Adhyaya 3
Uma SamhitaAdhyaya 378 Verses

Kṛṣṇādi-Śivabhaktoddhāraṇa & Śiva-māhātmya-varṇana (Deliverance of Krishna and other devotees; Description of Shiva’s Greatness)

L’Adhyāya 3 se déploie comme un dialogue transmettant la bhakti centrée sur Śiva et les fruits qui lui sont promis. Sanatkumāra décrit une scène d’enseignement et d’émerveillement (vismaya) autour du sage Upamanyu, dont l’esprit paisible (śānta-mānasa) manifeste une stabilité acquise. Vāsudeva (Kṛṣṇa) loue le dévot réceptif comme particulièrement digne d’éloges, car Śiva, le devādideva, accorde sa proximité intime (sānnidhya) à ceux qui s’efforcent. Upamanyu assure Vāsudeva que, par la grâce de Mahādeva, le darśana sera obtenu bientôt, et que des bienfaits seront accordés dans un délai déterminé, explicitement de seize mois. L’enseignement essentiel est la récitation (japa) du mantra-rāja « Namaḥ Śivāya », dit sarva-kāma-prada et conférant à la fois bhukti et mukti. Le récit, à la fois exemplaire et prescriptif, montre que la suprématie et la grâce de Śiva se vérifient par une pratique répétable donnant des résultats concrets—darśana, dons, fils puissant—et s’achève sur l’image des jours passant comme un instant, signe de transformation par l’immersion dans la Śiva-kathā.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । एतच्छ्रुत्वा वचस्तस्य सोब्रवीत्तं महामुनिम् । विस्मयं परमं गत्वोपमन्युं शांतमानसम्

Sanatkumāra dit : Ayant entendu ces paroles, saisi du plus grand émerveillement, il s’adressa au grand sage Upamanyu, dont l’esprit était paisible et recueilli.

Verse 2

वासुदेव उवाच । धन्यस्त्वमसि विप्रेन्द्र कस्त्वां स्तोतुमलं कृती । यस्य देवादिदेवस्ते सान्निध्यं कुरुते श्रमे

Vāsudeva dit : «Tu es béni, ô le meilleur des brāhmaṇas. Qui, parmi les êtres véritablement accomplis, serait assez digne pour te louer, puisque pour toi le Dieu des dieux Lui-même accorde Sa présence toute proche, même au cœur de la peine et de l’effort ?»

Verse 3

दर्शनं मुनिशार्दूल दद्यात्स भगवाञ्छिवः । अपि तावन्ममाप्येवं प्रसादं वा करोत्वसौ

Ô tigre parmi les sages, que le Bienheureux Seigneur Śiva m’accorde Sa vision divine ; du moins, qu’Il daigne aussi me faire une telle grâce.

Verse 4

उपमन्युरुवाच । अचिरेणैव कालेन महादेवं न संशयः । तस्यैव कृपया त्वं वै द्रक्ष्यसे पुरुषोत्तम

Upamanyu dit : «En très peu de temps, tu verras Mahādeva, sans aucun doute. Par sa seule grâce, ô Personne suprême, tu le verras assurément.»

Verse 5

षोडशे मासि सुवरान् प्राप्स्यसि त्वं महेश्वरात् । सपत्नीकात्कथं नो दास्यते देवो वरान्हरे

«Au seizième mois, tu recevras d’excellentes grâces de Maheśvara. Ô Hari, comment le Seigneur ne donnerait-il pas des dons à celui qui lui est dévot avec son épouse ?»

Verse 6

पूज्योसि दैवतैस्सर्वैः श्लाघनीयस्सदा गुणैः । जाप्यं तेऽहं प्रवक्ष्यामि श्रद्दधानाय चाच्युत

Tu es digne d’être adoré par tous les dieux, et toujours louable par tes vertus. À toi, ô Acyuta, plein de foi et inébranlable, je vais maintenant révéler le mantra à répéter en japa.

Verse 7

तेन जपप्रभावेण सत्यं द्रक्ष्यसि शंकरम् । आत्मतुल्यबलं पुत्रं लभिष्यसि महेश्वरात्

Par la puissance du japa de ce mantra, tu verras véritablement Śaṅkara ; et de Maheśvara tu obtiendras un fils dont la force sera égale à la tienne.

