Adhyaya 17
Vidyesvara SamhitaAdhyaya 17153 Verses

Praṇava-Māhātmya and the Twofold Mantra (Sūkṣma–Sthūla) in Śaiva Sādhanā

L’Adhyāya 17 prend la forme d’une question savante des ṛṣis, demandant un exposé suivi de : (1) la grandeur du praṇava (OM), (2) la doctrine des « six liṅga » (ṣaḍliṅga) et (3) la juste manière d’honorer un dévot de Śiva (Śiva-bhakta). Sūta reconnaît la profondeur de la demande et, par la grâce de Śiva, transmet l’enseignement. Au début, le praṇava est présenté comme une « barque » salvatrice pour traverser le saṃsāra : il renouvelle (nūtana) le pratiquant en dissolvant les résidus karmiques et en faisant naître le divya-jñāna. Une distinction essentielle est posée : le praṇava est double selon sūkṣma/sthūla—sūkṣma comme ekākṣara et sthūla comme pañcākṣara—corrélée aux degrés de manifestation (avyakta/vyakta) et à l’aptitude selon l’état spirituel (l’orientation du jīvanmukta vers l’essence subtile). Le discours unit ainsi sémantique du mantra, pratique yogique et pédagogie graduée de la libération, préparant la suite sur la doctrine du liṅga et la bhakta-pūjā comme prolongements incarnés d’un même principe métaphysique.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । प्रणवस्य च माहात्म्यं षड्लिंगस्य महामुने । शिवभक्तस्य पूजां च क्रमशो ब्रूहि नःप्रभो

Les sages dirent : « Ô grand muni, expose-nous, dans l’ordre, la gloire du Praṇava (Oṃ), l’enseignement du Liṅga en six aspects, et aussi la manière de culte offerte par un dévot de Śiva, ô vénérable ».

Verse 2

सूत उवाच । तपोधनैर्भवद्भिश्च सम्यक्प्रश्नस्त्वयं कृतः । अस्योत्तरं महादेवो जानाति स्म न चापरः

Sūta dit : «Ô vous, riches d’austérités, vous avez posé cette question comme il convient et avec un esprit juste. La réponse véritable n’est connue que de Mahādeva — et de nul autre.»

Verse 3

अथापि वक्ष्ये तमहं शिवस्य कृपयैव हि । शिवोऽस्माकं च युष्माकं रक्षां गृह्णातु भूरिशः

Pourtant, j’en parlerai — en vérité, uniquement par la grâce de Śiva. Que Śiva, le Seigneur à la puissance surabondante, daigne accepter et prendre en charge la protection de nous et de vous.

Verse 4

प्रो हि प्रकृतिजातस्य संसारस्य महोदधेः । नवं नावांतरमिति प्रणवं वै विदुर्बुधाः

Pour traverser le grand océan du saṃsāra né de Prakṛti, les sages reconnaissent le Praṇava (Oṁ) comme la barque toujours neuve et le moyen suprême de passage.

Verse 5

प्रः प्रपंचो न नास्तिवो युष्माकं प्रणवं विदुः । प्रकर्षेण नयेद्यस्मान्मोक्षं वः प्रणवं विदुः

Ils connaissent ton Praṇava —la syllabe sacrée Oṁ— comme ce par quoi l’univers manifesté n’est pas nié, mais compris avec justesse; et parce qu’il mène puissamment à la délivrance, ils reconnaissent ce Praṇava comme ton propre moyen d’atteindre le mokṣa.

Verse 6

स्वजापकानां योगिनां स्वमंत्रपूजकस्य च । सर्वकर्मक्षयं कृत्वा दिव्यज्ञानं तु नूतनम्

Pour les yogins qui accomplissent avec constance le japa de leur propre mantra, et pour le dévot qui adore le mantra choisi, tous les karmas s’épuisent jusqu’à s’éteindre; alors, vraiment, une connaissance divine et nouvelle s’éveille au-dedans.

Verse 7

तमेव मायारहितं नूतनं परिचक्षते । प्रकर्षेण महात्मानं नवं शुद्धस्वरूपकम्

Lui seul, disent-ils, est exempt de māyā—toujours frais, toujours nouveau. Au sens le plus élevé, Il est le Grand Soi (Mahātman) : perpétuellement nouveau, d’une nature essentielle parfaitement pure.

Verse 8

नूतनं वै करोतीति प्रणवं तं विदुर्बुधाः । प्रणवं द्विविधं प्रोक्तं सूक्ष्मस्थूलविभेदतः

Les sages le connaissent comme « Praṇava », car il rend véritablement le chercheur toujours nouveau. On enseigne que le Praṇava est de deux sortes, distinguées en subtil et en grossier.

Verse 9

सूक्ष्ममेकाक्षरं विद्यात्स्थूलं पंचाक्षरं विदुः । सूक्ष्ममव्यक्तपंचार्णं सुव्यक्तार्णं तथेतरत्

Sache que le subtil est l’unique syllabe « Oṁ », et que le grossier est le mantra de cinq syllabes. Le subtil est la réalité pentasyllabique non manifestée ; l’autre est la forme syllabique clairement manifestée pour l’adoration.

Verse 10

जीवन्मुक्तस्य सूक्ष्मं हि सर्वसारं हि तस्य हि । मंत्रेणार्थानुसंधानं स्वदेहविलयावधि

Pour le jīvanmukta (libéré de son vivant), cette réalisation subtile est véritablement son essence même, la quintessence de tout. Par le mantra, il maintient la contemplation de son sens, et cela se poursuit jusqu’à la dissolution de son propre corps.

Verse 11

स्वदेहेगलिते पूर्णं शिवं प्राप्नोति निश्चयः । केवलं मंत्रजापी तु योगं प्राप्नोति निश्चयः

Lorsque l’identification au corps s’est fondue, on atteint assurément le Shiva Parfait. Mais celui qui n’est qu’un répétiteur de mantra atteint certes seulement le yoga (un état yogique), non la plénitude ultime de la réalisation de Shiva.

Verse 12

षट्त्रिंशत्कोटिजापी तु निश्चयं योगमाप्नुयात् । सूक्ष्मं च द्विविधं ज्ञेयं ह्रस्वदीर्घविभेदतः

Mais celui qui accomplit le japa jusqu’à la mesure de trente-six koṭis atteint assurément le Yoga. Et le subtil (sūkṣma) doit être compris comme étant de deux sortes, distinguées en bref et en long.

Verse 13

अकारश्च उकारश्च मकारश्च ततः परम् । बिंदुनादयुतं तद्धि शब्दकालकलान्वितम्

« A », « U » et « M »—et au-delà d’eux—tel est en vérité le Praṇava (Oṃ), uni au bindu et au nāda, et pourvu du son, du temps et de la kalā, la puissance subtile de manifestation.

Verse 14

दीर्घप्रणवमेवं हि योगिनामेव हृद्गतम् । मकारं तंत्रितत्त्वं हि ह्रस्वप्रणव उच्यते

Ainsi, le Praṇava prolongé (Oṃ) est dit demeurer au cœur même des yogins. Et la syllabe « ma », qui porte le principe intérieur enseigné par le Tantra, est appelée le Praṇava bref.

Verse 15

शिवः शक्तिस्तयोरैक्यं मकारं तु त्रिकात्मकम् । ह्रस्वमेवं हि जाप्यं स्यात्सर्वपापक्षयैषिणाम्

Śiva, Śakti et l’unité des deux—tout cela est exprimé par la syllabe « ma », de nature triple. Aussi, pour ceux qui recherchent l’anéantissement de tous les péchés, elle doit être répétée en japa sous sa forme brève.

Verse 16

भूवायुकनकार्णोद्योःशब्दाद्याश्च तथा दश । आशान्वयेदशपुनः प्रवृत्ता इति कथ्यते

La terre, le vent, agni (feu/or), l’eau et la lumière (ākāśa/espace), avec les dix commençant par le son—on dit que cela fait dix. Et de nouveau, un autre groupe de dix se déploie en lien avec les directions (āśā) : ainsi est-il proclamé.

Verse 17

इति श्रीशिवमहापुराणे विद्येश्वरसंहितायां सप्तदशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le dix-septième chapitre de la Vidyeśvara Saṃhitā du vénérable Śrī Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 18

वेदादौ च प्रयोज्यं स्याद्वंदने संध्ययोरपि । नवकौटिजपाञ्जप्त्वा संशुद्धः पुरुषो भवेत्

Il convient de l’employer au commencement de la récitation védique, ainsi que dans les actes de vénération aux deux Sandhyā (aube et crépuscule). Ayant accompli un japa de neuf koṭis, l’homme devient purifié.

