Adhyaya 13
Kotirudra SamhitaAdhyaya 1376 Verses

Andhakeśvara-liṅga Māhātmya and Śiva’s Subjugation of Andhaka (अन्धकेश्वरलिङ्गमाहात्म्य तथा अन्धकवध-प्रसङ्ग)

L’Adhyāya 13 est présenté comme une transmission de Sūta aux ṛṣi : Sūta invite à poursuivre les questions, et les sages demandent le māhātmya (grandeur sacrée) de l’Andhakeśvara-liṅga ainsi que les traditions de liṅga qui s’y rattachent. Le récit s’ouvre sur Andhaka, asura, demeurant dans un « garta » (fosse/abîme) souterrain ou océanique, d’où il surgit pour opprimer les êtres et plier les trois mondes à son pouvoir. Les devas, accablés, implorent Śiva à maintes reprises et lui rapportent leurs souffrances. Śiva—destructeur des méchants et refuge des justes—les rassure, ordonne aux devas de rassembler leurs forces, tandis qu’il arrive avec ses gaṇa. Une bataille terrible entre deva et daitya éclate ; par la faveur de Śiva, les devas gagnent en puissance. Quand Andhaka se replie vers le garta, Śiva le transperce de son śūla (trident), sommet théologique où le désordre cosmique est rétabli par l’acte décisif de Śiva. Dans le cadre du māhātmya, le liṅga lié à cet épisode est ainsi sanctifié comme lieu rituel où mémoire, culte et récitation participent à la puissance protectrice de Śiva.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । यथाभवल्लिंगरूपः संपूज्यस्त्रिभवे शिवः । तथोक्तं वा द्विजाः प्रीत्या किमन्यच्छ्रोतुमिच्छथ

Sūta dit : «Ainsi a-t-il été exposé comment Śiva—manifesté sous la forme du Liṅga—doit être dûment adoré dans les trois mondes. Ô sages deux fois nés, avec affection, que désirez-vous encore entendre ?»

Verse 2

ऋषय ऊचुः अन्धकेश्वरलिंगस्य महिमानं वद प्रभो । तथान्यच्छिवलिंगानां प्रीत्या वक्तुमिहार्हसि

Les sages dirent : « Ô Seigneur, daigne exposer la grandeur du Liṅga d’Andhakeśvara. Et, par pure grâce, parle aussi ici de la gloire des autres Liṅga de Śiva. »

Verse 3

सूत उवाच । पुराब्धिगर्तमाश्रित्य वसन्दैत्योऽन्धकासुरः । स्ववशं कारयामास त्रैलोक्यं सुरसूदनः

Sūta dit : « Jadis, le Daitya Andhakāsura demeurait à l’abri d’une caverne de l’océan primordial ; ce meurtrier des dieux mit les trois mondes sous sa coupe. »

Verse 4

तस्माद्गर्ताच्च निस्सृत्य पीडयित्वा पुनः प्रजाः । प्राविशच्च तदा दैत्यस्तं गर्तं सुपराक्रमः

Puis, sortant de cette fosse, le démon puissant opprima de nouveau les peuples ; et, après cela, ce héros d’audace extrême rentra dans la même fosse.

Verse 5

देवाश्च दुःखितः सर्वे शिवं प्रार्थ्य पुनःपुनः । सर्वं निवेदयामासुस्स्वदुःखं च मुनीश्वराः

Tous les Devas, accablés de peine, prièrent Śiva à maintes reprises ; et les grands sages, eux aussi, Lui présentèrent entièrement le récit de leur propre détresse.

Verse 6

सूत उवाच । तदाकर्ण्य वचस्तेषां देवानां परमेश्वरः । प्रत्युवाच प्रसन्नात्मा दुष्टहंता सतां गतिः

Sūta dit : Ayant entendu les paroles des dieux, le Seigneur Suprême (Śiva) — le cœur paisible, destructeur des méchants et refuge des justes — leur répondit avec une sereine bienveillance.

