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Sarga 10

ऋश्यशृङ्ग-आनयनम् (Bringing Ṛśyaśṛṅga to Aṅga and His Marriage to Śāntā)

बालकाण्ड

Le Sarga 10 est présenté comme un souvenir de cour : à la demande du roi Daśaratha, Sumantra raconte au souverain, en présence des ministres, l’épisode ancien de l’arrivée de Ṛśyaśṛṅga dans le royaume de Romapāda. Le chapitre expose d’abord une stratégie politico-religieuse : le prêtre et les conseillers de Romapāda proposent un plan « nirapāya », visant à réduire tout risque—envoyer des courtisanes richement parées pour attirer l’ascète élevé dans la forêt, entièrement ignorant des femmes et des plaisirs de la cité. Les femmes pénètrent dans la forêt près de l’āśrama de Vibhaṇḍaka et attendent l’occasion. Ṛśyaśṛṅga les rencontre par hasard ; elles l’interrogent sur son identité et sa subsistance, et il se présente comme le fils de Vibhaṇḍaka, leur offrant l’hospitalité rituelle : arghya, pādya, racines et fruits. Craignant le retour du père, elles se retirent, mais laissent des douceurs et des mets ; Ṛśyaśṛṅga les prend à tort pour des « fruits », révélant son innocence et la force de persuasion de la nouveauté des sens. Le lendemain, il revient au même endroit, est invité dans le « āśramapada » des femmes et est conduit vers Aṅga. À mesure qu’on l’emmène, Parjanya envoie la pluie, signe propice du retour de la prospérité. Romapāda l’accueille par des prosternations et des offrandes, sollicite sa grâce afin d’apaiser la possible colère de Vibhaṇḍaka, puis donne sa fille Śāntā à Ṛśyaśṛṅga en mariage légitime selon le dharma. Ainsi, le sarga relie la puissance de l’ascèse, la politique royale et le bien-être social (pluie et fécondité) par un moyen moralement complexe.

Shlokas

Verse 1

सुमन्त्रश्चोदितो राज्ञा प्रोवाचेदं वचस्तदा।यथर्श्यशृङ्गस्त्वानीत श्श्रुणु मे मन्त्रिभिस्सह।।।।

Pressé par le roi, Sumantra parla alors : «Écoutez—avec vos ministres—comment Ṛśyaśṛṅga fut amené ici».

Verse 2

रोमपादमुवाचेदं सहामात्य: पुरोहित:।उपायो निरपायोऽयमस्माभिरभिचिन्तित:।। ।।

Le prêtre royal, avec les ministres, s’adressa à Romapāda : «Nous avons mûrement réfléchi à un moyen, sûr et sans péril».

Verse 3

ऋश्यशृङ्गो वनचरस्तपस्स्वाध्ययने रत:।अनभिज्ञस्स नारीणां विषयाणां सुखस्य च।।।

Ṛśyaśṛṅga demeure dans la forêt, voué à l’ascèse et à l’étude des Veda ; il est entièrement étranger aux femmes, aux objets des sens et aux plaisirs du monde.

Verse 4

इन्द्रियार्थैरभिमतैर्नरचित्तप्रमाथिभि: ।पुरमानाययिष्याम: क्षिप्रं चाध्यवसीयताम्।। ।।

«Par des plaisirs des sens séduisants, capables de troubler l’esprit d’un homme, nous le conduirons à la cité ; qu’on se décide promptement».

Verse 5

गणिकास्तत्र गच्छन्तु रूपवत्यस्स्वलङ्कृता:।प्रलोभ्य विविधोपायैरानेष्यन्तीह सत्कृता:।।।।

«Que s’y rendent de belles courtisanes, richement parées ; par divers moyens de séduction elles l’attireront et, honorées comme il se doit, l’amèneront ici».

Verse 6

श्रुत्वा तथेति राजा च प्रत्युवाच पुरोहितम्।पुरोहितो मन्त्रिणश्च तथा चक्रुश्च ते तदा।।।।

L’ayant entendu, le roi répondit au prêtre royal : « Qu’il en soit ainsi. » Alors le prêtre et les ministres agirent aussitôt en conséquence.

Verse 7

वारमुख्याश्च तच्छ्रुत्वा वनं प्रविविशुर्महत्।आश्रमस्याविदूरेऽस्मिन् यत्नं कुर्वन्ति दर्शने।।।।ऋषिपुत्रस्य धीरस्य नित्यमाश्रमवासिन:।

L’ayant entendu, les courtisanes les plus éminentes pénétrèrent dans la grande forêt ; demeurant non loin de l’āśrama, elles s’efforçaient d’obtenir la vision du fils du ṛṣi, ferme dans la maîtrise de soi et toujours résident de l’ermitage.

Verse 8

पितुस्सनित्यसन्तुष्टो नातिचक्राम चाश्रमात्।।।।न तेन जन्मप्रभृति दृष्टपूर्वं तपस्विना।स्त्री वा पुमान्वा यच्चान्यत्सर्वं नगरराष्ट्रजम्।। ।।

Toujours comblé sous la protection de son père, il ne s’écarta jamais de l’āśrama.

