Adhyaya 35
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 3562 Verses

अनरण्यसुता–पिप्पलादचरितम् / The Episode of Anaraṇya’s Daughter and Sage Pippalāda

Le chapitre progresse par des dialogues emboîtés. Nārada interroge Brahmā sur ce qui advint après le récit d’Anaraṇya, où une fille fut donnée en mariage. Brahmā rapporte que Girivara/Śaileśa, seigneur de la montagne, questionne respectueusement Vasiṣṭha sur la conclusion merveilleuse de l’histoire, demandant surtout ce que fit la fille d’Anaraṇya après avoir obtenu Pippalāda pour époux. Vasiṣṭha décrit Pippalāda comme un ascète âgé, discipliné et sans convoitise, vivant paisiblement dans son āśrama forestier avec elle; l’épouse le sert avec une dévotion exemplaire par l’acte, la pensée et la parole, telle Lakṣmī au service de Nārāyaṇa. Puis s’ouvre une épreuve du Dharma : tandis qu’elle se rend au fleuve Svarṇadī pour se baigner, Dharma apparaît par māyā sous la forme d’un taureau magnifiquement paré, rayonnant de jeunesse, afin d’éprouver le bhāva intérieur de l’épouse du sage; la suite des vers est prête à en déployer la résolution morale et théologique.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । अनरण्यस्य चरितं सुतादानसमन्वितम् । श्रुत्वा गिरिवरस्तात किं चकार च तद्वद

Nārada dit : Ô bien-aimé, après avoir entendu le récit d’Anaraṇya—avec le don d’un fils—que fit ensuite le meilleur des monts (Himālaya) ? Je t’en prie, dis-le-moi.

Verse 2

ब्रह्मोवाच । अनरण्यस्य चरितं कन्यादानसमन्वितम् । श्रुत्वा पप्रच्छ शैलेशो वसिष्ठं साञ्जलिः पुनः

Brahmā dit : Après avoir entendu le récit d’Anaraṇya—avec le rite du don de sa fille en mariage—Śaileśa, Seigneur des Montagnes, interrogea de nouveau Vasiṣṭha, les mains jointes en hommage.

Verse 3

शैलेश उवाच । वसिष्ठ मुनिशार्दूल ब्रह्मपुत्र कृपानिधे । अनरण्यचरित्रन्ते कथितं परमाद्भुतम्

Śaileśa dit : « Ô Vasiṣṭha — tigre parmi les sages, fils de Brahmā, océan de compassion — tu m’as raconté l’histoire suprêmement merveilleuse d’Anaraṇya. »

Verse 4

अनरण्यसुता यस्मात् पिप्पलादं मुनिं पतिम् । सम्प्राप्य किमकार्षीत्सा तच्चरित्रं मुदावहम्

Puisque la fille d’Anaraṇyā obtint pour époux le sage Pippalāda, que fit-elle ensuite ? Ce récit de bon augure, dispensateur de joie, mérite d’être rapporté.

Verse 5

वसि । पिप्पलादो मुनिवरो वयसा जर्जरोधिकः । गत्वा निजाश्रमं नार्याऽनरण्यसुतया तया

« Ô Vasi, l’excellent sage Pippalāda, fort usé par l’âge, se rendit à son propre āśrama avec cette femme, la fille d’Anaraṇya. »

Verse 6

उवास तत्र सुप्रीत्या तपस्वी नातिलम्पटः । तत्रारण्ये गिरिवर स नित्यं निजधर्मकृत्

Ô meilleur des monts, il demeura là avec joie : ascète austère, nullement porté vers les plaisirs des sens. Dans cette forêt, il restait toujours ferme, accomplissant sans cesse son propre dharma.

Verse 7

अथानरण्यकन्या सा सिषेवे भक्तितो मुनिम् । कर्मणा मनसा वाचा लक्ष्मीनारायणं यथा

Alors cette jeune fille de la forêt servit le sage avec dévotion — par ses actes, par son esprit et par sa parole — comme Lakṣmī sert Nārāyaṇa.

Verse 8

एकदा स्वर्णदीं स्नातुं गच्छन्तीं सुस्मितां च ताम् । ददर्श पथि धर्मश्च मायया वृषरूपधृक्

Un jour, tandis qu’elle, au doux sourire, allait se baigner dans la rivière Svarṇadī, Dharma l’aperçut sur le chemin, ayant pris par sa puissance de māyā la forme d’un taureau.