Verse 7

शिव उवाच । घातयिष्यामि तं दैत्यमन्धकं सुरसूदनम् । सैन्यं च नीयतान्देवा ह्यायामि च गणैस्सह

Śiva dit : «Je mettrai à mort ce daitya Andhaka, meurtrier des dieux. Ô Devas, faites avancer l’armée ; moi aussi j’arrive, accompagné de mes Gaṇas.»

Verse 8

तस्माद्गर्तादंधके हि देवर्षिद्रुहि भीकरे । निस्सृते च तदा तस्मिन्देवा गर्तमुपाश्रिताः

Lorsque Andhaka—terrifiant et hostile même aux dieux et aux devarṣis—sortit de cette fosse, les Devas, saisis de peur, prirent refuge dans cette même fosse comme abri.

Verse 9

दैत्याश्च देवताश्चैव युद्धं चक्रुः सुदारुणम् । शिवानुग्रहतो देवाः प्रबलाश्चाभवंस्तदा

Alors les Daityas et les Devas livrèrent une bataille des plus terribles. Pourtant, par la grâce bienveillante du Seigneur Śiva, les Devas devinrent puissants et l’emportèrent en ce temps-là.

Verse 10

देवैश्च पीडितः सोपि यावद्गर्तमुपागतः । तावच्छूलेन संप्रोतः शिवेन परमात्मना

Tourmenté par les dieux, lui aussi s’enfuit jusqu’à parvenir à une fosse ; mais à cet instant même, Śiva—le Paramātman, le Soi suprême—le transperça de Son trident.

Verse 11

तत्रत्यश्च तदा शंभुं ध्यात्वा संप्रार्थयत्तदा । अन्तकाले च त्वां दृष्ट्वा तादृशो भवति क्षणात्

Alors l’homme de ce lieu médita sur Śambhu et adressa une prière ardente. Et à l’ultime instant, t’ayant contemplé, il devient semblable à Toi en un éclair.

Verse 12

इत्येवं संस्तुतस्सोपि प्रसन्नः शंकरस्तदा । उवाच वचनं तत्र वरं ब्रूहि ददामि ते

Ainsi loué de la sorte, Śaṅkara devint alors bienveillant, et là il prononça ces paroles : «Dis ton vœu, je te l’accorderai.»

Verse 13

इति श्रीशिवमहापुराणे चतुर्थ्यां कोटिरुद्रसंहितायां वटुकोत्पत्तिवर्णनं नाम त्रयोदशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au Quatrième Livre—la Koṭirudrasaṃhitā—s’achève le treizième chapitre, intitulé «Description de l’origine/manifestation de Vaṭuka».

Verse 14

अन्धक उवाच । यदि प्रसन्नो देवेश स्वभक्तिं देहि मे शुभाम् । कृपां कृत्वा विशेषेण संस्थितो भव चेह वै

Andhaka dit : «Ô Devēśa, Seigneur des dieux, si tu es satisfait, accorde-moi ta propre bhakti, sainte et de bon augure. Par une compassion toute particulière, demeure fermement ici (dans mon cœur et dans ma vie), en vérité.»

Verse 15

सूत उवाच । इत्युक्तस्तेन दैत्यं तं तद्गर्ते चाक्षिपद्धरः । स्वयं तत्र स्थितो लिंगरूपोऽसौ लोककाम्यया

Sūta dit : «Ainsi interpellé, Dhara, l’Ours, jeta ce démon dans cette même fosse. Puis, pour le bien du monde et l’accomplissement de ses aspirations, le Seigneur Lui-même demeura établi là, sous la forme du Liṅga.»

Verse 16

अन्धकेशं च तल्लिंगं नित्यं यः पूजयेन्नरः । षण्मासाज्जायते तस्य वांछासिद्धिर्न संशयः

Quiconque vénère chaque jour ce Liṅga nommé Andhakeśa—l’emblème sacré du Seigneur Śiva—obtient en six mois l’accomplissement du vœu désiré au fond du cœur ; il n’y a aucun doute.

Verse 17

वृत्त्यर्थं पूजयेल्लिंगं लोकस्य हितकारकम् । षण्मासं यो द्विजश्चैव स वै देवलकः स्मृतः

Si un homme « deux fois né » (dvija) vénère le Śiva-liṅga—bienfaiteur du monde—uniquement pour gagner sa vie durant six mois, on le tient alors pour un « devalaka » (celui qui accomplit le culte comme métier).

