Adhyaya 16
Kotirudra SamhitaAdhyaya 1652 Verses

अवंतीस्थ-ब्राह्मणकथा तथा तृतीय-ज्योतिर्लिङ्गोपाख्यान-प्रस्तावना (Avanti Brahmin Narrative and Prelude to the Third Jyotirliṅga)

L’Adhyāya 16 s’ouvre sur les ṛṣis s’adressant à Sūta : ils reconnaissent son omniscience héritée de Vyāsa et déclarent que, même après avoir entendu des récits sur les Jyotirliṅga, leur satisfaction n’est pas entière. Ils demandent avec insistance la narration du « troisième » Jyotirliṅga. Sūta répond que la compagnie des sādhus est en elle-même sanctifiante et qu’il va rapporter un récit divin, purificateur et destructeur de péché, à écouter avec une attention recueillie. Le cadre est placé à Avantī (Ujjayinī), cité belle, purifiant le monde, chère à Śiva et dispensatrice de délivrance aux êtres incarnés. On y présente un brāhmaṇa exemplaire, voué aux œuvres auspicious, à l’étude védique et aux rites védiques, et constamment engagé dans l’adoration de Śiva, accomplissant chaque jour le culte d’un liṅga de terre (pārthiva). Son parcours est résumé : il obtient le fruit de tous les rites et, par la connaissance juste, atteint la « voie des bons ». Le récit évoque ensuite ses quatre fils, eux aussi dévots de Śiva et respectueux de leurs parents ; trois sont nommés successivement—Devapriya (l’aîné), Priyamedhā (le second) et Kṛta (le troisième), décrit comme porteur du dharma et ferme dans ses vœux—annonçant la suite centrée sur le Jyotirliṅga.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । सूत सर्वं विजानासि वस्तु व्यास प्रसादतः । ज्योतिषां च कथां श्रुत्वा तृप्तिर्नैव प्रजायते

Les sages dirent : « Ô Sūta, par la grâce de Vyāsa tu connais toute chose dans sa vérité. Et pourtant, même après avoir entendu le récit sacré des Jyoti (les Jyotirliṅga), aucune satisfaction ne naît en nous. »

Verse 2

तस्मात्त्वं हि विशेषेण कृपां कृत्वातुलां प्रभो । ज्योतिर्लिंगं तृतीयं च कथय त्वं हि नोऽधुना

C’est pourquoi, ô Seigneur, sois tout particulièrement gracieux—manifestant ta compassion sans égale—et dis-nous maintenant le récit du troisième Jyotirliṅga.

Verse 3

सूत उवाच । धन्योऽहं कृतकृत्योऽहं श्रीमतां भवतां यदि । गतश्च संगमं विप्रा धन्या वै साधुसंगतिः

Sūta dit : « Je suis béni ; ma vie est accomplie, puisque j’ai obtenu la communion avec vous, illustres sages brāhmaṇa. En vérité, la compagnie des saints est elle-même une bénédiction. »

Verse 4

अतो मत्वा स्वभाग्यं हि कथयिष्यामि पावनीम् । पापप्रणाशिनीं दिव्यां कथां च शृणुतादरात्

Ainsi, considérant votre bonne fortune, je vais narrer ce récit purificateur—divin et destructeur des péchés. Écoutez cette histoire sacrée avec une attention empreinte de révérence.

Verse 5

अवंती नगरी रम्या मुक्तिदा सर्वदेहिनाम् । शिवप्रिया महापुण्या वर्तते लोकपावनी

La belle cité d’Avantī accorde la délivrance à tous les êtres incarnés. Chérie de Śiva et d’un mérite suprême, elle demeure purificatrice des mondes.

Verse 6

तत्रासीद्बाह्मणश्रेष्ठश्शुभकर्मपरायणः । वेदाध्ययनकर्त्ता च वेदकर्मरतस्सदा

Là vivait un brāhmane éminent, voué aux œuvres de bon augure. Il étudiait avec assiduité les Veda et demeurait toujours appliqué aux rites védiques.

