
L’Adhyāya 19 prend la forme d’un dialogue : Nārada demande à Brahmā ce qui advint ensuite. Brahmā rapporte un épisode crucial durant la tapas suprême de Śiva : le Seigneur perçoit un trouble dans sa paix intérieure et en cherche la cause, méditant que l’attrait pour l’épouse d’autrui est contraire au dharma (dharma-virodha) et franchit les limites de la śruti (śruti-sīmā). Cette analyse morale et intérieure se manifeste aussitôt au dehors : Śiva scrute les directions et voit Kāma à sa gauche, l’arc bandé, orgueilleux et illusionné, prêt à décocher sa flèche. Kāma lance sur Śaṅkara l’arme dite « infaillible » (amogha-astra), mais au contact du Soi suprême elle devient vaine (mogha) et sa puissance s’éteint lorsque s’élève la colère de Śiva. Le chapitre enseigne ainsi que le désir, intrus, ne peut enchaîner le Parameśvara, et que la moindre agitation mentale doit être examinée selon le dharma et la connaissance yogique avant d’être résolue par la souveraineté divine.
Verse 1
नारद उवाच । ब्रह्मन्विधे महाभाग किं जातं तदनंतरम् । कथय त्वं प्रसादेन तां कथां पापनाशिनीम्
Nārada dit : «Ô Brahmā, ô Vidhātā, toi le très fortuné, que se passa-t-il ensuite ? Par ta grâce, raconte-moi ce récit qui anéantit le péché.»
Verse 2
ब्रह्मोवाच । श्रूयतां सा कथा तात यज्जातं तदनंतरम् । तव स्नेहात्प्रवक्ष्यामि शिवलीलां मुदावहाम्
Brahmā dit : «Mon enfant bien-aimé, écoute ce récit de ce qui advint aussitôt après. Par affection pour toi, je vais raconter la līlā de Śiva, son jeu divin qui donne la joie.»
Verse 3
धैर्यस्य व्यसनं दृष्ट्वा महायोगी महेश्वरः । विचिंतितं मनस्येवं विस्मितोऽतिततः परम्
Voyant que la fermeté même (dhairya) était tombée dans l’épreuve, le Mahāyogī Maheśvara se plongea en une réflexion intérieure ; dans son cœur il pensa ainsi, et fut saisi d’un étonnement sans mesure.
Verse 4
शिव उवाच । किमु विघ्नाः समुत्पन्नाः कुर्वतस्तप उत्तमम् । केन मे विकृतं चित्तं कृतमत्र कुकर्मिणा
Śiva dit : «Pourquoi des obstacles (vighna) sont-ils apparus tandis que j’accomplis cette austérité suprême ? Par qui—par quel malfaiteur ici—mon esprit a-t-il été troublé et rendu agité ?»
Verse 5
कुवर्णनं मया प्रीत्या परस्त्र्युपरि वै कृतम् । जातो धर्मविरोधोऽत्र श्रुतिसीमा विलंघिता
Par attachement et complaisance, j’ai tenu des propos inconvenants au sujet de l’épouse d’autrui. Ainsi s’est levée ici une opposition au dharma, et la limite fixée par la śruti a été franchie.
Verse 6
ब्रह्मोवाच । विचिंत्येत्थं महायोगी परमेशस्सतां गतिः । दिशो विलोकयामास परितश्शंकितस्तदा
Brahmā dit : Ayant ainsi réfléchi, le Grand Yogin—Parameśvara, refuge suprême et but des justes—porta alors son regard vers toutes les directions, de tous côtés, avec une anxieuse inquiétude.
Verse 7
वामभागे स्थितं कामं ददर्शाकृष्टबाणकम् । स्वशरं क्षेप्तुकामं हि गर्वितं मूढचेतसम्
Alors il vit Kāma se tenir à sa gauche, la flèche déjà bandée—désireux de lancer son propre trait, gonflé d’orgueil et l’esprit égaré.
Verse 8
तं दृष्ट्वा तादृशं कामं गिरीशस्य परात्मनः । संजातः क्रोधसंमर्दस्तत्क्षणादपि नारद
Ô Nārada ! En voyant Kāma tel qu’il était devant Girīśa—Śiva, le Soi suprême—à l’instant même naquit en lui un élan d’ire écrasante.
