
L’Adhyāya 14 prend la forme d’un enseignement de Sanatkumāra exposant une hiérarchie du dāna (don religieux) et les conditions qui rendent le don spirituellement efficace. Il affirme d’abord que la pratique régulière (nitya) des « grands dons », même des dons austères ou terribles (ghora), lorsqu’ils sont offerts à un récipiendaire digne (pātra), devient salvatrice (tāraka). Le texte énumère ensuite des dons exemplaires—l’or (hiraṇya/suvarṇa), les vaches (go) et la terre (bhūmi/pṛthivī)—comme particulièrement purificateurs, et présente le tulā-dāna (don par pesée) comme une forme méritoire reconnue. Il s’élargit à une éthique pratique de la charité : aides quotidiennes (vache, ombrelle, vêtements, chaussures), nourriture et boisson pour les demandeurs, et importance du saṃkalpa (intention formelle) qui fonde la validité rituelle de l’acte. Une liste canonique des « dix mahādānas » est donnée (dont l’or, le sésame, les éléphants, la jeune fille, la servante, la maison, le char, les gemmes et les vaches fauves), puis il est dit que des brāhmaṇas savants, recevant et redistribuant ou médiatisant le mérite, peuvent « sauver » le donateur. La conclusion exalte le suvarṇa-dāna en reliant l’or à Agni et donc à toutes les divinités, suggérant que donner de l’or équivaut symboliquement à offrir à l’ensemble du monde divin.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । शस्तानि घोरदानानि महादानानि नित्यशः । पात्रेभ्यस्तु प्रदेयानि आत्मानं तारयंति च
Sanatkumāra dit : «Les dons dignes d’éloge — les grands dons, même ceux qui sont difficiles et redoutables à accomplir — doivent être offerts régulièrement, et seulement à des récipiendaires dignes. De telles offrandes deviennent aussi un moyen de délivrer son propre être.»
Verse 2
हिरण्यदानं गोदानं भूमिदानं द्विजोत्तम । गृह्णंतो वै पवित्राणि तारयंति स्वमेव तम्
Ô le meilleur des deux-fois-nés : ceux qui acceptent les dons d’or, de vaches et de terre — offrandes véritablement purifiantes — par là même délivrent aussi leur propre être.
Verse 3
सुवर्णदानं गोदानं पृथिवीदानमेव च । एतानि श्रेष्ठदानानि कृत्वा पापैः प्रमुच्यते
Le don d’or, le don de vaches et le don de la terre : tels sont proclamés les dons les plus éminents. Après avoir accompli ces actes suprêmes de charité, on est délivré des péchés.
Verse 4
तुलादानानि शस्तानि गावः पृथ्वी सरस्वती । द्वे तु तुल्यबले शस्ते ह्यधिका च सरस्वती
Parmi les dons offerts selon la pesée (tulā-dāna), on loue le don de vaches, le don de la terre et le don de Sarasvatī, c’est‑à‑dire la connaissance sacrée. De ces dons, deux sont dits d’un mérite égal, mais le don de Sarasvatī est tenu pour supérieur.
Verse 5
नित्य ह्यनुडुहो गावच्छत्रं वस्त्रमुपानहौ । देयानि याचमानेभ्यः पानमन्नं तथैव च
En vérité, chaque jour il convient de donner—surtout à ceux qui demandent—une vache non traitée, une ombrelle, des vêtements et des sandales; et de même de l’eau à boire et de la nourriture. Une telle offrande quotidienne purifie l’âme liée (paśu) et soutient la voie du dharma qui plaît au Seigneur Śiva.
Verse 6
संकल्पविहितोयोऽर्थो ब्राह्मणेभ्यः प्रदीयते । अर्थिभ्योऽपीडितेभ्यश्च मनस्वी तेन जायते
La richesse mise à part par un vœu délibéré et donnée aux brāhmaṇas—et aussi accordée aux nécessiteux et aux affligés—rend l’homme véritablement fort d’esprit et ferme dans le dharma.