Verse 19

पुनश्च नवकोट्या तु पृथिवीजयमाप्नुयात् । पुनश्च नवकोट्या तु ह्यपांजयमवाप्नुयात्

Et de nouveau, par le mérite de neuf koṭis, on obtient la conquête de la terre ; et de nouveau, par neuf koṭis, on obtient assurément la victoire sur les eaux.

Verse 20

पुनश्च नवकोट्या तु तेजसांजयमाप्नुयात् । पुनश्च नवकोट्या तु वायोर्जयमवाप्नुयात् । आकाशजयमाप्नोति नवकोटिजपेन वै

De nouveau, par neuf koṭis supplémentaires (de répétition du mantra), on obtient la victoire sur le feu. De nouveau, par neuf koṭis supplémentaires, on acquiert la maîtrise du vent. Et, en vérité, par le japa de neuf koṭis, on atteint la maîtrise de l’espace (ākāśa).

Verse 21

गंधादीनांक्रमेणैवनवकोटिजपेणवै । अहंकारस्य च पुनर्नव कोटिजपेन वै

Pour les principes subtils commençant par l’odorat et les autres, selon l’ordre prescrit, qu’on accomplisse le japa à la mesure de neuf koṭis ; et de nouveau, pour le principe de l’egoïté (ahaṅkāra), qu’on accomplisse pareillement le japa à la mesure de neuf koṭis.

Verse 22

सहस्रमंत्रजप्तेन नित्यशुद्धो भवेत्पुमान् । ततः परं स्वसिद्ध्यर्थं जपो भवति हि द्विजाः

Par la répétition d’un mantra mille fois, l’homme devient perpétuellement purifié. Ensuite, ô dvijas (les « deux-fois-nés »), le japa est accompli en vue de sa propre réalisation spirituelle (siddhi).

Verse 23

एवमष्टोत्तरशतकोटिजप्तेन वै पुनः । प्रणवेन प्रबुद्धस्तु शुद्धयोगमवाप्नुयात्

Ainsi, en accomplissant de nouveau le japa du Praṇava (Oṁ) à la mesure de cent huit crores, le chercheur—pleinement éveillé par ce Praṇava—atteint l’état du Yoga pur (śuddha-yoga).

Verse 24

शुद्धयोगेन संयुक्तो जीवन्मुक्तो न संशयः । सदा जपन्सदाध्यायञ्छिवं प्रणवरूपिणम्

Celui qui est uni au yoga pur est un jīvanmukta, libéré tout en demeurant incarné — sans aucun doute. Toujours il répète (japa) et toujours il s’adonne à l’étude sacrée, méditant Śiva dont la forme même est le Praṇava (Om).

Verse 25

समाधिस्थो महायोगीशिव एव न संशयः । ऋषिच्छंदोदेवतादि न्यस्य देहेपुनर्जपेत्

Établi en samādhi, le grand Yogin est véritablement Śiva — sans aucun doute. Après avoir accompli sur son corps le nyāsa du ṛṣi, du chandas, de la devatā et du reste, qu’il répète de nouveau (le mantra) en japa.

Verse 26

प्रणवं मातृकायुक्तं देहे न्यस्य ऋषिर्भवेत् । दशमातृषडध्वादि सर्वं न्यासफलं लभेत्

En accomplissant le nyāsa, en déposant sur son propre corps le Praṇava (Oṃ) uni aux lettres Mātr̥kā, on atteint l’état de ṛṣi. Des «dix Mères» et des «six voies», et du reste, on recueille le fruit entier du nyāsa dans le culte de Śiva.

Verse 27

प्रवृत्तानां च मिश्राणां स्थूलप्रणवमिष्यते । क्रियातपोजपैर्युक्तास्त्रिविधाः शिवयोगिनः

Pour ceux qui s’adonnent à l’activité extérieure et pour ceux dont la discipline est mêlée, on prescrit la forme «grossière» du Praṇava (Oṃ). Les śiva‑yogin sont de trois sortes : voués à l’action rituelle, voués à l’austérité, et voués à la répétition du mantra.

Verse 28

धनादिविभवैश्चैव कराद्यंगैर्नमादिभिः । क्रियया पूजया युक्तः क्रियायोगीति कथ्यते

Celui qui s’adonne au culte par l’action rituelle—offrant richesses et autres ressources, mettant en œuvre les membres à commencer par les mains, et accomplissant des gestes de révérence tels que la prosternation—est appelé pratiquant du Kriyā‑yoga.

Verse 29

पूजायुक्तश्च मितभुग्बाह्येंद्रि यजयान्वितः । परद्रो हादिरहितस्तपोयोगीति कथ्यते

Celui qui demeure ferme dans la pūjā, modéré dans la nourriture, victorieux des sens tournés vers l’extérieur, et exempt d’hostilité comme de tout tort envers autrui—celui-là est nommé « tapo-yogī », le yogin établi dans l’austérité.

Verse 30

एतैर्युक्तः सदा क्रुद्धः सर्वकामादिवर्जितः । सदा जपपरः शांतोजपयोगीति तं विदुः

Pourvu de ces disciplines, toujours ferme et ardent, exempt de toute convoitise et de tout désir, constamment voué au japa du mantra et paisible au-dedans—celui-là est reconnu comme « japa-yogin », établi dans le yoga de la répétition sacrée.

Verse 31

उपचारैः षोडशभिः पूजया शिवयोगिनाम् । सालोक्यादिक्रमेणैव शुद्धो मुक्तिं लभेन्नरः

En adorant Śiva par la pūjā aux seize offrandes (ṣoḍaśopacāra), selon la manière enseignée par les yogin śivaïtes, l’homme se purifie et—progressant par le degré de sālokya et les autres—obtient la délivrance.

Verse 32

जपयोगमथो वक्ष्ये गदतः शृणुत द्विजाः । तपःकर्तुर्जपः प्रोक्तो यज्जपन्परिमार्जते

Je vais maintenant exposer la discipline du japa-yoga ; écoutez avec attention, ô deux-fois-nés. Pour celui qui entreprend le tapas, le japa est déclaré pratique essentielle ; en le répétant, le pratiquant se purifie entièrement des souillures et des fautes.

Verse 33

शिवनाम नमःपूर्वं चतुर्थ्यां पंचतत्त्वकम् । स्थूलप्रणवरूपं हि शिवपंचाक्षरं द्विजाः

Ô deux-fois-nés, le mantra pentasyllabique de Śiva se forme en plaçant « namaḥ » au début et « śiva » comme quatrième ; il est constitué des cinq tattva et il est, en vérité, la forme manifeste (grossière) du Praṇava (Oṁ).

Verse 34

पंचाक्षरजपेनैव सर्वसिद्धिं लभेन्नरः । प्रणवेनादिसंयुक्तं सदा पंचाक्षरं जपेत्

Par le seul japa du mantra aux cinq syllabes, l’homme obtient toutes les accomplissements spirituels. Qu’il répète donc sans cesse le mantra aux cinq syllabes, précédé du Pranava « Oṁ ».

Verse 35

गुरूपदेशं संगम्य सुखवासे सुभूतले । पूर्वपक्षे समारभ्य कृष्णभूतावधि द्विजाः

Après avoir reçu l’enseignement du Guru, les deux-fois-nés doivent demeurer dans une demeure agréable sur une terre propice, et commencer l’observance durant la quinzaine claire, pour la poursuivre jusqu’au jour de nouvelle lune (amāvasyā).

Verse 36

माघं भाद्रं विशिष्टं तु सर्वकालोत्तमोत्तमम् । एकवारं मिताशीतु वाग्यतो नियतेंद्रि यः

Parmi les temps, les mois de Māgha et de Bhādrapada sont tout particulièrement distingués — les meilleurs des meilleurs de toutes les saisons. Celui qui, durant cette période, ne mange qu’une fois par jour avec mesure, retient sa parole et discipline ses sens, devient apte aux fruits les plus élevés du culte de Śiva.

Verse 37

स्वस्य राजपितृणां च शुश्रूषणं च नित्यशः । सहस्रजपमात्रेण भवेच्छुद्धोऽन्यथा ऋणी

En servant chaque jour son propre roi (l’autorité légitime) et ses ancêtres, l’homme est purifié par la seule pratique de mille répétitions (du mantra). Sinon, il demeure débiteur, lié par l’obligation et l’impureté.

