Adhyaya 10
Vidyesvara SamhitaAdhyaya 1039 Verses

पञ्चकृत्यलक्षणनिर्णयः (Definition of Śiva’s Five Cosmic Acts—Pañcakṛtya)

Ce chapitre prend la forme d’un dialogue doctrinal : Brahmā et Viṣṇu demandent à Śiva une définition précise (lakṣaṇa) du pañcakṛtya, ses cinq opérations cosmiques. Śiva répond par une clarification ésotérique : sṛṣṭi (création), sthiti (maintien), saṃhāra (dissolution), tirobhāva (voilement/occultation) et anugraha (grâce). Le texte resserre ensuite le sens de chaque acte : créer, c’est initier l’expansion du saṃsāra ; maintenir, c’est l’établir ; dissoudre, c’est retirer et réduire le manifesté ; voiler, c’est le principe qui obscurcit la vérité ; et la grâce est le mokṣa lui-même, la délivrance. Le chapitre relie encore ces fonctions aux cinq éléments (terre, eau, feu, air, espace), proposant une correspondance cosmologico-rituelle où les éléments deviennent des signes de l’action de Śiva. Enfin, une justification iconographique et théologique est donnée : les cinq visages de Śiva portent ces cinq actes, et l’on évoque des rôles délégués (par exemple création et maintien accordés par le tapas), tout en affirmant Śiva comme source ultime.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मविष्णू ऊचतुः । सर्गादिपंचकृत्यस्य लक्षणं ब्रूहि नौ प्रभो । शिव उवाच । मत्कृत्यबोधनं गुह्यं कृपया प्रब्रवीमि वाम्

Brahmā et Viṣṇu dirent : « Ô Seigneur, dis-nous les signes distinctifs des cinq actes, à commencer par la création. » Śiva répondit : « Par compassion, je vous exposerai à tous deux cet enseignement secret qui éclaire Mes actes divins. »

Verse 2

सृष्टिः स्थितिश्च संहारस्तिरोभावोऽप्यनुग्रहः । पंचैव मे जगत्कृत्यं नित्यसिद्धमजाच्युतौ

Création, maintien, dissolution, voilement et aussi grâce : ces cinq-là seuls sont Mes actes cosmiques à l’égard de l’univers ; Moi, l’Inengendré et l’Impérissable, Je les accomplis éternellement.

Verse 3

सर्गः संसारसंरंभस्तत्प्रतिष्ठा स्थितिर्मता । संहारो मर्दनं तस्य तिरोभावस्तदुत्क्रमः

La création est l’éclosion de l’existence mondaine ; son établissement est tenu pour la sustentation. La dissolution est l’écrasement—le retrait de ce monde manifesté ; et le voilement (tirobhāva) est sa dissimulation, son retrait de la manifestation limpide.

Verse 4

तन्मोक्षोऽनुग्रहस्तन्मे कृत्यमेवं हि पंचकम् । कृत्यमेतद्वहत्यन्यस्तूष्णीं गोपुरबिंबवत्

Cet acte ultime est la délivrance—Ma grâce. Ainsi, telle est bien Ma quintuple activité divine. Une autre puissance, telle le reflet silencieux d’une tour-porte (gopura), ne fait que porter cette action sans agir véritablement.

Verse 5

सर्गादि यच्चतुष्कृत्यं संसारपरिजृंभणम् । पंचमं मुक्तिहेतुर्वै नित्यं मयि च सुस्थिरम्

On enseigne l’activité quadruple qui commence par la création, par laquelle se déploie l’immense étendue du saṃsāra. Et la cinquième, en vérité, est la cause de la délivrance : demeurer à jamais fermement établi en Moi (Śiva).

Verse 6

तदिदं पंचभूतेषु दृश्यते मामकैर्जनैः । सृष्टिर्भूमौ स्थितिस्तोये संहारः पावके तथा

Ce même principe est perçu par Mes dévots dans les cinq grands éléments : la création dans la terre, la préservation dans l’eau, et la dissolution de même dans le feu.

Verse 7

तिरोभावोऽनिले तद्वदनुग्रह इहाम्बरे । सृज्यते धरया सर्वमद्भिः सर्वं प्रवर्द्धते

Dans l’élément du vent se manifeste le pouvoir de voilement (tirobhāva) ; de même, dans l’éther se manifeste le pouvoir de grâce (anugraha). Par la terre tout est engendré, et par les eaux tout est nourri et amené à fleurir.

Verse 8

अर्द्यते तेजसा सर्वं वायुना चापनीयते । व्योम्नानुगृह्यते सर्वं ज्ञेयमेवं हि सूरिभिः

Par le feu (tejas), toute chose est chauffée et portée à maturité ; par le vent, toute chose est emportée et mise en mouvement ; par l’espace (vyoman), toute chose est accueillie et soutenue — ainsi, en vérité, doivent le comprendre les sages.

