Adhyaya 33
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 3363 Verses

शिवशिवयोर्जगत्पितृमातृत्व-प्रतिपादनं तथा मेनायाः विमोहः (Śiva–Śivā as Cosmic Father and Mother; Menā’s Delusion and the Sages’ Intervention)

L’Adhyāya 33 s’ouvre sur les ṛṣi exhortant Himālaya à donner sa fille à Śaṅkara, en s’appuyant sur un principe cosmique : Śiva est le Père du monde (jagatpitā) et Śivā la Mère du monde (jaganmātā) ; ainsi, ce mariage n’est pas seulement social, mais ontologique. Les sages promettent que par cet acte la naissance d’Himālaya devient « sārthaka » et que son rang s’élève, selon la logique des liens jusqu’à être honoré comme maître auprès du jagadguru. Brahmā rapporte la réponse d’Himālaya : il avait déjà consenti selon la volonté de Girīśa, mais une influence troublante—un brāhmaṇa porté vers le vaiṣṇavisme—prononça des paroles « viparīta » sur Śiva, provoquant un renversement de l’intelligence. Menā devient alors jñānabhraṣṭā, refuse l’union avec Rudra apparu sous la forme d’un bhikṣu-yogin, se retire au « kopāgāra » et demeure obstinée malgré les conseils. Himālaya avoue lui aussi son égarement, ne voulant pas offrir sa fille à la « forme mendiante » de Maheśa, et se tait parmi les sages. Les saptarṣi louent ensuite la māyā de Śiva comme la force à l’œuvre dans cette confusion et chargent Arundhatī—réputée pour sa sagesse et sa droiture conjugale—d’aller promptement vers Menā et Pārvatī, munie de l’instruction de son époux, afin de rétablir la juste compréhension et de ramener les événements vers l’union ordonnée.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । जगत्पिता शिवः प्रोक्तो जगन्माता शिवा मता । तस्माद्देया त्वया कन्या शंकराय महात्मने

Les sages dirent : « Śiva est proclamé Père de l’univers, et Śivā est tenue pour Mère de l’univers. C’est pourquoi tu dois donner ta fille en mariage à Śaṅkara, le Seigneur à la grande âme. »

Verse 2

एवं कृत्वा हिमगिरे सार्थकं ते भवेज्जनुः । जगद्गुरोर्गुरुस्त्वं हि भविष्यसि न संशयः

Ô fille de l’Himālaya, en agissant ainsi, ta naissance sera véritablement accomplie. Oui, tu deviendras le guru du Guru du monde (le Seigneur Śiva) ; il n’y a là aucun doute.

Verse 3

ब्रह्मोवाच । एवं वचनमाकर्ण्य सप्तर्षीणां मुनीश्वर । प्रणम्य तान्करौ बद्ध्वा गिरिराजोऽब्रवीदिदम्

Brahmā dit : Ô le meilleur des sages, ayant entendu ces paroles des Sept Ṛṣi, le Seigneur des Montagnes se prosterna devant eux ; les mains jointes en vénération, il parla ainsi.

Verse 4

हिमालय उवाच । सप्तर्षयो महाभागा भवद्भिर्यदुदीरितम् । तत्प्रमाणीकृतं मे हि पुरैव गिरिशेच्छया

Himālaya dit : «Ô Sept Sages, vous les très fortunés, ce que vous avez énoncé, je l’avais déjà depuis longtemps tenu pour autorité, selon la volonté de Girīśa (le Seigneur Śiva).»

Verse 5

इदानीमेक आगत्य विप्रो वैष्णवधर्मवान् । शिवमुद्दिश्य सुप्रीत्या विपरीतं वचोऽब्रवीत्

À cet instant arriva un certain brāhmaṇa, attaché aux observances vaiṣṇava ; et, tout en s’adressant à Śiva avec une cordialité apparente, il prononça des paroles contraires (à la vérité et à la juste dévotion).

