
Ce chapitre, raconté par Sūta, aborde la généalogie royale des origines et la question de la descendance comme enjeu de dharma et d’ordre cosmique. Il s’ouvre sur l’énumération des neuf fils de Vaivasvata Manu—figures liées au kṣātra-dharma et à la continuité dynastique (Ikṣvāku et autres). Le récit introduit ensuite le putrakāmeṣṭi de Manu, rite sacrificiel visant à obtenir une progéniture, montrant que la naissance des héritiers procède de la causalité du yajña et du partage accordé par les dieux. De ce contexte rituel surgit Iḍā, dotée d’attributs divins et d’une origine singulière rattachée aux parts de Mitra et Varuṇa. Une tension se dessine entre l’attente royale et dharmique de Manu (assurer la lignée et la succession) et l’inclination déclarée d’Iḍā à retourner vers Mitra–Varuṇa, suggérant un « choix de dharma » façonné par l’origine, l’affinité et la juridiction cosmique. L’enseignement ésotérique affirme que la lignée (vaṃśa) et l’ordre social ne sont pas de simples faits biologiques, mais le fruit de l’intention rituelle, de la participation divine et de l’accord subtil (ruci) entre la nature d’un être, certaines divinités et les devoirs qui leur correspondent.
Verse 1
सूत उवाच । मनोर्वैवस्वतस्यासन्पुत्रा वै नव तत्समाः । पश्चान्महोन्नता धीराः क्षत्रधर्मपरायणाः
Sūta dit : Vaivasvata Manu eut neuf fils, tous égaux en vaillance. Puis, ces êtres fermes et hautement exaltés se vouèrent aux devoirs du dharma des kṣatriya, la droiture des rois-guerriers.
Verse 2
इक्ष्वाकुः शिबिनाभागौ धृष्टः शर्यातिरेव च । नरिष्यन्तोऽथ नाभागः करूषश्च प्रियव्रतः
Ikṣvāku, Śibi, Nābhāga, Dhṛṣṭa, Śaryāti, Nariṣyanta, et aussi Nābhāga ; puis Karūṣa et Priyavrata — tels sont les personnages royaux énumérés dans l’ordre convenable.
Verse 3
अकरोत्पुत्त्रकामस्तु मनुरिष्टिं प्रजापति । अनुत्पन्नेषु पुत्रेषु तत्रेष्ट्यां मुनिपुंगवः
Désireux d’avoir des fils, le Prajāpati Manu accomplit le rite sacrificiel nommé iṣṭi. Comme aucun fils n’était encore né, ce sage éminent persévéra dans cette iṣṭi, en quête de la grâce divine.
Verse 4
सा हि दिव्यांबरधरा दिव्याभरणभूषिता । दिव्यसंहनना चैवमिला जज्ञे हि विश्रुता
Elle portait des vêtements célestes et était parée d’ornements divins. Douée d’une forme lumineuse et céleste, naquit la dame renommée nommée Milā.
Verse 5
तामिडेत्येव होवाच मनुर्दण्डधरस्तथा । अनुगच्छत्व मामेति तमिडा प्रत्युवाच ह
Alors Manu, porteur du bâton d’autorité, dit : « Ô Iḍā, viens ici ; suis-moi. » Et Iḍā lui répondit aussitôt.
Verse 6
इडोवाच । धर्मयुक्तमिदं वाक्यं पुत्रकामं प्रजापतिम् । मित्रावरुणयोरंशैर्जातास्मि वदतां वर
Iḍā dit : «Cette parole est conforme au dharma. Ô Prajāpati qui désires un fils, sache que je suis née des parts de puissance de Mitra et de Varuṇa. Parle, ô le meilleur des orateurs.»
Verse 7
तयोस्सकाशं यास्यामि न मे धर्मे रुचिर्भवेत् । एवमुक्त्वा सती सा तु मित्रावरुणयोस्ततः
«J’irai en leur présence, car mon cœur ne trouve aucune joie en ce dharma.» Ayant ainsi parlé, Satī quitta ce lieu et se dirigea vers Mitra et Varuṇa.
Verse 8
गत्वांतिकं वरारोहा प्रांजलिर्वाक्यमब्रवीत् । अंशैस्तु युवयोर्जाता मनुयज्ञे महामुनी
S’approchant d’eux, la noble jeune fille, les paumes jointes en signe de révérence, dit : «Ô grand muni, lors du sacrifice de Manu, je suis née comme une manifestation partielle de vous deux.»