Verse 9
कामः स्थितोऽन्तरिक्षे स धृत्वा तत्सशरं धनुः । चिक्षेपास्त्रं दुर्निवारममोघं शंकरे मुने
Ô sage, Kāma, demeurant dans le ciel, saisit son arc avec sa flèche et lança son arme, difficile à parer et infaillible, vers Śaṅkara, le Seigneur Śiva.
Verse 10
बभूवामोघमस्त्रं तु मोघं तत्परमात्मनि । समशाम्यत्ततस्तस्मिन्संकुद्धे परमेश्वरे
L’arme divine, infaillible, devint vaine devant le Soi suprême. Alors elle s’apaisa et s’éteignit, car là le Seigneur Parameśvara brûlait de courroux.
Verse 11
मोघीभूते शिवे स्वेस्त्रे भयमापाशु मन्मथः । चकंपे च पुरः स्थित्वा दृष्ट्वा मृत्युंजयं प्रभुम्
Quand sa propre arme contre Śiva se révéla totalement vaine, Manmatha (Kāma) fut aussitôt saisi de peur ; et, se tenant devant Lui, il trembla en voyant le Seigneur Mṛtyuñjaya, le Vainqueur de la Mort.
Verse 12
सस्मार त्रिदशान्सर्वान्शक्रादीन्भयविह्वलः । स स्मरो मुनिशार्दूल स्वप्रयासे निरर्थके
Accablé de peur, Smara (Kāma) se souvint de tous les dieux, à commencer par Śakra (Indra). Ô tigre parmi les sages, son propre effort était devenu vain.
Verse 13
कामेन सुस्मृता देवाश्शक्राद्यास्ते मुनीश्वर । आययुः सकलास्ते हि शंभुं नत्वा च तुष्टुवुः
Ô le meilleur des sages, lorsque Kāma les invoqua comme il se doit, tous les dieux—à commencer par Śakra (Indra)—vinrent ensemble. S’inclinant devant Śambhu, ils Le louèrent ensuite par des hymnes.
Verse 14
स्तुतिं कुर्वत्सु देवेषु कुद्धस्याति हरस्य हि । तृतीयात्तस्य नेत्राद्वै निस्ससार ततो महान्
Tandis que les dieux offraient des hymnes de louange, Hari (Viṣṇu) fut saisi d’une colère extrême. Alors, de son troisième œil jaillit un être puissant et immense.
Verse 15
ललाट मध्यगात्तस्मात्सवह्निर्द्रुतसम्भवः । जज्वालोर्द्ध्वशिखो दीप्तः प्रलयाग्निसमप्रभः
Du milieu de son front jaillit aussitôt un feu. Flamboyant, ses flammes s’élevaient vers le haut et il resplendissait de l’éclat du feu du pralaya, révélant la puissance redoutable de la volonté divine de Śiva.
Verse 16
उत्पत्य गगने तूर्णं निष्पत्य धरणी तले । भ्रामंभ्रामं स्वपरितः पपात मेदनीं परि
Il bondit promptement dans le ciel puis se précipita sur la surface de la terre. Tournoyant sans cesse autour de lui-même, il tomba en décrivant des cercles au-dessus du sol.
Verse 17
भस्मसात्कृतवान्साधो मदनं तावदेव हि । यावच्च मरुतां वाचः क्षम्यतां क्षम्यतामिति
Ô saint, tu as bien réduit Kāma (Madana) en cendres, mais seulement tant que l’on entendait les paroles des Maruts : « Pardonne, pardonne ! »
Verse 18
हते तस्मिन्स्मरे वीरे देव दुःखमुपागताः । रुरुदुर्विह्वलाश्चातिक्रोशतः किमभूदिति
Quand le vaillant Kāma (Smara) fut abattu, les dieux furent accablés de chagrin. Désemparés, ils pleuraient et criaient sans cesse : « Qu’est-il arrivé—comment cela a-t-il pu être ? »
Verse 19
श्वेतांगा विकृतात्मा च गिरिराजसुता तदा । जगाम मंदिरं स्वं च समादाय सखीजनम्
Alors la fille du Roi des Montagnes—le corps blême et l’esprit intérieurement troublé—retourna dans son propre palais, emmenant avec elle son cercle de compagnes, jeunes filles.
Verse 20
क्षणमात्रं रतिस्तत्र विसंज्ञा साभवत्तदा । भर्तृमृत्युजदुःखेन पतिता सा मृता इव
Un instant, Rati y perdit connaissance. Frappée par la douleur née de la mort de son époux, elle s’effondra, comme si elle était morte.