Verse 18

यथा देवलकश्चैव स भवेदिह वै तदा । देवलकश्च यः प्रोक्तो नाधिकारो द्विजस्य हि

En ce cas, il devient réellement, en cette vie même, un « devalaka ». Et celui qui est déclaré devalaka—un tel homme n’a pas le droit légitime (adhikāra) d’un dvija, le « deux-fois-né », pour les devoirs védiques et les observances sacrées.

Verse 19

ऋषय ऊचुः । देवलकश्च कः प्रोक्तः किं कार्यं तस्य विद्यते । तत्त्वं वद महाप्राज्ञ लोकानां हितहेतवे

Les sages dirent : « Qui est donc ce Devalaka dont il a été parlé, et quelle est sa fonction ? Ô très sage, dis-nous la vérité pour le bien de tous les êtres. »

Verse 20

सूत उवाच । दधीचिर्नाम विप्रो यो धर्मिष्ठो वेदपारगः । शिवभक्तिरतो नित्यं शिवशास्त्रपरायणः

Sūta dit : « Il y avait un brahmane nommé Dadhīci, très juste et parfaitement versé dans les Veda ; toujours absorbé dans la dévotion à Śiva, et fermement voué aux śāstra qui enseignent Śiva. »

Verse 21

तस्य पुत्रस्तथा ह्यासीत्स्मृतो नाम्ना सुदर्शनः । तस्य भार्या दुकूला च नाम्ना दुष्टकुलोद्भवा

Il eut un fils, connu sous le nom de Sudarśana. L’épouse de Sudarśana se nommait Dukūlā, et elle était née d’une lignée mauvaise.

Verse 22

तद्वशे स च भर्तासीत्तस्य पुत्रचतुष्टयम् । सोऽपि नित्यं शिवस्यैव पूजां च स्म करोत्यसौ

Sous son influence, il devint son époux, et d’elle il naquit quatre fils. Lui aussi, jour après jour, accomplissait sans cesse le culte du Seigneur Śiva seul.

Verse 23

दधीचेस्तु तदा ह्यासीद्ग्रामान्तरनिवेशनम् । ज्ञातिसंयोगतश्चैव ज्ञातिभिर्न स मोचितः

En ce temps-là, Dadhīci avait établi sa demeure dans un autre village ; et, en raison de son lien avec les siens, il ne fut pas relâché par ces parents.

Verse 24

कथयित्वा च पुत्रं स शिवभक्तिरतो भव । इत्युक्त्वा स गतो मुक्तो दाधीचिश्शैवसत्तमः

Après avoir ainsi instruit son fils, il dit : « Sois voué avec dévotion au culte du Seigneur Śiva. » Ayant prononcé ces mots, Dadhīci, le plus éminent des Śaiva, s’en alla délivré, ayant atteint le mokṣa par une bhakti inébranlable envers Śiva.

Verse 25

सुदर्शनस्तत्पुत्रोऽपि शिवपूजां चकार ह । एवं चिरतरः कालो व्यतीयाय मुनीश्वराः

Et le fils de Sudarśana accomplit lui aussi le culte du Seigneur Śiva. Ainsi, ô sages souverains, un temps très long s’écoula dans cette dévotion ininterrompue.

Verse 26

एवं च शिवरात्रिश्च समायाता कदाचन । तस्यां चोपोषितास्सर्वे स्वयं संयोगतस्तदा

Ainsi, un jour advint la nuit sacrée de Śiva (Śivarātri). Cette nuit-là même, tous—par une conjonction providentielle—observèrent alors l’upoṣa, le jeûne rituel.

Verse 27

पूजां कृत्वा गतस्सोऽपि सुदर्शन इति स्मृतः । स्त्रीसंगं शिवरात्रौ तुं कृत्वा पुनरिहागतः

Après avoir accompli le culte, lui aussi s’en alla et fut connu sous le nom de Sudarśana. Mais, s’étant livré à l’union charnelle avec une femme durant la nuit de Śivarātri, il revint de nouveau à cette condition mondaine.

