
Ce chapitre est construit comme un dialogue emboîté : Vyāsa demande à Sanatkumāra un enseignement sur le kālajñāna (science du temps) après avoir entendu parler du strīsvabhāva (nature des femmes). Sanatkumāra rapporte alors un échange ancien où Pārvatī interroge Parameśvara. Pārvatī déclare avoir compris la méthode d’adoration (arcana) et les mantras de Śiva, mais garde un doute au sujet du kālacakra (roue du temps) : comment la durée de vie est mesurée et quels signes de mort (mṛtyu-cihna) annoncent l’approche du trépas. Śiva promet un « śāstra suprême » permettant aux humains de comprendre le temps, en énumérant les unités—jour, quinzaine, mois, saisons, ayana (solstices), année—et en exposant un cadre d’interprétation des signes grossiers et subtils, internes et externes. Les vers cités se tournent ensuite vers des indices pronostiques : pâleur soudaine, décoloration ascendante, inertie des sens et des organes, donnés comme avertissements limités dans le temps (par ex. mort sous six mois). L’enseignement profond n’est pas un fatalisme, mais une pédagogie purānique de l’impermanence : le kāla se connaît par des signes, pour l’utilité du monde (lokānāṃ upakāra) et pour nourrir le vairāgya (détachement), afin d’intensifier la sādhanā.
Verse 1
व्यास उवाच । सनत्कुमार सर्वज्ञ त्वत्सकाशान्मया मुने । स्त्रीस्वभावः श्रुतः प्रीत्या कालज्ञानं वदस्व मे
Vyāsa dit : « Ô Sanatkumāra, toi qui sais tout, ô sage, j’ai écouté avec joie de ta bouche la nature des femmes. À présent, je t’en prie, enseigne-moi la connaissance du Temps (kāla). »
Verse 2
सनत्कुमार उवाच । इदमेव पुराऽपृच्छत्पार्वती परमेश्वरम् । श्रुत्वा नानाकथां दिव्यां प्रसन्ना सुप्रणम्य तम्
Sanatkumāra dit : Jadis, cette même question fut posée par Pārvatī au Seigneur Suprême, Parameśvara. Après avoir entendu de nombreux récits divins, elle fut comblée et—se prosternant avec une profonde révérence—(l’interrogea).
Verse 3
पार्वत्युवाच । भगवंस्त्वत्प्रसादेन ज्ञातं मे सकलं मतम् । यथार्चनं तु ते देव यैर्मंत्रैश्च यथाविधि
Pārvatī dit : «Ô Seigneur Bienheureux, par ta grâce j’ai compris l’enseignement tout entier. Dis-moi maintenant, ô Deva, comment doit s’accomplir ton culte — par quels mantras et selon quelle méthode prescrite».
Verse 4
अद्यापि संशयस्त्वेकः कालचक्रं प्रति प्रभो । मृत्युचिह्नं यथा देव किं प्रमाणं यथायुषः
Ô Seigneur, j’ai encore un doute au sujet de la roue du Temps (Kāla). Ô Dieu, de même qu’il existe des signes de la mort, quelle est la mesure ou l’indice certain par lequel on connaît la durée de vie destinée à chacun ?
Verse 5
तथा कथय मे नाथ यद्यहं तव वल्लभा । इति पृष्टस्तया देव्या प्रत्युवाच महेश्वरः
«Alors dis-le-moi, ô Seigneur, si vraiment je suis chère à ton cœur.» Ainsi interrogé par la Déesse, Maheshvara répondit.
Verse 6
ईश्वर उवाच । सत्यं ते कथयिष्यामि शास्त्रं सर्वोत्तमं प्रिये । येन शास्त्रेण देवेशि नरैः कालः प्रबुध्यते
Īśvara dit : «Bien-aimée, je te dirai la vérité — l’enseignement sacré le plus excellent. Ô Déesse, par cet enseignement les humains s’éveillent à la réalité de Kāla, le Temps, et deviennent intérieurement vigilants».