Verse 7
कनकं च तिला नागाः कन्या दासी गृहं रथः । मणयः कपिला गावो महादानानि वै दश
«Or, graines de sésame, éléphants, une jeune fille (donnée en mariage), une servante, une maison, un char, des gemmes, des vaches kapilā de robe fauve et des vaches : tels sont, en vérité, les dix “grands dons” (mahādāna).»
Verse 8
गृहीत्वैतानि सर्वाणि ब्राह्मणो ज्ञानवित्सदा । वदान्यांस्तारयेत्सद्यो ह्यात्मानं च न संशयः
Ayant pleinement pris en charge tout cela, un brāhmaṇa savant et toujours clairvoyant doit aussitôt faire traverser les dévots généreux; et, ce faisant, sauver aussi son propre être : il n’y a là aucun doute.
Verse 9
सुवर्णं ये प्रयच्छंति नराश्शुद्धेन चेतसा । देवतास्तं प्रयच्छंति समंतादिति मे श्रुवम्
Ceux qui offrent de l’or avec un esprit pur—au sujet d’un tel donateur, j’ai entendu ceci : les divinités, de toutes parts, répandent leurs bénédictions sur lui.
Verse 10
अग्निर्हि देवतास्सर्वाः सुवर्णं च हुताशनः । तस्मात्सुवर्णं दत्त्वा च दत्तास्स्युस्सर्वदेवताः
Le Feu lui-même incarne toutes les divinités, et l’or est de la nature de Hutāśana, le Feu qui porte les oblations. Ainsi, offrir l’or en don revient à avoir donné comme il se doit à tous les dieux.
Verse 11
पृथ्वीदानं महाश्रेष्ठं सर्वकामफलप्रदम् । सौवर्णं च विशेषेण यत्कृतं पृथुना पुरा
Le don de la terre est souverainement excellent, le meilleur; il accorde les fruits de tous les buts désirés. Plus encore, le don de la terre accompli avec de l’or, tel que le fit jadis le roi Pṛthu.
Verse 12
दीयमानां प्रपश्यंति पृथ्वीं रुक्मसमन्विताम् । सर्वपापविनिर्मुक्तास्ते यांति परमां गतिम्
Ceux qui voient la terre être donnée selon le dharma, parée d’or, sont délivrés de tous les péchés. Ainsi purifiés, par la grâce du Seigneur Śiva, ils atteignent l’état suprême.
Verse 13
अथान्यच्च प्रवक्ष्यामि दानं सर्वोत्तमं मुने । कांतारं यन्न पश्यंति यमस्य बहुदुःखदम्
À présent, ô sage, je vais te dire un autre don, une offrande souverainement suprême : grâce à elle, on ne voit pas la redoutable contrée sauvage de Yama, source de maintes souffrances.
Verse 14
इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां सामान्यदानवर्णनं नाम चतुर्दशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein du cinquième livre, l’Umā-saṃhitā—s’achève le quatorzième chapitre, intitulé «Description de la charité générale».
Verse 15
तिलप्रस्थमयीं कृत्वा धेनुं सर्वगुणान्विताम् । धेनुवत्सं सुवर्णं च सुदिव्यं सर्वलक्षणम्
Après avoir façonné, pour l’offrande, une vache mesurée d’un prastha de sésame et pourvue de toutes les qualités auspiciennes, qu’on prépare aussi un veau d’or : resplendissant, sacré et portant tous les signes requis.
Verse 16
पद्ममष्टदलं कृत्वा कुंकुमाक्ताक्षतैश्शुभैः । पूजयेत्तत्र रुद्रादीन्सर्वान्देवान्सुभक्तितः
Après avoir formé un lotus à huit pétales (maṇḍala) et, avec des grains de riz intacts et auspiciens enduits de safran, qu’on y rende un culte—en commençant par Rudra—à toutes les divinités, avec une dévotion sincère.