Verse 7

अग्न्याधानसमायुक्तश्शिवपूजारतस्सदा । पार्थिवीं प्रत्यहं मूर्तिं पूजयामास वै द्विजः

Pourvu du rite d’entretien des feux sacrés (agnyādhāna) et toujours voué au culte de Śiva, ce brāhmane « deux fois né » adorait chaque jour une forme d’argile (pārthiva-mūrti) comme support de la présence de Śiva.

Verse 8

सर्वकर्मफलं प्राप्य द्विजो वेदप्रियस्सदा । सतां गतिं समालेभे सम्यग्ज्ञानपरायणः

Ayant obtenu le fruit de toutes les actions vertueuses, le deux-fois-né—toujours dévoué aux Veda—atteignit la voie bénie des saints, entièrement voué à la juste connaissance qui mène à la réalisation de Śiva.

Verse 9

तत्पुत्रास्तादृशाश्चासंश्चत्वारो मुनिसत्तमाः । शिवपूजारता नित्यं पित्रोरनवमास्सदा

Ses fils étaient eux aussi de même nature : quatre sages éminents, toujours voués au culte du Seigneur Śiva, et constamment obéissants et respectueux envers leurs parents.

Verse 10

देवप्रियश्च तज्ज्येष्ठः प्रियमेधास्ततः परम् । तृतीयस्तु कृतो नाम धर्मवाही च सुव्रतः

Parmi eux, l’aîné se nommait Devapriya ; puis venait Priyamedhā. Le troisième fut appelé Kṛta—droit dans sa conduite—porteur et gardien du dharma, ferme dans ses vœux sacrés.

Verse 11

तेषां पुण्यप्रतापाच्च पृथिव्यां सुखमैधत । शुक्लपक्षे यथा चन्द्रो वर्द्धते च निरंतरम्

Par la puissance rayonnante de leur mérite amassé, le bonheur prospéra sur la terre ; comme la lune, durant la quinzaine claire (śukla-pakṣa), qui croît sans cesse et sans interruption.

Verse 12

तथा तेषां गुणास्तत्र वर्द्धन्ते स्म सुखावहाः । ब्रह्मतेजोमयी सा वै नगरी चाभवत्तदा

Ainsi, en ce lieu, leurs qualités de bon augure ne cessèrent de croître, leur apportant paix intérieure et bien-être spirituel ; et, en ce temps-là, la cité elle-même fut emplie de l’éclat du Brahman, resplendissante d’une lumière sacrée.

Verse 13

एतस्मिन्नन्तरे तत्र यज्जातं वृत्तमुत्तमम् । श्रूयतां तद्द्विजश्रेष्ठाः कथयामि यथाश्रुतम्

Cependant, en ce lieu advint un événement des plus excellents. Ô meilleurs des deux-fois-nés, écoutez : je le raconterai exactement tel que je l’ai entendu.

Verse 14

पर्वते रत्नमाले च दूषणाख्यो महासुरः । बलवान्दैत्यराजश्च धर्मद्वेषी निरन्तरम्

Sur la montagne Ratnamālā vivait un grand asura nommé Dūṣaṇa : puissant, roi parmi les daityas, et nourrissant sans cesse une haine envers le dharma.

Verse 15

ब्रह्मणो वरदानाच्च जगतुच्छीचकार ह । देवा पराजितास्तेन स्थानान्निस्सारितास्तथा

Fort de la grâce accordée par Brahmā, il jeta les mondes dans le tumulte. Par lui, les dieux furent vaincus et, de même, chassés de leurs demeures célestes.

Verse 16

इति श्रीशिवमहापुराणे चतुर्थ्यां कोटिरुद्रसंहितायां महाकालज्योतिर्लिंगमाहात्म्यवर्णनं नाम षोडशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sein de la quatrième Saṃhitā (Koṭirudra-saṃhitā), s’achève le seizième chapitre intitulé « Description de la gloire du Jyotirliṅga de Mahākāla ».