Verse 9

पंचकृत्यमिदं वोढुं ममास्ति मुखपंचकम् । चतुर्दिक्षु चतुर्वक्त्रं तन्मध्ये पंचमं मुखम्

Pour porter cette activité divine en cinq actes, je possède cinq visages. Quatre visages sont tournés vers les quatre directions, et au milieu d’eux se tient le cinquième visage.

Verse 10

इति श्रीशिवमहापुराणे विद्येश्वरसंहितायां दशमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le dixième chapitre de la Vidyeśvara Saṃhitā du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 11

तथा रुद्र महेशाभ्यामन्यत्कृत्यद्वयं परम् । अनुग्रहाख्यं केनापि लब्धुं नैव हि शक्यते

De même, en dehors de Rudra et de Maheśa, nul ne peut obtenir cette suprême double fonction divine, appelée anugraha (la grâce).

Verse 12

तत्सर्वं पौर्विकं कर्म युवाभ्यां कालविस्मृतम् । न तद्रुद्र महेशाभ्यां विस्मृतं कर्म तादृशम्

Toutes ces actions anciennes ont, pour vous deux, été effacées par le cours du temps ; mais pour Rudra et Maheśa, nulle action de cette sorte n’est jamais oubliée.

Verse 13

रूपे वेशे च कृत्ये च वाहने चासने तथा । आयुधादौ च मत्साम्यमस्माभिस्तत्कृते कृतम्

Dans la forme, dans l’habit, dans les actes; de même dans la monture et le siège, et jusque dans les armes et le reste—pour lui, nous avons façonné une ressemblance avec Moi.

Verse 14

मद्ध्यानविरहाद्वत्सौ मौढ्यं वामेवमागतम् । मज्ज्ञाने सति नैवं स्यान्मानं रूपे महेशवत्

Ô chers enfants, parce que vous vous êtes séparés de la méditation sur Moi, cette illusion est née en vous. Si la vraie connaissance de Moi était présente, un tel orgueil de la forme ne surgirait pas, comme si l’on était Maheshvara Lui-même.

Verse 15

तस्मान्मज्ज्ञानसिद्ध्यर्थं मंत्रमओंकारनामकम् । इतः परं प्रजपतं मामकं मानभंजनम्

C’est pourquoi, afin d’obtenir la connaissance de Moi, récitez désormais le mantra nommé Oṁkāra — Mon propre mantra — qui brise l’orgueil (ahaṃkāra) et conduit l’âme vers la délivrance (mokṣa).

Verse 16

उपादिशं निजं मंत्रमओंकारमुरुमंगलम् । ओंकारो मन्मुखाज्जज्ञे प्रथमं मत्प्रबोधकः

Je lui enseignai Mon propre mantra : l’Oṃkāra, son suprêmement auspicious. Cet Oṃkāra naquit d’abord de Ma bouche, comme l’éveilleur primordial de la connaissance à Mon sujet.

Verse 17

वाचकोऽयमहं वाच्यो मंत्रोऽयं हि मदात्मकः । तदनुस्मरणं नित्यं ममानुस्मरणं भवेत्

«Je suis Moi-même celui qui récite, et Je suis aussi Celui qui est exprimé ; ce mantra est véritablement de Mon essence. Ainsi, s’en souvenir sans cesse devient, en vérité, se souvenir de Moi».

Verse 18

अकार उत्तरात्पूर्वमुकारः पश्चिमाननात् । मकारो दक्षिणमुखाद्बिंदुः प्राण्मुखतस्तथा

La syllabe « A » doit être contemplée depuis le côté nord, tournée vers l’est ; la syllabe « U » depuis la face occidentale ; la syllabe « M » depuis la face méridionale ; et de même le bindu (le point nasal de Oṃ) depuis la face orientale. Ainsi faut-il méditer le Praṇava dans les faces directionnelles du Liṅga.

Verse 19

नादो मध्यमुखादेवं पंचधाऽसौ विजृंभितः । एकीभूतः पुनस्तद्वदोमित्येकाक्षरो भवेत्

Ainsi, le son primordial (nāda), issu de la bouche médiane, se déploie en cinq formes. Lorsqu’il se réunit de nouveau, il devient l’unique syllabe impérissable : « Oṃ ».

Verse 20

नामरूपात्मकं सर्वं वेदभूतकुलद्वयम् । व्याप्तमेतेन मंत्रेण शिवशक्त्योश्च बोधकः

Tout ce qui est fait de nom et de forme —à savoir la double lignée védique (son et sens)— est pénétré par ce mantra ; et c’est lui qui révèle Śiva et Śakti.