Verse 38

पंचाक्षरं पंचलक्षं जपेच्छिवमनुस्मरन् । पद्मासनस्थं शिवदं गंगाचंद्र कलान्वितम्

Se souvenant de Śiva, qu’on répète le mantra aux cinq syllabes cinq cent mille fois, en méditant le Seigneur dispensateur de grâces, assis en padmāsana (posture du lotus), orné de la Gaṅgā et du croissant de lune.

Verse 39

वामोरुस्थितशक्त्या च विराजं तं महागणैः । मृगटंकधरं देवं वरदाभयपाणिकम्

Rayonnant au milieu des grandes troupes des gaṇa de Śiva, avec Śakti assise sur sa cuisse gauche, ce Dieu resplendissait : il portait le cerf et la hache, et ses mains formaient les mudrā du don de grâce et de l’absence de crainte.

Verse 40

सदानुग्रहकर्त्तारं सदा शिवमनुस्मरन् । संपूज्य मनसा पूर्वं हृदिवासूर्यमंडले

En se souvenant sans cesse de Sadāśiva, l’inlassable dispensateur de grâce, qu’on accomplisse d’abord l’adoration intérieure, le contemplant comme demeurant dans l’orbe solaire au sein du cœur.

Verse 41

जपेत्पंचाक्षरीं विद्यां प्राण्मुखः शुद्धकर्मकृत् । प्रातः कृष्णचतुर्दश्यां नित्यकर्मसमाप्य च

Après avoir purifié sa conduite et ses actes, tourné vers l’est, qu’il récite la vidyā à cinq syllabes, le mantra sacré. Le matin du quatorzième jour lunaire de la quinzaine sombre, après avoir accompli aussi les rites quotidiens obligatoires, qu’il pratique ce japa.

Verse 42

मनोरमे शुचौ देशे नियतः शुद्धमानसः । पंचाक्षरस्य मंत्रस्य सहस्रं द्वादशं जपेत्

Dans un lieu agréable et pur, avec discipline et l’esprit purifié, qu’il répète le mantra Pañcākṣara douze mille fois.

Verse 43

वरयेच्च सपत्नीकाञ्छैवान्वै ब्राह्मणोत्तमान् । एकं गुरुवरं शिष्टं वरयेत्सांबमूर्तिकम्

Qu’il invite les plus éminents brāhmaṇa śaiva avec leurs épouses. Et tout particulièrement, qu’il convie un précepteur d’exception, exemplaire et bien discipliné, qui incarne Śiva uni à Umā (Sāmba).

Verse 44

ईशानं चाथ पुरुषमघोरं वाममेव च । सद्योजातं च पंचैव शिवभक्तान्द्विजोत्तमान्

Il décrivit ensuite les cinq—Īśāna, Tatpuruṣa, Aghora, Vāma et Sadyojāta—comme les brahmanes suprêmes, dévots éminents de Śiva.

Verse 45

पूजाद्र व्याणि संपाद्य शिवपूजां समारभेत् । शिवपूजां च विधिवत्कृत्वा होमं समारभेत्

Après avoir réuni les objets requis pour le culte, qu’on commence la Śiva-pūjā. Puis, ayant accompli cette adoration de Śiva selon la règle rituelle, qu’on entreprenne le homa, l’offrande au feu.

Verse 46

मुखांतं च स्वसूत्रेण कृत्वा होमं समारभेत् । दशैकं वा शतैकं वा सहस्रैकमथापि वा

Ayant ordonné le rite jusqu’à sa partie finale selon son propre sūtra (règle prescrite), qu’on commence le homa. Les oblations peuvent être offertes onze fois, ou cent une fois, ou même mille une fois.

Verse 47

कापिलेन घृतेनैव जुहुयात्स्वयमेव हि । कारयेच्छिवभक्तैर्वाप्यष्टोत्तरशतं बुधः

En vérité, il doit accomplir lui-même l’offrande au feu en n’employant que du ghee provenant d’une vache kapilā (fauve). Ou bien, le sage peut faire accomplir cent huit oblations par des dévots de Śiva.

Verse 48

होमान्ते दक्षिणा देया गुरोर्गोमिथुनं तथा । ईशानादिस्वरूपांस्तान्गुरुं सांबं विभाव्य च

À la fin du homa, qu’on offre au Guru la dakṣiṇā prescrite, ainsi qu’une paire de vaches. Et, dans la contemplation, qu’on reconnaisse le Guru comme l’incarnation des formes commençant par Īśāna, et comme Śiva avec Ambā.

Verse 49

तेषां पत्सिक्ततोयेन स्वशिरः स्नानमाचरेत् । षट्त्रिंशत्कोटितीर्थेषु सद्यः स्नानफलं लभेत्

Avec l’eau qui a lavé leurs pieds, qu’on se baigne soi-même la tête. En agissant ainsi, on obtient aussitôt le fruit d’un bain dans les trente-six crores de tīrtha sacrés, geste de vénération qui purifie l’âme par la dévotion aux saints de Śiva.

Verse 50

दशांगमन्नं तेषां वै दद्याद्वैभक्तिपूर्वकम् । पराबुद्ध्या गुरोः पत्नीमीशानादिक्रमेण तु

Avec dévotion, qu’il leur offre la nourriture préparée en dix parts. Et avec la plus haute révérence, qu’il honore aussi l’épouse du Guru, selon l’ordre rituel approprié en commençant par Īśāna.

Verse 51

परमान्नेन संपूज्य यथाविभवविस्तरम् । रुद्रा क्षवस्त्रपूर्वं च वटकापूपकैर्युतम्

Vénère Śiva avec l’offrande la plus exquise de riz cuit, en déployant le service selon tes moyens. Commence par les vêtements requis et le Rudrākṣa, puis offre-le avec des vadas et des gâteaux sucrés apūpas.

Verse 52

बलिदानं ततः कृत्वा भूरिभोजनमाचरेत् । ततः संप्रार्थ्य देवेशं जपं तावत्समापयेत्

Ensuite, après avoir accompli l’offrande prescrite (bali), qu’on organise un repas abondant (pour les dévots et les nécessiteux). Puis, après avoir prié avec ferveur le Seigneur des dieux—Śiva—qu’on achève comme il se doit le japa de ce temps.

Verse 53

पुरश्चरणमेवं तु कृत्वा मन्त्रीभवेन्नरः । पुनश्च पंचलक्षेण सर्वपापक्षयो भवेत्

Ayant ainsi accompli le puraścaraṇa prescrit, l’homme devient accompli dans le mantra. Et de plus, en le répétant cinq lakhs (cinq cent mille fois), s’opère la destruction de tous les péchés.

Verse 54

अतलादि समारभ्य सत्यलोकावधिक्रमात् । पंचलक्षजपात्तत्तल्लोकैश्वर्यमवाप्नुयात्

En commençant par Atala et en s’élevant selon l’ordre jusqu’à Satyaloka, par cinq cent mille répétitions du mantra on obtient la prospérité et l’autorité seigneuriale propres à chacun de ces mondes.

Verse 55

मध्ये मृतश्चेद्भोगांते भूमौ तज्जापको भवेत् । पुनश्च पंचलक्षेण ब्रह्मसामीप्यमाप्नुयात्

Si l’on meurt en cours de route (avant d’achever l’observance), alors, après avoir joui jusqu’au bout des fruits du karma, on renaît sur la terre comme pratiquant de ce même japa. Puis, par cinq lakhs supplémentaires, on atteint la proximité de Brahman, c’est-à-dire l’intime voisinage du Seigneur Suprême.

Verse 56

पुनश्च पंचलक्षेण सारूप्यैश्वर्यमाप्नुयात् । आहत्य शतलक्षेण साक्षाद्ब्रह्मसमो भवेत्

Et de plus, en le répétant cinq lakhs de fois, on obtient la gloire souveraine de la ressemblance (sārūpya) avec Śiva. En somme, par cent lakhs (dix millions), on devient directement égal à Brahman lui-même.

Verse 57

कार्यब्रह्मण एवं हि सायुज्यं प्रतिपद्य वै । यथेष्टं भोगमाप्नोति तद्ब्रह्मप्रलयावधि

Ainsi, en vérité, ayant atteint l’union (sāyujya) avec le Brahman manifesté, on jouit des plaisirs selon son désir, jusqu’au temps de la dissolution de Brahmā.