Verse 17

यावंतो वेदधर्माश्च तावंतो दूरतः कृताः । तीर्थेतीर्थे तथा क्षेत्रे धर्मो नीतश्च दूरतः

Tous les devoirs prescrits par les Veda furent rejetés au loin; et, de pèlerinage en pèlerinage, de lieu sacré en lieu sacré, la droiture elle-même fut repoussée au loin.

Verse 18

अवंती नगरी रम्या तत्रैका दृश्यते पुनः । इत्थं विचार्य तेनैव यत्कृतं श्रूयतां हि तत्

« Avantī est une cité charmante ; là, en vérité, une certaine présence sacrée se laisse de nouveau voir. Ayant ainsi réfléchi, écoutez maintenant ce qu’il accomplit. »

Verse 19

बहुसैन्यसमायुक्तो दूषणस्स महासुरः । तत्रस्थान्ब्रह्मणान्सर्वानुद्दिश्य समुपाययौ

Le grand asura Dūṣaṇa, escorté d’une immense armée, s’avança vers ce lieu, visant tous les brāhmaṇa qui y demeuraient.

Verse 20

तत्रागत्य स दैत्येन्द्रश्चतुरो दैत्यसत्तमान् । प्रोवाचाहूय वचनं विप्र द्रोही महाखलः

Parvenu en ce lieu, le seigneur des Daityas —d’une méchanceté extrême, ennemi des brāhmaṇas— fit appeler quatre des plus éminents Daityas et leur adressa ces paroles.

Verse 21

दैत्य उवाच । किमेते ब्राह्मणा दुष्टा न कुर्वंति वचो मम । वेदधर्मरता एते सर्वे दंड्या मते मम

Le Daitya dit : « Pourquoi ces brāhmaṇas pervers n’exécutent-ils pas mon ordre ? Puisqu’ils sont voués au dharma des Vedas, selon moi ils méritent tous le châtiment. »

Verse 22

सर्वे देवा मया लोके राजानश्च पराजिताः । वशे किं ब्राह्मणाश्शक्या न कर्तुं दैत्यसत्तमाः

« Tous les dieux de ce monde —et même les rois—, je les ai vaincus. Ô le meilleur des Daityas, qu’est-ce qui serait impossible ? Les brāhmaṇas eux-mêmes ne peuvent-ils pas être soumis ? »

Verse 23

यदि जीवितुमिच्छा स्यात्तदा धर्मं शिवस्य च । वेदानां परमं धर्मं त्यक्त्वा सुखसुभागिनः

«Si l’on souhaite vraiment vivre —bien et avec sens—, qu’on suive le Dharma du Seigneur Śiva. Ceux qui délaissent le Dharma suprême enseigné par les Vedas ne deviennent que des quêteurs de confort et de fortune mondaine.»

Verse 24

अन्यथा जीवने तेषां संशयश्च भविष्यति । इति सत्यं मया प्रोक्तं तत्कुरुध्वं विशंकिताः

Autrement, un doute s’élèvera assurément quant à leur propre survie. Ainsi ai-je dit la vérité ; accomplissez donc cela, ô vous qui hésitez.

Verse 25

सूत उवाच । इति निश्चित्य ते दैत्याश्चत्वारः पावका इव । चतुर्दिक्षु तदा जाताः प्रलये च यथा पुरा

Sūta dit : «Ayant ainsi arrêté leur décision, ces quatre Daityas—tels des feux flamboyants—se répandirent alors vers les quatre directions, comme jadis lors de la dissolution (pralaya).»

Verse 26

ते ब्राह्मणास्तथा श्रुत्वा दैत्यानामुद्यमं तदा । न दुःखं लेभिरे तत्र शिवध्यान परायणाः

Ayant alors entendu l’entreprise agressive des Daityas, ces brāhmaṇas—entièrement voués à la méditation sur Śiva—n’éprouvèrent aucune affliction en ce lieu.

