Adhyaya 4
Uma SamhitaAdhyaya 439 Verses

शिवमायाप्रभाववर्णनम् (Description of the Power/Effects of Śiva’s Māyā)

L’Adhyāya 4 se déploie comme une transmission d’autorité en plusieurs degrés : les sages demandent une nouvelle explication, et Sūta rapporte comment son maître Vyāsa interrogea Sanatkumāra, l’Inengendré et l’Omniscient. Le sujet est le prabhāva (pouvoir opérant) de la Śiva-māyā : bien que la mahimā de Śiva pénètre tout le jagat, les êtres sont égarés lorsque la māyā « enlève » la connaissance, faisant paraître la pluralité et la diversité des līlā. Sanatkumāra présente cet enseignement comme intrinsèquement salvifique : la simple écoute du récit śāṃkarī engendre la bhakti envers Śiva et renverse l’ignorance. Le passage s’achève sur une haute identification théologique : Śiva comme Sarveśvara et Sarvātmā, et sa forme suprême à triple fonction—Brahmā, Viṣṇu, Īśvara—liée au symbolisme du liṅga (triliṅgā, liṅgarūpiṇī) pour signifier l’unité derrière la multiplicité apparente.

Shlokas

Verse 1

मुनय ऊचुः । ताततात महाभाग धन्यस्त्वं हि महामते । अद्भुतेयं कथा शंभोः श्राविता परभक्तिदा

Les sages dirent : «Ô vénérable, ô vénérable—tu es vraiment fortuné et noble, ô toi à la grande intelligence. Ce récit merveilleux de Śambhu nous a été récité, et il confère la dévotion suprême.»

Verse 2

पुनर्ब्रूहि कथां शंभोर्व्यास प्रश्नानुसारतः । सर्वज्ञस्त्वं व्यासशिष्यः शिवतत्त्वविचक्षणः

Ô Vyāsa, redis encore une fois le récit sacré de Śambhu, conformément aux questions posées. Tu es omniscient—disciple de Vyāsa—et pénétrant dans le tattva, le principe véritable de Śiva.

Verse 3

सूत उवाच । एवमेव गुरुर्व्यासः पृष्टवान्मेऽजसंभवम् । सनत्कुमारं सर्वज्ञं शिवभक्तं मुनीश्वरम्

Sūta dit : «De la même manière, mon guru Vyāsa m’interrogea—(ainsi que) le Né-de-lui-même, Brahmā—et (il interrogea aussi) Sanatkumāra, l’omniscient seigneur parmi les sages, dévot de Śiva.»

Verse 4

इति श्रीशिवमहापुराणे पंचम्यामुमासंहितायां शिवमायाप्रभाववर्णनं नाम चतुर्थो ऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au Cinquième Livre — l’Umāsaṃhitā — s’achève le Quatrième Chapitre, intitulé : « Description de la puissance et de la manifestation de la Māyā de Śiva ».

Verse 5

पुनर्ब्रूहि महादेव महिमानं विशेषतः । श्रद्धा च महती श्रोतुं मम तात प्रवर्द्धते

Ô Mahādeva, parle encore — et tout particulièrement en détail — de Ta gloire. Père vénérable, ma grande foi pour écouter ne cesse de croître.

Verse 6

महिम्ना येन शंभोस्तु येये लोके विमोहिताः । मायया ज्ञानमाहृत्य नानालीलाविहारिणः

Par la grandeur même de Śambhu, les êtres de ce monde sont égarés : par Sa Māyā, la connaissance véritable leur est ravie, et ils errent, se divertissant en d’innombrables līlās aux formes variées.

Verse 7

सनत्कुमार उवाच । शृणु व्यास महाबुद्धे शांकरीं सुखदां कथाम् । तस्याः श्रवणमात्रेण शिवे भक्तिः प्रजायते

Sanatkumāra dit : «Écoute, ô Vyāsa à la grande intelligence, ce récit śāṃkarī qui dispense la joie. À sa seule audition, la dévotion envers Śiva naît».

Verse 8

शिवस्सर्वेश्वरो देवस्सर्वात्मा सर्वदर्शनः । महिम्ना तस्य सर्वं हि व्याप्तं च सकलं जगत्

Śiva est le Seigneur de tous, le Deva suprême — le Soi intérieur de tous les êtres et le Témoin qui voit tout. En vérité, par Sa majesté, l’univers entier est pénétré et soutenu partout.

