
L’Adhyaya 11 prend la forme d’un dialogue d’enseignement : Vyāsa interroge Sanatkumāra sur les dharmas qui atténuent la souffrance de ceux que le péché accable, et sur les pratiques qui permettent de parcourir avec plus d’aisance la redoutable voie de Yama (Yama-mārga). Sanatkumāra fonde l’exposé sur l’inéluctabilité du fruit karmique—l’acte accompli doit être éprouvé—puis distingue la conduite propice par la disposition intérieure (esprit doux, compassion) et par son expression extérieure à travers le dāna (don) et la révérence. Le chapitre décrit des correspondances précises : certains dons procurent des réconforts après la mort—chaussures pour avancer vite, ombrelle protectrice, lit ou siège pour le repos, lampes pour éclairer la direction, abris pour écarter maladie et détresse. Il s’étend ensuite au patronage civique et religieux : créer des jardins, planter des arbres au bord des routes, bâtir des temples, des āśramas pour les renonçants et des halls pour les sans-protection, présentés comme des infrastructures de mérite aux effets eschatologiques. L’ensemble se lit comme une taxinomie appliquée du karma, où la symbolique de protection, d’illumination et de refuge se reflète dans l’économie subtile du voyage d’outre-tombe.
Verse 1
व्यास उवाच । कृतपापा नरा यांति दुःखेन महतान्विताः । यममार्गे सुखं यैश्च तान्धर्मान्वद मे प्रभो
Vyāsa dit : « Les hommes chargés de péchés s’avancent sur la route de Yama, accablés d’une grande souffrance. Ô Seigneur, dis‑moi quels devoirs de dharma procurent aisance et bien‑être même sur le chemin de Yama ».
Verse 2
सनत्कुमार उवाच । अवश्यं हि कृतं कर्म भोक्तव्यमविचारतः । शुभाशुभमथो वक्ष्ये तान्धर्म्मान्सुखदायकान्
Sanatkumāra dit : En vérité, toute action accomplie doit inévitablement être éprouvée dans son fruit, sans exception. À présent, j’exposerai les dharmas liés aux actes favorables et défavorables, ces disciplines qui donnent le bien-être.
Verse 3
अत्र ये शुभकर्म्माणः सौम्यचित्ता दयान्विताः । सुखेन ते नरा यांति यममार्गं भयावहम्
Ici, ceux qui accomplissent des actes favorables, au cœur doux et rempli de compassion, cheminent aisément sur la voie de Yama, bien qu’elle soit redoutable pour d’autres.
Verse 4
यः प्रदद्याद् द्विजेन्द्राणामुपानत्काष्ठपादुके । स नरोऽश्वेन महता सुखं याति यमालयम्
Quiconque offre aux plus éminents des deux-fois-nés (brāhmanes) des chaussures—sandales ou sabots de bois—celui-là se rend avec aisance au séjour de Yama, monté sur un grand cheval.
Verse 5
छत्रदानेन गच्छंति यथा छत्रेण देहिनः । शिबिकायाः प्रदानेन तद्रथेन सुखं व्रजेत्
De même que les êtres incarnés cheminent sous la protection d’un parasol, ainsi, par le don d’un parasol, on obtient cette même protection. Et par l’offrande d’une litière (palanquin), on gagne l’aisance d’aller en char, avançant avec douceur sur la route de la vie.
Verse 6
शय्यासनप्रदानेन सुखं याति सुविश्रमम् । आरामच्छायाकर्तारो मार्गे वा वृक्षरोपकाः । व्रजन्ति यमलोकं च आतपेऽति गतक्लमाः
Par le don de lits et de sièges, on obtient le bien-être et un repos profond. Ceux qui créent des lieux de halte et d’ombre—jardins, abris, ou ceux qui plantent des arbres le long des routes—après avoir épuisé la peine sous le soleil, partent eux aussi, en leur temps, vers le monde de Yama, la fatigue effacée, recevant le fruit de ce mérite.