Verse 27

धैर्यं समाश्रितास्ते च रेखामात्रं तदा द्विजाः । न चेलुः परमध्यानाद्वराकाः के शिवाग्रतः

Alors ces sages brāhmanes, s’abritant dans une constance intrépide, devinrent comme de simples traits—immobiles. Pauvres âmes, absorbées dans la méditation suprême, elles ne frémirent point devant la présence même de Śiva.

Verse 28

एतस्मिन्नन्तरे तैस्तु व्याप्तासीन्नगरी शुभा । लोकाश्च पीडितास्तैस्तु ब्राह्मणान्समुपाययुः

Cependant, cette cité de bon augure fut envahie par eux. Harcelés et accablés par ces oppresseurs, les gens s’approchèrent des brāhmanes pour refuge et conseil, cherchant le moyen juste par lequel, par le dharma et la dévotion au Seigneur Śiva, la protection peut être obtenue.

Verse 29

लोका ऊचुः । स्वामिनः किं च कर्त्तव्यं दुष्टाश्च समुपागताः । हिंसिता बहवो लोका आगताश्च समीपतः

Le peuple dit : «Ô maître, que faut-il faire à présent ? Des hommes pervers sont arrivés. Beaucoup ont été blessés, et les voilà tout proches.»

Verse 30

सूत उवाच । तेषामिति वचश्श्रुत्वा वेदप्रियसुताश्च ते । समूचुर्ब्राह्मणास्तान्वै विश्वस्ताश्शंकरे सदा

Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, les fils de Vedapriya — ces brāhmanes qui se confient toujours en Śaṅkara — leur répondirent.

Verse 31

ब्राह्मणा ऊचुः । श्रूयतां विद्यते नैव बलं दुष्टभयावहम् । न शस्त्राणि तथा संति यच्च ते विमुखाः पुनः

Les brāhmanes dirent : «Écoutez : ici, il n’existe vraiment aucune force capable d’inspirer la crainte aux méchants. Nous ne possédons pas non plus de telles armes ; et, de plus, ceux qui étaient de votre côté se sont de nouveau détournés de vous.»

Verse 32

सामान्यस्यापमानो नो ह्याश्रयस्य भवेदिह । पुनश्च किं समर्थस्य शिवस्येह भविष्यति

Ici, l’offense faite à un homme ordinaire peut certes nuire à celui qui dépend de lui ; mais que pourrait-il donc arriver ici au Seigneur Śiva, parfaitement tout-puissant ?

Verse 33

शिवो रक्षां करोत्वद्यासुराणां भयतः प्रभुः । नान्यथा शरणं लोके भक्तवत्सलतश्शिवात्

Que le Seigneur Śiva, le Souverain suprême, vous protège aujourd’hui de la crainte des asuras. En ce monde, il n’est point d’autre refuge—tant est grande sa tendresse pour ses dévots—en dehors de Śiva.

Verse 34

सूत उवाच । इति धैर्यं समास्थाय समर्चां पार्थिवस्य च । कृत्वा ते च द्विजाः सम्यक्स्थिता ध्यानपरायणाः । दृष्टा दैत्येन तावच्च ते विप्रास्सबलेन हि

Sūta dit : «Ainsi, ayant repris courage et accompli comme il se doit le culte de la forme terrestre (pārthiva), ces brāhmanes, les deux-fois-nés, demeurèrent fermes, entièrement voués à la méditation. Mais, à cet instant même, ils furent aperçus par le daitya, accompagné de ses troupes.»

Verse 35

दूषणेन वचः प्रोक्तं हन्यतां वध्यतामिति । तच्छ्रुतं तैस्तदा नैव दैत्यप्रोक्तं वचो द्विजैः । वेदप्रियसुतैश्शंभोर्ध्यानमार्गपरायणैः

Avec malveillance, il proféra: «Qu’on les frappe—qu’on les tue !». Mais, ayant entendu ces mots, les deux-fois-nés, fils de Vedapriya—dévoués à Śambhu et fermes dans la voie de la méditation—n’acceptèrent nullement l’ordre prononcé par le démon.

