
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue : Bhīṣma interroge le sage Mārkaṇḍeya sur les événements qui suivent. Mārkaṇḍeya décrit sept ascètes à l’esprit maîtrisé, voués au dharma et au yoga, vivant d’austérités extrêmes — comme de l’air/de l’eau — et desséchant leur corps par une retenue constante. Le récit se tourne ensuite vers un roi jouissant d’une prospérité comparable à celle d’Indra dans le jardin de Nandana, puis rentrant dans son royaume. Son fils Anūha, d’une grande droiture, est présenté ; le roi Vaibhrāja l’établit sur le trône et part en forêt accomplir le tapas dans la région où demeurent ces ascètes. Par sa présence, la forêt devient célèbre sous le nom de « Vibhrāja-vana », décrite comme un lieu accordant des accomplissements yogiques (siddhi). Une leçon contrastée est alors formulée : certains restent établis dans le dharma du yoga, tandis que d’autres chutent du yoga (yogabhraṣṭa) et abandonnent le corps ; le texte distingue aussi ceux qui possèdent la smṛti (mémoire spirituelle) de ceux que l’illusion égare. Viennent ensuite des précisions de lignée et d’identité, avec l’apparition de Svatantra, Brahmadatta, Chidradarśī et Sunetra, savants des Veda et des Vedāṅga, liés à la continuité des vies antérieures. L’enseignement ésotérique met au centre la stabilité yogique face à la défaillance, le rôle de la smṛti dans la continuité spirituelle, et la géographie sacrée d’un champ de tapas qui engendre la siddhi et révèle les distinctions morales.
Verse 1
भीष्म उवाच । मार्कण्डेय महाप्राज्ञ पितृभक्तिभृतां वर । किं जातं तु ततो ब्रूहि कृपया मुनिसत्तम
Bhīṣma dit : «Ô Mārkaṇḍeya, d’une grande sagesse, le meilleur de ceux qui portent la dévotion aux Pitṛs, par grâce, ô premier des sages, dis-moi ce qui advint ensuite.»
Verse 2
मार्कण्डेय उवाच । ते धर्मयोगनिरतास्सप्त मानसचारिणः । वाय्वंबुभक्षास्सततं शरीरमुपशोषयन्
Mārkaṇḍeya dit : Ces sept sages, toujours voués au dharma et au yoga, se mouvaient surtout dans l’esprit (absorbés au-dedans). Ils vivaient constamment d’air et d’eau seuls, et par une telle austérité ils rendirent leurs corps très maigres et desséchés.
Verse 3
स राजांतःपुरवृतो नन्दने मघवा इव । क्रीडित्वा सुचिरं तत्र सभार्य्यस्स्वपुरं ययौ
Entouré des femmes de son gynécée, ce roi—tel Maghavā (Indra) se divertissant à Nandana—s’y livra longtemps aux jeux; puis, avec sa reine, il retourna dans sa propre cité.
Verse 4
अनूहो नाम तस्यासीत्पुत्रः परमधार्मिकः । तं वैभ्राजः सुतं राज्ये स्थापयित्वा वनं ययौ
Il avait un fils nommé Anūha, d’une droiture suprême. Vaibhrāja, après avoir établi ce fils sur le trône, partit pour la forêt, se détournant de la royauté vers la vie de renoncement.
Verse 5
तपः कर्तुं समारेभे यत्र ते सहचारिणः । स वै तत्र निराहारो वायुभक्षो महातपाः
Là, auprès de ses compagnons, il entreprit les austérités. En ce même lieu, le grand ascète vécut sans nourriture, ne se soutenant que de l’air.
Verse 6
ततो विभ्राजितं तेन विभ्राजं नाम तद्वनम् । बभूव सुप्रसिद्धं हि योगसिद्धिप्रदायकम्
Alors, illuminée par lui, cette forêt fut appelée « Vibhrāja ». En vérité, elle devint fameuse comme un lieu qui confère les accomplissements (siddhi) du yoga.