Verse 6

तदारभ्य शिवामाता ज्ञानभ्रष्टा बभूव ह । सुताविवाहं रुद्रेण योगिना तेन नेच्छति

Dès cet instant, la Mère de Śivā fut privée du juste discernement ; aussi ne souhaita-t-elle pas le mariage de sa fille avec Rudra, le Yogin ascète.

Verse 7

कोपागारमगात्सा हि सुतप्ता मलिनाम्बरा । कृत्वा महाहठं विप्रा बोध्यमानापिऽनाबुधत्

Ô brāhmanes, elle—brûlant d’angoisse intérieure et vêtue d’habits souillés—se rendit dans la chambre de la colère. Ayant pris une grande résolution d’entêtement, elle n’écoutait pas, bien qu’on la conseillât sans cesse.

Verse 9

अहं च ज्ञानविभ्रष्टो जातोहं सत्यमीर्य्यते । दातुं सुतां महेशाय नेच्छामि भिक्षुरूपिणे । ब्रह्मोवाचैत्युक्त्वा शैलराजस्तु शिवमायाविमोहितः । तूष्णीं बभूव तत्रस्थो मुनीनां मध्यतो मुने

«Moi aussi, mon discernement s’est troublé—c’est bien la vérité. Je ne veux pas donner ma fille à Maheśa tant qu’Il demeure sous l’apparence d’un mendiant.» Brahmā dit : Après avoir parlé ainsi, le seigneur des montagnes—abusé par la māyā de Śiva—se tint là, au milieu des sages, ô muni, et demeura silencieux.

Verse 10

सर्वे सप्तर्षयस्ते हि शिवमायां प्रशस्य वै । प्रेषयामासुरथ तां मेनकां प्रत्यरुन्धतीम्

En vérité, tous ces Sept Ṛṣis louèrent la puissance merveilleuse de la Māyā de Śiva ; puis ils envoyèrent Menakā vers Arundhatī, afin qu’elle s’approchât avec leur message.

Verse 11

अथ पत्युस्समादाय निदेशं ज्ञानदा हि सा । जगामारुन्धती तूर्णं यत्र मेना च पार्वती

Alors Arundhatī—celle qui dispense la vraie connaissance—ayant reçu l’instruction de son époux, se rendit promptement là où se trouvaient Menā et Pārvatī.

Verse 12

गत्वा ददर्श मेनां तां शयानां शोकमूर्च्छिताम् । उवाच मधुरं साध्वी सावधाना हितं वचः

S’y étant rendue, elle vit Menā étendue, évanouie sous le poids du chagrin. Alors la dame vertueuse parla avec douceur, avec vigilance, et par des paroles tournées vers le vrai bien de Menā.

Verse 13

अरुन्धत्युवाच । उत्तिष्ठ मेनके साध्वि त्वद्गृहेऽहमरुन्धती । आगता मुनयश्चापि सप्तायाताः कृपालवः

Arundhatī dit : «Lève-toi, ô vertueuse Menakā ; moi, Arundhatī, je suis venue dans ta demeure. Les sages aussi sont arrivés : sept êtres compatissants sont venus ici.»

Verse 14

ब्रह्मोवाच । अरुन्धतीस्वरं श्रुत्वा शीघ्रमुत्थाय मेनका । उवाच शिरसा नत्वा तां पद्मामिव तेजसा

Brahmā dit : Entendant la voix d’Arundhatī, Menakā se leva aussitôt. La tête inclinée en hommage, elle s’adressa à elle, rayonnante comme un lotus de splendeur.

Verse 15

मेनोवाच । अहोद्य किमिदं पुण्यमस्माकं पुण्यजन्मनाम् । वधूर्जगद्विधेः पत्नी वसिष्ठस्यागतेह वै

Mena dit : « Ah ! Quel grand mérite nous échoit aujourd’hui, à nous nés d’une lignée vertueuse ! Car voici que l’épousée, la parèdre de l’Ordonnateur de l’univers, est vraiment venue ici avec Vasiṣṭha. »

Verse 16

किमर्थमागता देवि तन्मे ब्रूहि विशेषतः । अहं दासीसमा ते हि ससुता करुणां कुरु

Ô Déesse, dans quel dessein es-tu venue ? Dis-le-moi clairement et en détail. Je suis comme ta servante, avec mon fils ; daigne nous accorder ta compassion.

