Adhyaya 10
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 1026 Verses

सतीविरहानन्तरं शम्भोश्चरितम् / Śiva’s Conduct After Satī’s Separation

L’Adhyāya 10 est transmis sous forme de questions–réponses : Nārada prie Brahmā (Vidhi) de raconter la līlā et la conduite de Śiva après le départ de Satī—comment il supporta la séparation, ce qu’il fit ensuite, quand et pourquoi il se dirigea vers la région de l’Himavat pour le tapas (austérités), et comment furent établies les conditions permettant à Pārvatī d’obtenir Śiva. Brahmā répond par un récit auspicious et purificateur, destiné à accroître la bhakti. Les vers suggèrent un Śiva accablé, se souvenant de Satī, se tournant vers le renoncement (digambara, abandon de la vie de maître de maison), errant à travers les mondes, accordant parfois le darśana, puis revenant finalement vers la contrée des montagnes. Ce chapitre sert ainsi de charnière : il interprète la douleur divine comme détachement yogique et prépare la scène pour le tapas de Pārvatī, l’extinction des motifs liés à Kāma (kāmakṣaya) et la théologie de la réunion.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । विष्णुशिष्य महाभाग विधे शैववर प्रभो । शिवलीलामिमां व्यासात्प्रीत्या मे वक्तुमर्हसि

Nārada dit : 'Ô noble, disciple de Viṣṇu — ô vénérable Brahmā, le meilleur parmi les dévots de Śiva ! Par affection, s'il vous plaît, ayez l'obligeance de me raconter ce divertissement divin de Śiva, tel que vous l'avez entendu de Vyāsa.'

Verse 2

सतीविरहयुक्शंम्भुः किं चक्रे चरितन्तथा । तपः कर्तुं कदायातो हिमवत्प्रस्थमुत्तमम्

Uni à la douleur de la séparation d’avec Satī, que fit alors Śambhu, et comment vécut-il? Et quand se rendit-il sur les hauteurs les plus excellentes de l’Himavān pour y accomplir l’austérité (tapas) ?

Verse 3

शिवाशिवशिवादो ऽभूत्कथं कामक्षयश्च मे । तपः कृत्वा कथम्प्राप शिवं शम्भुं च पार्वती

Comment l'énonciation et la contemplation de 'Shiva—Ashiva—Shiva' sont-elles nées ? Et comment mon désir a-t-il été épuisé ? Après avoir pratiqué l'austérité, comment Pārvatī a-t-elle atteint Shiva—Shambhu lui-même ?

Verse 4

तत्सर्वमपरं चापि शिवसच्चरितं परम् । वक्तुमर्हसि मे ब्रह्मन्महानन्दकरं शुभम्

Ô Brahman, au-delà de tout cela, tu devrais aussi me raconter le récit sacré suprême et véritable de Shiva — de bon augure et dispensateur d'une grande félicité.

Verse 6

गणानाभाष्य शोचंस्तां तद्गुणान्प्रे मवर्धनान् । वर्णयामास सुप्रीत्या दर्शयंल्लौकिकीं गतिम्

S'adressant aux Ganas, il se lamenta sur elle et, avec une grande affection, il décrivit ses vertus — celles qui augmentent l'amour — révélant ainsi le cours des affaires mondaines.

Verse 7

आगत्य स्वगिरिं शम्भुः प्रियाविरहकातरः । सस्मार स्वप्रियां देवीं सतीं प्राणाधिकां हृदा

De retour sur sa montagne, demeure qui était la sienne, Śambhu, accablé par la séparation d’avec l’aimée, se remémora dans son cœur la Déesse Satī, plus chère à lui que la vie même.

Verse 9

दिगम्बरो बभूवाथ त्यक्त्वा गार्हस्थ्यसद्गतिम् । पुनर्बभ्राम लोकन्वै सर्वांल्लीलाविशारदः

Puis, ayant renoncé à la voie fautive de l’attachement mondain du foyer, il devint Digambara (vêtu du ciel, sans possessions) et erra de nouveau à travers tous les mondes, maître du jeu divin (līlā).