Verse 28

न स्नानं तेन च कृतं तद्रात्र्यां शिवपूजनम् । तेन तत्कर्मपाकेन क्रुद्धः प्रोवाच शङ्करः

Cette nuit-là, il n’accomplit ni le bain purificateur ni le culte à Śiva. Lorsque mûrit le fruit karmique de cet acte, Śaṅkara, courroucé, prit la parole—montrant que négliger l’observance de Śiva porte un fruit de karma inévitable.

Verse 29

महेश्वर उवाच । शिवरात्र्यां त्वया दुष्ट सेवनं च स्त्रियाः कृतम् । अस्नातेन मदीया च कृता पूजाविवेकिना

Maheśvara dit : «La nuit de Śivarātri, tu t’es livré à une fréquentation fautive avec une femme ; et, sans t’être baigné, toi qui te dis doué de discernement, tu m’as rendu un culte d’une manière indigne.»

Verse 30

ज्ञात्वा चैवं कृतं यस्मात्तस्मात्त्वं जडतां व्रज । ममास्पृश्यो भव त्वं च दूरतो दर्शनं कुरु

Puisque tu as agi ainsi en pleine connaissance, va donc vers l’état de lourdeur et d’inertie. Deviens pour moi intouchable, et ne me contemple qu’à distance.

Verse 31

सूत उवाच । इति शप्तो महेशेन दाधीचिस्स सुदर्शनः । जडत्वं प्राप्तवान्सद्यश्शिवमायाविमोहितः

Sūta dit : Ainsi, lorsque Sudarśana, fils de Dadhīci, fut maudit par Maheśa, il fut aussitôt égaré par la māyā de Śiva et tomba sur-le-champ dans une torpeur inerte.

Verse 32

एतस्मिन्समये विप्रा दधीचिः शैवसत्तमः । ग्रामान्तरात्समायातो वृत्तान्तं श्रुतवांश्च सः

En ce temps-là, ô brahmanes, Dadhīci —le plus éminent des dévots de Śiva— arriva d’un autre village, ayant lui aussi entendu le récit de ce qui s’était passé.

Verse 33

शिवेन भर्त्सितः सोऽपि दुःखितोऽभूदतीव हि । रुरोद हा हतोऽश्मीति दुःखेन सुतकर्मणा

Réprimandé par le Seigneur Śiva, lui aussi fut accablé d’une immense peine. Submergé de chagrin à cause du sort de son fils, il pleura à haute voix en s’écriant : «Hélas ! Je suis frappé—écrasé comme une pierre !»

Verse 34

पुनःपुनरुवाचेति स दधीचिस्सतां मतः । अनेनेदं कुपुत्रेण हतं मे कुलमुत्तमम्

Maintes et maintes fois, Dadhīci —estimé parmi les justes— déclara : « Par ce fils méchant, ma noble lignée a été ruinée. »

Verse 35

स पुत्रोऽपि हतो भार्यां पुंश्चलीं कृतवान्द्रुतम् । पश्चात्तापमनुप्राप्य स्वपित्रा परिभर्त्सितः

Même après avoir tué son propre fils, il prit rapidement une femme et en fit une débauchée. Plus tard, quand le remords surgit en lui, il fut réprimandé par son propre père.

Verse 36

तत्पित्रा गिरिजा तत्र पूजिता विधिभिर्वरैः । सुयत्नतो महाभक्त्या स्वपुत्रसुखहेतवे

Là, Girijā (Pārvatī) fut adorée par son père avec d'excellents rites prescrits — avec soin et une grande dévotion — afin que son propre fils puisse atteindre le bonheur et le bien-être.

Verse 37

सुदर्शनोऽपि गिरिजां पूजयामास च स्वयम् । चण्डीपूजनमार्गेण महाभक्त्या शुभैः स्तवैः

Sudarśana lui-même adora Girijā (Pārvatī) personnellement — suivant la méthode du culte de Caṇḍī — offrant des hymnes de bon augure avec une grande dévotion.