Verse 17

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा मेनकां साध्वी बोधयित्वा च तां बहु । तथागता च सुप्रीत्या सास्ते यत्रर्षयोऽपि ते

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, la dame vertueuse (Pārvatī) instruisit longuement Menakā. Puis, remplie d’une grande joie, elle se rendit au lieu où séjournaient aussi ces sages.

Verse 18

अथ शैलेश्वरं ते च बोधयामासुरादरात् । स्मृत्वा शिवपदद्वन्द्वं सर्वे वाक्यविशारदाः

Alors, avec un zèle empreint de révérence, ils éveillèrent Śaileśvara ; et tous, habiles dans la parole, se souvenant de la paire de mots sacrés de Śiva, s’adressèrent à lui.

Verse 19

ऋषय ऊचुः । शैलेन्द्र श्रूयतां वाक्यमस्माकं शुभकारणम् । शिवाय पार्वतीं देहि संहर्त्तुः श्वशुरो भव

Les sages dirent : « Ô seigneur des montagnes, écoute nos paroles, porteuses d’auspice. Donne Pārvatī à Śiva en mariage et deviens le beau-père du Destructeur (Saṃhartā). »

Verse 20

अयाचितारं सर्वेशं प्रार्थयामास यत्नतः । तारकस्य विनाशाय ब्रह्मासम्बंधकर्म्मणि

Avec un effort fervent, il pria le Seigneur de tout—qui n’a nul besoin d’être sollicité—d’obtenir la destruction de Tāraka, dans un acte accompli en lien avec la charge prescrite par Brahmā.

Verse 21

नोत्सुको दारसंयोगे शंकरो योगिनां वरः । विधेः प्रार्थनया देवस्तव कन्यां ग्रहीष्यति

Śaṅkara, le plus éminent des yogins, n’est point avide d’union conjugale. Pourtant, à la prière de Vidhātā (Brahmā), ce Seigneur divin acceptera ta fille pour épouse.

Verse 22

दुहितुस्ते तपस्तप्तं प्रतिज्ञानं चकार सा । हेतुद्वयेन योगीन्द्रो विवाहं च करिष्यति

Ta fille a accompli une austère tapas et a prononcé un vœu inébranlable. Pour ces deux raisons, le Seigneur des yogins (Śiva) consentira assurément au mariage.

Verse 23

ब्रह्मोवाच । ऋषीणां वचनं श्रुत्वा प्रहस्य स हिमालयः । उवाच किञ्चिद्भीतस्तु परं विनयपूर्वकम्

Brahmā dit : Ayant entendu les paroles des sages, Himālaya sourit ; mais, non sans une légère crainte, il parla avec la plus grande humilité et courtoisie.

Verse 24

हिमालय उवाच । शिवस्य राजसामग्रीं न हि पश्यामि काञ्चन । कञ्चिदाश्रयमैश्वर्यं कं वा स्वजनबान्धवम्

Himālaya dit : «Je ne vois en Śiva aucun des attributs royaux—ni siège de souveraineté mondaine où s’appuyer, ni cercle de parents et d’alliés.»

Verse 25

नेच्छाम्यति विनिर्लिप्तयोगिने स्वां सुतामहम् । यूयं वेदविधातुश्च पुत्रा वदत निश्चितम्

«Je ne veux nullement donner ma propre fille à ce Yogin entièrement détaché. Vous, mes fils—vous qui ordonnez aussi la voie védique—dites avec décision ce qu’il convient de faire.»

Verse 26

वरायाननुरूपाय पिता कन्यां ददाति चेत् । कामान्मोहाद्भयाल्लोभात्स नष्टो नरकं यजेत्

Si un père donne sa fille à un époux qui ne lui convient pas—par désir, illusion, peur ou avidité—il se ruine spirituellement et tombe en enfer.

