Adhyaya 23
Kotirudra SamhitaAdhyaya 2357 Verses

अविमुक्तक्षेत्रमाहात्म्य (The Greatness of Avimukta–Vārāṇasī and Viśveśvara)

L’Adhyāya 23 s’ouvre sur la demande des ṛṣi à Sūta d’expliquer pourquoi Vārāṇasī est d’un mérite unique et de décrire le prabhāva (l’efficacité) d’Avimukta. Sūta répond par un exposé bref mais faisant autorité sur la splendeur de Vārāṇasī et le māhātmya de Viśveśvara. Le chapitre se tourne ensuite vers un dialogue divin exemplaire : Pārvatī, animée de compassion pour le bien des êtres (lokānāṃ hitakāmyayā), prie Śaṅkara d’expliquer pleinement la grandeur du kṣetra sacré. Śiva (Parameśvara) loue la question comme auspicieuse et bénéfique, et déclare qu’Avimukta/Vārāṇasī est sa demeure la plus secrète et constante, cause universelle de mokṣa. Le kṣetra est décrit comme toujours habité par des siddha et des pratiquants disciplinés, voués au vœu de Śiva, accomplissant le grand yoga, les sens maîtrisés, orientés vers bhukti et mukti. L’accent théologique est que la géographie sacrée n’est pas seulement mémorielle mais salvifique : Vārāṇasī est un lieu durable de la présence de Śiva, où les disciplines yogiques et rituelles s’achèvent en libération sous la garde de Viśveśvara.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । एवं वाराणसी पुण्या यदि सूत महापुरी । तत्प्रभावं वदास्माकमविमुक्तस्य च प्रभो

Les sages dirent : «Si Vārāṇasī est vraiment une cité sainte et grandiose, ô Sūta, dis-nous sa grandeur—et aussi la puissance divine d’Avimukta, ô vénérable seigneur.»

Verse 2

सूत उवाच । वक्ष्ये संक्षेपतस्सम्यग्वाराणस्यास्सुशोभनम् । विश्वेश्वरस्य माहात्म्यं श्रूयतां च मुनीश्वराः

Sūta dit : «Je vais décrire à présent, avec justesse et brièvement, la splendide gloire de Vārāṇasī. Ô seigneurs des sages, écoutez aussi le māhātmya, la grandeur sacrée, du Seigneur Viśveśvara.»

Verse 3

कदाचित्पार्वती देवी शङ्करं परया मुदा । लोककामनयापृच्छन्माहात्म्यमविमुक्तयोः

Un jour, la Déesse Pārvatī, comblée d’une joie suprême, interrogea Śaṅkara—par compassion pour le bien et les aspirations du monde—sur la grandeur d’Avimukta, le lieu sacré que Śiva n’abandonne jamais.

Verse 4

पार्वत्युवाच । अस्य क्षेत्रस्य माहात्म्यं वक्तुमर्हस्य शेषतः । ममोपरि कृपां कृत्वा लोकानां हितकाम्यया

Pārvatī dit : «Tu dois décrire entièrement, sans rien omettre, la grandeur sacrée de ce kṣetra. Par compassion pour moi, dis-la pleinement pour le bien de tous les mondes.»

Verse 5

सूत उवाच । देव्यास्तद्वचनं श्रुत्वा देवदेवो जगत्प्रभुः । प्रत्युवाच भवानीं तां जीवानां प्रियहेतवे

Sūta dit : Ayant entendu les paroles de la Déesse, le Dieu des dieux, Seigneur de l’univers, répondit à cette Bhavānī pour ce qui est cher et salutaire aux êtres vivants.

Verse 6

परमेश्वर उवाच । साधु पृष्टं त्वया भद्रे लोकानां सुखदं शुभम् । कथयामि यथार्थं वै महा त्म्यमविमुक्तयोः

Le Seigneur Suprême dit : «Ô noble dame, tu as bien interrogé : une question de bon augure qui apporte bien-être et bonheur aux mondes. À présent, selon la vérité, Je vais proclamer la véritable gloire d’Avimukta».

Verse 7

इदं गुह्यतमं क्षेत्रं सदा वाराणसी मम । सर्वेषामेव जंतूनां हेतुर्मोक्षस्य सर्वथा

«Voici Mon kṣetra le plus secret, le plus profondément caché : Varanasi, à jamais Mienne. Pour tous les êtres, elle est, de toute manière, une cause directe de la délivrance (moksha).»