Verse 38

एवं तौ पितृपुत्रौ हि नानोपायैः सुभक्तितः । प्रसन्नां चक्रतुर्देवीं गिरिजां भक्तवत्सलाम्

Ainsi, ce père et ce fils — par divers moyens, avec une dévotion sincère — rendirent la déesse Girijā, toujours affectueuse envers ses dévots, gracieuse et satisfaite.

Verse 39

तयोः सेवाप्रभावेण प्रसन्ना चण्डिका तदा । सुदर्शनं च पुत्रत्वे चकार गिरिजा मुने

Par la puissance de leur service dévot, Caṇḍikā fut alors satisfaite ; et Girijā (Pārvatī), ô sage, accueillit Sudarśana comme son fils.

Verse 40

शिवं प्रसादयामास पुत्रार्थे चण्डिका स्वयम् । क्रुद्धाऽक्रुद्धा पुनश्चण्डी तत्पुत्रस्य प्रसन्नधीः

Afin d’obtenir un fils, Caṇḍikā elle-même chercha à apaiser et à satisfaire le Seigneur Śiva. Tantôt farouche, tantôt douce, cette même Caṇḍī—l’esprit devenu paisible—se montra gracieuse envers cet enfant.

Verse 41

अथाज्ञाय प्रसन्नं तं महेशं वृषभध्वजम् । नमस्कृत्य स्वयं तस्य ह्युत्संगे तं न्यवेशयत्

Alors, comprenant que Maheśa—le Seigneur au drapeau du Taureau—était satisfait, il se prosterna devant Lui et, de ses propres mains, plaça l’enfant sur les genoux du Seigneur.

Verse 42

घृतस्नानं ततः कृत्वा पुत्रस्य गिरिजा स्वयम् । त्रिरावृत्तोपवीतं च ग्रन्थिनैकेन संयुतम्

Puis Girijā (Pārvatī) elle-même accomplit pour son fils le bain rituel au ghee. Elle lui posa aussi le cordon sacré (yajñopavīta), porté en trois replis et réuni par un seul nœud.

Verse 43

सुदर्शनाय पुत्राय ददौ प्रीत्या तदाम्बिका । उद्दिश्य शिवगायत्रीं षोडशाक्षरसंयुताम्

Alors Ambikā, émue d’affection, accorda à son fils Sudarśana la Śiva-Gāyatrī—une invocation tournée vers le Seigneur Śiva—pourvue de seize syllabes, pour son culte et sa purification intérieure.

Verse 44

तदोंनमः शिवायेति श्रीशब्द पूर्वकाय च । वारान्षोडश संकल्पपूजां कुर्यादयं बटुः

Alors ce jeune dévot doit accomplir l'adoration avec une intention vouée à seize reprises, en prononçant « Oṃ Namaḥ Śivāya », et aussi (en le récitant) précédé du mot de bon augure « Śrī ».

Verse 45

आस्नानादिप्रणामान्तं पूजयन्वृषभध्वजम् । मंत्रवादित्रपूजाभिस्सर्षीणां सन्निधौ तथा

Il doit adorer le Seigneur Shiva — Celui dont la bannière porte le taureau — en accomplissant les rites depuis le bain cérémoniel jusqu'à la prosternation finale, et en offrant une adoration accompagnée de la récitation de mantras et de musique sacrée, en la présence respectueuse des sages également.

Verse 46

नाममंत्राननेकांश्च पाठयामास वै तदा । उवाच सुप्रसन्नात्मा चण्डिका च शिवस्तथा

Alors, en vérité, il récita de nombreux mantras des Noms. En ce moment-là, le cœur entièrement apaisé, Caṇḍikā prit la parole—et le Seigneur Śiva parla lui aussi.

Verse 47

मदर्पितं च यत्किंचिद्धनधान्यादिकन्तथा । तत्सर्वं च त्वया ग्राह्यं न दोषाय भविष्यति

«Toute richesse, tout grain ou toute autre offrande qui m’est consacrée—prends-en la totalité sans hésiter; cela ne deviendra pas pour toi une faute (péché).»