Verse 9

चारुरत्नरथस्थश्च नानालं कारभूषितः । नवीनयौवनश्श्रीमान्कामदेवसभप्रभः

Monté sur un splendide char serti de joyaux et paré de multiples ornements, il apparaissait dans la fraîcheur de la jeunesse, rayonnant et resplendissant, tel Kāma-deva au sein de sa propre assemblée.

Verse 10

दृष्ट्वा तां सुन्दरीं पद्मामुवाच स वृषो विभुः । विज्ञातुं भावमन्तःस्थं तस्याश्च मुनियोषितः

Voyant la belle Padmā, le Taureau puissant (Nandin), le Tout-Puissant, prit la parole—désireux de connaître le sentiment caché au fond de son cœur, car elle était l’épouse d’un sage.

Verse 11

धर्म उवाच । अयि सुन्दरि लक्ष्मीर्वै राजयोग्ये मनोहरे । अतीव यौवनस्थे च कामिनि स्थिरयौवने

Dharma dit : «Ô belle, semblable à Lakṣmī, digne d’être reine, vraiment enchanteresse ! Ô bien-aimée, établie dans la plénitude de la jeunesse, dotée d’une jeunesse stable et sans déclin.»

Verse 12

जरातुरस्य वृद्धस्य पिप्पलादस्य वै मुनेः । सत्यं वदामि तन्वंगि समीपे नैव राजसे

«Je te dis la vérité, ô fine de membres : auprès du sage Pippalāda, vieux et infirme, tu ne brilles pas d’une splendeur royale.»

Verse 13

विप्रं तपस्सु निरतं निर्घृणं मरणोन्मुखम् । त्वक्त्वा मां पश्य राजेन्द्रं रतिशूरं स्मरातुरम्

«Me laissant de côté, regarde plutôt, ô roi, ce brāhmane—absorbé dans l’austérité, sans pitié, faisant face à la mort. Vois-le : héros dans la volupté, tourmenté par le désir.»

Verse 14

प्राप्नोति सुन्दरी पुण्यात्सौन्दर्य्यं पूर्वजन्मनः । सफलं तद्भवेत्सर्वं रसिकालिंगनेन च

Par le mérite de cet acte sacré, la belle obtient la beauté acquise dans une naissance antérieure; et tout cela s’accomplit pleinement par l’étreinte aimante du rasika, l’amant connaisseur des saveurs de l’amour.

Verse 15

सहस्रसुन्दरीकान्तं कामशास्त्रविशारदम् । किंकरं कुरु मां कान्ते सम्परित्यज्य तं पतिम्

«Ô bien-aimée, délaisse cet époux et fais de moi ton serviteur—moi, le chéri de mille beautés, parfaitement versé dans le kāmaśāstra, la science de l’amour.»

Verse 16

निर्जने कानने रम्ये शैले शैले नदीतटे । विहरस्व मया सार्द्धं जन्मेदं सफलं कुरु

Dans une forêt déserte et délicieuse—sur les pentes des montagnes et au bord de la rivière—ébat-toi avec moi. Rends cette vie véritablement féconde.

Verse 17

वसिष्ठ उवाच । इत्येवमुक्तवन्तं सा स्वरथादवरुह्य च । ग्रहीतुमुत्सुकं हस्ते तमुवाच पतिव्रता

Vasiṣṭha dit : Après qu’il eut parlé ainsi, cette épouse vouée à son mari (pativratā) descendit de son char; désireuse de lui prendre la main, elle s’adressa à lui.

Verse 18

पद्मो वाच । गच्छ दूरं गच्छ दूरं पापिष्ठस्त्वं नराधिप । मां चेत्पश्यसि कामेन सद्यो नष्टो भविष्यसि

Padmā dit : «Va-t’en loin, va-t’en loin, ô roi. Tu es le plus pécheur. Si tu me regardes avec désir, tu seras aussitôt anéanti.»

Verse 19

पिप्पलादं मुनि श्रेष्ठं तपसा पूतविग्रहम् । त्यक्त्वा कथं भजेयं त्वां स्त्रीजितं रतिलम्पटम्

«Ayant délaissé le sage éminent Pippalāda—dont le corps même fut purifié par l’austérité—comment pourrais-je te vénérer, toi qui es vaincu par une femme et avide de plaisirs charnels ?»

Verse 20

स्त्रीजितस्पर्शमात्रेण सर्वं पुण्यं प्रणश्यति । स्त्रीजितः परपापी च तद्दर्शनमघावहम्

Par le simple contact de celui que la convoitise des femmes a vaincu, tout le mérite amassé est dit périr. Un tel homme devient un lourd pécheur envers autrui, et même sa seule vue est tenue pour porteuse de faute.