Verse 8

अस्मिन्सिद्धास्सदा क्षेत्रे मदीयं व्रतमाश्रिताः । नानालिंगधरा नित्यं मम लोकाभिकांक्षिणः

Dans ce kṣetra sacré, les siddhas demeurent toujours, prenant refuge dans Mon vœu (vrata). Portant sans cesse le Liṅga sous des formes diverses, ils aspirent continuellement à atteindre Mon monde divin.

Verse 9

अभ्यस्यंति महायोगं जितात्मानो जितेन्द्रियाः । परं पाशुपतं श्रौतं भुक्तिमुक्तिफलप्रदम्

Ceux qui ont vaincu le mental et maîtrisé les sens pratiquent avec ardeur le Grand Yoga — la discipline suprême de Pāśupata enseignée dans la Śruti — qui confère les fruits de la jouissance mondaine comme de la délivrance ultime.

Verse 10

रोचते मे सदा वासो वाराणस्यां महेश्वरि । हेतुना येन सर्वाणि विहाय शृणु तद्ध्रुवम्

Ô Maheshvarī, demeurer à Vārāṇasī Me réjouit sans cesse. Écoute avec certitude la raison pour laquelle, délaissant tout le reste, Je choisis cette demeure.

Verse 11

यो मे भक्तश्च विज्ञानी तावुभौ मुक्तिभागिनौ । तीर्थापेक्षा च न तयोर्विहिता विहिते समौ

Quiconque est Mon dévot, et quiconque est un connaissant (doué d’un vrai discernement spirituel), tous deux ont part à la délivrance. Pour ces deux-là, il n’est pas prescrit de dépendre du pèlerinage aux tīrtha; dans la discipline établie et la juste conduite, ils sont égaux.

Verse 12

जीवन्मुक्तौ तु तौ ज्ञेयौ यत्रकुत्रापि वै मृतौ । प्राप्नुतो मोक्षमाश्वेव मयोक्तं निश्चितं वचः

Sache que ces deux-là doivent être reconnus comme libérés dès cette vie; et où qu’ils meurent, ils atteignent promptement le mokṣa. Telle est Ma parole, certaine et définitive.

Verse 13

अत्र तीर्थे विशेषोस्त्यविमुक्ताख्ये परोत्तमे । श्रूयतां तत्त्वया देवि परशक्ते सुचित्तया

En ce tīrtha sacré réside une excellence particulière, au lieu suprêmement élevé nommé Avimukta. Ô Déesse, ô Śakti suprême, écoute d’un esprit clair et recueilli la vérité essentielle de ce lieu.

Verse 14

सर्वे वर्णा आश्रमाश्च बालयौवनवार्द्धकाः । अस्यां पुर्यां मृताश्चेत्त्स्युर्मुक्ता एव न संशयः

Tous—de toute condition et de tout āśrama, qu’ils soient enfants, jeunes ou âgés—s’ils meurent dans cette cité sacrée, sont assurément délivrés; il n’y a nul doute.

Verse 15

अशुचिश्च शुचिर्वापि कन्या परिणता तथा । विधवा वाथ वा वंध्या रजोदोषयुतापि वा

Qu’elle soit impure ou pure selon le rite—jeune fille ou femme mariée; veuve ou stérile; même touchée par l’impureté des menstrues—qu’elle ne soit pas écartée, car la bhakti envers Śiva n’est pas refusée pour de telles raisons.

Verse 16

प्रसूता संस्कृता कापि यादृशी तादृशी द्विजाः । अत्र क्षेत्रे मृता चेत्स्यान्मोक्षभाङ् नात्र संशयः

Ô deux-fois-nés, quelle que soit sa condition de naissance et qu’elle soit raffinée (ou non) de quelque manière, si elle meurt dans ce kṣetra sacré, elle recevra assurément la délivrance (mokṣa). Il n’y a là aucun doute.

Verse 17

स्वेदजश्चांडजो वापि द्युद्भिज्जोऽथ जरायुजः । मृतो मोक्षमवाप्नोति यथात्र न तथा क्वचित्

Qu’il naisse de la sueur, de l’œuf, d’une germination issue de la terre ou du sein maternel, quiconque meurt ici obtient la délivrance. Un tel don de mokṣa se trouve ici, et nulle part ailleurs.