Verse 8

जपो नमश्शिवायेति मंत्रराजमिमं हरे । सर्वकामप्रदं दिव्यं भुक्तिमुक्तिप्रदायकम्

Ô Hari, récite ce roi des mantras : « Namaḥ Śivāya ». Il est divin, accomplit tous les désirs légitimes et accorde à la fois la jouissance en ce monde et la libération ultime.

Verse 9

सनत्कुमार उवाच । एवं कथयतस्तस्य महादेवाश्रिताः कथाः । दिनान्यष्टौ प्रयातानि मुहूर्तमिव तापस

Sanatkumāra dit : Tandis qu’il parlait ainsi, racontant des récits tournés vers Mahādeva, huit jours passèrent pour cet ascète comme s’il ne s’agissait que d’un seul instant.

Verse 10

नवमे तु दिने प्राप्ते मुनिना स च दीक्षितः । मंत्रमध्यापितं शार्वमाथर्वशिरसं महत्

Lorsque vint le neuvième jour, le sage l’initia selon le rite; et il fut instruit du mantra śaiva sacré — le grand enseignement de l’Atharvaśiras, qui révèle Śarva (Śiva).

Verse 11

जटी मुण्डी च सद्योऽसौ बभूव सुसमाहितः । पादांगुष्ठोद्धृततनुस्तेपे चोर्द्ध्वभुजस्तथा

Aussitôt, il devint un ascète aux cheveux en jaṭā, la tête rasée, et entra dans une profonde concentration. Soulevant son corps, soutenu sur le gros orteil, il pratiqua l’austérité; de même, les bras levés vers le haut, il poursuivit sa pénitence.

Verse 12

संप्राप्ते षोडशे मासि संतुष्टः परमेश्वरः । पार्वत्या सहितश्शंभुर्ददौ कृष्णाय दर्शनम्

Quand advint le seizième mois, le Seigneur Suprême, Parameśvara, satisfait, Śambhu—avec Pārvatī—accorda à Kṛṣṇa la vision divine (darśana) de Lui-même.

Verse 13

पार्वत्या सहितं देवं त्रिनेत्रं चन्द्रशेखरम् । ब्रह्माद्यैस्स्तूयमानं तु पूजितं सिद्धकोटिभिः

Ils virent le Seigneur avec Pārvatī—le Trois-Yeux, Candraśekhara, couronné de la lune—loué par Brahmā et les autres dieux, et vénéré par des crores de Siddhas.

Verse 14

दिव्यमाल्याम्बरधरं भक्तिनम्रैस्सुरासुरैः । प्रणतं च विशेषेण नानाभूषणभूषितम्

Il portait des guirlandes divines et des vêtements célestes; devas et asuras, inclinés par la dévotion, se prosternaient devant Lui. Tout particulièrement, Il était honoré dans le culte, paré d’ornements de toutes sortes.

Verse 15

सर्वाश्चर्यमयं कांतं महेशमजमव्ययम् । नानागणान्वितं तुष्टं पुत्राभ्यां संयुतं प्रभुम्

Elle contempla le Seigneur Bien-Aimé—Mahēśa—non né et impérissable, incarnation de toute merveille; entouré de troupes de gaṇas variés, paisible et comblé, et uni à Ses deux fils, le Maître souverain.

Verse 16

श्रीकृष्णः प्रांजलिर्दृष्ट्वा विस्मयोत्फुल्ललोचनः । ईदृशं शंकरं प्रीतः प्रणनाम महोत्सवः

Voyant Śaṅkara sous une forme si merveilleuse, Śrī Kṛṣṇa, les mains jointes en hommage et les yeux écarquillés d’étonnement, fut comblé de joie et se prosterna, comme si un grand festival sacré s’élevait dans son cœur.

Verse 17

नानाविधैः स्तुतिपदैर्वाङ्मयेनार्चयत्तदा । सहस्रनाम्ना देवेशं तुष्टाव नतकंधरः

Alors, par maints versets d’hymnes—adoration offerte par la parole sacrée—il vénéra le Seigneur des dieux; puis, la tête inclinée en humble révérence, il loua Deveśa (Śiva) en récitant les Mille Noms.