Verse 27

न हि दास्याम्यहं कन्यामिच्छया शूलपाणये । यद्विधानं भवेद्योग्यमृषयस्त द्विधीयताम्

«Je ne donnerai pas ma fille à Śūlapāṇi (Śiva) selon un simple caprice personnel. Ô sages ṛṣis, que le rite juste et convenable selon l’ordonnance sacrée soit prescrit et accompli comme il se doit.»

Verse 28

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य हिमागस्य मुनीश्वर । प्रत्युवाच वसिष्ठस्तं तेषां वाक्यविशारद

Brahmā dit : Ô le meilleur des sages, ayant ainsi entendu les paroles de Himālaya, Vasiṣṭha—habile parmi eux dans l’usage juste de la parole—lui répondit.

Verse 29

वसिष्ठ उवाच । शृणु शैलेश मद्वाक्यं सर्वथा ते हितावहम् । धर्माविरुद्धं सत्यश्च परत्रेह मुदावहम्

Vasiṣṭha dit : «Ô Seigneur de la montagne, écoute mes paroles ; elles sont entièrement pour ton bien. Elles ne s’opposent pas au dharma, elles sont vraies, et elles apportent la joie ici-bas comme dans l’au-delà.»

Verse 30

वचनं त्रिविधं शैल लौकिके वैदिकेऽपि च । सर्वं जानाति शास्त्रज्ञो निर्मलज्ञानचक्षुषा

Ô né de la montagne, la parole est de trois sortes, dans l’usage du monde comme dans le domaine védique. Celui qui connaît les śāstra comprend tout, par l’œil sans tache de la connaissance pure.

Verse 31

असत्यमहितं पश्चात्सांप्रतं श्रुतिसुन्दरम् । सुबुद्धिर्वक्ति शत्रुर्हि हितं नैव कदाचन

Ce qui est faux et nuisible peut ensuite être dit comme si, à présent, c’était « agréable à l’oreille ». Mais un ennemi—fût-il intelligent—ne dit jamais vraiment ce qui t’est salutaire.

Verse 32

आदावप्रीतिजनकं परिणामे सुखावहम् । दयालुर्धमशीलो हि बोधयत्येव बांधवः

Un véritable parent—compatissant et établi dans le dharma—peut d’abord prononcer des paroles qui déplaisent, mais à la fin elles apportent bien-être et bonheur; c’est pourquoi il admoneste et réveille assurément vers la voie juste.

Verse 33

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे गिरिसांत्वनोनाम त्रयस्त्रिंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le trente-troisième chapitre, nommé « Girisāṃtvanā » (la Consolation de la Montagne), dans le Pārvatīkhaṇḍa (troisième section) de la Rudra Saṃhitā (deuxième division) du vénérable Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 34

एवञ्च त्रिविधं शैल नीतिशास्त्रोदितं वचः । कथ्यतां त्रिषु मध्ये किं ब्रुवे वाक्यं त्वदीप्सितम्

Ainsi, ô Montagne, cette parole enseignée dans la nīti-śāstra (science de la juste conduite) est de trois sortes. Dis-moi : parmi ces trois, quelle voie désires-tu ? Quelles paroles dois-je prononcer selon ton souhait ?

Verse 35

ब्राह्मसम्पद्विहीनश्च शंकरस्त्रिदशेश्वरः । तत्त्वज्ञानसमुद्रेषु सन्निमग्नैकमानसः

Bien qu’il fût dépourvu de prospérité brahmanique mondaine et d’éclat social, Śaṅkara—Seigneur des dieux—demeurait d’un esprit unique, inébranlable, entièrement plongé dans l’océan de la connaissance véritable du Réel.

Verse 36

ज्ञानानन्दस्येश्वरस्य ब्राह्मवस्तुषु का स्पृहा । गृही ददाति स्वसुतां राज्यसम्पत्तिशालिने

Quel désir le Seigneur—dont la nature même est la béatitude de la connaissance pure—pourrait-il avoir pour les biens du monde ? Pourtant, le maître de maison donne sa propre fille en mariage à celui qui possède royauté et prospérité.