Verse 17
एवं संपूज्य तां दद्याद्ब्राह्मणाय स्वशक्तितः । सरत्नां सहिरण्यां च सर्वाभरणभूषिताम्
Ainsi, après l’avoir honorée comme il se doit, qu’on la donne à un brāhmane selon ses moyens : avec des joyaux et de l’or, et parée de toutes sortes d’ornements.
Verse 18
ततो नक्तं समश्नीयाद्दीपान्दद्यात्तु विस्तरात् । कार्तिक्यामिति कर्तव्यं पूर्णिमायां प्रयत्नतः
Ensuite, on prendra le repas du vœu la nuit (naktabhojana) et, selon le rite en détail, on offrira des lampes en aumône. Cette observance doit être accomplie avec ardeur le jour de pleine lune de Kārtika.
Verse 19
एवं यः कुरुते सम्यग्विधानेन स्वशक्तितः । यममार्गभयं घोरं नरकं च न पश्यति
Ainsi, quiconque l’accomplit correctement—selon la règle prescrite et selon ses forces—ne voit pas l’effroi terrible du chemin de Yama, et ne voit pas l’enfer.
Verse 20
कृत्वा पापान्यशेषाणि सबंधुस्ससुहृज्जनः । दिवि संक्रीडते व्यास यावदिन्द्राश्चतुर्दश
Ayant entièrement détruit tous les péchés, avec ses proches et ses amis bien-aimés, il se réjouit dans le ciel, ô Vyāsa, aussi longtemps que durent quatorze Indra.
Verse 21
विधितो गोश्च दानं वै सर्वोत्तममिह स्मृतम् । न तेन सदृशं व्यास परं दानं प्रकीर्तितम्
Accompli selon la règle des Écritures, le don d’une vache est tenu ici pour le plus excellent. Ô Vyāsa, nul autre don, plus élevé ou même égal, n’est proclamé.
Verse 22
प्रयच्छते यः कपिलां सवत्सां स्वर्णशृंगिकाम् । कांस्यपात्रां रौप्यखुरां सर्वलक्षणलक्षिताम्
Quiconque offre une vache fauve (kapilā) avec son veau—ornée de cornes d’or, aux sabots plaqués d’argent, accompagnée d’un vase de bronze et pourvue de tous les signes de bon augure—accomplit véritablement un dāna d’un grand mérite, qui réjouit le Seigneur Śiva et soutient la voie du dharma.
Verse 23
तैस्तैर्गुणैः कामदुघा भूत्वा सा गौरुपैति तम् । प्रदातारं नरं व्यास परत्रेह च जन्मनि
Dotée de ces mêmes vertus, cette vache devient une donatrice exauçant les vœux et suit l’homme qui l’a offerte—ô Vyāsa—en ce monde et dans l’au-delà, jusque dans ses naissances futures.
Verse 24
यद्यदिष्टतमं लोके यदस्ति दयितं गृहे । तत्तद्गुणवते देयं तदेवाक्षयमिच्छता
Ce qui est le plus chéri dans le monde et ce qui est le plus aimé dans sa propre maison, celui qui désire un fruit impérissable doit l’offrir précisément au vertueux véritablement digne ; car un tel don devient inépuisable.
Verse 25
तुलापुरुषदानं हि दानानां दानमुत्तमम् । तुलासंरोहणं कार्यं यदीच्छेच्छ्रेय आत्मनः
En vérité, le don nommé tulāpuruṣa-dāna (offrir des richesses égales à son propre poids) est le plus élevé parmi les dons. C’est pourquoi, si l’on désire pour soi le bien spirituel, on doit accomplir le rite de monter sur la balance (tulā-saṃrohaṇa).