Verse 21
जातायां चैव संज्ञायां रतिरत्यंतविह्वला । विललाप तदा तत्रोच्चरंती विविधं वचः
Quand la conscience lui revint, Ratī—accablée jusqu’au tréfonds—se mit à gémir en ce lieu, proférant des paroles diverses.
Verse 22
रतिरुवाच । किं करोमि क्व गच्छामि किं कृतं दैवतैरिह । मत्स्वामिनं समाहूय नाशयामासुरुद्धतम्
Ratī dit : «Que ferai-je ? Où irai-je ? Qu’ont donc fait ici les dieux ? Ayant appelé mon époux, ils l’ont anéanti, lui pourtant si fier et redoutable.»
Verse 23
हा हा नाथ स्मर स्वामिन्प्राणप्रिय सुखप्रद । इदं तु किमभूदत्र हा हा प्रिय प्रियेति च
«Hélas, hélas—ô Seigneur, Smara, mon époux ! Bien-aimé de mon souffle, dispensateur de joie—qu’est-il advenu ici ? Hélas, hélas, mon bien-aimé !» criait-elle sans cesse.
Verse 24
ब्रह्मोवाच । इत्थं विलपती सा तु वदंती बहुधा वचः । हस्तौ पादौ तदास्फाल्य केशानत्रोटयत्तदा
Brahmā dit : Ainsi, elle se lamentait, proférant des paroles de toutes sortes. Dans cette détresse, elle frappa ses mains et ses pieds, et alors elle se mit à s’arracher les cheveux.
Verse 25
तद्विलापं तदा श्रुत्वा तत्र सर्वे वनेचराः । अभवन्दुःखितास्सर्वे स्थावरा अपि नारद
En entendant cette lamentation à cet instant, tous les habitants de la forêt en furent affligés. Même les êtres immobiles—arbres et plantes—étaient en peine, ô Nārada.
Verse 26
एतस्मिन्नंतरे तत्र देवाश्शक्रादयोऽखिलाः । रतिमूचुस्समाश्वास्य संस्मरंतो महेश्वरम्
Cependant, en ce même temps et en ce même lieu, tous les dieux—à commencer par Śakra (Indra)—réconfortèrent Rati et lui parlèrent, se souvenant de Maheśvara (le Seigneur Śiva).
Verse 27
देवा ऊचुः । किंचिद्भस्म गृहीत्वा तु रक्ष यत्नाद्भयं त्यज । जीवयिष्यति स स्वामी लप्स्यसे त्वं पुनः प्रियम्
Les Devas dirent : «Prends un peu de bhasma, la cendre sacrée, et garde-la avec soin ; renonce à la peur. Ce Seigneur lui rendra la vie, et toi, tu retrouveras ton bien-aimé».
Verse 28
सुखदाता न कोप्यस्ति दुःखदाता न कश्चन । सर्वोऽपि स्वकृतं भुंक्ते देवाञ्शोचसि वै वृथा
Nul n’est véritablement dispensateur de bonheur, et nul n’est dispensateur de peine. Chaque être ne goûte que le fruit de ses propres actes ; ainsi, ô bien-aimée, tu t’affliges en vain pour les dieux.
Verse 29
ब्रह्मोवाच । इत्याश्वास्य रतिं देवास्सर्वे शिवमुपागताः । सुप्रसाद्य शिवं भक्त्या वचनं चेदमब्रुवन्
Brahmā dit : Ayant ainsi réconforté Ratī, tous les dieux s’approchèrent du Seigneur Śiva. Après avoir réjoui Śiva par la dévotion, ils prononcèrent ces paroles.
Verse 30
देवा ऊचुः । भगवञ्छ्रूयतोमेतद्वचनं नश्शुभं प्रभो । कृपां कृत्वा महेशान शरणागतवत्सल
Les Devas dirent : «Ô Seigneur Bienheureux, daigne écouter notre requête de bon augure, ô Maître. Ô Maheśāna, plein de tendresse pour ceux qui se réfugient en toi, fais-nous grâce et protège-nous.»