Verse 21

सत्क्रियो ह्यशुचिर्नित्यं स पुमान् यः स्त्रिया जितः । निन्दन्ति पितरो देवा मान वास्सकलाश्च तम्

Même s’il accomplit des rites extérieurement convenables, l’homme dominé par une femme demeure toujours impur dans sa conduite. Les Pitṛs, les Devas et tous les hommes le blâment.

Verse 22

तस्य किं ज्ञान सुतपो जपहोमप्रपूजनैः । विद्यया दानतः किम्वा स्त्रीभिर्यस्य मनो हृतम्

À quoi servent la connaissance spirituelle, les austérités rigoureuses, le japa, le homa et le culte soigneusement accompli, pour celui dont l’esprit a été dérobé par l’attachement aux femmes ? À quoi valent encore l’étude et la charité, lorsque la conscience intérieure est emportée par l’envoûtement des sens ?

Verse 23

मातरं मां स्त्रियो भावं कृत्वा येन ब्रवीषि ह । भविष्यति क्षयस्तेन कालेन मम शापतः

«Puisque tu t’es adressé à moi comme si tu m’avais fait prendre l’état d’une femme, en m’appelant “mère”, par l’effet de ma malédiction, en son temps, tu connaîtras déclin et ruine.»

Verse 24

वसिष्ठ उवाच । श्रुत्वा धर्मस्सतीशापं नृप मूर्तिं विहाय च । धृत्वा स्वमूर्तिं देवेशः कम्पमान उवाच सः

Vasiṣṭha dit : «Ô Roi, ayant entendu la malédiction de Satī contre Dharma, le Seigneur des dieux abandonna la forme empruntée. Reprenant sa forme véritable, tout tremblant, il parla.»

Verse 25

धर्म उवाच । मातर्जानीहि मां धर्मं ज्ञानिनाञ्च गुरो र्गुरुम् । परस्त्रीमातृबुद्धिश्च कुव्वर्न्तं सततं सति

Dharma dit : «Mère, sache que je suis Dharma — le précepteur des sages, le guru même des gurus. Ô femme vertueuse, je demeure sans cesse établi dans l’attitude qui regarde l’épouse d’autrui comme une mère.»

Verse 26

अहं तवान्तरं ज्ञातुमागतस्तव सन्निधिम् । तवाहञ्च मनो जाने तथापि विधिनोदितः

Je suis venu en ta présence pour connaître ce qui demeure en toi. Je connais déjà ton esprit; pourtant, poussé par l’ordonnance du destin et l’ordre divin, je parle et j’interroge.

Verse 27

कृतं मे दमनं साध्वि न विरुद्धं यथोचितम् । शास्तिः समुत्पथस्थानामीश्वरेण विनिर्मिता

Ô femme vertueuse, la retenue que tu as exercée sur moi n’est ni déplacée ni contraire à ce qui sied. Car le Seigneur Īśvara a Lui-même établi le châtiment pour ceux qui se tiennent sur la voie de l’égarement.

Verse 28

स्वयं प्रदाता सर्वेभ्यः सुखदुःखवरान्क्षमः । सम्पदं विपदं यो हि नमस्तस्मै शिवाय हि

Salutations, en vérité, à ce Śiva—qui, de Lui-même, est le Donateur pour tous, capable d’accorder des grâces sous forme de bonheur comme de peine, et qui dispense réellement prospérité et adversité.

Verse 29

शत्रुं मित्रं सम्विधातुं प्रीतिञ्च कलहं क्षमः । स्रष्टुं नष्टुं च यस्सृष्टिं नमस्तस्मै शिवाय हि

Salutations, en vérité, au Seigneur Śiva—capable de faire d’un ennemi un ami, de susciter l’amour comme la querelle; et qui, Maître de la création, peut créer l’univers et le résorber.

Verse 30

येन शुक्लीकृतं क्षीरं जले शैत्यं कृतम्पुरा । दाहीकृतो हुता शश्च नमस्तस्मै शिवाय हि

Salutations, en vérité, au Seigneur Śiva—par qui le lait fut rendu blanc, par qui l’eau reçut la fraîcheur aux temps anciens, et par qui le feu sacrificiel (Hutāśa) fut fait flamboyer d’une puissance brûlante.