Verse 37

कन्यकां दुःखिने दत्त्वा कन्याघाती भवेत्पिता । को वेद शंकरो दुःखी कुबेरो यस्य किंकरः

En donnant sa fille à un homme accablé et misérable, le père devient, pour ainsi dire, le meurtrier de sa propre fille. Qui peut dire que Śaṅkara est « infortuné », quand Kubera lui-même se tient comme Son serviteur ?

Verse 38

भ्रूभङ्गलीलया सृष्टिं स्रष्टुं हर्त्तुं क्षमो हि सः । निर्गुणः परमात्मा च परेशः प्रकृतेः परः

Par le seul jeu, léger et souverain, d’un frémissement de Son sourcil, Il peut créer l’univers et le résorber. Il est le Soi suprême sans attributs (nirguṇa), le Seigneur suprême, au-delà de Prakṛti, la nature matérielle.

Verse 39

यस्य च त्रिविधा मूर्त्तिर्विधा तुस्सृष्टिकर्मणि । सृष्टिस्थित्यन्तजननी ब्रह्मविष्णुहराभिधा

Lui dont la forme est triple, établie pour l’œuvre de la création ; et la puissance qui enfante création, maintien et dissolution est connue sous les noms de Brahmā, Viṣṇu et Hara.

Verse 40

ब्रह्मा च ब्रह्मलोकस्थो विष्णुः क्षीरोदवासकृत् । हरः कैलासनिलयः सर्वाः शिवविभूतयः

Brahmā demeure en Brahma-loka ; Viṣṇu réside sur l’Océan de Lait ; et Hara habite le Kailāsa — pourtant, toutes ces demeures et toutes ces puissances sont, en vérité, des manifestations de la vibhūti, la gloire souveraine de Śiva.

Verse 41

धत्ते च त्रिविधा मूर्ती प्रकृतिः शिवसम्भवा । अंशेन लीलया सृष्टौ कलया बहुधा अपि

Et la Prakṛti issue de Śiva revêt une triple incarnation. Dans la création, elle se manifeste en līlā, par une part (aṁśa), et encore de bien des manières par ses puissances et ses phases (kalā).

Verse 42

मुखोद्भवा स्वयं वाणी वागधिष्ठातृदेवता । वक्षःस्थलोद्भवा लक्ष्मीस्सर्वसम्पत्स्वरूपिणी

De sa bouche naquit Vāṇī elle-même, la déesse qui préside à la parole ; et de sa poitrine naquit Lakṣmī, dont la nature est la plénitude de toute prospérité et de tout heureux présage.

Verse 43

शिवा तेजस्सु देवानामाविर्भावं चकार सा । निहत्य दानवान्सर्वान्देवेभ्यश्च श्रियं ददौ

Śivā (Pārvatī), se manifestant comme une puissance rayonnante au sein même de l’éclat des dieux, apparut parmi eux ; puis, après avoir terrassé tous les Dānavas, elle accorda aux Devas la śrī — prospérité et fortune divine.

Verse 44

प्राप कल्पान्तरे जन्म जठरे दक्ष योषितः । नाम्ना सती हरं प्राप दक्षस्तस्मै ददौ च ताम्

Dans un autre cycle du temps (un kalpa ultérieur), elle naquit du sein de l’épouse de Dakṣa. Nommée Satī, elle atteignit le Seigneur Hara (Śiva) ; et Dakṣa la donna à Lui en mariage sacré.

Verse 45

देहं तत्याज योगेन श्रुत्वा सा भर्तृनिन्दनम् । साद्य त्वत्तस्तु मेनायां जज्ञे जठरतश्शिवा

Entendant l’outrage fait à son Seigneur, elle quitta son corps par la puissance du yoga. Et certes, de toi même elle renaquit aussitôt—Śivā—dans le sein de Menā.

Verse 46

शिवा शिवस्य पत्नीयं शैल जन्मनिजन्मनि । कल्पेकल्पे बुद्धिरूपा ज्ञानिनां जननी परा

Elle est Śivā, l’épouse de Śiva—née encore et encore comme fille de la Montagne. À chaque kalpa, elle se révèle comme la forme même de la buddhi suprême, Mère souveraine des sages, les conduisant vers la connaissance libératrice.

