Adhyaya 8
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 856 Verses

नारद–हिमालयसंवादवर्णनम् (Nārada and Himālaya: Discourse on Pārvatī’s Signs and Destiny)

L’Adhyāya 8 prend la forme d’un dialogue encadré rapporté par Brahmā : sous l’impulsion de Śiva, Nārada—śivajñānī et fin connaisseur de la līlā de Śiva—arrive à la demeure de Himālaya. Celui-ci l’accueille avec les honneurs rituels, puis place sa fille Pārvatī aux pieds du sage, signe de vénération et demande d’un jugement autorisé. Himālaya sollicite une évaluation de type « jātaka » : l’examen des qualités et défauts (guṇa–doṣa) de sa fille et, surtout, l’identité et la fortune de son futur époux, affirmant ainsi le mariage comme institution providentielle et conforme au dharma, non comme simple convention sociale. Nārada étudie ses signes corporels (lakṣaṇa), en portant une attention particulière à la main, et délivre un présage favorable : Pārvatī est décrite comme éminemment dotée, comparable à la lune croissante, « ādya kalā » et « sarvalakṣaṇaśālinī », source de joie et de renommée pour ses parents et de bonheur pour son époux. Le chapitre sert donc de charnière narrative : il confirme publiquement l’exception de Pārvatī et prépare l’attente de son union destinée, accordant le désir du foyer à l’intention cosmique de Śiva.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच । एकदा तु शिवज्ञानी शिवलीलाविदांवरः । हिमाचलगृहं प्रीत्यागमस्त्वं शिवप्रेरितः

Brahmā dit : Un jour, un connaisseur de Śiva—le plus éminent parmi ceux qui comprennent la līlā de Śiva—se rendit avec joie à la demeure d’Himācala, poussé par Śiva lui-même.

Verse 2

दृष्ट्वा मुने गिरीशस्त्वां नत्वानर्च स नारद । आहूय च स्वतनयां त्वदङ्घ्र्योस्तामपातयत्

Ô sage, te voyant, Girīśa (le Seigneur Śiva) s’inclina devant toi et t’honora comme il se doit, ô Nārada. Puis, appelant sa propre fille, il la fit se prosterner à tes pieds.

Verse 3

पुनर्नत्वा मुनीश त्वामुवाच हिमभूधरः । साञ्जलिः स्वविधिं मत्वा बहुसन्नतमस्तकः

S’étant de nouveau incliné devant toi, ô seigneur des sages, Himabhūdhara (le Maître de l’Himalaya) prit la parole. Les mains jointes en révérence, conscient du juste décorum, et la tête maintes fois inclinée avec humilité, il s’adressa à toi.

Verse 4

हिमालय उवाच । हे मुने नारद ज्ञानिन्ब्रह्मपुत्रवर प्रभो । सर्वज्ञस्त्वं सकरुणः परोपकरणे रतः

Himālaya dit : « Ô sage Nārada, connaisseur de la vérité, seigneur illustre, le meilleur parmi les fils de Brahmā, tu es omniscient et plein de compassion, toujours voué au bien d’autrui. »

Verse 5

मत्सुताजातकं ब्रूहि गुणदोषसमुद्भवम् । कस्य प्रिया भाग्यवती भविष्यति सुता मम

Dis-moi le thème natal et la destinée de ma fille : quelles qualités et quels défauts naîtront en elle. De qui sera-t-elle l’aimée, et en qui ma fille deviendra-t-elle, la plus fortunée ?

Verse 6

ब्रह्मोवाच । इत्युक्तो मुनिवर्य त्वं गिरीशेन हिमाद्रिणा । विलोक्य कालिकाहस्तं सर्वांगं च विशेषतः

Brahmā dit : «Ô le plus excellent des sages, ainsi interpellé par Girīśa (le Seigneur Śiva) sur l’Himādri, tu regardas attentivement—tout particulièrement—la main de Kālikā, ainsi que l’ensemble de son corps.»