Verse 7
अहः पक्षं तथा मासमृतुं चायनवत्सरौ । स्थूलसूक्ष्मगतैश्चिह्नैर्बहिरंतर्गतैस्तथा
«(Le Temps) se connaît comme le jour, la quinzaine, le mois, la saison, le cours des solstices (ayana) et l’année ; et il se reconnaît aussi à ses signes — grossiers et subtils — agissant au dehors comme au dedans».
Verse 8
तत्तेहं सम्प्रवक्ष्यामि शृणु तत्त्वेन सुन्दरि । लोकानामुपकारार्थं वैराग्यार्थमुमेऽधुना
À présent, je vais te proclamer cette vérité ; écoute avec une compréhension limpide, ô belle. Ô Umā, en ce moment je parle pour le bien des mondes et pour éveiller le vairāgya, le détachement.
Verse 9
अकस्मात्पांडुरं देहमूर्द्ध्वरागं समंततः । तदा मृत्युं विजानीयात्षण्मासाभ्यन्तरे प्रिये
Bien-aimée, si le corps devient soudain pâle et qu’une décoloration contre nature monte vers le haut et se répand de toutes parts, qu’on sache alors que la mort est proche — dans les six mois.
Verse 10
मुखं कर्णौ तथा चक्षुर्जिह्वास्तम्भो यदा भवेत् । तदा मृत्युं विजानीयात्षण्मासाभ्यन्तरे प्रिये
Bien-aimée, lorsque surviennent raideur ou perte de fonction du visage, des oreilles, des yeux et de la langue, qu’on sache que la mort est proche — dans les six mois.
Verse 11
रौरवानुगतं भद्र ध्वनिं नाकर्णयेद्द्रुतम् । षण्मासाभ्यंतरे मृत्युर्ज्ञातव्यः कालवेदिभिः
Ô toi l’auspicieux, si quelqu’un entend soudain un son accompagné d’un cri effroyable, semblable au raurava, alors ceux qui connaissent les signes du Temps doivent savoir que la mort surviendra — dans les six mois.
Verse 12
रविसोमाग्निसंयोगाद्यदोद्योतं न पश्यति । कृष्णं सर्वं समस्तं च षण्मासं जीवितं तथा
Si, par une conjonction funeste du Soleil, de la Lune et du Feu, on ne voit pas l’éclat attendu, alors tout apparaît entièrement noir ; et dans un tel état, il est dit que la vie ne demeure plus que six mois.
Verse 13
वामहस्तो यदा देवि सप्ताहं स्पंदते प्रिये । जीवितं तु तदा तस्य मासमेकं न संशयः
Ô Déesse bien-aimée, lorsque la main gauche d’un homme tremble sans cesse durant une semaine, alors—ô chère—sa vie ne durera plus qu’un mois ; il n’y a là aucun doute.
Verse 14
उन्मीलयति गात्राणि तालुकं शुष्यते यदा । जीवितं तु तदा तस्य मासमेकं न संशयः
Lorsque ses membres commencent à se déployer (dans la détresse) et que le palais se dessèche, alors sa vie ne durera plus qu’un mois ; il n’y a aucun doute.
Verse 15
नासा तु स्रवते यस्य त्रिदोषे पक्षजीवितम् । वक्त्रं कंठं च शुष्येत षण्मासांते गतायुषः
Quand le nez d’un homme se met à couler à cause d’un dérèglement des trois doṣa, on dit que le reste de sa vie n’est plus qu’une quinzaine. Et si la bouche et la gorge se dessèchent, on comprend qu’il atteindra la fin de sa vie dans les six mois.
Verse 16
स्थूलजिह्वा भवेद्यस्य द्विजाः क्लिद्यंति भामिनि । षण्मासाज्जायते मृत्युश्चिह्नैस्तैरुपलक्षयेत्
Ô femme au beau visage, si la langue d’un homme devient épaisse et que les dvija (les brāhmanes savants) paraissent abattus et affaiblis, alors la mort survient dans les six mois. Qu’on la reconnaisse à ces signes.