Verse 9

शिवस्यैव परा मूर्तिर्ब्रह्मविष्ण्वीश्वरात्मिका । सर्वभूतात्मभूताख्या त्रिलिंगा लिंगरूपिणी

En vérité, la Forme suprême de Śiva est celle qui est le Soi même de Brahmā, de Viṣṇu et d’Īśvara. Connue comme l’Âme intérieure de tous les êtres, cette Réalité suprême est le « liṅga triple » et se manifeste comme le Liṅga lui‑même.

Verse 10

देवानां योनयश्चाष्टौ मानुषी नवमी च या । तिरश्चां योनयः पंच भवंत्येवं चतुर्द्दश

Parmi les devas, il est huit classes nées du sein; la matrice humaine est la neuvième; et parmi les animaux, il est cinq classes nées du sein—ainsi, de cette manière, il y a quatorze classes de naissance incarnée.

Verse 11

भूता वा वर्तमाना वा भविष्याश्चैव सर्वश । शिवात्सर्वे प्रवर्तंते लीयंते वृद्धिमागताः

Tous les êtres—du passé, du présent et de l’avenir—naissent de Śiva seul. Ayant grandi et accompli leur parcours, ils se résorbent de nouveau en Lui.

Verse 12

ब्रह्मेन्द्रोपेन्द्रचन्द्राणां देवदानवभोगिनाम् । गंधर्वाणां मनुष्याणामन्येषां वापि सर्वशः

Pour Brahmā, Indra, Upendra (Viṣṇu) et la Lune; pour les dieux, les asuras et les êtres-serpents (nāga); pour les gandharvas et les humains—et, en vérité, pour tous les autres partout—cette vérité vaut en toute manière.

Verse 13

बंधुर्मित्रमथाचार्य्यो रक्षन्नेताऽर्थवान्गुरुः । कल्पद्रुमोऽथ वा भ्राता पिता माता शिवो मतः

Śiva est regardé comme parent et ami, comme maître et guide protecteur, comme Gurū bienfaisant qui accorde la vraie prospérité. Il est aussi tenu pour l’arbre qui exauce les vœux—oui, comme frère, père et mère.

Verse 14

शिवस्सर्वमयः पुंसां स्वयं वेद्यः परात्परः । वक्तुं न शक्यते यश्च परं चानु परं च यत्

Śiva est tout en tous les êtres, omniprésent ; Il doit être réalisé par soi-même et Il est plus haut que le plus haut. On ne peut vraiment Le dire par des mots : Il est le Suprême, et pourtant aussi ce qui dépasse même le Suprême.

Verse 15

तन्माया परमा दिव्या सर्वत्र व्यापिनी मुने । तदधीनं जगत्सर्वं सदेवासुरमानुषम्

Ô sage, Sa Māyā est suprême et divine, pénétrant partout. De cette puissance dépend l’univers tout entier, avec les dieux, les asuras et les humains.

Verse 16

कामेन स्वसहायेन प्रबलेन मनोभुवा । सर्वः प्रधर्षितो वीरो विष्ण्वादिः प्रबलोऽपि हि

Par Kāma—aidé de son puissant allié, le né de l’esprit—tout héros fut dompté ; en vérité, même les puissants, à commencer par Viṣṇu, bien que forts, furent maîtrisés.

Verse 17

शिवमायाप्रभावेणाभूद्धरिः काममोहितः । परस्त्रीधर्षणं चक्रे बहुवारं मुनीश्वर

Ô seigneur des sages, sous l’influence irrésistible de la Māyā de Śiva, Hari (Viṣṇu) fut égaré par le désir et, maintes fois, commis l’outrage de violer l’épouse d’autrui.

Verse 18

इन्द्रस्त्रिदशपो भूत्वा गौतमस्त्रीविमोहितः । पापं चकार दुष्टात्मा शापं प्राप मुनेस्तदा

Indra, seigneur des trente-trois dieux, s’éprit de l’épouse de Gautama. Cet être à l’esprit mauvais commit le péché et reçut alors la malédiction du sage.