Verse 31
सुविचारय सुप्रीत्या कृति कामस्य शंकर । कामेनैतत्कृतं यत्र न स्वार्थं तन्महेश्वर
Ô Śaṅkara, considère avec un discernement paisible et une bienveillante compréhension l’acte de Kāma. Là où Kāma a agi, ce ne fut pas pour son propre profit, ô Maheśvara.
Verse 32
दुष्टेन पीडितैर्देवैस्तारकेणाऽखिलैर्विभो । कर्म तत्कारितं नाथ नान्यथा विद्धि शंकर
Ô Seigneur qui pénètres tout ! Tous les dieux, tourmentés par le malfaisant Tāraka, ont fait entreprendre cet acte. Ô Maître, sache qu’il en est ainsi et non autrement, ô Śaṅkara.
Verse 33
रतिरेकाकिनी देव विलापं दुःखिता सती । करोति गिरिश त्वं च तामाश्वासय सर्वदा
Ô Deva, Satī, demeurée seule et accablée de peine, se lamente dans sa douleur. Ô Girīśa, console-la et rassure-la sans cesse.
Verse 34
संहारं कर्तुकामोऽसि क्रोधेनानेन शंकर । दैवतैस्सह सर्वेषां हतवांस्तं यदि स्मरम्
Ô Śaṅkara, dans cette colère même, tu sembles porté vers la destruction. Si tu te souvenais de Smara (Kāma), tu aurais été son meurtrier—et, avec lui, celui de tous les dieux.
Verse 35
दुःखं तस्या रतेर्दृष्ट्वा नष्टप्रायाश्च देवताः । तस्मात्त्वया च कर्त्तव्यं रत्याशोकापनोदनम्
Voyant la peine de Rati, les dieux furent presque anéantis. C’est pourquoi toi aussi tu dois agir afin que le chagrin de Rati soit ôté.
Verse 36
ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तेषां प्रसन्नो भगवाञ्छिवः । देवानां सकलानां च वचनं चेदमब्रवीत्
Brahmā dit : Ayant ainsi entendu leurs paroles, le Seigneur bienheureux Śiva devint gracieux ; et à tous les dieux il adressa ces mots en réponse.
Verse 37
शिव उवाच । देवाश्च ऋषयस्सर्वे मद्वचश्शृणुतादरात् । मत्कोपेन च यज्जातं तत्तथा नान्यथा भवत्
Śiva dit : «Ô dieux et tous les ṛṣi, écoutez avec respect mes paroles. Ce qui est né de ma colère advient exactement ainsi, et non autrement.»
Verse 38
अनंगस्तावदेव स्यात्कामो रतिपतिः प्रभुः । यावच्चावतरेत्कृष्णो धरण्यां रुक्मिणीपतिः
Ainsi, Kāma—l’Incorporel (Ananga), seigneur de Rati—demeurerait puissant, jusqu’à ce que Kṛṣṇa, l’époux de Rukmiṇī, descende sur la terre.
Verse 39
द्वारकायां यदा स्थित्वा पुत्रानुत्पादयिष्यति । तदा कृष्णस्तु रुक्मिण्यां काममुत्पादयिष्यति
Lorsqu’il viendra demeurer à Dvārakā et engendrera des fils, alors Kṛṣṇa, assurément, éveillera en Rukmiṇī le désir d’une descendance.
Verse 40
प्रद्युम्ननाम तस्यैव भविष्यति न संशयः । जातमात्रं तु तं पुत्रं शंबरस्संहरिष्यति
Son nom sera Pradyumna, sans aucun doute. Mais dès la naissance de ce fils, Śambara le saisira et le fera disparaître.
Verse 41
हृत्वा प्रास्य समुद्रं तं शंबरो दानवोत्तमः । मृतं ज्ञात्वा वृथा मूढो नगरं स्वं गमिष्यति
L’ayant enlevé puis jeté dans l’océan, Śambara — le plus éminent des Dānavas — le croyant mort, retournera en vain, dans l’illusion, vers sa propre cité.
Verse 42
तावच्च नगरं तस्य रते स्थेयं यथासुखम् । तत्रैव स्वपतेः प्राप्तिः प्रद्युम्नस्य भविष्यति
Jusqu’à ce moment, demeure dans cette cité et vis dans la joie selon ton gré. Là même se produira sûrement l’arrivée et la rencontre de ton propre époux, Pradyumna.