Verse 17
अंबुतैलघृतस्थं तु दर्पणे वरवर्णिनि । न पश्यति यदात्मानं विकृतं पलमेव च
Ô toi au teint gracieux : lorsque de l’eau, de l’huile ou du ghee (ghṛta) se trouve sur le miroir, l’homme ne voit pas nettement son propre reflet ; il n’aperçoit qu’une image déformée et passagère.
Verse 18
षण्मासायुस्स विज्ञेयः कालचक्रं विजानता । अन्यच्च शृणु देवेशि येन मृत्युर्विबुद्ध्यते
Celui qui connaît la roue du Temps doit savoir que la durée (dont il est ici question) est de six mois. Écoute encore, ô Souveraine des Dévas, ce par quoi la vérité de la mort est comprise avec clarté.
Verse 19
शिरोहीनां यदा छायां स्वकीयामुपलक्षयेत् । अथवा छायया हीनं मासमेकं न जीवति
Lorsque l’on aperçoit sa propre ombre sans tête, ou lorsque l’on se trouve privé d’ombre, on ne vit pas même un seul mois.
Verse 20
आंगिकानि मयोक्तानि मृत्युचिह्नानि पार्वति । बाह्यस्थानि ब्रुवे भद्रे चिह्नानि शृणु सांप्रतम्
Ô Pārvatī, j’ai déjà énoncé les signes du corps qui annoncent la mort. À présent, ô Bienheureuse, je décrirai les signes extérieurs : écoute ces marques dès maintenant.
Verse 21
रश्मिहीनं यदा देवि भवेत्सोमार्कमण्डलम् । दृश्यते पाटलाकारं मासार्दे्धेन विपद्यते
Ô Déesse, lorsque l’orbe de la Lune ou du Soleil se trouve privé de rayons et apparaît d’une pâle teinte rougeâtre, c’est un présage néfaste : en une demi-lune survient le malheur.
Verse 22
अरुंधती महायानमिंदुलक्षणवर्जितम् । अदृष्टतारको योऽसौ मासमेकं स जीवति
Celui qui voit le grand signe céleste nommé Arundhatī, dépourvu des marques de la lune et où nulle étoile n’apparaît, est dit ne vivre qu’un mois de plus.
Verse 23
दृष्टे ग्रहे च दिङ्मोहः षण्मासाज्जायते ध्रुवम् । उतथ्यं न ध्रुवं पश्येद्यदि वा रविमण्डलम्
Si l’on voit une planète sous un signe néfaste, l’égarement quant aux directions survient assurément pendant six mois. Qu’on ne regarde pas l’Étoile polaire, ni qu’on fixe le disque du Soleil.
Verse 24
रात्रौ धनुर्यदापश्येन्मध्याह्ने चोल्कपातनम् । वेष्ट्यते गृध्रकाकैश्च षण्मासायुर्न संशयः
Si l’on voit un arc-en-ciel la nuit, ou une étoile filante tomber à midi, et si l’on est entouré de vautours et de corbeaux, alors la durée de vie n’est plus que de six mois — sans aucun doute.
Verse 25
ऋषयस्स्वर्गपंथाश्च दृश्यंते नैव चाम्बरे । षण्मासायुर्विजनीयात्पुरुषैः कालवेदिभिः
Dans le ciel, on ne voit jamais ni les Ṛṣi ni le chemin vers le ciel. Ainsi, les hommes qui connaissent véritablement le Temps (Kāla) doivent comprendre que la vie n’est plus que de six mois.
Verse 26
अकस्माद्राहुणा ग्रस्तं सूर्यं वा सोममेव च । दिक्चक्रं भ्रांतवत्पश्येत्षण्मासान्म्रियते स्फुटम्
Si l’on voit soudain le Soleil ou la Lune comme saisis par Rāhu, et que l’on perçoit le cercle des directions tournoyer dans la confusion, alors, de façon certaine, on meurt dans les six mois.