Verse 19

पावकोऽपि जगच्छ्रेष्ठो मोहितश्शिवमायया । कामाधीनः कृतो गर्वात्ततस्तेनैव चोद्धृतः

Même Pāvaka (Agni), tenu pour le plus éminent parmi les puissances du monde, fut abusé par la Māyā de Śiva. Par orgueil, il fut rendu dépendant du désir; puis, par cette même puissance du Seigneur, il fut de nouveau relevé et délivré.

Verse 20

जगत्प्राणोऽपि गर्वेण मोहितश्शिवमायया । कामेन निर्जितो व्यासश्चक्रेऽन्यस्त्रीरतिं पुरा

Même Vyāsa—souffle de vie du monde—fut jadis, par orgueil, égaré par la Māyā de Śiva. Vaincu par le désir, il tomba autrefois dans l’attachement à une autre femme.

Verse 21

चण्डरश्मिस्तु मार्तण्डो मोहितश्शिवमायया । कामाकुलो बभूवाशु दृष्ट्वाश्वीं हयरूपधृक्

Mārtaṇḍa (le Soleil), aux rayons farouches, fut lui aussi abusé par la Māyā de Śiva. Voyant la jument, il fut aussitôt troublé par le désir et prit la forme d’un étalon.

Verse 22

चन्द्रश्च मोहितश्शम्भोर्मायया कामसंकुलः । गुरुपत्नीं जहाराथ युतस्तेनैव चोद्धृतः

La Lune (Candra) aussi, égarée par la Māyā de Śambhu et troublée par le désir, enleva l’épouse de son propre guru; pourtant, par ce même Seigneur, elle fut rétablie et délivrée.

Verse 23

पूर्वं तु मित्रावरुणौ घोरे तपसि संस्थितौ । मोहितौ तावपि मुनी शिवमायाविमोहितौ

Autrefois, Mitra et Varuṇa demeuraient établis dans de terribles austérités; et pourtant, même ces deux sages furent abusés, égarés par la Māyā de Śiva.

Verse 24

उर्वशीं तरुणीं दृष्ट्वा कामुको संबभूवतुः । मित्रः कुम्भे जहौ रेतो वरुणोऽपि तथा जले

En voyant la jeune Urvaśī, tous deux (Mitra et Varuṇa) furent envahis par le désir. Mitra déposa sa semence dans un vase, et Varuṇa fit de même dans l'eau.

Verse 25

ततः कुम्भात्समुत्पन्नो वसिष्ठो मित्रसंभवः । अगस्त्यो वरुणाज्जातो वडवाग्निसमद्युतिः

Alors Vasiṣṭha naquit du vase, issu de Mitra ; et Agastya naquit de Varuṇa, rayonnant comme le feu sous-marin (Vaḍavāgni).

Verse 26

दक्षश्च मोहितश्शंभोर्मायया ब्रह्मणस्सुतः । भ्रातृभिस्स भगिन्यां वै भोक्तुकामोऽभवत्पुरा

Daksha, le fils de Brahmā, fut égaré par la Māyā de Śambhu ; et autrefois, avec ses frères, il conçut le désir de jouir de sa propre sœur.

Verse 27

ब्रह्मा च बहुवारं हि मोहितश्शिवमायया । अभवद्भोक्तुकामश्च स्वसुतायां परासु च

En vérité, Brahmā fut maintes fois égaré par la Māyā de Śiva, et il fut saisi par le désir de jouissance, même envers sa propre fille et envers d'autres femmes également.

Verse 28

च्यवनोऽपि महायोगी मोहितश्शिवमायया । सुकन्यया विजह्रे स कामासक्तो बभूव ह

Même Cyavana, bien qu'étant un grand yogi, fut égaré par la Māyā de Śiva. En s'amusant avec Sukanyā, il s'attacha en effet au désir.

Verse 29

कश्यपः शिवमायातो मोहितः कामसंकुलः । ययाचे कन्यकां मोहाद्धन्वनो नृपतेः पुरा

Saisi par la māyā de Śiva, Kaśyapa fut égaré et troublé par le désir; et, dans cet aveuglement, il demanda jadis au roi Dhanvan sa fille vierge.

Verse 30

गरुडः शांडिलीं कन्यां नेतुकामस्सुमोहितः । विज्ञातस्तु तया सद्यो दग्धपक्षो बभूव ह

Garuda, entièrement égaré et désireux d’emporter la jeune Śāṇḍilī, fut aussitôt reconnu par elle; et sur-le-champ ses ailes furent brûlées, assurément.