Verse 58

पुनः कल्पांतरे वृत्ते ब्रह्मपुत्रः सजायते । पुनश्च तपसा दीप्तः क्रमान्मुक्तो भविष्यति

Quand un autre éon (kalpa) se sera écoulé, il renaîtra comme fils de Brahmā. Et de nouveau, flamboyant par la puissance de l’ascèse (tapas), il atteindra, pas à pas, la délivrance (mokṣa).

Verse 59

पृथ्व्यादिकार्यभूतेभ्यो लोका वै निर्मिताः क्रमात् । पातालादि च सत्यांतं ब्रह्मलोकाश्चतुर्दश

À partir des éléments créés, en commençant par la terre, les mondes furent façonnés selon l’ordre établi—quatorze au total—depuis Pātāla en bas jusqu’à Satya en haut, incluant Brahmaloka.

Verse 60

सत्यादूर्ध्वं क्षमांतं वैविष्णुलोकाश्चतुर्दश । क्षमलोके कार्यविष्णुर्वैकुंठे वरपत्तने

Depuis Satya (Satyaloka) vers le haut, jusqu’à Kṣamā, il existe en vérité quatorze domaines appartenant à Viṣṇu. Dans le monde de Kṣamā, Viṣṇu demeure comme le Seigneur qui accomplit la fonction cosmique; et à Vaikuṇṭha, dans la cité suprême, il réside comme le dispensateur de grâces.

Verse 61

कार्यलक्ष्म्या महाभोगिरक्षां कृत्वाऽधितिष्ठति । तदूर्ध्वगाश्च शुच्यंतां लोकाष्टाविंशतिः स्थिताः

Ayant établi une puissante protection pour les grands jouisseurs grâce à la prospérité ordonnée des actes qui leur sont destinés, Il y préside. Au-dessus de cela, les vingt-huit mondes, s’élevant vers le haut, demeurent dans un état purifié.

Verse 62

शुचौ लोके तु कैलासे रुद्रो वै भूतहृत्स्थितः । षडुत्तराश्च पंचाशदहिंसांतास्तदूर्ध्वगाः

Dans le royaume pur de Kailāsa, Rudra demeure en vérité, fermement établi dans le cœur de tous les êtres. Au-dessus se trouvent cinquante-six plans plus élevés, s’élevant et culminant en ahiṃsā (non-violence).

Verse 63

अहिंसालोकमास्थाय ज्ञानकैलासके पुरे । कार्येश्वरस्तिरोभावं सर्वान्कृत्वाधितिष्ठति

Demeurant dans le monde d’ahiṃsā, dans la cité de Jñāna‑Kailāsa, Kāryeśvara préside, après avoir voilé tous les êtres par Sa puissance de dissimulation (tirobhāva).

Verse 64

तदंते कालचक्रं हि कालातीतस्ततः परम् । शिवेनाधिष्ठितस्तत्र कालश्चक्रेश्वराह्वयः

Au-delà de cela se trouve en vérité la Roue du Temps; et au-delà du Temps lui-même demeure la Réalité suprême, au-delà de toute temporalité. Là, établie et gouvernée par Śiva, réside le Temps, nommé Cakreśvara, Seigneur de la Roue.

Verse 65

माहिषं धर्ममास्थाय सर्वान्कालेन युंजति । असत्यश्चाशुचिश्चैव हिंसा चैवाथ निर्घृणा

S’abritant derrière une conduite brutale, semblable à celle du buffle, ils assujettissent tous les êtres à la force du Temps. Ils se vouent vite au mensonge et à l’impureté, puis se tournent vers la violence, entièrement dépourvus de compassion.

Verse 66

असत्यादिचतुष्पादः सर्वांशः कामरूपधृक् । नास्तिक्यलक्ष्मीर्दुःसंगो वेदबाह्यध्वनिः सदा

Il se tient sur quatre pieds dont le premier est le mensonge ; il n’est tout entier qu’un fragment de ce principe d’adharma, prenant la forme que dicte le désir. Il jouit de la « prospérité » de l’incrédulité, recherche la mauvaise compagnie et parle sans cesse hors de l’autorité du Veda.

Verse 67

क्रोधसंगः कृष्णवर्णो महामहिषवेषवान् । तावन्महेश्वरः प्रोक्तस्तिरोधास्तावदेव हि

Associé à la colère, sombre de teint et revêtant l’apparence d’un grand buffle : tant que cela demeure, Maheśvara est dit « Tirodhā » (la Puissance du Voile) ; en vérité, l’obscurcissement n’agit que jusque-là.

Verse 68

तदर्वाक्कर्मभोगो हि तदूर्ध्वं ज्ञानभोगकम् । तदर्वाक्कर्ममाया हि ज्ञानमाया तदूर्ध्वकम्

Au-dessous de ce niveau, l’expérience est bien la jouissance (et la souffrance) des actes ; au-dessus, l’expérience devient la jouissance née de la connaissance. Au-dessous opère la māyā du karma qui enchaîne ; au-dessus opère la māyā qui agit par la connaissance.

Verse 69

मा लक्ष्मीः कर्मभोगो वै याति मायेति कथ्यते । मा लक्ष्मीर्ज्ञानभोगो वै याति मायेति कथ्यते

Il est proclamé que même Lakṣmī—lorsqu’on la recherche comme jouissance par le karma (l’action)—conduit à la Māyā. Il est aussi proclamé que même Lakṣmī—lorsqu’on la recherche comme jouissance par le jñāna (la connaissance)—conduit à la Māyā.

Verse 70

तदूर्ध्वं नित्यभोगो हि तदर्वाण्नश्वरं विदुः । तदर्वाक्च तिरोधानं तदूर्ध्वं न तिरोधनम्

Au-dessus de cet état se trouve, en vérité, l’expérience éternelle ; au-dessous, les sages savent que tout est périssable. Et le voilement, l’occultation (tirodhāna), n’opère qu’en dessous ; au-dessus, il n’y a aucun voilement.

Verse 71

तदर्वाक्पाशबंधो हि तदूर्ध्वं न हि बंधनम् । तदर्वाक्परिवर्तंते काम्यकर्मानुसारिणः

Au-dessous de cet état supérieur, il y a certes l’asservissement par le lien; au-dessus, il n’y a plus aucune entrave. Ceux qui suivent des rites et des actes dictés par le désir ne tournent qu’au-dessous de lui.

Verse 72

निष्कामकर्मभोगस्तु तदूर्ध्वं परिकीर्तितः । तदर्वाक्परिवर्तंते बिंदुपूजापरायणाः

Au-dessus de cela est proclamé l’état où l’on fait l’expérience de l’action sans désir. Au-dessous, en revanche, tournent ceux qui se vouent au culte du bindu, demeurant dans le cycle du retour.

Verse 73

तदूर्ध्वं हि व्रजंत्येव निष्कामा लिंगपूजकाः । तदर्वाक्परिवर्तंते शिवान्यसुरपूजकाः

En vérité, les dévots sans désir qui vénèrent le Liṅga de Śiva s’élèvent vers l’état divin supérieur. Mais ceux qui adorent d’autres divinités et les asuras se retournent vers le bas, reprenant des voies d’existence inférieures.

Verse 74

शिवैकनिरता ये च तदूर्ध्वं संप्रयांति ते । तदर्वाग्जीवकोटिः स्यात्तदूर्ध्वं परकोटिकाः

Ceux qui sont exclusivement voués à Śiva s’acheminent vers l’état supérieur. Au-dessous se trouve la catégorie des jīvas liés; au-dessus, les catégories suprêmes (des êtres libérés ou transcendants).

Verse 75

सांसारिकास्तदर्वाक्च मुक्ताः खलु तदूर्ध्वगाः । तदर्वाक्परिवर्तंते प्राकृतद्र व्यपूजकाः

Ceux qui demeurent liés à la vie mondaine restent en bas, tandis que les libérés s’élèvent véritablement. Mais ceux qui n’adorent qu’avec des substances matérielles se retournent encore vers la voie inférieure.

Verse 76

तदूर्ध्वं हि व्रजंत्येते पौरुषद्र व्यपूजकाः । तदर्वाक्छक्तिलिंगं तु शिवलिंगं तदूर्ध्वकम्

En vérité, ceux qui vénèrent le principe masculin (Puruṣa) par des offrandes matérielles s’élèvent au-delà de ce degré. Au-dessous se trouve le Śakti-liṅga ; au-dessus se dresse le Śiva-liṅga.