Verse 48

मम कृत्ये भवान्मुख्यो देवीकृत्ये विशेषतः । घृततैलादिकं सर्वं त्वया ग्राह्यं मदर्पितम्

«Dans mon service tu es le premier—et plus encore dans le service de la Déesse. Toutes les offrandes, telles que le ghee, l’huile et le reste, présentées en mon Nom, doivent être reçues par toi.»

Verse 49

प्राजापत्यं भवेद्यर्हिं तर्ह्येको हि भवान्भवेत् । तदा पूजा च सम्पूर्णान्यथा सर्वा च निष्फला

Lorsque survient l’état Prājāpatya (lié à Brahmā), alors tu dois demeurer seul et maître de toi. Alors seulement le culte devient parfait ; autrement, toute adoration est sans fruit.

Verse 50

तिलकं वर्तुलं कार्यं स्नानं कार्यं सदा त्वया । शिवसन्ध्या च कर्तव्या गायत्री च तदीयिका

Tu dois toujours tracer un tilaka rond et garder la pureté par des bains réguliers. Tu accompliras aussi la Śiva-sandhyā et réciteras la Gāyatrī propre à Śiva.

Verse 51

मत्सेवां प्रथमं कृत्वा कार्यमन्यत्कुलोचितम् । एवं कृतेऽखिले भद्रं दोषाः क्षान्ता मया तव

«Accomplis d’abord le service et l’adoration envers Moi ; ensuite, occupe-toi des autres devoirs convenant à ta lignée. Si tu agis ainsi, ô être de bon augure, toutes tes fautes sont pardonnées par Moi.»

Verse 52

सूत उवाच । इत्युक्त्वा तस्य पुत्राश्च चत्वारो बटुकास्तदा । अभिषिक्ताश्चतुर्दिक्षु शिवेन परमात्मना

Sūta dit : Après avoir parlé ainsi, ses quatre fils — apparaissant alors comme de jeunes Baṭukas — furent consacrés aux quatre directions par Śiva, le Soi suprême.

Verse 53

चण्डी चैवात्मनिकटे पुत्रं स्थाप्य सुदर्शनम् । तत्पुत्रान्प्रेरयामास वरान्दत्त्वा ह्यनेकशः

Chandī, plaçant près d’elle son fils Sudarśana, exhorta ensuite les fils de celui-ci à avancer, leur accordant maintes grâces, encore et encore.

Verse 54

देव्युवाच । उभयोर्युवयोर्मध्ये वटुको यो भवेन्मम । तस्य स्याद्विजयो नित्यं नात्र कार्या विचारणा

La Déesse dit : «Entre vous deux, celui qui deviendra Mon vaṭuka—Mon enfant-serviteur consacré—obtiendra une victoire constante. Il n’y a là rien à discuter davantage.»

Verse 55

भवांश्च पूजितो येन तेनैवाहं प्रपूजिता । कर्तव्यं हि भवद्भिश्च स्वीयं कर्म सदा सुत

Celui par qui vous avez été honorés, par cet acte même M’a honorée Moi aussi. Ainsi, vous devez toujours accomplir votre devoir propre, ô mon fils.

Verse 56

सूत उवाच । एवं तस्मै वरान्दत्तास्सपुत्राय महात्मने । सुदर्शनाय कृपया शिवाभ्यां जगतां कृते

Sūta dit : Ainsi, par compassion et pour le bien des mondes, Śiva et Śivā (Pārvatī) accordèrent des grâces à Sudarśana, l’âme magnanime, avec son fils.

Verse 57

तथेति नियमश्चासीत्तस्य राज्ञो महामुने । प्राजापत्यं कृतं नित्यं शिवपूजाविधानत

«Qu’il en soit ainsi»—ô grand sage—, telle fut la règle établie pour ce roi. Selon le rite prescrit du culte de Śiva, il accomplissait régulièrement l’observance prājāpatya comme un vœu permanent.

Verse 58

शिवयोः कृपया सर्वे विस्तारं बहुधा गताः । तेषां च प्रथमा पूजा महापूजा महात्मनः

Par la grâce compatissante de Śiva et de Gaurī, la Divine Épouse, toutes ces manifestations sacrées furent largement établies de multiples façons. Parmi elles, le culte le plus éminent est la Grande Pūjā (Mahāpūjā) rendue à ce Seigneur magnanime.