Verse 36

अथ यावत्स दुष्टात्मा हन्तुमैच्छद्द्विजांश्च तान् । तावच्च प्रार्थिवस्थाने गर्त्तं आसीत्सशब्दकः

Alors, au moment même où cet être à l’âme perverse voulut tuer ces brahmanes, à cet instant précis apparut sur le sol une fosse retentissante d’un grand fracas.

Verse 37

गर्तात्ततस्समुत्पन्नः शिवो विकटरूपधृक् । महाकाल इति ख्यातो दुष्टहंता सतां गतिः

Alors, de cette fosse surgit Śiva, revêtu d’une forme redoutable. Il fut célébré sous le nom de Mahākāla—destructeur des méchants et refuge, but ultime des justes.

Verse 38

महाकालस्समुत्पन्नो दुष्टानां त्वादृशामहम् । खल त्वं ब्राह्मणानां हि समीपाद्दूरतो व्रज

«Je suis Mahākāla, apparu pour châtier les méchants tels que toi. Ô être vil, va-t’en au loin—tiens-toi à l’écart de la proximité des brāhmaṇas.»

Verse 39

इत्युक्त्वा हुंकृतेनैव भस्मसात्कृतवांस्तदा । दूषणं च महाकालः शंकरस्सबलं द्रुतम्

Ayant ainsi parlé, Mahākāla Śaṅkara, par la seule profération de « huṃ », réduisit aussitôt Dūṣaṇa et toutes ses troupes en cendres.

Verse 40

कियत्सैन्यं हतं तेन किंचित्सैन्यं पलायितम् । दूषणश्च हतस्तेन शिवेनेह परात्मना

Par Lui, une grande part de l’armée fut abattue, et seule une faible portion des troupes prit la fuite. Dūṣaṇa aussi y fut tué par ce Śiva—le Soi suprême—qui s’était manifesté en ce lieu.

Verse 41

सूर्यं दृष्ट्वा यथा याति संक्षयं सर्वशस्तमः । तथैव च शिवं दृष्ट्वा तत्सैन्यं विननाश ह

De même que toute obscurité, quelle qu’elle soit, se dissipe à la vue du soleil, ainsi, en voyant Śiva, cette armée ennemie périt entièrement.

Verse 42

देवदुन्दुभयो नेदुः पुष्पवृष्टिः पपात ह । देवास्समाययुस्सर्वे हरिब्रह्मादयस्तथा

Les tambours célestes retentirent, et une pluie de fleurs tomba. Alors tous les dieux s’assemblèrent en ce lieu—Viṣṇu, Brahmā et les autres—rendant hommage à l’auspicieuse manifestation du Seigneur.

Verse 43

भक्त्या प्रणम्य तं देवं शंकरं लोकशंकरम् । तुष्टुवुर्विविधैः स्तोत्रैः कृतांजलिपुटा द्विजाः

Avec dévotion, ils se prosternèrent devant ce Deva—Śaṅkara, bienfaiteur des mondes—et les deux-fois-nés, les mains jointes en añjali, Le louèrent par maints hymnes variés.

Verse 44

ब्राह्मणांश्च समाश्वास्य सुप्रसन्नश्शिवस्स्वयम् । वरं ब्रूतेति चोवाच महाकालो महेश्वरः

Après avoir rassuré les brāhmaṇas, Śiva Lui-même—pleinement gracieux et satisfait—prit la parole. Ce Mahākāla, Maheśvara, dit : «Parlez donc; demandez une grâce.»