Verse 9
आगता भवतोरंति ब्रूतं किं करवाणि वाम् । अन्यान्पुत्रान्सृज विभो तैर्वंशस्ते भविष्यति
«Vous êtes venus tous deux», dirent-ils. «Dites-nous : que dois-je faire pour vous ? Ô Seigneur, engendre d’autres fils ; par eux, ta lignée se perpétuera.»
Verse 10
सूत उवाच । तां तथावादिनीं साध्वीमिडां मन्वध्वरोद्भवाम् । मित्रावरुणानामानौ मुनी ऊचतुरादरात्
Sūta dit : Voyant la vertueuse Iḍā—qui avait parlé ainsi et qui était née du rite sacrificiel de Manu—les deux sages, nommés Mitra et Varuṇa, s’adressèrent à elle avec révérence.
Verse 11
मित्रावरुणावूचतुः । अनेन तव धर्मज्ञे प्रश्रयेण दमेन च । सत्येन चैव सुश्रोणि प्रीतौ द्वौ वरवर्णिनि
Mitra et Varuṇa dirent : «Ô toi qui connais le dharma, ô toi aux belles hanches : par ton humilité, par ta maîtrise de toi (dama) et par ta vérité, ô la plus excellente des femmes, nous deux sommes comblés de joie.»
Verse 12
आवयोस्त्वं महाभागे ख्यातिं चैव गमिष्यसि । मनोर्वशकरः पुत्रस्त्वमेव च भविष्यसि
Ô toi la très fortunée, par nous tu atteindras assurément une renommée éclatante; et toi-même tu deviendras le fils de Manu, nommé Vaśakara.
Verse 13
सुद्युम्न इति विख्यातस्त्रिषु लोकेषु विश्रुतः । जगत्प्रियो धर्मशीलौ मनुवंशविवर्द्धनः
Il fut renommé sous le nom de Sudyumna, célébré dans les trois mondes : cher à tous les êtres, ferme dans le dharma, et grand promoteur de la lignée royale de Manu.
Verse 14
सूत उवाच । निवृत्ता सा तु तच्छ्रुत्वा गच्छंती पितुरंतिके । बुधेनांतरमासाद्य मैधुनायोपमंत्रिता
Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, elle fit demi-tour ; et tandis qu’elle allait vers la présence de son père, Budha, trouvant une occasion, l’exhorta à l’union charnelle.
Verse 15
सोमपुत्रात्ततो जज्ञे तस्यां राजा पुरूरवाः । पुत्रोऽतिसुन्दरः प्राज्ञ उर्वशी पतिरुन्नतः
Alors, de la fille de Soma naquit le roi Purūravas : seigneur exalté, d’une beauté incomparable et d’une grande sagesse, renommé comme l’époux d’Urvaśī.
Verse 16
जनयित्वा च सा तत्र पुरूरवसमादरात् । पुत्रं शिवप्रसादात्तु पुनस्सुद्युम्नतां गतः
Là, elle enfanta avec tendresse un fils à Purūravas ; et, par la grâce du Seigneur Śiva, il retrouva de nouveau l’état de Sudyumna.
Verse 17
सुद्युम्नस्य तु दायादास्त्रयः परमधार्मिकाः । उत्कलश्च गयश्चापि विनताश्वश्च वीर्यवान्
Sudyumna eut trois héritiers, d’une conduite souverainement juste selon le dharma : Utkala, Gaya, et le vaillant Vinatāśva, doué d’une grande puissance.
Verse 18
उत्कलस्योत्कला विप्रा विनताश्वस्य पश्चिमाः । दिक्पूर्वा मुनि शार्दूल गयस्य तु गया स्मृताः
Ô le meilleur des sages, les savants déclarent qu’Utkalā est la région orientale d’Utkala ; la région occidentale est connue sous le nom de Vinatāśva ; et, pour le pays de Gaya, l’orient est retenu sous le nom de Gayā.
Verse 19
प्रविष्टे तु मनौ तात दिवाकरतनुं तदा । दशधा तत्र तत्क्षेत्रमकरोत्पृथिवीं मनुः
Ô cher enfant, lorsque Manu entra dans la forme au corps solaire (la région du Soleil), alors il divisa cette terre en dix parts et organisa dûment la terre en ces dix domaines.
