Adhyaya 21
Vidyesvara SamhitaAdhyaya 2156 Verses

Pārthiva-Śiva-liṅga Saṃkhyā-vidhāna (Enumeration and Procedure of Earthen Liṅga Worship)

L’Adhyāya 21 est construit comme un catéchisme technique dans un cadre dialogué : les ṛṣi demandent à Sūta (disciple de Vyāsa) une énumération précise (saṃkhyā) des pārthiva-Śiva-liṅga, liṅga de Śiva façonnés en terre, à vénérer selon la diversité des intentions (kāmanā-bheda). Sūta répond que la seule pratique suffit et rend l’adepte « kṛtakṛtya » (ayant accompli ce qui devait l’être), et il énonce un principe rituel tranchant : une adoration offerte sans avoir d’abord confectionné le liṅga de terre est « vṛthā » (inefficace), même si elle s’accompagne de vertus ascétiques telles que dama et dāna. Le chapitre propose ensuite une classification reliant les fruits recherchés—études, richesse, descendance, vêtements, terres, pèlerinage, amitié, maîtrise et autres buts—à des nombres déterminés de liṅga, faisant du nombre un paramètre rituel à effet immédiat. Il distingue aussi les étapes āvāhana, pratiṣṭhā et pūjana comme opérations séparées, suggérant une grammaire rituelle modulaire. Dans l’ensemble, l’adhyāya sert d’index prescriptif pour l’observance śaiva selon l’intention, plaçant l’autorité symbolique dans la forme du liṅga et l’autorité opératoire dans la répétition chiffrée.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । सूत सूत महाभाग व्यासशिष्य नमोस्तु ते । सम्यगुक्तं त्वया तात पार्थिवार्चाविधानकम्

Les sages dirent : « Ô Sūta, ô Sūta, toi le très fortuné, disciple de Vyāsa, salutations à toi. Cher ami, tu as exposé avec justesse la règle du culte pārthiva, c’est-à-dire le rite d’adorer Śiva au moyen d’un Liṅga d’argile. »

Verse 2

कामनाभेदमाश्रित्य संख्यां ब्रूहि विधानतः । शिवपार्थिवलिंगानां कृपया दीनवत्सल

Selon la diversité des intentions des dévots, par grâce dis-nous—conformément à la règle—le nombre prescrit de Liṅga de terre de Śiva à façonner et à adorer. Ô compatissant, plein de tendresse pour les affligés !

Verse 3

सूत उवाच । शृणुध्वमृषयः सर्वे पार्थिवार्चाविधानकम् । यस्यानुष्ठानमात्रेण कृतकृत्यो भवेन्नरः

Sūta dit : « Écoutez, ô sages tous, la méthode prescrite du culte pārthiva (de terre). Par la seule pratique de cette observance, l’homme devient celui qui a accompli le but de la vie. »

Verse 4

अकृत्वा पार्थिवं लिंगं योन्यदेवं प्रपूजयेत् । वृथा भवति सा पूजा दमदानादिकं वृथा

Si, sans d’abord façonner et vénérer le Liṅga de terre (pārthiva), on adore une autre divinité, ce culte devient vain ; de même, les disciplines telles que la maîtrise de soi et les actes comme l’aumône deviennent stériles lorsqu’ils sont séparés de la juste adoration de Śiva sous la forme du Liṅga.

Verse 5

संख्या पार्थिवलिंगानां यथाकामं निगद्यते । संख्या सद्यो मुनिश्रेष्ठ निश्चयेन फलप्रदा

Le nombre de Liṅga de terre (pārthiva) à façonner et à adorer peut être fixé selon la capacité et le désir. Pourtant, ô le meilleur des sages, le fait même de compter et d’achever le nombre envisagé donne assurément son fruit sur-le-champ.

Verse 6

प्रथमावाहनं तत्र प्रतिष्ठा पूजनं पृथक् । लिंगाकारं समं तत्र सर्वं ज्ञेयं पृथक्पृथक्

Là, d’abord vient l’āvāhana (invocation) ; puis la pratiṣṭhā (établissement/consécration) et le pūjana (adoration) — chacun doit être accompli comme un rite distinct. Dans cette adoration, la forme du Liṅga doit être tenue pour une et parfaite ; toutefois, tous les éléments du rituel doivent être compris et exécutés séparément, chacun selon sa juste manière.