Verse 18

ततो देवास्सगंधर्वा विद्याधरमहोरगाः । मुमुचुः पुष्पवृष्टिं च साधुवादान्मनोनुगान्

Alors les devas—avec les Gandharvas, les Vidyādharas et les grands serpents—firent pleuvoir des fleurs et s’écrièrent du fond du cœur : « Sādhu ! Sādhu ! », en joyeuse approbation.

Verse 19

पार्वत्याश्च मुखं दृष्ट्वा भगवान्भक्तवत्सलः । उवाच केशवं तुष्टो रुद्रश्चाथ बिडौजसा

Voyant le visage de Pārvatī, le Seigneur Bienheureux—toujours plein de tendresse pour Ses dévots—fut comblé de joie; alors Rudra, d’un éclat puissant, s’adressa à Keśava.

Verse 20

श्रीमहादेव उवाच । कृष्णं जानामि भक्तं त्वां मयि नित्यं दृढव्रतम् । वृणीष्व त्वं वरान्मत्तः पुण्यांस्त्रैलोक्यदुर्लभान्

Śrī Mahādeva dit : « Ô Kṛṣṇa, Je sais que tu es Mon dévot, toujours ferme dans ton vœu envers Moi. Choisis donc auprès de Moi des grâces—des dons saints, difficiles à obtenir même dans les trois mondes. »

Verse 21

सनत्कुमार उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा कृष्णः प्रांजलिरादरात् । प्राह सर्वेश्वरं शम्भुं सुप्रणम्य पुनः पुनः

Sanatkumāra dit : Ayant entendu ces paroles, Kṛṣṇa, les mains jointes avec révérence, s’adressa à Śambhu, le Seigneur de tout, après s’être prosterné encore et encore.

Verse 22

कृष्ण उवाच । देवदेव महादेव याचेऽहं ह्युत्तमान्वरान् । त्वत्तोऽष्टप्रमितान्नाथ त्वयोद्दिष्टान्महेश्वर

Kṛṣṇa dit : «Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, je Te supplie en vérité des grâces les plus sublimes—au nombre de huit, ô Seigneur—celles-là mêmes que Tu as indiquées, ô Maheśvara.»

Verse 23

तव धर्म्मे मतिर्नित्यं यशश्चाप्रचलं महत् । त्वत्सामीप्यं स्थिरा भक्तिस्त्वयि नित्यं ममास्त्विति

« Que mon esprit demeure à jamais établi dans ton dharma ; que ma grande renommée soit inébranlable. Que je demeure dans ta proximité constante, et qu’en moi subsiste toujours une bhakti ferme envers toi. »

Verse 24

पुत्राणि च दशाद्यानां पुत्राणां मम संतु वै । वध्याश्च रिपवस्सर्वे संग्रामे बलदर्पिताः

« Puissé-je avoir en vérité des fils — dix et davantage. Et que tous les ennemis, enflés de l’orgueil de leur force, soient abattus au combat. »

Verse 25

अपमानो भवेन्नैव क्वचिन्मे शत्रुतः प्रभो । योगिनामपि सर्वेषां भवेयमतिवल्लभः

Ô Seigneur, puissé-je ne jamais subir l’humiliation, nulle part, du fait des ennemis ; au contraire, puissé-je devenir infiniment cher même à tous les yogins.

Verse 26

इत्यष्टौ सुवरान्देहि देवदेव नमोऽस्तु ते । सर्वेश्वरस्त्वमेवासि मत्प्रभुश्च विशेषतः

« Ainsi, ô Dieu des dieux, accorde-moi ces huit dons excellents. Hommage à Toi. Toi seul es le Seigneur de tout ; et, tout particulièrement, Tu es mon propre Maître. »

Verse 27

सनत्कुमार उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा तमाह भगवान्भवः । सर्वं भविष्यतीत्येवं पुनस्स प्राह शूलधृक्

Sanatkumāra dit : Ayant entendu ses paroles, le Seigneur bienheureux Bhava (Śiva) s’adressa à lui. Le Porteur du Trident reprit : «Ainsi, tout adviendra et s’accomplira.»

Verse 28

साम्बो नाम महावीर्यः पुत्रस्ते भविता बली । घोरसंवर्तकादित्यश्शप्तो मुनिभिरेव च

«Un fils nommé Sāmba, d’une grande vaillance et d’une force puissante, naîtra pour toi. Et, sous la malédiction des sages, il deviendra tel le redoutable Soleil Saṃvartaka, flamboyant d’une ardeur destructrice.»