Verse 20
इक्ष्वाकुः श्रेष्ठदायादो मध्यदेशमवाप्तवान् । वसिष्ठवचनादासीत्प्रतिष्ठानं महात्मनः
Ikṣvāku, l’héritier le plus éminent, obtint la terre de Madhyadeśa ; et, selon l’enseignement de Vasiṣṭha, ce grand d’âme établit son siège de règne inébranlable, Pratiṣṭhāna.
Verse 21
प्रतिष्ठां धर्मराज्यस्य सुद्युम्नोथ ततो ददौ । तत्पुरूरवसे प्रादाद्राज्यं प्राप्य महायशाः
Alors Sudyumna établit le fondement solide d’un royaume gouverné selon le dharma. Ayant obtenu la souveraineté, ce roi de grande renommée conféra l’autorité royale à Purūravas.
Verse 22
मानवो यो मुनिश्रेष्ठाः स्त्रीपुंसोर्लक्षणः प्रभुः । नरिष्यंताच्छकाः पुत्रा नभगस्य सुतो ऽभवत्
Ô meilleurs des sages, ce seigneur Mānava, qui portait les signes distinctifs de la femme et de l’homme, naquit comme fils de Nabhaga ; et de Nariṣyantā naquirent des fils connus sous le nom de Śakas.
Verse 23
अंबरीषस्तु बाह्लेयो बाह्लकं क्षेत्रामाप्तवान् । शर्यातिर्मिथुनं त्वासीदानर्तो नाम विश्रुतः
Ambariṣa, fils de Bāhleyā, obtint le territoire appelé Bāhlaka. Śaryāti eut des jumeaux ; et l’un d’eux devint célèbre sous le nom d’Ānarta.
Verse 24
पुत्रस्सुकन्या कन्या च या पत्नी च्यवनस्य हि । आनर्तस्य हि दायादो रैभ्यो नाम स रैवतः
Sukanyā —devenue l’épouse du sage Cyavana— eut un fils. Ce fils fut l’héritier d’Ānarta ; il se nomma Raibhya et fut aussi connu sous le nom de Raivata.
Verse 25
आनर्तविषये यस्य पुरी नाम कुशस्थली । महादिव्या सप्तपुरीमध्ये या सप्तमी मता
Dans la région d’Ānarta se trouve une cité nommée Kuśasthalī. Elle est éminemment divine et tenue pour la septième parmi les sept cités saintes, la Saptapurī.
Verse 26
तस्य पुत्रशतं त्वासीत्ककुद्मी ज्येष्ठ उत्तमः । तेजस्वी सुबलः पारो धर्मिष्ठो ब्रह्मपालकः
Il eut cent fils. Parmi eux, Kakudmī fut l’aîné et le plus éminent : rayonnant de tejas, puissant de force, ferme, très attaché au dharma, et protecteur de l’ordre brahmanique.
Verse 27
ककुद्मिनस्तु संजाता रेवती नाम कन्यका । महालावण्यसंयुक्ता दिव्यलक्ष्मीरिवापरा
À Kakudmin naquit une jeune fille nommée Revatī, parée d’une beauté exceptionnelle, telle une autre Lakṣmī céleste.
Verse 28
प्रष्टुं कन्यावरं राजा ककुद्मी कन्यया सह । ब्रह्मलोके विधेस्सम्यक्सर्वाधीशो जगाम ह
Afin de s’enquérir d’un époux convenable pour sa fille, le roi Kakudmī—seigneur de la terre—se rendit avec elle à Brahmaloka, pour consulter comme il se doit le Créateur, Brahmā.
Verse 29
आवर्तमाने गांधर्वे स्थितो लब्धक्षणः क्षणम् । शुश्राव तत्र गांधर्वं नर्तने ब्रह्मणोंऽतिके
Tandis que la musique des Gandharvas montait et se déployait, il demeura là, ayant trouvé un bref instant. Un moment, près de Brahmā—là où se déroulait la danse—il entendit cette mélodie céleste des Gandharvas.
Verse 30
मुहूर्तभूतं तत्काले गतं बहुयुगं तदा । न किंचिद्बुबुधे राजा ककुद्मी मुनयस्स तु
Ô sages, en ce séjour, ce qui semblait n’être qu’un instant était en vérité devenu le passage de nombreux yugas. Pourtant, le roi Kakudmī n’en perçut rien.