Verse 7
तत्रैव ते हि शकुनाश्चत्वारो योगधर्मिणः । योगभ्रष्टास्त्रयश्चैव देहत्यागकृतोऽभवन्
Là même, parmi ces oiseaux, quatre demeuraient établis dans la discipline du Yoga ; mais trois, déchus du Yoga, trouvèrent leur fin en abandonnant le corps.
Verse 9
स्मृतिमंतोऽत्र चत्वारस्त्रयस्तु परिमोहिताः । स्वतन्त्रस्याह्वयो जातो ब्रह्मदत्तो महौजसः
Ici, quatre d’entre eux étaient lucides et fermes dans le souvenir, tandis que trois étaient entièrement égarés. De celui qui était indépendant naquit un fils d’une grande puissance, nommé Brahmadatta.
Verse 10
छिद्रदर्शी सुनेत्रस्तु वेदवेदांगपारगौ । जातौ श्रोत्रियदायादौ पूर्वजातिसहाषितौ
Chidradarśī et Sunetra—tous deux versés dans les Veda et les Vedāṅga—naquirent comme héritiers de brāhmanes savants, et ils parlaient ensemble comme s’ils se souvenaient de leurs existences passées.
Verse 11
पंचालो बह्वृचस्त्वासीदाचार्यत्वं चकार ह । द्विवेदः पुंडरीकश्च छंदोगोऽध्वर्युरेव च
Pañcāla était un Bahvṛca (maître du Ṛg-veda) et, en vérité, il exerça la charge d’ācārya (précepteur). De même se trouvaient Dviveda et Puṇḍarīka, ainsi qu’un connaisseur de la tradition Chāndoga (Sāma-veda) et un Adhvaryu (officiant du Yajur-veda).
Verse 12
ततो राजा सुतं दृष्ट्वा ब्रह्मदत्तमकल्मषम् । अभिषिच्य स्वराज्ये तु परां गतिमवाप्तवान्
Alors le roi, voyant son fils Brahmadatta—sans souillure et exempt de faute—l’oignit et le consacra à sa propre souveraineté; puis il atteignit l’état suprême (le plus haut but spirituel).
Verse 13
पंचालः पुण्डरीकस्तु पुत्रौ संस्थाप्य मन्दिरे । विविशतुर्वनं तत्र गतौ परमिकां गतिम्
Pañcāla et Puṇḍarīka, après avoir dûment établi leurs deux fils dans le temple comme gardiens et successeurs, entrèrent dans la forêt. Là, par la grâce du Seigneur Śiva et la maturation de leur bhakti, ils atteignirent l’état suprême, le but le plus élevé.
Verse 14
ब्रह्मदत्तस्य भार्य्या तु सन्नितिर्माम भारत । सा त्वेकभावसंयुक्ता रेमे भर्त्रा सहैव तु
Ô Bhārata, l’épouse de Brahmadatta, nommée Sanniti, m’était dévouée. Unie par une fidélité d’un seul cœur, elle vécut dans la joie auprès de son époux.
Verse 15
शेषास्तु चक्रवाका वै कांपिल्ये सहचारिणः । जाताः श्रोत्रियदायादा दरिद्रस्य कुले नृप
Mais les autres oiseaux cakravāka, ô roi, naquirent à Kāṃpilya avec leurs compagnes ; en vérité, comme héritiers de brāhmaṇas versés dans les Veda, mais au sein de la lignée d’un homme pauvre.
Verse 16
धृतिमान्सुमहात्मा च तत्त्वदर्शीं निरुत्सुकः । वेदाध्ययन सम्पन्नाश्चत्वारश्छिद्रदर्शिनः
Fermes et véritablement magnanimes, voyants de la Réalité et délivrés de l’agitation du désir : ils étaient quatre, accomplis dans l’étude des Veda et habiles à discerner les défauts (de conduite et de doctrine).