Verse 77

तदर्वागावृतं लिंगं तदूर्ध्वं हि निरावृति । तदर्वाक्कल्पितं लिंगं तदूर्ध्वं वै न कल्पितम्

En bas, le Liṅga doit être tenu couvert ; en haut, il doit demeurer à découvert. La partie inférieure est un Liṅga façonné et mesuré ; la partie supérieure, elle, n’est pas façonnée en vérité, au-delà de toute fabrication humaine.

Verse 78

तदर्वाग्बाह्यलिंगं स्यादंतरंगं तदूर्ध्वकम् । तदर्वाक्छक्तिलोका हि शतं वै द्वादशाधिकम्

Au-dessous se trouve le Liṅga extérieur ; au-dessus est le domaine intérieur, subtil. Et au-dessous de ce domaine intérieur se tiennent, en vérité, les mondes de Śakti, au nombre de cent douze.

Verse 79

तदर्वाग्बिंदुरूपं हि नादरूपं तदुत्तरम् । तदर्वाक्कर्मलोकस्तु तदूर्ध्वं ज्ञानलोककः

Au-dessous se trouve, en vérité, le royaume sous la forme de Bindu, et au-dessus se tient le royaume sous la forme de Nāda. En dessous est le monde de l’action (karma-loka), tandis qu’au-dessus est le monde de la connaissance (jñāna-loka).

Verse 80

नमस्कारस्तदूर्ध्वं हि मदाहंकारनाशनः । जनिजं वै तिरोधानं नानिषिद्ध्यातते इति

Et ensuite, la prosternation (namaskāra) détruit véritablement l’orgueil et l’ego. Elle dissipe le voile inné (tirodhāna) né de l’existence incarnée, et ainsi le chercheur n’est pas entravé sur la voie de l’adoration et de la réalisation.

Verse 81

ज्ञानशब्दार्थ एवं हि तिरोधाननिवारणात् । तदर्वाक्परिवर्तंते ह्याधिभौतिकपूजकाः

Car le sens du mot «connaissance» est précisément la levée du voile (tirodhāna) ; ainsi, ceux qui n’adorent que le niveau extérieur et matériel se retournent et demeurent au-dessous de cette réalisation véritable.

Verse 82

आध्यात्मिकार्चका एव तदूर्ध्वं संप्रयांतिवै । तावद्वै वेदिभागं तन्महालोकात्मलिंगके

Seuls les adorateurs qui accomplissent une adoration intérieure, spirituelle, s’élèvent réellement au-delà de cela ; les autres n’atteignent que la portion de l’autel. Telle est la distinction enseignée au sujet de ce Liṅga dont la nature même est le «Grand Monde» (le plan suprême de l’être).

Verse 83

प्रकृत्याद्यष्टबंधोपि वेद्यंते संप्रतिष्ठतः । एवमेतादृशं ज्ञेयं सर्वं लौकिकवैदिकम्

À partir de Prakṛti et du reste, même le lien octuple se comprend grâce à l’établissement juste (du principe sacré). Ainsi faut-il savoir que tout ce qui est exposé—qu’il soit mondain ou védique—est de cette même nature.

Verse 84

अधर्ममहिषारूढं कालचक्रं तरंति ते । सत्यादिधर्मयुक्ता ये शिवपूजापराश्च ये

Eux seuls franchissent la roue du Temps, juchée sur le buffle de l’injustice : ceux qui sont pourvus de vertus commençant par la véracité, et qui se vouent entièrement au culte du Seigneur Śiva.

Verse 85

तदूर्ध्वं वृषभो धर्मो ब्रह्मचर्यस्वरूपधृक् । सत्यादिपादयुक्तस्तु शिवलोकाग्रतः स्थितः

Au-dessus de cela se tient le Dharma sous la forme du taureau, portant l’essence du brahmacarya, la discipline chaste. Pourvu des « pieds » commençant par la Vérité (satya) et des autres vertus, il demeure devant le royaume de Śiva.

Verse 86

क्षमाशृङ्गः शमश्रोत्रो वेदध्वनिविभूषितः । आस्तिक्यचक्षुर्निश्वासगुरुबुद्धिमना वृषः

Le Taureau (Vṛṣa) du Dharma, dont les cornes sont la patience et dont les oreilles sont la quiétude, est paré de la résonance des Veda. Ses yeux sont la foi, et son souffle même est révérence envers le Guru ; son esprit est stable, doté d’une intelligence noble.

Verse 87

क्रियादिवृषभा ज्ञेयाः कारणादिषु सर्वदा । तं क्रियावृषभं धर्मं कालातीतोधितिष्ठति

Sachez que les « taureaux », à commencer par Kriyā (l’action sacrée), sont toujours présents dans les principes causaux et les autres. Ce Dharma—dont la force même est Kriyā—est soutenu et transcendé par Celui qui est au-delà du Temps (Śiva).

Verse 88

ब्रह्मविष्णुमहेशानां स्वस्वायुर्दिनमुच्यते । तदूर्ध्वं न दिनं रात्रिर्न जन्ममरणादिकम्

Pour Brahmā, Viṣṇu et Maheśa, la mesure de leur durée de vie respective est dite en termes de « jours ». Mais au-delà de cet état suprême, il n’y a ni jour ni nuit, ni rien de tel que naissance, mort, et le reste.

Verse 89

पुनः कारणसत्यांताः कारणब्रह्मणस्तथा । गंधादिभ्यस्तु भूतेभ्यस्तदूर्ध्वं निर्मिताः सदा

De nouveau, les principes commençant par la «réalité causale» surgissent du Brahman causal ; et au-dessus d’eux—à partir des éléments tels que la terre, porteuse de la qualité du parfum—les degrés suivants sont à jamais façonnés selon l’ordre juste.

Verse 90

सूक्ष्मगंधस्वरूपा हि स्थिता लोकाश्चतुर्दश । पुनः कारणविष्णोर्वै स्थिता लोकाश्चतुर्दश

En vérité, les quatorze mondes demeurent sous la forme d’un parfum subtil ; et de nouveau, les quatorze mondes demeurent en Viṣṇu causal, source et cause.

Verse 91

पुनःकारणरुद्र स्य लोकाष्टाविंशका मताः । पुनश्च कारणेशस्य षट्पंचाशत्तदूर्ध्वगाः

De nouveau, il est enseigné que Kāraṇa-Rudra possède vingt-huit mondes. Et plus haut encore se trouvent les cinquante-six mondes appartenant à Kāraṇeśa, le Seigneur Causal.

Verse 92

ततः परं ब्रह्मचर्यलोकाख्यं शिवसंमतम् । तत्रैव ज्ञानकैलासे पंचावरणसंयुते

Au-delà se trouve le royaume nommé Brahmacarya-loka, approuvé par le Seigneur Śiva. Là même est Jñāna-Kailāsa, doté des cinq enceintes (pañcāvaraṇas).

Verse 93

पंचमंडलसंयुक्तं पंचब्रह्मकलान्वितम् । आदिशक्तिसमायुक्तमादिलिंगं तु तत्र वै

Là, en vérité, se tient l’Ādi-liṅga, uni aux cinq cercles sacrés et pourvu des kalā (aspects) des Cinq Brahmanes ; et il est aussi uni à Ādi-Śakti.

Verse 94

शिवालयमिदं प्रोक्तं शिवस्य परमात्मनः । परशक्त्यासमायुक्तस्तत्रैव परमेश्वरः

Ceci a été proclamé la demeure de Śiva, le Soi suprême. Là même réside Parameśvara, uni à sa Puissance suprême, Parāśakti.

Verse 95

सृष्टिः स्थितिश्च संहारस्तिरोभावोप्यनुग्रहः । पंचकृत्यप्रवीणोऽसौ सच्चिदानंदविग्रहः

Création, maintien, dissolution, voilement et grâce : tels sont ses cinq actes divins. Il excelle parfaitement dans cette œuvre quintuple ; il est Śiva, dont la forme même est Sat-Cit-Ānanda : Être, Conscience et Béatitude.

Verse 96

ध्यानधर्मः सदा यस्य सदानुग्रहतत्परः । समाध्यासनमासीनः स्वात्मारामो विराजते

Celui dont la nature est la méditation constante, toujours appliqué à répandre la grâce, resplendit—assis dans la posture du samādhi, se réjouissant dans la béatitude de son propre Soi.