Verse 27
नीलाभिर्मक्षिकाभिश्च ह्यकस्माद्वेष्ट्यते पुमान् । मासमेकं हि तस्यायुर्ज्ञातव्यं परमार्थतः
Si un homme se trouve soudain entouré de mouches bleues, sache en vérité que le temps de vie qui lui reste n’est que d’un mois.
Verse 28
गृध्रः काकः कपोतश्च शिरश्चाक्रम्य तिष्ठति । शीघ्रं तु म्रियते जंतुर्मासैकेन न संशयः
Si un vautour, un corbeau ou un pigeon monte sur la tête en la foulant et s’y tient, cet être meurt vite ; en un mois, sans aucun doute.
Verse 29
एवं चारिष्टभेदस्तु बाह्यस्थः समुदाहृतः । मानुषाणां हितार्थाय संक्षेपेण वदाम्यहम्
Ainsi ont été énoncées les distinctions de l’ariṣṭa — présages néfastes de nature extérieure. Pour le bien des humains, je les dirai brièvement.
Verse 30
हस्तयोरुभयोर्देवि यथा कालं विजानते । वामदक्षिणयोर्मध्ये प्रत्यक्षं चेत्युदाहृतम्
Ô Déesse, de même qu’on connaît le temps en observant les deux mains, ainsi ce qui est directement évident est déclaré être ce qui est perçu, manifestement présent entre la gauche et la droite.
Verse 31
एवं पक्षौ स्थितौ द्वौ तु समासात्सुरसुंदरि । शुचिर्भूत्वा स्मरन्देवं सुस्नातस्संयतेन्द्रियः
Ainsi, ô beauté parmi les dieux, lorsque les deux quinzaines se furent écoulées en leur temps, il devint pur, se baigna comme il se doit, maîtrisa ses sens et, se souvenant du Seigneur—Śiva—demeura tout entier tourné vers Lui.
Verse 32
हस्तौ प्रक्षाल्य दुग्धेनालक्तकेन विमर्दयेत् । गंधैः पुष्पैः करौ कृत्वा मृगयेच्च शुभाशुभम्
Après s’être lavé les mains avec du lait, on doit les frotter de teinture de laque ; puis, ornant les mains de parfums et de fleurs, on examinera les signes afin de discerner l’auspicieux et le néfaste.
Verse 33
कनिष्ठामादितः कृत्वा यावदंगुष्ठकं प्रिये । पर्वत्रयक्रमेणैव हस्तयोरुभयोरपि
Ô bien-aimée, en commençant par l’auriculaire et en allant jusqu’au pouce, qu’on compte selon l’ordre des trois articulations, et qu’on le fasse de même sur les deux mains.
Verse 34
प्रतिपदादिविन्यस्य तिथिं प्रतिपदादितः । संपुटाकारहस्तौ तु पूर्वदिङ्मुखसंस्थितः
Après avoir établi le tithi lunaire en commençant par Pratipadā (le premier tithi), qu’on commence depuis Pratipadā elle-même. Les mains en geste « saṃpuṭa » (jointes en coupe), qu’on demeure assis, le visage tourné vers l’Est.
Verse 35
स्मरेन्नवात्मकं मंत्रं यावदष्टोत्तरं शतम् । निरीक्षयेत्ततो हस्तौ प्रतिपर्वणि यत्नतः
Qu’on répète intérieurement le mantra de neuf syllabes jusqu’à cent huit fois. Ensuite, avec soin, qu’on examine attentivement les deux mains, articulation après articulation.
Verse 36
तस्मिन्पर्वणि सा रेखा दृश्यते भृंगसन्निभा । तत्तिथौ हि मृतिर्ज्ञेया कृष्णे शुक्ले तथा प्रिये
Sur cette articulation apparaît une ligne, semblable à une abeille noire. En ce tithi même, il faut comprendre que la mort est indiquée, qu’il s’agisse de la quinzaine sombre (kṛṣṇa) ou de la quinzaine claire (śukla), ô bien-aimée.