Verse 18

ज्ञानापेक्षा न चात्रैव भत्तयपेक्षा न वै पुनः । कर्मापेक्षा न देव्यत्र दानापेक्षा न चैव हि

Ô Déesse, ici il n’y a nulle dépendance à l’égard du savoir doctrinal ; ni, de nouveau, à l’égard d’une dévotion compliquée. En cette voie, nul acte rituel n’est requis, et nul don ni aumône ne l’est non plus.

Verse 19

संस्कृत्यपेक्षा नैवात्र ध्यानापेक्षा न कर्हिचित् । नामापेक्षार्चनापेक्षा सुजातीनां तथात्र न

Ici, il n’y a nulle dépendance à l’égard d’un savoir raffiné ni d’une culture formelle ; et la méditation n’est jamais une exigence stricte. De même, pour les bien nés, il n’y a pas d’obligation de s’en remettre à la seule récitation du Nom, ni même à un culte rituel élaboré.

Verse 20

मम क्षेत्रे मोक्षदे हि यो वा वसति मानवः । यथा तथा मृतः स्याच्चेन्मोक्षमाप्नोति निश्चितम्

«Tout être humain qui demeure dans Mon kṣetra, qui accorde véritablement la délivrance—quelle que soit la manière dont il meurt—obtient assurément le mokṣa.»

Verse 21

एतन्मम पुरं दिव्यं गुह्याद्गुह्यतरं प्रिये । ब्रह्मादयोऽपि जानंति माहात्म्यं नास्य पार्वति

Bien-aimée, voici Ma cité divine, plus secrète que le secret lui-même. Même Brahmā et les autres dieux n’en connaissent pas la véritable grandeur, ô Pārvatī.

Verse 22

महत्क्षेत्रमिदं तस्मादविमुक्तमिति स्मृतम् । सर्वेभ्यो नैमिषादिभ्यः परं मोक्षप्रदं मृते

Ainsi, ce lieu est un kṣetra sacré d’une grandeur suprême, connu sous le nom d’Avimukta. Au-delà de tous les lieux saints tels que Naimiṣa et les autres, il est le plus haut dispensateur de délivrance pour celui qui y meurt.

Verse 23

इति श्रीशिवमहापुराणे चतुर्थ्यां कोटिरुद्रसंहितायां काशीविश्वेश्वरज्योतिर्लिङ्गमाहात्म्यवर्णनंनामत्रयोविंशोध्याय

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, dans la quatrième section appelée Koṭirudrasaṃhitā, s’achève le vingt-troisième chapitre intitulé «Description de la grandeur du Jyotirliṅga de Kāśī Viśveśvara».

Verse 24

कामं भुंजन्स्वपन्क्रीडन्कुर्वन्हि विविधाः क्रियाः । अविमुक्ते त्यजन्प्राणाञ्जंतुर्मोक्षाय कल्पते

Même en jouissant librement des plaisirs—mangeant, dormant, jouant et accomplissant diverses actions—tout être vivant qui rend son dernier souffle à Avimukta devient apte à la libération (moksha).

Verse 25

कृत्वा पापसहस्राणि पिशाचत्वं वरं नृणाम् । न च क्रतुसहस्रत्वं स्वर्गे काशीं पुरीं विना

Quand bien même on aurait commis des milliers de péchés, pour les hommes il vaut mieux devenir un piśāca ; mais même obtenir au ciel le fruit de mille sacrifices védiques ne doit pas être désiré s’il est sans la cité sacrée de Kāśī.

Verse 26

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन सेव्यते काशिका पुरी । अव्यक्तलिंगं मुनिभिर्ध्यायते च सदाशिवः

C’est pourquoi, avec tout effort sincère, il faut révérer et servir la cité sacrée de Kāśī ; car là, les sages méditent Sadāśiva comme le Liṅga non manifesté, au-delà de toute forme.

Verse 27

यद्यत्फलं समुद्दिश्य तपन्त्यत्र नरः प्रिये । तेभ्यश्चाहं प्रय च्छामि सम्यक्तत्तत्फलं धुवम्

Bien-aimée, quel que soit le fruit qu’un homme recherche et, dans ce but, pratique ici l’austérité, à ceux-là Je l’accorde en plénitude, ce même fruit, sûrement et sans défaillance.