Verse 29

मानुषो भवितासीति स ते पुत्रो भवि ष्यति । यद्यच्च प्रार्थितं किंचित्तत्सर्वं च लभस्व वै

«Il naîtra en tant qu’homme et deviendra ton fils. Et tout ce que tu as imploré—fût-ce la moindre chose—puisses-tu, en vérité, l’obtenir entièrement.»

Verse 30

सनत्कुमार उवाच । एवं लब्ध्वा वरान्सर्वाञ्छ्रीकृष्णः परमेश्वरात् । नानाविधाभिर्बह्वीभिस्स्तुतिभिस्समतोषयत्

Sanatkumāra dit : Ainsi, ayant obtenu toutes les grâces du Seigneur Suprême (Parameśvara), Śrī Kṛṣṇa Le contenta par de nombreux hymnes de louange, abondants et variés.

Verse 31

तमाहाथ शिवा तुष्टा पार्वती भक्तवत्सला । वासुदेवं महात्मानं शंभुभक्तं तपस्विनम्

Alors Śivā—Pārvatī, satisfaite et toujours pleine d’affection pour les dévots—s’adressa au magnanime Vāsudeva, fidèle de Śambhu et ascète constant.

Verse 32

पार्वत्युवाच । वासुदेव महाबुद्धे कृष्ण तुष्टास्मि तेऽनघ । गृहाण मत्तश्च वरान्मनोज्ञान्भुवि दुर्लभान्

Pārvatī dit : «Ô Vāsudeva, ô Kṛṣṇa à la grande intelligence, ô toi sans faute — je suis satisfaite de toi. Reçois de moi ces grâces, chères au cœur et rarement obtenues en ce monde.»

Verse 33

सनत्कुमार उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्याः पार्वत्यास्स यदूद्वहः । उवाच सुप्रसन्नात्मा भक्तियुक्तेन चेतसा

Sanatkumāra dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Pārvatī, le noble rejeton de la lignée des Yadu répondit—l’être intérieur apaisé et l’esprit uni à la dévotion.

Verse 34

श्रीकृष्ण उवाच । देवि त्वं परितुष्टासि चेद्ददासि वरान्हि मे । तपसाऽनेन सत्येन ब्राह्मणान्प्रति मास्मभूत्

Śrī Kṛṣṇa dit : «Ô Déesse, si tu es satisfaite et si tu m’accordes vraiment des grâces, alors, par cette austérité même et par cette vérité, qu’il ne naisse jamais en moi ni irrespect ni mauvaise intention envers les brāhmaṇas.»

Verse 35

द्वेषः कदाचिद्भद्रं पूजयेयं द्विजान्सदा । तुष्टौ च मातापितरौ भवेतां मम सर्वदा

Puissé-je ne jamais nourrir de haine, en aucun temps. Puissé-je toujours vénérer les nobles et les deux-fois-nés (dvija). Et puissent ma mère et mon père demeurer à jamais satisfaits de moi.

Verse 36

सर्वभूतेष्वानुकूल्यं भजेयं यत्र तत्रगः । कुले प्रभृति रुचिता ममास्तु तव दर्शनात्

Puissé-je cultiver l’amitié envers tous les êtres, allant librement où que je me rende. Dès ce jour, par la grâce de Ta vision, que mon cœur trouve sa joie dans ma famille et ma lignée.

Verse 37

तर्पयेयं सुरेन्द्रादीन्देवान् यज्ञशतेन तु । यतीनामतिथीनां च सहस्राण्यथ सर्वदा

Je satisferais les dieux—à commencer par Indra—par cent rites sacrificiels (yajña) ; et je comblerais sans cesse des milliers d’ascètes (yati) et d’hôtes vénérables.

Verse 38

भोजयेयं सदा गेहे श्रद्धापूतं तु भोजनम् । बांधवैस्सह प्रीतिस्तु नित्यमस्तु सुनिर्वृतिः

Puissé-je, dans ma demeure, offrir toujours une nourriture sanctifiée par la foi; et puisse-t-il y avoir à jamais affection avec mes proches, ainsi qu’un contentement durable et une paix profonde.