Verse 7

अवोचस्त्वं गिरिं तात कौतुकी वाग्विशारद्ः । ज्ञानी विदितवृत्तान्तो नारदः प्रीतमानसः

Alors toi, ô père bien-aimé, tu t’adressas à la Montagne (Himālaya). Nārada—curieux, éloquent, sage, instruit de toute l’affaire et le cœur réjoui—lui parla.

Verse 8

इति श्रीशिवमहा पुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखंडे नारदहिमालयसंवादवर्णनं नामाष्टमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le huitième chapitre, intitulé « Description du dialogue entre Nārada et Himālaya », dans la troisième section, le Pārvatī-khaṇḍa, du deuxième livre, la Rudra-saṃhitā, du saint Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 9

स्वपतेस्सुखदात्यन्तं पित्रोः कीर्तिविवर्द्धिनी । महासाध्वी च सर्वासु महानन्दकरी सदा

Elle accorde à son époux un bonheur surabondant et accroît sans cesse la renommée de ses parents. Parmi toutes les femmes, elle est véritablement une grande épouse chaste et vertueuse, et demeure toujours cause d’une immense joie.

Verse 10

सुलक्षणानि सर्वाणि त्वत्सुतायाः करे गिरे । एका विलक्षणा रेखा तत्फलं शृणु तत्त्वतः

Ô roi des montagnes, tous les signes de bon augure se trouvent dans la main de ta fille. Pourtant, il y a une ligne exceptionnelle : écoute de moi son sens véritable et le fruit qu’elle annonce.

Verse 11

योगी नग्नोऽगुणोऽकामी मातृतातविवर्जितः । अमानोऽशिववेषश्च पतिरस्याः किलेदृशः

«Il est un yogin—nu, au-delà des guṇa, sans désir, et sans mère ni père. Il ne recherche aucun honneur et porte un aspect qui paraît de mauvais augure. Un tel être serait-il vraiment destiné à être son époux ?»

Verse 12

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्ते हि सत्यं मत्त्वा च दम्पती । मेना हिमाचलश्चापि दुःखितौ तौ बभूवतुः

Brahmā dit : «Ayant entendu ces paroles et les tenant pour vraies, le couple—Menā et Himācala également—fut saisi de chagrin.»

Verse 13

शिवाकर्ण्यवचस्ते हि तादृशं जगदम्बिका । लक्षणैस्तं शिवं मत्त्वा जहर्षाति मुने हृदि

Ayant entendu ces paroles de Śivā, la Mère de l’univers en fut ainsi; et, reconnaissant aux signes qu’Il était bien Śiva, elle se réjouit au fond de son cœur, ô sage.

Verse 14

न मृषा नारदवचस्त्विति संचिन्त्य सा शिवा । स्नेहं शिवपदद्वन्द्वे चकाराति हृदा तदा

Réfléchissant : «Les paroles de Nārada ne sont pas mensongères», cette Devī bénie, alors, de tout son cœur, fixa une dévotion aimante et intense sur la paire des pieds de Śiva.

Verse 15

उवाच दुःखितः शैलस्त्वान्तदा हृदि नारद । कमुपायं मुने कुर्यामतिदुःखमभूदिति

Alors la Montagne (Himālaya), profondément affligée en son cœur, te parla, ô Nārada : «Quel moyen dois-je adopter, ô sage ? Car une douleur accablante s’est abattue sur moi.»

Verse 16

तच्छुत्वा त्वं मुने प्रात्थ महाकौतुककारकः । हिमाचलं शुभैर्वाक्यैर्हर्षयन्वाग्विशारदः

L’ayant entendu, ô sage, tu prononças des paroles suscitant un grand émerveillement; et, maître de l’éloquence, tu réjouis Himācala (l’Himalaya) par des mots de bon augure.

Verse 17

नारद उवाच । स्नेहाच्छृणु गिरे वाक्यं मम सत्यं मृषा न हि । कररेखा ब्रह्मलिपिर्न मृषा भवति धुवम्

Nārada dit : «Ô Montagne (Himalaya), écoute avec affection mes paroles : ce que je dis est vrai, non mensonge. Les lignes de la main, l’écriture divine de Brahmā (le destin), ne deviennent pas fausses—assurément.»