Verse 97

तस्य संदर्शनं सांध्यं कर्मध्यानादिभिः क्रमात् । नित्यादिकर्मयजनाच्छिवकर्ममतिर्भवेत्

En recevant régulièrement son darśana aux heures de sandhyā, puis en progressant pas à pas par les devoirs prescrits, la méditation et les disciplines connexes, et en accomplissant les rites quotidiens et le culte, l’intelligence et l’intention se fixent sur le śiva-karman, l’œuvre sacrée du culte de Śiva, conduisant l’esprit vers Śiva.

Verse 98

क्रियादिशिवकर्मभ्यः शिवज्ञानं प्रसाधयेत् । तद्दर्शनगताः सर्वे मुक्ता एव न संशयः

Par les pratiques śaiva—à commencer par l’action rituelle—il faut accomplir comme il se doit la connaissance de Śiva. Tous ceux qui sont entrés dans cette vision directe (de Śiva) sont assurément libérés ; il n’y a aucun doute.

Verse 99

मुक्तिरात्मस्वरूपेण स्वात्मारामत्वमेव हि । क्रियातपोजपज्ञानध्यानधर्मेषु सुस्थितः

La délivrance est, en vérité, demeurer dans sa propre nature authentique, ne goûtant que la béatitude du Soi. Celui qui est solidement établi dans la juste conduite, l’austérité, la récitation des mantras, la connaissance sacrée, la méditation et le dharma devient apte à cet état.

Verse 100

शिवस्य दर्शनं लब्धा स्वात्मारामत्वमेव हि । यथा रविः स्वकिरणादशुद्धिमपनेष्यति

Ayant obtenu la vision de Śiva, on s’établit vraiment dans la joie du Soi ; de même que le Soleil, par ses propres rayons, ôte l’impureté.

Verse 101

कृपाविचक्षणः शंभुरज्ञानमपनेष्यति । अज्ञानविनिवृत्तौ तु शिवज्ञानं प्रवर्तते

Śambhu, dont la compassion est lucide et agissante, ôte l’ignorance. Quand l’ignorance est dissipée, la connaissance de Śiva s’élève d’elle-même et commence à œuvrer au cœur du chercheur.

Verse 102

शिवज्ञानात्स्वस्वरूपमात्मारामत्वमेष्यति । आत्मारामत्वसंसिद्धौ कृतकृत्यो भवेन्नरः

Par la connaissance de Śiva, on atteint sa propre nature véritable et l’on demeure établi comme ātmārāma, comblé dans le Soi. Lorsque l’état d’ātmārāmatva est pleinement accompli, l’homme devient kṛtakṛtya : celui dont la vie a réalisé son but.

Verse 103

पुनश्च शतलक्षेण ब्रह्मणः पदमाप्नुयात् । पुनश्च शतलक्षेण विष्णोः पदमवाप्नुयात्

Et de nouveau, par la même pratique accomplie cent mille (fois), on atteint l’état de Brahmā ; et de nouveau, par cent mille (fois), on atteint l’état de Viṣṇu.

Verse 104

पुनश्च शतलक्षेण रुद्र स्य पदमाप्नुयात् । पुनश्च शतलक्षेण ऐश्वर्यं पदमाप्नुयात्

Et de nouveau, en l’accomplissant cent mille (fois), on atteint l’état de Rudra ; et de nouveau, par cent mille (fois), on atteint la station souveraine d’aiśvarya, la seigneurie divine.

Verse 105

पुनश्चैवंविधेनैव जपेन सुसमाहितः । शिवलोकादिभूतं हि कालचक्रमवाप्नुयात्

Et de nouveau, l’esprit parfaitement recueilli, par le japa accompli de cette même manière, on atteint la roue du Temps (kālacakra), enracinée dans le monde de Śiva et les mondes plus élevés ; par la grâce de Śiva, on transcende le temps ordinaire.

Verse 106

कालचक्रं पंचचक्रमेकैकेन क्रमोत्तरे । सृष्टिमोहौ ब्रह्मचक्रं भोगमोहौ तु वैष्णवम्

La Roue du Temps est une roue en cinq cercles, chacun succédant au précédent en s’élevant pas à pas. L’illusion liée à la création appartient à la roue de Brahmā, tandis que l’illusion liée à la jouissance appartient à la roue de Viṣṇu.

Verse 107

कोपमोहौ रौद्र चक्रं भ्रमणं चैश्वरं विदुः । शिवचक्रं ज्ञानमोहौ पंचचक्रं विदुर्बुधाः

Les sages savent que la colère et l’illusion sont la « roue Raudra » ; l’errance agitée est la « roue Īśvara » ; et la connaissance mêlée d’illusion est la « roue Śiva ». Ainsi, les érudits déclarent que telles sont les cinq roues (pañca-cakras).

Verse 108

पुनश्च दशकोट्या हि कारणब्रह्मणः पदम् । पुनश्च दशकोट्या हि तत्पदैश्वर्यमाप्नुयात्

Et de nouveau, par dix crores supplémentaires, on atteint l’état du Brahman causal ; et de nouveau, par dix crores encore, on obtient la gloire souveraine propre à cet état même.

Verse 109

एवं क्रमेण विष्ण्वादेः पदं लब्ध्वा महौजसः । क्रमेण तत्पदैश्वर्यं लब्ध्वा चैव महात्मनः

Ainsi, pas à pas, cette noble âme au grand éclat atteignit le rang de Viṣṇu et les autres demeures divines ; et, selon l’ordre, elle obtint aussi les pouvoirs seigneuriaux propres à ces positions sublimes.

Verse 110

शतकोटिमनुं जप्त्वा पंचोत्तरमतंद्रि तः । शिवलोकमवाप्नोति पंचमावरणाद्बहिः

Après avoir récité avec assiduité le mantra cent millions de fois, puis encore cent cinq fois sans paresse, on atteint Śivaloka — au-delà de la cinquième enceinte des enveloppes cosmiques.

Verse 111

राजसं मंडपं तत्र नंदीसंस्थानमुत्तमम् । तपोरूपश्च वृषभस्तत्रैव परिदृश्यते

Là, l’on voit le maṇḍapa resplendissant d’éclat rājasa (actif et royal), et là se trouve aussi l’excellente demeure de Nandī. En ce même lieu apparaît encore le Taureau—Nandī—dont la forme même est tapas, l’austérité sacrée.

Verse 112

सद्योजातस्य तत्स्थानं पंचमावरणं परम् । वामदेवस्य च स्थानं चतुर्थावरणं पुनः

Le siège de Sadyojāta est la suprême cinquième enceinte (āvaraṇa). Et, de nouveau, le siège de Vāmadeva est la quatrième enceinte.

Verse 113

अघोरनिलयं पश्चात्तृतीयावरणं परम् । पुरुषस्यैव सांबस्य द्वितीयावरणं शुभम्

Ensuite, la suprême troisième enceinte est la demeure d’Aghora. Et la seconde enceinte, de bon augure, appartient véritablement à Puruṣa, à Śiva dans sa forme de Sāmbā (Śiva uni à Śakti).

Verse 114

ईशानस्य परस्यैव प्रथमावरणं ततः । ध्यानधर्मस्य च स्थानं पंचमं मंडपं ततः

Vient ensuite la première enceinte, appartenant au Suprême Īśāna. Puis se trouve le siège du dhyāna-dharma (la discipline de la méditation) ; après quoi vient le cinquième maṇḍapa, le pavillon sacré.

Verse 115

बलिनाथस्य संस्थानं तत्र पूर्णामृतप्रदम् । चतुर्थं मंडपं पश्चाच्चंद्र शेखरमूर्तिमत्

Là se tient le siège sacré de Balinātha, dispensant la plénitude de l’amṛta divin (la grâce immortelle). Au-delà se trouve le quatrième maṇḍapa, doté de la forme de Chandrashekhara — Śiva portant la lune sur sa cime.

Verse 116

सोमस्कंदस्य च स्थानं तृतीयं मंडपं परम् । द्वितीयं मंडपं नृत्यमंडपं प्राहुरास्तिकाः

Le troisième maṇḍapa, le plus élevé, est déclaré être le lieu sacré de Somāskanda. Les fidèles affirment aussi que le deuxième maṇḍapa est le Nṛtya-maṇḍapa, le Pavillon de la Danse.

