texte affirme aussi la présence de la Déesse : Ambikā se tient devant Bhairava, et son darśana délivre toute personne, homme ou femme, de tous les péchés. Vient ensuite une prescription pour Mahānavamī : offrir un bali à la Déesse—avec des éléments mentionnés par la source, tels qu’un substitut d’offrande animale, un buffle, de l’alcool, de la viande et une guirlande auspicieuse de bilva—procure « toutes les siddhis » selon la phalāśruti. Le chapitre se clôt en réaffirmant que le bain et le culte de Maheśvara en ce lieu conduisent le dévot, par Svargadvāra, jusqu’à la demeure de Rudra.

राजस्थलसमीपे चतुर्समुद्रसंगमः — The Convergence of Four Oceans near Rajāsthāla
Ce chapitre présente Rajāsthāla comme un nœud de pèlerinage fondé sur le śivaïsme, où l’on rapporte une affirmation de géographie sacrée remarquable : près du lieu de Śiva se trouvent réunis quatre océans archétypiques—l’océan de sel (kṣāra), de lait (kṣīra), de caillé (dadhī) et de jus de canne (ikṣu). Vyāsa s’étonne qu’ils puissent coexister, alors qu’ils sont d’ordinaire situés aux confins cosmographiques du monde. Sanatkumāra répond par un récit d’origine : le roi Sudyumna et la reine Sudarśanā désirent un enfant ; la reine consulte le sage Dālbhya, qui conseille de se baigner dans des eaux « dispensatrices de fils » instituées divinement et d’adorer Śaṅkara afin d’obtenir l’accomplissement du vœu. Sudyumna apaise Śiva par une dévotion fervente ; Śiva lui ordonne de se rendre à Avanti/Kuşasthalī et promet que, par commandement divin, les océans viendront et demeureront là sous une manifestation partielle (kalā) jusqu’à la fin de l’éon. Les océans consentent et confirment le fruit : par le bain sacré, on obtient un fils aux marques auspicielles. Le chapitre expose ensuite un protocole de yātrā à travers les quatre océans : snāna dans chacun, śrāddha pour les ancêtres, culte de Śiva (Pārvatīpati) et dāna prescrits—sel, lait, riz au caillé, jaggery/pain de sucre ; récipients de cuivre ; or ; grains ; vêtements ; arghya ; et le don d’une vache laitière. La phalaśruti conclut par la promesse de prospérité, d’une descendance réjouissante, d’une longue récompense céleste et, finalement, de la mokṣa.

शंकरवापिका–शंकरादित्यतीर्थमाहात्म्य (Śaṅkaravāpikā and Śaṅkarāditya Tīrtha: Glory and Merits)
Ce chapitre rapporte un enseignement théologique que Sanatkumāra adresse à Vyāsa. Il présente d’abord un grand tīrtha nommé Śaṅkaravāpikā, dont l’origine est rattachée à un acte de Śiva : l’eau employée pour purifier un crâne (kapāla-kṣālana) fut jetée et devint un puits/étang, consacrant ainsi le lieu et lui donnant son nom. Vient ensuite le rite fixé au jour d’Arkāṣṭamī : le bain sacré est décrit comme couvrant les directions et le centre même de la vāpi, puis il doit être suivi d’un don accompli avec discipline—haviṣyānna et divers aliments, avec légumes et racines offerts aux brāhmaṇa—faisant du pèlerinage une redistribution éthique. La phalaśruti promet un bien-être « ici et au-delà », prospérité et honneur à ceux qui récitent ou diffusent le māhātmya. Le récit se tourne ensuite vers une seconde étiologie : Śiva (Pinākī, Vṛṣabhadhvaja) loue Sūrya, qui accorde une grâce ; Śiva demande que le Soleil demeure en ce lieu « par une portion » (aṃśena) pour le bien de tous les êtres incarnés. Ainsi s’établit le tīrtha de Śaṅkarāditya, en présence des dieux, des daitya, des gandharva et des kinnara, qui vénèrent à la fois Śaṅkara et Āditya. Le chapitre s’achève en affirmant que le darśana de Śaṅkarāditya surpasse le mérite de tous les sacrifices et dons, et qu’il procure protection : délivrance de la maladie, de la pauvreté, du chagrin et de la séparation.

Gandhavatī-Tīrtha Prādurbhāva and Śrāddha–Dāna Phala (गन्धवतीतीर्थप्रादुर्भावः श्राद्धदानफलम्)
Sanatkumāra instruit Vyāsa au sujet d’un « tīrtha d’excellence » né d’un épisode śaiva. Maheśvara, portant de l’eau dans un crâne pour la purification du crâne (kapāla-kṣālana), la lave puis la répand sur le sol ; de ce geste se manifeste un tīrtha sans égal sous la forme de la rivière sacrée Gandhavatī, renommée dans les trois mondes. Le chapitre se tourne ensuite vers l’enseignement rituel et éthique : le bain en ce lieu est loué ; le śrāddha et le tarpaṇa accomplis là sont déclarés akṣaya, d’effet impérissable. Les pitṛs sont décrits comme présents sur la rive méridionale, attendant les offrandes des descendants—pāyasa (riz au lait), grains et piṇḍas mêlées de miel et de sésame—par lesquelles ils obtiennent une satisfaction prolongée, tandis que l’officiant acquiert un mérite céleste durable. Le discours universalise enfin le śrāddha comme un rite qui réjouit une vaste gamme d’êtres : devas, pitṛs, gandharvas, yakṣas, humains, animaux et autres créatures. Il énumère des temps favorables (tithis tels que navamī, aṣṭamī, amāvāsyā, pūrṇimā ; transitions solaires ; et certaines conjonctions lune–nakṣatra) et conclut que la pureté de l’esprit et des moyens, le bon moment, la méthode juste, des bénéficiaires dignes et la dévotion suprême déterminent l’accomplissement des fruits désirés.

दशाश्वमेधमाहात्म्यवर्णनम् | The Glory of Daśāśvamedha (Tīrtha Merit Discourse)
Sanatkumāra énonce une tīrtha-phalashruti centrée sur le lieu de Daśāśvamedha dans l’Avantīkṣetra. Il enseigne que le bain rituel (snāna) suivi du darśana de Maheśvara (Śiva) confère le mérite total de dix sacrifices Aśvamedha, rendant la grâce accessible par la dévotion au lieu sacré plutôt que par la seule puissance royale capable d’accomplir de grands yajña. Un catalogue de figures exemplaires—Manu, Yayāti, Raghu, Uśanas, Lomasha, Atri, Bhṛgu, Vyāsa, Dattātreya, Purūravas, Nahuṣa et Nala—sert de chaîne de preuve quant à l’efficacité du tīrtha. Le texte précise aussi une observance calendérique : au mois de Caitra, le huitième jour de la quinzaine claire (śukla aṣṭamī), il faut adorer la Divinité avec bhakti et offrir à un brāhmaṇa un cheval bien conformé et vertueux. Le fruit promis est un long honneur en Śivaloka, proportionnel au nombre de poils du cheval, puis un retour à la souveraineté terrestre, selon une économie sacrée de rite, de don et de conséquence.

Ekānaṃśā-devī Utpattiḥ and Pūjā-Phala (एकानंशादेवीोत्पत्तिः पूजाफलम्)
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue : Vyāsa demande à Sanatkumāra le récit de l’origine de la Déesse Ekānaṃśā, célébrée comme celle qui détruit tous les péchés (sarva-pāpa-praṇāśinī). Sanatkumāra expose d’abord le cadre rituel et théologique : l’adoration méthodique selon la règle (vidhāna-pūjā) de cette Déesse renommée procure « toutes les siddhi », dont aṇimā et d’autres puissances, ainsi que des supports rituels protecteurs et fortifiants, présentés comme des fruits assurés. Le propos se tourne ensuite vers l’étiologie mythique : au commencement du Kṛtayuga, Brahmā convoque la Nuit personnifiée, Rātri/Vibhāvarī, et l’instruit au sujet de la menace de l’asura Tāraka et de la nécessité d’une naissance divine qui mettra fin à ce péril. Le récit entremêle la renaissance de Satī en Pārvatī, l’attente ascétique de Śiva, et la suite d’événements conduisant à leur union puis à la naissance d’un enfant lumineux destiné à vaincre les forces hostiles. Enfin, Ekānaṃśā est décrite par une litanie de formes et de fonctions : comme Gāyatrī au visage d’Om, comme prospérité et renommée, comme connaissance et but. Il est affirmé que ceux qui la contemplent et la vénèrent obtiennent leurs desseins, et qu’il convient de la méditer avec bhakti, une dévotion fervente.

हरसिद्धि-प्रादुर्भावः (Origin and Significance of Harasiddhī)
Sanatkumāra expose l’origine et la portée de Harasiddhī au sein du complexe sacré de Mahākāla/Avantī, comme Déesse qui confère puissance et accomplissement. Deux daityas redoutables, Caṇḍa et Pracaṇḍa, bouleversent l’ordre cosmique en déracinant les cieux puis en parvenant à Kailāsa. Ils affrontent Śiva, proposent un concours de jeu, et sont qualifiés de “devakaṇṭaka”, obstacles pour les dieux. Dans le tumulte, les gaṇas de Śiva sont maîtrisés et Nandin est grièvement blessé. La Devī (identifiée à Pārvatī/Śakti) est alors invoquée; elle apparaît devant Śiva et, avec une résolution farouche, abat les deux daityas. Śiva proclame qu’elle sera célébrée dans le monde sous le nom de Harasiddhī, dispensatrice de siddhi et de réussite, et que son culte ainsi que son darśana accordent les fruits désirés. Le chapitre s’achève par des phalāśruti: la vision dévote de Harasiddhī procure des buts inépuisables et une destinée posthume śaiva; le souvenir du mantra quadrisyllabique “harasiddhī” dissipe la crainte des ennemis et prévient la pauvreté. Le culte de Mahānavamī, avec l’offrande bali prescrite, est lié à la prospérité royale; et il est affirmé que la mise à mort rituelle de buffles à Mahānavamī n’entraîne aucun péché pour l’exécutant, tandis que les offrandes obtiennent l’ascension au ciel.

वटयक्षिणी-माहात्म्य तथा अवन्तीक्षेत्रे शिवदर्शन-तीर्थस्नान-फलश्रुति (Vaṭayakṣiṇī Mahātmya and the Fruits of Śiva-Darśana & Tīrtha-Snāna in Avantī)
Ce chapitre, de nature phalaśruti, dresse un catalogue d’observances et de fruits spirituels propres aux lieux de l’Avantīkṣetra. Sanatkumāra y prescrit une discipline dévotionnelle d’un mois : aller recevoir le darśana de Vaṭayakṣiṇī et la vénérer, notamment par des offrandes de fleurs d’or et un culte assidu. Il enseigne aussi un rite ciblé au quatorzième jour lunaire (caturdaśī) : se baigner rituellement (snāna) et faire don de sésame (tila) afin de prévenir ou d’ôter l’affliction due aux piśāca ; le mérite s’étend à la lignée du donateur et aux familles auxquelles il dédie son intention. Enfin, il énumère une suite de darśanas dans divers tīrtha et sanctuaires śaiva—liés ou non à la Śiprā—chacun assorti d’un résultat : effacement des fautes, délivrance du domaine de Yama, accès au monde de Rudra, mérite égal à l’aśvamedha, santé, prospérité royale, longue jouissance du ciel, succès et victoire, libération des grands péchés, protection contre serpents et pauvreté, et mérite de nombreux sacrifices par le darśana de Bhairava à « Svargadvāra ».

हनुमत्केश्वर-प्रतिष्ठा (Establishment of Hanumatkeśvara)
Le chapitre est encadré comme un dialogue : Vyāsa demande le récit immémorial (sanātanī vṛttapūrva) de Hanumatkeśvara, et Sanatkumāra le rapporte. L’action se situe après la victoire de Rāma sur Rāvaṇa et son retour avec Sītā, en présence des sages. Agastya compare la vaillance incomparable de Mahādeva au combat à celle de Vāyusuta (Hanumān), ce qui pousse Hanumān à vouloir rapporter de Laṅkā un liṅga, signe concret de sa stature de bhakta. Hanumān se rend auprès de Vibhīṣaṇa, qui lui propose de choisir parmi six liṅga jadis établis par Rāvaṇa avant sa prétention à conquérir les trois mondes. Hanumān choisit un liṅga brillant comme une perle. Vibhīṣaṇa explique qu’il fut auparavant lié à Dhanada (Kubera) : Kubera l’adorait trois fois par jour et, par son efficacité, fut délivré de ses liens—preuve de la puissance rituelle et protectrice du liṅga. Hanumān le porte et atteint Avantikā le septième jour ; à Rudrasaras, il l’installe (pratiṣṭhā). Mais lorsqu’il tente ensuite de le soulever, il en est incapable ; la divinité lui parle et ordonne qu’il demeure établi là pour toujours au nom de Hanumān. La phalaśruti conclut : le darśana du samedi dissipe la crainte des ennemis et accorde la victoire ; les dévots sont préservés du vol, de la pauvreté et du malheur ; l’ablution d’huile (tailābhiṣeka) apaise maladies et afflictions planétaires ; et ceux qui contemplent avec bhakti atteignent le mokṣa.