Verse 39

देवि भार्य्यासहस्राणां भवेयं प्राणवल्लभः । अक्षीणा काम्यता तासु प्रसादात्तव शांकरि

Ô Déesse, puissé-je être l’aimé, cher comme la vie, de milliers d’épouses; et par ta grâce, ô Śāṅkarī, que ma puissance de désir envers elles ne s’épuise jamais.

Verse 40

आसां च पितरो लोके भवेयुः सत्यावादिनः । इत्याद्याः सुवरास्संतु प्रसादात्तव पार्वति

Et que les pères (ancêtres) de ces femmes dans le monde soient des diseurs de vérité. Par ta grâce, ô Pārvatī, qu’eux et les autres soient dotés d’une belle voix et d’une parole noble.

Verse 41

सनत्कुमार उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा देवी तं चाह विस्मिता । एवमस्त्विति भद्रं ते शाश्वती सर्वकामदा

Sanatkumāra dit : Ayant entendu ses paroles, la Déesse, étonnée, lui répondit : «Qu’il en soit ainsi. Bénédiction sur toi : que cela soit éternel et qu’il accomplisse tous les désirs».

Verse 42

तस्मिंस्तांश्च वरान्दत्त्वा पार्वतीपरमेश्वरौ । तत्रैवांतश्च दधतुः कृत्वा कृष्णस्य सत्कृपाम्

Après lui avoir accordé là ces grâces, Pārvatī et Parameśvara demeurèrent en ce même lieu, recueillis au-dedans, ayant ainsi manifesté leur faveur véritable et bienveillante envers Kṛṣṇa.

Verse 43

कृष्णः कृतार्थमात्मानममन्यत मुनीश्वरः । उपमन्योर्मुनराशु प्रापाश्रममनुत्तमम्

Ainsi Kṛṣṇa—seigneur parmi les sages—se jugea pleinement accompli. Bien vite, il parvint à l’ermitage sans égal du muni Upamanyu.

Verse 44

प्रणम्य शिरसा तत्र तं मुनिं केशिहा ततः । तया वृत्तं च तस्मै तत्समाचष्टोपमन्यवे

Alors Keśihā s’inclina là, la tête baissée, devant ce sage, puis il rapporta à Upamanyu tout le récit de ce qui s’était produit par son entremise.

Verse 45

स च तं प्राह कोऽन्यस्स्याच्छर्वाद्देवाज्जनार्द्दन । महादानपतिर्लोके क्रोधे वाऽतीव दुस्सहः

Et il lui dit : «Ô Janārdana, qui pourrait exister en dehors de Śarva, le Divin ? En ce monde, il est le souverain maître des grands dons ; et lorsqu’il s’éveille à la colère, il est tout à fait insoutenable.»

Verse 46

ज्ञाने तपसि वा शौर्य्ये स्थैर्य्ये वा पद एव च । शृणु शंभोस्तु गोविन्द देवैश्वर्य्यं महायशाः

Que ce soit dans la connaissance, dans l’ascèse, dans la vaillance, dans la constance, ou même dans l’obtention du rang : écoute, ô Govinda à la grande renommée, la souveraineté divine de Śambhu (Seigneur Śiva).

Verse 47

तच्छ्रुत्वा श्रद्धया युक्तोऽभवच्छंभोस्तु भक्तिमान् । पप्रच्छ शिवमाहात्म्यं स तं प्राह मुनीश्वरः

À ces paroles, il fut rempli de foi et devint un dévot de Śambhu. Puis il interrogea sur la gloire du Seigneur Śiva, et le sage souverain lui répondit.

Verse 48

उपमन्युरुवाच । भगवाञ्शंकरः पूर्वं ब्रह्मलोके महात्मना । स्तुतो नामसहस्रेण दण्डिना ब्रह्मयोगिना

Upamanyu dit : Jadis, dans le Brahmaloka, le Seigneur bienheureux Śaṅkara fut loué par le sage magnanime Daṇḍin, connaisseur du Brahman et yogin, au moyen de mille Noms divins.