Verse 7

विद्यार्थी पुरुषः प्रीत्या सहस्रमितपार्थिवम् । पूजयेच्छिवलिंगं हि निश्चयात्तत्फलप्रदम्

L’homme voué à l’étude doit, dans une joie du cœur, adorer le liṅga de Śiva façonné de terre, d’une étendue de mille (mesures) ; car il accorde assurément le fruit recherché.

Verse 8

नरः पार्थिवलिंगानां धनार्थी च तदर्द्धकम् । पुत्रार्थी सार्द्धसाहस्रं वस्त्रार्थी शतपंचक्रम्

Celui qui recherche la prospérité doit façonner mille liṅga de Śiva en terre, et celui qui recherche la richesse, la moitié de ce nombre. Celui qui désire un fils doit en faire mille cinq cents, et celui qui souhaite des vêtements, cinq cents.

Verse 9

मोक्षार्थी कोटिगुणितं भूकामश्च सहस्रकम् । दयार्थी च त्रिसाहस्रं तीर्थार्थी द्विसहस्रकम्

Celui qui recherche la délivrance (mokṣa) obtient un mérite multiplié par un koṭi ; celui qui désire les jouissances du monde, par mille ; celui qui recherche compassion et bienveillance, par trois mille ; et celui qui recherche le fruit du pèlerinage, par deux mille.

Verse 10

सुहृत्कामी त्रिसाहस्रं वश्यार्थी शतमष्टकम् । मारणार्थी सप्तशतं मोहनार्थी शताष्टकम्

Celui qui souhaite le bien d’un ami doit accomplir trois mille (récitations/offrandes). Celui qui désire la soumission doit en accomplir cent huit. Celui qui vise la destruction doit en accomplir sept cents. Celui qui cherche l’illusion ou l’envoûtement doit en accomplir cent huit.

Verse 11

उच्चाटनपरश्चैव सहस्रं च यथोक्ततः । स्तंभनार्थी सहस्रं तु द्वेषणार्थी तदर्द्धकम्

Pour le rite d’uccāṭana (expulsion), qu’on accomplisse mille répétitions, comme il est dit. Pour stambhana (contrainte, immobilisation), mille sont également prescrites ; mais pour dveṣaṇa (susciter l’aversion), il est indiqué la moitié de ce nombre.

Verse 12

निगडान्मुक्तिकामस्तु सहस्रं सर्द्धमुत्तमम् । महाराजभये पंचशतं ज्ञेयं विचक्षणैः

Celui qui aspire à être délivré des entraves doit le répéter mille cinq cents fois, telle est la mesure la plus excellente. Mais s’il craint le grand roi (le châtiment royal), les sages doivent savoir que cinq cents répétitions suffisent.

Verse 13

चौरादिसंकटे ज्ञेयं पार्थिवानां शतद्वयम् । डाकिन्यादिभये पंचशतमुक्तं जपार्थिवम्

Dans le péril causé par les voleurs et les menaces semblables, qu’on sache que l’observance consiste en deux cents liṅgas Pārthiva (liṅgas de terre). Dans les peurs suscitées par les ḍākinīs et autres, il est enseigné d’accomplir cinq cents japas de Pārthiva-liṅga.

Verse 14

दारिद्र ये पंचसाहस्रमयुतं सर्वकामदम् । अथ नित्यविधिं वक्ष्ये शृणुध्वं मुनिसत्तमाः

En temps de pauvreté, le rite de cinquante mille (50 000) accorde l’accomplissement de tous les désirs. À présent je vais exposer la règle quotidienne (nitya-vidhi) ; écoutez, ô les meilleurs des sages.

Verse 15

एकं पापहरं प्रोक्तं द्विलिंगं चार्थसिद्धिदम् । त्रिलिंगं सर्वकामानां कारणं परमीरितम्

Il est proclamé qu’un seul Liṅga enlève les péchés ; que deux Liṅgas accordent la réussite des desseins et la prospérité ; et que trois Liṅgas sont dits, suprêmement, la cause de l’accomplissement de tous les désirs.

Verse 16

उत्तरोत्तरमेवं स्यात्पूर्वोक्तगणनाविधि । मतांतरमथो वक्ष्ये संख्यायां मुनिभेदतः

Ainsi, dans chaque cas qui suit, la méthode de dénombrement doit être conforme à ce qui a été énoncé auparavant. À présent, j’exposerai une autre opinion sur le compte, car les sages divergent dans leurs énumérations.