Yameśvara–Koṭitīrtha–Mahākāla Māhātmya (Rudrasaras and Ritual Merits)
Ce chapitre se présente comme l’enseignement de Sanatkumāra à Vyāsa, déroulant des prescriptions rituelles liées à des lieux saints et leurs fruits (phalāśruti). Il s’ouvre sur un protocole bref pour le culte de Yameśvara : se baigner avec une eau mêlée de sésame, contempler la divinité après le bain, oindre de safran, offrir des lotus, présenter l’encens (notamment kṛṣṇāgaru), puis donner sésame et riz. Le texte affirme que, pour celui qui accomplit ce culte, Yama devient « comme un père » même pour le défunt, reconfigurant l’ordre de la mort par le mérite de la bhakti. Le discours se tourne ensuite vers un tīrtha plus éminent, Rudrasaras, célèbre dans les trois mondes : s’y baigner et recevoir le darśana de Koṭeśvara Śiva efface toutes les souillures et mène à Rudra-loka. Vient alors une évaluation précise des mérites : le śrāddha accompli en ce lieu donne des résultats multipliés au-delà des grands sacrifices védiques, et toute offrande aux ancêtres devient koṭi-guṇita. La méditation sur la « syllabe suprême » après le bain est comparée au serpent qui mue, image d’une délivrance morale et spirituelle. D’autres observances sont ajoutées : bain à l’aube et darśana de Mahākāla (fruit équivalent au don de mille vaches), séjour pur de sept nuits (comparé à des milliers de cāndrāyaṇa), et veille nocturne (jāgara) avec culte et grande ablution. Le chapitre s’achève sur le culte saisonnier de Kārtikī et de Vaiśākhī : préparer une pâte parfumée équilibrée (camphre, safran, santal, agaru), la broyer sur pierre et l’appliquer à Mahākāla, promettant le rang d’assistant et compagnon de Rudra (anu-cara).

महाकालयात्रा-विधिः (Mahākāla Pilgrimage Procedure and Merits)
Sanatkumāra décrit une yātrā (pèlerinage) ordonnée à l’intérieur d’Avantīkṣetra. Elle commence par le bain rituel dans le lac de Rudra, puis se poursuit selon une suite de sanctuaires de Śiva et de liṅga nommés. Le chapitre sert d’itinéraire prescriptif : il prescrit le darśana, le namaskāra et la pūjā avec parfums et fleurs, et précise, à certaines étapes, des quantités déterminées de snāna/abhiṣeka, incluant l’offrande de ghee et l’aspersion par un grand nombre de pots d’eau. À chaque halte s’attache une phalaśruti dense : le darśana purifie et délivre de fautes très graves, protège (en dissipant notamment les mauvais rêves), soulage des maladies (telles que les affections de la peau) et accorde prospérité ou siddhi. Le texte énonce aussi l’éthique du pèlerin : être concentré, plein de foi, maître de soi, et explicitement exempt de tromperie financière. Un acte conclusif formel est enseigné : s’asseoir devant la divinité, offrir des salutations répétées, consacrer la yātrā à Mahādeva et prier pour être sauvé de « l’océan du saṃsāra ». Le mérite est amplifié par des équivalences (la pradakṣiṇā est tenue pour l’égal de dons immenses) et l’ensemble s’achève sur des obligations communautaires : nourrir les dévots de Śiva et les personnes vulnérables, donner une vache laitière avec toutes ses provisions, étendant ainsi le fruit du pèlerinage aux ancêtres et à la lignée pour une longue jouissance céleste.

वाल्मीकेश्वर-माहात्म्य (Valmīkeśvara Māhātmya: The Etiology of Poetic Attainment)
Cet adhyāya prend la forme d’une question de Vyāsa et d’une réponse de Sanatkumāra au sujet de Valmīkeśvara, un liṅga d’Avantī dont le darśana et le culte sont réputés conférer le kavित्व, la puissance poétique. Le récit suit une chute morale puis une réhabilitation : Sumati, brāhmaṇa de la lignée de Bhṛgu, émigre lors d’une sécheresse ; son fils Agniśarman refuse l’étude védique et fréquente ensuite des brigands violents, au point d’oublier le Veda, les marques de son lignage et tout savoir. Lorsqu’il rencontre les Sept Sages en pèlerinage vers les tīrtha, il les menace. Le ṛṣi Atri met à l’épreuve son raisonnement éthique et lui demande d’aller consulter sa famille : acceptera-t-elle de partager le fardeau karmique de la violence commise « pour elle » ? Chacun refuse de co-porter le péché ; Agniśarman est alors saisi de repentir et se remet aux sages. Les ṛṣi lui prescrivent une méditation prolongée et le japa de mantras en un lieu déterminé. Après treize ans, une termitière (valmīka) se forme autour de lui ; les sages l’en dégagent et le restaurent, le nommant Vālmīki. Il adore ensuite Maheśvara à Kuśasthalī, obtient le don poétique et compose le Rāmāyaṇa. Ainsi, la divinité est célébrée en Avantī sous le nom de Valmīkeśvara, dispensatrice de l’accomplissement poétique par le culte et le darśana.

Tīrtha-Phala of Avantīkṣetra: Worship of Named Śiva-Liṅgas and Observance-Based Merits (तीर्थफलप्रकरणम्)
Ce chapitre est un catalogue prescriptif et théologique que Sanatkumāra transmet à Vyāsa. Il énumère plusieurs lieux sacrés de Śiva—Śukreśvara, Bhīmeśvara, Gargeśvara, Kāmeśvara, Cūḍāmaṇi et Caṇḍīśvara—en associant à chacun des actes rituels précis et les fruits spirituels annoncés. Les observances comprennent : le culte avec des fleurs blanches et des onguents parfumés ; l’accomplissement soigneux de la pūjā et du darśana ; l’ablution du liṅga avec de l’huile de sésame et de l’eau au sésame ; l’offrande de feuilles de bilva ; le jeûne (upavāsa) à des dates lunaires déterminées—caturdaśī, navamī durant la quinzaine claire de Kārttika, et kṛṣṇāṣṭamī—ainsi que le dāna, notamment le don de mille vaches. La logique du chapitre est méthodique : discipline (vrata, upavāsa), offrandes matérielles (tilataila, kuṅkuma, bilva) et intention dévotionnelle (bhāva, bhakti) sont présentées comme des moyens produisant l’intrépidité, l’accroissement du dharma, un bien-être durable, la délivrance des liens, et l’accès à Rudraloka ou à Svarga. Il conclut que la visite de ces tīrtha, l’esprit purifié, mène au royaume délicieux de Śambhu.

Pañceśānī-yātrāvidhi, Kṣetra-dvārapāla-nirdeśa, Mandākinī-tīrtha-māhātmya (पञ्चेशानी-यात्राविधिः, क्षेत्रद्वारपाल-निर्देशः, मन्दाकिनीतीर्थ-माहात्म्यम्)
Le chapitre s’ouvre sur la demande de Vyāsa, qui sollicite des critères faisant autorité afin de confirmer la sainteté et l’étendue de Mahākālavana. Sanatkumāra répond en transmettant ce qu’il avait jadis entendu de Brahmā, établissant ainsi une chaîne d’autorité scripturaire. Le kṣetra est ensuite décrit comme une zone sacrée bornée à une yojana, ornée de portails d’or et de seuils sertis de joyaux, gardée par de puissants dvārādhyakṣas institués pour le bien du monde. Un registre directionnel précise les gardiens : Piṅgaleśa à l’est, Kāyāvarohaṇeśvara au sud, Vitteśa à l’ouest et Uttareśvara au nord, chacun veillant sur l’axe kṣetra/tīrtha. Vient alors la procédure de pèlerinage (yātrā-vidhi) selon les dates lunaires, surtout autour de la Caturdaśī de la quinzaine sombre (Kṛṣṇapakṣa) et de la conjonction du soleil et de la lune. Le culte de Pañceśānī en constitue le centre, suivi de visites successives aux sanctuaires avec jeûne, bain rituel (snāna), offrandes de parfums, fleurs, encens (dhūpa) et naivedya, veille nocturne, puis retours répétés auprès de Mahākāleśvara. La conclusion fixe une éthique rituelle et sociale : nourrir cinq brāhmaṇas dévots de Śiva et offrir des dons gradués liés à des sanctuaires précis (char, éléphant, cheval, taureau, vache), avec une phalaśruti promettant la jouissance céleste en compagnie des ancêtres. Des catalogues prolongent la cartographie des mérites : circumambulation de Kuśasthalī ; adoration ou vision de Padmāvatī, Svarṇaśṛṅgāṭikā, Avantinī, Amarāvatī, Ujjayinī et Viśālā, avec destinations posthumes et rémission des fautes. Le récit se tourne ensuite vers le tīrtha de Mandākinī : Brahmā raconte son établissement et la multiplication exceptionnelle des fruits du bain, du japa et de la dāna, ainsi que des prescriptions saisonnières de dons (go-dāna, ghṛtadhenu, tila-dhenu, jala-dhenu). Une longue légende didactique relate l’entrée de Śiva, déguisé, dans le sacrifice de Brahmā, les conflits et malédictions touchant les brāhmaṇas, puis la restauration et l’assurance accordées aux dévots disciplinés. Le chapitre se clôt en réaffirmant la prééminence du tīrtha et du kṣetra comme domaine sacré privilégié.

Aṃkapāda-darśana and the Yamaloka Episode (Sāndīpani’s Son and the Five Forms at Kuśasthalī)
L’Adhyāya 27, sous forme de dialogue entre Vyāsa et Sanatkumāra, affirme une promesse de salut : quiconque contemple Rāma et Janārdana (Viṣṇu) au lieu sacré nommé Aṃkapāda ne verra pas le royaume de Yama, même accablé d’un lourd fardeau moral. Le récit poursuit en montrant Rāma et Kṛṣṇa, descendus pour alléger la charge de la terre, se rendre à Ujjayinī afin d’étudier auprès du brāhmane Sāndīpani, maîtrisant Veda et disciplines associées en un temps prodigieusement bref. Entrant avec leur maître dans Mahākālavana, ils sont loués pour protéger les justes et rétablir l’ordre. Sollicité pour la guru-dakṣiṇā, Sāndīpani demande le retour de son fils perdu dans l’océan. Kṛṣṇa et Rāma remontent la trace jusqu’au daitya marin Pañcajana (sous forme de timi), obtiennent la conque, puis—grâce à un char redoutable accordé par Varuṇa—se rendent à Yamaloka. Le son de la conque et la présence de Viṣṇu font décroître les dispositifs de châtiment et les enfers, libérant des êtres enchaînés par leurs fautes. Les serviteurs de Yama tentent d’imposer leur juridiction, un affrontement éclate ; Narāntaka est vaincu, et Yama s’avance avec ses troupes et Citragupta, le scribe des actes. Au moment culminant, lorsque Kāla lève son daṇḍa, Brahmā intervient, loue la puissance cosmique de Rāma qui soutient l’univers et demande la retenue. Kṛṣṇa énonce le but : reprendre le fils du guru selon la promesse ; Yama consent et rend l’enfant. La phalaśruti conclut par une sotériologie liée aux lieux : dès lors, ceux qui meurent à Aṃkapāda en Avantī ne voient pas Yama. Ceux qui contemplent l’ensemble des cinq formes à Kuśasthalī—dont Mahākāla, Viśvarūpa Govinda et Keśava comme Śaṅkha-uddhāra—échappent au niraya et obtiennent des fruits auspices. Des vers ajoutent les bienfaits du bain (santé et absence de mort prématurée), des offrandes et du śrāddha, menant à renaître dans des lignées pures et, finalement, à retourner à Viṣṇuloka.

अध्याय २८: चन्द्रादित्य–करभेश्वर–गणेश–सोमवतीतीर्थमाहात्म्य (Chapter 28: Mahatmya of Candrāditya, Karabheśvara, Gaṇeśa, and Somavatī Tīrtha)
Le chapitre 28 est un catalogue théologique de tīrtha, transmis par Sanatkumāra à Vyāsa. Il s’ouvre sur l’éloge de Candrāditya : l’adoration avec gandha (parfums), puṣpa (fleurs), dhūpa (encens) et naivedya (offrande de nourriture) procure le sālokya—la proximité du Divin—et un mérite durable. Le discours se tourne ensuite vers Karabheśvara : tandis que Śiva se divertit dans une forêt avec les devas, il prend la forme d’un karabha (semblable à un âne) ; les devas ne le reconnaissent pas jusqu’à ce que Brahmā et Gaṇanāyaka (Vināyaka) dévoilent le secret. Śiva établit alors un liṅga divin nommé Karabheśvara, en affirmant de puissants fruits pour le bain rituel et le culte en ce lieu. Puis Gaṇeśa est présenté comme « lḍḍuka-priya », amateur de lḍḍuka. Un rite de type vrata est prescrit, notamment au jour de caturthī : bain dans la Śiprā, vêtements rouges, fleurs rouges et santal rouge, mantra-snāna, et offrande de lḍḍuka en naivedya, promettant la levée des obstacles et des issues favorables. Le chapitre énumère encore d’autres points sacrés—Kusumeśa, Jayeśvara, le liṅga de la porte de Śiva, Mārkaṇḍeśvara, Brahma-saras/Brahmeśvara, Yajñavāpī et de nombreux kuṇḍa—chacun doté de fruits distincts. La seconde moitié développe l’origine de Somavatī : issue de l’ascèse (tapas) d’Atri et de la manifestation de Soma, elle purifie même les fautes graves. Le mérite s’accroît selon le calendrier lorsque l’amāvasyā coïncide avec le somavāra, ou lors du vyatīpāta. Le récit de l’affliction de Soma puis de sa restauration par le culte de Someśvara à Avanti conclut l’ensemble, avant de relier le mérite quotidien à l’adoration de Somanātha en Saurāṣṭra.