Verse 37
अधुना नादजं वक्ष्ये संक्षेपात्काललक्षणम् । गमागमं विदित्वा तु कर्म कुर्याञ्छृणु प्रिये
À présent, j’exposerai brièvement les signes du temps qui naissent du nāda, le son intérieur. Ayant compris son aller et son retour (ses mouvements et ses cycles), qu’on accomplisse alors ses rites et ses devoirs ; écoute, ô bien-aimée.
Verse 38
आत्मविज्ञानं सुश्रोणि चारं ज्ञात्वा तु यत्नतः । क्षणं त्रुटिर्लवं चैव निमेषं काष्ठकालिकम्
Ô toi aux hanches gracieuses, après avoir compris avec effort la juste voie de la Connaissance du Soi (ātma-jñāna), il faut aussi connaître les mesures du temps : kṣaṇa (moment), truṭi (instant), lava (bref intervalle), nimeṣa (clignement) et kāṣṭhā (unité de temps).
Verse 39
मुहूर्तकं त्वहोरात्रं पक्षमासर्तुवत्सरम् । अब्दं युगं तथा कल्पं महाकल्पं तथैव च
«(Le temps se dénombre en) muhūrta, jour et nuit, quinzaine, mois, saison et année ; de même l’année solaire, le yuga, le kalpa et aussi le mahākalpa.»
Verse 40
एवं स हरते कालः परिपाट्या सदाशिवः । वामदक्षिणमध्ये तु पथि त्रयमिदं स्मृतम्
Ainsi, selon l’ordre de la succession, Sadāśiva entraîne le temps en avant ; et sur la voie—à gauche, à droite et au milieu—l’on se souvient de ce triple parcours.
Verse 41
दिनानि पंच चारभ्य पंचविंशद्दिनावधि । वामाचारगतौ नादः प्रमाणं कथितं तव
Du cinquième jour jusqu’au vingt-cinquième, lorsque, dans la discipline, on progresse selon la voie de gauche (vāmācāra), le son intérieur qui s’élève (nāda) t’est déclaré comme signe sûr et mesure de l’avancement.
Verse 42
भूतरंध्रदिशश्चैव ध्वजश्च वरवर्णिनि । वामचारगतौ नादः प्रमाणं कालवेदिनः
Ô toi au teint gracieux, la direction indiquée par les interstices (entre êtres ou objets), l’étendard comme signe, et le son qui s’élève lorsqu’on progresse sur la voie de gauche (vāmācāra) — tout cela est tenu pour des indices valides par ceux qui connaissent l’action du Temps (Kāla).
Verse 43
ऋतोर्विकारभूताश्च गुणास्तत्रैव भामिनि । प्रमाणं दक्षिणं प्रोक्तं ज्ञातव्यं प्राणवेदिभिः
Ô dame rayonnante, les qualités nées des transformations des saisons se trouvent là même. Le côté droit est déclaré être la juste mesure, et cela doit être compris par ceux qui connaissent la science du prāṇa (souffle vital).
Verse 44
भूतसंख्या यदा प्राणान्वहंते च इडादयः । वर्षस्याभ्यंतरे तस्य जीवितं हि न संशयः
Lorsque les souffles qui circulent par iḍā et les autres nāḍīs ne vont que jusqu’à la mesure indiquée par le « nombre des bhūtas » (bhūta-saṅkhyā), alors, en vérité—sans aucun doute—sa vie prendra fin dans l’espace d’une année.
Verse 45
दशघस्रप्रवाहेण ह्यब्दमानं स जीवति । पंचदशप्रवाहेण ह्यब्दमेकं गतायुषम्
Selon la mesure de dix courants continus (du temps), on dit qu’un être vit une année. Mais selon la mesure de quinze courants de ce genre, une seule année est déjà consumée — et la durée de vie s’en trouve diminuée.