Verse 17

लिंगानामयुतं कृत्वा पार्थिवानां सुबुद्धिमान् । निर्भयो हि भवेन्नूनं महाराजभयं हरेत्

Le dévot avisé qui façonne dix mille liṅga de terre (pārthiva-liṅga) deviendra assurément sans crainte, et même la peur d’un grand roi sera dissipée.

Verse 18

कारागृहादिमुक्त्यर्थमयुतं कारयेद्बुधः । डाकिन्यादिभये सप्तसहस्रं कारयेत्तथा

Pour être délivré de la prison et d’épreuves semblables, le sage doit accomplir le japa—la répétition du mantra de Śiva—dix mille fois. De même, lorsqu’on est tourmenté par la peur des ḍākinī et d’autres êtres malfaisants, qu’on en fasse sept mille répétitions.

Verse 19

सहस्राणि पंचपंचाशदपुत्रः प्रकारयेत् । लिंगानामयुतेनैव कन्यकासंततिं लभेत्

L’homme privé de fils doit faire façonner, selon le rite, cinquante-cinq mille (Śiva-)liṅga ; et par le culte accompli avec dix mille liṅga seulement, il obtient une lignée de filles.

Verse 20

लिंगानामयुतेनैव विष्ण्वादैश्वर्यमाप्नुयात् । लिंगानां प्रयुतेनैव ह्यतुलां श्रियमाप्नुयात्

En n’adorant (ou n’établissant) que dix mille Śiva-liṅga, on obtient prospérité et grandeur souveraine comparables à celles de Viṣṇu et des autres dieux. En n’adorant (ou n’établissant) que cent mille liṅga, on obtient assurément une fortune et une splendeur sans égales.

Verse 21

इति श्रीशिवमहापुराणे प्रथमायां विद्येश्वरसंहितायां साध्यसाधनखण्डे पार्थिवपूजनवर्णनं नामैकविंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva-Mahāpurāṇa, dans la première Saṃhitā appelée Vidyeśvara-saṃhitā, au sein du Sādhyasādhanakhaṇḍa, s’achève le vingt-et-unième chapitre intitulé «Description du culte Pārthiva (du Liṅga de terre)».

Verse 22

अर्चा पार्थिवलिंगानां कोटियज्ञफलप्रदा । भुक्तिदा मुक्तिदा नित्यं ततः कामर्थिनां नृणाम्

L’adoration des Liṅga Pārthiva (de terre) confère le fruit de millions de sacrifices. Infailliblement, elle accorde les jouissances du monde et la délivrance; aussi est-elle toujours bénéfique à ceux qui poursuivent leurs desseins désirés.

Verse 23

विना लिंगार्चनं यस्य कालो गच्छति नित्यशः । महाहानिर्भवेत्तस्य दुर्वृत्तस्य दुरात्मनः

Celui dont les jours s’écoulent sans cesse sans adorer le Śiva-liṅga subit une grande perte spirituelle; c’est un être de mauvaise conduite et d’âme déchue.

Verse 24

एकतः सर्वदानानि व्रतानि विविधानि च । तीर्थानि नियमा यज्ञा लिंगार्चा चैकतः स्मृता

D’un côté se trouvent tous les dons (dāna), les vœux variés (vrata), les lieux de pèlerinage (tīrtha), les disciplines (niyama) et les sacrifices (yajña) ; de l’autre, seule est rappelée l’adoration du Śiva-liṅga. (La liṅga-arcana est louée comme surpassant tout en fruit spirituel.)

Verse 25

कलौ लिंगार्चनं श्रेष्ठं तथा लोके प्रदृश्यते । तथा नास्तीति शास्त्राणामेष सिद्धान्तनिश्चयः

En l’âge de Kali, le culte du Śiva-liṅga est la pratique la plus haute ; on le constate dans le monde. Dire le contraire n’est pas admis : telle est la conclusion arrêtée et définitive des śāstra.

Verse 26

भुक्तिमुक्तिप्रदं लिंगं विविधापन्निवारणम् । पूजयित्वा नरो नित्यं शिवसायुज्यमाप्नुयात्

Ce Liṅga accorde à la fois les jouissances du monde et la délivrance, et écarte maintes calamités. Celui qui le vénère chaque jour obtient le Śiva-sāyujya, l’union avec Śiva.