Verse 28

सायुज्यमात्मनः पश्चादीप्सितं स्थानमेव च । न कुतश्चित्कर्मबंधस्त्यजतामत्र वै तनुम्

Ensuite, ils obtiennent le sāyujya, l’union au Seigneur, et parviennent vraiment au séjour suprême désiré ; car pour ceux qui déposent ici leur corps, nul lien de karma ne surgit d’aucun côté.

Verse 29

ब्रह्मा देवर्षिभिस्सार्द्धं विष्णुर्वापि दिवाकरः । उपासते महात्मानस्सर्वे मामिह चापरे

Ici, Brahmā avec les devarṣi—et aussi Viṣṇu et le Soleil—M’adorent ; en vérité, toutes les grandes âmes et bien d’autres encore Me rendent un culte en ce lieu même.

Verse 30

विषयासक्तचित्तोऽपि त्यक्त धर्मरुचिर्नरः । इह क्षेत्रे मृतो यो वै संसारं न पुनर्विशेत्

«Même l’homme dont l’esprit s’attache aux objets des sens et qui a renoncé à tout goût pour le dharma—s’il meurt vraiment ici, en ce champ sacré, il ne rentre plus dans le saṃsāra».

Verse 31

किं पुनर्निर्ममा धीरासत्त्वस्था दंभवर्जिताः । कृतिनश्च निरारंभास्सर्वे ते मयि भाविताः

«Combien plus encore ces âmes fermes, sans esprit de possession, établies dans le sattva et dépourvues d’hypocrisie—ces êtres accomplis qui agissent sans entreprise égoïste : tous, ils sont intérieurement absorbés en Moi (Śiva)».

Verse 32

जन्मांतरसहस्रेषु जन्म योगी समाप्नुयात् । तदिहैव परं मोक्षं मरणादधिगच्छति

«Après des milliers de naissances successives, on peut enfin obtenir une naissance de yogin ; mais celui qui, ici même, atteint la réalisation tournée vers Śiva parvient à la libération suprême dès l’instant de la mort».

Verse 33

अत्र लिंगान्यनेकानि भक्तैस्संस्थापितानि हि । सर्वकामप्रदानीह मोक्षदानि च पार्वति

Ici, ô Pārvatī, de nombreux Liṅga ont été véritablement établis et consacrés par les dévots. En ce lieu même, ils accordent l’accomplissement de tous les désirs légitimes et confèrent aussi le mokṣa, la délivrance.

Verse 34

पंचक्रोशं चतुर्दिक्षु क्षेत्रमेतत्प्रकीर्तितम् । समंताच्च तथा जंतोर्मृतिकालेऽमृतप्रदम्

On déclare que cette région sacrée s’étend sur cinq krośas dans les quatre directions. Et tout autour, pour l’être vivant, à l’heure de la mort, elle accorde l’immortalité — la libération.

Verse 35

अपापश्च मृतो यो वै सद्यो मोक्षं समश्नुते । सपापश्च मृतौ यस्स्यात्कायव्यूहान्समश्नुते

En vérité, celui qui meurt sans péché obtient aussitôt la délivrance. Mais celui qui meurt chargé de péché subit des formations incarnées ultérieures, revêtant des états corporels successifs selon le réseau du karma.

Verse 36

यातनां सोनुभूयैव पश्चान्मोक्षमवाप्नुयात् । पातकं योऽविमुक्ताख्ये क्षेत्रेऽस्मिन्कुरुते ध्रुवम्

Même s’il commet un péché dans ce lieu sacré nommé Avimukta, il subira d’abord, à coup sûr, les tourments qui lui sont dus ; ensuite, il obtiendra la délivrance. Telle est la puissance infaillible de ce kṣetra sous la grâce de Śiva.

Verse 37

भैरवीं यातनां प्राप्य वर्षाणामयुते पुनः । ततो मोक्षमवाप्नोति भुक्त्वा पापं च सुन्दरि

Après avoir subi le supplice de « Bhairavī » durant dix mille ans, et après avoir ainsi épuisé le péché en en goûtant le fruit, ô belle, l’âme obtient ensuite la délivrance (mokṣa).

Verse 38

इति ते च समाख्याता पापाचारे च या गतिः । एवं ज्ञात्वा नरस्सम्यक्सेवयेदविमुक्तकम्

Ainsi t’ai-je expliqué le sort qui échoit à celui qui vit dans une conduite pécheresse. Le sachant, l’homme doit, avec droiture et de tout son cœur, se réfugier dans la sainte Avimukta (Kāśī) et la servir avec la révérence requise, se tournant vers la grâce libératrice de Śiva.