Verse 31

प्रकृतिर्निर्मिता येन तप्त्वाति महदादितः । ब्रह्मविष्णुमहेशाद्या नमस्तस्मै शिवाय हि

Salutations, en vérité, au Seigneur Śiva, l’Auspice—par qui est façonnée Prakṛti (la Nature primordiale), et de qui, après la grande chaleur du tapas, se déploient Mahat et les autres principes; et de qui naissent Brahmā, Viṣṇu, Maheśa et les autres puissances divines.

Verse 32

ब्रह्मोवाचः । इत्युक्त्वा पुरतस्तस्यास्तस्थौ धर्मो जगद्गुरुः । किञ्चिन्नोवाच चकितस्तत्पातिव्रत्य तोषितः

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, Dharma—précepteur du monde—se tint devant elle. Étonné et satisfait de sa fidélité inébranlable d’épouse dévouée, il ne dit plus rien.

Verse 33

पद्मापि नृपकन्या सा पिप्पलादप्रिसा तदा । साध्वी तं धर्ममाज्ञाय विस्मितोवाच पर्वत

Alors la vertueuse princesse Padmā—chère à Pippalāda—ayant compris la voie juste du dharma, fut saisie d’étonnement ; et Parvata parla, émerveillé.

Verse 34

पद्मोवाच । त्वमेव धर्म सर्वेषां साक्षी निखिलकर्मणाम् । कथं मनो मे विज्ञातुं विडम्बयसि मां विभो

Padmā dit : «Toi seul es le Dharma, le témoin intérieur de tous les êtres et l’Omniscient de chaque acte. Ô Seigneur qui pénètres tout, comment peux-tu feindre d’ignorer mon esprit et ainsi me taquiner ?»

Verse 35

यत्तत्सर्वं कृतं ब्रह्मन् नापराधो बभूव मे । त्वञ्च शप्तो मयाऽज्ञानात्स्त्रीस्वभा वाद्वृथा वृष

«Ô Brahmā, dans tout ce qui s’est produit, il n’y eut vraiment aucune faute de ma part. Et je t’ai maudit par ignorance, sous l’emportement propre à la nature féminine, sans juste motif, ô Seigneur au drapeau du Taureau.»

Verse 36

का व्यवस्था भवेत्तस्य चिन्तयामीति साम्प्रतम् । चित्ते स्फुरतु सा बुद्धिर्यया शं संल्लभामि वै

«Quelle observance mène jusqu’à Lui ?—voilà ce que je médite à présent. Que ce discernement jaillisse dans mon cœur, par lequel je puisse vraiment atteindre Śiva, le Dispensateur d’auspice.»

Verse 37

आकाशोसौ दिशस्सर्वा यदि नश्यन्तु वायवः । तथापि साध्वीशापस्तु न नश्यति कदाचन

Quand bien même le ciel, toutes les directions et les vents viendraient à périr, la malédiction proférée par une femme chaste et juste ne périt jamais, en aucun temps.

Verse 38

सत्ये पूर्णश्चतुष्पादः पौर्ण मास्यां यथा शशी । विराजसे देवराज सर्वकालं दिवानिशम्

Dans le Satya-yuga, tu es accompli, ferme sur les quatre parts, tel la lune en la nuit de pleine lune. Ô Seigneur des dieux, tu resplendis de splendeur en tout temps, de jour comme de nuit.

Verse 39

त्वञ्च नष्टो भवसि चेत्सृष्टिनाशो भवेत्तदा । इति कर्तव्यतामूढा वृथापि च वदाम्यहम्

Si tu venais à être détruit, alors la dissolution de l’ordre créé surviendrait. Égaré par la pensée de «ce qu’il faut faire», je parle malgré tout, fût-ce en vain.

Verse 40

पादक्षयश्च भविता त्रेतायां च सुरोत्तम । पादोपरे द्वापरे च तृतीयोऽपि कलौ विभो

Ô le meilleur des dieux, dans l’âge Tretā il y aura diminution d’un quart (du dharma). Dans la Dvāpara, un autre quart sera perdu ; et dans la Kali, ô Puissant, le troisième quart déclinera aussi.

Verse 41

कलिशेषेऽखिलाश्छिन्ना भविष्यन्ति तवांघ्रयः । पुनस्सत्ये समायाते परिपूर्णो भविष्यसि

À la fin de l’âge Kali, tous tes membres seront tranchés. Mais lorsque le Satya-yuga reviendra, tu redeviendras entier et parfaitement accompli.