Verse 10

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे भौमोत्पत्तिशिवलीलावर्णनं नाम दशमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la deuxième section, la Rudra-saṃhitā, dans la troisième division appelée Pārvatī-khaṇḍa—s’achève le dixième chapitre, intitulé : «Description de l’origine de Bhūmi (la Terre) et du līlā divin de Śiva».

Verse 11

समाधाय मनो यत्नात्समाधिन्दुःखनाशिनम । चकार च ददर्शासौ स्वरूपं निजमव्ययम्

Par un effort appliqué, il recueillit son esprit et entra en samādhi, l’état qui dissipe la peine; et dans cette absorption il contempla sa propre forme véritable, son essence impérissable.

Verse 12

इत्थं चिरतरं स्थाणुस्तस्थौ ध्वस्तगुणत्रयः । निर्विकारी परम्ब्रह्म मायाधीशस्स्वयंप्रभुः

Ainsi, durant un temps très long, Sthāṇu (le Seigneur Śiva) demeura immobile, ayant transcendé les trois guṇa. Immuable, Brahman suprême, Maître de la Māyā, auto-lumineux et souverain, Il se tint établi en sa propre nature.

Verse 13

ततस्समाधिन्तत्त्याज व्यतीय ह्यमितास्समाः । यदा तदा बभूवाशु चरितं तद्वदामि वः

Puis Il sortit de ce samādhi ; entre-temps, des années incommensurables s’étaient écoulées. Ce qui advint ensuite, et comment cela se produisit si promptement, je vais à présent vous le raconter.

Verse 14

प्रभोर्ललाटदेशात्तु यत्पृषच्छ्रमसंभवम् । पपात धरणौ तत्र स बभूव शिशुर्द्रुतम्

Du front du Seigneur tomba sur la terre une goutte née de l’effort ; et là même, en ce lieu, elle devint aussitôt un enfant.

Verse 15

चतुर्भुजोऽरुणाकारो रमणीयाकृतिर्मुने । अलौकिकद्युतिः श्रीमांस्तेजस्वी परदुस्सहः

Ô sage, il avait quatre bras et une teinte rouge d’aurore, d’une forme des plus ravissantes. Sa splendeur était d’un autre monde ; il était de bon augure et resplendissant, flamboyant de tejas, difficile à soutenir pour autrui.

Verse 16

रुरोद स शिशुस्तस्य पुरो हि परमेशितुः । प्राकृतात्मजवत्तत्र भवाचाररतस्य हि

Cet enfant pleura là, en vérité, devant le Seigneur Suprême, se comportant comme un fils ordinaire, manifestant la conduite naturelle de la vie du monde.

Verse 17

तदा विचार्य सुधिया धृत्वा सुस्त्रीतनुं क्षितिः । आविर्बभूव तत्रैव भयमानीय शंकरात्

Alors, après avoir réfléchi d’une intelligence limpide, la Terre prit la forme d’une noble femme et se manifesta sur-le-champ, saisie de crainte devant Śaṅkara (le Seigneur Śiva).

Verse 18

तम्बालं द्रुतमुत्थाय क्रोडयां निदधे वरम् । स्तन्यं सापाययत्प्रीत्या दुग्धं स्वोपरिसम्भवम्

Se levantant promptement, elle souleva l’excellent enfant et le posa sur ses genoux ; puis, avec affection, elle lui fit boire son lait maternel, un lait né de son propre être.

Verse 19

चुचुम्ब तन्मुखं स्नेहात्स्मित्वा क्रीडयदात्मजम् । सत्यभावात्स्वयं माता परमेशहितावहा

Par tendre affection, elle baisa son visage et, souriante, joua avec son propre enfant. Par la puissance de sa nature véridique et inébranlable, cette Mère elle-même devint porteuse d’heureux auspices pour Parameśa (le Seigneur Śiva).