Verse 7
यांति पुष्पगयानेन पुष्पारामकरा नराः । देवायतनकर्तारः क्रीडंति च गृहोदरे
Les hommes qui fondent des jardins de fleurs obtiennent le passage sur un char porté de fleurs ; et ceux qui bâtissent des temples pour les Déités se réjouissent et s’ébattent dans de splendides demeures célestes.
Verse 8
कर्तारश्च तथा ये च यतीनामाश्रमस्य च । अनाथमण्डपानां तु क्रीडंति च गृहोदरे
De même, ceux qui fondent et entretiennent les āśramas des ascètes, et ceux qui s’occupent d’abris pour les orphelins—même eux, demeurant dans les limites de la vie de foyer, s’ébattent dans les occupations du monde.
Verse 9
देवाग्निगुरुविप्राणां मातापित्रोश्च पूजकाः । पूज्यमाना नरा यांति कामुकेन यथासुखम्
Les hommes qui rendent un culte aux Devas, au feu sacré, au Guru, aux brahmanes, ainsi qu’à leur père et leur mère—étant eux-mêmes honorés en retour—atteignent leurs buts chéris et cheminent dans la vie selon leur désir, dans la juste félicité du dharma.
Verse 10
द्योतयंतो दिशस्सर्वा यांति दीपप्रदायिनः । प्रतिश्रयप्रदानेन सुखं यांति निरामयाः
Ceux qui offrent des lampes s’avancent en illuminant toutes les directions. En accordant un abri aux autres, ils obtiennent la félicité et demeurent exempts de maladie, par le mérite qui soutient le dharma et réjouit le Seigneur Śiva.
Verse 11
विश्राम्यमाणा गच्छंति गुरुशुश्रूषका नराः । आतोद्यविप्रदातारस्सुखं यांति स्वके गृहे
Les hommes dévoués au service de leur guru s’en vont en paix, comme s’ils se reposaient ; et ceux qui donnent des instruments de musique aux brāhmaṇas retournent heureux dans leurs propres demeures.
Verse 12
सर्वकामसमृद्धेन यथा गच्छंति गोप्रदाः । अत्र दत्तान्नपानानि तान्याप्नोति नरः पथि
De même que ceux qui offrent des vaches poursuivent leur route comblés de l’accomplissement de tous leurs désirs, de même l’homme, sur le chemin (après la mort), obtient la nourriture et la boisson mêmes qu’il a données ici, en ce monde.
Verse 13
पादशौचप्रदानेन सजलेन पथा व्रजेत् । पादाभ्यंगं च यः कुर्यादश्वपृष्ठेन गच्छति
Qu’on chemine par une voie rendue humide par l’eau offerte pour laver les pieds. Et celui qui oint et masse les pieds obtient le mérite de chevaucher le dos d’un cheval, c’est-à-dire une progression rapide et de bon augure.
Verse 14
पादशौचं तथाभ्यंगं दीपमन्नं प्रतिश्रयम् । यो ददाति सदा व्यास नोपसर्पति तं यमः
Ô Vyāsa, Yama ne s’approche pas de celui qui, sans cesse, donne de quoi laver les pieds, de l’huile pour l’onction, une lampe pour la lumière, de la nourriture et un abri. Cette charité constante est une compassion śaiva : elle desserre les liens du pāśa et protège le dévot de la crainte de la mort.
Verse 15
हेमरत्नप्रदानेन याति दुर्गाणि निस्तरन् । रौप्यानडुत्स्रग्दानेन यमलोकं सुखेन सः
Par le don d’or et de gemmes précieuses, l’homme franchit les épreuves et les passages périlleux. Et par le don consistant à relâcher un taureau paré d’argent, il parvient aisément au royaume de Yama.