Verse 49

सांख्याः पठंति तद्गीतं विस्तीर्णं च निघंटवत् । दुर्ज्ञानं मानुषाणां तु स्तोत्रं तत्सर्वकामदम्

Les adeptes du Sāṅkhya récitent cet enseignement comme un « chant », ample comme un lexique. Pourtant, pour les hommes ordinaires, il est difficile à saisir ; néanmoins, cet hymne accorde l’accomplissement de tous les desseins.

Verse 50

स्मरन्नित्यं शंकरं त्वं गच्छ कृष्ण गृहं सुखी । भविष्यसि सदा तात शिवभक्तगणाग्रणीः

« Te souvenant sans cesse de Śaṅkara, va, ô Kṛṣṇa, vers ta demeure en paix. Mon enfant, tu seras à jamais le premier parmi les dévots de Śiva. »

Verse 51

इत्युक्तस्तं नमस्कृत्य वासुदेवो मुनीश्वरम् । मनसा संस्मरञ्शंभुं केशवो द्वारकां ययौ

Ainsi admonesté, Vāsudeva se prosterna devant ce seigneur des sages ; puis Keśava, se souvenant intérieurement de Śambhu (le Seigneur Śiva), partit pour Dvārakā.

Verse 52

सनत्कुमार उवाच । एवं कृष्णस्समाराध्य शंकरं लोकशंकरम् । कृतार्थोऽभून्मुनिश्रेष्ठ सर्वाजेयोऽभवत्तथा

Sanatkumāra dit : « Ainsi, ô le meilleur des sages, Kṛṣṇa, après avoir dûment adoré Śaṅkara —le bienfaiteur des mondes—, vit son dessein accompli ; et de même il devint invincible pour tous. »

Verse 53

तथा दाशरथी रामश्शिवमाराध्य भक्तितः । कृतार्थोऽभून्मुनिश्रेष्ठ विजयी सर्वतोऽभवत्

De même, ô le meilleur des sages, Rāma, fils de Daśaratha, apaisa et adora le Seigneur Śiva avec dévotion ; son dessein fut accompli et il triompha de tous côtés.

Verse 54

तपस्तप्त्वाऽतिविपुलं पुरा रामो गिरौ मुने । शिवाद्धनुश्शरं चापं ज्ञानं वै परमुत्तमम्

Ô sage, jadis Rāma accomplit d’immenses austérités sur la montagne ; et de Śiva il reçut l’arc et les flèches, ainsi que la connaissance suprême, sans pareille.

Verse 55

रावणं सगणं हत्वा सेतुं बद्ध्वांभसांनिधौ । सीतां प्राप्य गृहं यातो बुभुजे निखिलां महीम्

Après avoir tué Rāvaṇa avec toute son armée et avoir édifié le pont au bord de l’océan, il retrouva Sītā, rentra chez lui, puis régna et jouit de la terre entière selon le dharma.

Verse 56

तथा च भार्गवो रामो ह्याराध्य तपसा विभुम् । निरीक्ष्य दुःखितश्शर्वात्पितरं क्षत्रियैर्हतम्

De même, Bhārgava Rāma (Paraśurāma), ayant adoré par l’austérité le Seigneur qui pénètre tout, vit, accablé de chagrin, que son père avait été tué par les kṣatriyas, selon la volonté et l’ordonnance de Śarva (Śiva).

Verse 57

तीक्ष्णं स परशुं लेभे निर्ददाह च तेन तान् । त्रिस्सप्तकृत्वः क्षत्रांश्च प्रसन्नात्परमेश्वरात्

Du Parameśvara bienveillant, il obtint une hache au tranchant redoutable ; et avec elle il anéantit ces kṣatriyas, répétant l’acte vingt et une fois, par la faveur du Seigneur.

Verse 58

अजेयश्चामरश्चैव सोऽद्यापि तपसांनिधिः । लिंगार्चनरतो नित्यं दृश्यते सिद्धचारणैः

Ajeya et Amara—lui qui, jusqu’à ce jour, est un trésor d’austérités—demeure sans cesse voué au culte du Śiva-liṅga, et il est aperçu par les Siddhas et les Cāraṇas.

Verse 59

महेन्द्रपर्वते रामः स्थितस्तपसि तिष्ठति । कल्पांते पुनरेवासावृषिस्थानमवाप्स्यति

Rāma demeure sur le mont Mahendra, établi dans l’austérité. À la fin du kalpa, il atteindra de nouveau l’état et la demeure d’un ṛṣi (sage).