अनरकतীर्थमाहात्म्य एवं नरकवर्णन (Glory of Anaraka Tīrtha and an Ethical Account of Narakas)
Le chapitre se présente comme un dialogue : Vyāsa interroge Sanatkumāra sur le nombre, le lieu et les causes des narakas (royaumes infernaux), et sur la manière dont les êtres y chutent par leurs fautes. Sanatkumāra énumère plusieurs narakas nommés et décrit des châtiments proportionnés au karma, comme un avertissement éthique au sein d’un enseignement théologique sur la responsabilité morale. Le propos se tourne ensuite vers le remède : il proclame l’efficacité exceptionnelle d’Anaraka Tīrtha ; se baigner en ce lieu et contempler Maheśvara est dit empêcher même les grands fautifs de voir ou d’éprouver le naraka. Toutefois, le texte insiste sur la nécessité d’un repentir sincère et du prāyaścitta (expiation). L’upadeśa essentiel affirme que l’expiation suprême est le Śiva-smarana, le souvenir ininterrompu de Śambhu. Enfin, une prescription calendérique est donnée : au Kārttika kṛṣṇa-caturdaśī, on doit offrir une lampe (dīpa-dāna) devant Devadeva, reliant rite, purification morale et orientation dévotionnelle.

Dīpadāna-Māhātmya and Anarakā-Tīrtha Vidhi (दीपदानमाहात्म्य तथा अनरकातीर्थविधिः)
Ce chapitre se déploie sous forme de dialogue : Vyāsa interroge sur le fruit et l’origine de l’offrande rituelle de la lampe (dīpa-dāna), et Sanatkumāra répond par un récit étiologique situé au Kṛtayuga. Pārvatī, affligée par une obscurité dans son propre corps et aspirant à une radiance auspicieuse, part pratiquer l’austérité. En l’absence de Śaṅkara, l’univers s’enfonce dans les ténèbres, car ses trois yeux sont identifiés au soleil, à la lune et au feu ; les êtres des divers mondes se lamentent d’avoir perdu lumière et sûreté. Une voix divine (Keśava/Dāmodara/Viṣṇu) enseigne qu’entre tous les dons, le dīpa-dāna est particulièrement loué ; elle rappelle comment jadis une lampe supérieure fut engendrée — les Nāgas y jouant un rôle décisif — afin de dissiper l’obscurité des régions souterraines, faisant de la lampe un instrument de bienfait à travers les royaumes. Le chapitre passe ensuite à la prescription : il institue une observance de Kārttika à l’Anarakā-tīrtha d’Avantī, le quatorzième jour de la quinzaine sombre, avec des offrandes tournées vers Yama au sésame noir et aux mantras, puis l’offrande d’une lampe remplie de ghee. Sont décrites en détail la fabrication et l’installation d’un dispositif de multiples lampes en lotus/mandala, les mèches, les récipients, les offrandes et les dons aux brāhmaṇas qualifiés ; la phalaśruti conclut en promettant jouissances élevées et ascension au ciel.

Adhyāya 31 — Kedāreśvara to Rāmeśvara: Tīrtha Network, Phalaśruti, and the Kuśasthalī Legend
Ce chapitre se présente comme un inventaire des tīrtha et des sanctuaires de liṅga de la région d’Avantī, assorti d’une phalaśruti (promesse de mérite) explicite. Il énumère Kedāreśvara, Jaṭeśvara (à Jaṭāśṛṅga), Indratīrtha/Indreśvara, Kuṇḍeśvara, Gopatīrtha/Gopeśvara, Chipiṭātīrtha, Vijaya/Ānandeśvara, etc., en reliant chaque lieu à des pratiques—snāna (bain sacré), darśana, pūjā, upavāsa—et à leurs fruits : effacement des fautes, accès à Śiva-loka ou Indra-loka, et évitement des renaissances inférieures. Le récit se déplace ensuite vers Kuśasthalī, dans l’horizon d’Avantī/Ujjayinī, et introduit Rāmeśvara comme un liṅga accordant à la fois bhukti (bienfaits mondains) et mukti (délivrance). Le dialogue de Rāma, inquiet du « viyoga », la séparation d’avec les siens, encadre la promesse du lieu : le darśana du Seigneur préserve la continuité propice et dissipe la séparation redoutée. Une voix divine ordonne à Rāma d’établir un liṅga en son propre nom ; Lakṣmaṇa l’installe, et l’on prévoit le bain rituel avec l’eau de la Śiprā. Une remarque éthique s’y insère : ce kṣetra est décrit comme un espace où l’intérêt personnel peut rompre les liens sociaux, éclairant la tension entre Rāma et Lakṣmaṇa. La conclusion ajoute d’autres mérites de tīrtha (Saubhāgya-tīrtha, Ghṛta-tīrtha, culte de Yogīśvarī, Śaṅkhāvarta, Sudhodaka/Sudheśvara pour le mokṣa), des récits de rémission de brahmahatyā (Kiṃpuna ; Durdharṣa lié à Sūrya), et une liste de lieux supplémentaires—Gopīndra, Gaṅgā-tīrtha, Puṣpakaraṇḍa, Uttareśvara, Bhūteśvara, Ambālikā, Ghaṇṭeśvara, Puṇyeśvara, Lampeśvara, Sthavira Vināyaka, Navanadī-Parvatī, Kāmodaka, Prayāgeśa—confirmant la fonction du chapitre comme carte de pèlerinage indexée.

नरादित्य-प्रतिष्ठा तथा केशवार्क-माहात्म्य (Installation of Narāditya and the Glory of Keśavārka)
Sanatkumāra expose un récit d’origine, à portée théologique, d’un sanctuaire solaire identifié à Narāditya, forme d’Āditya qui guérit et purifie. L’histoire commence par le service héroïque d’Arjuna envers Indra : en terrassant de redoutables adversaires, il accomplit sa guru-dakṣiṇā (offrande de reconnaissance au maître). Indra accorde alors une grâce, entraînant le transfert de deux icônes vénérables jadis honorées par de hautes autorités cosmiques : Brahmā, Viṣṇu et Prajāpati/Dakṣa. Indra ordonne à Arjuna de les installer à Kuśasthalī : l’une sur la rive nord de la Śiprā, où Keśavārka est dit demeurer comme effaceur des péchés. Il relie aussi ce lieu aux cycles de pèlerinage publics, notamment les yātrās d’Āṣāḍhī et de Kaumudī, accompagnées de signes théophaniques et météorologiques—nuages, pluie, présence des dieux. Nārada fait venir Kṛṣṇa, qui coordonne les installations : Arjuna consacre à l’est ; Kṛṣṇa se rend au nord et marque le rite par le son de la conque. Au moment de l’installation, la divinité solaire déploie un tejas écrasant, puis prend une forme douce, accorde l’abhaya (assurance sans crainte) et confirme le site choisi. Arjuna offre un long stotra décrivant le Soleil comme régulateur du cosmos, dissipateur des ténèbres, protecteur dans le péril et foyer syncrétique des fonctions divines. Le Soleil accorde des bienfaits : demeure durable au sanctuaire et prospérité aux dévots ; la conclusion affirme que l’absence de bhakti fait échouer les entreprises humaines à porter fruit.

Keśavārka-Stotra and the Merit of Reṇutīrtha (केशवार्कस्तोत्रं रेणुतीर्थमहिमा च)
Le chapitre 33 développe un enseignement théologique sur la vénération du Soleil au moyen d’un stotra structuré. Sanatkumāra introduit la scène : Nārāyaṇa établit la conque sacrée et, dans une concentration ardente, la fait retentir puis loue Bhāskara par un hymne particulier. Le stotra est ensuite proclamé dans un cadre dialogué par Śrī Kṛṣṇa, qui égrène une longue suite d’épithètes solaires—Āditya, Ravi, Sūrya, Divākara, Sahasrāṃśu, Mārtaṇḍa, et d’autres—affirmant le Soleil comme régulateur du cosmos, témoin des actes, source de l’éveil et dispensateur des fruits désirés. Le texte énonce une correspondance triadique : le Soleil est Brahmā à l’aurore, Rudra à midi et Viṣṇu au terme du jour, avec des formes et des couleurs correspondantes. L’hymne est présenté comme un corpus divin de huit cents noms récité par Viṣṇu, et la phalaśruti promet au récitant dévot une marche heureuse, la prospérité, une descendance, l’éclat, l’intelligence et une élévation spirituelle. Enfin, l’enseignement se relie au lieu : voir la forme de Keśavārka délivre des fautes et confère l’honneur dans le monde solaire ; près de Keśavārka se trouve Reṇutīrtha, dont la seule vision efface aussi les péchés sans aucun doute.

शक्तिभेद-कोटितीर्थ-माहात्म्य तथा स्कन्दोत्पत्ति (Śaktibheda and Koṭitīrtha Māhātmya with the Account of Skanda’s Manifestation)
Ce chapitre prend la forme d’un exposé théologique de sage à sage : Sanatkumāra répond à la question de Vyāsa sur la manifestation de Skanda et sur le tīrtha local nommé Śaktibheda, en Avantī. Le récit s’ouvre sur la défaite des devas face aux asuras et sur les austérités d’Indra, à la suite desquelles Śiva promet de faire naître un commandant puissant pour les dieux. S’entrelacent ensuite le retrait méditatif de Śiva, le tapas de Pārvatī, l’épisode où Kāma est réduit en cendres, puis le mariage divin. Une chaîne causale essentielle est décrite : le retas de Śiva est transmis par Agni à Gaṅgā ; les Kṛttikās et d’autres figures maternelles participent au motif de la gestation, jusqu’à la manifestation de Skanda aux six visages, consacré Devasenāpati, chef des armées célestes. Ces mythes panindiens sont ancrés dans la topographie sacrée d’Avantī : la śakti de Skanda est jetée à terre, donnant naissance au tīrtha de Śaktibheda et à de nombreux autres tīrthas ; et Brahmā établit Koṭitīrtheśvara (Śiva) à Koṭitīrtha. La phalaśruti finale met en avant les rites à Koṭitīrtha—snāna, darśana de Śiva, śrāddha et dāna (dont le don d’une vache laitière et le vṛṣotsarga)—avec des fruits méritoires précisés, présentés comme des repères éthiques pour les pèlerins.

अवन्तीक्षेत्रे तीरथस्नान-पूजा-व्रतानां फलवर्णनम् / Merit-Statements on Bathing, Worship, and Vows in Avanti
Le chapitre 35 de l’Avantī Khaṇḍa est un bref catalogue rituel et topographique, enseigné par Sanatkumāra. Il énumère des actes accomplis aux tīrtha d’Avanti et leurs fruits : se baigner dans des vāpyāḥ nommées « Svarṇakṣurā » et « Viṣṇuvāpyā », pratiquer la maîtrise des sens (jita-indriya), recevoir le darśana de Maheśvara, offrir la pūjā à Abhayeśvara et visiter Agastyeśvara avec une attention recueillie. Le texte relie l’observance saisonnière (Caitra/Phālguna) à la veille (jāgara) et au jeûne (upavāsa) comme règles de purification. Pour Agastyeśvara, il prescrit un programme d’offrandes structuré : façonner une effigie d’Agastya en or ou en argent selon ses moyens, l’orner de pañcaratna et de tissus, adorer avec fruits et fleurs au moment opportun, et maintenir un vrata de longue durée pendant sept ans. Un arghya-mantra à Agastya (« Kāśapuṣpa-pratīkāśa… Kumbhayone… ») est donné, puis viennent les phala : prospérité et descendance, accès au ciel après la mort, renaissance noble et, à terme, excellence yogique ; l’écoute ou la récitation régulière délivre du pāpa et procure la joie dans le muni-loka.