Verse 18

तादृशोऽस्याः पतिः शैल भविष्यति न संशयः । तत्रोपायं शृणु प्रीत्या यं कृत्वा लप्स्यसे सुखम्

Ô Montagne (Himalaya), il n’y a aucun doute qu’un époux de cette nature sera véritablement le sien. Écoute maintenant avec joie le moyen d’y parvenir : en l’accomplissant, tu obtiendras le bonheur.

Verse 19

तादृशोऽस्ति वरः शम्भुलीलारूपधरः प्रभुः । कुलक्षणानि सर्वाणि तत्र तुल्यानि सद्गुणैः

Un tel don existe véritablement : le Seigneur Suprême, Śambhu, qui revêt des formes pour son līlā divin. En Lui se trouvent tous les signes d’une noble lignée, égalés et accomplis par ses vertus authentiques.

Verse 20

प्रभौ दोषो न दुःखाय दुःखदोऽत्यप्रभौ हि सः । रविपावकगंगानां तत्र ज्ञेया निदर्शना

Un défaut trouvé chez celui qui est réellement puissant n’engendre pas la souffrance ; mais ce même défaut, chez celui qui ne l’est pas, devient dispensateur de peine. À cet égard, le Soleil, le Feu et la Gaṅgā doivent être compris comme exemples.

Verse 21

तस्माच्छिवाय कन्या स्वां शिवां देहि विवेकतः । शिवस्सर्वेश्वरस्सेव्योऽविकारी प्रभुरव्ययः

Ainsi, avec un discernement limpide, donne ta fille de bon augure en mariage à Śiva. Śiva est le Seigneur de tout; Lui seul doit être adoré—immuable, Maître suprême et impérissable.

Verse 22

शीघ्रप्रसादः स शिवस्तां ग्रहीष्यत्यसंशयम् । तपःसाध्यो विशेषेण यदि कुर्याच्छिवा तपः

Ce Śiva, prompt à accorder sa grâce, l’acceptera sans aucun doute—d’autant plus qu’on L’atteint par le tapas; si Śivā (Pārvatī) entreprend des austérités.

Verse 23

सर्वथा सुसमर्थो हि स शिवस्सकलेश्वरः । कुलिपेरपि विध्वंसी ब्रह्माधीनस्त्वकप्रदः

En vérité, Śiva est pleinement capable en toute manière—le Seigneur de toute existence incarnée. Il détruit même Kulipera, et pourtant demeure sous l’ordonnance de Brahmā comme dispensateur du fruit des actes.

Verse 24

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा त्वं पुनस्तात कौतुकी ब्रह्मविन्मुने । शैलराजमवोचो हि हर्षयन्वचनैश्शुभैः

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, ô cher enfant—ô sage connaisseur du Brahman—toi, animé d’une vive curiosité, tu t’adressas de nouveau au Seigneur des Montagnes (Himālaya), le réjouissant par des paroles de bon augure.

Verse 25

भाविनी दयिता शम्भोस्सानुकूला सदा हरे । महासाध्वी सुव्रता च पित्रोस्सुखविवर्द्धिनी

Elle est Bhāvinī—toujours en devenir d’auspice; la bien-aimée de Śambhu; toujours gracieuse et favorable à Hari. Grande femme chaste et sainte, ferme en ses nobles vœux, elle accroît la joie de ses parents.

Verse 26

शम्भोश्चित्तं वशे चैषा करिष्यति तपस्विनी । स चाप्येनामृते योषां न ह्यन्यामुद्वहिष्यति

Cette jeune ascète mettra assurément l’esprit de Śambhu sous son empire par sa tapas; et Śiva aussi—en dehors d’elle—n’acceptera aucune autre femme pour épouse.

Verse 27

एतयोस्सदृशं प्रेम न कस्याप्येव तादृशम् । भूतं वा भविता वापि नाधुना च प्रवर्तते

Un amour tel que le leur ne se trouve en personne—il n’a pas existé jadis, ne naîtra pas à l’avenir, et ne se voit même pas aujourd’hui. De cette bhakti sans égale et de cette grâce réciproque se révèle l’union de Pati (Śiva) et de Śakti (Pārvatī) comme le modèle suprême de la dévotion sacrée.