Verse 20

तद्दृष्ट्वा चरितं शम्भुः कौतुकी सूतिकृत्कृती । अन्तर्यामी विहस्याथोवाच ज्ञात्वा रसां हरः

Voyant cette conduite, Śambhu—enjoué et pleinement accompli dans le rôle de sage-femme—Hara, l’Antaryāmin qui connaît tous les cœurs, sourit. Ayant saisi la saveur intérieure de la scène, il prit alors la parole.

Verse 21

धन्या त्वं धरणि प्रीत्या पालयैतं सुतं मम । त्वय्युद्भूतंश्रमजलान्महातेजस्विनो वरम्

Bienheureuse es-tu, ô Terre. Avec une tendre sollicitude, protège ce fils qui est mien—le meilleur, au grand éclat—dont les perles de sueur ont surgi sur toi.

Verse 22

मम श्रमकभूर्बालो यद्यपि प्रियकृत्क्षिते । त्वन्नाम्ना स्याद्भवेत्ख्यातस्त्रितापरहितस्सदा

Ô Terre, bien que cet enfant, né de l’effort, ne soit encore qu’un petit, pourtant, en portant ton nom, il deviendra renommé et demeurera toujours exempt des trois afflictions.

Verse 23

असौ बालः कुदाता हि भविष्यति गुणी तव । ममापि सुखदाता हि गृहाणैनं यथारुचि

Cet enfant deviendra assurément pour toi un dispensateur de dons dignes et un être vertueux; et pour moi aussi, il sera sans doute un donateur de bonheur. Reçois-le selon ton bon plaisir.

Verse 24

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा विररामाथ किंचिद्विरहमुक्तधीः । लोकाचारकरो रुद्रो निर्विकारी सताम्प्रियः

Brahmā dit : Ayant ainsi parlé, Rudra se tut. Son esprit était libre du moindre sentiment de séparation. Instituant la juste conduite des mondes, Rudra—immuable, sans altération—était cher aux vertueux.

Verse 25

अपि क्षितिर्जगामाशु शिवाज्ञामधिगम्य सा । स्वस्थानं ससुता प्राप सुखमात्यंतिकं च वै

Alors Kṣiti (Pārvatī), ayant promptement compris l’ordre de Śiva, partit aussitôt ; et, avec son fils, elle atteignit sa propre demeure, obtenant en vérité la félicité suprême et sans fin.

Verse 27

विश्वेश्वरप्रसादेन ग्रहत्वं प्राप्य भूमिजः । दिव्यं लोकं जगामाशु शुक्रलोकात्परं वरम्

Par la grâce de Viśveśvara (le Seigneur Śiva), Bhūmija obtint le rang d’une planète et gagna promptement un séjour divin et excellent, plus élevé encore que le monde de Śukra.

Verse 28

इत्युक्तं शम्भुचरितं सतीविरहसंयुतम् । तपस्याचरणं शम्भोश्शृणु चादरतो मुने

Ainsi a été relaté le récit sacré de Śambhu, marqué par sa séparation d’avec Satī. Maintenant, ô sage, écoute avec révérence la manière dont le Seigneur Śambhu accomplit l’austérité.

Verse 276

स बालो भौम इत्याख्यां प्राप्य भूत्वा युवा द्रुतम् । तस्यां काश्यां चिरं कालं सिषेवे शंकरम्प्रभुम्

Cet enfant, ayant reçu le nom de « Bhauma », grandit vite jusqu’à la jeunesse ; et dans cette Kāśī, il vénéra longtemps le Seigneur Śaṅkara, le Maître suprême.

Frequently Asked Questions

The aftermath of Satī’s separation/death: Śiva’s grief, renunciant shift (digambara, leaving household life), wandering across worlds, and return toward the mountain region—narratively preparing for Pārvatī’s tapas and eventual union.

Śiva’s viraha is presented as yogic transmutation: sorrow becomes detachment and universal wandering becomes a līlā that reorders cosmic conditions for Śakti’s re-manifestation and disciplined approach through tapas.

Śiva as Śambhu/Śaṅkara in ascetic mode (digambara), as the devotee-protecting ‘bhaktaśaṅkara’, and as the līlā-adept wanderer whose movements create the narrative space for Pārvatī’s attainment.