Verse 59

तेन यावत्कृता नैव पूजा वै शंकरस्य च । तावत्पूजा न कर्त्तव्या कृता चेन्न शुभापि सा

Tant que l’adoration de Śaṅkara n’a pas été accomplie comme il se doit de cette manière, nul autre culte ne doit être entrepris ; et même s’il l’est, il ne devient pas propice.

Verse 60

शुभं वाप्यशुभं वापि बटुकं न परित्यजेत् । प्राजापत्ये च भोज्ये वै वटुरेको विशिष्यते

Que l’occasion soit favorable ou défavorable, on ne doit pas renvoyer un baṭuka (jeune brahmacārin). En vérité, dans le repas rituel du rite prājāpatya, un seul baṭuka est tenu pour particulièrement éminent.

Verse 61

शिवयोश्च तथा कार्ये विशेषोऽत्र प्रदृश्यते । तदेव शृणु सुप्राज्ञ यथाहं वच्मि तेऽनघ

Dans l’œuvre divine de Śiva et de Gaurī aussi, un principe particulier apparaît ici avec évidence. Écoute donc ce point même, ô très sage et sans faute, comme je vais te l’expliquer à présent.

Verse 62

तस्यैव नगरे राज्ञो भद्रस्य नित्यभोजने । प्राजापत्यस्य नियमे ह्यन्धकेशसमीपतः

Dans cette même cité, près d’Andhakeśa, se tenait le repas sacré quotidien du roi Bhadrā, accompli selon la règle de discipline du rite Prajāpatya.

Verse 63

यज्जातमद्भुतं वृत्तं शिवानुग्रहकारणात् । श्रूयतां तच्च सुप्रीत्या कथयामि यथाश्रुतम्

Cet événement merveilleux, survenu par la grâce de Śiva—écoutez-le avec une joyeuse dévotion. Je le raconterai tel que je l’ai entendu.

Verse 64

ध्वज एकश्च तद्राज्ञे दत्तस्तुष्टेन शंभुना । प्रोक्तश्च कृपया राजा देवदेवेन तेन सः

Satisfait, Śambhu accorda à ce roi un unique étendard sacré (dhvaja) ; et, par compassion, ce Deva des devas adressa aussi au roi des paroles de grâce.

Verse 65

प्रातश्च वर्ध्यतां राजन्ध्वजो रात्रौ पतिष्यति । मम त्वेवं च सम्पूर्णे प्राजापत्ये तथा पुनः

«Ô Roi, que l’étendard soit dressé au matin ; la nuit venue, il tombera. De même, lorsque mon rite Prajāpatya sera pleinement accompli, une fois encore (ce cycle se répétera).»

Verse 66

अन्यथायं ध्वजो मे हि रात्रावपि स्थिरो भवेत् । इत्युक्त्वान्तर्हितश्शंभू राज्ञे तुष्टः कृपानिधिः

«Autrement, en vérité, cet étendard qui est mien demeurerait stable même durant la nuit.» Ayant ainsi parlé, Śambhu—trésor de compassion—satisfait du roi, devint invisible et se retira.

Verse 68

स्वयं प्रातर्विवर्दे्धेत ध्वजः सायं पतेदिति । यदि कार्यं च सम्पूर्णं जातं चैव भवेदिह

«Si, d’elle-même, la bannière se dresse et grandit au matin, et qu’au soir elle tombe, sachez alors que l’entreprise ici a véritablement été menée à son accomplissement.»

Verse 69

एकस्मिन्समये चात्र बटोः कार्यं पुरा ह्यभूत् । ध्वजः स पतितो वै हि ब्रह्मभोजं विनापि हि

Un jour, en ce lieu, survint une affaire concernant un jeune étudiant (brahmacārin). En vérité, l’étendard tomba—assurément—sans même qu’il y eût négligence, telle l’omission d’un repas offert aux brāhmaṇas (brahma-bhoja).