Verse 27

शिवानाममयं लिंगं नित्यं पूज्यं महर्षिभिः । यतश्च सर्वलिंगेषु तस्मात्पूज्यं विधानतः

Le Liṅga, constitué des Noms mêmes de Śiva, doit être sans cesse vénéré par les grands ṛṣi. Et parce qu’il est présent et se répand en tous les liṅga, il doit donc être adoré selon les prescriptions rituelles.

Verse 28

उत्तमं मध्यमं नीचं त्रिविधं लिंगमीरितम् । मानतो मुनिशार्दूलास्तच्छृणुध्वं वदाम्यहम्

On enseigne que le Liṅga est de trois sortes—supérieur, moyen et inférieur—selon la juste mesure et la norme. Ô sages pareils au tigre, écoutez : je vais l’exposer.

Verse 29

चतुरंगुलमुच्छ्रायं रम्यं वेदिकया युतम् । उत्तमं लिंगमाख्यातं मुनिभिः शास्त्रकोविदैः

Un beau Śiva-liṅga, haut de quatre aṅgulas et muni d’une vedikā (socle) appropriée, est proclamé par les sages experts des śāstras comme un liṅga excellent pour l’adoration.

Verse 30

तदर्द्धं मध्यमं प्रोक्तं तदर्द्धमघमं स्मृतम् । इत्थं त्रिविधमाख्यातमुत्तरोत्तरतः परम्

La moitié de cette mesure est dite de rang moyen, et la moitié de cette moitié est tenue pour inférieure et fautive. Ainsi, il est exposé qu’il y a trois catégories, chacune étant moindre que la précédente.

Verse 31

अनेकलिंगं यो नित्यं भक्तिश्रद्धासमन्वितः । पूजयेत्स लभेत्कामान्मनसा मानसेप्सितान्

Celui qui, animé de dévotion et d’une foi respectueuse, vénère chaque jour de nombreux Liṅgas, obtient les fruits désirés : les vœux mêmes qu’il a formés en son esprit.

Verse 32

न लिंगाराधनादन्यत्पुण्यं वेदचतुष्टये । विद्यते सर्वशास्त्राणामेष एव विनिश्चयः

Pour celui qui recherche le sens plénier des quatre Vedas, il n’est point de mérite supérieur à l’adoration du Śiva-liṅga. Telle est, assurément, la conclusion établie de tous les Śāstras.

Verse 33

सर्वमेतत्परित्यज्य कर्मजालमशेषतः । भक्त्या परमया विद्वां ल्लिंगमेकं प्रपूजयेत्

Ayant rejeté sans reste tout cet enchevêtrement d’actes rituels, le sage doit vénérer l’unique Śiva-Liṅga avec une dévotion suprême.

Verse 34

लिंगेर्चितेर्चितं सर्वं जगत्स्थावरजंगमम् । संसारांबुधिमग्नानां नान्यत्तारणसाधनम्

Lorsque le Śiva-liṅga est adoré, c’est comme si l’univers entier—l’immobile et le mobile—était adoré. Pour ceux qui sombrent dans l’océan du saṃsāra, il n’existe pas d’autre moyen efficace de traverser.

Verse 35

अज्ञानतिमिरांधानां विषयासक्तचेतसाम् । प्लवो नान्योस्ति जगति लिंगाराधनमंतरा

Pour ceux que l’obscurité de l’ignorance a rendus aveugles et dont l’esprit s’attache aux objets des sens, il n’est pas d’autre radeau en ce monde, hormis l’adoration du Śiva-liṅga.

Verse 36

हरिब्रह्मादयो देवा मुनयो यक्षराक्षसाः । गंधर्वाश्चरणास्सिद्धा दैतेया दानवास्तथा

Viṣṇu, Brahmā et les autres dieux ; les sages (munis) ; les Yakṣas et les Rākṣasas ; les Gandharvas ; les Cāraṇas ; les Siddhas ; et de même les Daityas et les Dānavas — tous ces ordres d’êtres.

Verse 37

नागाः शेषप्रभृतयो गरुडाद्याःखगास्तथा । सप्रजापतयश्चान्ये मनवः किन्नरा नराः

Les Nāgas—à commencer par Śeṣa—ainsi que les oiseaux menés par Garuḍa ; les Prajāpatis et autres progéniteurs ; les Manus, les Kinnaras et les êtres humains — tous sont inclus en ce lieu.