Verse 21

अस्मात्पंचाक्षरं जज्ञे बोधकं सकलस्यतत् । आकारादिक्रमेणैव नकारादियथाक्रमम्

De cela naquit le mantra aux cinq syllabes (Pañcākṣara), qui révèle la vérité de tous les tattva. Il doit être compris selon l’ordre juste : en commençant par « ā », puis, en sa suite régulière, à partir de « na », suivant la progression des syllabes du mantra.

Verse 22

अस्मात्पंचाक्षराज्जाता मातृकाः पंचभेदतः । तस्माच्छिरश्चतुर्वक्त्रात्त्रिपाद्गाय त्रिरेव हि

De ce mantra aux cinq syllabes naissent les lettres Mātrikā, en cinq divisions distinctes. De cette même source sacrée procède aussi la Gāyatrī — à trois pieds en vérité — issue de Brahmā aux quatre visages.

Verse 23

वेदः सर्वस्ततो जज्ञे ततो वै मंत्रकोटयः । तत्तन्मंत्रेण तत्सिद्धिः सर्वसिद्धिरितो भवेत्

De Lui, en vérité, naquit l’ensemble du Veda ; et de là surgirent des crores de mantras. Par chaque mantra particulier s’accomplit l’obtention qui lui correspond ; ainsi, de cette discipline du mantra peut naître toute forme de siddhi.

Verse 24

अनेन मंत्रकंदेन भोगो मोक्षश्च सिद्ध्यति । सकला मंत्रराजानः साक्षाद्भोगप्रदाः शुभाः

Par ce cœur même du mantra s’accomplissent à la fois la jouissance du monde (bhoga) et la délivrance (mokṣa). En vérité, tous les mantras souverains sont de bon augure et accordent directement les jouissances, lorsqu’ils reposent sur la grâce de Śiva et un culte juste.

Verse 25

नंदिकेश्वर उवाच । पुनस्तयोस्तत्र तिरः पटं गुरुः प्रकल्प्य मंत्रं च समादिशत्परम् । निधाय तच्छीर्ष्णि करांबुजं शनैरुदण्मुखं संस्थितयोः सहांबिकः

Nandikeśvara dit : Ensuite, le Guru dressa de nouveau un rideau entre les deux et leur transmit le mantra suprême. Posant doucement sa main de lotus sur leur tête, il les fit—avec Ambikā—se tenir debout, tournés vers le nord.

Verse 26

त्रिरुच्चार्याग्रहीन्मंत्रं यंत्रतंत्रोक्तिपूर्वकम् । शिष्यौ च तौ दक्षिणायामात्मानं च समर्पयत्

Après avoir récité le mantra trois fois, il le reçut selon les prescriptions du yantra et du tantra. Puis il plaça les deux disciples à sa droite et s’offrit lui-même aussi (dans une humble consécration).

Verse 27

प्रबद्धहस्तौ किल तौ तदंतिके तमेव देवं जगतुर्जगद्गुरुम्

Les mains jointes en vénération, tous deux s’approchèrent de Lui seul—de ce Seigneur même, Dieu du monde et Guru de l’univers.

Verse 28

ब्रह्माच्युतावूचतुः । नमो निष्कलरूपाय नमो निष्कलतेजसे । नमः सकलनाथाय नमस्ते सकलात्मने

Brahmā et Acyuta (Viṣṇu) dirent : «Hommage à Toi dont la forme est sans parties (niṣkala), hommage à Toi dont l’éclat est sans parties. Hommage à Toi, Seigneur de tout ce qui a des parties (sakala), et hommage à Toi, le Soi même au cœur de tout ce qui se manifeste.»

Verse 29

नमः प्रणववाच्याय नमः प्रणवलिंगिने । नमः सृष्ट्यादिकर्त्रे च नमः पंचमुखायते

Hommage à Celui que désigne le Pranava (Om). Hommage à Celui dont l’emblème est le Pranava, le Liṅga. Hommage au Seigneur, initiateur de la création et de tout commencement. Hommage au Cinq-Faces.

Verse 30

पंचब्रह्मस्वरूपाय पंच कृत्यायते नमः । आत्मने ब्रह्मणे तुभ्यमनंतगुणशक्तये

Hommage à Toi dont la forme est celle des Cinq Brahma, et qui présides aux cinq actes divins. Hommage à Toi — Soi suprême et Brahman absolu — doté de qualités et de puissances sans fin.