Ujjayinī’s Kalpa-Names, Mahākāla’s Descent, Naradīpa Darśana, and Śaṅkhoद्धāraṇa Tīrtha
Le chapitre s’ouvre sur les questions de Vyāsa concernant l’étymologie et la raison d’être des grands noms sacrés de l’Avantīkṣetra—Mahākāla, Śivapada, Koṭīśvara/Koṭitīrtha, Naradīpa, Śaṅkhoद्धāraṇa, Śūleśvara, Oṃkāra, Dhūtapāpa, Aṅgāreśvara—ainsi que sur le statut d’Ujjayinī comme cité des « sept kalpa ». Sanatkumāra répond en énumérant les sept noms de la ville selon les kalpa : Svarṇaśṛṅgā, Kuśasthalī, Avantikā, Amarāvatī, Cūḍāmaṇi, Padmāvatī et Ujjayinī, et affirme le pouvoir purificateur de leur récitation. Vient ensuite une suite mythique : Indra tue Kaṇakadānava (fils d’Andhaka) et cherche refuge auprès de Śiva. Śiva manifeste un viśvarūpa immense, semblable à Bhairava ; en descendant d’un seul pied, il fait naître une étendue d’eau vénérée. Le lieu de l’empreinte est appelé Śivapada, et le fait de « fendre un koṭi de péchés » fonde la renommée de Koṭitīrtha. Le récit décrit alors l’assaut d’Andhaka, la frayeur des dieux et l’intervention martiale de Śiva sous le nom de Mahākāla. L’obscurité (tamas) d’Andhaka se répand jusqu’à l’apparition d’une manifestation solaire en forme humaine—Narāditya/Naradīpa—qui rend la visibilité au monde. Le chapitre donne des règles de darśana et de pūjā, des moments propices, et le phala de la vision de Naradīpa, jusqu’à l’accès à Sūryaloka. Il détaille aussi la ratha-yātrā au mois de Jyeṣṭha (śukla dvitīyā) : directions d’observation, traction du char, circumambulation et offrandes annexes. Enfin, après la défaite d’Andhaka, Viṣṇu fait retentir la conque ; un tīrtha nommé Śaṅkhoद्धāraṇa apparaît, proche de Viṣṇu et d’un liṅga. Le texte expose jeûnes, bienfaits du darśana et effets protecteurs liés à des offrandes accomplies selon le rite, y compris le yoginī-bali.

Dhūtapāpa–Śūleśvara–Abhayeśvara–Vaṭamātr̥–Kaṇṭeśvara–Singeśvara–Vināyaka–Aṅgāreśvara Māhātmya (Chapter 37)
Sanatkumāra raconte une suite d’origines de lieux saints d’Avantīkṣetra, liées à la destruction d’Andhaka. Lorsque celui-ci est transpercé par le trident, le son qui s’élève est magnifié comme oṃkāra et épiphanie de Śiva ; le bain rituel et la discipline méditative sont présentés comme voies d’effacement des fautes. Le trident se déplaçant vers les eaux de Bhogavatī entraîne la dénomination de Śūleśvara et du tīrtha Dhūtapāpa, avec l’indication de jours de jeûne précis pour les dévots. Quand des asuras nés du sang se déchaînent de nouveau, les dieux suscitent des Déesses-Mères—Brahmāṇī, Kaumārī et des formes terribles jusqu’à Cāmuṇḍā—célèbres comme les Vaṭamātr̥s près d’un banian ; après le bain, leur darśana procure purification et mérite dans leur domaine. L’épisode du rugissement de lion de Śiva établit Siṅheśvara et Kaṇṭeśvara comme points de protection contre le mal et la peur. L’assurance « abhaya » donnée par Śiva fait naître Abhayeśvara, où un culte discipliné équivaut au mérite des grands sacrifices et délivre de la crainte des êtres hostiles. Le récit relie ensuite la levée des obstacles à Mahāvināyaka, prescrivant l’adoration mensuelle au jour de caturthī. Enfin, l’origine mythique d’Angāraka (Mars), issu de la sueur de Śiva, conduit à Aṅgāreśvara, avec le rite d’offrande d’arghya à caturthī ou le mardi et la promesse de bienfaits ici-bas et au-delà.

अन्धकस्तुतिः—चामुण्डारुधिरपानं, शिववरदानं, आवन्त्यमातरः-स्थापनम् (Andhaka’s Hymn, Cāmuṇḍā’s Blood-Drinking, Śiva’s Boon, and the स्थापना of the Āvantya Mothers)
L’Adhyāya 38, rapporté par Sanatkumāra, déroule un épisode théologique étroitement lié. D’abord, Cāmuṇḍā intervient avec une fureur sacrée : elle boit le sang restant du rākṣasa, son visage devient d’un éclat terrifiant, et le corps d’Andhaka est rendu impuissant lorsque sa māyā et sa force s’effondrent. Saisi d’une peur existentielle et sans refuge, Andhaka adopte une disposition sāttvika, renonce à rajas et tamas, puis offre à Śaṅkara un long hymne d’abandon, louant Śiva comme Créateur, gouverneur moral du bonheur et de la souffrance, porteur de la Gaṅgā et du croissant de lune, et refuge suprême. Une phalaśruti y est insérée : pour le bhakta de Śiva à la conduite pure, réciter ou entendre cet hymne mène à un Śiva-loka impérissable. Śiva apparaît ensuite, accorde la vision divine et propose d’octroyer tout fruit désiré. Andhaka ne demande pas des dignités cosmiques rivales, mais le gaṇapatya : être admis parmi les gaṇas de Śiva. Śiva lui confère un commandement honoré, durable, sans chagrin, avec des pouvoirs yogiques, et Andhaka s’en va comme gaṇa. Puis arrivent les déesses conduites par Brahmāṇī ; Śiva apaise Cāmuṇḍā et s’adresse aux déesses buveuses de sang, les nommant « Āvantya-mātaraḥ » en raison de leur origine et de leur puissance en Avanti, leur assignant une demeure stable, la capacité de détruire le péché et la fonction d’accorder des bienfaits. Il précise qu’un darśana dévotionnel à l’amāvāsyā de Śrāvaṇa procure prospérité—fils, richesse, beauté, savoir—et les charge de protéger la cité à travers les kalpas. Le chapitre se clôt en louant l’écoute de ce récit comme voie vers le royaume de Rudra.

Mahākālavane Tīrtha-Liṅga-Ānantya and Śravaṇa-Phala (महाकालवने तीर्थलिङ्गानन्त्यं श्रवणफलम्)
Le chapitre 39 est construit comme un échange de questions et de réponses. Après avoir célébré la grandeur du kṣetra, Vyāsa demande à Sanatkumāra une précision chiffrée sur (1) le nombre de tīrtha et (2) le nombre de liṅga dans Mahākālavana. Sanatkumāra répond par une énumération hyperbolique : les liṅga y sont si innombrables que leur compte devient, en vérité, « inconnaissable », attestant ainsi la sacralité inépuisable du lieu. Le propos se déplace ensuite du dénombrement vers la qualification spirituelle : tout être humain né là, qu’il soit animé de désirs (sakāma) ou sans désir (akāma), est dit honoré dans le monde de Śiva. Le bain aux tīrtha et la pureté rituelle (snātvā, śuci-bhūtvā) sont liés à la demeure dans le royaume de Śiva, et ce kṣetra est proclamé le premier des lieux saints. Le chapitre s’achève par une phalaśruti : l’écoute avec une grande bhakti (mahābhaktyā śravaṇa) conduit au « but suprême » (paramā gati), faisant de la réception même du texte une pratique de transformation intérieure.

कनकशृङ्गा-नामनिर्वचनम् | The Etymology of “Kanakaśṛṅgā” and the Sacred Status of Avantī
L’Adhyāya 40 prend la forme d’un dialogue portant sur la géographie sacrée et l’étymologie des noms. Vyāsa demande à Sanatkumāra pourquoi la cité ou région est connue sous plusieurs appellations—Kanakaśṛṅgā, Kuśasthalī, Avantī, Padmāvatī et Ujjayinī—après avoir entendu l’éloge de ce kṣetra, qui dissipe la peur et procure la délivrance. Sanatkumāra inscrit le récit dans le cadre cosmogonique d’un kalpa antérieur, en citant une transmission de Brahmā à Vāmadeva. Dans l’histoire enchâssée, Brahmā et Maheśvara s’approchent de Viṣṇu, souverain protecteur du monde, et sollicitent une demeure sacrée et un tīrtha stables, impérissables. Viṣṇu leur accorde des résidences désignées (nord/sud) et décrit l’aspect ardent de Mahākāla, soutien du monde, entouré de gaṇa. La ville est présentée comme une création divine pour la līlā et le bien universel, ornée de palais aux cimes d’or façonnés par Viśvakarman. Le chapitre s’achève sur une étymologie explicite : proclamée “hema-śṛṅga” (à crête d’or), la cité devient célèbre sous le nom de Kanakaśṛṅgā ; et il est affirmé que Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara y demeurent en japa, accordant aux dévots les fruits désirés.

Kuśasthalī-nāmakaraṇa and Brahmā’s Stuti of Viṣṇu (कुशस्थली-नामकरणं ब्रह्मस्तुतिश्च)
Sanatkumāra raconte à Vyāsa une scène des premiers âges cosmiques : la création se trouve gagnée par l’hostilité réciproque entre les catégories d’êtres—devas et dānavas, humains, siddhas et vidyādharas, jusqu’aux animaux et aux oiseaux—signe d’un effondrement de la retenue et de l’harmonie. Voyant ce désordre, Brahmā, le Créateur, se recueille en méditation profonde et prend refuge en Hari/Viṣṇu, Celui qui dissipe la détresse. Viṣṇu se manifeste sous une forme universelle et s’adresse à Brahmā, reconnaissant l’efficacité du dhyāna-yoga et son propre rôle de Préservateur. Brahmā se lève, offre l’hospitalité rituelle (pādya, ācamanīya, madhuparka) et prononce une longue stuti qui affirme la souveraineté de Viṣṇu par ses fonctions divines et ses épithètes—Upendra, Vāsudeva, Viśvasena, Kṛṣṇa, Jiṣṇu—ainsi que par ses signes iconographiques (śaṅkha, cakra, dhvaja, Garuḍa comme vāhana) et le thème de l’auspiciosité éternelle de Śrī. Satisfait, Viṣṇu demande qu’on lui montre un « maṇḍala » purifié et un lieu stable lié à Sadāśiva. Brahmā indique alors un site sacré associé à l’āśrama de Cyavana ; là, Viṣṇu s’assied sur un sol jonché d’herbe kuśa. Ensemble, ils établissent le nom « Kuśasthalī », expliqué par la couverture de kuśa, et le récit confirme la renommée de ce lieu dans les trois mondes.

अवन्तीकुशस्थली-माहात्म्यं तथा पैशाचमोचनतीर्थ-प्रशंसा (Avanti–Kushasthalī Māhātmya and Praise of Paiśācamocana Tīrtha)
Sanatkumāra rapporte un épisode d’un kalpa ancien : les devas, vaincus par une puissance adverse et affaiblis en mérite, cherchent refuge et conseil. Ils s’approchent de Prajāpati (Brahmā) puis se rendent à la demeure divine associée à Viṣṇu, décrite par une imagerie céleste idéale. Les devas y offrent une doxologie aux formes multiples à Vāsudeva, invoquant ses avatāra—Kūrma, Nṛsiṃha, Varāha, Rāma, Buddha, Kalki—comme marques de la protection cosmique. Une voix incorporelle leur enjoint alors de se tourner vers Mahākālavan, où la cité nommée Kuśasthalī est proclamée centre sacré qui accomplit tous les vœux, d’autant plus précieuse que Śiva y demeure, dit-on, à travers les cycles du temps. Le discours place le mérite de Kuśasthalī au-dessus des grands tīrtha par des comparaisons répétées « au décuple », et affirme que les dons et rites accomplis là deviennent akṣaya (inépuisables). Les devas gagnent la ville, présentée comme harmonieuse et exemplaire, et rencontrent le tīrtha appelé Paiśācamocana. Après le bain sacré, la récitation, les offrandes et la charité, ils recouvrent un mérite inextinguible, triomphent de leurs ennemis et retournent à leurs demeures. La phalaśruti conclut que l’écoute ou la récitation de ce récit efface les péchés et accorde prospérité, descendance et haute dignité dans le domaine de Śiva.