Verse 17
ते योगनिरतास्सिद्धाः प्रस्थितास्सर्व एव हि । आमंत्र्य च मिथः शंभोः पदाम्भोजं प्रणम्य तु
Ces siddhas, toujours absorbés dans le yoga, se mirent tous en route ; puis, se prenant congé les uns des autres, ils se prosternèrent avec révérence aux pieds de lotus de Śambhu (Śiva).
Verse 18
शूरा ये सम्प्रपद्यन्ते अपुनर्भवकांक्षिणः । पापम्प्रणाशयन्त्वद्य तच्छम्भोः परमम्पदम्
Que les dévots héroïques qui prennent refuge totalement—désirant l’état sans retour (libération de la renaissance)—voient aujourd’hui leurs péchés détruits, et qu’ils atteignent la demeure suprême de Śambhu (le Seigneur Śiva).
Verse 19
शारीरे मानसे चैव पापे वाग्जे महामुने । कृते सम्यगिदम्भक्त्या पठेच्छ्रद्धासमन्वितः
Ô grand sage, lorsque les péchés sont nés du corps, de l’esprit et de la parole, qu’on récite ceci avec une dévotion juste et une foi entière ; ainsi ces fautes sont dûment réparées.
Verse 20
मुच्यते सर्वपापेभ्यश्शिवनामानुकीर्तनात् । उच्चार्यमाण एतस्मिन्देवदेवस्य तस्य वै
Par la glorification répétée du Nom de Śiva, on est délivré de tous les péchés. Car lorsque ce Nom du Deva des Devas est prononcé, il confère en vérité pureté et libération.
Verse 21
विलयं पापमायाति ह्यामभाण्डमिवाम्भसि । तस्मात्तत्संचिते पापे समनंतरमेव च
Le péché se dissout promptement, comme un vase d’argile non cuit qui se défait dans l’eau. Ainsi, lorsque le péché s’est accumulé, il faut le traiter et l’ôter sans délai, par les moyens śaiva de purification et de dévotion.
Verse 22
जप्तव्यमेतत्पापस्य प्रशमाय महामुने । नरैः श्रद्धालुभिभूर्यस्सर्वकामफलाप्तये
Ô grand sage, ceci doit être récité encore et encore par les fidèles, pour apaiser le péché et obtenir les fruits de tous les désirs légitimes.
Verse 23
पुष्ट्यर्थमिममध्यायं पठेदेनं शृणोति वा । मुच्यते सर्वपापेभ्यो मोक्षं याति न संशयः
Quiconque récite ce chapitre pour la nourriture spirituelle et le bien-être —ou même ne fait que l’écouter— est délivré de tous les péchés et atteint la libération (mokṣa) ; il n’y a aucun doute.
Verse 42
इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां पितृकल्पे पितृभाववर्णनं नाम द्विचत्वारिंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le quarante-deuxième chapitre, intitulé « Description de la nature des Pitṛ », dans le Pitṛkalpa de la cinquième section —l’Umāsaṃhitā— du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.
It narrates Vaibhrāja’s transition from royal life to forest austerity, establishing Vibhrāja-vana as a renowned siddhi-producing tapas-field, while arguing—through narrative contrast—that yogic attainment depends on steadiness and clarity rather than mere austerity alone.
The text encodes a yogic taxonomy: smṛti functions as the stabilizer of identity and practice across changing conditions, whereas moha destabilizes discipline, leading to yogic lapse (yogabhraṃśa). The forest motif externalizes an inner field where discrimination either consolidates practice into siddhi or collapses it into delusion.
No explicit named manifestation (svarūpa) of Śiva or Umā is foregrounded in the sampled verses; the chapter instead advances Śaiva yogic pedagogy indirectly through exemplars of tapas, renunciation, and the siddhi-bearing sacred landscape.