Verse 9

पितुस्सनित्यसन्तुष्टो नातिचक्राम चाश्रमात्।।1.10.8।।न तेन जन्मप्रभृति दृष्टपूर्वं तपस्विना।स्त्री वा पुमान्वा यच्चान्यत्सर्वं नगरराष्ट्रजम्।। 1.10.9।।

Depuis sa naissance, cet ascète n’avait jamais vu ni femme ni homme, ni quoi que ce soit relevant des cités et des royaumes.

Verse 10

तत: कदाचित्तं देशमाजगाम यदृच्छया।विभण्डकसुतस्तत्र ताश्चापश्यद्वराङ्गना:।।।।

Puis, un jour, le fils de Vibhaṇḍaka arriva par hasard en ce lieu, et là il vit ces femmes ravissantes.

Verse 11

ताश्चित्रवेषा: प्रमदा गायन्त्यो मधुरस्वरा:।ऋषिपुत्रमुपागम्य सर्वा वचनमब्रुवन्।। ।।

Ces femmes, parées de vêtements splendides et chantant d’une voix douce, s’approchèrent du fils du ṛṣi et toutes lui adressèrent la parole.

Verse 12

कस्त्वं किं वर्तसे ब्रह्मन् ज्ञातुमिच्छामहे वयम्।एकस्त्वं विजने घोरे वने चरसि शंस न:।। ।।

«Qui es-tu, ô brahmane ? De quoi vis-tu ? Nous désirons le savoir : pourquoi erres-tu seul dans cette forêt terrible et déserte ? Dis-le-nous.»

Verse 13

अदृष्टरूपास्तास्तेन काम्यरूपा वने स्त्रिय:।हार्दात्तस्य मतिर्जाता व्याख्यातुं पितरं स्वकम्।।।।

Jamais auparavant il n’avait vu, dans la forêt, des femmes d’une beauté si séduisante ; et, touché au fond du cœur, naquit en lui la résolution de leur parler de son propre père.

Verse 14

पिता विभण्डकोऽस्माकं तस्याहं सुत औरस:।ऋश्यशृङ्ग इति ख्यातं नाम कर्म च मे भुवि।।।।

«Notre père est Vibhaṇḍaka, et je suis son fils légitime. Sur la terre, mon nom est renommé : “Ṛśyaśṛṅga”, un nom lié à mon destin et à mon acte.»

Verse 15

इहाश्रमपदोऽस्माकं समीपे शुभदर्शना:।करिष्ये वोऽत्र पूजां वै सर्वेषां विधिपूर्वकम्।।।।

«Notre āśrama est tout près d’ici, ô dames au beau visage. Là, je vous offrirai l’accueil et les honneurs, dûment et selon le rite, à vous toutes.»

Verse 16

ऋषिपुत्रवचश्श्रुत्वा सर्वासां मतिरास वै।तदाश्रमपदं द्रष्टुं जग्मुस्सर्वाश्च तेन ता:।। ।।

Ayant entendu les paroles du fils du ṛṣi, toutes furent saisies d’un ardent désir de voir cet āśrama ; et toutes ces femmes s’y rendirent avec lui.

Verse 17

आगतानां तत: पूजामृषिपुत्रश्चकार ह।इदमर्घ्यमिदं पाद्यमिदं मूलमिदं फलं च न:।।।।

Alors le fils du rishi leur rendit l’hospitalité due : «Voici l’arghya d’honneur, voici l’eau pour laver les pieds, et voici nos racines et nos fruits».

Verse 18

प्रतिगृह्य च तां पूजां सर्वा एव समुत्सुका:।ऋषेर्भीताश्च शीघ्रं ता गमनाय मतिं दधु:।।।।

Ayant reçu ces offrandes, tous, pleins d’empressement et d’inquiétude, craignirent l’ascète et se décidèrent vite à partir.

Verse 19

अस्माकमपि मुख्यानि फलानीमानि वै द्विज ।गृहाण प्रति भद्रं ते भक्षयस्व च मा चिरम्।।।।

«Ô deux-fois-né, reçois ces fruits choisis qui sont les nôtres. Que le bien t’accompagne : mange-les et ne tarde pas.»

Verse 20

ततस्तास्तं समालिङ्ग्य सर्वा हर्षसमन्विता:।मोदकान्प्रददुस्तस्मै भक्ष्यांश्च विविधान् बहून्।।।।

Alors tous, remplis de joie, l’embrassèrent et lui offrirent des modaka, des douceurs, ainsi que quantité de mets variés.

Verse 21

तानि चास्वाद्य तेजस्वी फलानीति स्म मन्यते।अनास्वादितपूर्वाणि वने नित्यनिवासिनाम्।।।।

Les ayant goûtés, le rayonnant se dit : « Ce sont des fruits », choses jamais encore savourées par ceux qui demeurent sans cesse dans la forêt.

Verse 22

आपृच्छ्य च तदा विप्रं व्रतचर्यां निवेद्य च।गच्छन्ति स्मापदेशात्ता भीतास्तस्य पितुस्स्त्रिय:।।।।

Puis, après avoir pris congé du brāhmane et prétexté l’observance de leurs vœux, ces femmes, craignant son père, s’en allèrent.