त्रिपुरवधः—अवन्त्याः उज्जयिनीनामप्राप्तिः (Slaying of Tripura and the Renaming/Glorification of Ujjayinī)
Sanatkumāra expose à Vyāsa un récit théologico-éthique qui fonde la sainteté d’Ujjayinī sur l’épisode de Tripura. Tripura, roi asura, accomplit une tapas sévère et reçoit un don d’invulnérabilité contre de nombreuses catégories d’êtres; puis il ravage l’ordre des dieux et des hommes. La culture rituelle s’effondre: l’agnihotra et les rites du soma cessent, les formules svāhā/svadhā/vāṣaṭ disparaissent, les fêtes s’éteignent, les temples et la Śiva-pūjā déclinent, et les vertus sociales (dāna, dayā, upakāra, tapas) se dissolvent—montrant le dharma comme fondement de la civilisation. Affaiblis, les devas se tournent vers Brahmā; celui-ci les mène à Mahākālavan en Avantī, où il accomplit snāna, dāna, japa et homa à Rudrasaras, implorant Mahākāla (Śiva). Śiva indique le moyen de la victoire et souligne l’impérissabilité des offrandes faites en Avantī. Les dieux apaisent ensuite Cāmuṇḍā/Durgā; la Déesse accorde à Śiva l’arme suprême Pāśupata. Śiva anéantit Tripura avec sa māyā, revient en Avantī, et l’ordre cosmique et social se rétablit: les yajñas et les fêtes reprennent, les feux brûlent paisiblement, et la renommée de la cité s’affermit. Le chapitre s’achève par une phalaśruti: demeurer à Ujjayinī accomplit les buts (savoir, richesse, descendance, bonheur, sagesse, amour), et écouter ou réciter ce récit efface les péchés et confère un mérite comparable au don de mille vaches.

पद्मावती-प्रादुर्भावः, राहु-केतु-तीर्थमहिमा च (The Manifestation of Padmāvatī and the Glory of the Rāhu–Ketu Tīrtha)
Sanatkumāra raconte à Vyāsa une version locale du samudra-manthana (barattage de l’océan), présentée comme un enseignement sur le conflit, le partage des biens sacrés et la consécration rituelle de certains lieux d’Avantī. Devas et asuras barattent la mer avec le mont Meru pour pivot et Vāsuki pour corde, faisant surgir quatorze ratna/trésors, dont Lakṣmī, le Kaustubha, le Pārijāta, Dhanvantari, la lune, Kāmadhenū, Airāvata et le poison halāhala. Une querelle éclate au sujet de la distribution; Nārada intervient, et Hari (Viṣṇu) prend la forme de Mohinī afin d’orienter l’issue et d’assurer que l’amṛta revienne aux devas. Rāhu s’infiltre et boit l’amṛta; Viṣṇu lui tranche la tête, mais, touché par le nectar, il subsiste comme Rāhu et Ketu. Le sang versé est localisé en un grand tīrtha de ce kṣetra, réputé effacer les fautes et prévenir l’affliction de Rāhu pour ceux qui s’y baignent avec pureté et intention. Le récit expose ensuite l’attribution des ratna aux divinités et aux mondes, et s’achève lorsque Padmā s’établit à Mahākālavana, d’où le nom de Padmāvatī donné au lieu. Sont prescrits snāna, dāna, arcana et tarpaṇa aux devas et aux pitṛs, promettant délivrance des méfaits, de la pauvreté et du malheur, avec bénéfice pour les lignées. La phalaśruti conclut en louant l’écoute ou la récitation de ce récit, dont le mérite égale celui des grands sacrifices védiques.

कुमुद्वती-प्रादुर्भावः (The Manifestation and Glory of Kumudvatī / Padmāvatī)
Cet adhyāya se déploie en un dialogue à plusieurs niveaux : Sanatkumāra s’adresse à Vyāsa et rapporte le récit de Lomasha, qui, en pèlerinage, rencontra une cité d’un mérite incomparable. Lomasha décrit un lieu « plus secret que le secret », où Hara (Śiva) est présent, et où le simple darśana — la vision dévotionnelle — est dit dissiper même les fautes les plus lourdes. Le chapitre s’élargit ensuite en un inventaire d’assemblée cosmique—Brahmā, les Rudra, les Āditya, les Vasu, les Viśvedevas, les Marut, les Gandharva, les Siddha, les Bhairava, les Vināyaka, les Devī et d’autres êtres—signalant que ce site est un microcosme de l’ordre divin. La cité y apparaît comme une écologie civique et morale idéale : absence de chagrin, de maladie, de pauvreté, de discorde et de faiblesse éthique ; entraide, discipline et esprit d’instruction ; et une clarté permanente, semblable à une lumière de lune ininterrompue. L’étymologie du nom est donnée : parce que les lotus kumuda y fleurissent sans cesse, la ville est appelée Kumudvatī et identifiée à Padmāvatī. Enfin, l’efficacité rituelle est affirmée : le śrāddha accompli en ce lieu empêche les ancêtres de « tomber » du ciel ; et tout acte—bain sacré, don, offrande au feu, culte—devient akṣaya, au fruit impérissable, scellant l’antique sainteté de la cité.

कुशस्थली-अमरावती-सम्भववर्णनम् | The Rise of Kuśasthalī as an Amarāvatī-like Sacred City
Ce chapitre se présente comme l’enseignement de Sanatkumāra à Vyāsa, expliquant comment la cité de Kuśasthalī acquit un prestige sacré comparable à celui d’Amarāvatī. Marīci Kāśyapa y accomplit une tapas rigoureuse et de longue durée dans l’auspicieux Mahākālavana, avec une discipline ascétique exemplaire. Une voix divine, sans corps, accorde une grâce : une lignée durable et une renommée étendue, tout en reconnaissant l’austérité partagée d’Aditi et sa présence protectrice. Elle annonce aussi la naissance future de fils divins—dont Viṣṇu et Indra parmi les plus éminents—établissant Kāśyapa comme Prajāpati. Le récit passe ensuite de l’autorisation généalogique à la glorification du lieu : splendeur semblable au jardin Nandana, signes d’accomplissement des vœux tels Kāmadhenu, flore sacrée Pārijāta, et lacs comme Bindu-saras évoquant Mānas, remplis d’êtres de bon augure et de joyaux. Il est proclamé que tout ce qui est divin dans la sphère cosmique se trouve en Mahākālavana, façonnant les habitants en formes et conduites deva. La phalaśruti conclut par la pratique du pèlerinage : celui qui vient, accomplit snāna et dāna, et contemple Maheśvara obtient des accomplissements terrestres et, après la mort, atteint la demeure de Śiva. La récitation ou l’écoute confèrent un mérite comparable au Śatarudrīya.

विशालाभिधानकथनम् (Narration of the Naming and Glory of Viśālā)
Sanatkumāra rapporte à Vyāsa un récit ancien, attribué à Brahmā, au sujet d’un kṣetra suprêmement secret et puissamment purificateur. Śiva, accompagné d’Umā, se meut dans un cadre forestier; alors une immense assemblée d’êtres—devas, asuras, gaṇas, Mères (devīs), Vināyakas, Vetālas, Bhairavas, yakṣas, siddhas, ṛṣis avec leurs familles, musiciens célestes et autres catégories—se livre à la contemplation intérieure et au culte d’Umāpati. Pārvatī, voyant ces dévots exposés au vent, à la pluie et au soleil, prie Śiva de leur accorder une demeure belle et appropriée. Par la puissance de la yogamāyā, Śiva manifeste une cité vaste et rayonnante, décrite avec une précision d’architecture urbaine et d’écologie sacrée: marchés et places, demeures et murailles serties de joyaux, seuils incrustés de gemmes, bannières, ouvrages d’eau, bassins et lotus, oiseaux, jardins, musique, étude, sacrifices, rites des étapes de la vie, récitation publique et arts. Cette ville est nommée Viśālā, louée comme sans égale sur la terre, capable d’accorder à la fois le bien-être mondain et les buts tournés vers la délivrance. La conclusion, de type phalaśruti, affirme que prononcer le nom «Viśālā» élève l’être dans le domaine de Śiva; que le śrāddha accompli en ce lieu donne un fruit impérissable; et que même l’écoute de ce récit purifie aussitôt des fautes majeures.

प्रतिकल्प-कालमान-प्रशंसा (Pratikalpa and the Measures of Cosmic Time)
Ce chapitre se déploie comme l’enseignement de Sanatkumāra à Vyāsa, en posant d’abord des règles de confidentialité et d’aptitude pour la transmission d’un exposé purānique sur le calcul du temps et les cycles cosmiques. Il développe ensuite une échelle graduée des mesures du temps : de nimēṣa et kāṣṭhā jusqu’au muhūrta, au jour et à la nuit, à la quinzaine, au mois, à la saison et à l’année, avec une comparaison des rythmes temporels des humains, des Pitṛs (ancêtres) et des Devas. Viennent ensuite les quatre yuga avec leurs périodes de sandhyā et de sandhyāṃśa ; le manvantara est défini comme une multiplication du caturyuga ; puis le kalpa (le jour de Brahmā) et la nuit de Brahmā sont présentés comme des mesures de mille yuga. Sur ce fond cosmologique, le texte affirme la stabilité exceptionnelle de Mahākālavana et de la cité nommée Kuśasthalī/Pratikalpā, décrite comme se manifestant de nouveau à travers les kalpa. La conclusion est orientée vers le phala (fruit spirituel) : les actes disciplinés accomplis à Pratikalpā—en particulier la vision dévotionnelle de Mahēśvara (Mahēśvara-darśana), les observances de Vaiśākha Paurṇamāsī et le bain dans la Śiprā—sont dits conférer des résultats durables ; entendre et enseigner ce récit est lui-même tenu pour purificateur.

शिप्राया माहात्म्ये ज्वरानुग्रहः (Śiprā Māhātmya: The Bestowal of Relief from Fever)
Ce chapitre prend la forme d’un dialogue entre Vyāsa et Sanatkumāra au sein du Mahātmya du pays d’Avantī. Après avoir évoqué divers tīrtha et récits de lieux, Vyāsa demande un exposé bref mais de bon augure sur l’histoire sacrée de la rivière Śiprā. Sanatkumāra en souligne l’exception : ses eaux délivrent par la seule proximité, et sa présence se déploie à travers les mondes—Vaikuṇṭha, le monde divin, Mahādvāra et Pātāla—établissant une géographie sacrée à plusieurs niveaux. Deux récits d’origine suivent. D’abord, Rudra, mendiant ascétique portant le bol-crâne, s’approche de Viṣṇu pour demander l’aumône ; l’échange violent fait jaillir un flot de sang qui devient la Śiprā, ancrant sa sainteté dans une causalité mythique. Ensuite, le conflit Hari–Hara engendre la fièvre māheśvara (jvara) et une chaleur vaiṣṇava qui lui répond ; ces deux afflictions s’apaisent en s’immergeant dans la Śiprā à Mahākālavana, consacrant la rivière comme jvaraghnī, « celle qui détruit la fièvre ». La phalāśruti conclut que quiconque écoute avec attention ce récit divin est délivré de la peur née des tourments de la fièvre.

शिप्रामाहात्म्ये दमनराजमोक्षः (Śiprā-māhātmya: The Liberation of King Damana)
Sanatkumāra expose à Vyāsa la puissance purificatrice de la rivière Śiprā à travers un récit exemplaire. Le roi Damana, décrit comme un transgresseur modèle du dharma (règles sociales, rituelles et morales), part chasser dans la forêt près de Mahākālavana, se retrouve isolé et meurt mordu par un serpent. Les messagers de Yama l’emportent et il subit les châtiments d’outre-tombe selon la causalité du karma. Pendant ce temps, le corps est dévoré; un corbeau emporte un morceau de chair qui, par l’élan karmique résiduel, tombe dans les eaux de la Śiprā. Le texte affirme que le simple contact avec l’eau de la Śiprā transforme instantanément l’état karmique de ce reste: Damana se manifeste sous une forme semblable à Śiva, troublant la juridiction de Yama. Dharmarāja (Yama) explique alors que la Śiprā est « sarva-pāpa-harā », la souveraine qui ôte tous les péchés: toucher son eau, expirer sur sa rive, ou même prononcer son nom détourne les êtres vers le domaine de Śiva. La supériorité de la Śiprā sur les autres tīrtha est proclamée, et le chapitre s’achève en rappelant sa renommée ainsi que le fruit libérateur de l’écoute (śravaṇa) de ce dialogue.

शिप्रामाहात्म्ये अमृतोद्भवत्वकथनम् / The Legend of Shiprā as ‘Amṛtodbhavā’
Sanatkumāra raconte à Vyāsa l’origine du nom de la rivière Shiprā, dite «amṛtodbhavā» (issue de l’amṛta, le nectar). Dans le nāgaloka, Rudra/Śaṅkara arrive à Bhogavatī sous l’apparence d’un mendiant affamé, tenant un kapāla, et demande l’aumône de maison en maison; nul ne lui donne, manquant au devoir sacré de l’atithi-dharma, l’accueil dû à l’hôte. Irrité et tenaillé par la faim, il quitte la cité et, par son troisième œil, absorbe l’amṛta conservé dans vingt et un kuṇḍas protecteurs qui soutenaient les Nāgas, provoquant un trouble cosmique et une panique générale. Les Nāgas, avec leurs familles, cherchent refuge auprès de Hari. Une voix désincarnée leur révèle que leur faute fut de négliger la demande de Śiva et les enjoint d’aller à Mahākālavana, vers la Shiprā—louée pour purifier les trois mondes et exaucer les vœux—afin de s’y baigner selon le rite et d’y adorer Mahādeva. Ils y découvrent un grand tīrtha, fréquenté par ṛṣis, devas, siddhas et pèlerins accomplissant sandhyā et dāna. Après le bain rituel et une pūjā complète (fleurs, santal, lampes, naivedya, dakṣiṇā), les Nāgas chantent Śiva par une longue litanie d’épithètes. Śiva se manifeste, confirme l’enchaînement des causes et accorde le remède: par le mérite du Shiprā-snāna, le nectar reviendra dans leurs demeures. Il leur ordonne d’emporter l’eau de la Shiprā et de la verser dans les vingt et un kuṇḍas, qui redeviendront à jamais amṛta. Dès lors, la Shiprā est renommée dans les mondes comme «amṛtodbhavā»; la phalaśruti affirme que s’y baigner et y observer des vœux efface les fautes et protège des calamités, de la séparation, des maladies et de la pauvreté, et que l’écoute ou la récitation de ce récit vaut le mérite d’un don de mille vaches.