Verse 46
विंशद्दिनप्रवाहेण षण्मासं लक्षयेत्तदा । पंचविंशद्दिनमितं वहते वामनाडिका
Par un flux mesuré à vingt jours, on doit alors le compter comme six mois. On dit que la vāma-nāḍikā (le canal gauche) porte une mesure équivalant à vingt-cinq jours.
Verse 47
जीवितं तु तदा तस्य त्रिमासं हि गतायुषः । षड्विंशद्दिनमानेन मासद्वयमुदाहृतम्
Alors, la vie restante de celui—dont la durée impartie touchait déjà à sa fin—fut dite n’être que de trois mois; et, en comptant le mois à vingt-six jours, on déclara que cela revenait à deux mois.
Verse 48
सप्तविंशद्दिनमितं वहतेत्यतिविश्रमा । मासमेकं समाख्यातं जीवितं वामगोचरे
«Même en le portant durant la durée mesurée de vingt-sept jours, elle devient extrêmement épuisée. Dans le parcours du côté gauche (vāma-gocara), la durée de vie est déclarée d’un mois.»
Verse 49
एतत्प्रमाणं विज्ञेयं वामवायुप्रमाणतः । सव्येतरे दिनान्येव चत्वारश्चानुपूर्वशः
Cette mesure doit être comprise selon la norme du souffle se mouvant vers la gauche (vāma-vāyu). Quant aux jours du côté droit et de l’autre (gauche), ils sont au nombre de quatre, dans l’ordre prescrit.
Verse 50
चतुस्स्थाने स्थिता देवि षोडशैताः प्रकीर्तिताः । तेषां प्रमाणं वक्ष्यामि साम्प्रतं हि यथार्थतः
Ô Déesse, ces seize—que l’on dit établies dans les quatre demeures—ont été proclamées. À présent, j’énoncerai leur juste mesure et leur norme, exactement selon la vérité.
Verse 51
षड्दिनान्यादितः कृत्वा संख्यायाश्च यथाविधि । एतदंतर्गते चैव वामरंध्रे प्रकाशितम्
Après avoir accompli le décompte prescrit, dans l’ordre requis, en commençant par le premier, durant six jours; puis, lorsque cette pratique est intériorisée, elle se manifeste dans le canal gauche (vāma-randhra).
Verse 52
षड्दिनानि यदा रूढं द्विवर्षं च स जीवति । मासानष्टौ विजानीयाद्दिनान्यष्ट च तानि तु
Lorsque (la période calculée) s’élève à six jours, il vit deux années. Sache qu’on la connaît comme huit mois, et que ceux-ci sont aussi huit jours.
Verse 53
प्राणः सप्तदशे चैव विद्धि वर्षं न संशयः । सप्तमासान्विजानीयाद्दिनैः षड्भिर्न संशयः
Sache, sans aucun doute, que dix-sept prāṇa doivent être compris comme une année. De même, sache sans doute que sept mois doivent être comptés comme six jours.
Verse 54
अष्टघस्रप्रभेदेन द्विवर्षं हि स जीवति । चतुर्मासा हि विज्ञेयाश्चतुर्विंशद्दिनावधिः
Par la division appelée « aṣṭa-ghasra », il vit en vérité deux années. Sache que les quatre mois, selon cette mesure, sont comptés avec une durée de vingt-quatre jours (chacun).
Verse 55
यदा नवदिनं प्राणा वहंत्येव त्रिमासकम् । मासद्वयं च द्वे मासे दिना द्वादश कीर्तिताः
Lorsque les souffles vitaux (prāṇa) sont maintenus durant neuf jours, on dit que cela équivaut à trois mois ; et lorsqu’ils sont maintenus durant deux mois, on déclare que cela revient, en effet, à douze jours.