Verse 43
तत्र कामो मिलित्वा तं हत्वा शम्बरमाहवे । भविष्यति सुखी देवाः प्रद्युम्नाख्यस्स्वकामिनीम्
Là, Kāma (le dieu de l’amour), s’unissant à lui, tuera Śambara au combat. Alors les dieux seront dans la joie, et Pradyumna obtiendra sa bien-aimée.
Verse 44
तदीयं चैव यद्द्रव्यं नीत्वा स नगरं पुनः । गमिष्यति तया सार्द्धं देवास्सत्यं वचो मम
Emportant tous les biens qui sont à elle, il retournera de nouveau à la cité; puis, avec elle, il s’en ira. Ô Deva, ma parole est véridique.
Verse 45
ब्रह्मोवाच । इति श्रुत्वा वचश्शंभोर्देवा ऊचुः प्रणम्य तम् । किंचिदुच्छ्वसिताश्चित्ते करौ बद्ध्वा नतांगकाः
Brahmā dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Śambhu, les dieux parlèrent après s’être prosternés devant Lui. Le cœur quelque peu soulagé, ils se tinrent les paumes jointes, le corps incliné en vénération.
Verse 46
देवा ऊचुः । देवदेव महादेव करुणासागर प्रभो । शीघ्रं जीवय कामं त्वं रक्ष प्राणान् रतेर्हर
Les dieux dirent : « Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, ô Seigneur—océan de compassion ! Rends vite la vie à Kāma, et protège le souffle vital de Ratī, ô destructeur de son bien-aimé. »
Verse 47
ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्यामरवचः प्रसन्नः परमेश्वरः । पुनर्बभाषे करुणासागरस्सकलेश्वरः
Brahmā dit : Ayant ainsi entendu les paroles des immortels, Parameśvara fut satisfait. Alors Śiva—océan de compassion, Seigneur de tout—parla de nouveau.
Verse 48
शिव उवाच । हे देवास्सुप्रसन्नोऽस्मि जीवयिष्यामि चांतरे । कामः स मद्गणो भूत्वा विहरिष्यति नित्यशः
Śiva dit : « Ô Deva, je suis pleinement satisfait. En temps voulu, je le ramènerai à la vie ; et ce Kāma, devenu membre de mes gaṇa, se mouvra et servira à jamais en ma présence. »
Verse 49
नाख्येयमिदमाख्यानं कस्यचित्पुरतस्सुराः । गच्छत स्वस्थलं दुखं नाशयिष्यामि सर्वतः
Ô Devas, ce récit ne doit pas être raconté devant n’importe qui. Allez maintenant vers votre demeure sûre ; moi, j’ôterai entièrement cette souffrance de toutes parts.
Verse 50
ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वांतर्दधे रुद्रो देवानां स्तुवतां तदा । सर्वे देवास्सुप्रस्सन्ना बभूवुर्गतविस्मयाः
Brahmā dit : Ayant parlé ainsi, Rudra disparut alors que les dieux chantaient des hymnes de louange. Ensuite, tous les devas devinrent profondément sereins et comblés, leur étonnement s’étant apaisé.
Verse 51
ततस्तां च समाश्वास्य रुद्रस्य वचने स्थिताः । उक्त्वा वचस्तदीयं च स्वं स्वं धाम ययुर्मुने
Puis ils la consolèrent et demeurèrent établis dans l’ordre de Rudra. Après avoir encore prononcé ses paroles, ô sage, ils partirent—chacun vers sa propre demeure.
Verse 52
कामपत्नी समादिष्टं नगरं सा गता तदा । प्रतीक्षमाणा तं कालं रुद्रादिष्टं मुनीश्वर
Ô le meilleur des sages, alors l’épouse de Kāma se rendit dans la cité qui lui avait été indiquée. Là, elle attendit le moment fixé, selon l’ordonnance de Rudra.
Kāma attempts to disturb Śiva’s supreme tapas by shooting an “unfailing” arrow/weapon, but the attack becomes ineffective before the Paramātman, and Śiva’s awareness identifies and confronts the source of the disturbance.
It encodes a Śaiva claim: desire’s force operates only where identification and instability exist; in the Supreme Yogin (parameśvara), the same impulse loses binding power, demonstrating transcendence over guṇa-driven compulsion.
Śiva is portrayed as Mahāyogin (perfect in tapas), Parameśvara/Paramātman (metaphysically unsurpassable), and as the ethical-reflective agent who evaluates mental movement through dharma before responding with sovereign power.