Verse 117

प्रथमं मूलमायायाः स्थानं तत्रैव शोभनम् । ततः परं गर्भगृहं लिंगस्थानं परं शुभम्

D’abord, qu’on établisse là le beau siège de Mūla-Māyā. Ensuite, au-delà, qu’on édifie le garbhagṛha, le sanctuaire intérieur, lieu suprêmement propice pour le Liṅga.

Verse 118

नंदिसंस्थानतः पश्चान्न विदुः शिववैभवम् । नंदीश्वरो बहिस्तिष्ठन्पंचाक्षरमुपासते

Ceux qui demeurent hors du lieu de Nandin ne connaissent pas vraiment la majesté de Śiva. Ainsi Nandīśvara, se tenant au-dehors en service dévot, adore le Seigneur par le mantra Pañcākṣara.

Verse 119

एवं गुरुक्रमाल्लब्धं नंदीशाच्च मया पुनः । ततः परं स्वसंवेद्यं शिवे नैवानुभावितम्

Ainsi, je l’ai reçu selon la succession de la lignée des gurus, et de nouveau de Nandīśa. Au-delà de cela, ce qui doit être réalisé directement en soi ne peut devenir objet de narration, même lorsqu’il s’agit de Śiva.

Verse 120

शिवस्य कृपया साक्षाच्छिव लोकस्य वैभवम् । विज्ञातुं शक्यते सर्वैर्नान्यथेत्याहुरास्तिकाः

C’est uniquement par la grâce de Śiva que la splendeur de Śivaloka peut être connue en vérité par tous ; les fidèles affirment qu’elle ne peut être connue par aucun autre moyen.

Verse 121

एवंक्रमेणमुक्ताः स्युर्ब्राह्मणा वै जितेंद्रि यः । अन्येषां च क्रमं वक्ष्ये गदतः शृणुतादरात्

Ainsi, dans cet ordre précis, les brahmanes maîtres d'eux-mêmes sont libérés. Je vais maintenant expliquer la séquence prescrite pour les autres — écoutez attentivement.

Verse 122

गुरूपदेशाज्जाप्यं वै ब्राह्मणानां नमोऽतकम् । पंचाक्षरं पंचलक्षमायुष्यं प्रजपेद्विधिः

Ayant reçu l'instruction du Guru, un Brāhmaṇa doit accomplir le japa du mantra ‘namo’. Selon la règle appropriée, il doit réciter le mantra à cinq syllabes (Pañcākṣara) cinq cent mille fois pour obtenir une longue vie.

Verse 123

स्त्रीत्वापनयनार्थं तु पंचलक्षं जपेत्पुनः । मंत्रेण पुरुषो भूत्वा क्रमान्मुक्तो भवेद्बुधः

Pour écarter l'état de féminité, on doit répéter à nouveau le mantra cinq cent mille fois. Par le pouvoir de ce mantra, devenant un homme (spirituellement apte), le sage est progressivement libéré.

Verse 124

क्षत्रियः पंचलक्षेण क्षत्त्रत्वमपनेष्यति । पुनश्च पंचलक्षेण क्षत्त्रियो ब्राह्मणो भवेत्

Par cinq lakhs (de répétitions), un kṣatriya se dépouille de sa condition de kṣatriya ; et à nouveau, par cinq autres lakhs, ce kṣatriya devient un brāhmaṇa. Ainsi, le Purāṇa souligne le raffinement intérieur par la discipline orientée vers Śiva.

Verse 125

मंत्रसिद्धिर्जपाच्चैव क्रमान्मुक्तो भवैन्नरः । वैश्यस्तु पंचलक्षेण वैश्यत्वमपनेष्यति

Par le mantra-japa discipliné, le mantra-siddhi surgit sûrement ; et dans l'ordre voulu, une personne est libérée. Un Vaiśya, en complétant cinq lakhs (de répétitions), se dépouille de la condition limitante de ‘Vaiśya’.

Verse 126

पुनश्च पंचलक्षेण मंत्रक्षत्त्रिय उच्यते । पुनश्च पंचलक्षेण क्षत्त्रत्वमपनेष्यति

De nouveau, en accomplissant cinq lakhs (cinq cent mille) de japa, on est proclamé « mantra-kṣatriya » : un guerrier spirituel investi par le mantra. Puis, par cinq lakhs supplémentaires, cet état de kṣatriya est lui aussi délaissé, lorsque l’aspirant dépasse même cette identité grâce à une maturité plus profonde du mantra.

Verse 127

पुनश्च पंचलक्षेण मंत्रब्राह्मण उच्यते । शूद्र श्चैव नमओंतेन पंचविंशतिलक्षतः

De plus, en accomplissant cinq lakhs de japa, on est appelé « mantra-brāhmaṇa », c’est-à-dire purifié et établi dans la discipline du mantra. Et même un Śūdra, par la répétition du mantra Nama–Oṁ, atteint cet état au terme de vingt-cinq lakhs (2 500 000) de récitations.

Verse 128

मंत्रविप्रत्वमापद्य पश्चाच्छुद्धो भवेद्द्विजः । नारीवाथ नरो वाथ ब्राह्मणो वान्य एव वा

Ayant obtenu, par la consécration au mantra (dīkṣā), l’état de « brāhmaṇa né du mantra », on devient ensuite purifié. Qu’on soit femme ou homme—brāhmaṇa ou tout autre selon la naissance mondaine—par le mantra on devient apte à la voie de pureté de Śiva.

Verse 129

नमोन्तं वा नमःपूर्वमातुरः सर्वदा जपेत् । ततः स्त्रीणां तथैवोह्यगुरुर्निर्दर्शयेत्क्रमात्

Celui qui est affligé ou en détresse doit toujours répéter le mantra, qu’il se termine par « namaḥ » ou qu’il commence par « namaḥ ». Ensuite, de la même manière, le Guru doit instruire aussi les femmes, en enseignant l’ordre juste, étape par étape.

Verse 130

साधकः पंचलक्षान्ते शिवप्रीत्यर्थमेव हि । महाभिषेक नैवेद्यं कृत्वा भक्तांश्च पूजयेत्

Lorsque le sādhaka a mené à terme cinq lakhs de japa du mantra, uniquement pour la joie du Seigneur Śiva, qu’il accomplisse le grand bain rituel (mahābhiṣeka), offre le naivedya (nourriture consacrée) et honore, en les vénérant, les dévots de Śiva.

Verse 131

पूजया शिवभक्तस्य शिवः प्रीततरो भवेत् । शिवस्य शिवभक्तस्य भेदो नास्ति शिवो हि सः

En honorant un dévot de Śiva, Śiva se réjouit davantage encore. Entre Śiva et Son dévot, il n’est point de différence, car ce dévot est véritablement Śiva (par la grâce et l’unité de la bhakti).

Verse 132

शिवस्वरूपमंत्रस्य धारणाच्छिव एव हि । शिवभक्तशरीरे हि शिवे तत्परमो भवेत्

En portant en soi le mantra qui est la nature même de Śiva, on devient assurément Śiva. Et dans le corps d’un dévot de Śiva naît l’attachement suprême, l’esprit tout entier tourné vers Śiva seul.

Verse 133

शिवभक्ताः क्रियाः सर्वा वेदसर्वक्रियां विदुः । यावद्यावच्छिवं मंत्रं येन जप्तं भवेत्क्रमात्

Toutes les observances des dévots de Śiva doivent être reconnues comme contenant la totalité des rites védiques. Car, selon l’ordre prescrit, dans la mesure où l’on récite le mantra de Śiva, dans cette même mesure s’accomplit le fruit de l’ensemble des actes sacrés.

Verse 134

तावद्वै शिवसान्निध्यं तस्मिन्देहे न संशयः । देवीलिंगं भवेद्रू पं शिवभक्तस्त्रियास्तथा

Tant que cet état demeure, sans aucun doute, la présence immédiate de Śiva réside dans ce corps même. De même, chez la femme dévote de Śiva, la forme se trouve marquée du signe de la Déesse (Devī-liṅga).

Verse 135

यावन्मंत्रं जपेद्देव्यास्तावत्सान्निध्यमस्ति हि । शिवं संपूजयेद्धीमान्स्वयं वै शब्दरूपभाक्

Tant que l’on récite le mantra de la Déesse, sa présence immédiate demeure assurément. C’est pourquoi le dévot avisé doit vénérer Śiva avec une révérence entière, car lui-même participe à la forme du Son sacré (mantra).