Verse 56
पूर्ववत्कथिता ये तु कालं तेषां तु पूर्वकम् । अवांतरदिना ये तु तेन मासेन कथ्यते
Les divisions du temps déjà exposées auparavant doivent être comprises ici de la même manière, selon leur ordre antérieur. Et tout ce qui est compté par des jours intermédiaires (intercalaires) doit être décrit et calculé dans ce même mois.
Verse 57
एकादश प्रवाहेण वर्षमेकं स जीवति । मासा नव तथा प्रोक्ता दिनान्यष्टमितान्यपि
Par le cours de onze (unités), il vit une année ; et l’on dit aussi que cette mesure correspond à neuf mois et, de même, à huit jours.
Verse 58
द्वादशेन प्रवाहेण वर्षमेकं स जीवति । मासान् सप्त विजानीयात्षड्घस्रांश्चाप्युदाहरेत्
Par le courant vital en douze flux (prāṇa), un être vit une année. Sache encore qu’on le compte comme sept mois, et qu’on le dit aussi comme six mille unités dans le dénombrement.
Verse 59
नाडी यदा च वहति त्रयोदशदिनावधि । सम्वत्सरं भवेत्तस्य चतुर्मासाः प्रकीर्तिताः
Lorsque le courant du nāḍī s’écoule durant treize jours, cela est appelé pour lui « une année » ; et ses quatre mois (cāturmāsya) sont ainsi également proclamés.
Verse 60
चतुर्विशद्दिनं शेषं जीवितं च न संशयः । प्राणवाहा यदा वामे चतुर्द्दशदिनानि तु
Sans aucun doute, il ne reste que vingt jours de vie. Et lorsque le souffle vital (prāṇa) s’écoule dans le canal gauche, cela indique qu’il reste quatorze jours.
Verse 61
सम्वत्सरं भवेत्तस्य मासाः षट् च प्रकीर्तिताः । चतुर्विंशद्दिनान्येव जीवितं च न संशयः
Pour lui, « une année » ne devient que six mois ; et sa durée de vie est dite n’être que de vingt-quatre jours — sans aucun doute.
Verse 62
पंचदशप्रवाहेण नव मासान्स जीवति । चतुर्विशद्दिनान्येव कथितं कालवेदिभिः
Par un flux mesuré comme « quinze », il vit neuf mois ; et le terme restant est dit être exactement de vingt-quatre jours — ainsi le déclarent ceux qui connaissent le calcul du temps.
Verse 63
षोडशाहप्रवाहेण दशमासान्स जीवति । चतुर्विशद्दिनाधिक्यं कथितं कालवेदिभिः
Par le flux continu des cycles de seize jours, il vit dix mois; et, selon ceux qui connaissent les mesures du temps, s’ajoutent encore vingt-quatre jours.
Verse 64
सप्तदशप्रवाहेण नवमासैर्गतायुषम् । अष्टादशदिनान्यत्र कथितं साधकेश्वरि
Ô Souveraine des sādhaka, il est enseigné ici que, par le flux de dix-sept observances successives, la durée de la vie est portée à travers neuf mois ; et qu’ici encore dix-huit jours sont aussi proclamés.
Verse 65
वामचारं यदा देवि ह्यष्टादशदिनावधिः । जीवितं चाष्टमासं तु घस्रा द्वादश कीर्तिताः
Ô Devī, lorsque l’on entreprend la discipline nommée Vāmācāra, sa durée prescrite est dite de dix-huit jours. La période qui soutient la vie est aussi mentionnée comme huit mois, et les jours (ghasrāḥ) sont déclarés au nombre de douze.
Verse 66
चतुर्विंशद्दिनान्यत्र निश्चयेनावधारय । प्राणवाहो यदा देवि त्रयोविंशद्दिनावधिः
Ici, ô Déesse, sache avec certitude que le cycle est de vingt-quatre jours ; et lorsque l’on considère le courant vital (prāṇa-vāha), ô Devī, son cours s’étend jusqu’à vingt-trois jours.