Verse 16
इत्येवमादिभिर्दानैस्सुखं यांति यमालयम् । स्वर्गे तु विविधान्भोगान्प्राप्नुवंति सदा नराः
Par de tels dons et des aumônes semblables, les hommes s’en vont paisiblement vers la demeure de Yama ; puis, au ciel, ils obtiennent sans cesse des jouissances variées.
Verse 17
सर्वेषामेव दानानामन्नदानं परं स्मृतम् । सद्यः प्रीतिकरं हृद्यं बलबुद्धिविवर्धनम्
Parmi tous les dons, on se souvient que le don de nourriture est le plus élevé. Il procure aussitôt la joie, réjouit le cœur, et accroît la force ainsi que la clarté de l’intelligence.
Verse 18
नान्नदानसमं दानं विद्यते मुनिसत्तम । अन्नाद्भवंति भूतानि तदभावे म्रियंति च
Ô le meilleur des sages, nul don n’égale le don de nourriture. De la nourriture naissent tous les êtres, et faute d’elle ils périssent.
Verse 19
रक्तं मांसं वसा शुक्रं क्रमादन्नात्प्रवर्धते । शुक्राद्भवंति भूतानि तस्मादन्नमयं जगत्
De la nourriture, selon l’ordre, naissent et se nourrissent le sang, la chair, la graisse et la semence. De la semence viennent les êtres incarnés ; ainsi ce monde est fait de nourriture.
Verse 20
हेमरत्नाश्वनागेन्द्रैर्नारीस्रक्चंदनादिभिः । समस्तैरपि संप्राप्तैर्न रमंति बुभुक्षिताः
Même si l’on obtient or, joyaux, chevaux d’élite, éléphants souverains, femmes, guirlandes, santal et autres biens—en abondance—ceux qui ont faim ne trouvent pas la joie.
Verse 21
गर्भस्था जायमानाश्च बालवृद्धाश्च मध्यमाः । आहारमभिकांक्षंति देवदानवराक्षसाः
Qu’ils demeurent dans le sein, qu’ils viennent de naître, qu’ils soient enfants, vieillards ou dans la force de l’âge, dieux, dānavas et rākṣasas tous aspirent à la nourriture.
Verse 22
क्षुधा निश्शेषरोगाणां व्याधिः श्रेष्ठतमः स्मृतः । स चान्नौषधिलेपेन नश्यतीह न संशयः
La faim est tenue pour l’affliction la plus éminente parmi toutes les maladies. Et cette faim, sans aucun doute, est dissipée ici par la nourriture, par les remèdes et par les onctions thérapeutiques.
Verse 23
नास्ति क्षुधासमं दुःखं नास्ति रोगः क्षुधासमः । नास्त्यरोगसमं सौख्यं नास्ति क्रोधसमो रिपुः
Il n’est point de peine égale à la faim; il n’est point de maladie égale à la faim. Il n’est point de bonheur égal à l’absence de mal; et nul ennemi n’égale la colère.
Verse 24
अतएव महत्पुण्यमन्नदाने प्रकीर्तितम् । तथा क्षुधाग्निना तप्ता म्रियंते सर्वदेहिनः
C’est pourquoi le don de nourriture est proclamé grand mérite; car tous les êtres incarnés, brûlés par le feu de la faim, périssent en vérité.
Verse 25
अन्नदः प्राणदः प्रोक्तः प्राणदश्चापि सर्वदः । तस्मादन्नप्रदानेन सर्वदानफलं लभेत्
Il est déclaré que celui qui donne la nourriture donne la vie; et celui qui donne la vie donne, en vérité, tout. Ainsi, par l’offrande de nourriture, on obtient le fruit de tous les dons.
Verse 26
यस्यान्नपानपुष्टाङ्गः कुरुते पुण्यसंचयम् । अन्नप्रदातुस्तस्यार्द्धं कर्तुश्चार्द्धं न संशयः
Lorsqu’une personne—dont le corps est nourri par la nourriture et la boisson d’autrui—accomplit des actes qui amassent du mérite, alors la moitié de ce mérite revient au donateur de nourriture et l’autre moitié à l’auteur de l’acte ; il n’y a là aucun doute.