Verse 47

जायते स्म सदा सिद्धा सिद्धिदा सिद्धिरूपिणी । सत्या अस्थि चिताभस्म भक्त्या धत्ते हरस्स्वयम्

Elle naît sans cesse comme la Siddhā—dispensatrice des siddhi, incarnation de l’accomplissement spirituel. Et c’est vérité : Hara (Śiva) lui-même, par bhakti, porte la bhasma sacrée du bûcher funéraire et les cendres d’os.

Verse 48

अतस्त्वं स्वेच्छया कन्यां देहि भद्रां हराय च । अथवा सा स्वयं कान्तस्थाने यास्यत्यदास्यसि

Ainsi donc, de ton plein gré, donne la jeune fille de bon augure à Hara (Śiva). Sinon, elle ira d’elle-même au séjour de son bien-aimé; alors, il te faudra la donner malgré tout.

Verse 49

कृत्वा प्रतिज्ञां देवेशो दृष्ट्वा क्लेशमसंख्यकम् । दुहितुस्ते तपःस्थानमाजगाम द्विजात्मकः

Ayant arrêté sa résolution, le Seigneur des dieux—voyant les peines innombrables de ta fille—vint au lieu où elle accomplissait ses austérités, prenant la forme d’un brahmane (le « deux fois né »).

Verse 50

तामाश्वास्य वरं दत्त्वा जगाम निजमन्दिरम् । तत्प्रार्थनावशाच्छम्भुर्ययाचे त्वां शिवां गिरे

L’ayant réconfortée et lui ayant accordé une grâce, il retourna à sa propre demeure. Puis, sous l’élan de sa prière ardente, Śambhu te rechercha, ô Śivā de bon augure, fille de la Montagne.

Verse 51

अंगीकृतं युवाभ्यां तच्छिवभक्तिरतात्मना । विपरीतमतिर्जाता वद कस्माद्गिरीश्वर

Ô Girīśvara, tu l’as accepté avec un cœur voué à la Śiva-bhakti ; pourquoi donc une intention contraire s’est-elle levée ? Dis-moi, quelle en est la cause ?

Verse 52

तद्गत्वा प्रभुणा देव प्रार्थितेन त्वदन्तिकम् । प्रस्थापिता वयं शीघ्रं ह्यृषयस्साप्यरुन्धती

« Étant allés là-bas, ô Deva, le Seigneur nous a suppliés avec ferveur et nous a aussitôt dépêchés auprès de toi — nous, les ṛṣi, avec Arundhatī. »

Verse 53

शिक्षयामो वयं त्वा हि दत्त्वा रुद्राय पार्वतीम् । एवंकृते महानन्दो भविष्यति गिरे तव

« Oui, nous allons t’enseigner : donne Pārvatī à Rudra. Quand cela sera accompli, ô Montagne, une grande béatitude naîtra pour toi. »

Verse 54

शिवां शिवाय शैलेन्द्र स्वेच्छया चेन्न दास्यसि । भविता तद्विवाहोऽत्र भवितव्यबलेन हि

Ô Śailendra, seigneur des montagnes, si tu ne donnes pas de ton plein gré Śivā (Pārvatī) à Śiva, malgré tout leur mariage aura lieu ici, par la force irrésistible de ce qui est destiné.

Verse 55

वरं ददौ शिवायै स तपन्त्यै तात शंकरः । नहीश्वरप्रतिज्ञातं विपरीताय कल्पते

Ô bien-aimé, Śaṅkara accorda une grâce à Śivā (Pārvatī) tandis qu’elle accomplissait les austérités; car ce que le Seigneur a voué ne peut jamais tourner autrement, ni contredire Sa volonté divine.