Verse 67
चत्वारः कथिता मासाः षड्दिनानि तथोत्तरे । चतुर्विंशप्रवाहेण त्रीन्मासांश्च स जीवति
Il a été énoncé que c’est quatre mois, puis encore six jours. Par le flux continu de vingt-quatre (mesures), il vit encore trois mois de plus également.
Verse 68
दिनान्यत्र दशाष्टौ च संहरंत्येव चारतः । अवांतरदिने यस्तु संक्षेपात्ते प्रकीर्तितः
Ici, selon l’ordre prescrit, on resserre aussi le compte des jours—dix et huit—suivant la juste succession. Quant au jour intermédiaire, il ne t’a été indiqué qu’en abrégé.
Verse 69
वामचारः समाख्यातो दक्षिणं शृणु सांप्रतम् । अष्टाविंशप्रवाहेण तिथिमानेन जीवति
Ainsi a été exposée la marche vers la gauche (vāmacāra). Maintenant, en cet instant même, écoute la marche vers la droite (dakṣiṇa). Elle progresse selon le courant des vingt-huit et se règle sur la mesure des tithi, les jours lunaires.
Verse 70
प्रवाहेण दशाहेन तत्संस्थेन विपद्यते । त्रिंशद्धस्रप्रवाहेन पञ्चाहेन विपद्यते
Par un flux ininterrompu, s’il demeure en cet état, il périt en dix jours ; mais avec un courant de trente mille (en mesure ou en force), il périt en cinq jours.
Verse 71
एकत्रिंशद्यदा देवि वहते च निरंतरम् । दिनत्रयं तदा तस्य जीवितं हि न संशयः
Ô Devī, lorsqu’il s’écoule sans interruption jusqu’à trente et un (en unités), alors la vie de cette personne ne dure plus que trois jours ; il n’y a là aucun doute.
Verse 72
द्वात्रिंशत्प्राणसंख्या च यदा हि वहते रविः । तदा तु जीवितं तस्य द्विदिनं हि न संशयः
Lorsque l’on dit que le Soleil porte la mesure de trente-deux souffles, alors la vie restante de cet homme n’est plus que de deux jours — sans aucun doute.
Verse 73
दक्षिणः कथितः प्राणो मध्यस्थं कथयामि ते । एकभागगतो वायुप्रवाहो मुखमण्डले
Le courant du côté droit a été nommé prāṇa. À présent, je t’expose celui qui demeure au centre : dans la région du visage, le souffle s’écoule en un seul courant, unifié.
Verse 74
धावमानप्रवाहेण दिनमेकं स जीवति । चक्रमे तत्परासोर्हि पुराविद्भिरुदाहृतम्
Emporté par un courant impétueux, il ne survit qu’un seul jour. En vérité, cet état où la vie est abrégée a été nommé par les sages d’autrefois l’entrée dans le « cakra » (cycle).
Verse 75
एतत्ते कथितं देवि कालचक्रं गतायुषः । लोकानां च हितार्थाय किमन्यच्छ्रोतुमिच्छसि
Ô Déesse, je t’ai ainsi exposé la roue du Temps (kālacakra) qui mène les êtres au terme de leur durée de vie. Je l’ai dit aussi pour le bien des mondes. Que désires-tu entendre encore ?
A theological instruction-scene: Pārvatī, after learning worship and mantras, requests clarification on the wheel of time (kālacakra) and the evidences of lifespan and death; Śiva responds by authorizing kālajñāna as a ‘supreme śāstra’ meant for human benefit and spiritual detachment.
The chapter treats the body and time as readable texts: ‘gross/subtle’ and ‘outer/inner’ signs become a semiotic system through which kāla is discerned, converting mortality-awareness into a disciplined contemplative tool that generates vairāgya and urgency for practice.
Rather than a distinct iconographic form, Śiva is highlighted functionally as Īśvara/Parameśvara—the sovereign knower and regulator of kāla—while Umā/Pārvatī appears as the paradigmatic inquirer whose questions elicit systematic doctrine for the welfare of beings.