Verse 27
त्रैलोक्ये यानि रत्नानि भोगस्त्रीवाहनानि च । अन्नदानप्रदस्सर्वमिहामुत्र च तल्लभेत्
Tous les joyaux des trois mondes—ainsi que les jouissances, les femmes nobles et les montures—tout cela est obtenu par celui qui donne la nourriture, ici-bas comme dans l’au-delà.
Verse 28
धर्म्मार्थकाममोक्षाणां देहः परमसाधनम् । तस्मादन्नेन पानेन पालयेद्देहमात्मनः
Pour atteindre dharma, artha, kāma et mokṣa, le corps humain est l’instrument suprême. Ainsi, par une nourriture et une boisson convenables, qu’on entretienne et protège son propre corps.
Verse 29
अन्नमेव प्रशंसंति सर्वमेव प्रतिष्ठितम् । अन्नेन सदृशं दानं न भूतं न भविष्यति
On ne loue que la nourriture, car tout repose sur la nourriture. Nulle offrande égale au don de nourriture n’a existé jadis, ni n’existera à l’avenir.
Verse 30
अन्नेन धार्य्यते सर्वं विश्वं जगदिदं मुने । अन्नमूर्जस्करं लोके प्राणा ह्यन्ने प्रतिष्ठिताः
Ô sage, tout cet univers—ce monde en mouvement—est soutenu par la nourriture. Dans le monde, la nourriture est source de force et de vitalité, car les souffles de vie sont véritablement établis dans la nourriture.
Verse 31
दातव्यं भिक्षवे चान्नं ब्राह्मणाय महात्मने । कुटुंबं पीडयित्वापि ह्यात्मनो भूतिमिच्छता
Celui qui recherche son véritable bien doit offrir de la nourriture à un mendiant et à un Brāhmaṇa magnanime, même si, ce faisant, il lui faut mettre à rude épreuve les ressources de sa maison.
Verse 32
विददाति निधिश्रेष्ठं यो दद्यादन्नमर्थिने । ब्राह्मणायार्तरूपाय पारलौकिकमात्मनः
Celui qui donne de la nourriture à l’indigent—et surtout à un brāhmane accablé de détresse—acquiert pour lui-même le trésor suprême dans l’au-delà.
Verse 33
अर्चयेद्भूतिमन्विच्छन्काले द्विजमुपस्थितम् । श्रांतमध्वनि वृत्त्यर्थं गृहस्थो गृहमागतम्
Désireux d’une prospérité de bon augure, le maître de maison doit, au moment convenable, honorer le dvija (brāhmane) venu—lassé par la route—à la demeure pour sa subsistance.
Verse 34
अन्नदः पूजयेद्व्यासः सुशीलस्तु विमत्सरः । क्रोधमुत्पतितं हित्वा दिवि चेह महत्सुखम्
Celui qui donne la nourriture, honore le sage—semblable à Vyāsa—, demeure de bonne conduite et sans jalousie, et rejette la colère dès qu’elle s’élève, obtient une grande félicité ici-bas et au ciel.
Verse 35
नाभिनिंदेदधिगतं न प्रणुद्यात्कथंचन । अपि श्वपाके शुनि वा नान्नदानं प्रणश्यति
Qu’on ne dénigre pas ce qui a été appris avec justesse, et qu’on ne le rejette jamais. Même si l’on donne de la nourriture à un chien ou à un mangeur de chien (un paria), le mérite de l’offrande de nourriture ne s’éteint pas.
Verse 36
श्रांतायादृष्टपूर्वाय ह्यन्नमध्वनि वर्तते । यो दद्यादपरिक्लिष्टं स समृद्धिमवाप्नुयात
Pour celui qui est las et inconnu (l’étranger) sur la route, la nourriture est véritablement un appui du voyage. Quiconque lui donne à manger sans lui causer peine ni détresse obtiendra la prospérité.