Verse 28

अनयोस्सुरकार्य्याणि कर्तव्यानि मृतानि च । यानि यानि नगश्रेष्ठ जीवितानि पुनः पुनः

Ô le plus noble des monts, par la puissance de ces deux-là, les œuvres des dieux qui avaient échoué seront accomplies; et quels que soient les êtres morts, ils seront ramenés à la vie encore et encore.

Verse 29

अनया कन्यया तेऽद्रे अर्धनारीश्वरो हरः । भविष्यति तथा हर्षदिनयोर्मिलितम्पुनः

Ô mont Himālaya, par cette jeune fille, Hara (Śiva) deviendra Ardhanārīśvara. Ainsi, aux jours de joie, tous deux seront de nouveau unis.

Verse 30

शरीरार्धं हरस्यैषा हरिष्यति सुता तव । तपः प्रभावात्संतोष्य महेशं सकलेश्वरम्

Cette fille qui est la tienne prendra la moitié du corps de Hara (Śiva). Par la puissance de ses austérités (tapas), elle satisfera Mahēśa, le Seigneur de l’univers entier.

Verse 31

स्वर्णगौरी सुवर्णाभा तपसा तोष्य तं हरम् । विद्युद्गौरतमा चेयं तव पुत्री भविष्यति

Gaurī d’Or, rayonnante comme l’or pur, satisfera le Seigneur Hara par l’austérité; et celle-ci—la plus éclatante, telle l’éclair—deviendra ta fille.

Verse 32

गौरीति नाम्ना कन्या तु ख्यातिमेषा गमिष्यति । सर्वदेवगणैः पूज्या हरिब्रह्मादिभिस्तथा

Cette jeune fille deviendra célèbre sous le nom de « Gaurī ». Elle sera adorée par toutes les cohortes des dieux — par Hari (Viṣṇu), par Brahmā, et par les autres divinités également.

Verse 33

नान्यस्मै त्वमिमां दातुमिहार्हसि नगोत्तम । इदं चोपांशु देवानां न प्रकाश्यं कदाचन

Ô le plus excellent des monts, tu ne dois la donner ici à nul autre. Et ceci est un secret des dieux : qu’il soit transmis à voix basse, en confidence, sans jamais être divulgué au grand jour.

Verse 34

ब्रह्मोवाच । इति तस्य वचः श्रुत्वा देवर्षे तव नारद । उवाच हिमवान्वाक्यं मुने त्वाम्वाग्विशारदः

Brahmā dit : « Ô Nārada, voyant divin, après avoir entendu ses paroles, Himavān — habile dans l’art de la parole — s’adressa à toi, ô sage, par une réponse convenable. »

Verse 35

हिमालय उवाचा । हे मुने नारद प्राज्ञ विज्ञप्तिं कांचिदेव हि । करोमि तां शृणु प्रीत्या तस्त्वं प्रमुदमावह

Himālaya dit : « Ô sage Nārada, ô homme de discernement, j’ai en vérité une requête à soumettre. Écoute-la avec bienveillance ; puis, apporte-moi la joie (par ton conseil et ta guidance). »

Verse 36

श्रूयते त्यक्तसंगस्स महादेवो यतात्मवान् । तपश्चरति सन्नित्यं देवानामप्यगोचरः

On entend dire que Mahādeva —maître de lui-même et libre de tout attachement— accomplit sans cesse l’austérité; il demeure hors de portée même des dieux.

Verse 37

स कथं ध्यान मार्गस्थः परब्रह्मार्पितं मनः । भ्रंशयिष्यति देवर्षे तत्र मे संशयो महान्

Ô sage divin, comment celui qui demeure établi sur la voie de la méditation pourrait-il faire déchoir l’esprit offert au Brahman suprême (Śiva) ? Sur ce point, mon doute est immense.