Verse 26
यत्कृत्वा मुच्यते पापैर्वधबंधकृतोद्भवैः । तुलादानं महत्पुण्यं सर्वपापक्षयंकरम्
En l’accomplissant, on est délivré des péchés nés d’actes tels que tuer et emprisonner. Le tulā-dāna (don selon le poids) est un grand mérite, qui anéantit tous les péchés.
Verse 27
कृत्वा पापान्यशेषाणि तुलादानं करोति यः । सर्वैस्तु पातकैर्मुक्तः स दिवं यात्यसंशयम्
Quiconque, même après avoir commis des péchés sans reste, accomplit le tulā-dāna (don par pesée), est libéré de toutes les souillures du péché; et, sans aucun doute, il atteint le séjour céleste.
Verse 28
पापं कृतं यद्दिवसे निशायां द्विसंध्योर्मध्यदिने निशांते । कालत्रये कायमनोवचोभिस्तुलापुमान्वै तदपाकरोति
Quel que soit le péché commis—de jour ou de nuit, aux jonctions de l’aube et du crépuscule, à midi ou à la fin de la nuit—on l’efface assurément en accomplissant le rite du Tulā-dāna aux trois temps sacrés, le corps, l’esprit et la parole accordés dans la dévotion.
Verse 29
बालेन वृद्धेन मया हि यूना विजानता ज्ञानपरेण पापम् । तत्सर्वमेवाशु कृतं मदीयं तुलापुमान्वै हरतु स्मरारिः
Que j’aie été enfant, vieillard ou jeune—bien que je connusse le juste et fusse voué à la connaissance—j’ai commis le péché. Que Smarāri, l’ennemi de Kāma, enlève promptement tout ce que j’ai fait, comme s’il le pesait sur une balance et l’emportait.
Verse 30
पात्रे प्रयुक्तं द्रविणं मयाऽद्य प्रमाणपूर्णं निहितं तुलायाम् । तेनैव सार्धं तु ममावशेषं कृताकृतं यत्सुकृतं समेतु
Aujourd’hui, j’ai déposé la richesse dans un réceptacle digne, mesurée en pleine juste mesure et posée sur la balance. Avec cette offrande même, que tout ce qui demeure en moi—fait ou non fait—ainsi que tout le mérite de mes bonnes actions, soit rassemblé et accompli.
Verse 31
सनत्कुमार उवाच । एवमुच्चार्य्य तं दद्यात् द्विजेभ्यः सर्वदा हितः । नैकस्यापि प्रदातव्यं न निस्तारस्ततो भवेत्
Sanatkumāra dit : «Après l’avoir ainsi récité, celui qui recherche toujours le bien doit donner ce don aux dvija, aux brāhmanes dignes. Qu’on ne le donne pas à une seule personne, car de là ne vient pas la véritable délivrance, le vrai passage».
Verse 32
ददात्येवं तु यो व्यास तुलापुरुषमुत्तमम् । हत्वा पापं दिव्यं तिष्ठेद्यावदिन्द्राश्चतुर्द्दश
Ô Vyāsa, quiconque offre ainsi l’excellent don de Tulāpuruṣa détruit le péché et demeure dans l’état divin aussi longtemps que durent quatorze Indra.
It argues that gold-gifting reaches the entire pantheon because gold is ritually and symbolically linked to Agni (Hutāśana), and Agni is identified as the mouth/presence of all deities; therefore, giving gold is framed as giving to all devatās.
Pātra functions as a ritual-ethical filter ensuring that the gift becomes a valid carrier of merit (puṇya), while saṃkalpa supplies the formal intentionality that ‘codes’ the act as dharmic and spiritually operative; together they convert material transfer into a soteriological instrument (pāpa-kṣaya/tāraṇa).
No specific named form (svarūpa) of Śiva or Gaurī is foregrounded in the sampled content; the chapter is primarily a prescriptive dharma-ritual unit focused on dāna, with divine reference mediated through Agni and the devatā economy rather than iconographic Śaiva forms.