Verse 31

विभांडको मुनिर्नारीं दृष्ट्वा कामवशं गतः । ऋष्यशृङ्गः सुतस्तस्य मृग्यां जातश्शिवाज्ञया

À la vue d’une femme, le sage Vibhaṇḍaka tomba sous l’emprise du désir. Par l’ordre de Śiva, son fils Ṛṣyaśṛṅga naquit d’une biche.

Verse 32

गौतमश्च मुनिश्शंभोर्मायामोहितमानसः । दृष्ट्वा शारद्वतीं नग्नां रराम क्षुभितस्तया

Gautama, le sage—l’esprit égaré par la māyā de Śambhu—ayant vu Śāradvatī nue, fut troublé par elle et s’adonna aux plaisirs de l’amour.

Verse 33

रेतः स्कन्नं दधार स्वं द्रोण्यां चैव स तापसः । तस्माच्च कलशाज्जातो द्रोणश्शस्त्रभृतां वरः

Cet ascète recueillit et conserva sa semence répandue dans une auge (droṇī). Et de cette même jarre (kalaśa) naquit Droṇa, le plus éminent parmi les porteurs d’armes.

Verse 34

पराशरो महायोगी मोहितश्शिवमायया । मत्स्योदर्या च चिक्रीडे कुमार्या दाशकन्यया

Parāśara, le grand yogin, fut égaré par la Māyā de Śiva ; et avec Matsyodarī, la jeune fille de pêcheur, il se livra aux jeux d’amour.

Verse 35

विश्वमित्रो बभूवाथ मोहितश्शिवमायया । रेमे मेनकया व्यास वने कामवशं गतः

Alors Viśvāmitra fut lui aussi égaré par la Māyā de Śiva ; et, ô Vyāsa, tombé sous l’empire du désir, il se divertit avec Menakā dans la forêt.

Verse 36

वसिष्ठेन विरोधं तु कृतवान्नष्टचेतनः । पुनः शिवप्रासादाच्च ब्राह्मणोऽभूत्स एव वै

Ayant perdu le juste discernement, il entra en conflit avec Vasiṣṭha ; pourtant, par la grâce du Seigneur Śiva, cet homme même redevint véritablement un brāhmaṇa.

Verse 37

रावणो वैश्रवाः कामी बभूव शिवमायया । सीतां जह्रे कुबुद्धिस्तु मोहितो मृत्युमाप च

Par la Māyā divine du Seigneur Śiva, Rāvaṇa —de la lignée de Vaiśravaṇa— fut submergé par la convoitise. L’esprit perverti et dans l’illusion, il enleva Sītā et, par là même, rencontra la mort.

Verse 38

बृहस्पतिर्मुनिवरो मोहितश्शिवमायया । भ्रातृपत्न्या वशी रेमे भरद्वाजस्ततोऽभवत्

Bṛhaspati, le plus éminent des sages, égaré par la Māyā de Śiva, tomba sous l’emprise de l’épouse de son frère et s’unit à elle ; de cette union naquit Bharadvāja.

Verse 39

इति मायाप्रभावो हि शंकरस्य महात्मनः । वर्णितस्ते मया व्यास किमन्यच्छ्रोतुमिच्छसि

Ainsi, ô Vyāsa, je t’ai décrit la puissance merveilleuse de Māyā, qui appartient à Śaṅkara, le magnanime. Que désires-tu entendre encore à présent ?

Frequently Asked Questions

The chapter’s core argument is theological rather than event-driven: it explains how Śiva’s all-pervading mahimā coexists with worldly delusion by positing Śiva-māyā as the principle that veils jñāna, enabling diverse līlās and the experience of multiplicity.

The liṅga is treated as a unitive symbol encoding plurality-in-unity: terms like triliṅga/liṅgarūpiṇī align the triadic divine functions (Brahmā, Viṣṇu, Īśvara) within a single higher Śaiva reality, implying that differentiated powers are grounded in one transcendent source.

Śiva is highlighted in epithets emphasizing sovereignty and immanence—Śaṃbhu/Śaṅkara/Maheśa as sarveśvara and sarvātmā—while the chapter frames the teaching as Śāṃkarī kathā (linked to Śaṅkarī/Umā) whose hearing is said to directly produce bhakti.