Verse 45

तच्छ्रुत्वा ते द्विजास्सर्वे कृताञ्जलिपुटास्तदा । सुप्रणम्य शिवं भक्त्या प्रोचुस्संनतमस्तकाः

En entendant cela, tous ces sages deux-fois-nés joignirent alors leurs mains en signe de respect. S'inclinant profondément devant le Seigneur Shiva avec dévotion, la tête humblement baissée, ils parlèrent.

Verse 46

द्विजा ऊचुः । महाकाल महादेव दुष्टदण्डकर प्रभो । मुक्तिं प्रयच्छ नश्शंभो संसारांबुधितश्शिव

Les deux-fois-nés dirent : « Ô Mahakala, ô Mahadeva, ô Seigneur qui châtie les méchants ! Ô Shambhu, accorde-nous la libération — ô Shiva, (tire-nous) de l'océan de l'existence mondaine. »

Verse 47

अत्रैव लोकरक्षार्थं स्थातव्यं हि त्वया शिव । स्वदर्शकान्नराञ्छम्भो तारय त्वं सदा प्रभो

Ô Shiva, pour la protection des mondes, tu dois en effet rester ici. Ô Shambhu, ô Seigneur — fais toujours traverser (libère) les gens qui te contemplent (et viennent pour ton darshana).

Verse 48

सूत उवाच । इत्युक्तस्तैश्शिवस्तत्र तस्थौ गर्ते सुशोभने । भक्तानां चैव रक्षार्थं दत्त्वा तेभ्यश्च सद्गतिम्

Sūta dit : Ainsi interpellé par eux, le Seigneur Śiva demeura en ce beau creux, afin de protéger Ses dévots, et Il leur accorda la sadgati, la véritable destinée auspicious.

Verse 49

द्विजास्ते मुक्तिमापन्नाश्चतुर्द्दिक्षु शिवास्पदम् । क्रोशमात्रं तदा जातं लिंगरूपिण एव च

Ces dvijas atteignirent la délivrance, et dans les quatre directions apparut la demeure de Śiva. Alors se manifesta aussi une forme de Liṅga, s’étendant jusqu’à la mesure d’un krośa.

Verse 50

महाकालेश्वरो नाम शिवः ख्यातश्च भूतले । तं दृष्ट्वा न भवेत्स्वप्ने किंचिद्दुःखमपि द्विजाः

Sur la terre, Śiva est renommé sous le nom de Mahākāleśvara. Ô deux-fois-nés, l’ayant contemplé, même en songe ne naît la moindre peine.

Verse 51

यंयं काममपेक्ष्यैव तल्लिंगं भजते तु यः । तंतं काममवाप्नोति लभेन्मोक्षं परत्र च

Quiconque vénère ce Liṅga en portant un vœu dans son cœur obtient ce même objet désiré; et dans l’au-delà il reçoit aussi la délivrance (mokṣa).

Verse 52

एतत्सर्वं समाख्यातं महाकालस्य सुव्रताः । समुद्भवश्च माहात्म्यं किमन्यच्छ्रोतुमिच्छथ

Ô vous aux vœux nobles, j’ai tout exposé pleinement — la manifestation comme la gloire de Mahākāla. Que désirez-vous entendre encore ?

Frequently Asked Questions

The sages formally petition Sūta to narrate the ‘third’ Jyotirliṅga, and Sūta begins the frame-story by relocating the discourse to Avantī and introducing exemplary Shaiva-Vedic householders whose lives become the narrative vehicle for the Jyotirliṅga account.

Avantī is presented as a mokṣa-competent sacred geography (a place where liberation is thematically near), while the daily worship of a temporary earthen liṅga symbolizes repeatable inner construction of sacred presence—discipline (niyama), purity, and focused cognition—transforming routine ritual into a stable contemplative orientation toward Śiva.

Rather than a named anthropomorphic form, the chapter foregrounds Śiva’s presence through the liṅga paradigm—specifically the Jyotirliṅga as a theophany to be narrated and the pārthiva-liṅga as a daily ritual form—linking Śiva’s transcendence to accessible, localized worship.