शिप्रामाहात्म्य तथा वाराह-उत्पत्ति-प्रसङ्गः (Śiprā-māhātmya and the Varāha-restoration narrative)
Cet adhyāya s’ouvre sur Sanatkumāra qui proclame l’excellence de la rivière Śiprā : il affirme que la seule écoute de son māhātmya confère un grand mérite rituel, et souligne sa sainteté particulière en Avantī ainsi que la direction vénérée de son cours. Le propos se tourne ensuite vers une crise cosmique : le daitya Hiraṇyākṣa soumet les mondes, chasse les devas du svarga et bouleverse l’ordre des sacrifices ainsi que les normes sociales et rituelles. Les devas cherchent refuge auprès de Brahmā, qui rappelle un épisode antérieur concernant les quatre Kumāras et les gardiens Jaya et Vijaya, expliquant leur chute en naissances asuriques sur trois vies (dont celle d’Hiraṇyākṣa). Face au déclin du dharma, Viṣṇu prend la forme de Varāha, lutte longuement, terrasse Hiraṇyākṣa et rétablit la terre et la stabilité du cosmos. Dans ce contexte de restauration, le texte relie la géographie sacrée à l’incarnation divine : Śiprā est dite jaillir du cœur de la Divinité, débordant d’eaux porteuses de béatitude, ornée de lacs de lotus, d’oiseaux, de sages et d’activités rituelles. Mahākālavan et les bassins associés sont loués comme des lieux où bain sacré, offrandes et śrāddha donnent des fruits élevés ; les devas, suivant l’injonction de Viṣṇu, y accomplissent les rites et recouvrent leurs mondes. Le chapitre s’achève en annonçant un récit plus développé de l’origine de Śiprā, « fille » de Varāha et rivière née du corps de Viṣṇu.

सुन्दरकुण्डोत्पत्तिः पिशाचमोचनतीर्थमाहात्म्यं च (Origin of Sundara Kuṇḍa and the Glory of Piśāca-mocana Tīrtha)
L’Adhyāya 53 se déploie comme un dialogue structuré : Vyāsa interroge sur l’identité, l’origine et le fruit spirituel du lieu nommé Sundara Kuṇḍa. Sanatkumāra répond qu’il s’agit d’un tīrtha suprême en Avanti, qui efface les fautes et accorde les résultats désirés. Le texte offre ensuite un mythe d’origine sur fond de pralaya : lors de la dissolution cosmique, un sommet lié à Vaikuṇṭha tombe dans la redoutable mais secrète forêt de Mahākālavana, faisant naître aussitôt un kuṇḍa semblable à un joyau, décrit avec des marches de ratna, des eaux parfaitement pures et une flore-faune d’allure divine. On affirme que s’y tiennent, comme incarnés, les principes impérissables : Veda, śāstra, Purāṇa, mantras (dont Oṁkāra et Gāyatrī) et mesures du temps ; devas et êtres semi-divins y recourent par crainte des défauts du kalpa. Le chapitre déclare aussi la présence de Viṣṇu et de Śiva avec Śakti. Séjourner quinze jours ou un mois procure une longue demeure à Vaikuṇṭha ; même de petites créatures, en mourant là, atteignent des destinations śaiva. Dans un second mouvement, le nom de tīrtha « Piśāca-mocana » est expliqué par un exemple : Devala, brāhmaṇa du Sud, coupable de transgressions répétées, commet de lourds crimes et subit après la mort de vastes châtiments (narakas, état de preta) avant de renaître en piśāca. Parvenu à Mahākālavana, il est tué par un lion près du liṅga et du kuṇḍa ; en entrant dans l’eau, un os se détache et, par le mérite du tīrtha, ses péchés s’éteignent. Son essence subtile est dite entrer dans le liṅga, consacrant le lieu comme purificateur libérateur. La conclusion donne des prescriptions rituelles : se baigner à Piśāca-mocana, vénérer Piśāca-mocaneśa, accomplir de grands dons, et réciter ou écouter ce récit—chacun de ces actes étant lié à la purification et à un mérite élevé, proclamé par la phalaśruti comme équivalent à l’Aśvamedha.

नीलगङ्गा-तीर्थप्रादुर्भावः तथा दुग्धकुण्डमाहात्म्यम् (Origin of Nīlagangā Tīrtha and the Glory of Dugdhakuṇḍa)
Le chapitre se déploie sous forme de dialogue d’enseignement : Vyāsa demande à Sanatkumāra quand Nīlagangā parvint à Śiprākuṇḍa. Sanatkumāra expose le mérite du tīrtha : se baigner dans Nīlagangā et adorer à Saṅgameśvara efface les fautes nées de fréquentations nuisibles et conduit à la purification. Vient ensuite un récit d’origine. Gaṅgā, accablée par les impuretés accumulées des humains, se lamente de s’être assombrie et cherche le moyen de retrouver sa pureté. Brahmā lui ordonne de se rendre dans la région de Mahākālavana, où la Śiprā purifie même par la seule vision. Gaṅgā arrive près de lieux saints (avec le cadre de l’āśrama d’Añjanī) et, en y entrant, se trouve purifiée : de l’apparence « nīla » elle passe à la blancheur « śukla », établissant ainsi le tīrtha nommé Nīlagangā. Le chapitre prescrit aussi la pratique : snāna en ce tīrtha et culte à Hanumat ; il met particulièrement l’accent sur le Mahālaya śrāddha durant la quinzaine sombre d’Āśvina, promettant l’élévation des ancêtres et une satisfaction durable grâce à des offrandes telles que la tilāñjali et le repas offert aux brāhmaṇa. Un second tīrtha est ensuite présenté, Dugdhakuṇḍa, lié à la coutume d’y déposer une « offrande de lait », réputée lever les obstacles et accorder la prospérité ; s’y baigner, en boire l’eau et donner une vache procurent bien-être et séjour céleste après la mort, puis l’on est invité à se rendre à Puṣkara pour d’autres rites.

Vindhyavāsinī-Stuti, Agastya’s Petition, and the Vimalodā Tīrtha Phalāśruti (Chapter 55)
Le chapitre s’ouvre sur la question de Vyāsa à Sanatkumāra au sujet de l’apparition du mont Vindhya dans l’agréable forêt de Mahākāla et de l’agent qui en est la cause. Sanatkumāra raconte une crise ancienne : la terre est submergée par les eaux de la Revā (Narmadā), répandant la peur dans les mondes. Pour protéger la terre, sages et dieux s’adressent à Agastya, qui se voue avec ferveur à Bhavānī sous le nom de Vindhyavāsinī. Suit une longue stuti où la Déesse est louée comme protectrice, destructrice des forces hostiles, dispensatrice de grâces, et identifiée à de multiples formes vénérées (y compris des liens avec Gāyatrī et d’autres personnifications sacrées). Satisfaite, la Déesse se manifeste et accorde un vœu. Agastya la prie de contenir le dangereux gonflement de la Revā. La Déesse se rend dans la forêt auspicious de Mahākāla, et Agastya déclare qu’il maîtrisera la puissance croissante de la Déesse, ordonnant que le mont Vindhya ne s’élève pas avant son retour d’une mission au sud—un procédé qui relie l’ordre cosmique au devoir ascétique. Le récit se tourne ensuite vers Kuśasthalī/Ujjayinī et le tīrtha de Vimalodā : s’y baigner et y rendre un culte, avec offrandes et accueil de savants hôtes, procure des bienfaits complets—protection, prospérité, longévité, purification et accès à la demeure de Śiva. Une attention particulière est accordée aux femmes frappées de malheurs sociaux/rituels : le bain à Vimalodā et le darśana de Vindhyavāsinī sont présentés comme effaçant les défauts et conférant l’auspice, y compris descendance et fortune conjugale. Le chapitre se clôt par une phalāśruti : lire ou entendre ce récit donne un mérite comparable au don de mille vaches.

क्षातासंगममाहात्म्यं (Glory of the Kṣātā–Shiprā Confluence and Associated Tīrthas)
Le chapitre se présente comme un dialogue où Sanatkumāra expose la sainteté du tīrtha situé à la confluence de la Kṣātā et de la Shiprā, dans le Mahākālavana. Il est dit que le simple bain à cette jonction possède une vertu salvatrice et purificatrice. Lorsque l’amāvasyā (nouvelle lune) tombe un samedi, il convient d’accomplir le śrāddha, d’offrir aux ancêtres de l’eau mêlée de sésame (tila) et de vénérer ou contempler un liṅga immobile (sthāvara-liṅga), ce qui apaise les afflictions liées à Śanaiścara (Saturne). Le texte en donne ensuite l’origine sacrée : des rivières telles que la Revā et la Carmanvatī, ainsi que la Kṣātā, sont louées pour leur pouvoir de purification ; parvenue au Mahākālavana, la Kṣātā devient associée au tīrtha suprême nommé Kṣātā-saṅgama. Une digression mythique explique pourquoi le Soleil est appelé « viraja » (sans souillure) à travers l’épisode de Tvaṣṭṛ–Sāvitrī/Chāyā, menant à la naissance de Śanaiścara et fondant la pertinence rituelle du calendrier. Le chapitre recense encore des lieux de pèlerinage voisins : Dharma-sara (lié aux austérités de Yama et à la présence de Maruti) et l’āśrama de Cyavana/Cyavaneśvara (lié aux Aśvins et à l’obtention de la vision divine). Il s’achève par la phalaśruti : écouter ou réciter ce passage confère un mérite immense, comparable à de grands dons, confirmant sa fonction d’index rituel et géographique sacré.

गयातीर्थ-प्रशंसा तथा महाकालवने गुह्यतीर्थ-प्रकाशनम् (Praise of Gayā-tīrtha and the Revelation of Secret Tīrthas in Mahākālavana)
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue entre Sanatkumāra et Vyāsa, et replace le célèbre Gayā-tīrtha dans la géographie sacrée de Mahākālavana, en Avantī. Sanatkumāra proclame que Gayā est le tīrtha suprême : s’y baigner délivre des trois dettes (ṛṇa-traya) et, après avoir honoré les devas et les pitṛ (ancêtres), conduit vers le séjour de Viṣṇu. Vyāsa demande comment un lieu renommé en Kikāṭa peut être reconnu au sein de Mahākālavana ; Sanatkumāra répond par un récit purificateur dont la simple écoute profite aux ancêtres. Il esquisse ensuite une cité idéale du Kṛtayuga sous le roi Yugādidēva, où le dharma est « à quatre pieds » : prospérité, santé, harmonie sociale et régularité des rites védiques. Mais le dānava Tuhāṇḍa asservit le monde, étouffe les yajña védiques, le culte et les offrandes de svadhā/svāhā, faisant s’effondrer la voie du dharma. Les devas et les sages se réfugient auprès de Brahmā ; Brahmā s’approche de Viṣṇu, et une voix désincarnée leur ordonne de se rendre sans délai à Mahākālavana, domaine caché d’une pureté exceptionnelle où la māyā échoue. La voix énumère un réseau serré de tīrtha : la Śiprā, rivière qui exauce les vœux, Mahākālī et les puissances des Mères, Gayā et Phalgu, Buddha-Gayā et Ādya-Gayā, le tīrtha « aux seize pieds » de Viṣṇu lié à Gadādhara, la Prācī Sarasvatī, un nyagrodha impérissable, et une pierre (śilā) accordant la délivrance aux preta. Le chapitre s’achève sur une forte sotériologie des ancêtres : la seule entrée dans ce champ sacré élèverait les pitṛ, même depuis des états infernaux, vers le ciel et des accomplissements spirituels plus hauts.