Verse 39

कृतकर्मक्षयो नास्ति कल्पकोटिशतैरपि । अवश्यमेव भोक्तव्यं कृतं कर्म शुभाशुभम्

Il n’y a pas d’anéantissement du karma accompli, fût-ce au cours de centaines de crores de kalpas. Le karma fait—favorable ou défavorable—doit inévitablement être éprouvé dans son résultat.

Verse 40

केवलं चाशुभं कर्म नरकाय भवेदिह । शुभं स्वर्गाय जायेत द्वाभ्यां मानुष्यमीरितम्

Ici-bas, l’acte uniquement néfaste mène à l’enfer ; l’acte vertueux fait naître le ciel. D’un mélange des deux, dit-on, procède la naissance humaine.

Verse 41

जन्म सम्यगसम्यक् च न्यूनाधिक्ये भवेदिह । उभयोश्च क्षयो मुक्तिर्भवेत्सत्यं हि पार्वति

Ô Pārvatī, c’est bien la vérité : en ce monde, la naissance peut être juste ou injuste, et survenir avec manque ou avec excès. Lorsque l’un et l’autre (défaut et excès) s’épuisent, la délivrance advient, assurément.

Verse 42

कर्म च त्रिविधं प्रोक्तं कर्मकाण्डे महेश्वरि । संचितं क्रियमाणं च प्रारब्धं चेति बंधकृत्

Ô Maheśvarī, dans le domaine de l’action rituelle (karmakāṇḍa), le karma est proclamé triple : l’accumulé (saṃcita), celui qui s’accomplit à présent (kriyamāṇa) et celui déjà engagé à porter fruit (prārabdha) — c’est lui qui façonne la servitude.

Verse 43

पूर्वजन्मसमुद्भूतं संचितं समुदाहृतम् । भुज्यते च शरीरेण प्रारब्धं परिकीर्तितम्

Le karma né des existences antérieures est nommé « saṃcita », le karma accumulé. Celui qui est réellement éprouvé et subi par le corps est proclamé « prārabdha », le karma déjà engagé.

Verse 44

जन्मना यच्च क्रियते कर्म सांप्रतम् । शुभाशुभं च देवेशि क्रियमाणं विदुर्बुधाः

Ô Déesse, Souveraine des dieux, les sages savent que toute action accomplie maintenant, du seul fait d’être né, est un karma en cours (kriyamāṇa), qu’il soit faste ou néfaste.

Verse 45

प्रारब्धकर्मणो भोगात्क्षयश्चैव चान्यथा । उपायेन द्वयोर्नाशः कर्मणोः पूजनादिना

Le karma prārabdha ne s’épuise que par l’expérience de son fruit (bhoga), et non autrement. Pourtant, par un moyen sacré, les deux sortes de karma peuvent être anéanties : par le culte de Śiva et les observances qui l’accompagnent, pleines de bhakti.

Verse 46

सर्वेषां कर्मणां नाशो नास्ति काशीं पुरीं विना । सर्वं च सुलभं तीर्थं दुर्ल्लभा काशिका पुरी

Sans la cité sacrée de Kāśī, on n’obtient pas la destruction de tous les karmas. Les autres lieux de pèlerinage sont peut-être aisés d’accès, mais la ville de Kāśikā est rare à obtenir comme véritable refuge spirituel.

Verse 47

पूर्वजन्मकृतं चेद्वै काशीदर्शनमादरात् । तदा काशीं च संप्राप्य लभेन्मृत्युं न चान्यथा

Si, en une naissance antérieure, l’on a réellement mérité la vision révérencieuse de Kāśī, alors—parvenu à Kāśī en cette vie—on obtient d’y mourir, et non autrement. Une telle mort à Kāśī est tenue pour un passage accordé par Śiva vers la délivrance.

Verse 48

काशीं प्राप्य नरो यस्तु गंगायां स्नानमाचरेत् । तदा च क्रियमाणस्य संचितस्यापि संक्षयः

Mais celui qui, parvenu à Kāśī, se baigne dans la Gaṅgā, alors même les fautes en train d’être commises (qui s’accumulent) et celles déjà accumulées sont conduites à leur destruction.