Verse 60

असितस्यानुजः पूर्वं पीडया कृतवांस्तपः । मूलग्राहेण विश्वस्य देवलो नाम तापसः

Autrefois, le cadet d’Asita—un ascète nommé Devala—accomplit des austérités, poussé par l’affliction, cherchant à saisir la cause-racine de l’univers.

Verse 61

पुरन्दरेण शप्तस्तु तपस्वी यश्च सुस्थिरम् । अधर्म्यं धर्ममल मल्लिंगमारध्य कामदम्

Cet ascète inébranlable—bien que maudit par Purandara (Indra)—adora le Liṅga exauçant les vœux. Par ce culte, l’adharma fut purifié en dharma, et la souillure de la faute fut ôtée.

Verse 62

चाक्षुषस्य मनोः पुत्रो मृगोऽभूत्तु मरुस्थले । वसिष्ठशापाद्गृत्समदो दण्डकारण्य एकलः

Par la malédiction de Vasiṣṭha, Gṛtsamāda—fils de Cākṣuṣa Manu—devint un cerf en une contrée désertique, demeurant seul dans la forêt de Daṇḍaka.

Verse 63

हृदये संस्मन्भक्त्या प्रवणेन युतं शिवम् । तस्मान्मृत्युमुखाकारो गणो मृगमुखोऽभवत्

Se souvenant de Śiva dans son cœur, avec une bhakti humble et un abandon dévot, ce gaṇa, au visage terrifiant comme la gueule de la Mort, prit un visage de cerf.

Verse 64

अजरामरतां नीतस्तीर्त्वा शापं पुनश्च सः । शंकरेण कृतः प्रीत्या नित्यं लम्बोदरानुगः

Ayant franchi la malédiction, il fut conduit à l’état exempt de vieillesse et de mort. Puis, par grâce aimante, Śaṅkara le fit à jamais serviteur dévoué de Lambodara (Gaṇeśa).

Verse 65

गार्ग्याय प्रददौ शर्वो मोक्षं च भुवि दुर्लभम् । कामचारी महाक्षेत्रं कालज्ञानं महर्द्धिमत्

À Gārgya, Śarva (Śiva) accorda même la mokṣa—si rare en ce monde—ainsi que le don de se mouvoir à volonté, l’accès au grand kṣetra sacré, la connaissance du Kāla (Temps) et une splendide prospérité spirituelle.

Verse 66

चतुष्पादं सरस्वत्याः पारंगत्वं च शाश्वतम् । न तुल्यं च सहस्रं तु पुत्राणां प्रददौ शिवः

Śiva leur accorda la perfection quadruple de Sarasvatī—maîtrise éternelle et excellence accomplie—et, de plus, Il leur donna mille fils, sans égal.

Verse 67

वेदव्यासं तु योगीन्द्रं पुत्रं तुष्टः पिनाक धृक् । पराशराय च ददौ जरामृत्युविवर्जितम्

Satisfait, le Porteur du Pināka (Śiva) accorda son fils, le yogin suprême Vedavyāsa ; et Il donna aussi à Parāśara un état exempt de vieillesse et de mort.

Verse 68

मांडव्यश्शंकरणैव जीवं दत्त्वा विसर्जितः । वर्षाणां दश लक्षाणि शूलाग्रा दवरोपितः

Māṇḍavya, à qui Śaṅkara Lui-même rendit la vie, fut relâché. Pourtant, durant dix lakhs d’années, il demeura fixé à la pointe du trident, subissant le fruit de son lien, jusqu’à ce que la grâce du Seigneur l’emporte.

Verse 69

दरिद्रो ब्राह्मणः कश्चिन्निक्षिप्य गुरुवेश्मनि । पुत्रं तु गालवं यश्च पूर्वमासीद्गृहाश्रमी

Il y avait un brāhmaṇa pauvre qui, ayant confié son fils à la maison de son guru, avait autrefois vécu la vie de maître de maison ; et ce fils se nommait Gālava.

Verse 70

गुप्तो वा मुनिशालायां भिक्षुरायाति तद्गृहम् । भार्य्यामुवाच यः कश्चिदवश्यं निर्धनो यतः

Qu’il vienne en secret d’un ermitage de muni, ou qu’il arrive à cette maison comme mendiant, quel qu’il soit, il dit à son épouse : «Assurément il est pauvre, c’est pour cela qu’il est venu».