Śrāddha-vidhi and Pitṛ-gaṇa Taxonomy in Avantī (श्राद्धविधिः पितृगणविचारश्च)
Le chapitre 58 est construit comme un dialogue d’enseignement. Vyāsa demande une explication plus développée du śrāddha : son fruit suprême, l’étendue de la satisfaction des ancêtres, et la manière de définir les catégories de pitṛ. Sanatkumāra répond en établissant le śrāddha comme une institution rituelle et éthique fondamentale, sur laquelle reposent le dharma et l’ordonnancement du sacrifice ; il le définit comme des offrandes faites avec śraddhā (foi confiante) à l’adresse des dieux et des ancêtres. Il expose ensuite une réciprocité cosmologique entre devas et pitṛs, et présente une classification de sept groupes de pitṛ, distinguant les formes mūrta/amūrta (manifestes/non manifestes), leurs lieux et leur lien avec les accomplissements du yoga. Dans ce cadre, il affirme la supériorité du pitṛ-kārya (devoir envers les ancêtres) sur le deva-kārya, prescrit les qualités requises du pratiquant—brahmacarya, maîtrise de soi, pureté, absence de colère, fidélité aux śāstra—et insiste sur l’accomplissement dans les tīrtha. Le chapitre compare aussi les degrés de satisfaction et de mérite selon les sites, culminant dans une louange particulière de Gayā et surtout de Mahākālavana/Avantī. Enfin, il s’étend en un catalogue salvifique : de nombreuses morts difficiles ou sans ancrage social sont énumérées, pour lesquelles le śrāddha accompli en ce tīrtha est recommandé comme moyen d’élévation. La conclusion présente ces prescriptions comme une voie de libération des « trois dettes » (ṛṇa-traya) et d’accomplissement des buts désirés par une observance correcte.

गयातीर्थमाहात्म्य (Gaya Tīrtha Māhātmya in Avanti)
L’adhyāya expose un enseignement théologique où Sanatkumāra explique à Vyāsa la présence et l’efficacité d’un tīrtha lié à Gayā au sein même d’Avanti, particulièrement dans le cadre du Mahākālavana. Le chapitre énumère d’abord les traits sanctifiants de Gayā et les rites—bain sacré, dons, et śrāddha accompli selon la règle—en soulignant que les mêmes fruits spirituels sont obtenus lorsqu’ils sont réalisés aux sites de tīrtha prescrits. Viṣṇu/Janārdana y est magnifié comme une présence de forme paternelle, associée à la délivrance des « trois dettes » (ṛṇa-traya) grâce à une juste orientation des rites envers les ancêtres. Vient ensuite un récit de localisation : le tīrtha de Gayā aurait été établi dans l’Avanti antique puis rattaché à Kai-kaṭa ; un asura est dompté par le symbole de l’empreinte de Gadādhara et par la consécration de la gloire de ce lieu. Le texte précise aussi l’indexation temporelle des pratiques : la validité permanente du Gayā-śrāddha, l’observance annuelle dite Mahālaya avec ses marqueurs astrologiques, et l’accent mis sur un śrāddha maternel en lien avec Anvaṣṭakā. La seconde moitié introduit une légende didactique : les sept épouses des sages (ṛṣipatnī), rejetées socialement à cause d’une faute de réputation, sont guidées par Nārada vers le tīrtha de Gayā en Avanti et vers l’Akṣaya-vata. Par le jeûne, la veille et une conduite disciplinée lors de Ṛṣi-saṃjñitā Pañcamī, elles recouvrent la pureté et réintègrent leur foyer. La phalaśruti affirme le mérite durable des dons offerts en ce lieu et assimile l’écoute ou la récitation du récit au fruit de grands sacrifices.

पुरुषोत्तमतीर्थ-मलमासव्रतविधिः (Purushottama Tīrtha and the Adhika-māsa Vrata Procedure)
Le chapitre s’ouvre sur un cadre de transmission : Vyāsa demande un récit plus développé du tīrtha suprême nommé Purushottama, et Sanatkumāra présente cette narration comme détruisant les péchés par la seule écoute. La scène se déplace ensuite vers l’assemblée céleste de Vaikuṇṭha, où Lakṣmī interroge Viṣṇu sur la juste « méthode » (vidhi) des actes méritoires—dāna, snāna, tapas et śrāddha—et sur la manière dont le temps, le lieu, les jours de fête et les tīrthas déterminent leur fruit. Viṣṇu énumère les moments propices (pleine/nouvelle lune, saṅkrānti, éclipses, vyatīpāta, etc.), cite les grands tīrthas et affirme que les offrandes faites en Avantī deviennent akṣaya, d’un mérite impérissable. L’enseignement se concentre alors sur le mois intercalaire (Adhika-māsa, aussi appelé malimluca/malamāsa) : sa nature, son apparition selon l’astronomie (un mois sans saṅkrānti solaire) et les rites à éviter (certains saṃskāras), tandis que les observances de bhakti et les vœux sont encouragés. Viṣṇu se révèle comme le seigneur de l’Adhika-māsa—Purushottama—et situe le tīrtha portant ce nom dans la forêt de Mahākālavana, promettant un bien-être stable et des fruits durables à ceux qui s’y baignent et y pratiquent leurs vœux. Vient ensuite un vrata-vidhi détaillé : choisir des tithis, prendre le vœu, adorer Vāsudeva avec l’installation du kumbha, offrir pañcāmṛta, naivedya, lampes et encens, accomplir l’ārati, réciter l’arghya-mantra et prier ; puis nourrir et honorer les brāhmaṇas par des dons, et conclure par un repas partagé. Le chapitre s’achève sur l’énoncé du phala : négliger l’observance de l’Adhika-māsa mène à la pauvreté et au chagrin, tandis que le culte accompli selon la règle apporte prospérité et protection contre l’infortune.

अधिमास-स्नान-दानादि-माहात्म्यवर्णन (Adhimāsa: The Merit of Bathing, Charity, and Worship)
Sanatkumāra enseigne à Vyāsa la valeur rituelle et théologique de l’Adhimāsa (mois intercalaire) lorsqu’il est observé dans la sphère sacrée d’Avantī. Il affirme que pratiquer les disciplines de l’Adhimāsa hors du contexte de Mahākālavana est spirituellement mal orienté, tandis que les accomplir au tīrtha nommé Purushottama procure des mondes éternels (sanātana lokāḥ). Le chapitre prescrit le culte de Purushottama (Viṣṇu) et, conjointement, la dévotion à Umā avec Śaṅkara, révélant une grammaire de bhakti coordonnée entre cadres vaiṣṇava et śaiva au sein d’une même écologie de pèlerinage. Il précise aussi l’observance de Bhādrapada śukla ekādaśī : jeûne (upavāsa) et veille nocturne (jāgaraṇa), avec Viṣṇu-pūjā et une « traversée des eaux » (jalayātrā) liée à Purushottama-sara, promettant descendance, richesse, longévité et santé. Enfin, le texte cartographie des lieux saints voisins : Jāṭeśvara Mahādeva sur une rive associée à l’ascèse de Bhagīratha et au récit de la descente de la Gaṅgā ; et, au nord-est, le site d’austérité de Rāma Bhārgava près de la rivière Kauśikī, où le bain efface de lourds péchés, culminant dans le darśana purificateur de Rāmeśvara.

गोमतीतीर्थकुण्डमाहात्म्यवर्णनम् | The Māhātmya of Gomatī Tīrtha and the Origin of Gomatī Kuṇḍa
Ce chapitre se déploie comme un discours théologique à plusieurs voix sur l’origine et l’autorité rituelle de Gomatī Kuṇḍa. Vyāsa demande à Sanatkumāra quand et comment l’antique Gomatī Kuṇḍa prit naissance. Le récit rappelle un cadre d’enseignement parmi les sages (dont Śaunaka) et évoque des comparaisons de sainteté entre fleuves et cités renommés, établissant une hiérarchie des lieux sacrés. La narration se tourne ensuite vers une légende instructive : le guru Sāndīpani et ses deux élèves brahmacārī, Rāma et Kṛṣṇa, s’enquièrent de son absence à l’aube. Le maître explique sa discipline quotidienne : bain dans la Gomatī et culte de sandhyā, présenté comme modèle de pratique réglée. Vient alors l’instant étiologique : la Gomatī est dite s’être manifestée/être arrivée près d’un yajña-kuṇḍa lié à Śiva, tandis que Sarasvatī était également présente ; le lieu fut dès lors nommé « Gomatī Kuṇḍa ». Le chapitre s’achève par des prescriptions rituelles selon le calendrier—notamment Bhādrapada kṛṣṇa aṣṭamī et une observance en Caitra jusqu’à ekādaśī—mettant l’accent sur snāna, upavāsa, jāgaraṇa, la pūjā de Viṣṇu, l’honneur rendu aux Vaiṣṇava et aux brāhmaṇa, et une phalaśruti promettant purification et accès à Viṣṇu-loka pour les auditeurs.

कंथडेश्वर-गंगेश्वर-वीरेश्वर-तीर्थमाहात्म्यं तथा वामनकुण्ड-प्रसङ्गः (Kaṇṭhaḍeśvara, Gaṅgeśvara, Vīreśvara Tīrtha-Māhātmya and the Vāmanakuṇḍa Episode)
L’Adhyāya 63 se déploie en deux mouvements étroitement liés. D’abord, Sanatkumāra expose la logique du mérite attaché aux principaux tīrthas d’Avantī : Kaṇṭhaḍeśvara est célébré comme un lieu de bain sacré sans égal, où le snāna joint au darśana de Mahādeva efface les fautes et élève le dévot. Le discours se tourne ensuite vers une confluence près de Gaṅgeśvara, encadrée par la descente céleste de Gaṅgā et par Śiva la retenant sur sa tête ; le snāna et le darśana de Gaṅgeśa y sont dits équivalents au bain dans la Gaṅgā et conduisent, après la mort, vers des mondes supérieurs tels que Viṣṇu-loka. Vīreśvara est présenté comme une autre étape : y demeurer et y rendre un culte purifie et procure un « loka héroïque ». Dans le second mouvement, le texte introduit Vāmanakuṇḍa, glorifié dans les trois mondes ; sa simple vision expierait même de graves transgressions, et le lieu est rattaché au cadre narratif de Prahlāda et Bali. Vyāsa interroge Sanatkumāra sur son origine, ouvrant une digression historico-théologique : les vertus exemplaires de Prahlāda sont énumérées, le règne juste de Bali est décrit ; sous la provocation de Nārada, Bali affronte les devas ; ceux-ci se tournent vers Brahmā, qui les oriente vers des tīrthas précis et des procédures de dévotion. Le chapitre mêle prescriptions rituelles (formule de dhyāna pour Viṣṇu, salutation à Gaṇeśa pour lever les obstacles) et un long stotra présenté comme une récitation salvatrice. L’ensemble relie le lieu (tīrtha) à la pratique (upāsanā, japa, pūjā) et à l’éligibilité éthique du disciple, faisant du pèlerinage une dévotion réglée plutôt qu’un simple voyage.

कालभैरवतीर्थयात्रावर्णनम् / Description of the Pilgrimage to Kālabhairava Tīrtha
L’Adhyāya 64 présente un tīrtha-māhātmya structuré, centré sur le Kālabhairava Tīrtha. Sanatkumāra promet de décrire Vīreśvara et le mérite du bain sacré, puis désigne un tīrtha suprême lié aux nāgas, nommé Kālabhairava, loué parce que le simple darśana (la vision dévotionnelle) y accomplit les buts et apaise la souffrance. Vyāsa demande l’origine de cette renommée : un récit étiologique expose Bhairava comme protecteur yogique, repoussant les forces hostiles associées aux groupes de yoginīs et détruisant les afflictions funestes, telles les kṛtyās et les calamités personnifiées. Le texte ancre ensuite la présence de Bhairava sur la rive de la Shiprā, notamment du côté nord, tenu pour auspicious, et la relie à des observances calendaires : culte à des tithis précis—en particulier aṣṭamī, navamī et surtout caturdaśī—avec une conjonction mise en relief durant la quinzaine claire d’Āṣāḍha lorsqu’elle tombe un dimanche. Viennent des indications rituelles concrètes : offrandes de feuilles, fleurs, arka, parfums, naivedya, tāmbūla, vêtements et essences; ainsi que le repas offert aux brāhmaṇas, le homa et le tarpana, présentés comme moyens d’obtenir « tous les buts » et la prospérité. Un long passage de stotra décrit l’iconographie et les attributs de Bhairava, culminant dans les bienfaits du Bhairavāṣṭaka : dissiper les mauvais rêves, soutenir dans les litiges et les dangers, face au courroux royal, à la guerre, à l’emprisonnement et à la pauvreté; il est affirmé que, pour le récitant discipliné, rien de désiré n’est hors d’atteinte. Le chapitre se clôt en rappelant que ceux qui redoutent le samsāra doivent s’appliquer au snāna-dāna et au culte en ce tīrtha.