Verse 38

पूजयित्वा महाभक्त्या लिंगं सर्वार्थसिद्धिदम् । प्राप्ताः कामानभीष्टांश्च तांस्तान्सर्वान्हृदि स्थितान्

Après avoir vénéré avec une grande dévotion le Liṅga de Śiva, dispensateur de réussite en tous les buts, ils obtinrent toutes les grâces désirées, chacune, telles qu’elles demeuraient dans leur cœur.

Verse 39

ब्राह्मणः क्षत्रियो वैश्यः शूद्रो वा प्रतिलोमजः । पूजयेत्सततं लिंगं तत्तन्मंत्रेण सादरम्

Qu’on soit brāhmane, kṣatriya, vaiśya, śūdra, ou même de naissance mêlée (pratiloma), qu’on adore sans cesse le Śiva-liṅga avec révérence, en récitant le mantra conforme au rite prescrit pour soi.

Verse 40

किं बहूक्तेन मुनयः स्त्रीणामपि तथान्यतः । अधिकारोस्ति सर्वेषां शिवलिंगार्चने द्विजाः

Que dire de plus, ô sages ? Pour les femmes aussi, et de même pour les autres, tous ont la légitimité d’adorer le Śiva-liṅga, ô deux-fois-nés.

Verse 41

द्विजानां वैदिकेनापि मार्गेणाराधनं वरम् । अन्येषामपि जंतूनां वैदिकेन न संमतम्

Pour les deux-fois-nés, l’adoration selon la voie védique est véritablement excellente. Mais pour les autres êtres, le culte par la méthode védique n’est pas tenu pour approprié.

Verse 42

वैदिकानां द्विजानां च पूजा वैदिकमार्गतः । कर्तव्यानान्यमार्गेण इत्याह भगवाञ्छिवः

Bhagavān Śiva déclara : «Pour ceux qui suivent les Veda—et tout particulièrement les deux-fois-nés—le culte doit être accompli selon la voie védique ; il ne doit pas être fait par une autre méthode.»

Verse 43

दधीचिगौतमादीनां शापेनादग्धचेतसाम् । द्विजानां जायते श्रद्धानैव वैदिककर्मणि

Chez ces deux-fois-nés dont l’esprit a été consumé par la malédiction de Dadhīci, de Gautama et d’autres, la foi ne naît nullement envers les rites et devoirs védiques.

Verse 44

यो वैदिकमनादृत्य कर्म स्मार्तमथापि वा । अन्यत्समाचरेन्मर्त्यो न संकल्पफलं लभेत्

Le mortel qui, méprisant les devoirs védiques —et même les rites smārta—, s’adonne à d’autres pratiques, n’obtient pas le fruit qu’il s’était proposé, le résultat de son saṅkalpa (résolution).

Verse 45

इत्थं कृत्वार्चनं शंभोर्नैवेद्यांतं विधानतः । पूजयेदष्टमूर्तीश्च तत्रैव त्रिजगन्मयीः

Ainsi, après avoir accompli selon la règle le culte de Śambhu jusqu’à l’offrande de naivedya, qu’on adore, en ce même lieu, les Huit Formes manifestes (Aṣṭamūrti) de Śiva, qui pénètrent et incarnent les trois mondes.

Verse 46

क्षितिरापोनलो वायुराकाशः सूर्य्यसोमकौ । यजमान इति त्वष्टौ मूर्तयः परिकीर्तिताः

La terre, l’eau, le feu, le vent et l’éther (l’espace) ; le Soleil et la Lune ; et le yajamāna (l’officiant, l’adorateur) : tels sont proclamés les huit mūrtis.

Verse 47

शर्वो भवश्च रुद्र श्च उग्रोभीम इतीश्वरः । महादेवः पशुपतिरेतान्मूर्तिभिरर्चयेत्

Qu’on adore le Seigneur Īśvara en ces formes manifestées : Śarva, Bhava, Rudra, Ugra et Bhīma ; et aussi comme Mahādeva et Paśupati, en Le vénérant à travers ces corps divins (mūrti).

Verse 48

पूजयेत्परिवारं च ततः शंभोः सुभक्तितः । ईशानादिक्रमात्तत्र चंदनाक्षतपत्रकैः

Ensuite, avec une bhakti sincère, qu’on honore les divinités du cortège du Seigneur Śambhu. Dans ce culte, qu’on suive l’ordre commençant par Īśāna, en offrant pâte de santal, akṣata (riz intact) et feuilles sacrées.