Verse 31
तदासौ विधिमा नम्य स्वाभिप्रायं कृतांजलिः । न्यवेदयद्विनीतात्मा ब्रह्मणे परमात्मने
Alors il s’inclina devant Brahmā, l’Ordonnateur du vidhi, et, les mains jointes, l’âme humble, il lui présenta son intention, à Brahmā, le Paramātman, le Soi suprême.
Verse 32
तदभिप्रायमाकर्ण्य स प्रहस्य प्रजापतिः । ककुद्मिनं महाराजं समाभाष्य समब्रवीत्
Ayant entendu son intention, Prajāpati (Brahmā) sourit; puis, s’adressant au grand roi Kakudmin, il parla ainsi.
Verse 33
ब्रह्मोवाच । शृणु राजन्रैभ्यसुत ककुद्मिन्पृथिवपिते । मद्वचः प्रीतितस्सत्यं प्रवक्ष्यामि विशेषतः
Brahmā dit : «Écoute, ô roi Kakudmin, fils de Raibhya—seigneur et protecteur de la terre. Avec bienveillance, je te dirai mes paroles en vérité, et avec une clarté toute particulière.»
Verse 34
कालेन संहृतास्ते वै वरा ये ते कृता हृदि । न तद्गोत्रं हि तत्रास्ति कालस्सर्वस्य भक्षकः
En vérité, avec le Temps, les grâces que tu chérissais en ton cœur se sont dissoutes. Là, nul lignage ne demeure : le Temps dévore toute chose.
Verse 35
त्वत्पुर्य्यपि हता पुण्यजनैस्सा राक्षसैर्नृप । अष्टाविंशद्द्वापरेऽद्य कृष्णेन निर्मिता पुनः
Ô roi, même ta cité fut jadis détruite par les Rākṣasas avec les troupes des Puṇyajanas; mais aujourd’hui, en ce vingt-huitième Dvāpara, elle a été rebâtie par Kṛṣṇa.
Verse 36
इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां मनुनवपुत्रवंशवर्णनंनाम षट्त्रिंशो ऽध्यायः
Ainsi se termine le trente-sixième chapitre, intitulé « La description de la lignée des neuf fils de Manu », dans l'Umā-saṃhitā, la cinquième section du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.
Verse 37
तद्गच्छ तत्र प्रीतात्मा वासुदेवाय कन्यकाम् । बलदेवाय देहि त्वमिमां स्वतनयां नृप
C'est pourquoi, va là-bas avec un cœur joyeux et confiant, ô roi, et donne cette jeune fille — ta propre fille — en mariage à Vāsudeva ou à Baladeva.
Verse 38
सूत उवाच । इत्यादिष्टो नृपोऽयं तं नत्वा तां च पुरीं गतः । गतान्बहून्युगाञ्ज्ञात्वा विस्मितः कन्यया युतः
Sūta dit : Ainsi instruit, ce roi s'inclina devant lui puis se rendit dans cette ville. Réalisant que de nombreux âges (yugas) s'étaient écoulés, il fut étonné — tout en étant toujours accompagné de la jeune fille.
Verse 39
ततस्तु युवतीं कन्यां तां च स्वां सुविधानतः । कृष्णभ्रात्रे बलायाशु प्रादात्तत्र स रेवतीम्
Puis, d'une manière convenable et appropriée, il donna promptement sa propre jeune fille Revatī à Balarāma, le frère de Kṛṣṇa.
Verse 40
ततो जगाम शिखरं मेरोर्दिव्यं महाप्रभुः । शिवमाराधयामास स नृपस्तपसि स्थितः
Alors ce roi grand et illustre se rendit au sommet divin du mont Méru. Établi dans l’austérité, il adora le Seigneur Śiva d’une dévotion inébranlable.
Verse 41
ऋषय ऊचुः । तत्र स्थितो बहुयुगं ब्रह्मलोके स रेवतः । युवैवागान्मर्त्यलोकमेतन्नः संशयो महान्
Les sages dirent : « Revata demeura là, dans le monde de Brahmā, durant de nombreux yugas ; pourtant il revint au monde des mortels encore jeune. Voilà notre grand doute. »
Verse 42
सूत उवाच । न जरा क्षुत्पिपासा वा विकारास्तत्र संति वै । अपमृत्युर्न केषांचिन्मुनयो ब्रह्मणोंऽतिके
Sūta dit : « Là, en vérité, il n’y a ni vieillesse, ni faim ni soif, ni afflictions du corps. Et pour certains sages qui demeurent auprès de Brahmā, il n’y a pas de mort avant l’heure. »
Verse 43
अतो न राजा संप्राप जरां मृत्युं च सा सुता । स युवैवागतस्तत्र संमंत्र्य तनयावरम्
Ainsi le roi ne tomba ni dans la vieillesse ni dans la mort, pas plus que sa fille. Resté jeune, il vint là et, après mûre délibération, choisit pour sa fille un époux d’excellence.