Verse 37
पितॄन्देवांस्तथा विप्रानतिथींश्च महामुने । यो नरः प्रीणयत्यन्नैस्तस्य पुण्यफलं महत्
Ô grand sage, l’homme qui comble les Ancêtres, les dieux, les brāhmaṇa et les hôtes en offrant de la nourriture obtient un immense fruit de mérite. Cette nourriture, donnée avec révérence, desserre les liens du pāśa et soutient l’âme dans son élan vers la grâce de Śiva.
Verse 38
अन्नं पानं च शूद्रेऽपि ब्राह्मणे च विशिष्यते । न पृच्छेद्गोत्रचरणं स्वाध्यायं देशमेव च
Nourriture et boisson doivent être offertes avec l’honneur qui convient, que le bénéficiaire soit un śūdra ou un brāhmaṇa. Qu’on n’interroge pas l’hôte sur sa lignée (gotra) et sa branche védique (caraṇa), sur son étude personnelle (svādhyāya) ni même sur son pays d’origine.
Verse 39
भिक्षितो ब्राह्मणेनेह दद्यादन्नं च यः पुमान् । स याति परमं स्वर्गं यावदाभूतसंप्लवम्
En ce monde, l’homme qui, sollicité par un brāhmaṇa, donne de la nourriture, atteint le plus haut des cieux et y demeure jusqu’à la dissolution de tous les êtres.
Verse 40
अन्नदस्य च वृक्षाश्च सर्वकामफलान्विताः । भवंतीह यथा विप्रा हर्षयुक्तास्त्रिविष्टपे
Pour celui qui offre la nourriture, même les arbres d’ici se trouvent pourvus des fruits de tous les désirs; ainsi les brahmanes bienheureux, comblés de joie, s’épanouissent ensuite dans les mondes célestes.
Verse 41
अन्नदानेन ये लोकास्स्वर्गे विरचिता मुने । अन्नदातुर्महादिव्यास्ताञ्छृणुष्व महामुने
Ô sage, les mondes du ciel façonnés par le don de nourriture—ces demeures suprêmement divines qui appartiennent à celui qui donne la nourriture—écoute-les, ô grand sage.
Verse 42
भवनानि प्रकाशंते दिवि तेषां महात्मनाम् । नानासंस्थानरूपाणि नाना कामान्वितानि च
Au ciel, les demeures célestes et rayonnantes de ces grandes âmes brillent—aux structures et aux formes multiples, pourvues de maintes jouissances désirées.
Verse 43
सर्वकामफलाश्चापि वृक्षा भवनसंस्थिताः । हेमवाप्यः शुभाः कूपा दीर्घिकाश्चैव सर्वशः
Et des arbres, disposés autour de la demeure, accordaient le fruit de tout désir. Partout se trouvaient des puits de bon augure, de longs étangs, et même des bassins d’or—abondants de tous côtés.
Verse 44
घोषयंति च पानानि शुभान्यथ सहस्रशः । भक्ष्यभोज्यमयाश्शैला वासांस्याभरणानि च
Et l’on y proclame, par milliers, des breuvages de bon augure; et il s’y trouve des montagnes faites de mets à manger et à savourer, ainsi que des vêtements et des parures.
Verse 45
क्षीरं स्रवंत्यस्सरितस्तथैवाज्यस्य पर्वताः । प्रासादाः पाण्डुराभासाश्शय्याश्च कनकोज्ज्वलाः
Là, des rivières coulent de lait, et des montagnes sont faites de beurre clarifié (ghee). Les palais brillent d’une splendeur pâle et lumineuse, et les lits étincellent comme l’or.