Verse 70

दृष्ट्वा तच्च तदा तत्र पृष्टा राज्ञा च पण्डिताः । भुञ्जते ब्राह्मणा ह्यत्र नोत्थितो वै ध्वजस्त्विति

Voyant cette situation en ce lieu, le roi interrogea les savants. Ils répondirent : «Les brāhmaṇas mangent bien ici, mais l’étendard rituel n’a pas été dressé».

Verse 71

कथं च पतितः सोऽत्र ब्राह्मणा ब्रूत सत्यतः । ते पृष्टाश्च तदा प्रोचुर्ब्राह्मणाः पण्डितोत्तमाः

«Et comment est-il tombé ici dans un tel état ? Ô brāhmaṇas, dites la vérité.» Ainsi interrogés, ces brāhmaṇas—les plus éminents des savants—se mirent alors à parler.

Verse 72

ब्रह्मभोजे महाराज वटुको भोजितः पुरा । चण्डीपुत्रश्शिवस्तुष्टस्तस्माच्च पतितो ध्वजः

Ô grand roi, jadis, lors du repas sacré offert comme « festin de Brahmā », on nourrit dûment un jeune brahmacārin. Śiva—apparu comme le fils de Caṇḍī—fut satisfait de cet acte ; et dès cette occasion, l’étendard tomba (en signe).

Verse 73

तच्छ्रुत्वा नृपतिस्सोऽथ जनाश्चान्ये ऽपि सर्वशः । अभवन्विस्मितास्तत्र प्रशंसां चक्रिरे ततः

En entendant cela, le roi et tous les autres, de toutes parts, furent saisis d’un profond étonnement. Alors, sur-le-champ, ils se mirent à prononcer des paroles de louange.

Verse 74

एवं च महिमा तेषां वर्द्धितः शङ्करेण हि । तस्माच्च वटुकाः श्रेष्ठाः पुरा विद्भिः प्रकीर्तिताः

Ainsi, en vérité, leur gloire fut accrue par Śaṅkara (le Seigneur Śiva). C’est pourquoi, depuis les temps anciens, les sages ont proclamé les Vaṭuka comme les plus éminents.

Verse 75

शिवपूजा तु तैः पूर्वमुत्तार्य्या नान्यथा पुनः । अन्येषां नाधिकारोऽस्ति शिवस्य वचनादिह

Mais l’adoration de Śiva doit d’abord être accomplie par eux selon la règle, et non autrement. Les autres n’y ont aucun droit : telle est, en cette matière, la parole de Śiva.

Verse 76

उत्तारणं च कार्य्यं वै पूजा पूर्णा भवत्विति । एतावदेव तेषां तु शृणु नान्यत्तथैव च

«Ensuite, qu’on accomplisse le rite de conclusion (uttāraṇa), afin que l’adoration soit parfaite. Voilà tout ce qui leur est prescrit—écoute : il n’y a rien d’autre à faire de la même manière.»

Verse 77

एतत्सर्वं समाख्यातं यत्पृष्टं च मुनीश्वराः । यच्छ्रुत्वा शिवपूजायाः फलं प्राप्नोति वै नरः

Ô sages souverains, j’ai ainsi exposé tout ce que vous avez demandé. Celui qui l’entend obtient assurément le fruit de l’adoration du Seigneur Śiva.

Frequently Asked Questions

The chapter presents the Andhaka episode within a liṅga-māhātmya frame: Andhaka emerges from a garta, subjugates the three worlds, the devas petition Śiva, and Śiva intervenes with his gaṇas, culminating in Andhaka being pierced by Śiva’s śūla—an argument for Śiva’s ultimate sovereignty and protective function.

The garta signifies a liminal zone of chaos and unchecked power; emergence from it marks disorder entering the manifest world. Śiva’s śūla functions as the instrument of divine discrimination and restraint—piercing not merely a body but the principle of adharmic domination—while the liṅga-māhātmya frame encodes how sacred form becomes a stable access-point to transcendent Śiva.

Śiva is highlighted primarily as Parameśvara, duṣṭa-haṃtā (slayer of the wicked), and satāṃ gatiḥ (refuge/goal of the virtuous), arriving with his gaṇas and wielding the śūla. The chapter’s emphasis is on Śiva’s protective and martial sovereignty rather than a distinct iconographic form of Gaurī.