Verse 44
गत्वा द्वारावतीं दिव्यां पुरीं कृष्णविनिर्मिताम् । विवाहं कारयामास कन्यायाः स बलेन हि
Parvenu à la cité divine de Dvāravatī, splendide capitale édifiée par Kṛṣṇa, il y fit célébrer, par la force de son autorité, le mariage sacré de la jeune fille.
Verse 45
तस्य पुत्रशतं त्वासीद्धार्मिकस्य महाप्रभो । कृष्णस्यापि सुता जाता बहुस्त्रीभ्योऽमितास्ततः
Ô grand seigneur, cet homme juste eut cent fils. Et de Kṛṣṇa aussi, par la suite, naquirent d’innombrables enfants de nombreuses épouses.
Verse 46
अन्ववायो महांस्तत्र द्वयोरपि महात्मनोः । क्षत्रिया दिक्षु सर्वासु गता हृष्टास्सुधार्मिकाः
Là s’éleva une grande lignée issue de ces deux nobles âmes. Ces kṣatriya, vertueux et fermement établis dans le dharma, s’en allèrent avec joie en toutes directions et se répandirent dans toutes les contrées.
Verse 47
इति प्रोक्तो हि शर्यातेर्वंशोऽन्येषां वदाम्यहम् । मानवानां हि संक्षेपाच्छृणुतादरतो द्विजाः
Ainsi a été racontée la lignée de Śaryāti. À présent, je dirai aussi les autres lignées des hommes : écoutez avec attention et respect, ô deux-fois-nés, ce récit en abrégé.
Verse 48
नाभागो दिष्टपुत्रोऽभूत्स तु ब्राह्मणतां गतः । स्वक्षत्रवंशं संस्थाप्य ब्रह्मकर्मभिरावृतः
Nabhāga naquit fils de Diṣṭa ; pourtant il parvint à l’état de brāhmane. Après avoir établi sa propre lignée kṣatriya, il s’absorba avec dévotion dans les devoirs et disciplines de la sainte conduite brahmanique.
Verse 49
धृष्टाद्धार्ष्टमभूत्क्षत्रं ब्रह्मभूयं गतं क्षितौ । करूषस्य तु कारूषाः क्षत्रिया युद्धदुर्मदाः
De Dhṛṣṭa naquit, parmi les kṣatriyas, la lignée dite Dhārṣṭa, et sur la terre elle atteignit même la dignité de brahmanité. Et de Karūṣa vinrent les Kārūṣas : des kṣatriyas enivrés de l’orgueil du combat.
Verse 50
नृगो यो मनुपुत्रस्तु महादाता विशेषतः । नानावसूनां सुप्रीत्या विप्रेभ्यश्च गवां तथा
Nṛga, fils de Manu, fut renommé plus que tous comme un grand donateur. Avec une dévotion joyeuse et sincère, il offrit aux brahmanes maintes sortes de richesses, et donna aussi des vaches.
Verse 51
गोदातव्यत्ययाद्यस्तु स्वकुबुद्ध्या स्वपापतः । कृकलासत्वमापन्नः श्रीकृष्णेन समुद्धृतः
Mais celui qui, par la perversion de ce qui devait être donné—poussé par sa propre sottise et son propre péché—tomba dans l’état de lézard, fut ensuite délivré et relevé par Śrī Kṛṣṇa.
Verse 52
तस्येकोभूत्सुतः श्रेष्ठः प्रयातिर्धर्मवित्तथा । इति श्रुतं मया व्यासात्तत्प्रोक्तं हि समासतः
Il eut un seul fils—vraiment excellent—nommé Prayāti, lui aussi connaisseur du dharma. Ainsi l’ai-je entendu de Vyāsa, et ce même récit, je l’ai maintenant rapporté en bref.