Verse 46
तानन्नदाश्च गच्छंति तस्मादन्नप्रदो भवेत् । यदीच्छेदात्मनो भव्यमिह लोके परत्र च
Ceux qui offrent la nourriture atteignent ces états auspices ; ainsi, qu’on devienne donateur de nourriture. Si l’on souhaite le bien pour soi en ce monde et dans l’au-delà, qu’on pratique assurément le don de nourriture.
Verse 47
एते लोकाः पुण्यकृतामन्नदानां महाप्रभाः । तस्मादन्नं विशेषेण दातव्यं मानवैर्ध्रुवम्
Ces mondes—rayonnants et d’une grande splendeur—appartiennent aux méritants qui donnent la nourriture en aumône. Ainsi, les humains doivent assurément offrir la nourriture, avec un soin et une priorité tout particuliers.
Verse 48
अन्नं प्रजापतिस्साक्षादन्नं विष्णुस्स्वयं हरः । तस्मादन्नसमं दानं न भूतं न भविष्यति
La nourriture est véritablement Prajāpati lui-même ; la nourriture est Viṣṇu ; et la nourriture est Śiva (Hara) en personne. Ainsi, nul don n’a été, ni ne sera jamais, égal au don de nourriture.
Verse 49
कृत्वापि सुमहत्पापं यः पश्चादन्नदो भवेत् । विमुक्तस्सर्वपापेभ्यस्स्वर्गलोकं स गच्छति
Même si quelqu’un a commis un très grand péché, s’il devient ensuite donateur de nourriture, il est délivré de toutes les fautes et parvient au monde céleste.
Verse 50
अन्नपानाश्वगोवस्त्रशय्याच्छत्रासनानि च । प्रेतलोके प्रशस्तानि दानान्यष्टौ विशेषतः
Nourriture et boisson, un cheval, une vache, des vêtements, un lit, un parasol et un siège : ces huit dons sont loués par-dessus tout comme particulièrement salutaires pour les défunts dans le monde des pretas.
Verse 51
एवं दानविशेषेण धर्मराजपुरं नरः । यस्माद्याति विमानेन तस्माद्दानं समाचरेत्
Ainsi, par cette forme particulière de don, l’homme parvient à la cité de Dharmarāja (Yama) dans un char céleste ; c’est pourquoi il faut pratiquer avec zèle une telle aumône.
Verse 52
एतदाख्यानमनघमन्नदानप्रभावतः । यः पठेत्पाठयेदन्यान्स समृद्धः प्रजायते
Par la puissance issue du don de nourriture, ce récit sacré et sans tache porte son fruit : quiconque le récite, ou fait réciter autrui, naît comblé de prospérité.
Verse 53
शृणुयाच्छ्रावयेच्छ्राद्धे ब्राह्मणान्यो महामुने । अक्षय्यमन्नदानं च पितॄणामुपतिष्ठति
Ô grand sage, quiconque, au moment du Śrāddha, écoute la récitation prescrite et fait aussi écouter les brāhmaṇas, pour lui l’offrande de nourriture devient inépuisable ; elle demeure une satisfaction et un soutien durable pour les Pitṛs (ancêtres).
That karmic results are unavoidable (karma must be experienced), but the quality of one’s passage through post-mortem states—especially the Yama-mārga—can be materially improved through auspicious conduct, compassion, and merit-bearing gifts and public welfare works.
Each item functions as a moral-symbolic analogue: footwear signifies enabled movement and reduced hardship; umbrella signifies protection; bedding/seating signifies rest and relief; lamps signify knowledge/visibility and the removal of directional confusion; shelters signify refuge and the reduction of affliction. The chapter encodes a principle that what one provides to others as protection, illumination, and support returns as subtle support in liminal states.
No specific Śiva or Umā form is foregrounded in the sampled portion; the chapter is primarily an ethical-eschatological instruction delivered by Sanatkumāra. Its Śaiva character lies in integrating dharma, merit, and reverence into the Purāṇic framework associated with Śiva-oriented soteriology rather than in iconographic description.