Verse 42

सत्ये सर्वव्यापकस्त्वं तदन्येषु च कु त्रचित् । युगव्यवस्थया स त्वं भविष्यसि तथा तथा

Dans le Satya-yuga, tu es tout-pénétrant ; mais dans les autres âges, on ne te perçoit que d’une manière particulière. Selon l’ordonnance des yuga, ainsi te manifesteras-tu—à chaque fois sous la forme qui convient.

Verse 43

इत्येवं वचनं सत्यं ममास्तु सुखदं तव । याम्यहं पतिसेवायै गच्छ त्वं स्वगृहं विभो

«Ainsi soit-il : que ces paroles soient vraies. Qu’elles te soient favorables et porteuses de bonheur. Je vais maintenant au service de mon époux ; et toi, ô Puissant (vibho), retourne en ta demeure.»

Verse 44

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्यास्सन्तुष्टोभूद्वृषस्स वै । तदेवंवादिनीं साध्वीमुवाच विधिनन्दन

Brahmā dit : Ayant entendu ses paroles, ce taureau (Dharma) en fut véritablement satisfait. Alors le fils de l’Ordonnateur (Brahmā), s’adressant à cette dame vertueuse qui parlait ainsi, lui répondit.

Verse 45

धर्म उवाच । धन्यासि पतिभक्तासि स्वस्ति तेस्तु पतिव्रते । वरं गृहाण त्वत्स्वामी त्वत्परित्राणकारणात्

Dharma dit : «Tu es bénie, dévouée à ton époux. Que l’auspice soit sur toi, ô pativratā. Reçois une grâce, car ton seigneur, ton mari, est devenu la cause de ta protection.»

Verse 46

युवा भवतु ते भर्ता रतिशूरश्च धार्मिकः । रूपवान् गुणवान्वाग्मी संततस्थिरयौवनः

«Que ton époux demeure toujours jeune : vaillant en l’amour et ferme dans le dharma ; beau, riche de vertus, éloquent, et doté d’une jeunesse stable, sans déclin.»

Verse 47

चिरञ्जीवी स भवतु मार्कण्डेयात्प रश्शुभे । कुबेराद्धनवांश्चैव शक्रादैश्वर्य्यवानपि

Ô toi l’auspicieuse, qu’il soit longévif comme Mārkaṇḍeya; qu’il soit riche comme Kubera; et qu’il soit aussi pourvu de souveraineté et de puissance seigneuriale comme Śakra (Indra).

Verse 48

शिवभक्तो हरिसमस्सिद्धस्तु कपिलात्परः । बुद्ध्या बृहस्पतिसमस्समत्वेन विधेस्समः

Le dévot de Śiva devient accompli comme Hari (Viṣṇu), surpassant même Kapila; par l’intelligence il est tel Bṛhaspati, et par l’équanimité il est semblable à Vidhi (Brahmā).

Verse 49

स्वामिसौभाग्यसंयुक्ता भव त्वं जीवनावधि । तथा च सुभगे देवि त्वं भव स्थिरयौवना

«Puisses-tu demeurer unie à la bonne fortune de ton époux jusqu’au terme de ta vie. Et, ô Déesse auspicieuse, puisse ta jeunesse rester stable, sans jamais se flétrir.»

Verse 50

माता त्वं दशपुत्राणां गुणिनां चिरजीविनाम् । स्वभर्तुरधिकानां च भविष्यसि न संशयः

Tu deviendras assurément la mère de dix fils—vertueux et longévifs—qui surpasseront même ton époux en excellence; il n’y a là aucun doute.

Verse 51

गृहा भवन्तु ते साध्वि सर्वसम्पत्सम न्विताः । प्रकाशमन्तस्सततं कुबेरभवनाधिकाः

Ô femme vertueuse, que tes demeures soient dotées de toute prospérité; qu’elles soient à jamais remplies d’une clarté intérieure, surpassant même les splendides palais de Kubera.

Verse 52

वसिष्ठ उवाच । इत्येवमुक्ता सन्तस्थौ धर्मस्स गिरिसत्तम । सा तं प्रदक्षिणीकृत्य प्रणम्य स्वगृहं ययौ

Vasiṣṭha dit : Ainsi instruit, Dharma—ô le meilleur des monts—demeura inébranlable. Elle fit alors la pradakṣiṇā autour de lui, se prosterna avec vénération, puis retourna dans sa demeure.