Verse 38

अक्षरं परमं ब्रह्म प्रदीपकलिकोपमम् । सदाशिवाख्यं स्वं रूपं निर्विकारमजापरम्

Il est l’Imperissable, le Brahman suprême—semblable à la flamme stable d’une lampe. Telle est Sa forme essentielle, nommée Sadāśiva : immuable, non né et sans égal.

Verse 39

निर्गुणं सगुणं तच्च निर्विशेषं निरीहकम् । अतः पश्यति सर्वत्र न तु बाह्यं निरीक्षते

Cette Réalité (Śiva) est à la fois sans attributs et avec attributs ; elle est sans distinction et sans agir. Ainsi, le vrai connaissant Le voit partout et ne Le cherche pas au dehors comme une chose extérieure.

Verse 40

इति स श्रूयते नित्यं किंनराणां मुखान्मुने । इहागतानां सुप्रीत्या किन्तन्मिथ्या वचो धुवम्

«Ô sage, on l’entend sans cesse de la bouche des Kiṃnaras. Mais pour ceux qui sont venus ici avec une bienveillance sincère, comment cette parole pourrait-elle être mensongère ? Oui, cette parole est assurément vraie.»

Verse 41

विशेषतः श्रूयते स साक्षान्नाम्ना तथा हरः । समयं कृतवान्पूर्व्वं तन्मया गदितं शृणु

Tout particulièrement, on l’entend célébré ainsi : c’est bien le Seigneur Hara lui-même que l’on connaît sous ce nom. Jadis, il établit un accord sacré ; écoute maintenant, je vais te le rapporter.

Verse 42

न त्वामृतेऽन्यां वरये दाक्षायणि प्रिये सती । भार्यार्थं न ग्रहीष्यामि सत्यमेतद्ब्रवीमि ते

Ô Satī bien-aimée, chère fille de Dakṣa, hormis toi je ne choisirai aucune autre. Je n’accepterai personne d’autre pour épouse. Je te le dis en vérité.

Verse 43

इति सत्यासमं तेन पुरैव समयः कृतः । तस्यां मृतायां स कथं स्वयमन्यां ग्रहीष्यति

Ainsi, depuis longtemps, il avait fait un vœu solennel, aussi vrai que Satī elle-même. Si elle est morte, comment pourrait-il, de son propre gré, prendre une autre femme pour épouse ?

Verse 44

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा स गिरिस्तूष्णीमास तस्य पुरस्तव । तदाकर्ण्याथ देवर्षे त्वं प्रावोचस्सुतत्त्वतः

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, le seigneur des montagnes demeura silencieux devant toi. L’ayant entendu, ô sage divin, tu répondis alors selon la vérité suprême.

Verse 45

नारद उवाच । न वै कार्या त्वया चिंता गिरिराज महामते । एषा तव सुता काली दक्षजा ह्यभवत्पुरा

Nārada dit : «Ô Himālaya, roi des montagnes, toi dont l’esprit est grand, ne te laisse pas gagner par l’inquiétude. Cette fille qui est la tienne, Kālī, naquit jadis comme la fille de Dakṣa (Satī).»

Verse 46

सतीनामाभवत्तस्यास्सर्वमंगलदं सदा । सती सा वै दक्षकन्या भूत्वा रुद्रप्रियाभवत

Son nom devint « Satī », dispensatrice à jamais de toute auspiciosité. En vérité, cette Satī — née fille de Dakṣa — devint la bien-aimée de Rudra.

Verse 47

पितुर्यज्ञे तथा प्राप्यानादरं शंकरस्य च । तं दृष्ट्वा कोपमाधायात्याक्षीद्देहं च सा सती

Parvenue au sacrifice de son père et voyant l’affront fait à Śaṅkara, Satī, embrasée d’une colère juste, renonça à ce corps même.

Verse 48

पुनस्सैव समुत्पन्ना तव गेहेऽम्बिका शिवा । पार्वती हरपत्नीयं भविष्यति न संशयः

Cette même Ambikā — Śivā elle-même — est née de nouveau dans ta demeure. Elle deviendra Pārvatī, l’épouse destinée de Hara (le Seigneur Śiva) ; il n’y a nul doute.