Verse 56

अहो प्रतिज्ञा दुर्लंघ्या साधूनामीशवर्तिनाम् । सर्वेषां जगतां मध्ये किमीशस्य पुनर्गिरे

Ah ! Le vœu des vertueux, qui demeurent sous la souveraineté du Seigneur, est vraiment difficile à transgresser. Dans tous les mondes, quelle puissance pourrait faire que le Seigneur parle de nouveau autrement ?

Verse 57

एको महेन्द्रश्शैलानां पक्षांश्चिच्छेद लीलया । पार्वती लीलया मेरोश्शृङ्गभङ्गं चकार च

D’un simple jeu, Mahendra, à lui seul, trancha les « ailes » des montagnes ; et de même, par sa propre puissance de lîlâ, Pārvatī brisa même le sommet du Meru.

Verse 58

एकार्थे नहि शैलेश नाश्यास्सर्वा हि सम्पदः । एकं त्यजेत्कुलस्यार्थे श्रुतिरेषा सनातनी

Ô Seigneur des montagnes, lorsque l’on ne maintient pas un but unique, toute prospérité périt. Pour le bien du clan, il faut renoncer même à un seul; telle est l’instruction éternelle de la Śruti.

Verse 59

दत्त्वा विप्राय स्वसुतामनरण्यो नृपेश्वर । ब्राह्मणाद्भयमापन्नो ररक्ष निजसम्पदम्

Après avoir donné sa propre fille à un brāhmane, le roi Anaraṇya—saisi de crainte devant la puissance de ce brāhmane—protégea ses richesses et ses biens.

Verse 60

तमाशु बोधयामासुर्नीतिशास्त्रविदो जनाः । ब्रह्मशापाद्विभीताश्च गुरवो ज्ञातिसत्तमाः

Alors, des hommes versés dans les traités de juste conduite l’instruisirent sans tarder. Les anciens et les précepteurs, les plus nobles de sa parenté, redoutant la malédiction de Brahmā, se hâtèrent eux aussi de le conseiller.

Verse 61

शैलराज त्वमप्येव सुतां दत्त्वा शिवाय च । रक्ष सर्वान्बंधुवर्गान्वशं कुरु सुरानपि

Ô Roi des Montagnes, toi aussi, après avoir donné ta fille à Śiva, protège toute ta parenté ; et fais que même les dieux se rangent sous ton heureuse autorité.

Verse 62

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वसिष्ठस्य वचनं स प्रह स्य च । पप्रच्छ नृपवार्त्ताश्च हृदयेन विदूयता

Brahmā dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Vasiṣṭha, il sourit ; mais, le cœur brûlant au-dedans, il l’interrogea encore sur l’état et les affaires du roi.

Verse 63

हिमालय उवाच । कस्य वंशोद्भवो ब्रह्मन्ननरण्यो नृपश्चसः । सुतां दत्त्वा स च कथं ररक्षाखिलसम्पदः

Himālaya dit : «Ô brahmane, de quelle lignée naquit le roi Anaraṇya ? Et après avoir donné sa fille en mariage, comment conserva-t-il et protégea-t-il toute sa prospérité et ses biens ?»

Verse 64

ब्रह्मोवाच । इति श्रुत्वा वसिष्ठस्तु शैलवाक्यं प्रसन्नधीः । प्रोवाच गिरये तस्मै नृपवार्त्ता सुखावहाम्

Brahmā dit : Ayant ainsi entendu les paroles de la Montagne, Vasiṣṭha—l’esprit paisible et réjoui—s’adressa à ce mont, lui transmettant au sujet du roi des nouvelles agréables et porteuses de joie.

Frequently Asked Questions

The sages press Himālaya to offer Pārvatī to Śiva, but a contrary Vaiṣṇava-leaning brāhmaṇa’s words trigger Menā’s and Himālaya’s hesitation; the saptarṣis then dispatch Arundhatī to restore clarity and consent.

It frames the marriage as a metaphysical reunification of the cosmic principles (consciousness and power), making the household act (kanyādāna) a symbol of cosmic order rather than a merely human alliance.

Śiva’s māyā: delusion is portrayed not simply as error but as a divine, pedagogical mechanism that requires discernment and authoritative counsel to resolve.