Verse 71

स तु वाच्यो भवत्या च न दृश्यंत इति प्रियः । अतिथेरागतस्यापि किं दास्यामि गृहे वसन्

Bien-aimée, dis-lui toi aussi : «On ne peut le voir». Car même si un hôte est arrivé, demeurant dans la maison sans rien en main, que pourrais-je lui donner ?

Verse 72

कदाचिदतिथिः कश्चित्क्षुत्तृषाक्षामतर्षितः । तामुवाच स भर्ता ते क्व गतश्चेति तं च सा

Un jour, un certain hôte arriva, accablé par la faim et la soif. Alors son époux lui dit : «Où es-tu allée ?»—et elle, à son tour, lui répondit.

Verse 73

प्राह भर्ता मदीयस्तु सांप्रतं न च दृश्यते । स ऋषिस्तामुवाचेदं ज्ञात्वा दिव्येन चक्षुषा

Elle dit : « Mon époux ne se voit point à présent. » Alors le sage, ayant compris la chose par sa vision divine, lui parla ainsi.

Verse 74

गृहस्थितः प्रतिच्छन्नस्तत्रैव स मृतो द्विजः । विश्वामित्रस्यनुज्ञातस्तत्पुत्रो गालवस्तथा

Ce brahmane, demeurant caché dans la maison, y mourut sur-le-champ. Avec la permission de Viśvāmitra, son fils—Gālava—agit alors comme il convenait.

Verse 75

गृहमागत्य मातुस्स श्रुत्वा शापं सुदारुणम् । आराध्य शंकरं देवं पूजां कृत्वा तु शांभवीम्

De retour à la maison, il apprit de sa mère cette malédiction d’une dureté extrême. Alors il apaisa et vénéra le Seigneur Śaṅkara, le Divin, et accomplit le culte Śāmbhavī : une adoration dévotionnelle offerte avec révérence à la puissance auspicious de Śiva.

Verse 76

गृहादसौ विनिष्क्रांतस्संस्मरञ्शंकरं हृदा । अथ तं तनयं दृष्ट्वा पिता तं प्राह साञ्जलिम्

Il sortit de la maison, se souvenant en son cœur de Śaṅkara. Puis, voyant son fils, le père lui adressa la parole, les mains jointes en hommage.

Verse 77

महादेवप्रसादाच्च कृतकृत्योऽस्मि कृत्यतः । धनवान्पुत्रवांश्चैव मृतोऽहं जीवितः पुनः

Par la grâce de Mahādeva, je suis accompli en tout ce qui devait être fait. Je suis pourvu de richesses et de fils ; moi qui étais comme mort, me voici rendu à la vie de nouveau.

Verse 78

इति वः कथितमशेषं नाहं शक्तः समासतो व्यासात् । वक्तुं शंभोश्च गुणाञ्शेषस्यापि न मुखानि स्युः

Ainsi vous ai-je rapporté tout ce qui peut être dit. Pourtant, je ne suis pas capable—ni en bref ni même longuement—de décrire pleinement les qualités et la gloire de Śambhu. Même Śeṣa lui-même n’aurait pas assez de bouches pour tout les dire.

Frequently Asked Questions

The chapter advances a grace-based Shaiva argument: Vāsudeva seeks Śiva’s favor, and Upamanyu authoritatively guarantees Śiva-darśana and boons, grounding the claim in a practical means—pañcākṣarī japa—thereby converting theology into a replicable sādhanā.

“Darśana” functions as epistemic confirmation (experiential proof) of Śiva-tattva; “prasāda” encodes the doctrine that ultimate fruition is granted rather than mechanically produced; and “Namaḥ Śivāya” as mantra-rāja symbolizes a compressed total practice—renunciation (namaḥ), devotion, and identity-orientation toward Śiva.

Śiva is emphasized in functional epithets—Mahādeva/Śaṅkara/Devādideva—highlighting supremacy, beneficence, and accessibility to devotees through mantra-japa; Gaurī/Umā is not foregrounded in the sampled verses but remains the theological frame of the Umāsaṃhitā’s Śiva-with-Śakti orientation.