Verse 49

एतत्सर्वं विस्तरात्त्वं प्रोक्तवान्भूभृते मुने । पूर्वरूपं चरित्रं च पार्वत्याः प्रीतिवर्धनम्

Ô sage, tu as tout raconté en détail au roi : la manifestation antérieure comme le récit sacré de la vie de Pārvatī, qui accroît la joie et la dévotion.

Verse 50

तं सर्वं पूर्ववृत्तान्यं काल्या मुनिमुखाद्गिरिः । श्रुत्वा सपुत्रदारः स तदा निःसंशयोऽभवत्

Ayant entendu de la bouche du sage, par l’entremise de Kālī, tout le récit des événements passés, le seigneur de la montagne—avec ses fils et son épouse—fut alors délivré de tout doute.

Verse 51

ततः काली कथां श्रुत्वा नारदस्य मुखात्तदा । लज्जयाधोमुखी भूत्वा स्मितविस्तारितानना

Alors Kālī, entendant ce récit de la bouche de Nārada, baissa le visage par pudeur ; et, d’un doux sourire, son visage s’éclaira et s’épanouit.

Verse 52

करेण तां तु संस्पृश्य श्रुत्वा तच्चरितं गिरिः । मूर्ध्नि शश्वत्तथाघ्राय स्वास नान्ते न्यवेशयत्

Puis Giri (l’Himālaya), l’ayant doucement touchée de la main et ayant entendu le récit de sa conduite, respira à maintes reprises le sommet de sa tête avec tendresse, et la fit asseoir à l’extrémité de son propre siège.

Verse 53

ततस्त्वं तां पुनर्दृष्ट्वाऽवोचस्तत्र स्थितां मुने । हर्षयन् गिरिराजं च मेनकान्तनयैः सह

Alors, ô sage, la voyant de nouveau debout en ce lieu, tu lui adressas la parole—réjouissant aussi Girirāja (l’Himālaya), avec les filles de Menakā.

Verse 54

सिंहासनन्तु किन्त्वस्याश्शैलराज भवेदतः । शम्भोरूरौ सदैतस्या आसनं तु भविष्यति

Ô Roi des Montagnes, bien qu’elle ait un trône de lion, son véritable siège sera sur la cuisse de Śambhu ; là, pour l’éternité, sera son lieu de repos.

Verse 55

हरोरूर्वासनम्प्राप्य तनया तव सन्ततम् । न यत्र कस्याचिदृष्टिर्मानसं वा गमिष्यति

Ayant obtenu un siège sur la cuisse de Hara, ta fille y demeurera sans cesse — en un lieu que nul regard ne peut atteindre, pas même l’esprit d’un autre être.

Verse 56

ब्रह्मोवाच । इति वचनमुदारं नारद त्वं गिरीशं त्रिदिवमगम उक्त्वा तत्क्षणादेवप्रीत्या । गिरिपतिरपि चित्ते चारुसंमोदयुक्तस्स्वगृहमगमदेवं सर्वसंपत्समृद्धम्

Brahmā dit : «Ô Nārada, après avoir prononcé ces nobles paroles, aussitôt—transporté de joie—tu te rendis auprès de Girīśa dans le séjour céleste. Et Giripati aussi, le cœur empli d’une allégresse suave, retourna à sa demeure divine, débordante de toute prospérité.»

Frequently Asked Questions

Nārada’s divinely prompted visit to Himālaya, followed by Himālaya’s request for his daughter’s jātaka-style assessment and Nārada’s declaration of her extraordinary auspicious signs and destined fortune.

It ritualizes recognition of Śakti’s destined role: the body’s auspicious marks function as a readable index of cosmic intention, aligning social rites (marriage inquiry) with metaphysical teleology (Śiva–Śakti reunion).

She is characterized as “sarvalakṣaṇaśālinī” (marked by all auspicious signs), likened to the moon’s growth, described as an “ādya kalā,” and praised as a source of joy, fame, and welfare for family and spouse.