Nāgatīrtha-Māhātmya and the Settlement of the Nāgas in Mahākālavana (नागतीर्थमाहात्म्यं तथा नागनिवासवर्णनम्)
Le chapitre s’ouvre sur la demande de Vyāsa à Sanatkumāra : qu’il expose plus pleinement Nāgatīrtha, sa grandeur et l’époque où sa gloire fut proclamée. Sanatkumāra répond par un récit de purification, dont l’écoute même est dite libératrice. Il rappelle la souffrance des Nāgas, liée à une malédiction maternelle et à la crise du sacrifice des serpents de Janamejaya, dont ils sont délivrés grâce à l’intervention d’Āstīka. Une fois sauvés, les Nāgas cherchent une demeure sûre, exempte de crainte, et demandent à Āstīka un lieu de résidence. Āstīka les dirige vers Mahākālavana, au secteur méridional, associé à un tīrtha très ancien et à un séjour des Nāgas, où Hari est présent comme le célèbre Śeṣaśāyī (Viṣṇu en yoganidrā). La sainteté du site est renforcée par l’énumération de présences exemplaires—Lomāśa, Mārkaṇḍeya, Kapila, Harīścandra et les Sept Sages—affirmant que la puissance de Mahākālavana stabilise le temps et efface le दोष né de la malédiction. Des Nāgas nommés—Elāpatra, Kambala, Karkoṭaka, Dhanañjaya, Vāsuki, Takṣaka, Nīla, Padmaka, Arbuda—arrivent, établissent leurs stations et font naître de nouveaux tīrthas et kuṇḍas, très méritoires et destructeurs de péché, fréquentés par siddhas, gandharvas, ṛṣis et apsaras. Une topographie paradisiaque, semblable à Śvetadvīpa, est évoquée : arbres sacrés, oiseaux, parfums et trésors. Il est dit que le bain mène à Vaikuṇṭha ; qu’à Ramāsara on devient śrīmān ; et qu’au tīrtha de l’āśrama de Bali les rites procurent une purification immédiate. Le chapitre se conclut par des prescriptions rituelles : offrandes et dāna—le don de terre étant l’idéal—produisent une croissance durable du mérite. Au mois de Śrāvaṇa, aux jours de darśa, de pañcamī et de Somavāra, la Nāga-pūjā est prescrite ; et le darśa-śrāddha est déclaré akṣaya, accomplissant les buts désirés.

नृसिंहतीर्थ-माहात्म्य तथा सावित्रीव्रत-फलश्रुति (Glory of Nṛsiṃha Tīrtha and the Fruits of the Sāvitrī Vrata)
Sanatkumāra poursuit son enseignement à Vyāsa en désignant, en Avantī, un tīrtha suprême lié au Mahātmā Nṛsiṃha : le simple darśana (vision dévote) y efface les fautes. L’épisode d’Hiraṇyakaśipu est repris en l’attachant aux lieux : la Terre, accablée par la domination démoniaque, s’approche de Brahmā sous la forme emblématique d’une vache. Brahmā raconte l’austère tapas et la Gāyatrī-upāsanā de l’asura, puis le don qui le rend presque invulnérable par une série d’exclusions (ni jour ni nuit, ni ciel ni terre, ni humide ni sec, ni armes, ni diverses espèces), tout en laissant une faille : mourir d’un unique coup porté par la main d’un héros. Le récit passe ensuite de la cosmologie à la géographie sacrée : Brahmā envoie les devas à Mahākālavana, sur la Shiprā, et situe le Nṛsiṃha-tīrtha par des repères de sanctuaires (près de Saṅgameśvara ; entre des marqueurs tels que Karkarāja et la rive méridionale). Les devas y accomplissent snāna, dāna et arcana, recouvrent leurs fonctions, et Hari, sous la forme de Nṛsiṃha, abat le démon d’un seul coup, accomplissant la logique du don. Le chapitre recommande aussi le culte de midi au tīrtha et énumère les fruits : adorer lors de la Nṛsiṃha-tithi/caturdaśī attire la grâce de Lakṣmī ; le darśana d’Agastyeśvara dissipe la pénurie mondaine ; la présence d’Hanumān est mentionnée comme celle d’un siddha. Enfin, il expose la pratique du Sāvitrī-vrata et un dāna exemplaire : offrir à un brāhmaṇa savant une effigie de Sāvitrī en or avec des objets auspicieux. Sont promis prospérité, jouissance et séjour céleste ; et pour les femmes, affection conjugale et protection contre le veuvage.

कुटुम्बेश्वरतीर्थमाहात्म्य (Kutuṃbeśvara Tīrtha Māhātmya)
Le chapitre 67 expose la grandeur de Kutuṃbeśvara, présenté comme un haut lieu renommé de Mahādeva, et de son tīrtha, réputé conférer en plénitude le fruit de tous les tīrtha. Le récit relie ce site à des austérités originelles : Dakṣa Prajāpati accomplit un long tapas pour la prospérité de la lignée, et Brahmā est décrit obtenant une forme de lotus épurée grâce à une pénitence rigoureuse. La majesté de Mahādeva est encore attestée par un marqueur cultuel : un liṅga portant quatre visages, que l’on dit « visible encore aujourd’hui », ancrant le mythe dans la géographie vivante. Le chapitre situe aussi la présence de la Déesse (Bhadrakālī/Bhadrāpīṭhadharā) et de Bhairava, kṣetrapāla au seuil, en soulignant leur rôle protecteur et la continuité des serviteurs divins. En temps de crise—épidémies et troubles sociaux compris—il prescrit des réponses rituelles : homa régulier avec des grains/semences déterminés, culte du gardien et conduite disciplinée. L’économie dévotionnelle s’exprime par le snāna, la pūjā à Mahādeva et un dāna ciblé (notamment le don de kūṣmāṇḍa) aux brāhmanes ascètes, promettant prospérité et épanouissement du foyer (« kutuṃbī »). Un vrata calendaire est mis en avant : Phālguna śukla caturdaśī, lié à trayoḍaśī (cadre de Śivarātri), avec veille nocturne, offrandes d’eau au bilva, parfums, fleurs, lampes et repas offert à sept brāhmanes ; la phalāśruti est dite équivalente à de grands sacrifices.

अखण्डेश्वरमहिमवर्णनम् | The Glory of Akhaṇḍeśvara and Akhaṇḍa-saras
Sanatkumāra instruit Vyāsa sur une suite de lieux nodaux sacrés d’Avantīkṣetra. Le chapitre commence par désigner Devaprayāga comme un tīrtha d’une puissance purificatrice exceptionnelle, situé près de la Kṣiprā et en relation avec Somatīrtha ; le bain rituel (snāna) y est associé au mérite de la vision (darśana) de Mādhava, divinité qui accorde les fruits désirés. Vient ensuite Ānanda-bhairava : son simple darśana dissout les fautes et ôte la crainte des châtiments, faisant du site un rempart moral. Une notice calendérique précise ensuite une conjonction faste (mois de Jyeṣṭha, quinzaine claire, dixième tithi, Budha/Hasta, vyatīpāta, etc.) où le bain procure l’intégralité du fruit des tīrtha. Le récit se tourne vers un exemplum : le brāhmaṇa discipliné Dharmāśarma, troublé par une rupture de vrata, consulte Nārada. Celui-ci rapporte le cas de Brahmadatta, brāhmaṇa transgresseur mort près de la rive de la Godāvarī/Gautamī ; par hasard, lors du Siṃhastha, il subit le « contact de l’air » de d’innombrables tīrtha, et la cour de Yama le relâche. La logique morale montre comment la géographie sacrée peut atténuer les conséquences karmiques, tout en suscitant l’angoisse du vrata-bhaṅga chez ceux qui s’y trouvent mêlés. Nārada prescrit Koṭitīrtha dans Mahākālavana puis, au nord, Akhaṇḍa-saras près d’Akhaṇḍeśvara ; la seule vision y équivaut au fruit d’un yajña. Dharmāśarma s’y baigne, contemple Maheśvara et atteint aussitôt des mondes de mérite, le chapitre s’achevant sur une louange phala-orientée d’Akhaṇḍeśvara comme tīrtha éminent.

कर्कराजतीर्थमाहात्म्य एवं चातुर्मास्यस्नानविधिः (Karkarāja Tīrtha Māhātmya and Cāturmāsya Bathing Discipline)
L’Adhyāya 69 déploie un enseignement théologique d’autorité au sujet d’un tīrtha éminent sur la rive de la Śiprā : Karkarāja. Sanatkumāra présente ce lieu comme ayant déjà été loué par Brahmā, en réponse à la question de Mārkaṇḍeya, établissant ainsi une lignée de transmission et une légitimité sacrée. Le récit relie la puissance salvatrice du tīrtha à des périodes charnières du calendrier, surtout le Cāturmāsya (où Hari est dit « endormi ») et le Dakṣiṇāyana. Il est affirmé que les morts survenant durant ces intervalles peuvent entraîner des parcours posthumes difficiles, et Karkarāja est alors décrit comme un remède et un refuge spirituel. L’instruction de Brahmā insiste sur le bain rituel (snāna), la remémoration de Viṣṇu et l’observance disciplinée du vrata pendant le Cāturmāsya ; les actes accomplis sans cette purification sont dits sans fruit. Le chapitre précise aussi des règles pratiques : éviter le bain nocturne, éviter l’eau chaude dans certains cas, et admettre des substituts tels que bhasma-snāna ou mantra-snāna lorsque le corps ne le permet pas. Il exalte enfin le tīrtha en déclarant que les mérites de nombreux lieux de pèlerinage résident dans les eaux de Karkarāja. La conclusion, sous forme de phalaśruti, affirme que l’écoute ou la récitation de ce récit prévient les fautes attribuées à la négligence du Cāturmāsya.

तीर्थ-देवयात्रा-प्रशंसा तथा महाकालवन-देवतासूची (Tīrtha and Devayātrā Protocol; Deity Catalog of Mahākālavana)
L’Adhyāya 70 s’ouvre sur la description, par Sanatkumāra, de lieux sacrés proches du Meru : le lac Ramyasaras, réputé exaucer les vœux, et le tīrtha nommé Bindu-sara, présenté comme accordant les buts désirés grâce au bain rituel et à la charité. Des repères calendaires sont donnés, notamment les observances de Bhādrapada, dont une caturthī propice associée à Gaṇādhipa (Gaṇeśa). Le site de Manah-kāmeśvara est lié à l’accomplissement des intentions par le darśana et le snāna. Vyāsa demande ensuite un exposé méthodique des tīrthas et sanctuaires d’Avantī ; Sanatkumāra répond qu’ils sont innombrables, et recourt à des comparaisons cosmologiques pour souligner la densité du sacré. Il propose alors un cadre pratique : la devayātrā comme pèlerinage discipliné—pureté, préparation matinale, souvenir de Viṣṇu, bain (par exemple à Rudra-saras), puis abhiṣeka et pūjā selon la divinité propre à chaque tīrtha. Le chapitre insère un dialogue entre Umā et Maheśvara qui dresse l’inventaire de l’« écologie sacrée » de Mahākālavana : rivières principales, groupes de divinités (Vināyakas, Bhairavas, Rudras, Ādityas), longues listes de liṅgas, les quatre liṅgas gardiens des portes aux points cardinaux, et les tīrthas des Navagrahas utilisés à des fins protectrices. La phalaśruti affirme que la devayātrā soulage les épreuves (y compris celles attribuées aux planètes), confère stabilité mondaine—richesse, descendance, savoir, victoire—et mène à une continuité auspicious en accord avec le domaine de Śiva.

महाकालवने तीर्थप्रशंसा (Praise and Enumeration of Tīrthas in Mahākālavana)
Le chapitre 71 est transmis par un dialogue à plusieurs niveaux. Vyāsa demande à Sanatkumāra davantage de précisions sur le nombre et la nature des tīrtha dans le Mahākālavana d’Avantī. Sanatkumāra introduit ce récit comme une narration qui détruit les péchés, issue d’un entretien entre Umā et Maheśvara, suscité par la question de Nārada. Nārada prie Mahādeva de décrire les tīrtha présents dans l’auspicieux Mahākālavana. Mahādeva répond que les tīrtha renommés sur la terre—y compris ceux liés à Puṣkara—se trouvent aussi dans ce Mahākālavana supérieur; les lieux sacrés et les liṅga y sont “asankhyāta”, innombrables. Des images particulières apparaissent, tel le tīrtha nommé Paiśācamocana, où sont évoqués des phénomènes saisonniers. Tout en reconnaissant qu’un décompte exact est impossible, Mahādeva propose une liste principale et pragmatique: les tīrtha célèbres correspondent, par leur importance, aux jours de l’année. Le discours se tourne ensuite vers le temps rituel et le mérite: accomplir un cycle complet d’un an mène à l’«Avantī-yātrikā» (achèvement du pèlerinage), et un pèlerinage correctement effectué est assimilé à un fruit spirituel exceptionnel—surtout au mois de Vaiśākha, où cinq jours à Avantī sont dits équivaloir à un long séjour à Kāśī. Le chapitre se conclut par une phalaśruti: réciter ou écouter avec dévotion accroît la bhakti envers Śiva, augmente le mérite et la renommée, et élève la lignée vers l’état de Śiva.
It foregrounds Avantī as a Mahākāla-centered kṣetra whose sanctity is described as exceptionally potent, including claims of enduring efficacy and rare accessibility even for celestial beings.
The section repeatedly associates the kṣetra with purification from major transgressions, the granting of bhukti and mukti, and the idea that residence, worship, and contact with the sacred landscape yield heightened merit.
Core legends include the naming and classification of Mahākālavanam (as kṣetra, pīṭha, ūṣara, and śmaśāna), and transmission narratives where sages (notably Sanatkumāra) explain the site’s theological status to authoritative listeners.