Verse 49

ईशानं नंदिनं चंडं महाकालं च भृंगिणम् । वृषं स्कंदं कपर्दीशं सोमं शुक्रं च तत्क्रमात्

Dans cet ordre même, (qu’on se souvienne et qu’on vénère) Īśāna, Nandin, Caṇḍa, Mahākāla et Bhṛṅgin ; puis Vṛṣa, Skanda, Kapardīśa, Soma et Śukra.

Verse 50

अग्रतो वीरभद्रं च पृष्ठे कीर्तिमुखं तथा । तत एकादशान्रुद्रा न्पूजयेद्विधिना ततः

Qu’il place (et vénère) Vīrabhadra à l’avant et Kīrtimukha à l’arrière ; puis, selon le rite prescrit, qu’il adore les Onze Rudra comme il se doit.

Verse 51

ततः पंचाक्षरं जप्त्वा शतरुद्रि यमेव च । स्तुतीर्नानाविधाः कृत्वा पंचांगपठनं तथा

Ensuite, après avoir répété le mantra aux cinq syllabes « Namaḥ Śivāya » ainsi que le Śatarudrīya, et après avoir offert des hymnes de louange de diverses sortes, qu’on récite également le Pañcāṅga (la prière en cinq parties).

Verse 52

ततः प्रदक्षिणां कृत्वा नत्वा लिंगं विसर्जयेत् । इति प्रोक्तमशेषं च शिवपूजनमादरात्

Puis, après avoir accompli la pradakṣiṇā (circumambulation) et s’être prosterné, qu’on prenne congé du Śiva-liṅga en concluant le rite. Ainsi a été enseigné, dans son intégralité, le culte de Śiva, à accomplir avec un soin respectueux.

Verse 53

रात्रावुदण्मुखः कुर्याद्देवकार्यं सदैव हि । शिवार्चनं सदाप्येवं शुचिः कुर्यादुदण्मुखः

La nuit, qu’on accomplisse toujours les rites divins en faisant face au nord. De même, que l’adoration de Śiva soit constamment accomplie—dans la pureté et la discipline—en faisant face au nord.

Verse 54

न प्राचीमग्रतः शंभोर्नोदीचीं शक्तिसंहितान् । न प्रतीचीं यतः पृष्ठमतो ग्राह्यं समाश्रयेत्

On ne doit pas tenir l’orient pour l’avant de Śambhu, ni le nord pour le siège des assemblées de Śakti; ni non plus l’occident, car c’est Son dos. Ainsi, dans le culte, il faut adopter l’orientation juste, celle qui est recevable.

Verse 55

विना भस्मत्रिपुंड्रेण विना रुद्रा क्षमालया । बिल्वपत्रं विना नैव पूजयेच्छंकरं बुधः

Le dévot avisé ne doit pas adorer Śaṅkara sans le Tripuṇḍra de cendre sacrée, sans le rosaire de Rudrākṣa, ni surtout sans feuilles de Bilva.

Verse 56

भस्माप्राप्तौ मुनिश्रेष्ठाः प्रवृत्ते शिवपूजने । तस्मान्मृदापि कर्तव्यं ललाटे च त्रिपुंड्रकम्

Ô sages éminents, si la bhasma n’est pas disponible alors que le culte de Śiva a déjà commencé, qu’on trace néanmoins sur le front le Tripuṇḍra, fût-ce avec de la terre pure (mṛdā), en substitut recevable.

Frequently Asked Questions

Rather than a mythic episode, the chapter advances a theological-ritual argument: without constructing the pārthiva-liṅga, worship and even associated virtues (e.g., dama, dāna) are deemed ineffective (vṛthā), establishing the earthen liṅga as a necessary ritual substrate for valid Śiva-pūjā.

The liṅga functions as a condensed symbol of Śiva’s presence that becomes ritually ‘addressable’ through form. The separation of āvāhana, pratiṣṭhā, and pūjana implies that presence is invoked, stabilized, and then honored—suggesting a layered ontology of sacred presence enacted through sequential operations.

The focus is not on a named iconographic form (e.g., Bhairava or Umā-maheśvara) but on Śiva’s worshipable presence as Śiva-liṅga—specifically the pārthiva-liṅga—treated as the operative manifestation through which diverse aims, including mokṣa, are pursued.