Verse 53

धर्मस्तथाशिषो दत्वा जगाम निजमन्दिरम् । प्रशशंस च तां प्रात्या पद्मां संसदि संसदि

Dharma, après avoir accordé ses bénédictions, se rendit dans son propre sanctuaire. Et de retour, il loua Padmā encore et encore dans chaque assemblée.

Verse 54

सा रेमे स्वामिना सार्द्धं यूना रहसि सन्ततम् । पश्चाद्बभूवुऽस्सत्पुत्रास्तद्भर्तुरधिका गुणैः

Elle se réjouissait sans cesse, en secret, auprès de son jeune Seigneur. Puis naquirent d’excellents fils, pourvus de vertus surpassant même celles de leur père.

Verse 55

बभूव सकला सम्पद्दम्पत्योः सुखवर्द्धिनी । सर्वानन्दवृद्धिकरी परत्रेह च शर्मणे

Toute prospérité s’éleva pour le couple divin, accroissant leur félicité. Chaque joie s’en trouva dilatée, et la paix, le bien-être furent accordés ici-bas comme dans l’au-delà.

Verse 56

शैलेन्द्र कथितं सर्वमितिहासं पुरातनम् । दम्पत्योश्च तयोः प्रीत्या श्रुतं ते परमादरात्

«Ô Śailendra, ainsi toute cette antique narration sacrée, dite par Śailendra, a été entendue par toi avec la plus haute révérence—par ce couple divin, dans l’amour et l’affection réciproques.»

Verse 57

बुद्ध्वा तत्त्वं सुतां देहि पार्वतीमीश्वराय च । कुरुषं त्यज शैलेन्द्र मेनया स्वस्त्रिया सह

Ayant compris le tattva, donne ta fille Pārvatī au Seigneur Īśvara (Śiva). Ô roi des montagnes, renonce à cette dureté et laisse ton cœur s’attendrir, avec ton épouse Menā.

Verse 58

सप्ताहे समतीते तु दुर्लभेति शुभे क्षणे । लग्नाधिपे च लग्नस्थे चन्द्रेस्वत्नयान्विते

Quand une semaine se fut écoulée, en cet instant faste et très rare—lorsque le seigneur de l’ascendant demeurait établi dans l’ascendant et que la Lune était conjointe à sa propre progéniture—l’événement décrété advint.

Verse 59

मुदिते रोहिणीयुक्ते विशुद्धे चन्द्रतारके । मार्गमासे चन्द्रवारे सर्वदोषविवर्जिते

Lorsque la Lune est joyeuse et jointe à Rohiṇī, lorsque l’astre lunaire est pur et lumineux, et lorsque c’est le mois de Mārgaśīrṣa un lundi—un tel moment est dit exempt de toute souillure néfaste.

Verse 60

सर्वसद्ग्रहसंसृष्टऽसद्ग्रहदृष्टिवर्जिते । सदपत्यप्रदे जीवे पतिसौभाग्यदायिनि

Ô Déesse vivante, formée de toutes les influences favorables et affranchie du regard des saisies néfastes ; ô dispensatrice d’une noble progéniture, ô donatrice de la bonne fortune de l’époux et de la bénédiction conjugale.

Verse 61

जगदम्बां जगत्पित्रे मूलप्रकृतिमीश्वरीम् । कन्यां प्रदाय गिरिजां कृती त्वं भव पर्वत

Ô Montagne (Himālaya), en donnant ta fille Girijā—Mère de l’univers, Déesse souveraine, la Prakṛti racine elle-même—au Père de l’univers (Śiva), tu deviendras assurément comblé, béni et accompli.

Verse 62

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा मुनिशार्दूलो वसिष्ठो ज्ञानिसत्तमः । विरराम शिवं स्मृत्वा नानालीलाकरं प्रभुम्

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, Vasiṣṭha —tigre parmi les sages, le plus éminent des connaisseurs— s’arrêta, se souvenant du Seigneur Śiva, le Maître suprême qui déploie d’innombrables līlās divines.

Frequently Asked Questions

A dharma-test narrative begins: Anaraṇya’s daughter, devoted wife of the ascetic Pippalāda, is encountered on the way to bathe at Svarṇadī by Dharma appearing through māyā in bull form to assess her inner disposition.

The episode foregrounds bhāva (inner intention) as the decisive criterion of virtue: outward conduct is validated by inner purity, and divine disguises function as instruments to reveal the subtle truth of character.

Dharma’s māyā-based manifestation as a vṛṣa (bull-form) with splendor and adornment; additionally, the idealized devotional archetype is invoked via the Lakṣmī–Nārāyaṇa comparison.