Verse 53
वृषघ्नस्तु मनोः पुत्रो गोपालो गुरुणा कृतः । पालयामास गा यत्तो रात्र्यां वीरासनव्रतः
Vṛṣaghna, fils de Manu, fut établi par son précepteur comme gardien des vaches. Avec ardeur il les protégea; et la nuit, il observait le vœu de vīrāsana, assis en posture héroïque, dans une vigilance disciplinée.
Verse 54
स एकदाऽऽगतं गोष्ठे व्याघ्रं गा हिंसितुं बली । श्रुत्वा गोकदनं बुद्धो हंतुं तं खड्गधृग्ययौ
Un jour, un tigre puissant entra dans l’enclos pour faire du mal aux vaches. Entendant qu’elles étaient attaquées, le sage, l’épée à la main, s’avança pour abattre la bête.
Verse 55
अजानन्नहनद्बभ्रोश्शिरश्शार्दूलशंकया । निश्चक्राम सभीर्व्याघ्रो दृष्ट्वा तं खड्गिनं प्रभुम्
Ne le reconnaissant pas, il trancha la tête de l’animal fauve, le prenant pour un tigre. Mais lorsque le tigre vit ce Seigneur, l’épée à la main, il se retira, saisi d’effroi.
Verse 56
मन्यमानो हतं व्याघ्रं स्वस्थानं स जगाम ह । रात्र्यां तस्यां भ्रमापन्नो वर्षवातविनष्टधीः
Pensant que le tigre avait été tué, il regagna son lieu. Mais cette nuit-là, tombé dans l’égarement, l’esprit brisé par la pluie et le vent, il erra dans la confusion.
Verse 57
व्युष्टायां निशि चोत्थाय प्रगे तत्र गतो हि सः । अद्राक्षीत्स हतां बभ्रुं न व्याघ्रं दुःखितोऽभवत्
La nuit passée, il se leva et, à l’aube, s’y rendit. Là, il vit le cerf fauve gisant tué, mais non le tigre ; et il fut saisi de chagrin.
Verse 58
श्रुत्वा तद्वृत्तमाज्ञाय तं शशाप कृतागसम् । अकामतोविचार्य्येति शूद्रो भव न क्षत्रियः
Ayant entendu cet événement et compris ce qui s’était passé, il maudit le fautif : «Puisque tu as agi sans discernement et sans juste réflexion, deviens un śūdra — tu n’es plus un kṣatriya.»
Verse 59
एवं शप्तस्तु गुरुणा कुलाचार्य्येण कोपतः । निस्सृतश्च पृषध्रस्तु जगाम विपिनं महत्
Ainsi, maudit dans la colère par son guru, le précepteur de la lignée, Pṛṣadhra fut chassé et s’en alla vers la vaste forêt.
Verse 60
निर्विण्णः स तु कष्टेन विरक्तोऽभूत्स योगवान् । वनाग्नौ दग्धदेहश्च जगाम परमां गतिम्
Accablé par l’épreuve, il devint entièrement détaché du monde et demeura ferme dans le yoga. Lorsque son corps fut consumé par le feu de la forêt, il atteignit l’état suprême : la délivrance par la grâce du Seigneur, le Pati suprême (Śiva).
Verse 61
कविः पुत्रो मनोः प्राज्ञश्शिवानुग्रहतोऽभवत् । भुक्त्वा सुखं दिव्यं मुक्तिं प्राप सुदुर्लभाम्
Kavi, le fils sage de Manu, parvint à l’excellence grâce à la grâce du Seigneur Śiva. Après avoir goûté la félicité divine, il obtint la délivrance, si difficile à atteindre.
It presents Manu’s putrakāmeṣṭi and the ensuing emergence of Iḍā, embedding dynastic genealogy in a theological argument: progeny and succession are produced through yajña-intent plus divine participation, not merely through human desire or politics.
The putrakāmeṣṭi functions as a symbol of intentional causality: sacrifice externalizes inner will (kāma) into a regulated dharmic act, while Iḍā’s return-impulse toward Mitra-Varuṇa symbolizes that beings gravitate to their originating cosmic principle—highlighting a Purāṇic theory of affinity and jurisdiction.
This chapter’s sampled verses do not foreground a distinct Śiva/Gaurī form; rather, it supports the Umāsaṃhitā’s broader Śaiva framework indirectly by grounding social order, lineage, and dharma—domains ultimately supervised by the Śaiva cosmic order—through a genealogical-ritual narrative.