Verse 31

सकलाकलरूपाय शंभवे गुरवे नमः । इति स्तुत्वा गुरुं पद्यैर्ब्रह्मा विष्णुश्च नेमतुः

Hommage à Śambhu, le Guru, dont la nature est à la fois avec parties (manifestée) et sans parties (transcendante). Après avoir ainsi loué le Guru par des stances, Brahmā et Viṣṇu se prosternèrent.

Verse 32

ईश्वर उवाच । वत्सकौ सर्वतत्त्वं च कथितं दर्शितं च वाम् । जपतं प्रणवं मंत्रं देवीदिष्टं मदात्मकम्

Īśvara dit : «Ô chers fils, je vous ai expliqué et aussi montré la totalité de la vérité (tattva). À présent, répétez le Pranava — “Om” — le mantra prescrit par la Déesse, qui est de Ma propre essence.»

Verse 33

ज्ञानं च सुस्थिरं भाग्यं सर्वं भवति शाश्वतम् । आद्रा र्यां च चतुर्दश्यां तज्जाप्यं त्वक्षयं भवेत्

La connaissance et la bonne fortune solidement établies deviennent durables. Et au quatorzième jour lunaire (caturdaśī), sous la nakṣatra Ārdrā, la répétition (japa) de ce mantra rend son mérite impérissable.

Verse 34

सूर्यगत्या महाद्रा र्यामेकं कोटिगुणं भवेत् । मृगशीर्षांतिमो भागः पुनर्वस्वादिमस्तथा

Selon la course du Soleil, au sein de la grande suite des divisions du temps, une seule unité se trouve amplifiée jusqu’à un koṭi de fois. On énonce la portion finale de Mṛgaśīrṣa, et de même la portion initiale de Punarvasu.

Verse 35

आद्रा र्समः सदा ज्ञेयः पूजाहोमादितर्पणे । दर्शनं तु प्रभाते च प्रातःसंगवकालयोः

Pour la pūjā, le homa (offrande au feu) et le tarpaṇa (libation), qu’on sache toujours que le temps rituellement propice est la période fraîche et humide. Mais pour le darśana de bon augure de Śiva, les moments convenables sont le matin : à l’aube et durant l’avant-midi.

Verse 36

चतुर्दशी तथा ग्राह्या निशीथव्यापिनी भवेत् । प्रदोषव्यापिनी चैव परयुक्ता प्रशस्यते

Le quatorzième jour lunaire (Caturdaśī) doit être observé lorsqu’il s’étend jusqu’au temps de minuit profond (niśītha). De même, la Caturdaśī qui pénètre aussi le temps de pradoṣa et se trouve jointe à la condition plus élevée (d’une plus grande efficacité spirituelle) est tout particulièrement louée.

Verse 37

लिंगं बेरं च मेतुल्यं यजतां लिंगमुत्तमम् । तस्माल्लिंगं परं पूज्यं बेरादपि मुमुक्षुभिः

Pour Moi, le Liṅga et l’image consacrée (bera) sont pareillement des objets d’adoration ; toutefois, pour les adorateurs, le culte du Liṅga est le plus élevé. Ainsi, pour ceux qui aspirent à la délivrance, le Liṅga est souverainement digne de vénération, plus encore que l’image.

Verse 38

लिंगमओंकारमंत्रेण बेरं पंचाक्षरेण तु । स्वयमेव हि सद्द्रव्यैः प्रतिष्ठाप्यं परैरपि

Le Liṅga doit être établi avec le mantra Oṁkāra, tandis que l’icône sacrée (bera) doit l’être avec le Pañcākṣarī. En vérité, la consécration doit se faire avec des substances pures et conformes au rite, qu’on l’accomplisse soi-même ou qu’on la fasse accomplir par autrui.

Verse 39

पूजयेदुपचारैश्च मत्पदं सुलभं भवेत् । इति शास्य तथा शिष्यौ तत्रैवांऽतर्हितः शिवः

«Qu’on M’honore par les offrandes prescrites ; alors Mon état—Ma demeure de délivrance—devient aisément accessible.» Ayant ainsi instruit les deux disciples, Śiva disparut en ce lieu même.

Frequently Asked Questions

It argues that the universe is governed by a unified fivefold divine operation (pañcakṛtya) belonging to Śiva, culminating not in cosmology alone but in soteriology: anugraha is explicitly identified with mokṣa.

The chapter encodes doctrine through correspondences: the pañcabhūtas are read as visible indices of Śiva’s five operations, and the mukha-pañcaka functions as an iconographic schema that ‘carries’ these acts—turning cosmology and image-theology into a single interpretive grid.

Śiva is highlighted as the five-faced (mukha-pañcaka) Lord whose faces correspond to the pañcakṛtya; the emphasis is less on a narrative avatāra and more on a doctrinal form that explains how Śiva’s agency is articulated in the cosmos.