Verse 136

स्वयं चैव शिवो भूत्वा परां शक्तिं प्रपूजयेत् । शक्तिं बेरं च लिंगं च ह्यालेख्या मायया यजेत्

S’identifiant intérieurement à Śiva Lui-même, qu’on adore la Śakti suprême. Par la puissance de la visualisation sacrée, qu’on adore aussi la Śakti, la forme iconique (Bera) et le Liṅga, en les « dessinant » dans l’esprit et en leur offrant la révérence.

Verse 137

शिवलिंगं शिवं मत्वा स्वात्मानं शक्तिरूपकम् । शक्तिलिंगं च देवीं च मत्वा स्वं शिवरूपकम्

Sachant que le Śiva-liṅga est Śiva Lui-même, qu’on contemple son propre Soi comme ayant la forme de Śakti. Et sachant que le Śakti-liṅga et la Déesse (Devī) sont Śakti, qu’on se contemple soi-même comme ayant la forme de Śiva.

Verse 138

शिवलिंगं नादरूपं बिंदुरूपं तु शक्तिकम् । उपप्रधानभावेन अन्योन्यासक्तलिंगकम्

Le Śiva-liṅga est de la nature de Nāda (le son primordial intérieur), tandis que la Śakti est de la nature de Bindu (le point-graine). En tant que principe et soutien, ils sont mutuellement inséparables ; ainsi le liṅga demeure toujours uni à la Śakti.

Verse 139

पूजयेच्च शिवं शक्तिं स शिवो मूलभावनात् । शिवभक्ताञ्छिवमंत्ररूपकाञ्छिवरूपकान्

Qu’on adore Śiva avec la Śakti ; car, par la contemplation fondamentale de leur réalité racine, l’adorateur devient semblable à Śiva. Qu’on honore aussi les dévots de Śiva, qui sont des incarnations du mantra de Śiva et de véritables formes de Śiva Lui-même.

Verse 140

षोडशैरुपचारैश्च पूजयेदिष्टमाप्नुयात् । येन शुश्रूषणाद्यैश्च शिवभक्तस्य लिंगिनः

En adorant (Śiva) par les seize offrandes rituelles (ṣoḍaśopacāra), on obtient le fruit désiré. De même, par le service dévotionnel—à commencer par l’assistance attentive—rendu à un bhakta de Śiva portant le liṅga sacré, on obtient le même résultat de bon augure.

Verse 141

आनंदं जनयेद्विद्वाञ्छिवः प्रीततरो भवेत् । शिवभक्तान्सपत्नीकान्पत्न्या सह सदैव तत्

Le sage doit faire naître la joie ; alors Śiva en est toujours davantage réjoui. C’est pourquoi, toujours avec son épouse, qu’il réjouisse les dévots de Śiva, surtout ceux qui sont venus avec leurs épouses.

Verse 142

पूजयेद्भोजनाद्यैश्च पंच वा दश वा शतम् । धने देहे च मंत्रे च भावनायामवंचकः

Qu’il l’adore (Śiva) par des offrandes telles que la nourriture — qu’elles soient cinq, dix ou même cent. Dans les biens, dans la conduite du corps, dans la pratique du mantra et dans la contemplation intérieure, qu’il soit sans tromperie.

Verse 143

शिवशक्तिस्वरूपेण न पुनर्जायते भुवि । नाभेरधो ब्रह्मभागमाकंठं विष्णुभागकम्

Celui qui demeure dans l’essence de Śiva uni à Śakti ne renaît plus sur la terre. Au-dessous du nombril est la part de Brahmā, et jusqu’à la gorge est la part de Viṣṇu.

Verse 144

मुखं लिंगमिति प्रोक्तं शिवभक्तशरीरकम् । मृतान्दाहादियुक्तान्वा दाहादिरहितान्मृतान्

Il est enseigné que le corps du dévot de Śiva est lui-même un Liṅga, et que le visage est le Liṅga (son aspect le plus sacré). Cet enseignement vaut pour les défunts, que les rites funéraires tels que la crémation soient accomplis, ou même s’ils ne le sont pas.

Verse 145

उद्दिश्य पूजयेदादिपितरं शिवमेव हि । पूजां कृत्वादिमातुश्च शिवभक्तांश्च पूजयेत्

Avec l’intention juste, il faut adorer le Père primordial — nul autre que le Seigneur Śiva. Après avoir accompli aussi l’adoration de la Mère primordiale, il convient d’honorer et de vénérer les dévots de Śiva.

Verse 146

पितृलोकं समासाद्यक्रमान्मुक्तो भवेन्मृतः । क्रियायुक्तदशभ्यश्च तपोयुक्तो विशिष्यते

Parvenu au Pitṛloka, le monde des ancêtres, le défunt obtient la libération en temps voulu, selon l’ordre établi. Et parmi dix personnes vouées aux observances rituelles, celui qui possède le tapas (austérité) est tenu pour supérieur.

Verse 147

तपोयुक्तशतेभ्यश्च जपयुक्तो विशिष्यते । जपयुक्तसहस्रेभ्यः शिवज्ञानी विशिष्यते

Parmi des centaines voués aux austérités (tapas), celui qui s’adonne au japa du mantra est supérieur ; et parmi des milliers voués au japa, le connaisseur de Śiva (Śiva-jñānī) est supérieur.

Verse 148

शिवज्ञानिषु लक्षेषु ध्यानयुक्तो विशिष्यते । ध्यानयुक्तेषु कोटिभ्यः समाधिस्थो विशिष्यते

Parmi des centaines de milliers possédant la connaissance de Śiva, est supérieur celui qui demeure établi dans le dhyāna (méditation) ; et parmi des millions établis dans le dhyāna, est supérieur celui qui demeure fermement en samādhi.

Verse 149

उत्तरोत्तर वै शिष्ट्यात्पूजायामुत्तरोत्तरम् । फलं वैशिष्ट्यरूपं च दुर्विज्ञेयं मनीषिभिः

En vérité, plus le culte (pūjā) devient raffiné et accompli selon la juste règle, plus son fruit s’élève de degré en degré. Pourtant, la nature distinctive et graduée de ces fruits est difficile à sonder, même pour les sages.

Verse 150

तस्माद्वै शिवभक्तस्य माहात्म्यं वेत्ति को नरः । शिवशक्त्योः पूजनं च शिवभक्तस्य पूजनम्

Dès lors, quel être humain pourrait connaître véritablement la grandeur d’un dévot de Śiva ? En vérité, adorer Śiva et Śakti, c’est déjà adorer le dévot de Śiva.

Verse 151

कुरुते यो नरो भक्त्या स शिवः शिवमेधते । य इमं पठतेऽध्यायमर्थवद्वेदसंमतम्

Celui qui l’accomplit avec dévotion devient véritablement accordé à Śiva, croît en Śiva et atteint la prospérité auspicieuse de Śiva lui-même. Et celui qui récite ce chapitre—plein de sens et conforme à l’intention des Vedas—reçoit aussi ce fruit sacré.

Verse 152

शिवज्ञानी भवेद्विप्रः शिवेन सह मोदते । श्रावयेच्छिवभक्तांश्च विशेषज्ञो मनीश्वराः

Le brahmane qui connaît véritablement Śiva devient connaisseur de Śiva ; il se réjouit en communion avec Śiva. Maître avisé et sage, il doit aussi réciter et enseigner (ces doctrines) aux dévots de Śiva.

Verse 153

शिवप्रसादशिद्धिः स्याच्छिवस्य कृपया बुधाः

Ô sages, la réussite qui vient par la grâce de Śiva naît uniquement de la compassion de Śiva lui-même.

Frequently Asked Questions

Praṇava is argued to be a direct salvific principle: a ‘boat’ across the ocean of saṃsāra that, when practiced as japa and mantra-contemplation, effects karma-kṣaya and yields divya-jñāna, thereby orienting the aspirant toward mokṣa.

The sūkṣma–sthūla schema encodes a graded theory of manifestation and practice: sūkṣma (ekākṣara) points to interior, essence-level realization aligned with jīvanmukti, while sthūla (pañcākṣara) provides an articulated, practice-facing form suited to structured worship and progressive purification.

Śiva is foregrounded as the sole authoritative knower of the teaching and the protective refuge, while praṇava is presented as Śiva-linked mantra-power that renews the practitioner beyond māyā and supports liberation-oriented discipline.