Verse 49

प्रारब्धं न विना भोगो नश्य तीति सुनिश्चितम् । मृतिश्च तस्य संजाता तदा तस्य क्षयो भवेत्

Il est fermement établi que le prārabdha ne se détruit pas sans être éprouvé en son fruit (bhoga). Lorsque, par ce même cours, la mort lui advient, alors son existence incarnée prend fin.

Verse 50

पूर्वं चैव कृता काशी पश्चात्पापं समाचरेत् । तद्बीजेन बलवता नीयते काशिका पुनः

Si quelqu’un a d’abord obtenu le mérite de Kāśī puis commet ensuite le péché, par la semence puissante de ce mérite antérieur il est ramené de nouveau à Kāśī.

Verse 51

तदा सर्वाणि पापानि भस्मसाच्च भवंति हि । तस्मात्काशीं नरस्सेवेत्कर्मनिर्मूलनीं ध्रुवम्

Alors, en vérité, tous les péchés sont réduits en cendres. C’est pourquoi l’homme doit se vouer à Kāśī, car elle déracine assurément le karma à sa source même.

Verse 52

एकोऽपि ब्राह्मणो येन काश्यां संवासितः प्रिये । काशीवासमवाप्यैव ततो मुक्तिं स विंदति

Ô bien-aimée, même si quelqu’un fait demeurer à Kāśī ne fût-ce qu’un seul brāhmaṇa, par ce seul fait d’obtenir le séjour à Kāśī, il atteint ensuite la délivrance.

Verse 53

काश्यां यो वै मृतश्चैव तस्य जन्म पुनर्नहि । समुद्दिश्य प्रयागे च मृतस्य कामनाफले

Celui qui meurt véritablement à Kāśī ne renaît plus. Et si, à Prayāga, l’on accomplit pour le défunt le rite d’intention et d’offrande, celui-ci porte fruit, accomplissant pour lui le but spirituel désiré.

Verse 54

संयोगश्च तयोश्चेत्स्यात्काशीजन्यफलं वृथा । यदि न स्यात्तयोर्योगस्तीर्थराजफलं वृथा

S’il n’y a qu’une simple conjonction des deux, le fruit que l’on dit naître de Kāśī devient vain. Et s’il n’y a pas de véritable union des deux, le fruit du «Roi des tīrthas» devient lui aussi vain.

Verse 55

तस्मान्मच्छासनाद्विष्णुस्सृष्टिं साक्षाद्धि नूतनाम् । विधाय मनसोद्दिष्टां तत्सिद्धिं यच्छति ध्रुवम्

Ainsi, par Mon ordre, Viṣṇu fait naître en vérité, de façon directe, une création nouvelle ; et, l’ayant façonnée selon ce qui est conçu dans l’esprit (du créateur institué), il en accorde infailliblement l’accomplissement certain.

Verse 56

सूत उवाच । इत्यादि बहुमाहात्म्यं काश्यां वै मुनिसत्तमाः । तथा विश्वेश्वरस्यापि भुक्तिमुक्तिप्रदं सताम्

Sūta dit : «Ainsi, ô meilleurs des sages, la grandeur de Kāśī est multiple ; et de même, Viśveśvara accorde aux êtres vertueux à la fois bhukti (jouissance du monde) et mukti (libération ultime).»

Verse 57

अतः परं प्रवक्ष्यामि माहात्म्यं त्र्यंबकस्य च । यच्छ्रुत्वा सर्वपापेभ्यो मुच्यते मानवः क्षणात्

À présent, je vais encore proclamer la gloire sacrée de Tryambaka (le Seigneur Śiva). En l’entendant, l’être humain est aussitôt délivré de tous les péchés.

Frequently Asked Questions

The chapter’s central theological argument is delivered via the Pārvatī–Śiva dialogue: Avimukta (Vārāṇasī) is declared Śiva’s perpetual, most secret abode and a universal instrument of mokṣa, validated through Sūta’s transmission to the sages.

Avimukta functions as a ‘guhyatama-kṣetra’ symbol: sacred space as an active soteriological medium. The presence of siddhas, vrata-observance, and Pāśupata-oriented yoga encode the idea that liberation is stabilized by disciplined embodiment within Śiva’s constant field of presence.

Śiva is foregrounded as Parameśvara/Śaṅkara speaking as the lord of the kṣetra, with Viśveśvara named as the focal form anchoring Vārāṇasī’s sanctity; Pārvatī appears as the compassionate interlocutor who elicits the teaching for the benefit of all beings.