Verse 23

गतासु तासु सर्वासु काश्यपस्यात्मजो द्विज:।अस्वस्थहृदयश्चासीद्दु:खं स्म परिवर्तते।।।।

Quand elles furent toutes parties, le deux-fois-né, descendant de Kāśyapa, demeura le cœur troublé, ruminant sans cesse la douleur en lui-même.

Verse 24

ततोऽपरेद्युस्तं देशमाजगाम स वीर्यवान्।मनोज्ञा यत्र ता दृष्टा वारमुख्यास्स्वलङ्कृताः।।।।

Puis, le lendemain, l’ascète puissant revint en ce lieu où il avait vu ces courtisanes charmantes, richement parées.

Verse 25

दृष्ट्वैव च तास्तदा विप्रमायान्तं हृष्टमानसा:।उपसृत्य ततस्सर्वास्तास्तमूचुरिदं वच:।।।।

Dès qu’elles virent le brâhmane s’approcher, elles se réjouirent en leur cœur ; puis toutes s’avancèrent vers lui et prononcèrent ces paroles.

Verse 26

एह्याश्रमपदं सौम्य ह्यस्माकमिति चाब्रुवन्।तत्राप्येष विधिश्श्रीमान् विशेषेण भविष्यति।।।।

Et ils dirent : « Viens, ô doux et noble, à notre āśrama ; là aussi te sera accordé cet accueil plein de grâce, d’une manière tout à fait particulière ».

Verse 27

श्रुत्वा तु वचनं तासां सर्वासां हृदयङ्गमम्।गमनाय मतिं चक्रे तं च निन्युस्तदा स्त्रिय:।।।।

Ayant entendu les paroles de ces femmes, si agréables au cœur, il se résolut à partir ; et alors les femmes l’emmenèrent avec elles.

Verse 28

तत्र चानीयमाने तु विप्रे तस्मिन्महात्मनि।ववर्ष सहसा देवो जगत्प्रह्लादयंस्तदा।।।।

Tandis que l’on amenait là ce brahmane à la grande âme, le dieu de la pluie se mit soudain à verser, réjouissant alors le monde.

Verse 29

वर्षेणैवागतं विप्रं विषयं स्वं नराधिप:।प्रत्युद्गम्य मुनिं प्रह्वश्शिरसा च महीं गत:।।।।

Lorsque le brahmane parvint dans son royaume avec la pluie, le roi sortit à la rencontre du muni ; s’inclinant très bas, il toucha la terre de son front en signe de vénération.

Verse 30

अर्घ्यं च प्रददौ तस्मै न्यायतस्सुसमाहित:।वव्रे प्रसादं विप्रेन्द्रान्मा विप्रं मन्युराविशेत्।।।।

L’esprit recueilli, il lui offrit selon le rite l’arghya, et sollicita la grâce de ce premier des brahmanes, priant qu’aucune colère ne s’emparât de lui à cause de cet acte.

Verse 31

अन्त:पुरं प्रविश्यास्मै कन्यां दत्त्वा यथाविधि।शान्तां शान्तेन मनसा राजा हर्षमवाप स:।।।।एवं स न्यवसत्तत्र सर्वकामैस्सुपूजित:।

Entrant dans les appartements intérieurs, le roi lui donna selon le rite sa fille Śāntā en mariage ; l’esprit pacifié, il goûta la joie. Ainsi Ṛśyaśṛṅga demeura-t-il là, honoré et comblé de tous les biens.

Verse 32

L’esprit recueilli, il lui offrit selon le rite l’arghya, et sollicita la grâce de ce premier des brahmanes, priant qu’aucune colère ne s’emparât de lui à cause de cet acte.

Verse 33

Entrant dans les appartements intérieurs, le roi lui donna selon le rite sa fille Śāntā en mariage ; l’esprit pacifié, il goûta la joie. Ainsi Ṛśyaśṛṅga demeura-t-il là, honoré et comblé de tous les biens.

Frequently Asked Questions

The pivotal action is Romapāda’s ministerial plan to employ courtesans and sensory allure to relocate an innocent ascetic (Ṛśyaśṛṅga) from the forest to the kingdom. The sarga presents this as pragmatic statecraft aimed at public welfare (rain/fertility), yet it remains ethically complex because it leverages the sage’s inexperience rather than transparent consent.

Ascetic tapas is portrayed as a force with ecological and civic consequences: when Ṛśyaśṛṅga is brought, rain falls immediately, implying that inner discipline can manifest as outer prosperity. The chapter also cautions that sensory novelty can destabilize even disciplined persons when they lack experiential discernment.

Key markers include Vibhaṇḍaka’s forest hermitage (āśramapada) as the locus of austerity, Romapāda’s realm of Aṅga as the civic space seeking restoration, and courtly ritual culture—arghya/pādya hospitality, formal welcome with prostration, and marriage “yathā-vidhi”—as mechanisms for integrating ascetic authority into royal order.